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1 mai 2016 7 01 /05 /mai /2016 19:06
Présidentielles françaises : Hollande en mauvaise passe

(Chronique de Paris parue le 26 avril dans le Quotidien d'Oran)

La candidat Hollande avait fait beaucoup de promesse et le président a beaucoup déçu ses électeurs

Alerte rouge ! Jamais depuis que les sondages existent, un président de la république française ne s’est trouvé en si mauvaise situation. A un an des futures élections, les derniers chiffres dont disposent François Hollande doivent lui donner des sueurs froides. Collectés par BFMTV, les résultats ne sont guère encourageants : 80% des Français ne veulent pas (et 53% des électeurs de gauche) que François Hollande soit à nouveau candidat ; un français sur deux ne le « souhaite pas du tout » !

Au 1er tour des élections présidentielles, l’actuel président ne recueillerait, selon les derniers sondages, entre 13 et 15% des voix. Quelles que soient les enquêtes d’opinion, il serait battu au premier et au second tour par un candidat de droite et même par Marine le Pen, la patronne du Front national.

Pour son action, François Hollande ne recueille que 14% de bonnes opinions. Ainsi, 87% des Français jugent son bilan négativement. Dans le détail, 47% des répondants jugent son bilan "très négatif" et 40% "assez négatif". Barack Obama a eu un pic d’impopularité en 2013 quand 54% des Américains ne lui faisaient plus confiance. Quant à Angela Merkel, secouée plus que jamais lors de la crise des migrants, elle recueillait au pire moment toujours 54% de satisfaction auprès de ses citoyens allemands.

En fin de mandat, Nicolas Sarkozy conservait 28% de fidèles en 2011, et François Mitterrand (en 1987) comme Jacques Chirac (2001) affichaient 56% de bonnes opinions.

Plus grave encore peut-être pour son image, la plupart des Français pensent que François Hollande ne sera plus très actif d'ici à l'élection présidentielle. D'ailleurs, ils n'en attendent plus grand chose. 16% d'entre eux estiment que lors de l'année qu'il lui reste, il "cherchera à réformer le pays". 83% pensent qu’il se contentera de gérer les affaires courantes, quand 53% pensent qu’il "ne prendra plus que des mesures électoralistes".

En termes d'image, celui qui ne convainc plus même dans son propre camp, a un bilan jugé désastreux. A un an de l'élection présidentielle, François Hollande ne passe quasiment jamais la barre des 20% de satisfaits ou d'optimistes. De quoi créer la surprise s'il parvient à inverser la tendance. Et s’il se présente.

Le camp des « Hollandais » se mobilise

Mais le sondage reste une photo à l’instant T. les sondeurs sont d’ailleurs prudents : « Dire aujourd'hui que le président sortant a déjà perdu n'a pas de sens et ne serait pas sérieux de la part d'un politologue, d'un sondeur ou d'un commentateur de la vie politique s'exprimant sur le sujet. Rappelez-vous l’échec d’Édouard Balladur en 1994 ou encore les sondages de 1980 donnant Valéry Giscard d'Estaing largement gagnant à la présidentielle de 1981. La présidentielle a lieu dans un an. Elle reste une terra incognita » commente ainsi Fredéric Dabi de l’IFOP.

Les proches de françois Hollande veulent croire que la bataille n’est pas encore perdue. Lundi dernier, Stéphane le Foll, le porte-parole du gouvernement réunissait une vingtaine de ministres dans une réunion publique pour vanter le bilan de l’actuel gouvernement. « le choix du lieu est exemplaire : la faculté de médecine. La situation doit être grave », ont raillé quelques opposants. Le nom de l’initiative « Eh, Oh, La gauche » était là justement pour convaincre les nombreux électeurs de gauche mécontents. Deux messages ont ponctué cette initiative. « Il faut redire aux Français que la gauche et la droite, c'est pas la même chose » a martelé Stéphane le Foll comme pour en convaincre les électeurs de gauche très mécontents. Mais attention ! « Il n’existe pas d’alternative à gauche « du Parti Socialiste, explique-t-il aux mêmes, inquiet des bons scores de Jean-luc Mélenchon qui au nom de le « gauche de la gauche » fait entre 13% et 15% des intentions de votes au 1er tour. Aussi bien que François Hollande, le président sortant !

Le second plaidoyer des fidèles « hollandais » : « nous sommes fiers de notre bilan ». C’est le message qui sera le plus difficile à faire passer aux électeurs de François Hollande en 2012 dont plus d’un sur deux déclare ne plus faire le même choix, à la prochaine échéance. Le principal reproche ? Le chômage persistant, à 10% des actifs : Hollande s'était engagé à une inversion de la courbe du chômage avant fin 2013. En vain: nouveau record battu en février 2016 avec 3,59 millions de chômeurs inscrits à Pôle emploi en métropole (+670.000 depuis mai 2012).

Le candidat Hollande s’était engagé sur 60 promesses à tenir lors de son mandat. Sans rentrer dans le détail, une trentaine de promesses ont été tenus ou en voie d’être tenues, une quinzaine auraient été abandonnées, le reste comme celle de « faire des PME une priorité », ou « l’augmentation des pouvoirs du parlement » releve du vœu pieux.

En matière sociale de vrais efforts ont été accomplis, notamment avec la généralisation du tiers-payant à la sécurité sociale, qui facilite grandement à tous l’accès aux soins.

Mais c’est dans ses réformes dans le monde du travail que François Hollande a le plus déçu les électeurs de gauche et suscité la colère des syndicats, alliés traditionnels des gouvernements de gauche au pouvoir. François Hollande est en partie convaincu comme les sociaux-démocrates allemands et l’ensemble des libéraux européens, que trop de réglementations tue l’emploi. Il faut donc selon lui, redonner l’initiative aux entreprises et surtout financer leurs efforts. Le « Pacte de responsabilité » visant à favoriser l’embauche a ainsi investi plus de 40 milliards d’euros d’aides aux entreprises pour un résultat éminemment médiocre : avec d’autres mesures comme le CICE, seulement quelques 80 000 emplois ont été créés, un résultat bien loin des espérances initiales.

Le Loi « travail » présentée par la ministre Myriam el-Khomri, qui réduisaient encore les garanties des salariés, étendait la durée du travail et réduisait les prérogatives salariales ont mis le feu aux poudres. L’ensemble des organisations syndicales s’y sont opposées, notamment par des manifestations très suivies dans toute la France.

Promesses, nationalité, Loi Travail : les reculs

Du coup, le gouvernement de François Hollande a du reculer, obligé de réduire ou enlever les mesures qui avait tant satisfait le Medef, le syndicat patronal français. C’est début 2016, le second grand recul auquel était contraint le gouvernement. Le premier est l’abandon de la réforme constitutionnelle prévoyant, à la suite des attentats de Paris, la déchéance de nationalité pour les auteurs d’attentats terroristes. La droite jugeait la réforme trop molle, la gauche trop attentatoire aux libertés démocratiques.

Le choix de nommer Manuel Valls comme Premier ministre et celui d’Emmanuel Macron comme ministre de l’Economie ont accentué la distance entre le gouvernement et sa majorité parlementaire. Manuel Valls se situe en effet dans l’aile droite du Parti socialiste et Emmanuel Macron se définit lui-même comme « ni de gauche, ni de droite ». Une soixantaines de parlementaires socialistes, les « frondeurs » ne se sentent plus tenus par la discipline de vote. Et plus discrets, beaucoup de députés et sénateurs socialistes se demandent comment faire pour calmer les colères de leurs bases électorales. Ils savent bien qu’après les reculs électoraux du PS lors des élections municipales et régionales, les élections présidentielles vont mal se passer ainsi que les élections législatives qui se déroulent en même temps, menaçant leurs propres postes.

Il est vrai que les prochaines et décisives échéances électorales semblent bien jouer d’avance. Au regard des sondages actuels, Alain Juppé s’impose largement à droite. Homme d’expérience, ancien Premier ministre, plusieurs fois ministre, maire de Bordeaux depuis trente ans, l’Homme rassure. Pour une fois, ce candidat ne promet pas de multiples réformes et son programme est suffisamment modéré pour ne pas effaroucher l’électorat de gauche : 20% des électeurs de François Hollande en 2012 voteraient Juppé en 2017.

