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6 décembre 2016 2 06 /12 /décembre /2016 16:53

("Chronique de Paris", publiée dans le Quotidien d'Oran du 10 novembre 2016)

Stupeur du reste de la planète : le 45e président des Etats-Unis s'appellera Donald Trump.

Contrairement aux prévisions des sociétés de sondage, contrairement à l’avis de la quasi-totalité des médias américains, contrairement à l’opinion d’innombrables experts et spécialistes de la politique américaine qui donnaient jusqu’à hier soir Hillary Clinton gagnante, le très controversé candidat républicain a déjoué toutes les pronostics. L’évènement plonge l'Amérique et le monde entier dans une incertitude vertigineuse.  

Donald Trump l'emporte sur sa rivale, la démocrate Hillary Clinton, qui espérait devenir la première femme présidente du pays. Celle-ci a d’ailleurs reconnu sa défaite en téléphonant à son rival pour le féliciter. « Je viens de recevoir un appel d'Hillary Clinton, qui nous a félicité pour notre victoire. Je l'ai félicitée pour sa campagne, elle a bien combattu », s'est réjoui Donald Trump, devant une foule de supporters, réunie dans son QG de campagne new-yorkais. 

Le nouveau président, connu pour ses propos provocants, populistes et xénophobes, a dans sa première déclaration tenu des propos rassurants et mesurés,  appelant à l’unité des Américains. « « Je serai le président de tous les Américains » a-t-il promis.

Reste à connaitre le programme qui sera tenu dans les quatre prochaines années. Lors de cette très longue et violente campagne électorale, Donald Trump a multiplié les propositions des plus radicales, souvent teintées de xénophobie : expulsion de quelque 11 millions d’immigrés clandestins, construction d’un mur hermétique entre les États-Unis et le Mexique, interdiction de l’entrée dans le pays à tous les musulmans, légalisation de la torture dans la lutte contre le terrorisme, proposition de faire assassiner les familles des djihadistes pour les dissuader de commettre des attentats…

Sur le plan de l’environnement, Donald Trump ne croit pas aux risques de la pollution : il propose tout simplement de rompre l’accord de la Cop21 signé à Paris l’an dernier. Pour lui, le gaz de schiste doit continuer à être au maximum exploité et il propose même de réouvrir les mines de charbon.


Inquiétudes des classes populaires

Sur la plan de la politique économique, son programme reste largement imprécis, si ce n’est sa promesse de réduire de moitié l’ensemble des impôts des classes populaires comme ceux des couches les plus privilégiées ! La baisse de la fiscalité bénéficierait également aux entreprises. Donald Trump défend le retour à une politique très protectionniste en taxant fortement toutes les importations et même de sanctionner les entreprises américaines qui délocaliseraient à l’étranger leurs activités. Il souhaite sans trop en préciser le contenu, le lancement de grands projets de construction qui favoriseraient la relance de l’économie. Comment tout cela sera-t-il financé ? Mystère.

Le nouveau président veut également revenir sur l’Obama Care, le très prudente réforme de l’assurance santé tentée par son prédécesseur. Il est également opposé à une université gratuite, alors que des millions d’étudiants rentrent dans la vie activé plombés par un lourd endettement du aux emprunts nécessaires qu’ils ont dû contracter pour payer leurs études.

Donald Trump pourra en tous cas profité du soutien du Congrès américain ou les Républicains sont majoritaires tant au Sénat que la Chambre des Représentants. Il a surtout bénéficier du vote de protestation d’un électorat populaire et de classes moyennes. Barack Obama avait réussi à reconstruire l’économie américaine après la crise de 2008/2010 : le PIB des États-Unis s’est accru de 13% pendant ses deux mandats contre un peu moins de 3% sur la zone Euro dans la même période. Le chômage avait fortement baissé de 10% à moins de 5% aujourd’hui. Mais ces améliorations sont allées de pair avec une forte aggravation des inégalités, à une stagnation voir souvent un recul du revenus des classes populaires et des classes moyennes. Et pour ces catégories, le vote Trump est apparu comme l’expression d’une révolte et la promesse d’un changement, alors que la croissance américaine bénéficiait principalement aux couches les plus fortunées de la société.

