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25 mai 2016 3 25 /05 /mai /2016 12:52
La possible candidature de Montebourg souligne l’isolement de François Hollande

(Article paru sur le site TSA le 16 mai 2016)

L’annonce d’une possible candidature d’Arnaud Montebourg, dans la mouvance de la gauche du PS, comme candidat socialiste possible à l’élection présidentielle, souligne l’isolement de François Hollande dans son propre camp. La semaine dernière, son gouvernement mené par Manuel Valls, pour l’adoption de la très contestée loi Travail qui suscite encore de nombreuses manifestations en France, a du subir l’épreuve de pas moins de deux motions de censure ! Ce dispositif parlementaire permet à l’assemblée nationale de censurer le gouvernement ce qui amène le plus souvent ce dernier à la démission. La seconde avait été naturellement déposée par l’opposition qui n’avait évidemment pas pu recueillir une majorité nécessaire de voix. De façon beaucoup plus surprenante, la première émanait des rangs même des députés socialistes, autour du groupe d’oppositions dits des « frondeurs ».Il manqua deux députés sur 50 et cette motion ne fut finalement pas déposée. Mais l’alerte fut très chaude et montre une fois de plus que la politique menée actuellement par François Hollande est loin de satisfaire son propre camp. Martine Aubry, qui garde une grande influence au PS, ne cache pas non plus ses critiques sur les méthodes de gouvernance de Manuel Valls. Arnaud Montebourg, qui avait démissionné avec éclat de son poste de ministre d «e l’économie, en août 2014, avec Benoit Hamon, autre opposant, refait surface en rentrant comme candidat dans une éventuelle primaire qui désignerait le candidat socialiste pour 2017. Ce qui souligne une fois de plus que la candidature du président sortant ne fait pas l’unanimité dans les rangs même du PS. Ni dans ceux des électeurs : un sondage lundi montrait que pour 86% des Français, « ça ne va pas mieux » pour le pays même si un Français sur deux reconnaissait que « ça allait mieux pour lui ». Quelques signaux économiques positifs apparaissent mais il sera difficile au président d’inverser la courbe de l’impopularité en moins d’un an.

Montebourg versus Macron

Malgré son affaiblissement actuel, il y a toutefois fort à parier que François Hollande remporterait les primaires de son propre parti, s’il se présentait. Mais Arnaud Montebourg fait lui, le pari que l’actuel président renoncera a concourir pour un nouveau mandat : quel que soit le candidat de la droite traditionnelle (Juppé, Sarkozy, Millon…) les sondages actuels en effet le disent tous battu dès le 1er tour avec seulement entre 12 et 15% des voix, talonné par Jean-Luc Mélenchon qui incarne la gauche radicale. Si François Hollande se retire, le jeu au sein du parti socialiste se réduirait alors à un affrontement entre Emmanuel Macron, l’actuel ministre de l’économie et Arnaud Montebourg qui l’avait précédé à ce poste. Macron, « ni de gauche, ni de droite », bénéficie d’une réelle popularité dans le pays mais pas dans les bastions de la gauche traditionnelle. Montebourg, avocat et orateur brillant, clinquant selon ses adversaires, avait laissé croire il y a deux ans à son retrait de la vie politique en prenant un poste dans une entreprise privée. Il revient et contrairement à Macron qui subirait la concurrence de Manuel Valls en cas de primaire sans Hollande, Montebourg pourrait apparaitre comme le candidat qui réunifierait toute la gauche traditionnelle.

Un programme en attente

Quant au programme de l’éventuel candidat Montebourg, il reste des plus vagues. Comme tous les autres candidats en lice, à droite comme à gauche, il plaide pour le « renouveau ». Il appelle à une « démocratie participative ». Il se dit aujourd’hui « enfin libre », il voit le système politique « en train de s'effondrer sous la méfiance des Français » et note « un besoin de renouveau », « d'idées nouvelles », « assez iconoclastes », « assez radicales » tout en dénonçant la « pensée unique » de « politiques à peu près semblables », quelle que soit la majorité au pouvoir. Chantre de la « démondialisation » et d’une « VIème République » française, il revendique aussi le fait de «défendre des idées qui peuvent être assimilées à celles de la droite» et définit sa politique comme «une forme de gaullisme social, une synthèse entre le colbertisme, l’amour de l’entreprise, la liberté d’entreprendre, le goût de l’innovation et la protection des gens qui travaillent». Pour connaître des propositions plus concrètes, il faudra attendre la sortie d’un livre en préparation.

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25 mai 2016 3 25 /05 /mai /2016 12:37
Une planète inquiète et inquiétante

(article paru dans le Quotidien d'Oran du 5 mai 2016)

Etat de l’opinion européenne sur l’Islam, craintes sur le futur traité transatlantique, une victoire de Trump un peu angoissante…

L'islam est la deuxième religion en France après le christianisme. Une étude du pew Resaarch Center donne le chiffre de 4,7 millions de musulmans en 2010 en incluant les mineurs. Selon la Conférence allemande de l'Islam et une étude réalisée pour elle par l'Office fédéral des migrations, on estimait à plus de 4,1 millions de personnes le nombre des musulmans en Allemagne en 2009, soit 5% de la population (81 100 000 d'habitants). Le nombre de pratiquants réguliers y est cependant plus faible.

Comme cette religion est-elle ressentie par les communautés nationales ? Après les attentats de Paris et de Cologne fin 2015, le questionnaire d’un sondage pluriannuel du Figaro-Ifop a été réalisé en avril et montre une certaine détérioration : en 2010, 55 % des Français estimaient que « l'influence et la visibilité de l'islam » étaient «trop importantes» dans ce pays. Ils sont aujourd'hui 63 %, soit une hausse de huit points. Mais en analysant de près la cause de cette poussée, il apparaît qu'elle ne vient pas, selon ces chiffres, de la droite, extrême ou classique qui n'a pas changé de vision mais de la gauche… En 2010, 39 % des électeurs du Parti socialiste pensaient que la place de l'islam était «trop importante». Ils sont 52 % désormais, selon l'Ifop !

Le sondage a également été réalisé en Allemagne. Les résultats dans ce pays non-laïque sont assez proches des résultats français : 47% des français et 43% des Allemands jugent l’Islam comme étant plutôt une menace pour l’identité du pays. 52% des Français et 49% des Allemands sont opposés à la construction de mosquées. 63% sont opposés au port du voile dans la rue en France, et 48% en Allemagne. Chiffres encore plus inquiétants : 83% des Français et 87% des Allemands jugent l’influence et la visibilité de l’Islam trop importante. A la question « Diriez-vous qu’aujourd’hui les musulmans et personnes d’origine musulmane sont bien intégrés dans la société ? », 68% des Français interrogés et 71% des Allemands répondent négativement.

Autre enquête de la Commission consultative des droits de l’Homme, les actes anti-musulmans ont triplé en 2015, année des sanglants attentats djihadistes. Dans le détail, les faits antimusulmans ont plus que triplé (+223%) : de 133 en 2014, ils sont passés à 429 en 2015, avec « deux pics » les jours qui ont suivi les attentats de janvier et du 13 novembre. Les chiffres du ministère de l’Intérieur sur les faits délictueux (actions et menaces) à caractère raciste, antisémite et antimusulman sont globalement en « hausse conséquente » de 22,4%, de 1.662 en 2014 à 2.034 en 2015. « Un sommet jamais atteint depuis que ces statistiques sont relevées », note la CNCDH , « la courbe de tendance de la délinquance apparente à caractère raciste ne cesse ainsi son inquiétante ascension », s’alarme la commission.