En face de lui, Marine le Pen est quasiment assurée d’être présente au second tour, forte des 30% des voix que lui assurent les sondages. Mais les mêmes enquêtes révèlent qu’une franche majorité de Français sont hostiles à son accession au poste de 1ère Présidente des Français.

Les législatives qui suivront ne pourront que confirmer la baisse du Parti socialiste, talonné par les scores du Parti de gauche de jean-Luc Mélenchon. A tel point que certains au PS commencent à craindre pour la pérennité de leur formation politique : le PS survivra-t-il à la prochaine élection ?

Pour d’autres, plus confiants, la partie n’est pas terminée. Et ils rappellent que les élections primaires du principal parti de droite, les républicains, voient s’affronter une douzaine de candidats, sans compter les postulants centristes et indépendants. La droite est très divisée, plus par l’ambition de ses multiples candidats que par l’originalité de leurs programmes.

Autre menace, les électeurs qui avaient été si rapidement déçus par François Hollande pourraient perdre à la même vitesse leur confiance pour un nouveau président de droite. Les Français sont aujourd’hui plutôt hostiles aux parts politiques et assez largement favorables à un renouvellement de la classe politique française. Ils sont 74% a afficher un sentiment négatif face aux partis, 40% de l'inquiétude et 34% de la colère quand seulement 4% ont des sentiments positifs (1% de l'enthousiasme et 3% de la confiance).

Seule bonne carte, la politique étrangère

Si François Hollande a souvent pris par conviction, des positions favorables notamment à une certaine libéralisation de l’économie, qui pouvaient heurter son électorat, il a surpris ses partisans par des hésitations et une communication jugée parfois imprudente comme sur la déchéance de nationalité ou trop molle face aux attaques de son opposition. Mais il est un domaine où le président peut se flatter d’une relative bonne appréciation, c’est celui de la diplomatie. Certes, Laurent Fabius, l’ancien ministre des Affaires étrangères, a plaidé pour des positions plus ultra que l’allié américain sur la normalisation des relations avec l’Iran et a jugé Bachar el-Assad plus dangereux que Daesh en Syrie. Mais pour le reste, le bilan de la politique extérieure reste plutôt positif, qu’il s’agisse des interventions militaires au Nord Mali et en Centrafrique en 2013 contre les violences inter-communautaires. La France a également accueilli la COP 21, le premier accord universel sur le climat signé à Paris par 195 pays, entérinant l'objectif de contenir le réchauffement « bien en deçà de 2°C ». Autre ouverture, la France organisera le 30 mai un sommet à Paris en présence d'une vingtaine de délégations étrangères afin de relancer le processus de paix israélo-palestinien.

Dans une Union européenne actuellement en crise, avec un leadership allemand contesté ici et là, François Hollande est resté très ou trop prudent mais a opté pour une position plus modérée qu’Angela Merkel sur le dossier grec.

Certains critiquent un trop grand alignement français sur les positions américaines. François Hollande pourrait corriger la donne et refuser la participation de la France au projet d’accord de libre-échange UE-USA. Le 13ème cycle de négociations du TAFTA ou TTIP a débuté ce lundi à New-York entre Etats-Unis et Union européenne. L’objectif de ce traité, négocié dans une très grande clandestinité, est d'instituer une zone de libre-échange et d'investissement entre les États-Unis et l'UE et de créer ainsi un marché commun aux règles simplifiées, entraînant ainsi une uniformisation des normes. Ce point précis mènerait, selon les détracteurs du projet, à une régression sanitaire. Le Tafta soulèv la colère des agriculteurs européens et de bon nombre d’entreprises du Vieux continent. Dans cette période de grande incertitude internationale, savoir porter « la voix de la France » est toujours un bon atout électoral.

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1 mai 2016 7 01 /05 /mai /2016 19:02
Nuit debout : un mois de débats publics très animés

(Article paru sur le site TSA le 24 avril 2016)

De nouveaux incidents ont émaillé entre hier et ce matin la dernière séance du mouvement « Nuit debout ». Vers 1h30, les forces de l'ordre ont essuyé des jets de projectiles, notamment de bouteilles, à l'angle de la rue du Faubourg du Temple, avant de répliquer avec du gaz lacrymogène pour réinvestir la place de la République. Des échauffourées avaient déjà eu lieu dans la journée de samedi, alors que la préfecture de Policee de Paris avait pris un arrêté interdisant la consommation d’alcool, les nuits de samedi et dimanche aux abords de la place.
Plus tôt dans la nuit, des dizaines de taxis, pour soutenir la mobilisation citoyenne, ont bloqué une partie de la Place de la République, provoquant des embouteillages.
Le mouvement Nuit Debout campe jour et nuit depuis le 31 mars sur la place de la République. Il s’est également installé dans le paysage politique. Le mouvement né fin mars s’est d’abord appuyé sur la mobilisation contre le projet de loi El Khomri, du nom de la ministre du travail du gouvernement de François Hollande, mais il a rapidement débordé ce cadre. Cinq ans après les expériences d’Occupy Wall Street aux Etats-Unis ou du 15-Mai (15-M) en Espagne, l’Hexagone assiste à la naissance du mouvement des « indignés » français .

Grand forum publique en plein état d’urgence

L’essentiel se passe donc sur la place de la République à Paris, au nom symbolique et lieu traditionnel des départs des manifestations syndicales. Toute la journée et souvent tard dans la nuit, les participants se pressent sur la place qui est devenu un vaste forum public où sont discutés à l’infini les grands problèmes qui traversent la société française. Les revendications sociales sont au 1er plan mais tous les problèmes sociétaux que traversent la France animent les très nombreux débats. Pas de leader à ce mouvement, et chacun des participants est à égalité avec les autres. Les nuits de débats sont parfois ponctuées d’affrontements minoritaires avec les forces de police.

Le mouvement fascine les médias, interroge l’opinion et divise la classe politique . Alors que des personnalités de gauche encouragent ce mouvement, d'autres durcissent le ton, rappelle le Figaro : «Il faut le tolérer mais l'encadrer», juge le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis. «Tant que c'était bon enfant, on pouvait tolérer, mais depuis quelques jours la violence s'est invitée, a-t-il dit. Dénoncer n'est pas interdire.» Pour la ministre du Travail, Myriam El Khomri, «la liberté de manifester n'est pas la liberté de casser». La droite, elle, s'insurge. Pour le président (LR) de la région Paca, Christian Estrosi, «c'est irresponsable»,«Nuit debout va totalement à l'encontre de l'état d'urgence», lié aux attentats terroristes sur Paris et que le gouvernement vient de prolonger de six mois. Idem pour François Fillon «choqué» par ce mouvement «toléré» en plein état d'urgence.

Crise des partis « de gouvernement » traditionnels

Parti de Paris, le mouvement Nuit debout a vite essaimé dans d’autres villes de l’Hexagone, comme Marseille, Toulouse, ou Rennes. Il a su mobiliser beaucoup de jeunes et de sans-emploi.Il reste que le mouvement tend à s’essouffler et ses animateurs parient sur la convergence, 1er mai de la manifestation traditionnelle syndicale qui sera beaucoup suivi cette année evec leur mouvement, bien évidemment sur la place de la République.

Qu’il débouche ou non, le mouvement « Nuit debout » a par son succès souligné deux phénomènes importants : tout d’abord, la jeunesse que l’on croyait réduite au découragement du fait notamment d’un chômage important qui la touche, grade sa capacité de mobilisation. Mais ce mouvement est également une preuve supplémentaire de la crise de crédibilité que traversent les formations politiques traditionnelles françaises. Le Parti socialité, les Républicains de Nicolas Sarkozy, les centristes qui alternent au pouvoir se révèlent tous incapables de faire sortir le pays d’une absence de croissance (promesse d’un croissance de 1,2% en 2016) et donc de résoudre un chômage endémique et la perte de pouvoir d’achat sensible dans les classes populaires mais aussi dans les classes moyennes. Cette crise de crédibilité des partis traditionnels est sensible dans toute l’Europe, l’idée même de l’Union européenne étant aujourd’hui remise en cause.