Importantes révisions diplomatiques à venir

Au niveau international, la victoire de Trump est vécue dans une certaine stupeur. A l’exception de Vladimir Poutine qui avait quasiment appelé à voter pour lui. Alors que les tensions russo-américaines ne cessent de croître, Donald Trump est vu à Moscou en possible allié. Avec Hillary Clinton, les tensions risquaient au contraire de s’intensifier. Et le même Donald Trump ne dit que du bien de Vladimir Poutine.

La Chine, très grand fournisseur de produits sur le marché américain ne peut que mal réagir à l’idée de Trump de vouloir créer une taxe de 45% sur le prix des importations chinoises. Donald Trump a par ailleurs annoncé son intention de renégocier un a un tous les accords économiques avec les partenaires étrangers, et notamment la Chine, avec laquelle il s’apprêterait à se lancer dans une véritable guerre commerciale. « Ils ont pris nos emplois, ils ont pris notre argent. Ils ont tous pris, a-t-il ainsi lancé en parlant du gouvernement chinois. Ce qu'ils nous ont fait est la plus grande escroquerie de l'Histoire de l'Humanité ».

Donald Trump a également annoncé la remise en cause de l’accord irano-américain, ce qui inquiète beaucoup Téhéran. Le nouveau Président, au grand dam de ces alliés, a également prévu le retour aux États-Unis des troupes américaines réparties dans le monde.

En Europe, l’ensemble des gouvernements était persuadé qu’Hillary Clinton serait la 1ère femme présidente des USA. Les premières réactions font la preuve d’un désarroi devant le succès de ce candidat jugé populiste et volontiers démagogue. En France, seule Marine Le Pen s’est rapidement félicité de l’élection de Trump. Après le choc du Brexit qui a vu le départ du Royaume-Uni de l’Union européenne, les Européens se voient obligé de revoir leurs relations avec les USA. Bruxelles a proposé la tenue rapide d’un sommet Europe/Etats-Unis.

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21 novembre 2016 1 21 /11 /novembre /2016 17:40

Texte d’introduction au 5ème colloque du cycle « Philosophie et Travail », sur la thématiques : « Echéances électorales : comment représenter le Travail ? »

Bonjour,

Pour introduire ce débat entre sphère politique et monde du travail, je vous propose de commencer par quelques rappels étymologiques. On a souvent présenté l’origine du mot Travail dans le Tripalium, un instrument de torture à trois branches utilisé par les Romains. Etymologie séduisante car elle évoque les douleurs du travail équivalente au travail de la femme qui accouche. Mais cette étymologie est depuis longtemps contestée. Pour certains universitaires, l’origine  du mot travail serait le latin Trabs, qui signifie « poutre » et a qui généré « entraver ». L’idée est que la notion de souffrance que l’on décèle dans beaucoup d’emplois du mot « travail » dès le XIIème siècle, exprimerait ce que ressent un animal que l’on entrave, par exemple pour soigner une blessure, le ferrer ou l’abattre. Au XIIème siècle, le lot travail signifiait souffrance, tourment. On reste donc dans la douleur.

Puisque que nous sommes dans série de colloques « Philosophie et Travail », intitulé « Philoboulot », parlons un peu du boulot. Le terme apparait à la fin du XIXème siècle sous l’orthographe « bouleau », l’arbre qui est un bois difficile à travailler et qui donne beaucoup de travail aux menuisiers, d’où l’idée d’un travail pénible. C’est l’une des possibles origines.

