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31 juillet 2009 5 31 /07 /juillet /2009 15:39
(chronique parue dans le Quotidien d'Oran du30 juillet 2009)

Derrière l’intransigeance affichée de l’état hébreu sur le dossier du nucléaire iranien, deux options restent ouvertes : la volonté d’une offensive à tous prix ; à laquelle Tel-Aviv pourrait éventuellement renoncer contre d’importantes contreparties. Mais lesquelles ?

Barak Obama a envoyé pas moins de quatre émissaires en Israël en début de semaine. Outre, Robert Gates, George Mitchell, l'émissaire spécial du président américain pour le Proche-Orient, James Jones le conseiller à la sécurité nationale et Dennis Ross, le conseiller spécial d'Hillary Clinton, ont tenté de convaincre l'État hébreu de ne pas faire cavalier seul sur la question du nucléaire iranien, et laisser à la diplomatie washingtonienne, le temps de porter ses fruits.
Robert Gates s’est voulu évidemment rassurant : la main tendue à l’Iran n’est évidemment que temporaire : « L'offre de dialogue américaine, a expliqué le secrétaire d’état américain à la défense, n'est pas « à durée indéterminée ». « Nous traiterons la situation au moment approprié », a-t-il commenté. Des sanctions sont une possibilité si la diplomatie échoue, a ajouté Robert Gates, en mentionnant également des projets pour un « parapluie de défense », destiné à protéger les alliés américains dans la région. Ce vieux concept, issu de la Guerre froide, a été ressorti par Hillary Clinton, en tournée dans les pays du Golfe, le 21 juillet dernier.

Tel-Aviv se méfie du « parapluie de défense »

La ministre américaine des Affaires étrangères a déclaré la semaine dernière que l'Iran ne pourrait pas intimider et dominer la région si les États-Unis déployaient un tel « parapluie de défense ». Elle n’a hélas guère fourni de détails sur ce nouveau dispositif : à qui serait-il proposé ? Quelles représailles militaires américaines en cas d’agression de l’un de ses alliés ?  La très grande timidité des USA lors de l’offensive russe en Géorgie a enlevé beaucoup d’illusions à nombre de capitales amies.
Face à Robert Gates, Ehud Barak, son homologue israélien est resté dans le vague : « Israël reste sur sa position fondamentale selon laquelle aucune option ne doit être écartée, même si la priorité à ce stade doit être donnée à la diplomatie », a commenté le ministre israélien de la Défense.
De son côté, le pouvoir à Téhéran balaie d’un revers de main, une proposition qui, à l’évidence ne lui est pas destinée : « Il est avant tout nécessaire que Washington demande à l'État hébreu de "démanteler ses propres 200 têtes nucléaires", a commenté lundi un porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Hassan Qashqavi, « Il n'y a pas besoin  d'un parapluie de défense américain »a-t-il, par ailleurs, affirmé.
« Bibi » Netanyahou doit partager la même opinion : au regard des risques actuels, Israël n’a pas vraiment besoin d’un parapluie nucléaire américain (qui lui est déjà garanti)a et tout à perdre à une dénucléarisation de l’ensemble du Moyen-Orient.
Car c’est bien là, l’une des dimensions du dossier en cours. L’an prochain, un nouveau cycle de discussions sur l’arsenal nucléaire international va s’ouvrir. C’était l’un des principaux thèmes abordés par Barak Obama lors du dernier sommet de Moscou. Le Président américain estime possible de réduire le stock général des bombes possédés par les différentes puissances nucléaires officielles (USA, Russie, France, Grande Bretagne, Chine), d’établir des contraintes pour les états qui n’ont pas signé le Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) – Inde, Pakistan, Israël -, de  faire rentrer dans le rang les indisciplinés (Corée du Nord, Iran), de dissuader les pays qui pourraient être tentés d’accéder à la bombe ( Égypte, Arabie, Brésil, Afrique du Sud, Algérie…).
Une telle négociation ne pourrait aboutir au mieux qu’à une stabilisation de la situation actuelle. Son succès nécessiterait néanmoins de fortes pressions sur les états rétifs, tout en proposant aux uns et aux autres de sérieuses contreparties. Parmi celles-ci, figure au 1er plan, un plan de stabilisation de la grande région moyen-orientale qui passe prioritairement par un règlement honorable du très vieux conflit israélo-palestinien.
D’où les fortes inquiétudes de Tel-Aviv et les tentations du gouvernement ultra Netanyahou – Libermann de jouer les va-t’en guerre, d’autant qu’un apaisement durable des tensions au Moyen-Orient ferait perdre à Israël sa situation privilégié « d’allié ultime des Etats-Unis et de l’Occident ».
La grande faiblesse de ce nouveau TNP repose néanmoins sur un vice de construction originel. L’issue éventuellement positive d’un tel « deal » international, verrait en effet se confirmer la prééminence nucléaire des seules puissances « occidentales », plus la Chine. Toutes dénoncent les dangers de la prolifération nucléaire tout en en gardant soigneusement le monopôle.

Israël, 6ème puissance nucléaire mondiale

Les vingt dernières années n’ont pas hélas démontré, notamment après les turpitudes américaines dans un certain nombre de continents, une sagesse occidentale particulière en matière de relations internationales.
D’autant que « l’ouverture » au nucléaire se fait au cas par cas. Washington de façon contradictoire, a autorisé l’arme nucléaire au Pakistan pour la déplorer par la suite et Hillary Clinton a, lors de son voyage en Inde, ce mois-ci, conforter la coopération nucléaire des USA avec ce pays.
La position iranienne se comprend d’ailleurs fort bien dans ce contexte : ses principaux voisins (Pakistan, Russie, Israël) sont tous des puissances nucléaires. Pour cette raison, l’ensemble des composantes politiques de ce pays, quelles que soient leurs divergences par ailleurs, sont unanimes sur ce point : dans un contexte hostile et instable, la puissance perse doit se doter de l’arme de dissuasion suprême.
Face à cette volonté iranienne, les positions israéliennes ne sont pas, contrairement aux apparences, univoques. Selon Pierre Razou de l’IFRI, deux tendances, s’affrontaient en 2007 dans l’appareil d’état. Dans les faits aujourd’hui, elles continuent de coexister, les frontières entre les uns et les autres étant mouvantes au gré des circonstances.
Pour la 1ère position, la doctrine officielle, Israël n’acceptera jamais que l’Iran se dote de l’armement nucléaire « pour des raisons de survie » de l’état hébreu. Cette affirmation a été confortée par les déclarations irresponsables ou provocatrices d’Ahmadinejad appelant à la destruction d’Israël. Cette « menace vitale » serait renforcée, selon ses contempteurs, par « le renforcement de capacités militaires stratégiques qui permettraient aux Iraniens de s’en prendre plus facilement à Israël, telles que l’acquisition clandestine de douze missiles de croisière de type Kh-55 (crédité d’une portée de 3 000 km) auprès de l’Ukraine déjà en 2001, ou bien encore la mise en orbite par Téhéran du satellite de reconnaissance Sina-1 (par un lanceur russe) au mois d’octobre 2005 ».
Les tenants de la position intransigeante mettent également en valeur l’affaiblissement relatif du poids stratégique et géopolitique israélien dans la grande région, en cas d’apparition d’un nouveau compétiteur. Israël, avec environ 200 têtes nucléaires (dont plusieurs méga nucléaires) la possession de multiples vecteurs de frappes (avions missiles, sous-marins) est la 6ème puissance nucléaire mondiale, capable de frappes sur tout le territoire couvrant de l’Algérie au Pakistan, grâce notamment aux missiles Jéricho III. Une position de force qui lui serait contestée non seulement par l’Iran mais également avec l’apparition de candidats probables, surtout inquiets de la montée perse, à savoir l’Égypte et l’Arabie saoudite.
Une autre position existe en Israël. Ses tenants insistent davantage sur le caractère inexorable de l’acquisition de l’arme nucléaire par l’Iran et sur la faible possibilité d’un conflit ouvert entre Israël et l’Iran. En outre, ils soulignent pour les décennies qui viennent « la disproportion énorme entre l'arsenal iranien, virtuel pour le moment, et l'arsenal israélien, bien réel celui-ci », précisait le chercheur en 2007. Ils mettent également en avant le fait que la reconnaissance de fait d’un bombe iranienne permettrait à la puissance nucléaire israélienne d’être officiellement reconnue et à l’état hébreu de négocier en contreparties des garanties militaires et politiques américaines sur le très long terme.

Les États-Unis résignés au nucléaire iranien ?

La position dure s’est indiscutablement renforcée après les dernières élections israéliennes. Le Premier ministre Binyamin Netanyahou, l’extrémiste Avigdor Lieberman, ministre des affaires étrangères et le faucon Ehud Barak, ministre de la Défense nationale multiplient les ultimatums et les menaces. L’armée israélienne, humiliée au Liban rêve d’une opération lui permettant de récupérer son aura et d’augmenter ses budgets (qui sont passés de 34% du budget de l’état en 1974 à 12% aujourd’hui). La population israélienne, gavée de prédictions alarmistes ne peut être qu’extrêmement inquiète…
Mais les deux écoles de pensée qui traversent l’exécutif israélien sont au moins d’accord sur un point : une intervention contre l’Iran des seules forces de « Tsahal » serait pour le moins aventureuse et sans garanties de beaucoup de succès. Il n’est plus question de rééditer la frappe militaire contre les installations nucléaires irakiennes d’Osirak, l'opération «Opéra» lancée par le gouvernement hébreu, le 7 juin 1981.
Le dispositif iranien est fortement déconcentré, enterré et bien défendu. Même une opération de bombardements, doublée d’assauts de commandos n’est pas sûr d’aboutir significativement.
Et ses conséquences géopolitiques régionales seraient évidemment dramatiques dans une région déjà sous tension.
Tel-Aviv sait de surcroît que Washington ne donnerait pas son « feu vert », contrairement aux opérations menées en 2007 et 2009 contre des installations en construction en Syrie.
Le gouvernement israélien craint qu’au contraire, les États-Unis et, secondairement, l’Union européenne, aient renoncé à toute intervention militaire et se prépare à s’accommoder du fait nucléaire iranien. Il semblerait en effet que les objectifs des possibles négociations à venir soient d’obtenir que l’Iran se contente du « seuil nucléaire », c’est-à-dire d’accepter de se doter de tous les moyens nécessaires (vecteurs compris) pour réaliser très rapidement des armes nucléaires sans passer en tant que tel à la production de bombes. C’est la situation actuelle du Japon et pourrait être, à tout moment, celle de l’Allemagne.
Les évènements qui sont intervenues en Iran, la division du pouvoir actuel, n’ont infléchi la position de Téhéran sur l’arme nucléaire ni dans un sens, ni dans un autre. Mieux, Khamenei et Ahmadinejad ne manqueraient pas d’exploiter à leur profit, un raid israélien en balayant toutes les revendications démocratiques au nom de « l’unité nationale » face à l’agression extérieure.
L’ensemble des facteurs pèsent donc contre une intervention militaire israélienne isolée et des sanctions économiques renforcées en début d’année prochaine ne risquent pas dans la conjoncture actuelle, d’obtenir des effets rapides.

La tentation d’un « coup » spectaculaire

D’où l’insistance de Washington à trouver des solutions même si elles sont plus symboliques que réelles, au problème palestinien, dans le droit fil du discours de Caire et de l’apaisement des tensions entre les États-Unis et le monde arabo-musulman.
Mais là encore, la Maison-Blanche se heurte à l’intransigeance de l’état hébreu : Tel-Aviv, loin d’accepter de démonter les colonies de Cisjordanie, se refuse même à interdire les implantations sauvages en cours : selon Haaretz, le nombre des colons juifs installés en Cisjordanie a dépassé en juin le chiffre de 300000, en hausse 2,3% depuis janvier, chiffre auquel il faut ajouter les 200000 israéliens établis à Jérusalem-Est.
Netanyahou se refuse à tous compromis, sachant que la coalition électorale aussi extrémiste qu’hétéroclite qui le soutient, n’y résistera pas. Mais cette intransigeance agace le gouvernement américain, revenu à une vision très pragmatique de ses purs intérêts nationaux. Les négociations économiques qui s’ouvrent la semaine prochaine avec le gouvernement chinois a beaucoup plus d’importance à ses yeux que les hourivaris du parlement israélien. Quitte, au besoin, à agiter la menace de sanctions financières ou le ralentissement de l’aide militaire . D’autant qu’il faut faire des économies : le budget de défense US représente 60% des budgets militaires de la planète et les 700 milliards dépensées chaque année sur les fronts extérieurs ne  permet même pas à l’armée américaine de trouver une sortie honorable tant en Irak qu’en Afghanistan. L’obstination israélienne est d’autant plus mal ressentie que l’image internationale de l’état hébreu s’est encore davantage ternie avec le brutal écrasement de Gaza.
Le gouvernement israélien est donc coincé. Sera-t-il tenté de desserrer l’étreinte en montant un «coup» plus médiatique que militaire contre l’Iran, au risque et au bénéfice simultanés, d’une nouvelle crise internationale qui une fois de plus, marginaliserait la question des frontières israéliennes au détriment d’une déstabilisation régionale ? Le peu de crédit politique du gouvernement Netanyahou-Libermann à Washington, y compris au sein même du congrès américain, rend cet opération peu probable. Mais pas impossible.




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24 juillet 2009 5 24 /07 /juillet /2009 11:21

 

On ne sait pas encore trop si la cuvée « rentrée 2009 » de la grippe « A/H1N1 » sera dramatique ou pas trop. Mais la menace de la pandémie se précise, avec ses conséquences négatives sur une économie mondiale déjà très déprimée

 

 

L'augmentation des flux de voyageurs estivaux va naturellement favoriser la propagation et le mélange des souches de grippe A/H1N1.