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23 avril 2016 6 23 /04 /avril /2016 10:17
Syrie : les négociations de Genève toujours dans l’impasse

(article paru sur le site TSA, le 21 avril 2016)

Le processus de négociations intersyriennes à Genève, sous l’égide de l’ONU, est toujours dans l’impasse. La seconde session qui s’achève vendredi, a été marquée par le retrait des discussions des principaux responsables de l’opposition syrienne. Ces derniers ont commencé à quitter mardi, Genève, jugeant « inacceptable » de poursuivre les négociations de paix avec le régime de Damas qu'ils accusent de « massacrer des civils ». Ces opposants continuent de poser la déchéance du président syrien Bachar el-Assad comme condition à la poursuite des pourparlers sur un gouvernement d’unité. L’opposition insiste sur la constitution d'un « organe gouvernemental de transition », doté de pouvoirs exécutifs et dont serait exclu le président Assad.

Restés quand à eux dans les négociations, les émissaires du gouvernement de Damas ont rencontré à nouveau jeudi, le médiateur de l’ONU, Staffan de Mistura. Ramzy Ezzeldin Ramzy, le chef de la délégation désignée par Bachar el-Assad, lui a assuré que la solution politique en Syrie devait reposer sur un « gouvernement d'union national élargi, une Constitution et des élections législatives ». Concernant la composition de ce gouvernement élargi, il a indiqué que cela devrait être ouvert à « des membres qui rejettent le terrorisme » et des représentants de « l'opposition nationale qui ne travaillent pas pour le compte de puissances étrangères », sous-entendu l’Arabie saoudite et la turquie, notamment. Il a ajouté que le futur gouvernement devrait inclure des « représentants de notre gouvernement actuel » et des « technocrates et des figures indépendantes ».

La difficile médiation de l’ONU

Staffan de Mistura, l’émissaire spécial de l’ONU a donc rude partie pour tenter de rapprocher les différentes positions. Il a présenté un document en douze points pour tenter de trouver des synthèses partielles. Tout d’abord, le texte revient sur le contexte particulier nées des conflits antérieurs et sur la nécessité pour ce pays particulièrement de trouver des moyens pacifiques pour la récupération du Golan, toujours occupé par Israël. Benjamin Netanyahu, a tenu dimanche dernier à réunir son Conseil des Ministres de manière provocante, sur le Golan. Israël et la Syrie restent officiellement en état de guerre.

Sur le plan interne, le document vise également à l’apaisement et au renforcement constitutionnel des droits démocratiques : « Il n’y aura pas de discrimination mais une pleine protection de toutes les identités nationales ethniques, religieuses, linguistiques et culturelle… Les femmes doivent disposer de l’égalité des droits et d’une représentation minimale de 30% dans toutes les institutions et les structures de prise de décision pendant et après la transition ».

C’est évidemment sur la question sensible de la nature du gouvernement de transition que les propositions de l’émissaire de l’ONU, étaient très attendues. Mais il reprend pour l’essentiel en point 6 de son document, les propositions de principe du Conseil de Sécurité : « Conformément à la résolution 2254/2015 du Conseil de sécurité, la transition politique en Syrie doit inclure les mécanismes d’une gouvernance crédible, inclusive et non-sectaire, un calendrier et un processus d’élaboration d’une nouvelle Constitution, des élections libres et équitables en vertu de la nouvelle Constitution, sous la supervision des Nations Unies ».

Sur le terrain, la guerre continue

Chaque point de détail des diverses propositions de l’ONU divise aujourd’hui les différentes parties qui toutes combinent l’épreuve de force dans les négociations et sur le terrain : la trêve décrétée il y a près de deux mois, connait aujourd’hui de nombreuses violations de part et d’autre. Avec en arrière-plan, l’intervention de grandes puissances étrangères qui se surveillent mutuellement : la Russie maintient une « présence militaire considérable » en Syrie « malgré l'annonce du retrait partiel » de ses troupes, a déclaré jeudi à Ankara le secrétaire général de l'Otan, Jens Stoltenberg. »Malgré l'annonce du retrait partiel, nous voyons que la Russie maintient une présence militaire considérable pour soutenir le régime d'Assad en Syrie ». Le soutien russe a en effet permis à l’armée de Bachar, avec la reprise symbolique de Palmyre, de reprendre l’offensive dans tout le pays, parfois avec difficulté comme les montrent les contre-offensives du groupes Al-Nosra et celles menées par l’EI ces derniers jours. L’opposition officielle ne désarme pas et continue de conserver toutes les zones qu’elles contrôlent. Les éléments qui parmi elles se sont réunis à Ryad en décembre dernier, bénéficient du soutien diplomatique et militaire de l’Arabie saoudite. L’aide américaine aurait également reprise en s’intensifiant.

Les Kurdes de Syrie ont bénéficié du chaos généré par cinq ans de guerre, qui a morcelé le pays, pour s’étendre leur contrôle dans certaines régions du nord. Ils disposent aujourd’hui de leur propre armée.

Reste le problème principal : Daesh. Jean-Yves le Drian, le ministre de la défense français, d’habitude peu loquace a surpris les milieux politiques en délivrant jeudi un message optimiste : « les conditions sont en train de se réunir pour éradiquer Daesh » du coup, « les objectifs de la coalition sont que Mossoul et Raqqa tombent avant la fin de l’année ».

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23 avril 2016 6 23 /04 /avril /2016 10:13
Rencontre avec beaucoup d’arrière-pensées entre le roi Salman et le président Obama

(Article paru sur le site TSA, le 20 avril 2016)

Les primaires américaines se déroulaient mardi à New York confortant la perspective d’un affrontement entre Donal Trump, largement gagnant à New York avec 60% des voix républicaines et Hillary Clinton en tête du camp démocrate avec 57% des suffrages. Loin de cette compétition sur son successeur, le même jour, le président américain quittait les Etats-Unis pour l’Arabie saoudite, 1ère étape d’un périple diplomatique qui le conduira également en Grande-Bretagne et en Allemagne.

Barack Obama en ait à sa 4ème visite en Arabie saoudite, pays avec lequel les Etats-Unis ont signé un pacte stratégique, dit de Quincy, en 1945. Le président rencontrait aujourd’hui le roi Salman, à la veille d’un sommet avec les dirigeants du Conseil de coopération du Golfe (CCG). Outre l’Arabie saoudite et Bahreïn, le CCG regroupe aussi les Emirats arabes unis, le Koweït, Oman et le Qatar.

Les deux chefs d’état ont abordé une série de questions régionales et internationales, dont la lutte contre Daesh (ou État islamique), les conflits régionaux et certainement la question du poids nouveau de l’Iran dans le Moyen-Orient.

La réconciliation Iran – Usa irrite fortement l’Arabie saoudite

Ce sommet de Ryad fait suite à celui organisé il y a un an à Camp David. Lors de celui-ci, le roi Salman avait cependant décliné l’invitation sur fond d’inquiétudes face à l’ouverture de Washington vers l’Iran, grand rival régional de son pays. Par cet accord sur le programme nucléaire iranien, Barak Obama scellait vis-à-vis de l’opinion américaine, une étape réussie de sa politique extérieure visant à une normalisation des relations avec le Moyen-Orient.

Cet apaisement des relations américano-iraniennes a vivement agacé Riyad. Les deux puissances régionales qui ont rompu leurs relations diplomatiques, s’affrontent par factions interposées au Yémen, en Irak et en Syrie, conflits qui se déroulent sous les drapeaux du chiisme et du sunnisme.

Le roi Salman s’est ainsi lancé dans une intervention militaire directe au Yémen contre les rebelles Houthis, soutenus eux, par Téhéran. Une trêve sous le parrainage de l’ONU est intervenue dans ce conflit le 10 avril, mais elle reste extrêmement fragile, malgré des pourparlers qui se déroulent à Koweït. Pour contrer l’influence iranienne, Ryad a également renforcé ses liens avec l’Egypte et la Turquie. Sur la question syrienne, l’Arabie soudite juge toujours insuffisante l’action américaine contre le régime de Bachar el-Assad, regrettant notamment l’absence d’un frappe définitive contre le régime syrien après que celui-ci ait utilisé l’arme chimique contre sa propre population. Le gouvernement saoudien redoute également que l’intervention russe vienne sauver Bachar.