Fait rassurant néanmoins, l’enquête 2016 montre contre toute attente, que « l’indice de tolérance » des locaux vis-à-vis des populations étrangères, « marque en 2015 une nette progression » (+5 points), après quatre années de baisse. Les attentats de janvier et du 13 novembre ont, de façon surprenante, eu un impact positif sur la tolérance des Français, note Christine Lazerges. "Il y a vraiment un avant et un après. Il y a eu un choc émotif, (...) une sorte d’intériorisation que nous étions tous responsables de la montée du radicalisme", explique-t-elle. Bonne nouvelle.

Grande méfiance sur le TAFTA

Constante de l’opinion française, une certaine méfiance vis-à-vis des Etats-Unis. C’est pourtant l’un des rares pays avec lequel la France n’a jamais connu de conflit armé. Pourtant, les enquêtes d’opinion montrent avec continuité que seulement 30% des Français ont pour ce pays plutôt de la sympathie, entre 15 et 20% plutôt de l’antipathie, tandis que 54% (contre 51% en 2005) n’éprouvent ni l’une, ni l’autre. C’est en matière de modes de vie que les Français se sentent différents des Américains, manifestant notamment une réprobation devant les habitudes culinaires de ces derniers. Mais les hexagonaux désapprouvent en général la politique extérieure de leur allié. Les guerres américaines au Vietnam et en Irak furent vivement critiquées, la détestable aventure américano-anglo-française en Lybie est regrettée par l’opinion hexagonale. Mais c’est évidemment dans le domaine des relations économiques et commerciales que les Français sont le plus méfiants. Et le traité Tafta a fait resurgir toutes les méfiances. Le Tafta ou TTIP, c’est le projet de Barak Obama de bâtir un traité de libre-échange transatlantique entre l’Amérique du Nord et l’Europe. Les négociations de ce traité d’importance, le Transatlantic Trade and Investment Partnership, a débuté en juillet 2013. L’accord TTIP vise à supprimer les barrières commerciales et réglementaires de part et d'autre de l'Atlantique pour créer une vaste zone de libre-échange censée doper l'activité économique. Accord négocié dans la plus grande confidentialité, puisque le texte n’est pas discuté directement avec les états européens qui ont délégué leur pouvoir à la Commission européenne. Celle-ci a imposé un total black-out : mêmes les parlementaires européens n’ont pas accès au détail des négociations ! Un député européen ne peut consulter les documents que par une demande spéciale, enfermé dans une salle, sans portable, muni seulement de quelques feuilles de brouillon, sous la surveillance d’un fonctionnaire et en s’engageant à n’en rien divulguer à la sortie : pas très démocratique. Les citoyens sont encore moins informés, du coup en 2014, 55% des Français déclaraient jusqu’à ignorer ce qu’était le traité Tafta !

Quel est ce grand projet de Barak Obama qui achève son deuxième et dernier mandat ? Devant la montée en puissance des économies nouvelles en Asie, en Amérique latine, en Afrique, le dirigeant américain propose la constitue un puissant marche commun transatlantique que les Etats-Unis dirigeraient, bien sûr. Il a déjà proposé de même la constitution d’un partenariat transpacifique avec ses partenaires asiatiques, le TPP, en voie de signature.

Craintes européennes

Problème : « l’Europe a déjà de telles difficultés à harmoniser la réglementation entre ses pays membres qu'on voit mal comment les États-Unis et les vingt-huit pays européens pourraient trouver un terrain d'entente », note Olivier Pirot. D’autant que les Américains ne sont pas enclins aux compromis. Le marché serait commun mais les États-Unis ne se montrent pas pressés d’ouvrir à la concurrence étrangère leurs services, leurs marchés publics (ouverts en Europe, fermés à 70 % aux États-Unis). De plus, les mécanismes d’arbitrage proposés par les Etats-Unis font bonne part aux multinationales et au Big Business. Mais sur les 10 multinationales les plus puissantes au monde, 8 sont américaines et 0 européenne et il y a tout un tas de secteurs où elles dominent les entreprises européennes. Les ONG et les syndicats aux USA comme en Europe, craignent quant à eux que cet accord commercial conduise à une déréglementation généralisée au profit des grandes entreprises.

De même, les standards de protection des consommateurs sont plus élevés en Europe qu’outre-Atlantique, et beaucoup craignent que la convergence des normes notamment matière de sécurité des voitures, d’étiquetage des cosmétiques, de qualité des produits alimentaires…) se fasse nécessairement au détriment des Européens. Jes consommateurs en notamment en France s’inquiètent de l’arrivée massive prochaine, sur leurs marchés, de tonnes de bœufs eux hormones et de poulets nettoyés au chlore. Plus grave pour l’éthique française, les Américains remettent en cause piratent les « appellations contrôlées » et baptise du nom de champagne, leurs productions vinicoles californiennes. C’est plus qu’un crime !

Au-delà de ces protestations gastronomiques, le projet proposé par les Américains apparait surtout construit surtout à leur avantage. Et les économistes divergent sur les conséquences positives qu’aurait le Tafta sur la croissance européenne. Pour beaucoup d’entre eux, le gain serait très minime.

Devant la montée des protestations en Europe, Barak Obama s’est rendu en Allemagne pour défendre son projet, avant le 13 ème round de négociation du traité qui a démarré le 26 avril. Il y a rencontré Angela Merkel, fervente fan de ce projet qui arrange plutôt son économie nationale, mais on avait oublié de convoquer les représentants des autres états européens et même ceux de la Commission européenne. Agacé, François Hollande a répliqué que le TIPP proposé n’est en l’état pas acceptable, son secrétaire d’état au commerce extérieur, Matthias Fekl, affirmant mardi que l'arrêt des négociations sur le traité de libre-échange transatlantique était aujourd'hui « l'option la plus probable », en raison de « l'état d'esprit des Etats-Unis : l'Europe propose beaucoup et elle reçoit très peu en échange. Ce n'est pas acceptable ».

Après Obama, Trump ou Clinton ?

Obama réussira-t-il à lever les appréhensions européennes ? Il ne dispose en tout cas, de plus beaucoup de temps, son mandat s’achevant le 8 novembre 2016, après « l’Election day ». Pire, les deux principaux candidats à la succession, Hillary Clinton et Donald Trump, se sont prononcés contre le TAFTA. Barak Obama fait le forcing pour que Tafta soit ratifié avant son départ mais sur ce traité à risques, les responsables européens sont inquiets des suites de l’élection américaine. Qui va succéder à Obama ? Hillary Clinton est en tête dans la course à la nomination chez les démocrates, bien qu'elle soit talonnée par son adversaire socialiste, le sénateur Bernie Sanders. Le grandiloquent milliardaire Donald Trump mène la course dans le camp républicain. Il a éliminé hier son principal rival, Ted Cruz, le sénateur du Texas, lors des primaires de l’Indiana. Avec 1053 voix de délégués, dont les 51 raflées en Indiana (sur un total de 57), notamment grâce au soutien inattendu du vote évangélique, il ne manque plus au milliardaire que 184 pour décrocher l'investiture automatique républicaine en vue de l'élection présidentielle du 8 novembre. C’est quasi chose faite. La direction du Parti républicain qui, inquiet du programme de la star montante, avait joué la carte du « tout sauf Trump », est obligé de se rallier. Hillary Clinton est l’adversaire probable de Trump aux présidentielles mais elle est de loin de faire l’unanimité dans son propre camp. Bernie Sanders son rival très à gauche, a ainsi remporté les primaires de l’Indiana. La victoire potentielle de Trump et les difficultés de Clinton montrent bien la crise aux Usa, comme en Europe, des partis traditionnels. Les électeurs américains ont envie de changement et seraient prêts à donner sa chance à un candidat iconoclaste même si le programme de Trump inquiète autant les milieux financiers que le reste de la planète. Ainsi, Le magazine The Economist le classe au 6ème rang des menaces pesant sur l’économie mondiale, à égalité avec Daesh. Et les grandes capitales s’interrogent sur la future politique extérieure de Trump. Sous sa bannière « America First », l’Amérique d’abord, Trump veut venir très vite à bout de l’Etat islamique, ne jamais accepter un Iran nucléaire, forcer les Européens à payer pour leur sécurité et conclure de « super accords » avec la Chine, le Japon, La Russie. Entre deux rhétoriques anti-musulmanes, il maintient son projet de la construction d’un mur entre les Etats-Unis et le Mexique pour limite le flux des migrants sud-américains, sa grande obsession. Trump critique Georges Bush pour son intervention en Irak mais, tout en prônant un certain isolationnisme pour les Etats-Unis, il n’écarte jamais la possibilité d’actions guerrières à mener par son pays. Seuls éléments un peu rassurants, Trump souhaite acclamer les tensions avec la Russie et souhaite dans le vieux conflit israélo-palestinien, y adopter une position de relative neutralité pour tenter « d'arracher enfin un accord, si c'est encore possible ». Une 1ère aux USA.