Apparu en avril au Mexique, le millésime 2009 s'est d'abord propagé au Texas et à la Californie, pour atteindre aujourd'hui le statut de pandémie : tous les continents sont touchés, seules les régions centrales d'Afrique et d'Asie restent vierges, et le dernier bilan de l'OMS le 6 juillet fait état de 429 morts. C’est très peu comparé aux 250 000 à 500 000 morts de la grippe dite « saisonnière » qui sévit chaque année entre novembre et avril sur toute la planète. Oui mais voilà, la grippe est une maladie hivernale et les autorités publiques, les milieux sanitaires craignent le pire dès l’automne prochain. Car personne ne connaît bien encore la dangerosité potentiel d’un virus qui se modifie très vite, ni les protections apportées par les médicaments, dont le célèbre Tamiflu ou l’efficacité des futurs vaccins dont la réalisation a été confiée à quatre grandes firmes pharmaceutiques internationales. Mais le pire n’est pas le plus sûr. La principale alerte passée, celle de la grippe porcine avait déclenché une panique internationale. La pandémie s’était révélée très modérée voire bénigne.

 

30% de la population mondiale peut être touchée

 

Le problème avec ces petites bêtes, ce qu’on ne sait jamais comment et à quelle vitesse elles vont muter. H1N1, ce nom un peu barbare, provient de la combinaison de deux protéines, l’une appelée Hémagglutinine (HA). L’autre protéine, la Neuraminidase (NA), qui donne des combinaisons multiples (H1N2, H2N3,etc.), de la fièvre bénine au super-dangereux-mortel. Mauvaise nouvelle, le cru grippal 2009 comporterait également un acide glutamique, comme la grande grippe espagnole de 1918 qui a fait 40 millions de morts, deux fois que la boucherie de 1914-18 !

Autre facteur d’inquiétude, la rapidité de diffusion du virus : 3 à 4 fois supérieure aux grippes habituelles. Dans le cas d’uneépidémie sévère à l’automne ou au cours de l’hiver, c’est 30 à 40% de la population mondiale qui pourrait être touchée.

D’où l’inquiétude des pouvoirs publics des pays riches qui, tout en tenant des discours rassurants, accumulent des stocks énormes de médicaments et de vaccins en pariant sur leur efficacité en cas de pandémie généralisée. Les pays pauvres eux, faute d’infrastructures et de budgets conséquents, prient seulement pour la grippe ne soit pas trop mortelle.

Les économistes de leur côté appréhendent les effets d’une crise sanitaire sur une activité mondiale déjà très déprimée par la crise financière. La Banque mondiale établit déjà une fourchette de baisse possible du PIB mondial de 0,7% à 4,8% !

A titre d’exemple, l’épidémie du SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) apparu à Hong-Kong, avait entraîné malgré une faible dangerosité, une baise de 60% du tourisme dans cette partie de l’Asie.

Les entreprises craignent de leur côté une forte augmentation de l’absentéisme. En cas de fortes épidémies, les écoles sont fermés, l’accès aux lieux publics, aux administrations et aux transports sont fortement réduits. Et dans tous les cas de figure, les habitants n’attendent pas les consignes des pouvoirs publics pour se calfeutrer chez eux. D’où la crainte de baisses généralisées de la production, des échanges et de la consommation.

 

Coup de froid et crise de confiance

 

Cette conjoncture funeste, qui reste heureusement qu’une hypothèse, aurait des effets très dépressifs sur le moral de la population mondiale. La maladie après la finance prise de folie, ça fait beaucoup ! D’autant que les milieux bancaires ne semblent toujours avoir retrouvé la raison. Aisni, le grand établissement financier Goldman Sachs, sauvé par l’argent des contribuables américains, vient de déclarer de nouveaux bénéfices consistants et pour ses dirigeants, des primes munificentes : 20 milliards de dollars ont été provisionnés pour les bonus à venir ! Comme au temps jadis, comme il ne s’était rien passé.

En France, Mme Bachelot, pomponnante ministre de la Santé nous a annoncé que le stock accumulé de Tamiflu faisait que la sécurité sanitaire française était « sous contrôle ». Tout comme Mme Lagarde, ministre de l’économique, nous explique depuis six mois, que la crise financière est parfaitement jugulée et que M. Darcos, nouveau ministre du Travail nous affirme que l’explosion du chômage va très vite s’arrêter…

On comprend que les pompiers ne sont pas là pour crier « Au feu » quand l’incendie crée la panique. Mais la litanie des discours rassurants et des fausses promesses peut également accroître la sérieuse crise de confiance dont souffre déjà une très majorité des gouvernants de la planète.

L’agacement, alors, n’est jamais très loin. La colère peut en sortir tout comme le découragement ou la déprime haineuse. Dans tous les cas, la rupture de confiance sera palpable. Le gigantesque gachis financier et humain crée par un ultra-libéralisme sans principes nous avait montré que bien avant d’être une faillite économique, la situation actuelle est l’expression d’une grave crise morale. De plus en plus d’humains sont convaincus que la crise climatique, la famine récurente, les conflits sans fin, les drames de santé publique (qui parle encore du Sida ?) trouvent également là leur réelle origine.

 

Birmanie : isolement croissant de la junte militaire

 

"Nous nous inquiétons du transfert de technologie nucléaire" du régime communiste de Pyongyang vers la Birmanie, a déclaré Hillary Clinton, en début de semaine, une telle collaboration risque de "déstabiliser" la région.
Les craintes de liens militaires entre ces deux États ont été alimentées le mois dernier par la présence d'un cargo nord-coréen suspecté de transporter des armes vers ce pays d'Asie du Sud-Est. Si ces informations ne sont pas vérifiées, voire même fondées, la sortie de la secrétaire d’état américain souligne davantage encore l’isolement international de la junte militaire birmane.

Trois jours auparavant, des dizaines de membres du parti d'opposition birman ont été arrêtés alors qu'ils revenaient des cérémonies de commémoration de la mort du général Aung San, père de l'indépendance birmane, rapportent dimanche des témoins.

Celui qui est également le père de Aung San Suu Kyi, l’actuelle  dirigeante de l’opposition toujours emprisonnée, avait été assassiné le 19 juillet 1947, peu avant l'accession à l'indépendance de la Birmanie, qui était alors colonie britannique.

Déjà, lors du mouvement populaire de l’été 2007, surnommé la « révolution safran » du fait de la présence de nombreux moines bouddhistes dans les cortèges, la répression de la junte avait été plus « modérée », les militaires subissant une forte pression internationale et son principal allié et partenaire commercial, la Chine qui préparait les Jeux Olympiques de Pékin, ne souhaitait trop ternir son image en soutenant une poignées de généraux brutaux et fatigués.

Pourtant, les critiques émanant même du secrétaire général de l’ONU n’ont pas empêché la junte de vouloir poursuivre son ironique «feuille de route vers la démocratie». En mai dernier, tandis qu’un cyclone ravageait le sud de la Birmanie faisant 100 000 victimes et un millions de réfugiés, le régime imposait plus qu’il n’organisait un référendum portant sur une nouvelle constitution. 92,4 % des électeurs se prononçaient ainsi officiellement, au terme d’une intense campagne d’intimidation et de violences, en faveur d’un texte à laquelle il leur avait été interdit de voter « non ».

Cette « constitution » est censée remplacer celle qui avait été  supprimée en 1978. La vie politique birmane est en effet jalonnée de coups de force militaires, entrecoupés de’éclaircies démocratiques de plus en plus fugaces. Après l’indépendance en 1948, une démocratie parlementaire réussit pourtant à s’imposer, sauf durant deux années, de 1948 à 1962. En 1962, le général Ne Win, après un coup d’État militaire, règne durant plus de vingt-six ans. En 1988, l'armée réprime violemment un mouvement de protestation contre la situation économique et politique : le 8 août 1988, les militaires ouvrirent le feu sur la foule qui protestait ; l’ampleur de la répression et l’indignation qui en suivit permit la tenue d’élections libres en 1990 qui débouchent sur la victoire de la NLD (National League for Democracy) dirigée par Aung San Suu Kyi. Elles sont rapidement annulées par la dictature militaire qui prend le pouvoir et enferme San Suu Kyi. Celle-ci recevra le prix Nobel de la Paix en 2001. La dirigeante qui bénéficie d’une grande popularité dans la population birmane croupira en prison jusqu’en 1995 mais après y retournera à de nombreuses occasions. Sous pression de l’ONU, elle est libérée « définitivement » pour retourner dare-dare en détention en 2003. Situation dans laquelle elle se trouve toujours.

 

Obama / Biden : il faut bien plaire à tout le monde

 

Barak Obama a reçu une « lettre ouverte de 22 anciens dirigeants de l’Europe de l’Est, parmi lesquels Lech Walesa et Vaclav Havel. Tous s’inquiètent du renouveau du dialogue russo-américain, d’une Otan pas assez agressive, d’une Géorgie qui aurait été laissé tomber par l’hyperpuissance américaine. La lettre a reçu de vifs encouragements tant des néo-conservateurs américains que du « lobby militaro-industriel».

Après le très cordial sommet de Moscou réunissant Medvedev, Poutine et Obama, le vice-président américain Joe Biden a dû aller mettre du baume sur les plaies en promettant le soutien US à l’adhésionà terme  de l’Ukraine à l’Otan et même à une alliance éventuelle entre ce pays et la Géorgie.

 

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8 juillet 2009 3 08 /07 /juillet /2009 19:52

  (article paru dans le Quotidien d'oran du 9 juillet 2009)

Petit scénario-catastrophe : une brutale secousse géologique englouti le G8 à Aquila. Catastrophe mondiale !

Mais ne vous inquiétez pas, les seules menaces qui planent sur les sommets internationaux sont la répétition de fortes phrases et la routine des « grandes résolutions à confirmer prochainement »…

 

 

Vendredi 10 juillet – L’incroyable nouvelle est tombée sur les téléscripteurs et les écrans d’ordinateurs à 20h 03, hier soir jeudi 9, juillet, le jour le plus noir de l’histoire mondiale de la diplomatie : alors que s’ouvrait à 18h30 GMT, le dîner donné à l’ensemble des délégations à l'invitation du président italien Giorgio Napolitano, un nouveau tremblement de terre d’une force inouïe, de magnitude 7,8 sur l’échelle de Richter, a de nouveau frappé la petite ville d’Aquila, en Italie, qui était le siège du sommet du G8 élargi qui devait se tenir jusqu’à ce vendredi.

Les trois secousses successives mirent à bas la plupart des bâtiments de la région et notamment la caserne qui abritait les travaux du sommet.

Celle-ci se situait à un kilomètre seulement de la 1ère secousse qui a déjà fait en avril dernier, plus de 300 morts.

Les dirigeants du monde savaient qu’ils n’étaient pas à l'abri d'un nouveau tremblement de terre et éventuellement d'une évacuation d’urgence. Vendredi dernier, une secousse 4,1 sur l’échelle de Richter, avait déjà été enregistrée. La protection civile italienne avait souligné que les participants seraient immédiatement évacués en cas de séisme d'une magnitude supérieure à 4. Mais nul n’avait envisagé un séisme d’une ampleur telle que celle qui a fait littéralement disparaître le sommet du G8.

 

Les principaux chefs d’État plongés dans un enfer géologique

 

Bien que la zone de l’Aquila restait une zone à hauts risques, le chef du gouvernement italien, Silvio Berlusconi, avait pris la décision trois semaines après le drame, de transférer le G8 du lieu initialement prévu de La Maddalena, en Sardaigne, vers L'Aquila. Lors du dernier conseil des ministres italiens, qui s’est tenu la semaine dernière, Silvio Berlusconi n'avait pas caché sa préoccupation concernant la secousse récente mais il s’était voulu rassurant, confiant dans les capacités de la Sécurité civile italienne.

Il n’avait surtout pas voulu se dédire et désorganiser ainsi un sommet qui devait réunir plus d’une cinquantaine de chefs d’État et de gouvernements, les responsables de la  plupart des grandes institutions internationales, un club qui était censé, selon ses dires, regrouper « 90% de la richesse mondiale ». Finalement, la peur de perdre la face aux yeux du monde aura été plus forte que tout. Ironie de l’histoire, le corps du chef du gouvernement italien fut sorti parmi les premiers des décombres, entouré de ceux de deux jeunes hôtesses sans vie qui avaient été embauchées pour le Sommet.

Toute la nuit, les hurlements des ambulances et des véhicules de police, le vrombissement des hélicoptères, les aboiements des chiens de recherche de la surveillance civile, les cris des innombrables blessés, le râle des mourants envahirent la nuit. La caserne qui abritait les travaux, les lieux de réunions, la salle de la réception s’étaient littéralement effondrés sur eux-mêmes puis disparurent comme broyés par un immense et brutal repli de terrain, les  morceaux de bâtiments, les gravats, la vaisselle du dîner d’apparat, les voitures officielles, les personnels, les nombreuses équipes de télévision, la foule des reporters et les grands de ce monde glissèrent tous, en direct des caméras qui filmaient encore, dans une sorte de gouffre innommable… Vision d’enfer !

A cette heure, les chances de retrouver un seul survivant dans la quasi-totalité des participants du Sommet deviennent infimes de minute en minute. Le pouvoir économique et politique de la planète entière est littéralement décapité.  Le glas a résonné ce matin dans toutes les églises italiennes et dans celles de nombreux pays. Les capitales sont en deuil, les populations, stupéfaites.

Qu’on y songe. La journée du mercredi 8 juillet a accueilli les dirigeants du Groupe des Huit, Barak Obama, Angela Merkel, Nicolas Sarkozy, Gordon Brown, Medvedev et Poutine, les chefs d’État et de gouvernement de l’Italie, du Canada, du Japon, de Suède qui préside actuellement l’UE, et même José manuel Barroso, le président en sursis de la Commission européenne. Pire, les membres du G8 rencontrèrent ces dernières heures les chefs de gouvernement du G5 (Brésil, Chine, Inde, Mexique, Afrique du Sud) et de l’Égypte. Seul rescapé miraculeux, le président Hu Jintao, rentré précipitamment en Chine en raison des émeutes qui secouent la région du Xinjiang !