Désaccord sur le pétrole mais accord sur Daesh

Autre point de désaccord, les questions pétrolières. L’affrontement Riyad / Téhéran explique en grande partie le récent échec du sommet de l‘OPEP à Doha, le 17 avril dernier. Contre l’attente internationale, le vice-prince héritier, Mohammed ben Salman a refusé de revenir à un gel de sa production pétrolière. Depuis la fin 2014, l'Arabie Saoudite réaffirme fortement: nous ne baisserons pas notre production si des pays non-OPEP et notamment l’Iran, ne se joignent pas à ce mouvement. Le durcissement saoudien sur le plan pétrolier repose sur la crainte de voir l'Iran ( qui ne s’impose aucune restriction en matière d’extraction), monter en puissance dans ce secteur.

En revanche, sur la question de l’anti-terrorisme et de la lutte contre Daesh, les positions de deux pays se rejoignent pour considérer l’Etat islamique comme une menace importante. Les autorités saoudiennes se savent menacées par al-Qaida, mais surtout par Daesh, dont la branche locale, apparue l'an dernier, a déjà commis plusieurs attentats meurtriers. Ces derniers mois, de nombreuses arrestations ont eu lieu à travers le royaume. Poreuse, la frontière avec l'Irak est un sujet d'inquiétude pour Riyad qui redoute des infiltrations. L’Arabie saoudite veut par ailleurs rester leplus ardent protecteur des sunnites, rôle que souhaite dorénavant incarner le califat de Baghdadi, le leader de Daesh.

Le très délicat « document de 28 pages »

Là-dessus, les deux pays convergent pour une élimination au plus vite de l’Etat islamique. Mais … le passé revient et les rappels au rôle antéirieur de l’Arabie soudite qui a été longtemps un soutien aux groupes terroristes (al Qaida, Daesh) qui se réclamaient d’un salafisme intégriste. Le Congrès américain se préparerait à déclasser un document de 28 pages sur les attentats du 11 septembre 2001. Ce document contiendrait des preuves d’un soutien saoudien aux terroristes.

La rencontre avec le roi et le sommet du Conseil de coopération va-t-elle permettre de rapprocher les positions ? Interrogé avant son déplacement, sur sa perception des relations avec ce vieil allié, Barak Obama répondit sobrement : « compliquées ». « L'Amérique a changé, nous aussi nous avons changé. Nous avons définitivement besoin de réajuster la compréhension que nous avons l'un envers l'autre», réplique Turki al-Faysal, l'ancien patron du renseignement saoudien, dans le New York Time,

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23 avril 2016 6 23 /04 /avril /2016 10:10
Liban, Egypte, Jordanie : tournée de François Hollande au Proche-Orient

(Article paru sur le site TSA, le 18 avril 2016)

François Hollande a démarré samedi 16 avril une tournée au Proche-Orient. Pendant quatre jours, il s’est rendu, accompagné de la ministre de la Culture Audrey Azoulay et du ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, au Liban, en Egypte et demain, en Jordanie. Principales préoccupations de ce déplacement présidentiel français : la lutte contre l’organisation État islamique, la résolution des conflits syriens et libyens et enfin la crise des migrants. Sans oublier le volant économique, avec quelques contrats notamment militaires.

François Hollande souhaite par ce voyage redorer quelque peu dans la région, l’influence diplomatique française. Il est vrai que la position de Paris dans le conflit syrien a fait preuve de quelques hésitations. Ralliées à l’intervention américaine, et sans beaucoup de poids dans les décisions de Barak Obama, la France comme l’Angleterre participent aux bombardements contre Daesh mais sans peser sur une éventuelle solution politique. Laurent Fabius avait théorisé la ligne « Ni Bachar, Ni daesh », une position qui fut contredite à la fois par l’intervention russe et par la récente offensive de l’armée syrienne sur Palmyre. Plus généralement, les Européens se sont montrés plus que divisés sur l’accueil de l’important flot de réfugiés de ce pays, finissant par le renvoi programmé vers la Turquie, d’un grand nombre d’entre eux.

Liban : Hollande visite les camps de réfugiés syriens

Après plusieurs projets de visite avortés, le président français est arrivé samedi au Liban. Du fait de la crise institutionnelle concrétisée par l’absence d’un président, François Hollande a rencontré le président du Parlement Nabih Berry et le Premier ministre Tammam Salam. Il a appelé le Liban à l’élection d’un nouveau président et promis une aide financière de 100 millions d’Euro pour aider le Liban a faire face à la présence d’1,1 millions de syriens réfugiés dans ce pays. Visitant un camp de ces réfugiés dans la Bekaa, Hollande a promis l’accueil par la France dans les deux prochaines années… de 2000 de ces réfugiés.

François Hollande a également promis une « aide immédiate pour renforcer les capacités militaires libanaises », alors qu'un important contrat de 2,2 milliards d'euros (dit « Donas ») de fourniture d'armements français au Liban, conclu en avril 2015, a été suspendu à l'initiative de l'Arabie saoudite qui devait le financer par un don.

Pour Johnny Mounayar, éditorialiste du quotidien al-Joumhouria, deux signes positifs sont à noter : la prise de contact avec l'aile politique du Hezbollah, « une idée motivée par la volonté d'ouvrir des canaux de négociation en Syrie, en Irak et au Yémen » et l'absence d'appel au départ du président syrien Bachar el-Assad.

Egypte : Gros contrats militaires

Seconde étape du voyage présidentiel, l’Egypte où dimanche, Hollande a rencontré le président Abdel Fattah al-Sissi et d'autres hauts responsables. Les droits de l’homme se sont immiscés dans cette rencontre, François Hollande insistant sur la nécessité de respecter les droits démocratiques, « façon de lutter contre le terrorisme ». Depuis l’arrivée au pouvoir du Maréchal Sissi, 1400 manifestants ont été tués dans les rues, et plus de 40 000 personnes ont été emprisonnées et des centaines, dont M. Morsi, condamnées à mort dans des procès de masse. Le régime de Sissi, élu président en mai 2014, invoque le fait que l'Égypte est «le dernier rempart contre les djihadistes» et en proie à de nombreux attentats, visant essentiellement les forces de sécurité et revendiqués par la branche égyptienne de l'EI.

Côté affaires, le quotidien la Tribune a évoqué la commande par l'Egypte de quatre navires militaires à DCNS et de ce satellite à Airbus et Thales, pour un montant d’1 milliard d’euros. De même, des projets de satellite ont également été abordés.

Syrie, Libye, Palestine

Les deux responsables français et égyptien ont abordé les nombreux conflits régionaux. Outre la Syrie, où les discussions sont restées confidentielles, Paris souhaite pour la Libye, l'entrée en fonction du gouvernement libyen d'union nationale, afin de permettre à différents pays comme la France et l’Egypte de sécuriser. Sur le vieux conflit israélo palestinien, François Hollande a défendu à nouveau le projet qu’il avait présenté vendredi à Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne : « L'initiative de la France consiste à rassembler la communauté internationale autour de ce processus qui doit conduire a la paix, a-t-il dit expliqué, d'abord réunir tous les partenaires : le quartet mais aussi d'autres pays également conscients de la situation et qui veulent participer à son règlement. Nous ferons en sorte de réunir d'abord les ministres des Affaires étrangères de ces pays-là puis de voir comment nous pourrons travailler avec les parties prenantes ». Le Premier ministre, Manuel Valls, doit se rendre fin mai en Israël et dans les territoires palestiniens, pour défendre ce nouveau plan de paix dans ce conflit interminable

Mardi, visite au roi Abdallah II en Jordanie…

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23 avril 2016 6 23 /04 /avril /2016 10:07
Manuel Valls, très ferme jusqu’à la maladresse.., et les reculs nécessaires

(article paru sur le site TSA, le 11 avril 2016)