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25 mai 2016 3 25 /05 /mai /2016 12:35
Syrie : la Russie à la manoeuvre

(Article paru sur le site TSA, le 9 mai 2016)

La Russie impose une prolongation du cessez-le feu à Alep, face à une opposition syrienne divisée. Réunion aujourd’hui à Paris

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, a présidé ce lundi au Quai d'Orsay une réunion ministérielle sur la Syrie en format dit "de Paris",

Cette réunion ministérielle, qui vise à mobiliser la communauté internationale en vue d'une solution à la crise syrienne, a eu en présence de ses homologues d'Allemagne, d'Arabie saoudite, des Emirats arabes unis, des Etats-Unis, d'Italie, du Qatar, de Turquie, de Mme Federica Mogherini, Haute représentante de l'Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, ainsi que de représentants de la Jordanie et du Royaume-Uni. Riyad Hijab, représentant de l'opposition syrienne, a été associé aux travaux. Que faire face à l’activisme russe en Syrie ? devait sans nul doute, être le principal point à l’ordre du jour.

Vladimir Poutine à la manœuvre

La Russie qui n’était pas conviée à Paris, avait annoncé tôt samedi, que la trêve entre forces gouvernementales et groupes rebelles à Alep, dans le nord de la Syrie, avait été prolongée de trois jours. La nouvelle intervient après des combats qui avaient fait près de 300 morts depuis le 22 avril à Alep, deuxième ville de Syrie, où des quartiers sont tenus par des groupes rebelles et d'autres par les forces gouvernementales. Depuis son déclenchement en mars 2011, la guerre en Syrie a fait plus de 270.000 morts et a poussé à la fuite des millions de personnes, provoquant un désastre humanitaire qui a atteint l'Europe occidentale. « La cessation des hostilités a réduit la violence à Alep, et les Etats-Unis sont engagés à maintenir cette trêve aussi longtemps que possible », a commenté de son côté, John Kirby, le porte-parole du département d'Etat américain.

L’initiative russe d’une prolongation d’une trêve dans les combats pour le contrôle d’Alep, montre en tous cas que Vladimir Poutine est à la manœuvre sur tous les fronts militaire, diplomatique, politique avec le renforcement du régime allié d’Assad et même pour sa politique de communication comme en atteste l’important voyage de presse organisé par Moscou en Syrie ou l’organisation en grande pompe jeudi dernier, d’un grand concert symphonique dans les ruines antiques de Palmyre, précédé de la retransmission d’une allocution du président russe au peuple syrien.

L’opposition à Bachar divisée

La trêve est officiellement en vigueur en Syrie depuis le 27 février dernier à la suite d’une entente intervenue entre la Russie et les Etats-Unis. Toutefois, cette trêve ne concerne pas les organisations reconnues comme terroristes par le Conseil de sécurité de l'Onu. Les frappes contre le groupe djihadiste Etat islamique (EI ou Daech), le Front al-Nosra (Al Qaida) et d'autres groupes terroristes se poursuivent.

Malgré les bombardements, le Front al-Nosra se propose de proclamer la création d’un émirat au nord de la Syrie. De surcroit, Al-Qaïda a transféré en Syrie plusieurs djihadistes influents faisant partie de son autorité centrale. Leur tâche est d’apaiser les craintes des islamistes syriens hostiles à l'idée d'un Emirat indépendant. Daesh de son côté, a du effectuer des replis perdant une partie des territoires qu’il contrôle en Syrie et subi des pertes, l’armée turque ayant éliminé samedi 55 de ses membres dans le nord du pays.

Selon Moscou néanmoins, le processus de réconciliation prend de l’ampleur en Syrie : plus d'une quinzaine de groupes d'opposition armée, qui comptent près de 7.000 personnes dans leurs rangs, ont rejoint le régime de cessez-le-feu en Syrie au cours des deux derniers mois, a annoncé le porte-parole du ministère russe de la Défense Igor Konachenkov. Toujours selon lui, la réconciliation entre parties en conflit permet non seulement de stabiliser la situation dans le pays mais également de stimuler les négociations de paix intersyriennes à Genève.

A l’inverse, dans l’opposition syrienne reconnue par l’ONU, L'opposition syrienne armée, notamment ses groupes faisant partie de l'Armée syrienne libre (ASL), refuse l’idée de trêves régionales, et a annoncé dimanche avoir créé un bloc militaire unifié qui réagira désormais à toute attaque dans n'importe quelle région de la Syrie (…) Et nous nous réservons le droit d'y riposter", peut-on lire dans une déclaration signée par 37 groupes au sein de l'ASL.

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25 mai 2016 3 25 /05 /mai /2016 12:25
Sadiq Khan, 1er maire « musulman » d’une capitale occidentale

(Article paru sur le site TSA, le 9 mai 2016)

La presse internationale a salué la victoire de Sadiq khan, candidat travailliste qui a remporté l’élection municipale de Londres, battant son rival conservateur Zac Goldsmith et devenant le premier maire musulman, d’une grande capitale occidentale.

C’est évidemment cette appartenance religieuse de Sadiq Khan, issu d’une famille aux revenus modestes, immigrée du Pakistan dans les années 1960, qui a été mis en exergue par la presse internationale, aussi bien par le Financial Times, le Wall Street Journal, le Guardian, (« 1er maire musulman d’une grande capitale européenne ») ou le quotidien français Le Monde qui en a fait sa une.L’élection du maire d’une grande capitale ne ressemble en effet à aucune élection : « le maire est un symbole et personnalise la ville » note Sonia-Delasalle dans libération, l’élection d’Anne Hidalgo avait été également saluée par la presse internationale comme celle de la 1ère femme maire de Paris.

Un musulman élu : l’élection de Sadiq Khan à la tête de la ville-monde Londres, forte de 8,7 millions d’habitants est présentée par beaucoup de progressistes comme une victoire de la tolérance contre les tentations d’exclusion, de xénophobie et de racisme en forte remontée depuis les attentats de Paris et de Bruxelles.