A la réception donnée hier soir par le Président italien, se pressaient également les dirigeants d'Algérie, d’Angola, de l’,Éthiopie, de la Libye, du Nigeria, du Sénégal, Afrique du Sud, ceux de la Commission de l'Union africaine, les responsables d'organisations internationales (AIE, OIT, FMI, OCDE, Onu, OMC, Banque mondiale), qui avaient participé toute la journée à différents séances de travail, acompagnés par les chefs de gouvernement et chefs d’État de l'Australie, de la République de Corée,  de l'Indonésie, du Danemark, des Pays-Bas, de l'Espagne,  de la Turquie…

Combien sont encore vivant à cette heure ?

 

Le pape prie pour les âmes des défunts

 

Parmi les premiers à réagir, le Pape Benoît XVI, qui avait prié publiquement la semaine dernière pour le succès du G8 et qui devait recevoir en audience Barak Obama cet après-midi, après la conférence de presse du président américain, a décrété une semaine de deuil, de jeunes et de prières dans tout le monde catholique. L’ensemble des responsables et dignitaires des grandes religions ont pris des dispositions similaires.
Une attitude bien éloignée du communiqué émanant d’Al Qaida qui voit dans cette catastrophe la preuve incontestable d’un "jugement divin vengeur". De nombreuses sectes dans le monde n’ont d’ailleurs pas manqué dans la nuit de marquer la catastrophe géologique du sceau du « Jugement dernier », de « l’Apocalypse », « du Jour de la Vérité et de la Menace » et autres « Armageddon »…

Il est vrai qu’à l’éclairage de cette terrible catastrophe politique, les dangers qu’encourent la planète et qui faisait l’ordre du jour du ce sommet économico-politique, paraissent paradoxalement bien dérisoires qu’il s’agisse de la profonde et insondable crise économique actuelle, de l’angoissant avenir climatique, du retour des menaces nucléaires, de la persistance et l’aggravation de conflits militaires ou guerres civiles dans de nombreuses grandes régions du Moyen-Orient, de l’Asie centrale ou de l’Afrique…

Nul ne se hasarde à prévoir les conséquences historiques d’un  tel séisme géologique et géopolitique. Les « cellules de crise » hébétées de nombreux gouvernements n’avaient jamais travaillé sur un tel « scénario-catastrophe »

 

Retour au réel

 

Oui ! Rassurons-nous ! Tout cela n’est que pure fiction, issue du cerveau malade du «chroniqueur de Paris » ! Il n’empêche. Dans un monde obsédé par la sécurité, où les chefs d’État sont infiniment mieux protégés que leurs populations, on peut s’étonner de la prise de risque inconsidérée qui consiste à mettre dans le même lieu, endroit soumis à des tremblements de terre récents, l’élite, le gratin, l’aristocratie, la crème, la fine fleur des « happy few » du Gotha des responsables économiques et politiques de la planète entière.

Le risque pris est d’autant plus surprenant que, de ces grands-messes internationales, il ne sort en général pas grand-chose.

En avril dernier, le sommet économique du G20 à Londres avait soigneusement, en pleine crise financière, omis d’aborder le sujet qui fâche, à savoir, les questions monétaires. L’existence même du G8, réuni en sommet en Italie depuis hier, est publiquement contestée, notamment par les grands pays émergents qui n’y participent pas, comme la Chine, l’Inde ou le Brésil. Et l’on explique déjà que les résultats du sommet de l’Aquila devront être confirmées par un autre prochain sommet du G20. Dans les faits,  Le G8 a perdu les commandes du dossier « crise économique » au profit du G20, incluant les pays émergents, et il ne devrait pas sortir de mesures concrètes du sommet de L'Aquila, perçu comme une étape avant la tenue du sommet du G20 à Pittsburgh (États-Unis) fin septembre et qui, parions-le, débouchera lui-même sur une rencontre internationale qui devra être décisive...

Dans le détail de la rencontre d’Aquila, la crise économique venait au 1er plan du sommet italien qui s'est ouvert, dit-on, dans un climat « d’optimisme mesuré » : « La situation reste incertaine et des risques subsistent pour la stabilité économique et financière. Nous notons des signes de stabilisation de nos économies et pensons que l'inversion de tendance sera renforcée quand nos mesures (de soutien) auront atteint leur plein effet », estiment les dirigeants des huit pays les plus industrialisés dans leur projet de déclaration finale.

« Nous ferons les pas nécessaires individuellement et collectivement pour ramener l'économie mondiale sur la voie d'une croissance forte et durable », s'engagent-ils courageusement dans ce document, obtenu de source diplomatique et qui doit encore être formellement adopté.

Après ces bonnes paroles, les dirigeants des États-Unis, de Russie, de Grande-Bretagne, de France, d'Allemagne, d'Italie, du Canada et du Japon devaient parler de climat, de lutte contre la pauvreté et de l'Iran dont les activités nucléaires inquiètent toujours la communauté internationale.

 

Persiflage

 

Côté climat, selon une source européenne, les principales économies mondiales lors d'une réunion à Rome, regroupées au sein du Forum des Économies Majeures (MEF) et qui représentent 80% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, ont renoncé mardi à leur objectif de  diviser ces émissions de gaz par deux d'ici 2050.

Le MEF comprend le G8 (Allemagne, Canada, États-Unis, France, Grande-Bretagne, Italie, Japon et Russie), le G5 (Afrique du Sud, Brésil, Chine, Inde, Mexique), la Corée du Sud, l'Australie et l'Indonésie.

Bref, même un objectif à 2050 parait trop imprudent à nos dirigeants des pays les plus riches alors que tous s’accordent à gloser gravement sur le risque climatique planétaire qu’on laisse aux générations suivantes.

La crise en Iran, après la réélection contestée du président Mahmoud Ahmadinejad, et la non-prolifération nucléaire devaient être abordées hier soir. "Il est très important pour la communauté mondiale de parler aux pays, comme par exemple l'Iran ou la Corée du Nord, pour les encourager" à ne pas participer à une course aux armements, a fait sagement valoir le président américain, Barak Obama. Très bien, mais… bon !

Vendredi, le sommet s'élargira à des États africains. Au total, près de quarante chefs d'État et de gouvernement et de responsables d'institutions multilatérales sont attendus.

Le chef du gouvernement italien, Silvio Berlusconi, a annoncé que le G8 lancerait une initiative hardie contre la faim dans le monde de "10 à 15 milliards" de dollars. Plusieurs ONG réclament en attendant que les pays riches complètent de manière urgente de quelque 23 milliards de dollars l'enveloppe financière totale de 50 milliards déjà promise en 2005 à l'Afrique. « Vingt-trois milliards de dollars, ce n'est pas beaucoup d'argent comparé à ce qui a été dépensé pour remettre les banques à flot, a souligné Farida Bena, la directrice pour l'Italie de l'agence Oxfam.

Bref ! Pour les ONG refroidies par de nombreuses promesses jamais tenues, un « tiens » vaut mieux que deux « tu l’auras ».

Certains cyniques en viennent à se demander quelle est l’utilité de ces sommets de plus en plus fréquents réunissant de très nombreux chefs d’État. Parmi ces esprits critiques, quelques mauvais esprits, horresco referens, « je frémis en le disant », vont même jusqu’à poser la question de l’utilité même des chefs d’État. Que ces langues perfides soient tranchées !

 

La grosse bévue de Joe Biden

 

Un dirigeant qui néanmoins risque de gagner le surnom de « Joe le bidon » est bien le Vice-président américain, Joe Biden. Celui-ci, coutumier des pas de clerc et interviewé par ABC News, avait laissé entendre à ceux qui voulait bien l’entendre de cette oreille, qu’après tout, Israël pouvait faire ce qu’il voulait, notamment attaquer l’Iran, « puisqu’ Israël était un état souverain » !

Cette très malencontreuse déclaration allait strictement à contresens de la politique difficilement mise en place par Barak Obama qui veut, malgré la crise actuelle qui secoue l’État iranien, promouvoir le dialogue plutôt que les menaces. Interrogé à Moscou, lors du sommet américano-russe, le président américain, certainement agacé, a du faire un rectificatif sans prendre de gants. Non ! Les USA n’ont pas donné de “feu vert” pour une attaque d’Israël contre l’Iran.  “Absolutely not » a-t-il précisé…

 

Pierre Morville

 

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1 juillet 2009 3 01 /07 /juillet /2009 12:58

 

 

 

 

Obama rencontre Medvedev à Moscou en fin de semaine dans un climat qui sera détendu. Un répit bienvenu pour la Maison-Blanche qui affronte une situation internationale difficile.

 

Où en sont les relations russo-américaines ? La réouverture de la base militaire américaine de Manas au Kirghizstan, principal point d’entrée des troupes américaines destinées à l’Afghanistan semble constituer un revers pour Moscou, bien décidé à réduire la présence US en Asie centrale.

Le 22 juin, les États-Unis et le Kirghizistan (qui recueille au passage 150 millions de dollars) ont en effet signé un accord sur la transformation de la base militaire kirghize de Manas, centre logistique clé pour l’opération militaire en Afghanistan depuis 2001, en un simple « centre de transit de marchandises ». Les 1 500 Américains et autres soldats de la coalition internationale restent, à condition de ne plus transporter de matériel militaire. Le volte-face du président kirghiz Kourmanbek Bakiev, qui avait décidé en février dernier, l’évacuation des Américains, constitue néanmoins un revers pour la Russie, qui tente d’évincer Washington du Kirghizistan. En 2005, Moscou avait déjà poussé l'Ouzbékistan voisin à expulser les militaires américains basés à Khanabad.  Et selon le ministère des Affaires étrangères russe, cette décision de Bichkek, capitale du Kirghizstan, "est une surprise très désagréable" qui appelle "une réponse adéquate", car "la transformation de la base en un centre est un changement d’enseigne très cosmétique qui ne change rien à la nature militaire de la présence américaine en Asie centrale", écrit le quotidien russe Kommersant.

 

Reprise du dialogue

 

Le ministère russe ne s’y trompe pas. En dépit des déclarations de Bichkek et de Washington, le nouvel accord entre les USA et le Kirghizstan « va nous permettre de continuer à faire transiter tout le soutien logistique et le personnel dont nous avons besoin », a en effet déclaré à l'AFP un haut responsable américain.

Mais Kommersant note néanmoins que la tournure prise par l’affaire “pourrait émaner d’un accord secret entre Bichkek et Moscou”.

La Russie a en réalité donné son aval à cette opération. Car on assiste à un sérieux dégel des relations entre Washington et Moscou. Une rencontre, le 25 juin, entre chefs militaires US et russes, à Moscou,s’est terminée par l’annonce d’un futur accord de coopération militaire entre les USA et la Russie, qui devrait être signé lors du prochain sommet de Moscou (rencontre de Medvedev et d’Obama du 6 au 8 juillet). La discussion a été accompagnée d’échanges de vue sur les principaux sujets militaires et stratégiques.  Le général russe Nikolaï Makarov a même souligné que les points de vue russes américains atteignent « une compréhension absolument identique pour ce qui concerne les menaces et défis que nous (entendu, américains et russes, note le site De defensa)  devons affronter ».

Barak Obama avait vite fait savoir après son élection, vouloir améliorer les relations américano-russes qui s’étaient profondément dégradées pendant les deux mandats de Georges Bush. L’appui de Moscou était en effet indispensable dans une politique de normalisation en Iran et en Afghanistan. Mais le passif était très élevé.

Après le 11 septembre 2001, le soutien russe fut apprécié comme un « changement majeur » par les États-Unis. Mais les relations ne cessèrent de se dégrader pour aboutir à la pire des relations connues depuis la « Guerre froide ». En 2003, Moscou s’oppose à l’invasion de l’Irak. La Russie craint les effets secondaires de l’occupation de l’Afghanistan en  Asie centrale dans les ex-républiques musulmanes de l’ancienne URSS. En septembre 2004, intervient la sanglante prise d’otage de Beslan, conséquence de la funeste guerre de Tchétchénie. La Russie se sent à son tour agressée par la menace terroriste et, alors qu’elle attendait une solidarité internationale, elle ne reçut de la part des capitales occidentales que des commentaires aigres sur l’absence de démocratie dans un pays qui se sentait agressé et en guerre, lui aussi, contre le terrorisme : Twin Towers/ Beslan : deux poids, deux mesures…

 

Bush versus Poutine

 

Mais la colère russe s’exprimera pleinement lors de l’intrusion répétée des États-Unis dans «les marches » de l’empire russe, les anciens pays de l’Europe de l’Est, frontaliers de la Russie, notamment avec les « révolutions multicolores, où les services US où jouer un rôle actif, « révolution des œillets » en Géorgie en 2003 et la « révolution orange » en 2004 en Ukraine, la « révolution des tulipes » au Kirghizstan en 2005...

Après la perte des anciens pays satellites de l’ex-Urss, entrée dans l’Union européenne, c’est tout l’avenir de l’ex-espace soviétique qui est brutalement posé. Des évènements similaires se déroulent dans le Caucase et en Asie centrale. Pire, la constitution de la « Communauté de Choix démocratique », constituée entre la Géorgie, l’Ukraine et la Pologne, pays de l’UE le plus anti-russe, l’élargissement de l’OTAN aux pays de l’est, le projet de l’installation d’un système anti-missiles américain en Pologne et en Tchéquie (anti-iranien en discours, anti-russe en réalité) sont évidemment vécus par Moscou comme des actes hostiles.

En février 2007, Vladimir Poutine fustige sévèrement « l’unilatéralisme américain ».