« Les salafistes doivent représenter 1% aujourd'hui des musulmans dans notre pays mais ..., il n'y a qu'eux finalement qu'on entend ». Selon le Premier ministre, « les salafistes sont en train de gagner la bataille idéologique et culturelle dans l'islam de France (…) Il y a une forme de minorité agissante, des groupes (salafistes) qui sont en train de gagner la bataille idéologique et culturelle dans l'islam de France", a averti mardi Manuel Valls lors d'une table ronde sur l'islamisme et le populisme. Dans son viseur donc le salafisme, pratique rigoriste de l'islam, qui, selon lui, « peut conduire à l'islamisme radical et au terrorisme ». Quelques universitaires sont intervenus pour relativiser les propos du responsable français. Le salafisme contemporain est un mouvement composite, constitué de trois mouvances. En particulier, on peut distinguer un courant "quiétiste", quantitativement le plus important, centré sur la prédication et un courant « révolutionnaire » qui prône le djihad armé. Au centre, le salafisme réformiste privilégie une lecture politique et a beaucoup inspiré le mouvement des Frères musulmans. Chacun de ces courants prétend incarner le vrai salafisme et critique les autres courants de manière virulente. Dans les colonnes de L'Express, l'ancien responsable du bureau des cultes au ministère de l'Intérieur, Bernard Godard, explique comment cette minorité a pris de plus en plus de place dans le débat. Installé en France depuis une quinzaine d'années, "le logiciel salafiste a un peu changé il y a cinq-six ans. Avant, ils vivaient dans l'exclusion totale de la société avant de partir faire la hijra (le fait d'émigrer en terre d'islam, ndlr) en Égypte ou au Maghreb. Aujourd'hui, ils pensent qu'il est possible d'être salafiste et de vivre en France », précise-t-il. Ce qui explique la progression de ce courant de pensée chez les fidèles pratiquants. En précisant toutefois que la très grande majorité des musulmans en France s’y oppose.
Combien sont-ils ? Pour François Margolin, journaliste et réalisateur d’un documentaire « Salafistes », ils représenteraient 15 à 20% des musulmans en France contre 1% pour Manuel Valls. « En réalité, ils sont encore moins que ce que le 1er Ministre prétend: ils représentent environ 15 000 personnes sur les 5 millions de musulmans présents en France, soit 0,3% de la population musulmane en France », précise le sociologue Samir Amghar.

Paroles très fermes, démentis très discrets

Si les analyses du 1er Ministre sur les liens entre salafisme et djihadisme, ne sont guère contestables, ses propos alarmistes ont pu émouvoir une communauté musulmane française qui subit, à travers les médias et l’opinion publique, depuis plusieurs mois, des critiques permanentes et radicales de sa religion.

La description de la montée du salafisme en Europe aurait mérité des propos plus nuancées. Mais Manuel Valls qui souhaitent incarner la fermeté qui manque peut-être à son président, adore les déclarations abruptes et fracassantes, quitte à devoir souvent être obligé de faire marche arrière.

Aux lendemains des attentats de Paris, le 1er Ministre a ainsi évoqué imprudemment la menace d’attentats chimiques ou nucléaires contre lesquels on ne pourrait pas grand-chose… Description de risques tout à fait exacte mais qui n’a fait qu’accroitre la panique générale.

Quand il a vu que la contestation de la Loi Travail, défendue par sa ministre Myriam El-Khomri, allait grandissante, Manuel Valls, sûr de lui et quelque peu méprisant des nombreux opposants à cette loi saluée par les patrons d’entreprise, a brandi le « 49-3 » un dispositif d’exception qui permet de se passe de l’avis du parlement. Devant la bronca, 7 salariés sur 10 sont opposés à la réforme proposée, il a du rapidement et piteusement rengainé son « 49-3 ».

Gaffes en politique étrangère

A la mi-février, visitant un camp de réfugiés à Munich, le Premier ministre français avait critiqué la politique d’accueil des réfugiés syriens d’Angela Merkel, déclarant que sa politique d'ouverture, « qui a pu se justifier un temps », n'était « pas tenable dans la durée ». Manuel Valls a du depuis très fortement nuancé ses propos.

Dernier épisode : sa visite récente en Algérie. Elle avait été boycottée par plusieurs médias français en protestation au fait que des journalistes du Monde et du « Petit journal » s’étaient vu refuser leurs visas par Alger. Manuel Valls est parti derechef à leur secours, en appelant notamment son homologue algérien. Sans succès. Il a promis à la presse française avant de partir , d’aborder le sujet « avec amitié et franchise » avec ses interlocuteurs algériens. Ce fut peut-être fait mais cela n’a pas eu beaucoup d’échos. Il est vrai que le premier ministre avait une fois de plus enfourché une mauvaise querelle. Certes, le refus algérien de visa n’était pas très diplomatique mais le Monde a reconnu avoir faussement mis en cause le président Abdelaziz Bouteflika, dans le scandale mondial des « Panama Papers », une erreur plus que surprenante pour ce quotidien de réputation internationale. Quand au « petit journal » de Canal +, ce n’est qu’une émission satirique, parfois drôle, parfois de très mauvais goût, peu à sa place dans un déplacement diplomatique.

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23 avril 2016 6 23 /04 /avril /2016 10:01
USA : Donald Trump et Hillary Clinton bousculés dans les primaires

(article publié sur le site TSA le 8 avril 2016)

La longue bataille des primaires qui doivent désigner les futurs candidats à l’élection présidentielle de 2017 n’en finit d’apporter son lot de surprises. Lors du vote dans le Wisconsin, le 5 avril, les deux favoris dans le parti républicain, Donald Trump et dans le Parti démocrate, Hillary Clinton, ont été sèchement battu, l’un par Ted Cruz, la seconde par Bernie Sanders.

Trump agace la direction du Parti démocrate

Ted Cruz et Donald Trump se classe pourtant tous les deux dans la droite dure du Parti républicain. Ces deux challengers se disputent la 1ère place à coup d’insultes visant les minorités, les musulmans, les femmes, les immigrés… Mais Donald Trump, grand maître en matière de provocations en a-t-il peut-être trop fait en s’attaquant récemment au droit à l’avortement, ce qui a du préoccupé nombre d’électrices, même républicaines. Ted Cruz inverse donc une course qui lui est depuis longtemps défavorable. Il reste néanmoins nettement distance par le milliardaire Trump, qui comptait à la veille de l’élection du Wisconsin 736 délégués contre 463 pour son rival Cruz.

Mais l’objectif a atteindre pour que Donald Trump soit officiellement adoubé comme candidat officiel du parti républicain, est le « chiffre magique » de 1237 délégués. Pour cela, Donald doit remporter 60% des élections qui restent à organiser dans les différents états des USA. En cas d’échec, une convention de ce parti est prévu fin juillet à Cleveland dans l’Ohio ou serait désigner un candidat, dans une séance très ouverte et à l’issue imprévisible. Car si Donald Trump bénéficie du soutien enthousiaste d’une large partie des électeurs et militants de base du Parti républicain, il a contre lui la quasi totalité de m’appareil dui parti et d’un grand nombre de ses grands élus qui jugent l’individu incontrôlable.

La surprise Bernie Sanders

Autre surprise, la victoire du très à gauche (surtout aux Etats-Unis) sénateur qui facilement battu dans le Wisconsin, Hillary Clinton, femme de président, ex-secrétaire d’état et candidate très officielle de la direction de son parti. Cette défaite d’Hillary est la sixième en sept consultations depuis deux semaines.

Et pourtant les positions de Bernie font plus qu’étonner dans une Amérique plutôt conservatrice, admiratrice de la réussite personnelle, surtout celle des milliardaires, et encline à se replier sur elle-même. « Nous vivons aujourd'hui dans le pays le plus riche de l'histoire du monde, mais cette réalité ne signifie pas grand chose parce que l'essentiel de cette richesse est contrôlée par une petite poignée d'individus", explique-t-il ainsi, en écho au mouvement Occupy Wall Street qui stigmatisait les 1% de la population plus riches que les 99% restants. Sanders, qui se présente gentiment comme un « socialiste démocrate », milite pour un démantèlement des grosses banques et veux taxer fortement les transactions financières. Il annulerait les accords de libre échange comme l'Alena (Accord de libre-échange d'Amérique du Nord), entré en vigueur en 1994 et il s'oppose au Partenariat transpacifique. Bernie souhaite doubler le Smic américain et faciliter l’accueil des migrants ! Enfin, il est hostile au déploiement des troupes US au sol en Irak et en Syrie. Bref, un programme bien plus radical que ceux des socialistes européens. Et il interpelle d’ailleurs vivement Hillary, sa rivale : « « Etes-vous qualifiée pour être la présidente de Etats-Unis lorsque vous recevez des millions de dollars de Wall Street, dont l’avidité, l’irresponsabilité et le comportement illégal ont contribué à détruire notre économie ? ».