Polémiques françaises

A l’inverse, ce scrutin est présenté par certains en France comme une défaite et un avertissement par les responsables du Front national : « Londres a désormais un maire musulman. Un tournant historique qui symbolique le grand remplacement » écrit ainsi Robert Ménard le maire de Béziers. Le grand remplacement ? C’est bien sûr, le remplacement des chrétiens de France par l’arrivée massive de réfugiés et migrants musulmans. Dans un autre registre, le philosophe alain Finkielkraut n’est guère emballé par l’élection de Sadiq Khan, il y voit, pour la regretter « l’image de la victoire du musulman pauvre sur le juif riche ».Zac Goldsmith est en effet un juif milliardaire issu de la gentry anglaise. Ce dernier avait d’ailleurs tenté sans relâche d'instrumentaliser la confession de son adversaire pour compenser son propre retard au cours d'une campagne très âpre.

Plus généralement en France, dans ce pays qui revendique fort sa laïcité, et l’absence de référence religieuse dans son constitution et le fonctionnement de son état, le refus de référer à l’origine religieuse d’une simple personne et a fortiori d’un responsable politique fait partie des tabous implicites français. Si Dominique Strauss-Kahn avait remporté les dernières élections présidentielles, aucun quotidien n’aurait titré « Arrivée du juif Strauss-Kahn à l’Elysée » et les médias ne font que peu référence aux origines juives de Manuel Valls, pas plus qu’à la confession catholique de Pompidou ou Mitterrand ou protestante de Rocard : cela fait partie, en France, de le vie privée et la règle doit s’appliquer aux femmes et hommes politiques de confession musulmane.

Londres : la victoire d’un travailliste

Au-delà de ces polémiques franco-françaises, il faut rappeler que les Londoniens n’ont pas voté d’abord Khan parce qu’il était musulman mais parce qu’il était travailliste et sa religion n’y a pas été un obstacle. La situation sociale londonienne est en effet rude : Londres s'enrichit au sommet, s'appauvrit en bas et se vide au milieu. Dans une ville qui croît de 100.000 personnes par an, où les prix immobiliers se sont envolés de 500% en vingt ans, les classes moyennes peinent à survivre et préfèrent souvent fuir et seuls les super-riches trouvent leur compte. Les classes populaires et les migrants qui cherchent une vie meilleure se débattent avec des graves problèmes de logement, de transports et la carence des aides sociales. Le candidat Khan a pris de nombreux engagements dans ce domaine, ce qui explique en partie sa victoire. Le nouveau maire a ainsi promis de geler pendant quatre ans les tarifs des transports en commun, qui figurent parmi les plus élevés du monde, et de favoriser la construction de logements à prix abordables.

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4 mai 2016 3 04 /05 /mai /2016 14:27
USA : près les primaires de l’Indiana, Trump en bonne piste

(Article paru sur le site TSA, le 4 mai 2016)

Qui va succéder à Obama ? Hillary Clinton est en tête dans la course à la nomination chez les démocrates, bien qu'elle soit talonnée par son adversaire socialiste, le sénateur Bernie Sanders. Le grandiloquent milliardaire Donald Trump mène la course dans le camp républicain. Il a éliminé hier son principal rival, Ted Cruz, le sénateur du Texas, lors des primaires de l’Indiana. Avec 1053 voix de délégués, dont les 51 raflées en Indiana (sur un total de 57), notamment grâce au soutien inattendu du vote évangélique, il ne manque plus au milliardaire que 184 pour décrocher l'investiture automatique républicaine en vue de l'élection présidentielle du 8 novembre. C’est quasi chose faite. La direction du Parti républicain qui, inquiet du programme de la star montante, avait joué la carte du « tout sauf Trump », est obligé de se rallier.

Clinton ou Trump ?

Hillary Clinton est l’adversaire probable de Trump aux présidentielles mais elle est de loin de faire l’unanimité dans son propre camp. Bernie Sanders son rival très à gauche, a ainsi remporté les primaires de l’Indiana. La victoire potentielle de Trump et les difficultés de Clinton montrent bien la crise aux Usa, comme en Europe, des partis traditionnels.

Barak Obama, s’il a déçu par rapport à ses promesses de changement, lors de sa 1ère campagne présidentielle, a mené ses deux mandats avec beaucoup de prudence, sans crises majeures. Si le chômage a réussi à être contenu, le pouvoir d’achat des Américains ne s’est pas redressé et des difficultés économiques persistantes affectent les couches populaires mais également la classe moyenne. Hillary Clinton propose un programme guère différent de son prédécesseur et a actuellement des difficultés à séduire l’électorat jeune, afro-américain. Elle est sous la pression de Bernie Sanders, obligée de gauchir son discours programmatique, sans vraiment convaincre.

Barak Obama critique beaucoup Trump mais ne ménage pas des critiques feutrées contre Hillary Clinton. Mais il est en fin de course. Ainsi, son dernier grand projet, le traité transatlantique (TAFTA) avec la création d’une grande zone de libre échange entre les Etats-Unis et l’union européenne, s’est heurté récemment à des refus européens et notamment celui de la France. Pire, les deux principaux candidats à la succession, Hillary Clinton et Donald Trump, se sont prononcés contre le TAFTA.

Trump, une « menace pour l’économie mondiale », selon The Economist

Les deux vieux grands partis qui se partagent avec régularité le pouvoir depuis des décennies, semblent quelque peu usés. Les électeurs ont envie de changement et seraient prêts à donner sa chance à un candidat iconoclaste, surprenant et très à droite, même si le programme de Trump inquiète autant les milieux financiers que le reste de la planète. Ainsi, le magazine The Economist le classe au 6ème rang des menaces pesant sur l’économie mondiale, à égalité avec Daesh ! Et les grandes capitales internationales s’interrogent sur la future politique extérieure de Trump. Sous sa bannière « America First », l’Amérique d’abord, Trump veut venir très vite à bout de l’Etat islamique, ne jamais accepter un Iran nucléaire, forcer les Européens et ses autres lalliés, notamment les monarchies du golfe à payer pour leur sécurité et conclure de « super accords » avec la Chine, le Japon, La Russie. Entre deux rhétoriques anti-musulmanes, il maintient son projet de la construction d’un mur entre les Etats-Unis et le Mexique pour limite le flux des migrants sud-américains, sa grande obsession. Trump critique Georges Bush pour son intervention en Irak mais, tout en prônant un certain isolationnisme pour les Etats-Unis, il n’écarte jamais la possibilité d’actions guerrières à mener par son pays. Seuls éléments un peu rassurants, Trump souhaite acclamer les tensions avec la Russie et souhaite dans le vieux conflit israélo-palestinien, y adopter une position de relative neutralité pour tenter « d'arracher enfin un accord, si c'est encore possible ». Une 1ère aux USA.

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4 mai 2016 3 04 /05 /mai /2016 14:21
Une planète inquiète et inquiétante

(Chroniquer de Paris, parue le 4 mai 2016)

Etat de l’opinion européenne sur l’Islam, craintes sur le futur traité transatlantique, une victoire de Trump un peu angoissante…

L'islam est la deuxième religion en France après le christianisme. Une étude du pew Resaarch Center donne le chiffre de 4,7 millions de musulmans en 2010 en incluant les mineurs. Selon la Conférence allemande de l'Islam et une étude réalisée pour elle par l'Office fédéral des migrations, on estimait à plus de 4,1 millions de personnes le nombre des musulmans en Allemagne en 2009, soit 5% de la population (81 100 000 d'habitants). Le nombre de pratiquants réguliers y est cependant plus faible.

Comme cette religion est-elle ressentie par les communautés nationales ? Après les attentats de Paris et de Cologne fin 2015, le questionnaire d’un sondage pluriannuel du Figaro-Ifop a été réalisé en avril et montre une certaine détérioration : en 2010, 55 % des Français estimaient que « l'influence et la visibilité de l'islam » étaient «trop importantes» dans ce pays. Ils sont aujourd'hui 63 %, soit une hausse de huit points. Mais en analysant de près la cause de cette poussée, il apparaît qu'elle ne vient pas, selon ces chiffres, de la droite, extrême ou classique qui n'a pas changé de vision mais de la gauche… En 2010, 39 % des électeurs du Parti socialiste pensaient que la place de l'islam était «trop importante». Ils sont 52 % désormais, selon l'Ifop !