Dans les faits, la position américaine vis-à-vis de la Russie n’ jamais été définitivement arrêtée : le gouvernement Bush louvoie entre pragmatisme opportuniste et dogmatisme néoconservateur. D’un côté, Washington a besoin du soutien ou de la neutralité de Moscou sur une série de dossiers (Irak, Proche-Orient, Afghanistan, Iran..), de l’autre, Dick Cheyney et consorts ne cessent de dénoncer !es menaces russes contre la « Démocratie », le pouvoir autoritaire de Poutine (réélu en 2004 et qui organise une succession très préparée avec Medvedev), la menace d’un « axe hégémonique Moscou-Pékin » et même « l’impérialisme énergétique » de la Russie. Comme dans tous les conflits actuels, le pétrole et le gaz ne sont jamais très loin…

En mars 2000,  Poutine prends les rênes d’un pays en ruine, dont la population a diminué de moitié par rapport à l’URSS, dont l’espérance de vie a baissé d’une quinzaine d’années, à l’infrastructure sociale plus que défaillante et avec une armée en lambeaux. A cette date, le baril, principal bien d’exportation vaut 31 dollars. En juillet 2008, le même baril vaut 148 dollars. La renationalisation de l’ensemble secteur pétrolier (le dirigeant du groupe pétrolier Ioukos, toujours en prison, souhaitait vendre son entreprise à des intérêts américain) a donné au Président Poutine la trésorerie pour reconstruire son pays et notamment son infrastructure économique et militaire. Le tout, sur fond d’exaltation de la « Grande Russie éternelle ».

Avec habileté, Vladimir Poutine surfe avec la vague montante d’anti-américanisme dans la planète et brocarde les errements anti-démocratiques et violents des USA. Guantanamo !

 

La crise géorgienne

 

La Géorgie accède à l’indépendance en 1991. Deux régions (donnant sur le mer Noire, poumon maritime de la Russie), l’Abkhazie et l’Ossétie du sud, composées en majorité de populations russophones, restent sous une très grande influence de Moscou. Petit pays, la Géorgie est au confluent de deux zones stratégiques, la mer Noire et le Caucase, le pétrole de la Mer caspienne (oléoduc BTC, Bakou-Tbilissi-Ceyhan) transite par cette zone.

Élu président en 2004, à la suite de la « révolution des œillets », le très pro-occidental Mickeil Saakachvili accroît sa politique anti-russe, souvent pour masquer ses difficultés internes, économiques et politiques.

Dans l’été 2008, il occupe brusquement les deux provinces rebelles avec le soutien tacite de Washington. La vivacité de la réaction russe qui envahit la Géorgie, décontenance la Maison-Blanche. Le gouvernement Bush en fin de mandat, hésite à se lancer dans une surenchère et laisse la place à une médiation de l’Union européenne. Les conséquences sont lourdes : la Russie gagne un accès direct à la Mer Noire, les deux provinces abkhazes et ossètes gagnent définitivement leur autonomie et l’idée rassurante d’un « parapluie américain » perd de la crédibilité en Europe de l’est.

A l’inverse, Moscou, à l’image de l’Angleterre aux lendemains de sa victoire aux Malouines contre l’Argentine, ne sait trop que faire de son succès militaro-politique. La déstabilisation internationale, largement causée par la déshérence de Georges Bush, inquiète les  Russes, tout comme l’immergente de la Chine. Gouvernant un pays encore très fragile économiquement, le couple Poutine-Medvedev sait bien qu’il a besoin de l’Europe, comme celle-ci a besoin du pétrole russe, pour contrer la crise économique montante. Un apaisement général était attendu de part et d’autre.

Dans ce contexte, l’ouverture de relations cordiales avec Moscou ouvre une fenêtre pour la politique extérieure de Barak Obama. Celui-ci rencontre en effet actuellement, un obstacle de taille avec l’affaire iranienne.

 

Un répit pour la stratégie Obama

 

Sa politique de la « main tendue » est restée dans le vide, faute d’interlocuteurs. Le duo Khamenei-Ahmadinejad peut se satisfaire d’avoir écrasé par la terreur la contestation de la rue. Le pouvoir autocratique sent toutefois qu’il subit une triple et sévère crise de confiance. L’ensemble des Iraniens, électeurs d’Ahmadinejad compris, savent dorénavant le pouvoir fragilisé, pour la 1ère fois massivement contesté et dont la survie n’a été garantie que par l’obéissance des 120 000 gardiens de la Révolution et des 60 000 Bassadji. Les classes moyennes et les milieux économiques craignent les effets négatifs d’un isolement encore plus grand de l’Iran. Pire, les principaux ayatollahs (Montazeri, Saanei, Zandjani, Golpayegani, la famille de Khomeiny, le fils de l’ayatollah Behechti..) critiquent sans ambages le régime actuel et ajoutent leurs voix de dignitaires religieux à la contestation de l’élection.

Pour le président américain, cette situation sans précédent repousse très loin toute possibilité de normalisation avec l’Iran. On voit mal un Ahmadinejad, demi-président, accepter un compromis même honorable sur le nucléaire avec « l’hydre impérialiste ». Un pouvoir contesté risque au contraire, de jouer régionalement une stratégie de la tension en tentant de miser cyniquement sur le patriotisme des Iraniens.

Barak Obama a décidé en début de semaine le retrait des troupes américaines des villes et agglomérations irakiennes (sauf Mossoul). La population a fêté l’évènement. Mais Al Qaida et autres groupes islamistes radicaux profitent du retrait pour reconquérir son terrain en multipliant les attentats. La nouvelle armée irakienne saura-t-elle juguler ce sursaut terroriste ? Le Premier ministre Nouri al-Maliki devra également conforter une alliance chiite, sunnites, Kurdes toujours fragile. Dans tous les cas de figure, retrait ou non, les États-Unis gardent de fait une responsabilité morale et politique sur une situation qu’ils contrôleront de moins en moins.

Quand au dossier Afghan, même si l’armée pakistanaise s’avère plus active depuis quelques semaines, sur le contrôle de la zone frontalière, Washington sait bien que les solutions de sortie sont très lointaines.

Pour toutes ces raisons, on peut parier que la rencontre Obama/Medvedev, à Moscou,  le 6 juillet prochains s’ouvrira sous les meilleures augures. On sait déjà que Washington accepte de localiser une partie de son système anti-missiles sur le territoire et sous contrôle russe. Comble de l’ironie : le dispositif visant à affaiblir l’armement nucléaire russe aura une de ses clés sous le contrôle… de Moscou ! Ah, ce qu’il ne faut pas faire pour que personne ne perde la face !

Plus sérieusement, il reste à connaître les vraies contreparties demandées par les Russes, qu’elles concernent le Caucase, l’Asie centrale ou le rôle international du dollar. La Chine et la Russie militent en effet pour l’existence d’une nouvelle monnaie internationale qui conteste le rôle pivot du dollar.

 

UE : après la Tchéquie, la Suède

 

Après six mois d’une présidence tchèque très eurosceptique et particulièrement chaotique, la responsabilité de l’UE revient à la Suède jusqu’à la fin de l’année. Le gouvernement de Stockholm n’est pas enthousiaste. Lors de l’élection du Parlement de l’UE en mai dernier, moins d’un électeur européen sur trois a daigné aller voter, la crise économique loin d’être achevée, renforce les égoïsmes nationaux et l’Euro, monnaie commune, l’est chaque jour un tout peu moins.

La devise tchèque est optimiste : «  la vérité gagne ». Celle des Suédois, un peu énigmatique : « Avec la Suède, en notre temps ». On aura six mois pour comprendre.

 

Pierre Morville

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24 juin 2009 3 24 /06 /juin /2009 07:38

 
Néda
(Chronique parue dans le Quotidien d'Oran du 24 juin)

 

 En appuyant sans réserve l’élection très contestée d’Ahmadinejad, en refusant tout « compromis de sommet », le « guide » Khamenei joue gros

 

La situation reste très confuse en Iran. La mobilisation de la population persiste, telle qu’elle est rapportée par les images clandestines de la répression en cours. L’image de l’agonie de la jeune Neda a fait, via l’Internet, le tour du pays et de la planète.

Malgré l'interdiction du « guide suprême » Khamenei, plusieurs milliers de manifestants sont à nouveau descendus dans la rue les 20 et 21 juin pour dénoncer les résultats de la présidentielle du 12 juin. La répression, violente, a fait au moins 15 morts et une centaine de blessés ; 500 personnes auraient été arrêtées. Le 20 juin, la fille d'Ali Akbar Hachemi Rafsandjani, président de l'Assemblée des experts et critique du président réélu Mahmoud Ahmadinejad. Même si elle a été relâchée ce 23 juin, son interpellation illustre la montée des tensions entre factions politiques. Le conservateur Ali Larijani, président du Parlement, lui aussi critique d'Ahmadinejad, a appelé le Conseil des gardiens de la Constitution à « écouter la voix des gens qui manifestent ». Le Conseil, tout en reconnaissant l’existence de certaines fraudes, n’entend pas remettre en cause le résultat final du scrutin. Mais la prise de position de Larijani constitue un nouveau soutien de poids pour le réformateur Mir Hossein Moussavi, qui appelle ses partisans à continuer la lutte, y compris sous la forme d’une grève générale, même s’il prêche la modération dans la tenue des manifestations.

 

Les atouts du pouvoir en place

 

En appuyant sans réserve l’élection très contestée du président Ahmadinejad, en refusant tout compromis avec la vieille garde historique du pouvoir, l’Imam Khamenei joue un va-tout qui comporte un double risque : une marginalisation dans la très fermée classe dirigeante iranienne, aujourd’hui traversée de nombreux conflits, et la perte de l’image de « Guide », d’arbitre au dessus des factions, qu’il est censé représenter aux yeux de très nombreux iraniens, à l’image de ce qu’avait incarné l’Iman Khomeiny.

Confronté aux plus graves troubles qu’ait connus la jeune République islamique, le duo Khamenei-Ahmadinejad dispose néanmoins de quelques sérieux points de force.

En cette année du 30ème anniversaire de la révolution menée par Khomeiny, le pouvoir sortant pouvait lors de la campagne électorale se prévaloir, comme le note le chercheur de l’Ifri, Mohammad-Reza Djalili, de la simple survie du régime : « La plus grande réussite de la République islamique est sans aucun doute d’avoir survécu jusqu’à ce jour. Elle a survécu à la guerre, à l’isolement international, au désenchantement populaire, à une très mauvaise gestion économique, et aux sanctions américaines et internationales ». Toutes les composantes du pouvoir en place, pourtant en conflit interne, explique généralement cette résistance du régime par la force de « l’Esprit de la Révolution ». La guerre déclenchée par l’Irak avec le soutien des principales puissances occidentales, a en effet nourri, dans la population iranienne dans son ensemble, le renforcement d’un fort sentiment de patriotisme nationalo-religieux. Ce conflit très dur qui fit plus d’un million de morts dans les deux rangs, permit également au régime de constituer durablement un système politique « de guerre », bien plus dirigiste que démocratique. Comme la Russie lors de la guerre civile après 1919, l’économie fut militarisée (notamment par l’actuel challenger Moussavi), les appareils de répression furent considérablement renforcés.

« Le territoire national fut mis sous le contrôle des Komiteh de quartier qui, en toute impunité, s’immiscèrent dans la vie de tous les jours des citoyens », note le chercheur de l’Ifri. Les pasdaran  et  leurs auxiliaires, les basiji (mobilisés), traquèrent opposants,  simples citoyens critiques et tous les « déviants » à loi islamique, sous la férule  de la Vevak, le ministère de l'information et du renseignement, aidé d’une multitude d’organismes de surveillance et de répression. Les « tribunaux révolutionnaires » continuent de fonctionner 30 ans après la révolution et «  la République islamique s'est aussi dotée de l'une des législations les plus répressives du monde. C'est ainsi que l'Iran se place aujourd’hui au deuxième rang mondial pour les exécutions capitales après la Chine, et détient le plus fort taux par habitant d'application de la peine de mort au monde ».

Dans ce contexte, on mesure mieux le courage des centaines de milliers de manifestants qui scandent jour et nuit « nous voulons nos votes ! » et  « A bas le dictateur ! ». Courage hélas, vain en cas d’écrasement du mouvement, si Khamenei en donnait l’ordre.

 

Le clientélisme comme lien social

 

Le bilan économique du régime est loin d’être bon : « L’inflation est de l’ordre de 30%, le chômage  frappe plus de 20% des personnes en âge de travailler et près de 50% des jeunes qui se présentent sur le marché du travail. L’économie du pays est plus que jamais tributaire des revenus pétroliers et la dépendance alimentaire ne fait qu’augmenter, l’Iran étant devenu, en 2008, le plus grand importateur de blé au monde, ses importations représentant l’équivalent de 6,5 % du commerce mondial de grains ». Le retournement du marché pétrolier explique en partie les difficultés actuelles mais le refus d’Ahmadinejad de moderniser l’économie et sa  volonté de poursuivre l’isolement international de l’Iran a gelé tous les investissements étrangers. Le National Foreign Trade Council (États-Unis), estime à moyen terme, que la levée des sanctions américaines et la libéralisation de l'économie iranienne pourraient accroître le commerce total de l'Iran de près de 61 milliards de dollars par an (au prix du pétrole 2005 de 50$ le baril), accroissant ainsi  le PIB iranien de 32 % !

Cette autarcie bénéficie néanmoins à certains.

« Le développement des institutions révolutionnaires (nahadhay-e enghelab),  le passage d’importants secteurs économiques sous le contrôle de fondations (Bonyad), l’octroi d’aides et de subventions aux franges les plus pauvres de la population par des œuvres de bienfaisances liées au pouvoir, les facilités de toutes natures accordées aux familles des martyrs, l’implication de plus en plus importante des Gardiens de la révolution dans le commerce et l’économie et bien d’autres moyens ont permis la formation d’une nouvelle catégorie sociale dans  la population. » pointe Reza Djalili.  Plusieurs millions de personnes voient leurs conditions économico-sociales dépendre directement des liens clientélistes qu’elles entretiennent avec le pouvoir en place. Pour les plus pauvres, il s’agit d’une condition de survie ; pour les plus aisés, le moyen d’un enrichissement continu avec la corruption que cela entraîne, y compris dans le clergé chiite.  