Hillary Clinton toujours favorite mais dans des primaires  « à surprises »
Dans cette course à l’investiture démocrate,  Clinton est-elle menacée ? La candidate dispose d’une confortable avance avec au total 1 771 délégués contre 1 092 pour Bernie Sanders. La majorité requise pour être investi chez les démocrates est de 2 383.  Mais la Hillary a dû aménager son programme pour contrer la popularité du « gauchiste » Sanders : elle a ainsi défendue.une réforme plus libérale de l’immigration, elle est devenue critique  sur les accords de libre-échange . Hillary a promis qu’elle n’augmenterait pas les impôts des classes moyennes et s’est même engagé à ce que « les plus riches payent leur part ». Ah ! Ces promesses électorales…
Rien n’est donc encore jouer dans cette longue primaire de l’élection présidentielle. Mais les frictions au sein des deux grands partis montrent que le bipartisme américain dans lequel  beaucoup d’électeurs ne se reconnaissent moins, subit actuellement quelques frictions.
Mais Hillary pourra en tous cas un peu se consoler avec le sondage AP-GfK du 7 avril où70% des électeurs américains avaient une mauvaise opinion de Trump, 59% de Zruz et (seulement) 55%, une mauvaise opinion d’Hillary Clinton.
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23 avril 2016 6 23 /04 /avril /2016 09:54
Bachar el-Assad à l’offensive

(Chronique de Paris parue dans le Quotidien d'Oran du 7 avril 2016)

Grace à l’appui russe, le chef d’état syrien a repris Palmyre et organise des élections le 13 avril

Le dimanche 27 mars, le gouvernement syrien a annoncé la reprise de la ville de Palmyre, contrôlée par Daesh depuis mai 2015, et qui a vu une partie de son patrimoine archéologique irremplaçable violement mis à mal par l’EI, à l’indignation de l’ensemble de la planète. Le même jour, la Syrie connaissait son deuxième mois de trêve. Un cessez-le feu globalement respecté entre les forces de l’opposition et le gouvernement de Bachar el-Assad mais cette trêve ne concernait pas Daesh, le Front al-Nosra (branche syrienne d'Al-Qaïda) et d'autres groupes reconnus comme terroristes par le Conseil de sécurité de l'Onu.

Après la prise de ville de Palmyre qui s’est faite à la grande surprise de la coalition occidentale, l’armée syrienne s’est emparée le 3 avril de la ville d’Al-Qaryatayn, l’un des derniers fiefs de l’État islamique dans le centre du pays. Avec la perte d’Al-Qarytayn, le groupe Etat islamique ne dispose plus d’aucune présence significative dans le centre de la Syrie. Cette ville qui était habitée par une importante minorité chrétienne, servait d’avant-poste pour le désert syrien et de nœud de ravitaillement pour le foyer djihadiste implanté à la frontière libano-syrienne. La reconquête d’Al-Qaryatayn permettra à l’armée syrienne d’avancer dans le désert syrien, qui s’étend jusqu’aux frontières irakiennes à l’est, et jordaniennes au sud-est.

Les troupes pro-Bachar ont reçu un important soutien de l’aviation et des commandos russes. A la stupéfaction générale, Vladimir Poutine avait annoncé, le 14 mars, le retrait de la majeure partie des troupes russes stationnées en Syrie. L’annonce relevait en fait plus d’une stratégie de communication diplomatique que d’une inversion de la politique russe au Moyen-Orient : la Russie ne se retire pas du conflit syrien. L’appui militaire qu’elle a apporté aux forces de Bachar el-Assad pour la reconquête de Palmyre en sont une preuve supplémentaire. « Les capacités militaires russes sont importantes. Les Russes avaient déjà démontré en Crimée l’efficacité des forces spéciales, des troupes aéroportées, et l’avancée de l’effort de modernisation. Désormais, ils certifient, à travers l’opération syrienne, la précision de leur matériel militaire et l’intelligence de leur tactique de combat qui consistait à frapper la chaine logistique de l’Etat islamique et des troupes d’Al-Nosra », explique Philippe Migault de l’institut Iris.

Il s’agit de la victoire la plus importante du régime face à l’EI depuis l’intervention fin septembre 2015 dans le conflit de la Russie, allié indéfectible du régime Assad.

La perte de Palmyre est la deuxième grande défaite de l’EI en Syrie après celle enregistrée en janvier 2015 à Kobané. Dans cette ville kurde du Nord, les djihadistes avaient été chassés par les forces kurdes appuyées par l’aviation de la coalition menée par Washington.

Offensive militaire et politique de Bachar

Cette reprise de la ville de Palmyre restera un moment-clé du conflit syrien. Pour Bachar el-Assad, dans une de ses nombreuses interviews dans la presse de ces derniers jours, cette offensive contre Daesh résonne comme une victoire symbolique : : « nous vivons la joie de retrouver la ville de Palmyre qui représente un héritage de l’Humanité pour le monde entier », le patrimoine archéologique de la ville ayant en effet connu de lourdes exactions de Daesh et « nous sommes convaincus qu’en plus de la détermination de l’armée syrienne à la récupérer, la Russie a joué un rôle essentiel ainsi que l’Iran et les autres forces qui combattent aux côtés de la Syrie ». Pour Bachar, cette victoire annonce un retrait rapide Daesh de Syrie : « Il est évident qu’après la libération de Palmyre nous devons nous diriger vers des régions voisines menant vers l’Est, comme la ville de Deir al-Zor, et commencer, en même temps, à travailler en direction de la ville de Raqqa, actuellement le principal bastion des terroristes de Daesh » annonce-t-il. Cette prédiction d’une défaite majeure de Daesh en Syrie et d’une reprise en main de la situation par Bachar se réalisera-t-elle ? Pas en tous cas sans que ce dernier ait surmonté un grand nombre de difficultés.

Le chef d’état syrien reste personae non grata pour les puissances occidentales qui interviennent militairement en Syrie depuis trois ans. C’était l’homme à abattre, son départ étant présenté comme le préalable à toute discussion de normalisation du pays…

« Ni Bachar, ni Daesh » théorisé par Laurent Fabius, était la ligne commune de tous les pays de la coalition militaire menée par les États-Unis. Mais ce dernier pays semble infléchir sa position. Barak Obama n’est rentré qu’à contrecœur dans ce nouveau conflit, craignant que les États-Unis s’enlisent à nouveau dans une guerre sans fin, comme en Afghanistan et dans une démonstration militaire d’exception mais sans résultats probants comme la très violente offensive de Georges Bush en Irak. De plus, la Maison-Blanche s’est vite rendu compte que le conflit s’internationalisait rapidement et sans contrôle de sa part. Non seulement, dès septembre 2015, l’intervention russe a modifié profondément les rapports de force, confortant largement Bachar-el-Assad mais laTurquie est intervenue militairement avec l’objectif essentiel d’affaiblir la mouvance kurde, partie prenante du conflit en Syrie. Et l’Arabie saoudite et l’Iran cherchent chacun, par conflit interposé à renforcer leur influence dans la grande région.

Dans ce contexte infirment troublé, Bachar el-Assad a échappé de peu à la destitution par une longue épreuve armée avec ses diverses oppositions intérieures. En oubliant que sa politique est largement à l’origine de la guerre civile et en recentrant récemment son combat contre Daesh, il estime avoir reconstruit aujourd’hui un pacte solide d’alliance « anti-terroriste » qui lui permet de s’émanciper de la tutelle occidentale, coupable selon lui, de soutien à l’Etat islamique : « Le terrorisme est le véritable problème et nous devons le combattre au niveau international, car ce phénomène ne concerne pas seulement la Syrie. Il existe aussi en Irak, il est directement soutenu par la Turquie, par la famille royale au pouvoir en Arabie saoudite, ainsi que par certains pays occidentaux - notamment la France et la Grande-Bretagne » !