Le sondage a également été réalisé en Allemagne. Les résultats dans ce pays non-laïque sont assez proches des résultats français : 47% des français et 43% des Allemands jugent l’Islam comme étant plutôt une menace pour l’identité du pays. 52% des Français et 49% des Allemands sont opposés à la construction de mosquées. 63% sont opposés au port du voile dans la rue en France, et 48% en Allemagne. Chiffres encore plus inquiétants : 83% des Français et 87% des Allemands jugent l’influence et la visibilité de l’Islam trop importante. A la question « Diriez-vous qu’aujourd’hui les musulmans et personnes d’origine musulmane sont bien intégrés dans la société ? », 68% des Français interrogés et 71% des Allemands répondent négativement.

Autre enquête de la Commission consultative des droits de l’Homme, les actes anti-musulmans ont triplé en 2015, année des sanglants attentats djihadistes. Dans le détail, les faits antimusulmans ont plus que triplé (+223%) : de 133 en 2014, ils sont passés à 429 en 2015, avec « deux pics » les jours qui ont suivi les attentats de janvier et du 13 novembre. Les chiffres du ministère de l’Intérieur sur les faits délictueux (actions et menaces) à caractère raciste, antisémite et antimusulman sont globalement en « hausse conséquente » de 22,4%, de 1.662 en 2014 à 2.034 en 2015. « Un sommet jamais atteint depuis que ces statistiques sont relevées », note la CNCDH , « la courbe de tendance de la délinquance apparente à caractère raciste ne cesse ainsi son inquiétante ascension », s’alarme la commission.

Fait rassurant néanmoins, l’enquête 2016 montre contre toute attente, que « l’indice de tolérance » des locaux vis-à-vis des populations étrangères, « marque en 2015 une nette progression » (+5 points), après quatre années de baisse. Les attentats de janvier et du 13 novembre ont, de façon surprenante, eu un impact positif sur la tolérance des Français, note Christine Lazerges. "Il y a vraiment un avant et un après. Il y a eu un choc émotif, (...) une sorte d’intériorisation que nous étions tous responsables de la montée du radicalisme", explique-t-elle. Bonne nouvelle.

Grande méfiance sur le TAFTA

Constante de l’opinion française, une certaine méfiance vis-à-vis des Etats-Unis. C’est pourtant l’un des rares pays avec lequel la France n’a jamais connu de conflit armé. Pourtant, les enquêtes d’opinion montrent avec continuité que seulement 30% des Français ont pour ce pays plutôt de la sympathie, entre 15 et 20% plutôt de l’antipathie, tandis que 54% (contre 51% en 2005) n’éprouvent ni l’une, ni l’autre. C’est en matière de modes de vie que les Français se sentent différents des Américains, manifestant notamment une réprobation devant les habitudes culinaires de ces derniers. Mais les hexagonaux désapprouvent en général la politique extérieure de leur allié. Les guerres américaines au Vietnam et en Irak furent vivement critiquées, la détestable aventure américano-anglo-française en Lybie est regrettée par l’opinion hexagonale. Mais c’est évidemment dans le domaine des relations économiques et commerciales que les Français sont le plus méfiants. Et le traité Tafta a fait resurgir toutes les méfiances. Le Tafta ou TTIP, c’est le projet de Barak Obama de bâtir un traité de libre-échange transatlantique entre l’Amérique du Nord et l’Europe. Les négociations de ce traité d’importance, le Transatlantic Trade and Investment Partnership, a débuté en juillet 2013. L’accord TTIP vise à supprimer les barrières commerciales et réglementaires de part et d'autre de l'Atlantique pour créer une vaste zone de libre-échange censée doper l'activité économique. Accord négocié dans la plus grande confidentialité, puisque le texte n’est pas discuté directement avec les états européens qui ont délégué leur pouvoir à la Commission européenne. Celle-ci a imposé un total black-out : mêmes les parlementaires européens n’ont pas accès au détail des négociations ! Un député européen ne peut consulter les documents que par une demande spéciale, enfermé dans une salle, sans portable, muni seulement de quelques feuilles de brouillon, sous la surveillance d’un fonctionnaire et en s’engageant à n’en rien divulguer à la sortie : pas très démocratique. Les citoyens sont encore moins informés, du coup en 2014, 55% des Français déclaraient jusqu’à ignorer ce qu’était le traité Tafta !

Quel est ce grand projet de Barak Obama qui achève son deuxième et dernier mandat ? Devant la montée en puissance des économies nouvelles en Asie, en Amérique latine, en Afrique, le dirigeant américain propose la constitue un puissant marche commun transatlantique que les Etats-Unis dirigeraient, bien sûr. Il a déjà proposé de même la constitution d’un partenariat transpacifique avec ses partenaires asiatiques, le TPP, en voie de signature.

Craintes européennes

Problème : « l’Europe a déjà de telles difficultés à harmoniser la réglementation entre ses pays membres qu'on voit mal comment les États-Unis et les vingt-huit pays européens pourraient trouver un terrain d'entente », note Olivier Pirot. D’autant que les Américains ne sont pas enclins aux compromis. Le marché serait commun mais les États-Unis ne se montrent pas pressés d’ouvrir à la concurrence étrangère leurs services, leurs marchés publics (ouverts en Europe, fermés à 70 % aux États-Unis). De plus, les mécanismes d’arbitrage proposés par les Etats-Unis font bonne part aux multinationales et au Big Business. Mais sur les 10 multinationales les plus puissantes au monde, 8 sont américaines et 0 européenne et il y a tout un tas de secteurs où elles dominent les entreprises européennes. Les ONG et les syndicats aux USA comme en Europe, craignent quant à eux que cet accord commercial conduise à une déréglementation généralisée au profit des grandes entreprises.

De même, les standards de protection des consommateurs sont plus élevés en Europe qu’outre-Atlantique, et beaucoup craignent que la convergence des normes notamment matière de sécurité des voitures, d’étiquetage des cosmétiques, de qualité des produits alimentaires…) se fasse nécessairement au détriment des Européens. Jes consommateurs en notamment en France s’inquiètent de l’arrivée massive prochaine, sur leurs marchés, de tonnes de bœufs eux hormones et de poulets nettoyés au chlore. Plus grave pour l’éthique française, les Américains remettent en cause piratent les « appellations contrôlées » et baptise du nom de champagne, leurs productions vinicoles californiennes. C’est plus qu’un crime !

Au-delà de ces protestations gastronomiques, le projet proposé par les Américains apparait surtout construit surtout à leur avantage. Et les économistes divergent sur les conséquences positives qu’aurait le Tafta sur la croissance européenne. Pour beaucoup d’entre eux, le gain serait très minime.

Devant la montée des protestations en Europe, Barak Obama s’est rendu en Allemagne pour défendre son projet, avant le 13 ème round de négociation du traité qui a démarré le 26 avril. Il y a rencontré Angela Merkel, fervente fan de ce projet qui arrange plutôt son économie nationale, mais on avait oublié de convoquer les représentants des autres états européens et même ceux de la Commission européenne. Agacé, François Hollande a répliqué que le TIPP proposé n’est en l’état pas acceptable, son secrétaire d’état au commerce extérieur, Matthias Fekl, affirmant mardi que l'arrêt des négociations sur le traité de libre-échange transatlantique était aujourd'hui « l'option la plus probable », en raison de « l'état d'esprit des Etats-Unis : l'Europe propose beaucoup et elle reçoit très peu en échange. Ce n'est pas acceptable ».