On voit à travers les témoignages parcellaires des interviews prises à la sauvette que l’on retrouve sur l’Internet, qu’une partie des opposants actuels à ce régime populiste, se recrutent dans les rangs d’une bourgeoisie libérale tant sur le plan économique que politique. Celle-ci réclame avec force l’instauration d’un régime plus ouvert au monde extérieur. A l’inverse, le « Bazar » de Téhéran, endroit géographique et nom générique désignant les riches commerçants et la bourgeoisie d’affaire iranienne, n’a toujours pas lancé de mot d’ordre de « grève » dont ce milieu menace le régime depuis plusieurs années. Et la grande masse des manifestants urbains reste d’origine populaire, employés, fonctionnaires, jeunes scolarisés, femmes salariées ou au foyer…

 

L’Iran, puissance régionale

 

Il semble évident que le pouvoir sortant peut se prévaloir d’évidents succès diplomatiques. Il est à noter que la Chine et la Russie ont immédiatement félicité Ahmadinejad pour sa nouvelle élection. Il faut également souligner que les premiers messages de soutien de ces deux grandes puissances ont eu lieu au lendemain de l’élection, les 16 et 17 juin, lors du double sommet d’Ekaterinbourg, la ville russe où la Tcheka liquida en 1918, la famille impériale, sur ordre direct de Lénine.

• Le sommet de l’Organisation de Coopération de Shanghai, qui représente désormais une force de coopération puissante et organisée, avec son noyau central autour de la Chine et de la Russie, et des nations régionales, invités réguliers des réunions en observateurs (Inde, Pakistan, Iran, etc.). Ce sommet a notamment ouvert le dossier d’une “monnaie commune” (du type Euro ou plus précisément l’ECU qui l’a précédé), qui servirait de substitut au dollar.

• A Ekaterinbourg également, se tenait dans le même temps, le sommet du BRIC, qui réunit les quatre principaux pays émergents (Brésil, Russie, Inde, Chine). Comme lors de la réunion de l’OCS, le BRIC s’est attaché à la crise financière et à l’examen du système international.

Indifférence, cynisme, pragmatisme ? Ces nouvelles puissances montantes ont considéré avant toute chose que « les affaires intérieures iraniennes ne concernent que les Iraniens eux-mêmes ». Ils sous-estiment se faisant, les conséquences internationales d’un déséquilibre durable de l’Iran.

Ce pays s’est en effet affirmé cette dernière décennie comme une puissance régionale exerçant son influence au Moyen-Orient, sur les ex-républiques turcophones de l’URSS, sur les pays du Golfe et à son flanc est, sur l’Afghanistan et même le Pakistan.

Cette montée en puissance de l’Iran est largement explicable par les errements passés de la politique américaine : les deux invasions de l’Irak, la volonté de renversement de régimes en place au nom du « domino démocratique », les menaces de bombardements sur l’Iran, la défense inconditionnelle de la politique agressive israélienne, le credo idéologique du « choc des civilisations »…

Pour consolider sa présence régionale, Téhéran s’est naturellement appuyé sur la communauté chiite internationale. Pour une population musulmane mondiale de plus d’un milliard de pratiquants, la proportion des chiites est de l’ordre de 12 % dont 85% relèvent du chiisme duodécimain, religion d’État en Iran depuis le XV° siècle. La population iranienne compte en effet  en son sein 85% de chiites duodécimains, soit 59 millions de personnes (le reste se partageant entre sunnites - 12%, chez les Kurdes iraniens et les Baloutches -, et des petites minorités chrétiennes et juives).

 

L’avenir du « croissant chiite »

 

C’est le pourcentage le plus élevé au monde, seulement trois autres États comptent des majorités de chiites, mais dans des proportions moindres : l’Azerbaïdjan avec 75 %, Bahreïn avec 70 %, et l’Irak avec environ 55 %.

Le deuxième pays pour le nombre de chiites en compte un nombre nettement moindre : il s’agit du Pakistan où le nombre de chiites est estimé à 31 millions de personnes (19% de la population). L’Irak arrive en troisième position avec 17 millions de chiites. Les autres pays comptent tous moins de 10 millions de chiites, de l’Afghanistan, avec 6,3 millions de chiites (19% de la population, dans l’ethnie Hazara), l’Arabie saoudite (10% de la pop.), le Koweït (25%), les Émirats Arabes Unis, avec 100 000 chiites...

Au Liban, la minorité chiite représente aujourd’hui 35 % de la population libanaise. Elle est devenue la première minorité confessionnelle du Liban

En Syrie, le nombre et la proportion des chiites sont très faibles : les chiites représentent 2 % de la population syrienne, constitués par les Alaouites, petite minorité mais qui tient d’une main très ferme le parti Baas et le pouvoir d’état.

Comme le rappelle l’universitaire Gérard-François Dumont, le roi Abdallah II de Jordanie, interviewé par le Washington Post le 6 décembre 2004, se déclare le premier, préoccupé par l’émergence de ce qu’il appelé un « croissant chiite ».

Cet arc, allant de l’Iran au Liban, en passant par l’Azerbaïdjan, des régions de l’Afghanistan et du Pakistan et une présence dans les pays du Golfe, jusqu’à la Turquie, comprenait fait nouveau, l’Irak post-Saddam, dont les dirigeants étaient désormais majoritairement chiites. Mais les changements apportés aux rapports de force politiques entre chiites et sunnites risquaient, dès l’époque, de se traduire « par de nouveaux problèmes qui ne seraient pas limités aux frontières de l’Irak », selon le souverain. Un an plus tard, Hosni Moubarak faisait publiquement part des mêmes préoccupations.

« L’arc chiite », unifié par la seule religion mais fragilisé dès le départ, par des différences ethniques (populations perses, arabes, turcophones, indo-pakistanaises…) et les contradictions des intérêts des états avec ceux de Téhéran, mêmes ceux majoritairement chiites comme l’Irak, l’Azerbaïdjan ou Bahreïn, résisterait mal à une déstabilisation durable du pouvoir iranien, contraint alors à un repli agressif.

Les principaux gouvernements des pays sunnites pousseraient dans une telle hypothèse, un soupir de soulagement mais une telle crise et les fortes aspirations démocratiques qu’elle révèle, poseraient à tous «  de nouveaux problèmes qui ne seraient pas limités aux frontières » de l’Iran.

 

Pierre Morville

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15 juin 2009 1 15 /06 /juin /2009 17:31

(article parue dans le Quotidien d'oran du 11 juin 2009)

 

Avec intelligence et courage, le président des USA fait des propositions hardies et novatrices ; mais il pense d’abord aux intérêts de son pays

 

Barak Obama a beaucoup voyagé ces derniers jours, du Caire aux plages normandes, en passant par l’Allemagne. Tous les discours prononcés par le président américain n’ont pas la même portée stratégique. Les propos tenus devant la faculté du Caire le 4 juin ont une dimension tout à fait considérable. Certes, Barak « Hussein » Obama a d’abord voulu séduire l’auditoire arabo-musulman. En rappelant son ascendance musulmane, en citant le Coran, en magnifiant la richesse de la culture islamique, il a rompu nettement avec le discours méprisant de ses prédécesseurs. Les perspectives qu’il a dessinées ont suscité la sympathie et l’intérêt des populations et des chefs d’état concernés.

 

Le Caire, discours historique

 

Bien sûr, ce nouveau départ de la politique américaine devra être concrétisé par des faits tangibles. Hasard du calendrier, deux élections ont eu ou vont avoir lieu dans la grande région. Au Liban, dimanche dernier, la coalition menée par le Hezbollah, pourtant donnée gagnante, a perdu les législatives au profit des partis plus traditionnellement pro-occidentaux. Le 12 juin prochain, les Iraniens vont élire le président de la République islamique, second personnage de l’État après le « guide spirituel », Ali Khamenei. Donné vainqueur jusqu’à présent, l’actuel titulaire du poste, Mahmoud Ahmanidejad doit faire face à un opposant en pleine ascension, Mir Hossein Moussavi, candidat réformiste et novateur. Ce dernier a lors d’un débat télévisé durement critiqué son challenger : « Depuis votre élection, les Iraniens  sont humiliés » par la politique étrangère « extrémiste » menée par Ahmanidejad, « vos propos sur l’Holocauste n’ont fait que servir Israël », lui servant de prétexte à l’invasion du Gaza.

Même Damas souhaite la réconciliation avec les Américains

Hasard du calendrier ou premiers effets de l’inflexion de la politique américaine dans la grande région ? On ne peut encore le dire mais il flotte comme un air de renouveau alors que le Moyen Orient était englué depuis de nombreuses décennies à un profond pessimisme.

La « rupture » proposée par Barak Obama n’est pas exclusive de grandes continuités. Trois problèmes récurrents ont été abordés par le président américain.

Afghanistan/Pakistan. La continuité a largement dominé. Obama a fortement réaffirmé la volonté américaine  de lutter contre le terrorisme. Seule inflexion, ce phénomène n’est plus assimilé unilatéralement à l’existence « d’états voyous ». De même, le président américain a souligné les limites des offensives militaires sur l’Afghanistan si elles n’étaient compensées par une forte aide économique. Se faisant, la Maison Blanche ne pouvait que reconnaître l’impasse dans laquelle se trouve l’armée américaine aussi bien en Afghanistan, aux frontières du Pakistan et même en Irak, un sujet sur lequel le Président ne s’est guère étendu. Enfin, une forte augmentation de l’aide économique n’est guère crédible dans cette période de récession économique mondiale.

 

Main tendue à l’Iran

 

Iran. Le renouveau de la politique étrangère sur ce sujet est patent. Loin des déclarations guerrières de Georges Bush, Barak Obama propose une main tendue au pouvoir iranien. La Maison blanche propose certes un politique de coopération et de dialogue « à durée déterminée », période qui serait close en janvier 2010, si rien ne changeait sur le dossier du nucléaire militaire iranien. Mais même sur ce sujet, la position américaine semble pouvoir aller jusqu’à accepter une proposition « à la japonaise ». Le Japon, en effet, ne possède pas d’armes nucléaires mais il a à sa disposition tous les moyens techniques ou tous les vecteurs nécessaires pour construire un arsenal nucléaire en quelques semaines, voire en quelques jours, si son intégrité territoriale était menacée.

Fait symbolique significatif,  Barak Obama, dans son discours du Caire,  a reconnu que les USA avaient organisé et participé à la chute en 1953, – acte de forfaiture dans les relations internationales – du gouvernement du président iranien Mossadegh pourtant démocratiquement élu. Cette « excuse » publique est un acte politique d’une grande importance. De l’Indonésie, à l’Argentine en passant par le Brésil et le Chili, la CIA a été en effet l’opératrice de putschs  militaires qui dans la seconde moitié du XX° siècle ont renversé des régimes démocratiquement élus pour les remplacer par des autocraties comme le régime du Shah en Iran ou par des dictatures.

Israël / Palestine : c’est sur ce dossier que l’inflexion de la politique américaine est la plus sensible et, quelque part, la plus surprenante. Depuis la guerre de 1967, le Pentagone et la Maison Blanche avait décidé un partenariat militaire et politique israélo-américain qui avait la primauté sur tout le reste de la politique étrangère américaine au Moyen-Orient. Toutes les décisions israéliennes étaient soutenues, les pires, l’objet de vagues réprobations sans lendemains. L’aide financière et militaire à l’état hébreu ne rencontrait aucunes limites.

En réaffirmant avec solennité la nécessite des deux États, l’arrêt immédiats des colonisations, le retour aux frontières de 1967 où s’y approchant, Barak Obama a pris de court un gouvernement israélien qui avait l’habitude depuis plus de 40 ans que Washington cède à tous ses caprices et couvre toutes ses exactions.

 

Le pouvoir israélien inquiet

 

Benyamin Nathanyaou, convoqué il y a quelques semaines à la Maison-Blanche a peut-être enfin compris que la position américaine n’était pas que rhétorique de façade. Il a très peu de moyens pour tenter un bras de fer avec son puissant allié mais la coalition qu’il dirige actuellement, la pire formation d’extrême-droite de l’histoire de l’état hébreu, éclaterait immédiatement au moindre recul, surtout le démantèlement des colonies installées en Palestine. La position de Nathanyaou est d’autant plus difficile qu’il a fait pendant plusieurs mois, la sourde oreille aux conseils pressants d’amodiation de son programme par l’administration américaine.

Jusqu’où iront les pressions de la Maison-Blanche sur Israël ? L’avenir le dira. Mais il y a d’ores et déjà un second sujet important d’inquiétude pour le gouvernement israélien. L’armée israélienne sait déjà qu’elle peut remballer ses projets de raids aériens sur les installations nucléaires iraniennes, agression qui aurait mis le Moyen-Orient de nouveau à feu et à sang. Mais le piège tendu par Barak Obama est peut être pire qu’il n’y apparait. La Maison Blanche souhaite qu’il n’y ait pas de bombes atomiques iraniennes mais prône en guise de garantie pour Téhéran et pour que la paix régionale s’installe, la dénucléarisation totale de tout le Moyen-Orient. Israël compris, hypothèse jusqu’il y à peu, parfaitement invraisemblable pour le pouvoir hébreu.

Les qualités économiques et morales de Barak Obama sont certainement pour beaucoup à ce nouveau cours de la politique étrangère américaine mais des raisons de fond plus prosaïques en sont le moteur. L’échec de l’ « hyperpuissance » américaine avec la politique du « tout militaire » tenté par Georges Bush, et l’effondrement fin 2008 de l’économie des USA ont amené l’administration à des positions beaucoup plus réalistes. « America first ! », Washington reconsidère sa politique extérieure d’abord en fonction des inintérêts stratégiques, militaires et économiques des Etats-Unis, d  ans les conditions du rapport de force actuel. La Chine devient le partenaire privilégié car l’économie américaine dépend d’elle ; on sourit aux Russes parce qu’ils redeviennent des interlocuteurs stratégiques incontournables. Quand au reste du Monde, c’est selon les besoins…

 

Défense d’abord des intérêts américains

 

C’est peut-être un peu le sentiment les chefs d’état européens les plus lucides après les différents sommets (G20, Otan) et visites du nouveau président américain en Europe. Certes, les discours étaient chaleureux, les propos, généraux, les discours, convaincants. Mais passé le moment de sympathie cordiale, les positions américaines sont beaucoup plus crues. Barak Obama aime bien les Européens qui envoient des troupes en Afghanistan, qui intègrent l’Otan sous commandement US et qui ne contestent pas la primauté du dollar dans cette phase de récession alors que cette monnaie est en grande partie responsable de la même récession.