Un conflit aux multiples « chacun pour soi »

L’accusation est rude. Elle n’est pas très réaliste mais elle souligne les ambigüités des différentes parties de la coalition de 22 pays (dont la Turquie, l’Arabie saoudite, la Jordanie, les Emirats-Unis…) menée par les États-Unis. Bachar el-Assad, dans une longue interview donnée au média russe Sputnik s’en prend vivement à la Turquie et à l’Arabie saoudite : « La Turquie, en premier lieu, et l'Arabie saoudite ont dépassé toutes les lignes rouges dès les premières semaines ou les premiers mois de la guerre contre la Syrie. Depuis le début, toutes leurs actions sont à considérer comme des agressions ; agression politique, agression militaire en soutenant et en armant les terroristes, agression directe par bombardements ou intrusions militaires. Depuis le début, Erdogan soutient directement les terroristes en les autorisant à se déplacer à l'intérieur du territoire turc pour mener des manœuvres individuelles ou bombarder le territoire syrien ; les finance en leur faisant parvenir les capitaux saoudiens et qataris ; fait commerce du pétrole volé par Daech »…

Il est vrai qu’à travers ce conflit, toutes les parties défendent leurs propres intérêts et dans cette région la question pétrolière n’est jamais très éloignée.

Les critiques vis-à-vis des États-Unis sont infiniment plus voilées tout comme restent prudentes, les remarques de Bachar sur les négociations de Genève impulsées par l’ONU et qui reprennent le 10 avril, entre le pouvoir syrien, son opposition (hors Daesh et le groupe Al-Nosra), avec en arrière-plan, les puissances étrangères intervenant militairement sur son sol. Fort de ses réussites militaires sur le terrain, Bachar el-Assad prend néanmoins ses distances avec les recommandations de l’ONU qui prône l’instauration d’une « période de transition » et l’institution d’un gouvernement d’Union nationale, où jusqu’à présent, serait de fait exclu Bachar lui-même.

Un difficile gouvernement « d’union nationale »

Toutefois, le dirigeant alaouite n’exclue plus un gouvernement d’union nationale qui incluerait l’opposition mais dont il serait l’artisan central « : C'est justement l'objectif du dialogue intersyrien de Genève, dans le cadre duquel nous allons convenir du format de ce gouvernement. Bien sûr, nous n'avons pas encore élaboré la notion définitive car d'autres parties syriennes n'ont pas encore accepté ce principe », explique-t’il, mais Bachar fixe rapidement dans le même interview à Sputnik, sa propre conception de « l’union nationale » qui s’apparente plutôt à un simple ralliement des groupes armés de l’opposition : « le principe général est que nous sommes prêts à intégrer tout combattant [illégitimement] armé qui dépose ses armes dans l’intention de revenir vers la normalité et d’arrêter l’effusion du sang syrien ».

A l’offensive sur le plan militaire, Bachar el-Assad l’est également sur le plan de la politique intérieure. Le dirigeant syrien a lancé des élections législatives qui se dérouleront le 13 avril. Le président a salué le nombre «inédit» de candidats (plus de 11 000 dont beaucoup proches du pouvoir) pour ces élections qui sont dénoncées comme «illégitimes» par les opposants de l’intérieur comme de l’extérieur, et par les pays occidentaux.

Bachar est plus prudent sur des élections présidentielles anticipées mais il n’écarte pas évidemment d’être candidat pour l’élection du président d’un état qu’il se refuse d’envisager comme fédéral ((une revendication notamment des kurdes). Mais, selon lui, tout cela demande en préalable une réforme constitutionnelle que John Kerry avait exigée au nom des Etats-Unis, d’ici août 2016. Là, pas de problème, les équipes constitutionnalistes de Bachar ont travaillé et sont prêtes à présenter leur version dans le délai imparti.

S’il réussissait à reprendre un certain leadership sur la Syrie, Bachar prendrait le contrôle d’un pays ruiné dont la moitié de la population est déplacée et dont il estime l’ensemble des pertes à plus 200 000 milliards de dollars.

Difficile, d’autant que Daesh a été affaibli mais pas vaincu. L’Etat islamique conserve une importante de nuisance dans la région et à l’extérieur, notamment en Libye, et dans le reste du monde, via des attentats ciblés, comme ce fut le cas récemment à Bruxelles. Les pays européens, limitrophes du Proche-Orient sont obnubilés par deux problèmes majeurs. Le flot des réfugiés nourrit une crainte irrationnelle qui favorise la montée d’une extrême-droite européenne .Angoisse fantasmatique, à l’évidence : selon l’ONG anglaise Oxfam, les pays riches n’ont réinstallé, c'est-à-dire donné le titre de réfugiés qu’à 1,39% des syriens qui ont fuit leur pays.

Après Madrid en 2004 (191 morts), Londres en 2005, Paris en 2015, ça était autour de Bruxelles, la "capitale" de l’Europe, d’être touchée par des attaques terroristes. Mais les états européens ne savent toujours pas comment répondre à ces agressions soigneusement montées. Les bisbilles parlementaires françaises qui ont invalidé la proposition de françois Hollande de déchéance de la nationalité pour les terroristes français et la mise à mal de l’état d’urgence est en un bel exemple. Enfin, Daesh garde sa capacité « d’exportation du djihadistme » : « face à leurs défaites à Raqa et à Palmyre, il devient prévisible que les états-majors de l’EI vont devoir se replier sur le continent africain – leur profondeur de champ stratégique – et en premier lieu sur leurs bases arrières libyennes (…), de toute évidence la Syrie devrait perdre son statut d’épicentre du séisme de la troisième guerre du mondialisme en cours au profit de la Libye, de la Tunisie, voire peut-être de l’Algérie », précise le politologue Michel Lhomme.

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4 avril 2016 1 04 /04 /avril /2016 14:26
Grace à la Russie, Bachar el-Assad marque des points, militaires et politiques

(Article paru sur le site TSA, le 4 avril 2016)

Soutenue par la Russie, Bachar el-Assad reprend l’offensive. Après la ville de Palmyre, l’armée syrienne s’est emparée dimanche de la ville d’Al-Qaryatayn, l’un des derniers fiefs de l’État islamique dans le centre du pays. Avec la perte d’Al-Qarytayn, le groupe Etat islamique ne dispose plus d’aucune présence significative dans le centre de la Syrie. Cette ville qui était habitée par une importante minorité chrétienne, servait d’avant-poste pour le désert syrien et de nœud de ravitaillement pour le foyer djihadiste implanté à la frontière libano-syrienne. La reconquête d’Al-Qaryatayn permettra à l’armée syrienne d’avancer dans le désert syrien, qui s’étend jusqu’aux frontières irakiennes à l’est, et jordaniennes au sud-est. Prochaine cible de l’armée syrienne et de ses alliés, la ville de Sokhna, à 70 km au nord-est de Palmyre, dernier verrou avant la capitale provinciale Deir Ezzor, non loin de la frontière avec l’Irak.

Autre revers pour Daesh, Le groupe djihadiste a perdu au cours des dernières semaines plusieurs de ses commandants dans des frappes aériennes de la coalition conduite par Washington. L’un de ceux-ci, le Tunisien Abou al-Haija, a ainsi péri mercredi dans une attaque de drone vraisemblablement menée par la coalition.

Faits probants de l’apparition de divergences au sein même de l’Etat islamique, quinze commandants de l’EI accusés d’avoir dévoilé la position d’Abou al-Haija ont depuis été exécutés par les djihadistes. Le sort de 20 autres hommes accusés de collaboration avec la coalition demeure inconnu. « Il s’agit du nombre le plus important d’exécutions de responsables de sécurité au sein de l’EI », souligne Abdel Rahmane, le directeur de l’Observatoire syrien des droits de l’Homme.

En rompant aussi avec la trêve instaurée depuis le 1er mars entre l’état syrien et ses opposants, les troupes syriennes onu également réalisé des bombardements dans la Ghouta orientale, une région située à la lisière est de Damas qui est un fief de l'influente faction rebelle Jaich al-Islam (l'Armée de l'islam), un groupe assimilé à l’opposition syrienne reconnue par l’ONU, à l’exclusion de Daesh et du groupe Al-Nosra.