Après Obama, Trump ou Clinton ?

Obama réussira-t-il à lever les appréhensions européennes ? Il ne dispose en tout cas, de plus beaucoup de temps, son mandat s’achevant le 8 novembre 2016, après « l’Election day ». Pire, les deux principaux candidats à la succession, Hillary Clinton et Donald Trump, se sont prononcés contre le TAFTA. Barak Obama fait le forcing pour que Tafta soit ratifié avant son départ mais sur ce traité à risques, les responsables européens sont inquiets des suites de l’élection américaine. Qui va succéder à Obama ? Hillary Clinton est en tête dans la course à la nomination chez les démocrates, bien qu'elle soit talonnée par son adversaire socialiste, le sénateur Bernie Sanders. Le grandiloquent milliardaire Donald Trump mène la course dans le camp républicain. Il a éliminé hier son principal rival, Ted Cruz, le sénateur du Texas, lors des primaires de l’Indiana. Avec 1053 voix de délégués, dont les 51 raflées en Indiana (sur un total de 57), notamment grâce au soutien inattendu du vote évangélique, il ne manque plus au milliardaire que 184 pour décrocher l'investiture automatique républicaine en vue de l'élection présidentielle du 8 novembre. C’est quasi chose faite. La direction du Parti républicain qui, inquiet du programme de la star montante, avait joué la carte du « tout sauf Trump », est obligé de se rallier. Hillary Clinton est l’adversaire probable de Trump aux présidentielles mais elle est de loin de faire l’unanimité dans son propre camp. Bernie Sanders son rival très à gauche, a ainsi remporté les primaires de l’Indiana. La victoire potentielle de Trump et les difficultés de Clinton montrent bien la crise aux Usa, comme en Europe, des partis traditionnels. Les électeurs américains ont envie de changement et seraient prêts à donner sa chance à un candidat iconoclaste même si le programme de Trump inquiète autant les milieux financiers que le reste de la planète. Ainsi, Le magazine The Economist le classe au 6ème rang des menaces pesant sur l’économie mondiale, à égalité avec Daesh. Et les grandes capitales s’interrogent sur la future politique extérieure de Trump. Sous sa bannière « America First », l’Amérique d’abord, Trump veut venir très vite à bout de l’Etat islamique, ne jamais accepter un Iran nucléaire, forcer les Européens à payer pour leur sécurité et conclure de « super accords » avec la Chine, le Japon, La Russie. Entre deux rhétoriques anti-musulmanes, il maintient son projet de la construction d’un mur entre les Etats-Unis et le Mexique pour limite le flux des migrants sud-américains, sa grande obsession. Trump critique Georges Bush pour son intervention en Irak mais, tout en prônant un certain isolationnisme pour les Etats-Unis, il n’écarte jamais la possibilité d’actions guerrières à mener par son pays. Seuls éléments un peu rassurants, Trump souhaite acclamer les tensions avec la Russie et souhaite dans le vieux conflit israélo-palestinien, y adopter une position de relative neutralité pour tenter « d'arracher enfin un accord, si c'est encore possible ». Une 1ère aux USA.

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4 mai 2016 3 04 /05 /mai /2016 14:17
Alep attaquée avec l’aide des Russes, est une cible stratégique pour Bachar el-Assad

(Article paru sur le site TSA, le 3 mai 2016)

Pour tenter d’imposer un nouveau cessez-le feu en Syrie, le secrétaire d’Etat américain John Kerry était hier à Genève (où se déroule d’improbables négociations sur le conflit syrien) pour rencontrer le médiateur de l’ONU, Staffan de Mistura. Celui-ci doit se rendre, lui, à Moscou pour rencontrer le ministre russe des affaires étrangères. Depuis le 22 avril, la guerre a reprise de plus belle pour le contrôle de la deuxième ville du pays, Alep.

Alep, seconde ville de Syrie

Le précédent cessez le feu avait été décrété début mars avec l’aval des puissances étrangères intervenant dans le conflit syrien, dont la Russie. Depuis une dizaine de jours, et après la reprise de Palmyre, les forces de Bachar el-Assad avec l’appui de troupes iraniennes, de l’appui du Hesbollah libanais, de l’intervention aérienne russe et même l’apport de troupes spéciales russes ayant déjà servi dans le Caucase et en Tchétchénie, ont pris pour cible la grande ville du nord de la Syrie. Alep était sous le contrôle pour partie de l’Armée syrienne libre (opposition reconnue par les occidentaux) et dans les quartiers nord par les brigades d’El Nosra qui avec les troupes de Daesh étaient exclues du cessez-le feu. Alep est devenu la base arrière des réfugiés et constitue une enclave stratégique pour la Turquie voisine, ce pays ne cachant ps son opposition au régime de Bachar el-Assad, et ayant eu dans les derniers mois une attitude pour le moins équivoque vis-à-vis d’Al Nosra et de Daesh, au nom de combat que mène Recep Erdogan contre son ennemi principal, les forces kurdes.
Moscou était particulièrement remonté contre la Turquie et les monarchies du Golfe qui, malgré le cessez-le-feu, ont ces dernières semaines pour livre un armement important aux forces anti-Bachar et favoriser l’entrée de combattants étrangers en Syrie. Des groupes de rebelles soutenus directement par l’Arabie Saoudite et la Turquie se déployaient dans le Nord de la Syrie. Quant à Al-Nosra, matériellement épaulé par le Qatar, l’Arabie Saoudite et la Turquie, il tente de conforter ses positions notamment autour d’Idleb, ville du nord-ouest de la Syrie également menacée par les troupes de Bachar.

Difficiles négociations de Genève

La ville symbole d’Alep concentre plusieurs enjeux, note Didier Billon de l’Ifri, « il y a la présence d’Al-Nosra, filiale d’Al-Qaïda en Syrie, considérée à juste titre comme terroriste..Ensuite, dans la ville d’Alep, il y a des combats qui opposent actuellement les Kurdes, organisés par le Parti de l’union démocratique (PYD) et d’autres factions de rebelles et/ou de djihadistes. Alep est une ville qui rassemble l’ensemble des paramètres compliqués de la situation syrienne ».

Face à l’offensive qui risque de voir basculer Alep dans les territoires repris par le régime de Bachar el-Assad, Washington tente de durcir le ton. Le but est de pousser Moscou à persuader Assad de mettre un terme à son offensive sur Alep. Faute de quoi, l'opposition boycottera la prochaine session des pourparlers de Genève, prévue mi-mai. «Ce ne serait pas une grande perte», a déjà averti Sergueï Lavrov, le chef de la diplomatie russe qui pointe les retraits successifs des négociations des représentants de l’opposition syrienne. Les pourparlers de Genève des mois de mars et d’Avril , n’ont rien donné.

Poutine maître du jeu

Parallèlement à la contre-offensive militaire du régime à Palmyre et aujourd’hui sur Alep, Bachar el-Assad a organisé à la mi-avril des élections législatives dans les régions qu’il contrôle. Elles ont eu lieu sur la zone la plus peuplée de la « Syrie utile » - soit peu près un tiers du territoire syrien. Les résultats ont été sans surprise et la caractère peu démocratique du scrutin largement dénoncé par l’ensemble de l’opposition. Mais la bonne participation aux élections contribue à renforcer l’assise du régime de Bachar el-Assad. Dans les négociations de Genève, la condition mise par l’opposition au retrait préalable de Bachar a donc perdu du poids. Celui-deviendrait incontournable dans le négociations sur la transition politique à construire, s’il reprend Alep, grand verrou du nord de la Syrie et poste avancé face à son adversaire turc.