Mais il existe une version plus tranquille. Boulot viendrait du mot boulle, qui aurait donné boulotter, c'est-à-dire mener une vie tranquille, sans surprise, concurrencer par une autre acceptation de boulotter qui signifie manger. La même racine Bu en indo-européen qui signifie boulle et bouillir, a également donné Bosse mais aussi bosser, autre terme désignant le fait de travailler, qui  consacre un autre lien sémantique entre les notions de « rond » et de « travail ».

La même racine  indo-européenne Bu a également donné le billet, paiement du travail et le bulletin (de vote) qui est le privilège des citoyens dans les démocraties.
La politique vient plus sûrement du grec Polis, la cité-Etat, c'est-à-dire une communauté de citoyens libres et autonomes. Comme le formulait Aristote (dans son traité dont le titre est  « Politique » , la cité est une communauté , une koinônia, « d’animaux politique » selon le terme d’Aristote, réunis par un choix, proairésis, de vie commune.

En Grèce antique, pour être citoyen, il faut être un mâle de plus de dix-huit ans, libre, qui a fait son service militaire et dont le géniteur était citoyen lui-même. En effet, les Grecs estimaient que les femmes étaient irrationnelles, donc incapables de prendre des décisions politiques ; les esclaves, qui travaillaient eux beaucoup, étaient considérés comme complètement dépourvus de la faculté de délibérer quand ils ne sont pas simplement considérés comme des animaux ; quand aux non-Grecs, les barbares, ils étaient souvent considérés avec mépris comme inférieurs. Du reste, les prisonniers de guerre étaient une bonne source d’esclaves.

Les citoyens reconnus comme tels, avaient surtout le droit de donner leur opinion sur la gestion de la cité. Les Grecs l'avaient bien compris, qui mettaient l'isegoria (l'égalité du droit à la parole dans l'espace public) au centre de leur pratique démocratique.

Le mot « politique » a commencé à être employé dans son sens actuel au 13e siècle après J.C : il signifie alors" science du gouvernement de l'état". Dans les textes français, en 1361, la définition du politique s'élargit aux affaires publiques, et en 1552 la politique regroupe les affaires de l'état.
Apparaît ensuite le terme d' "homme politique".
Dans les années 1630, l'adjectif politique connaît une évolution de sens important et peut signifier "prudent et adroit".

Plus généralement, la notion de polis peut ainsi recouvrir trois réalités superposables et peut apparaître comme :

  • une donnée sociale, comprise comme une communauté d'ayants droit, libres et autonomes, fortement structurée : le corps des citoyens. La polis est alors comprise comme une entité politique et même comme le cadre de l'émergence du politique.
  • une donnée spatiale, un site qui noue de manière insécable une ville à son territoire et un écosystème. La polis est alors comprise comme une entité physique.
  • un État souverain, doté de pouvoirs régaliens, qui joue un rôle sur la scène internationale

Aujourd’hui nous ne sommes plus dans une cité mais dans une nation et une partie notable des réglementations trouve leur origine dans la commission européenne censée représenter et piloter 27 pays européens : une très vaste « entité physique » où la parole des citoyens est plus difficilement audible…

En 1988, Jacques Delors prévoyaient que 80% des réglementations nationales seraient directement dictée par l’Union européenne à la fin du XXème siècle, on est plutôt autour de 30 à 35%.

D’origine communautaire ou national, l’essentiel de ce dispositif réglementaire porte sur l’économie et le social, les deux principaux domaines, avec la santé, relatifs au travail.

Et le sentiment général, tout au moins des citoyens français est que dans le domaine du travail, on ne sollicite guère leur avis sur le nombre continue de lois et décrets réglementant celui-ci.

Lors de la réforme Travail présentée en 2016 par Myriam el-Khomri, 67% des Français y étaient opposés. Et plus de la moitié des sondés s’estimaient mal informés sur le contenu du projet de loi.

De même, puisque nous entrons dans une période électorale qui promet d’être particulièrement vive, les principales propositions de l’actuelle opposition rencontrent beaucoup d’opposants, un sondage en mai a signalé que la suppression des 35h rencontré l’opposition de 56% des sondés, le recul de l’âge de la retraite,64% et la suppression de l’impôt sur les grandes fortunes 67% d’opposants.