Bachar candidat

Mais Bachar el-Assad reprend également l’offensive sur le plan politique. Le chef de l’Etat syrien ou de ce qu’il en reste a organisé des élections législatives qui se dérouleront le 13 avril prochain. Pour ce second scrutin depuis le début de la guerre en 2011, 11.341 candidats pour l’essentiel proche du régime, concourent pour les 250 sièges du Parlement. Le président du Comité juridique suprême des élections, le juge Hicham al Chaar, assure que ces élections « auront lieu partout sauf dans les provinces de Raqa et Idleb », qui sont aux mains des jihadistes du groupe Etat islamique (EI) et du Front al-Nosra.

Conforté par ses récentes victoires militaires, Bachar el-Assad s'est dit prêt à la tenue d'une élection présidentielle anticipée avant la fin de son mandat en 2021, comme le prévoit une résolution de l'ONU visant à mettre fin au conflit en Syrie. La feuille de route fixé par l’organisation internationale comprend également des négociations entre l’opposition , dont un premier round a eu lieu du 14 au 24 mars à Genève, et la constitution d'un organe de transition. Le sort réservé à Bachar el-Assad dans les futures institutions reste cependant la principale pierre d'achoppement entre le régime et l'opposition. Les pourparlers de paix sur la Syrie qui reprendront autour du 9-10 avril à Genève se dérouleront avec un Bachar pour le moins conforté par ses victoires militaires.

Vladimir Poutine en soutien, les Européens paniqués par les réfugiés

Bachar el-Assad pourra dans tous les cas, remercier Vladimir Poutine qui reste un adepte redoutable du double discours : il avait à la mi-mars et à la surprise générale, annoncé le départ des troupes russes. Elles ont été un atout essentiel à la reconquête de Palmyre et d’Al-Qaryatayn. Dans une interview accordée à la BBC, l'ambassadeur de Russie auprès de l'Union européenne Vladimir Tchijov a déclaré hier que « Moscou et Damas ne sont pas des alliés militaires ». On le serait à moins.

La Russie s’est intégrée durablement dans le jeu moyen-oriental. Paris et Londres restent enfermées dans les contradictions de leur position initiale « Ni Bachar, ni Daesh », alors que Bachar se renforce et que Daesh subit une pression croissante. Quant au reste des Européens, ils restent obnubilés par la question des réfugiés. De façon fantasmatique, à l’évidence : selon l’ONG anglaise Oxfam, les pays riches n’ont réinstallé, c'est-à-dire donné le titre de réfugiés qu’1,39% des syriens qui ont fuit leur pays.

L’Union européenne a préféré signé un pacte honteux avec la Turquie pour renvoyer dans ce pays les réfugiés syriens qui avaient réussi à rentrer en Europe. Un premier ferry chargé de migrants clandestins renvoyés de Grèce dans le cadre de cet accord controversé, est arrivé ce matin dans le port turc de Dikili. Et Reccep Erdogan renvoie des milliers de syriens dans leur pays, selon un rapport d’Amnesty International pari le 1er avril. La boucle est bouclée.

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4 avril 2016 1 04 /04 /avril /2016 14:20
Déchéance de la nationalité, contestation sociale : rude début de printemps pour François Hollande

(Article paru sur le site TSA, le 1er avril)

Déchéance de la nationalité, contestation sociale : rude début de printemps pour François Hollande

Rude semaine pour François Hollande. Quelques jours après son renoncement au projet de « déchéance de la nationalité, contesté à droite comme à gauche mais pour des raisons opposées, le chef de l’état doit faire face à une très vive contestation sociale de son projet de réforme du monde du travail. Celui-ci organise un allégement des contraintes du droit du travail et la recherche d’une plus grande flexibilité pour les entreprises au détriment de certaines garanties acquises par les salariés. Le texte de loi « Travail » défendue par Myriam El-Khomri, la ministre du Travail, continue en effet de récolter de nombreuses protestations. Les manifestions du 31 mars ont bénéficié de nombreux participants dans la capitale et dans des dizaines de villes de province. A l’appel de 7 organisations dont la CGT, FO et Sud Solidaires, mais en l’absence notable de la CFDT, et d’autres syndicats « réformistes », cette mobilisation s’est déroulée alors que le projet rentre en discussion à l’Assemblée nationale. La mobilisation a été plus forte que lors de la première manifestation du 9 mars sur le même sujet, la police comptabilisant 390 000 manifestants dans toute la France contre 224 000 au début du mois. Les syndicats avancent le chiffre d’1,2 million de personnes. Il y a eu quelques incidents, à Paris comme en province (Toulouse, Nantes, Lyon…). Au total, la police a procédé à une centaine d’interpellations. Les syndicats qui critiquent l’orientation très libérale du projet de loi n’entendent pas relâcher la pression. Ils appellent déjà à de nouvelles journées de mobilisation le 5 et 9 avril prochain.

Grogne sociale, isolement politique

« Je n’ai pas voté Hollande pour ça, s’indigne l’un des manifestants parisien, dont le propos est rapporté par le Monde, tout ce qui se fait actuellement, la droite n’aura pas osé le faire ». La contestation passe en effet du terrain social au champ politique. Dans un sondage parue la veille, le chef de l'Etat, s'il est le candidat socialiste, serait éliminé dès le premier tour de la présidentielle, et ce, quelque soit le candidat de la droite. Dans l'hypothèse d'une candidature d'Alain Juppé à la présidentielle, le chef de l'Etat ne recueillerait que 14% d'intentions de vote, contre 31% pour le maire de Bordeaux, 26% pour Marine Le Pen, selon cette enquête réalisée pour Le Monde. Contre Nicolas Sarkozy qui gagnerait la primaire des Républicains, ce dernier serait fort de 27% des intentions de vote, le chef de l’Etat ne recueillerait que 16% des voix, talonné par Jean-Luc Mélenchon fort de 11% des intentions de vote. Les autres candidats de la « gauche de la gauche » recueillant encore 4,5% des voix.

A moins d’un an de la future élection présidentielle, François Hollande traverse donc une mauvaise passe. En début de semaine, il a du renoncer à convoquer le Congrès, rassemblant députés et sénateurs pour réaliser la réforme constitutionnelle qu’il souhaitait, contraint d’abandonner la décriée déchéance de la nationalité qu’il réservait aux terroristes français. Jeudi, il est obligé de prendre en compte l’importante contestation sociale que rencontre sa réforme sur le travail. Manuel Valls avait certes déjà représenté une copie allégée de cette réforme qui satisfaisait à beaucoup de demandes du Medef, l’organisation patronale. Cela n’a visiblement pas suffi à calmer la contestation sociale. Le projet est actuellement discuté à l’Assemblée nationale. Des députés socialistes vont certainement proposer des amendements qui devraient atténuer le caractère très libéral du texte actuel. Cela suffira-t-il ? Le camp syndical qui se bat pour une pure et simple abrogation de la loi, a fixé deux nouvelles échéances de manifestation début avril. La révolte contre la réforme du marché du travail est désormais entrée dans un cycle inquiétant pour l'Elysée. Au fil des «journées d'action», la contestation s'empare des jeunes. Lesquels ne se satisferont pas d'une bataille d'amendements à l'Assemblée nationale.

Hollande perd sa gauche sans gagner sur sa droite

Avec l'échec de la révision constitutionnelle, Hollande a perdu une carte qu'il avait dans son jeu de président de la République, garant de l'unité nationale, celle du gardien de l'autorité républicaine. Sur le plan économico-social, il est convaincu qu’il faut alléger les contraintes de l’entreprise, et il espérait par sa réforme du monde du travail, gagner des voix du centre et de la droite. Nouvel échec suir ce plan mais François Hollande a dans cette démarche complexe, perdu une grande partie de sa base électorale, à gauche.

Mais plombé chez lui, François Hollande est populaire chez … ses voisins. Dans un sondage, il obtient en moyenne 52 % bonnes opinions auprès des Allemands, des Britanniques, des Espagnols et des Italiens. Il devance même Angela Merkel chez elle avec 56 % de bonnes opinions contre 51 ! La chancelière en revanche l’écrase de sa popularité auprès des Français à 68 % contre 18 ! Malheureusement pour François Hollande, les Allemands et les autres ne voteront pas en 2017…

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Published by pierremorville
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