« Mais la bataille d’Alep montre une fois de plus que Vladimir Poutine est devenu le principal maître du jeu en Syrie, note Philippe Gely du Figaro, surtout face à des Etats-Unis qui n’ont pas aujourd’hui de stratégies alternatives l’alliance Bachar-Poutine.

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1 mai 2016 7 01 /05 /mai /2016 19:21
1er Mai en France : la « fête du travail » contre la Loi Travail de Myriam el-Khomri

(article paru sur le site TSA, le1er Mai 2016)

Le 1er Mai, « fête du travail » est le jour traditionnel des défilés syndicaux. Les rassemblements en France, à Paris et en province ont été marqués par les protestations contre la loi « Travail » présenté par la ministre Myriam El-Khomri. A Marseille, Bordeaux, Toulouse ou Nantes, plusieurs dizaines de milliers de personnes ont défilé dimanche en province pour réclamer le retrait de la loi travail en ce 1er mai. A Paris le défilé partait de la Bastille.

Après deux mois de contestation et de manifestations parfois émaillées de violence, ces défilés traditionnels du 1er mai se sont déroulées dans un climat tendu. Les affrontements entre manifestants et force de l’ordre de ces dernières semaines inquiètent en effet les pouvoirs publics. Actuellement en voyage en Nouvelle-Calédonie, le premier ministre Manuel Valls a adressé, ce dimanche aux aurores, une ferme mise en garde aux éventuels «casseurs», appelant les organisateurs des manifestations du jour à prendre «leurs responsabilités». Le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve avait adressé samedi aux préfets un télégramme détaillant les mesures à prendre afin d'éviter les débordements ce 1er mai, alors que syndicats et gouvernement se renvoient la balle des responsabilités des violences.

Les nombreuses protestions contre la loi Khomri

Jeudi 28 avril, lors de la dernière manifestation contre la loi travail, des affrontements avaient ainsi éclaté en marge des cortèges, à Paris comme en province, notamment à Nantes, Rennes, ou Lyon. Plusieurs personnes ont été gravement blessées, du côté des manifestants et des forces de l’ordre, qui ont interpellé plus d’une centaine d’individus. À Rennes, un étudiant de 20 ans a été atteint par un projectile et a perdu la vision d’un œil. Le ministère de l’Intérieur faisait état de 214 interpellations et 78 policiers blessés.

Jeunes, salariés, familles avec enfants ont défilé dans les principales villes de France dès la fin de matinée.

C’est dans ce contexte qu’à Paris, la manifestation du 1er Mai s’est ébranlée à 15H00 dans un cortège où, pour la 1ère fois depuis sept ans, les dirigeants, jean-Claude Mailly pour FO et Philippe Martinez pour la CGT ont manifesté ensemble.

Le 1er mai prend, cette année, une tournure spécifique avec l’avènement de « Nuit debout », lancé au soir du 31 mars, jour de la plus grosse mobilisation contre la loi travail (390 000 personnes dans 250 villes, selon les autorités ; 1,2 million selon les organisateurs). Des responsables syndicaux, mais pas les numéros uns, devraient se rendre place République, là où les militants de « Nuit debout » se retrouvent tous les soirs. Ce mouvement spontané regroupe des très nombreux protestataires qui tentent ensemble de bâtir un programme social « alternatif » à ceux des partis traditionnels de droite ou du parti socialiste, actuellement au pouvoir. Le socle de toutes ces initiatives : une « convergence des luttes » à laquelle appelle également la CGT.

La CFDT, la CFTC et Unsa ne participeront pas à ces défilés. Ces organisations syndicales dites réformistes doivent se retrouver dans la matinée, pour des tables rondes, dont l’une porte sur la loi travail. Pour ces organisations syndicales, pas question de « demander le retrait d’un texte porteur de progrès pour les travailleurs », rappelle Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT

La Loi en discussion au parlement, mardi

Le succès des manifestations anti « Loi travail » soulignent néanmoins l’écart grandissant entre les attentes de salariés, relayés par les syndicats et la politique actuelle du gouvernement de françois Hollande. La très légère baisse du chômage enregistré ce mois-ci et la perspective d’une croissance un tout petit mieux soutenue que les prévisions initiales ne sont pas signaux suffisamment rassurants. Et les mesures préconisées dans la nouvelle loi Travail, qui prônent pour l’essentiel un allègement des contraintes légales sur les entreprises, n’auront, si elles en ont, des effets positifs que fin 2017, après la prochaine élection présidentielle.

Il faut pourtant tout de suite « laisser plus d’espace à l’échelle de l’entreprise pour s’adapter », explique Myriam el-Khomri. Ce qui ne convainc pas un grand nombre de parlementaires socialistes qui s’inquiètent du caractère trop libéral des mesures proposées.

Le projet de loi rentre en discussion à l’assemblée nationale le 3 mai et de nombreux amendements seront déposés par des députés de gauche pour limiter la portée de la loi.

La ministre du Travail ne doute pas cependant qu’une majorité se forme pour faire adopter le texte, qui s’appliquera selon elle d’ici six mois : « Je pense qu’il y a de plus en plus de députés, notamment socialistes, qui revendiquent ce projet de loi ».

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1 mai 2016 7 01 /05 /mai /2016 19:13
Sondage : L’image de l’Islam s’est dégradée en France comme en Allemagne

(Article parue sur le site TSA, le 29 avril 2016)

L'islam est considéré comme la deuxième religion en France après le christianisme. Une étude du pew Resaarch Center donne le chiffre de 4,7 millions de musulmans en 2010 en incluant les mineurs. Selon la Conférence allemande de l'Islam et une étude réalisée pour elle par l'Office fédéral des migrations, on estimait à plus de 4,1 millions de personnes le nombre des musulmans en Allemagne en 200915, soit 5% de la population (81 100 000 d'habitants). Le nombre de pratiquants est cependant très faible.

Les préventions anti-islamique gagne l’électorat de gauche

Comme celte religion est-elle ressentie par les communautés nationales ? Après les attentats de paris et de Cologne fin 2015, le questionnaire d’un sondage pluri annuel du Figaro-Ifop a été réalisé en avril et montre une certaine détérioration : En 2010, 55 % des Français estimaient que «l'influence et la visibilité de l'islam» étaient «trop importantes» dans notre pays. Ils sont aujourd'hui 63 %, soit une hausse de huit points. Mais en analysant de près la cause de cette poussée, il apparaît qu'elle ne vient pas, selon ces chiffres, de la droite, extrême ou classique qui n'a pas changé de vision mais de la gauche… En 2010, 39 % des électeurs du Parti socialiste pensaient que la place de l'islam était «trop importante». Ils sont 52 % désormais, selon l'Ifop !

« Même bond spectaculaire de la défiance face à la construction des mosquées », note le Figaro. En 2010, seulement 23 % des électeurs du Parti socialiste s'y déclaraient opposés. Ils sont aujourd'hui 36 %. Soit une hausse de 13 points. Quant au port du voile, si 88 % des Français s'y opposent, droite ou gauche, dans les écoles publiques - et c'est une constante - le voile porté «dans la rue» voit aussi une nouvelle résistance de la part des sympathisants socialistes: ils étaient contre à 46 % en 2010, mais y sont désormais opposés à 55 %. Enfin, dernier indicateur, «l'élection d'un maire d'origine musulmane» choquait 18 % du monde socialiste en 2010, 28 % sont maintenant opposés à cette perspective.