A la veille de Barak Obama en Allemagne, Angela Merkel n’a pas manqué d’envoyé des critiques feutrées mais fielleuses sur la nouvelle « volonté de puissance » de l’administration américaine en matière de politique économique. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les relations Obama-Sarkozy sont diplomatiquement à peine « cordiales ». Pour les cérémonies du débarquement du 6 juin 1944 en Normandie, Barak Obama a exploité la gaffe de Sarkozy qui avait imprudemment « oublié » d’inviter la Reine d’Angleterre, en réclamant formellement sa présence. Il a ensuite décliné une invitation à déjeuner à l’Élysée. Il a tancé le président français sur la question de l’adhésion de la Turquie à l’UE, ce qui n’était pas l’objet de la rencontre. Et, affreux affront, il a invité l’ex président Chirac en visite officielle aux États-Unis (et non pas Sarkozy) !

Cet affaiblissement relatif de l’importance européenne aux yeux des États-Unis est certainement conforté par les hésitations actuelles de l’Union européennes. Les hommes politiques vantent à l’envi l’harmonisation réussie des mécanismes économes européens, ils saluent avec émotion la réussite de l’Euro mais l’on voit bien, du fait de la récession, que les Étatseuropéens  pratiquent dans les faits une « renationalisation » des politiques industrielles et commerciales en vue de protéger plus efficacement les intérêts particuliers de leur propre pays. Une Europe à 27 apparait dans les moments difficiles que la planète traverse, de plus en plus difficile à gouverner d’une seule voix.

Dans ce cadre un peu morose, la réélection du Parlement européen a suscité peu d’enthousiasme et de participation des électeurs européens. Et les résultats généraux entre les différents courants ( large prééminence des courants conservateurs) n’ont été commentés que pour leurs conséquences locales dans les rapports de force gauche, droite, courant écologique, etc., de chaque pays et non pas dans leur dimension continentale.

 

France : Douche écossaise pour le PS

 

Le paysage politique français a connu une petite secousse tellurique. Toute petite lorsque l’on sait que cette élection n’a recueilli que 40% de votants et que le sujet, l’Europe, est loin de passionner les Français. Mais tout de même !  72 députés européens devaient être élus en France. Avec 14  députés, le Parti socialiste connait l’un de ses plus mauvais scores historiques. Le centriste Bayrou, qui rêvait d’incarner la synthèse de la gauche et de la droite, s’effondre avec 6 élus, juste deux de mieux que la gauche radicale (4 députés et 11% des voix). L’UMP qui rassemble tous les partis de droite triomphe avec 30 députés, mais elle représente moins 30% des voix sans disposer de réserves.

Le triomphateur du scrutin est Daniel Cohn-Bendit, vieille figure franco-allemande de Mai 1968 aujourd’hui anarcho-eurapéano-libéral, qui a hissé le mouvement Vert à des sommets :16,2% des voix et 14 députés, faisant résultat égal avec le PS !

Ce dernier paye des années de bisbilles et concurrence acharnée entre ses principaux leaders, l’usure du modèle social-démocrate en Europe et la méfiance des salariés et plus généralement des actifs vis-à-vis des partis.

 

Pierre Morville

 

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28 mai 2009 4 28 /05 /mai /2009 00:50

(article paru dans le Quotidien d'oran du 28 mai 2009) 

Le 26 mars, en catimini, les députés européens dont le mandat s’achève la semaine prochaine, ont voté une quasi fusion économique de l’UE avec les USA ! Invraisemblable histoire 

 

Les 6 et 7 juin prochains se dérouleront en France les élections européennes. Au total, ce sont 736 députés européens qui seront élus pour représenter les 27 États membres de l’UE. Les électeurs français vont avoir à choisir les 72 députés qui les représenteront pendant 5 ans au Parlement européen.

Sans enthousiasme palpable, voire avec un désintérêt manifeste.

Les sondages sur la participation attendue rivalisent dans le pessimisme : au mieux un tiers des Français pensent se déplacer pour placer un bulletin dans l’urne. Le taux de participation ne sera guère plus élevé dans le reste de l’Europe.

Selon Libération du 13 avril, la presse elle-même se désintéresse de l’évènement : « seulement 36 % des citoyens ont lu, entendu ou vu un sujet consacré au Parlement européen dans leurs médias. »

 

UE : des instances démonétisées

 

Le quotidien établit un lien de causalité entre la mauvaise couverture médiatique de la vie politique européenne et « un effondrement de la confiance dans les institutions communautaires : le Parlement européen perd six points dans l’indice de confiance en six mois, passant de 51 % à 45 %, la Commission chute de 47 % à 42 % et la Banque centrale européenne, en dépit de son rôle stabilisateur unanimement salué par les politiques et les experts, de 48 % à 39 %. Une défiance qui se reflète dans l’abstention massive qui menace la légitimité de la seule institution européenne élue au suffrage universel. ».

Les raisons de la désaffection de l’électeur européen sont connues. L’Union Européenne se présente aux opinions publiques comme un dédale d’instances élues comme le Parlement ou désignées (Conseil des ministres, Commission européenne, directions générales…) qui fonctionnent dans une certaine opacité, sans contrôle et sans avoir sérieusement la volonté de rendre de comptes, voire seulement d’expliquer ses innombrables décisions. Car la bureaucratie bruxelloise est bien connue par sa capacité à produire surabondement textes, circulaires, ordonnances, directives et recommandations sur tout et n’importe quoi. La boulimie réglementaire communautaire est ainsi aujourd’hui à l’origine des deux-tiers des nouvelles lois qu’adopte le parlement français !

L’Union européenne apparait surtout aux opinions publiques des 27 comme le fer de lance dans le Vieux Continent, de la globalisation et de l’hyper-libéralisme. Les électeurs allemands, français, italiens ou espagnols notamment ne manifestent plus de soutien excessif à la volonté de dérégulation à tout prix menée par Bruxelles : démantèlement des politiques fiscales, des contraintes du droit du travail, des services publics, des systèmes de protection sociale…

Le krak économique d’octobre dernier a douché les rares enthousiastes restants (notamment dans les pays de l’est de l’Europe) et a fait surgir une demande unanime de retour à une politique fortement orientée sur une nouvelle régulation nationale des marchés.

Mais ce dernier concept ne fait pas partie de la culture du bureaucrate européiste de base pour qui, dans tous les cas de figure, ce sont les « états nationaux » qui constituent « le problème » et qui représentent « l’ennemi ».

Enfin, la conception européiste de la démocratie est toute à fait particulière.

L’affaire du Traité constitutionnel a été symptomatique de ce travers des eurocrates à considérer que les peuples sont trop stupides pour comprendre à leur juste valeur les projets historiques bâtis par les cénacles de Bruxelles, Strasbourg, Luxembourg, Francfort et la Haye, les cinq « capitales » des grandes institutions européennes.

Le traité constitutionnel visait, dans ses grandes lignes, à imposer une légitimité européenne supranationale au détriment de celle des États-nations. Prudemment, la plupart des pays ont fait ratifier ce traité impopulaire par leurs parlements mais quand on a fait appel au référendum, comme en France ou en Irlande, les peuples souverains étaient contre, clairement contre.

De quoi ! De quoi ! Le peuple s’oppose, regimbe, proteste… Le peuple, est décidemment trop bas-de-plafond, il refuse de comprendre les avantages des géniaux projets de l’élite ?  Il veut donner son opinion ! Mais on s’en moque bien de son opinion ! On s’assoit dessus, même. C’est ainsi qu’a été pondu le « traité de Lisbonne », copie conforme du Traité constitutionnel mais ce traité n’a pas été soumis à l’approbation populaire. Ah ! Mais…

On comprend que des institutions aussi peu attentives à l’opinion des citoyens ne captent guère l’attention des électeurs.

 

L’invraisemblable vote du 26 mars 2009

 

Des Européens convaincus et sincères trouveront évidemment un peu caricaturale cette présentation de l’Union européenne. Bien sûr, l’Union européenne est un grand projet. Que l’on soit eurosceptique ou au contraire europhile, l’Europe constitue dorénavant notre « maison commune ».

Mais cette maison commune est bien peu démocratique. S’il fallait une preuve supplémentaire, le récent scandale du « Grand Marché transatlantique » cumule tout ce qu’il y a de profondément détestable dans les pratiques de l’Union européenne. Le tout dans un climat de secret tel qu’aucun média n’en a rendu compte ! Le rédacteur de cette chronique, ce naïf qui se croyait cyniquement rompu aux mensonges des puissants, en est resté comme deux ronds-de flanc !

Les faits : Le 26 mars 2009, le Parlement européen approuve par 503 voix pour, 51 voix contre et 10 abstentions, une résolution sur «  l’état des relations transatlantiques après les élections qui ont eu lieu aux États-Unis  ». Son but : construire « un véritable marché transatlantique intégré », qui devra être établi « d’ici à 2015 ». Donc un marché unique, unifié entre l’Union européenne et les États-Unis. Rien de moins.

C’est le Conseil économique transatlantique (CET), créé lors du sommet UE-USA du 30 avril 2007, et orienté entre autres par « des représentants du monde de l’entreprise », qui veillera à l’harmonisation des législations pour faciliter « l’approfondissement du marché transatlantique » Ce marché intégré qui représenterait 57% du PIB mondial , peut en effet laisser espérer une longue continuation d’un monde épuisé, exsangue, ravagé de guerres maistoujours  dominé par les Occidentaux.  « Considérant que l'investiture du nouveau président américain marque le début d'une nouvelle ère dans l'histoire des États-Unis, que l'on fonde de grands espoirs sur lui de par le monde et que cette investiture a le potentiel pour donner un nouvel élan au partenariat transatlantique ».

C’est bien la première fois dans l’histoire de la diplomatie occidentale que l’on fonde un pacte « de civilisation » sur le bilan de quelques semaines d’activités d’un président certes sympathique. On pourrait néanmoins, par prudence, donner à Barak Obama quelques mois supplémentaires pour faire ses preuves.

Créer un marché intégré entre les États-Unis et l’Europe d’ici 2015 n’est pas sans d’importantes conséquences : suppression de toutes barrières douanières et réglementaires ; adoption unanime des normes commerciales et comptables du partenaire dominant, les Etats-Unis ;uniformisation des règles commerciales, fiscales et sociales sur le modèle anglo-saxon, intensification des flux financiers transatlantiques avec une primauté donnée à Wall Street, « harmonisation » des politiques économiques dans un sens encore plus libéral qu’aujourd’hui, positions communes au FMI, à la Banque mondiale, à l’OMC…

 

Alignement complet sur Washington

 

Il n’y a qu’un seul domaine où nos vibrionnaires députés européens se sont bien gardés d’avancer, celui de la politique monétaire : organiser une parité stable Euro/dollar ? Adopter le dollar comme monnaie commune ? Ah, ça, c’est bien compliqué !

La lecture de cette déclaration d’amour aux États-Unis laisse pantois, surtout dans le cadre de la récession économique que nous traversons et qui trouve une bonne part de son origine dans les excès libéraux et les bavures laxistes de l’économie américaine.

L’américanophilie du Palais de Strasbourg, siège du parlement européen ne se cantonne pas aux questions économiques. C’est quasiment la fusion des deux ensembles qui est initié : « le nouvel accord devrait moderniser l'actuel dialogue transatlantique des législateurs pour en faire une assemblée transatlantique servant de forum pour le dialogue parlementaire, l'identification d'objectifs ainsi que le contrôle conjoint de la mise en œuvre de l'accord, et pour la coordination des travaux du Parlement européen et du Congrès américain sur les questions d'intérêt commun, y compris la coopération étroite entre les commissions et les rapporteurs des deux parties », le Parlement européen estime que « cette assemblée devrait se réunir en plénière deux fois l'an, être composée à parts égales de députés du Parlement européen et des deux chambres du Congrès des États-Unis »; il souligne que « qu'un système d'alerte législatif précoce réciproque devrait être mis en place au sein de cette assemblée ».

Coté politique extérieure et sécurité, c’est l’alignement pur et simple sur Washington : « le nouvel accord devrait créer un organe de consultation et de coordination systématiques de haut niveau pour la politique étrangère et de sécurité; recommande que cet organe soit présidé par le Haut représentant / vice-président de la Commission, pour l'Union européenne, et par le Secrétaire d'État, pour les États-Unis, et qu'il se réunisse au minimum tous les trois mois, sans préjudice de contacts informels et suggère que ce mécanisme soit nommé le Conseil politique transatlantique ».

Les députés ont d’ailleurs passé en revue les dossiers difficiles. Iran, Irak, Afghanistan, Pakistan : l’alignement sur les positions américaines est là encore total. Le texte voté par la droite et la gauche européenne recommande également « de promouvoir une approche commune à l'égard d'autres acteurs géopolitiques majeurs tels que la Chine, l'Inde ou le Japon, ainsi qu'en ce qui concerne divers problèmes et crises en Afrique subsaharienne ».

 

Obama en demande-t-il autant ?

 

Sur les questions de sécurité et d’anti-terrorisme, il n’y a plus de place à des stratégies nationales. Le texte recommande « qu'une coopération étroite entre l'Union européenne et les États-Unis dans le domaine de la justice et des affaires intérieures est également nécessaire pour bâtir progressivement un espace transatlantique de liberté, de sécurité et de justice » ; les parlementaires exigent « une rapide entrée en vigueur de l'accord d'extradition et d'assistance juridique entre l'Union européenne et les États-Unis, et exhorte les États membres qui ne l'ont pas encore ratifié à le faire dès que possible ». En clair et cela est est spécifié dans le texte : les 27 de l’UE doivent expulser au plus vite vers les États-Unis, les Européens que ce pays soupçonne ! Seule contrepartietémérairement demandée et non pas exigée par le Parlement : que les États-Unis abandonnent la peine de mort…

On a rarement vu un tel exemple de démission collective, qui ferait passer le Maréchal Pétain en 1940 comme un parangon de l’orgueil national.