Toutefois, il faut être prudent sur les sondages. Souvent le sondé varie. L’année précédente en 2015, avant que ne sorte les projets, un autre sondage indiquait que  75% des personnes interrogées se déclarent favorables à « une réforme du code du travail » et 64% à « la création d'un contrat de travail plus flexible ».

Ces variations de l’opinion publique sur le travail reflétent aussi une incompréhension teintée de grandes inquiétudes

Comme le note Guy Vandenbrouck, un auteur suisse,  la pression augmente dans la plupart des activités humaines, accentuant une impression de stress et d'impuissance, les promesses politiques se font à la fois plus fortes et sont simultanément moins tenues, la communication et les médias dérivent de manière générale vers une simplification de l'information et une distanciation d'avec la réalité, l'individu a plus de difficulté à simplement être conscient de son environnement, et a fortiori à pouvoir être utilement critique et constructif. Le constat est certainement à nuancer mais chacun en fait l'expérience à un moment ou à un autre.

Dans ce contexte, l'individu perd ses capacités d'engagement dans la réalité qui est la sienne. Il se dégage de ce contexte un sentiment d'impuissance, une sorte de schizophrénie entre la vraie vie et l'analyse du monde, une fuite vers les opinions générales tranchées, sans conséquences concrètes. Le discours remplace l'action, la boucle de retour de la justesse de l'action n'existe plus, permettant le renforcement des opinions caricaturales, sources de tensions et d'incroyables frustrations. 

Un dernier mot sur la représentation politique parlementaire dans ses relations avec le monde du travail.

Alors que les ouvriers représentent 12, 5% de la population française, il n’y a aucun ouvrier dans les  députés que compte l’Assemblée nationale. 2,6% de députés ont déclaré le statut d’employés. Ouvriers et employés représentent 50,2% de la population française. A titre de contre-exemple, les avocats représentent 10% des métiers de la députation.

Mais c’est le moment de laisser la parole à nos orateurs :

Jean-Jacques Sarfati, philosophe et ex-avocat à la cour d’appel  interviendra en premier interviendra pour redonner un sens au mot Travail, en retirant les voiles qui le recouvrent.

Hervé Nathan, rédacteur en chef pour l’économie et le social à Marianne, nous expliquera pourquoi les politiques ne peuvent rien connaitre au monde du travail.

Paul Allies, professeur à la faculté de droit et de science politique de Montpellier dont il a été le doyen conclura cette matinée  sur le sujet «  Changement social et institutions politiques : le cas de la Vème République »

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3 novembre 2016 4 03 /11 /novembre /2016 02:14

Chronique de Paris non pub 3 novembre 2016

L’affrontement grotesque Trump-Clinton consterne la planète. Lequel des deux zozos va diriger l’hyperpuissance ?

A quelques jours du scrutin présidentiel, le paysage politique américain semble en ruine. Les  deux principaux candidats, Hillary Clinton pour les Démocrates, Donald Trump pour les Républicains continuent de s’affronter violemment tout en essayant en parallèle de minimiser leurs très nombreux excès ou dérapages verbaux ou autres . Le New York Times a ainsi fait le recensement des « 281 personnes, lieux et choses » que Trump a insulté régulièrement sur Twitter. Une manière de conforter son statut du candidat le plus grossier de toutes les élections présidentielles américaines.