Un sentiment anti-islam en France comme en Allemagne

Jérôme Fourquet, commente ainsi ces évolutions: «La dégradation de l'image de l'islam en France n'a pas été dopée par les attentats même si ces événements l'ont confortée et amplifiée. On observe plutôt un raidissement continu de la société française vis-à-vis de l'islam. Il était déjà installé chez les électeurs du Front national et une partie de la droite, mais une nouvelle étape s'ouvre car il atteint l'électorat socialiste.» Pour cet expert, «une partie de la gauche estime que la République a trop tergiversé avec l'islam et tient à marquer un coup d'arrêt. Le discours très ferme de Manuel Valls est à cet égard, un signe ».

Le sondage a également été réalisé en Allemagne. Les résultats dans ce pays non-laïque sont aesez proches des résultats français : 47% des français et 43% des Allemands jugent l’Islam comme étant plutôt une manace pour l’identité du pays. 52% des Français et 49% des Allemands sont opposés à la construction de mosquées. 63% sont opposés au port du voile dans la rue en France et 48% en Allemagne. Chiffres encore plus inquiétants : 83% des Français et 8% des Allemands jugent l’influence et la visibilité de l’Islam trop importante. A la question « Diriez-vous qu’aujourd’hui les misulmans et personnes d’origine musulmane sont bien intégrés dans la société ? », 68% des Français interrogés et 71% des des allemands répondent négativement.

Le commentaire du Conseil français du culte musulman

Selon Anouar Kbibech, président du Conseil français du culte musulman (CFCM), cité par Le Figaro, « ce sondage conforte le sentiment que l'image de l'islam représente un défi majeur pour les citoyens français de confession musulmane ». Il renvoie cependant le sondage au contexte desattentats : «Au vu de l'actualité tragique que nous avons vécue, le risque d'amalgame était bien réel. Ce sondage le confirme malheureusement (…) Nos concitoyens doivent considérer les Français de confession musulmane comme des citoyens à part entière et non comme des citoyens entièrement à part ! Il fut un temps où les musulmans réclamaient peut-être un droit à « la différence ». Désormais, les musulmans de France ne réclament qu'un droit à « l'indifférence » ! », poursuit-il.

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1 mai 2016 7 01 /05 /mai /2016 19:10
Sahara occidental : le Maroc isolé à l’ONU malgré le soutien français

(Article paru sur le site TSA, le 28 avril 2016)

Un projet de résolution sur le Sahara occidental présenté par les États-Unis au conseil de sécurité, le 27 avril, demande à ce que la Minurso retrouve pleinement sa capacité d’intervention et donne quatre mois au secrétaire général de l'ONU pour négocier avec les Marocains afin de réaliser cet objectif. Et pour plus de clarté, Washington insiste sur le retour immédiat des 84 membres de la délégation civile et politique de la Minurso que le Maroc avait expulsé en mars. La Minurso (Mission de l’ONU au Sahara occidental) a été déployée en 1991 pour surveiller un cessez-le-feu au Sahara Occidental en attendant que soit défini le statut de ce territoire, ex-colonie espagnole annexée par le Maroc en 1975.

Un vieux conflit colonial

La décision du gouvernement marocain d’expulser les fonctionnaires a fait suite à la visite récente du secrétaire général de l’ONU Ban Ki-Moon au Maroc et les sévères propos qu’il avait tenu sur la longue présence des forces marocaines dans la Sahara occidental. Le Maroc reproche à Ban Ki-moon d’avoir employé le terme d' « occupation », lors d’un déplacement à Tindouf, pour décrire le statut du Sahara occidental, ancienne colonie espagnole annexée par Rabat en 1975 et revendiquée par les indépendantistes du Polisario. Le Maroc considère le Sahara Occidental comme partie intégrante du royaume. Ban Ki-Moon a de nouveau plaide pour l’organisation d’un référendum, la principale mission onusienne au Sahara, selon lui, est d’abord d’organiser un référendum au Sahara occidental et non pas uniquement de surveiller l’application du cessez-le-feu de septembre 1991 entre le Maroc et le Polisario.

La demande d’une accession à l’indépendance du peuple sahraoui est ancienne. En 1973, les Sahraouis prenaient les armes contre la dictature franquiste, le Sahara occidental étant colonie espagnole. En novembre 1975, l’Espagne cède sa colonie au roi Hassan II qui envahit militairement le Sahara occidental alors que la Cour internationale de justice confirme le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui. Il fallu 16 ans pour qu’Hassan II se résigne à signer un plan de paix stipulant que « le peuple du Sahara occidental choisira, librement et démocratiquement, entre l'indépendance et l'intégration au Maroc dans un référendum prévu au plus tard en février 1992. 24 ans plus tard, les Sahraouis attendent toujours.

Des expulsions qui isolent le Maroc

Estimant que la Minurso ne pourra pas accomplir sa mission après les expulsions, l’ONU avait immédiatement demandé au Maroc de se conformer à ses obligations internationales et de permettre au personnel civil expulsé de rejoindre ses postes. Ce qui lui valut un refus net : la position ferme du Maroc a été exprimée par le roi Mohammed VI et par le gouvernement, le 23 mars, insistant sur le caractère « irrévocable » des sanctions prises contre la Minurso. Cela a crispé les discussions au sein du Conseil de sécurité et explique en grande partie la résolution pleine de raideur proposée par Washington. Les Etats-Unis ont ainsi présenté un projet de résolution au Conseil de sécurité qui «insiste sur l’urgence pour la Minurso de reprendre immédiatement ses pleines fonctions». Le texte exhorte en outre, les parties en conflit, le Maroc et le Front Polisario, à «reprendre instamment les négociations de bonne foi et sans condition préalable», appelant les deux parties à respecter «l’accord de cessez-le-feu». Le chef du Front Polisario, Mohamed Abdelaziz avait en effet averti l’ONU, le 14 avril 2016, d’un risque de reprise des hostilités avec le Maroc si la mission des Nations Unies menée par la Minurso dans ce territoire ne pouvait pas assumer pleinement son mandat. Le représentant permanent de la Chine à l’Onu et président actuel du Conseil de sécurité (SC), Liu Jieyi a réaffirmé, mercredi dernier, la primauté de la force du droit international sur toute autre voie, approuvant la démarche de Ban Ki-Moon. l'Union africaine a déploré de son côté, « qu'aucun progrès n'ait été accompli » sur l'organisation d'un référendum d'autodétermination.

La France au secours de Rabat

Le Conseil votera demain, le projet de résolution qui donne quatre mois de délais pour un retour de la Minuro. C’est un jour plus tard que prévu pour permettre aux pays membres d’en débattre plus longuement. Soutenu notamment par la France, Le Maroc a opté pour une position de repli en souhaitant un renouvellement pour 12 mois du mandat de la Minurso. Paris avait une nouvelle fois montré son soutien au Maroc en appuyant, au Conseil de sécurité, les sanctions prises par le royaume contre la composante politique de la Minurso en représailles aux propos tenus par le secrétaire général de l’ONU dans les camps de Tindouf et à Alger.
La France, allié traditionnel du pays cherifien, avait fait le choix d'appuyer la position marocaine et le plan d'autonomie proposé par Rabat en 2007, pomme de discorde dans les relations franco-algériennes. Lors de son voyage à Alger, Manuel Valls avait réaffirmé que pour la France, le plan d’autonomie présenté par le Maroc, constituait une base sérieuse et crédible pour une solution négociée. La France a également soutenu hier, l’élection du Maroc à la présidence de l’Observatoire du Sahara et du sahel (OSS).

Aux Etats-Unis même, huit ex-ambassadeurs américains à Rabat ont rappelé à la fin mars qu' « il est impératif que les actions des Etats-Unis faisant face à cette crise (Minurso) soutiennent de manière sans équivoque les relations avec notre plus ancien allié ».

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