On pensait avoir vu le bout avec le ralliement définitif et complet de la France à l’OTAN, « pierre angulaire de la sécurité transatlantique », quelques cinq cents député européens ont décidé d’aller bien pus loin : la création à court terme des « États-Unis d’Occident », capitale Washington !  Il n’est pas sûr que cela soit dans les plans de Barak Obama…

Dans cette « politique-fiction » hallucinée, l’Algérie n’est pas oubliée. L’axe euro-atlantique ne s’arrête pas aux frontières actuelles de l’Europe, puisque l’objectif est de lui rattacher tous les pays du sud de la Méditerranée et du Proche-Orient. Cette « intégration » politique et économique s’effectue, dans le cadre de l’UE, dans un programme qui s’appelle la PEV (Politique européenne de voisinage), et qui concerne aujourd’hui neuf pays du Sud : Algérie, Égypte, Israël, Jordanie, Liban, Maroc, Territoires palestiniens, Tunisie, et cinq pays de l’Est : Arménie, Azerbaïdjan, Géorgie, Moldavie et Ukraine,  la Biélorussie, la Libye et la Syrie constituant des cas particuliers.

Américanophiles bêlants, les députés européens de droite et de gauche, des conservateurs aux socialistes (seul le groupe communiste a voté contre) n’en sont pas moins conscients que leurs ridicules positions sont loin d’être partagées par leurs concitoyens européens. Du coup, tout fut fait en catimini, aucune déclaration publique n’a suivi ce vote « historique », ni dépêches d’agence, ni articles, ni même communication publique du Parlement. L’affaire a été en France soulevée par Jean-Luc Mélenchon qui présente ses candidats sous l’étiquette « Front de gauche », en alliance avec le Parti Communiste. Contacté par le Quotidien d’Oran, l’ancien ministre des Affaires étrangères Roland Dumas a déclaré « découvrir l’affaire » et prépare une communication vengeresse.

Et l’affaire va évidemment éclater au grand jour, persuadant un peu plus les électeurs français de l’incompétence, de l’hypocrisie, de la malhonnêteté  et de l’absence totale de patriotisme des députés européens dont on leur demande la semaine prochaine, de prolonger le mandat.

 

Pierre Morville

 

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7 mai 2009 4 07 /05 /mai /2009 00:57

 article publié dans le Quotidien d'Oran du jeudi 7 mai 2009

 

Nicolas Sarkozy a fêté hier l’anniversaire de ses deux premières années de présidence. Deux ans seulement, pas plus ? Vous êtes sûrs ? Malgré une omniprésence médiatique et une agitation perpétuelle, le bilan est très mitigé.

 

Dès son élection, Nicolas Sarkozy a eu le don de diviser les Français en trois catégories tranchées. Les  « allergiques » pour qui la personnalité de Sarkozy ne « passe pas ». A gauche comme à droite, il y a des électeurs pour qui la simple évocation du nom crée étranglements, boutons et fièvres, fureurs incontrôlées, quasiment de façon irrationnelle. Les « stupéfaits » qui lors de la campagne présidentielle ont longtemps été bluffés par un politique atypique. Les « fans » : un grand nombre d’électeurs ont été séduits, voire pour certains, envoutés, par les indéniables qualités du candidat. Nicolas Sarkozy a démontré de l’intuition, du flair, un culot d’enfer. Il est, comme son prédécesseur, Jacques Chirac  (haï d’ailleurs par son successeur), un chef de meute. Il a autour de lui des fidèles dont il connaît les forces et les faiblesses, les qualités intellectuelles mais aussi l’amour du pouvoir et des prébendes. C’est un pragmatique qui ne s’encombre pas d’idéologies. Il sait écouter la vaste multitude et dire à chacun ce qui lui plaira d’entendre. Il maîtrise parfaitement l’art de la communication et il a compris qu’occuper les médias, tous les jours, tous les soirs à 20 heures dans les journaux télévisés, permet de couvrir le terrain des critiques éventuelles qui s'expriment toujours avec 24 heures de retard. Il sait désorienter l’opposition de gauche en sortant des propositions spectaculaires (qui bien sûr n’ont aucune chance d’aboutir). Il a saisi que, dans la société du spectacle, le soutien de chanteurs, de vedettes du cinéma, de footballeurs, avait auprès du public infiniment plus de poids que celui d’intellectuels vermoulus, abscons, pétitionnaires et répétitifs.

 

Beaucoup de qualités. Encore plus de défauts

 

Bref ! La France s’était donné un président dans l’air du temps. Car le Chef de l’État n’a jamais hésité à mettre son cœur à nu devant tous les français. Un coup, il pleure parce qu’il divorce. Deux mois plus tard, il partage avec tous ses concitoyens sa joie de se remarier avec une chanteuse, ex top-modèle. Quel homme !

Nicolas Sarkozy, candidat, a surtout su très astucieusement prendre conscience et tirer, pendant ses longues périodes ministérielles ou dans les rangs de l’opposition, les leçons de ses échecs de jeune politicien ambitieux. Il en avait le temps !

Le président Sarkozy ne dispose plus de délais identiques.

Et le rythme effrénée de ses décisions a fait apparaitre les défauts de ses qualités. Ces dernières étant innombrables, concentrons-nous sur quelques faiblesses majeures.

De Gaulle était austère, dictatorial et pontifiant. Pompidou l’auvergnat était près de ses sous. Giscard était prétentieux et rancunier. Mitterrand était hypocrite et retors. Jacques Chirac était jovial mais fainéant. Tous les présidents de la V° République ne se réduisent évidemment pas à leur caricature dans l’opinion. Jacques Chirac si décrié à la fin de son second mandat bat aujourd’hui les records de popularité. Allez comprendre…

Mais Nicolas Sarkozy restera dans les mémoires comme le « Président bling-bling ». Dès le soir de l’élection, son amour des patrons réunis en sa présence pour fêter sa victoire dans un bar des Champs Élysées, de la réussite, du pognon, du fric, du flouze a surpris désagréablement l’électorat populaire. Ses premières mesures en faveur des plus riches, son discours hyper-libéral, son admiration devant le modèle américain (où comme, on le sait, chacun peut réussir. S’il est riche) ont surpris jusque dans ses rangs parlementaires.

La crise économique a pris à contre-pied le Nicolas qui rame depuis pour devenir l’apôtre de l’intervention d’État, des dépenses sociales et de la condamnation des « patrons voyous ». 

Le soutien affiché à la Maison-Blanche, l’alignement sur la politique extérieure américaine, le retour sans conditions dans l’Otan, l’envoi de troupes françaises en Afghanistan, ont également irrité. Ces changements de pieds successifs ont interpellé une population dans un pays qui reste dans ses profondeurs, égalitaire, républicaine, jalouse de son indépendance, voire chauvine.

 

L’agacement des Français

 

« Je ne vous décevrais pas ! Je ne vous trahirais pas ! » avait promis le candidat Sarkozy lors d’un meeting de campagne. De 65 à69% des Français se disent, selon les sondages, aujourd’hui déçus. La désillusion perceptible est à la hauteur des espérances qu’une majorité de Français avaient placé dans le nouveau président.

« Travaillez plus et vous gagnerez plus ». A l’heure où l’on va gaillardement vers un millions de chômeurs supplémentaires, le slogan de victoire de la campagne présidentielle crée des échos de colère.

Enfin, le volontarisme de Nicolas Sarkozy heurte un pays attaché à ses traditions démocratiques.

« Il faut aller vite, les réformes que je propose sont nécessaires » répète à l’envi, tous les matins, le président dans tous les médias qu’il contrôle directement ou indirectement. « Elles sont bonnes, mes réformes, parce que c’est moi qui les propose » indique-t-il souvent comme seul argument. Quitte à changer totalement de discours au gré des évènements. Du coup, cette boulimie de nouveaux textes législatifs bâtis à la hâte, cette absence de débats et de négociations,  ce mépris des corps intermédiaires (voire de ses propres ministres !) lui ont mis à dos toutes les catégories sociales : les salariés et les chômeurs bien sûr, mais aussi les cadres, les petits patrons, les artisans, les juges, les médecins, les agriculteurs, les enseignants, les étudiants,  les chercheurs, même les militaires et jusqu’aux gardiens de prison ! Il n’y a que les très-très riches qui ne se plaignent pas. En période de crise économique sévère, ce n’est pas un bon signe.

Au travail, dans les transports en commun, dans les bistros, l’agacement des Français est perceptible. La grogne se mêle aux anxiétés face à une crise économique que tout le monde pressent très longue.

Qu’en sortira-t-il ? Peut-être rien, sinon un peu plus de fatalisme.

Pourtant, les grandes manifestations se succèdent. Dans des petites villes françaises, un tiers de la population s’est retrouvée dans la rue. Tous les cortèges sont unitaires : pour la 1ère fois dans l’histoire, toutes les organisations syndicales ont manifesté ensemble, le premier mai. Des grèves éclatent ici et là, la moitié des universités sont fermées mais ce mouvement social multiple, divers bute sur une absence de perspectives.

Le gouvernement, qui parie sur le pourrissement, ne lui en donne aucune. Dans le cadre d’une crise économique qui peut brutalement s’intensifier, ce refus du dialogue social est un coup de dés dans un pays, au moins verbalement, frondeur.

 

Dehors, la Turquie !

 

Nicolas Sarkozy a fêté ses deux années de présidence en faisant, exercice quotidien obligatoire, un grand discours dans la bonne ville de Nîmes. Sur l’Europe.

L’Europe, l’Europe… Lors de la crise financière récente, l’Union européenne n’a guère brillé par la cohésion de ses décisions en matière économique : selon les capitales, relance des économies sur fond d’État, priorité donnée au contraire à la baisse des déficits,  davantage d’impôts versus plus de consommation, le retour de l'Etat-Providence, tout en y mélant encore plus de libéralisme et de dérégulation sociale.., chaque pays choisit sa politique et considère dorénavant ses voisins davantage comme des concurrents que comme des partenaires. L’UE est ainsi censée promouvoir la solidarité continentale mais les pays riches ne sont guère enclins à sauver les économies de leurs « Etats-frères » de l’est européen,  la Pologne,  la Hongrie, la Roumanie, la Bulgarie…

C’est dans ce cadre que l’inénarrable président a trouvé utile de rappeler ses fondamentaux dans l’électorat de droite. Il a ainsi dressé un bilan ému des six mois de « sa » présidence française de l’UE de juillet à décembre 2008. Nicolas Sarkozy veut encore "changer l'Europe". "Est-ce que c'est possible ? Ma réponse est oui : nous l'avons fait pendant la présidence française", a-t-il assuré : "la Géorgie n'a pas été rayée de la carte", "un cessez-le-feu a pu intervenir à Gaza", "l'Europe n'a pas cédé au sauve-qui-peut" dans la crise financière.

Quel homme ! Sans nier ses talents, ni son indescriptible énergie, notons tout de même que la Russie a d’elle-même éteint le conflit géorgien, que Gaza a été écrasé sous les bombes et que la totalité des gouvernements des pays développés ont déversé, d’un même mouvement, des tombereaux d’argent public pour calmer la crise financière.

Mais pour rassurer les électeurs de l’UMP, Nicolas Sarkozy a mâlement réaffirmé qu’il fallait  "dire la vérité à la Turquie". Ce qui signifie en clair de refuser son intégration à l’Union européenne et proposer à la place aux Turcs et aux Russes la création "d’un grand espace de plus de 800 millions d'habitants qui partageraient la même prospérité et la même sécurité". Ce qui permettrait, enfin ! à l'Europe de cesser "de se diluer dans un élargissement sans fin".

La Turquie, hélas, candidate depuis 1964, se lasse dorénavant de souhaiter entrer dans l’Union européenne. Elle s’est irritée de la nomination du Danois Rasmussen (qui a joué un rôle actif dans son pays sur l’affaire des « caricatures du Prophète ») comme nouveau secrétaire général de l’OTAN. Elle critique vertement Israël sur l’agression contre Gaza. Elle se rapproche diplomatiquement de la Russie et lui achète des armes.

Bref, Ankara fait la tête et n’a pas tout à fait tort.

 

Procès religieux dans un  pays laïc

 

Nedim Gursel est un auteur et universitaire turc qui vit et enseigne depuis de nombreuses années en France. Ce romancier, l’un des principaux animateurs du Comité France-Turquie qui, entre autres promeut, l’entrée de la Turquie dans l’UE, est passé hier, en son absence, devant un tribunal des Affaires religieuses turc pour « atteinte aux valeurs religieuses ». Ce n’est guère sérieux pour une république laïque et qui met « dans l’embarras les Amis de la Turquie, ceux, très nombreux, qui accueillent positivement sa candidature dans l’Union européenne », comme le notait une tribune parue dans Libération. Le « chroniqueur de Paris » partage cet avis.

 

Vertige

 

Joaquin Almunia est le Commissaire européen à l’économie. Resté trop longtemps dans l’ombre, il gagne pourtant à être connu. Annonçant récemment une récession de -4% dans la zone euro, il s’est voulu rassurant.

« Nous ne sommes plus en chute libre » a-t-il crânement affirmé. Cette forte déclaration rappelle deux anecdotes. Celle du suicidaire qui se jette d’un building et qui, arrivé au niveau du 17ème étage, constate que « jusque là, tout va bien ».

L’autre souvenir est celui des banquiers de Wall Street qui choisissaient pendant le krak de 1929 de se défenestrer plutôt que d’affronter la honte de la ruine.