Hillary Clinton est elle, contrainte à essayer de se sortir de son « scandale des mails », alors que le directeur du FBI a annoncé , vendredi dernier, à 11 jours des élections, qu’il relançait l’enquête à la lueur « de nouveaux et importants éléments ». Que reproche-t-on à Hillary ? Lorsqu'elle était secrétaire d'État entre 2009 et 2013, Hillary Clinton a utilisé une boîte email privée - par « commodité » - avec laquelle elle a envoyé et reçu pas moins de 62 320 mails.  Bref, les autorités judiciaires et policières s’inquiètent que l’ex-secrétaire d’Etat ait pu faire circuler des informations confidentielles d’état sur une simple messagerie privée, évidemment très facilement piratable. La pratique de la messagerie privée est par ailleurs formellement interdite par la loi fédérale puisque toutes les correspondances officielles doivent être conservées et consultables par l'administration.

Sur demande du département d'Etat, Hillary Clinton avait déjà restitué pour archivage 30 490 mails qu'elle considère comme officiels. Les 31 830 restants sont des archives personnelles selon elle. Elle avait précisé à l'époque que le serveur de sa messagerie avait été vidé après la fourniture d'une copie papier de ces emails officiels.

"Je suis convaincue que je n'ai jamais envoyé ou reçu aucune information qui était classifiée au moment de son envoi ou de sa réception ", avait-elle déclaré Hillary Clinton le 25 juillet. En octobre, on s’acheminait a une clôture de l’enquête.

Le hic, c'est que les enquêteurs ont trouvé quatre nouveaux emails qui contenait des informations classifiées. Mardi, l'inspecteur général du renseignement américain , Charles McCullough, a signifié qu'il s' agissait d'informations "Top secret". Vendredi, James Comey, le directeur du FBI, relançait officiellement l’enquête en l’annonçant dans un courrier officiel envoyé au Congrès américain…

Les septuagénaires au coude-à-coude

Très mauvaise semaine pour Hillary Clinton d’autant que les sondages révèlent que sa marge d’avance sur son rival Trump se réduit dangereusement alors qu’on est dans la dernière ligne droite. Dans la moyenne des nombreux sondages réalisés quotidiennement, elle ne dispose plus que de 2,2% d’avance sur le milliardaire mais elle avait un écart d’intention de voix supérieur de 7 points à la mi-octobre qui était descendu 5,6points à la fin octobre. La chute s’accélère donc et même dans le dernier baromètre ABC News/ Washington Post publié mardi, pour la 1ère fois, Trump dépasse Clinton dans les intentions de vote : 46% contre 45% !

Mais les deux septuagénaires recueillent de très faibles scores de popularité dans l’électorat américain. Apparemment les électeurs ne s’apprêtent pas à voter pour le candidat qu’ils préfèrent et qu’ils soutiennent comme leur champion mais surtout pour empêcher que le candidat ou la candidate qu’ils détestent ne soit élu.

Bref, si l’on rajoute l’inconnu du taux de participation (beaucoup, dégoutés, pourraient être tentés par l’abstention), le résultat de cette course difficile est toujours loin d’être certain. D’autant que se déroulent simultanément les élections au Congrès où les Républicains sont majoritaires dans les deux chambres. Oui, mais voilà, le Parti Républicain est aujourd’hui divisé entre les pro-Trump et une grosse partie de l’appareil et notamment des élus, sénateurs, gouverneurs qui se sont publiquement désolidarisés des excès trumpistes et n’appellent plus à voter pour le candidat de leur parti.

A tout cela, il faut rajouter un petit retour de guerre froide, puisque de nombreux mails ou informations confidentielles (concernant entre autres les conditions d’élimination du rival d’Hillary Clinton, Bernie Sanders) qui circulent révélés par WikiLeaks ou d’autres hackers, pourraient avoir été fournis par … les services secrets russes. « Le but inavouable de Moscou est moins de faire élire Donald Trump que de braquer les projecteurs sur les coulisses peu reluisantes de la superpuissance américaine » commente David Carzon dans Libération.