Heureusement, nos banquiers modernes ont renoncé à ses tristes fins. Ce n’est pas parce qu’on a fait faillite qu’il faut perdre espoir. C’est ça l’optimisme managérial : « Allons négocier nos indemnités de départ. Avec un petit rab’ de stocks options, si possible. »

 

Pierre Morville

 

 

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29 avril 2009 3 29 /04 /avril /2009 17:34

 

Un ton nouveau, un grand président, des actions volontaires en matière économique et diplomatique… mais des résultats qui se feront attendre

 

Inaugurés par Roosevelt, qui avait pondu 16 grandes lois de réforme en trois mois, les « cent jours » sont depuis un point de passage obligé pour tout nouveau président américain. Barak Obama s’en sort plus qu’honorablement. Certes, le bilan de son prédécesseur, Georges W. Bush, était tellement exécrable que le successeur ne pouvait que faire beaucoup mieux. D’un autre côté, la situation de la maison était tellement dégradée que les travaux de restauration seront d’évidence longs et coûteux.

D’autant que l’arrivée de Barak Obama à la Maison Blanche a pratiquement coïncidé avec l’émergence d’une crise économique sans précédent dont tout le monde ignore l’ampleur à venir, la durée et les conséquences à long terme.

Disons-le tout net : à défaut de trouver des solutions à tous les problèmes qu’il rencontrera, Barak Obama a déjà fait la démonstration qu’il sera un « grand » président américain.

 

Intervention énergique sur le front économique

 

Sur le plan financier, le nouveau président n’a pu que poursuivre et amplifier la tentative de sauvetage des banques sur fonds publics. Comme en Europe et dans le reste du monde, les contribuables américains paieront la note des folies de « managers », membre des conseils d’administration,  dirigeants d’entreprises ou gestionnaire de fonds de pension pris dans une folie spéculatrice dont la planète aura du mal à se remettre.

Mais rassurez-vous : la prise de risque ne sera pas sanctionnée et les actionnaires ne devront pas payer pour leurs bêtises. L’argent public est là pour cela. A tel point que les sommes versées sont vertigineuses.

Sauvetage in extremis des banques (pour combien de temps ?), Plan de secours pour l’industrie automobile, aides à l’immobilier, le président américain a obtenu du Congrès le vote rapide d'une loi de relance de 787 milliards de dollars (environ 610 milliards d'euros) sur trois ans. Le budget débattu au Congrès, 3550 milliards de dollars pour l'année fiscale en cours close en octobre, inclut un déficit historique de 1750 milliards.

Cette prise de gages sur l’avenir alors que la dette américaine représentait, avant la crise d’octobre, la moitié de la dette mondiale, n’est possible qu’à une condition : le dollar doit rester la monnaie-pivot mondiale, ce qui permet aujourd’hui de faire tourner a volo la planche à billets.

Il n’est pas dit que cette exception du dollar puisse perdurer longtemps. Certes, le dernier sommet du G 20 a soigneusement mis de côté la « proposition-menace » chinoise de constituer une monnaie internationale assise sus les différents cours des principales monnaies (Yen, Yuan, Dollar, Euro) mais la question a été lancée. Elle réapparaîtra tôt ou tard. Une telle hypothèse réduirait fortement les marges de manœuvres du gouvernement américain qui a réaffirmé fortement que la prédominance du dollar restait une donnée « stratégique » pour leur pays.

En revanche, Barak Obama n’a pas hésité à rompre avec les dogmes libéraux qui dirigent la politique américaine depuis trois décennies. Non seulement les banques et assurances en faillite sont nationalisées. « Nationalisation » ! Horresco referens, « je frémis en le racontant », comme disaient les romains. Mais le nouveau président entend également introduire la notion d’un salaire maximal pour les patrons des entreprises aidées. Une révolution dans le pays du renard libre dans le poulailler libre.

Réintroduisant fermement les vertus de l’état-interventionniste, Barak Obama propose même de remettre en scène « l’Etat-providence » en proposant aux Américains trois chantiers de grande ampleur et de long terme sur la santé, l'éducation et les énergies renouvelables. Contrairement à notre sémillant président français qui veut privatiser la santé et l’hopital public (mettant dans la rue, cette semaine, pour la 1ère fois ensemble les brancardiers, les infirmières et les professeurs de médecine !), les démocrates américains découvrent en les enviant, les avantages autant sociaux qu’économiques du système européen de l’assurance maladie et de la retraite par répartition. Malgré les performances de quelques universités de renom, l’ensemble du système éducatif des USA est largement dégradé et surtout très inégalitaire.

La prise de conscience écologique est également nouvelle. Contrairement à son prédécesseur, le nouveau président a pris la mesure des risques climatologiques qui menacent la planète.

 

Surprises et interrogations sur le plan diplomatique

 

Barak Obama a agréablement surpris par la vigueur de son recentrage de la politique étrangère américaine. Main tendue à la communauté musulmane mondiale, repli des troupes d’Irak, lancement du dialogue avec l’Iran, ouverture vis-à-vis des voisins d’Amérique latine, gentillesses (sans grandes conséquences) aux Européens, salutations cordiales à Vladimir Poutine, réconfort du Japon…

La volonté de faire rupture avec Georges Bush est patente : on ne parle plus de « guerre au terrorisme ». Le 20 janvier, alors que les cérémonies d'investiture ne sont pas encore terminées, Barak Obama prend sa première décision comme président des Etats-Unis : il demande la suspension des procédures en cours à Guantanamo, le grand camp d’internement constitué en dehors de toute légalité internationale. Deux jours plus tard, il signe le décret imposant la fermeture de la base installée à Cuba dans un délai d'un an. Il y a peu, il a exigé que les méthodes de la soldatesque de la CIA, mi-interrogatoires musclés, mi-tortures, cessent. C’est bien mais on sait néanmoins que le pire a été exécuté par les services secrets de gouvernements amis et sous-traitants.

La proposition d’une réouverture de relations avec l’Iran est le principal acte fort de la nouvelle présidence. L’analyse de l’exécutif américain est lucide. La montée aux enchères lancée par Georges Bush contre l’Iran sur le dossier du nucléaire n’avait guère de sens, ce pays majeur dans la région étant entouré de quatre autres puissances nucléaires, la Russie, le Pakistan, l’Inde et Israël. 

A l’inverse, un Iran devenu conciliant pourrait simplifier largement le départ des troupes américaines de l’Irak dont une grande partie du territoire passerait de facto sous le contrôle de Téhéran. L’influence du pouvoir perse sur la communauté chiite, pourrait un temps au moins alléger quelques zones de tensions en Syrie et au Liban. Voire dans les zones frontalières de l’Afghanistan.

Mais dans ce petit pays, la vraie question n’est plus d’une victoire mais d’un « habillage » d’une défaite prévisible.

Barak Obama n’a pas réussi à convaincre ses alliés de renforcer leur présence militaire dans ce pays malgré l’annonce de l’envoi de 21 000 militaires américains supplémentaires.

Du coup, certains théoriciens du Pentagone ont tiré les bilans de l’intervention américaine en Irak. On a « fêté » en mars dernier, le 6ème anniversaire de l’intervention américaine en Irak. Selon le Los Angeles Time du 11 avril, le coût du conflit irakien aura dépassé à la fin de l’année celui du conflit vietnamien : 694 milliards de dollars, contre 686 pour le Vietnam (données corrigées en fonction de l’inflation. Pour quels résultats ? Un pays ruiné, au bord de l’éclatement, une centaine de milliers de morts, côté irakien, trois à quatre milles morts du côté américain, des milliers de blessés et handicapés et le retour à la maison d’une centaine de milliers de combattants américains amers, voire traumatisés.

Du coup, les mêmes stratèges imaginent une réplique à « l’offensive terroriste » par un appel systématique à la « couverture aérienne ». En clair, les bombardements massifs des zones concernés.  Avec les conséquences prévisibles sur les populations concernées. On imagine bien les effets de cette tentation en Afghanistan : les paysans concernés ne manqueront pas de rejoindre en masse les rangs des Talibans.

 

Durban II : une nouvelle conférence pour rien

 

On peut s’interroger sur la nécessite de cette conférence de l’ONU, principalement souhaitée par l’Afrique, les pays non-alignés et l’Organisation de la Conférence Islamique (OCI). Après le demi-échec de Durban I, relancer une conférence internationale contre le racisme et la promotion des Droits de l’Homme relevait du pari risqué. Faire figurer à la demande de certains, l’assimilation de la critique supposée des religions au racisme rajoutait en difficulté. Inviter en « guest star » le président iranien Mahmoud Ahmadinejad augurait du pire.

On l’a eut, malgré les efforts de Navi Pillay, haut commissaire de l’ONU et le diplomate russe Youri Boychenko qui ont réussi, in extremis, à faire voter une résolution unanime, et ce malgré l’absence de grands pays occidentaux, qui soit acceptable par tous les présents.

Ahmadinejad s’est révélé égal à lui-même : provocateur (Ah ! Si Israël n’existait pas…), calculateur (les USA n’étaient pas là), populiste (les élections iraniennes sont proches).

On n’est néanmoins surpris  des commentaires outragés sur son discours dont on peut disposer de la traduction intégrale. Une phrase a été particulièrement mise en exergue et a déchaîné l’ire occidentale : « A la suite de la seconde guerre mondiale, ils (les pays vainqueurs) ont recouru à l’agression militaire pour transformer toute une nation en peuple sans abri sous le prétexte de la souffrance juive et ils ont envoyé des immigrants d’Europe, des Etats-Unis et d’autres parties du monde pour mettre sur pied un gouvernement totalement raciste en Palestine occupée. Et, pour compenser les terribles conséquences du racisme en Europe, ils ont aidé à amener au pouvoir le régime le plus cruel et le plus répressif en Palestine. »

On peut ne pas partager l’accusation « le régime le plus cruel et le plus répressif en Palestine », pour le reste, la diatribe irresponsable renvoie à une réalité historique.

C’est une réalité d’autant plus sensible qu’Israël, qui a un droit historique à l’existence et à la pérennité, s’est doté du pire gouvernement d’extrême droite et raciste depuis sa fondation.

Liebermann ! Netanyahu ! Le pauvre Obama sait bien qu’il n’y aura pas de solutions durables dans le grand Moyen-Orient sans solution juste pour la Palestine et la mise au pas des extrémistes actuellement au pouvoir en Israël qui s’opposent aujourd’hui à l’aide internationale qui vise à reconstruire les maisons, les écoles, les services publics bombardés à Gaza.

Pas de solution durable sans la création d’un état palestinien.

 

1er Mai : Gaza, Varsovie

 

On se souvient plus de quoi cette journée internationale des travailleurs tire son origine. Le 3 mai 1886, les militants de l'American Federation of Labor, manifestent à Chicago pour exiger la journée de huit heures. Trois meurent sous les coups de la police. Marrant, non ? Huit heures, ça reste une demande de beaucoup. Donc, il faut respecter la fête du travail.

Rappelons un autre 1er mai, beaucoup plus tragique. En 1943, en Pologne, à Varsovie, dans le ghetto, en insurrection contre les nazis.

Laissons la parole à Marek Edelman dirigeant du Bund, Front des travailleurs juifs (organisation de la gauche de la gauche des prolétaires juifs des pays de l’Est, fondée en 1897) et l’un des chefs de l’insurrection du ghetto de Varsovie, écrasée dans le sang : « Le soir a eu lieu l’appel du 1er mai. Brefs discours. L’Internationale. Le monde entier fête cette journée. Dans le monde entier, à la même heure, sont prononcées les mêmes paroles puissantes. Mais jamais encore, l’Internationale n’a été chantée dans des conditions aussi tragiques, dans un lieu où un peuple est mort et n’en finit pas de mourir. Ces mots et ce chant dont les ruines enfumées renvoient l’écho, témoignent que la jeunesse socialiste se bat dans le ghetto et ne les oublie pas face à la mort ».

Rien n’est comparable mais ni races, ni religions, une seule humanité !


Société Générale : Chapeau, l'artiste ! 

Bonne nouvelle : Daniel Bouton quitte la Société Générale. Après beaucoup de bétises et sans renoncer à ses certitudes sur son propre talent, il démissionne.
Bonne nouvelle : il renonce à tout bonus de départ.
Bonne nouvelle (pour lui et les siens) : il touchera 700 000 euros de retraite-coup de chapeau, chaque année, transmissible à son éventuelle veuve. "On est là pour vous aider!".
Admirables manageurs ! Incorrigibles patrons !

Mauvaise nouvelle

Serge Ravenel nous quitte. Grand résistant, républicain, homme de gauche.
 

Pierre Morville

 

 

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17 avril 2009 5 17 /04 /avril /2009 23:37



Philippe Val, dirigeant de Charlie Hebdo (Charlie Hebdo ! l'héritier d'Hara-kiri et d'Hara-kiri Hebdo !) a estimé depuis plusieurs mois que l'hebdomadaire qu'il dirige et qui le nourrit, ne répondait plus à ses ambitions et à ses talents dont ce garçon pense qu'il n'en est pas dépourvu.
A la tête depuis une décennie d'un hebdo satirique, il s'est persuadé, l'âge venant, qu'il était temps de se ranger des voitures : le voilà bientôt directeur de la rédaction de France Inter.
Siné avait raison...
On commence anarchiste, on finit sénateur...
L'ennui, c'est que ce notabliau, loin de se repaître tranquillement de ses prébendes nouvelles, est un Torquemada de la vie quotidienne.
Ecologiste furieux, anti-islamique militant, libéral déterminé, européiste affirmé, il est convaincu de surcroît d'être un démocrate exemplaire ! Et il est surtout prêt à mettre toute sa fougue militante au bénéfice de son nouveau patron. Avec les formes, bien sûr.
C'est tout l'art du sarkosisme : savoir trouver, au meilleurs endroits, les courtisans les plus aimables.
Bonus : Philippe Val, pour faire oublier son passé "frondeur", nous servira chaque jour d'un air grave et avec conviction, (combien patron ?), la sainte messe et ses propos rédempteurs, en menaçant de mille morts ceux qui n'y croiront pas.

Petits métiers, petites gens.
Satirique hier, inquisiteur demain.

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