Quel que soit le gagnant de ce difficile scrutin, le nouveau président ou la nouvelle présidente (qui serait la 1ère dans l’histoire des Etats-Unis)qui prendrait sa fonction début janvier aurait sur son bureau à la Maison-Blanche un grand nombre de dossiers très chauds et à réponse rapide : les conflits du Moyen-Orient, la gestion du terrorisme et de l’après terrorisme dans le contexte d’un refroidissement entre les USA et ses alliés traditionnels dans la région (Arabie saoudite, Qatar…), les difficiles relations avec Vladimir Poutine, notamment pour une gestion apaisée du dossier Ukraine / Crimée, continuer ou non les grands projets de grandes zones de libre-échange de l’Atlantique (TAFTA) et du Pacifique qui ne soulèvent pas aujourd’hui, et c’est le moins qu’on puisse dire, l’enthousiasme des partenaires européens ou asiatiques, la gestion épineuse de la politique économico-sociale interne :  les Etats-Unis ont réussi à rétablir une bon niveau de croissance au 1er semestre 2016 : + 2,9% en rythme annualisé. Mais depuis la crise financière de 2008 / 2009, les résultats économiques plafonnent atour d’une croissance moyenne de + 2,1% bien supérieurs aux résultats européens mais trop insuffisants pour initier une phase de relance et de reconstruction.

La consommation, qui représente le moteur traditionnel de la croissance américaine, reste en effet décevante lors de ce troisième trimestre 2016 très électoral  (+2,1%). Elle est même deux fois inférieure au trimestre précédent (+4,3%).
Si la consommation ne repart pas, c’est tout d’abord parce que les salaires stagnent et que les consommateurs sont inquiets. Il est vrai que le nouveau chef de l’exécutif américain, nécessairement mal élu et peu aimé par une partie notable de sa population devra prendre en compte la désespérance sociale de larges fractions des classes populaires et de l’anxiété croissante des classes moyennes. Bonne chance !

France : le « choc libéral » à chaque élection et toujours sans résultats

Les élections sont un moment étonnant où les discours politiques ont tendance à s’éloigner du réel. La classe politique française n’y échappe pas.

Sur le plan social, la campagne électorale française se déroule sur fond du vif et récent mouvement de contestation tout au long de 2016, d’une « Loi Travail », défendue par Myriam El Khomri, ministre du même domaine. Dévoilé le 17 février 2016, le texte vise à réformer le Code du Travail afin, selon le gouvernement, de « protéger les salariés, favoriser l'embauche, et donner plus de marges de manœuvre à la négociation en entreprise ». Il est initialement soutenu par le patronat, notamment le Medef.

Le projet de loi fait l'objet d'un important mouvement de contestation, avec grèves et manifestations appélées par les syndicats, les organisations étudiantes et « une partie de la gauche qui considèrent que les réformes proposées font « revenir des années en arrière » les droits des salariés (Wikipedia).

Le texte, après avoir été remanié et amoindri par le gouvernement, n’a pas néanmoins su trouver de majorité ni à gauche, ni avec l’aide de la droite pour l’adopter. Il est donc finalement adopté sans vote et sans gloire par l’Assemblée nationale grâce au subterfuge du 49-3, l’article 49 alinéa 3, qui engage la responsabilité du gouvernement sous menace d’une dissolution immédiate des chambres.

Qu’est ce qui a valu à ce texte, la sortie dans la rue des centaines de milliers de manifestants dans toute la France et in fine, une mise en minorité du gouvernement socialiste par sa propre majorité. C’est parce que la Loi Khomri était la énième resucée du discours libéral que tous les gouvernements appliquent avec constante depuis les années 80 sans hélas, aucun résultat palpable. On connait les démonstrations libérales dans leurs grandes lignes : le droit du travail est trop complexe et trop contraignant pour les employeurs, il faut donc le simplifier, et donc supprimer des droits ; il faut privilégier les accords d’entreprise aux accords de branches ou dispositifs légaux. Problème : c’est évidemment au niveau de l’entreprise que les rapports de force salariés / employeurs sont le plus en faveur des seconds.

Beaucoup d’économistes font remarquer que l’ensemble des recettes libérales en cours depuis trois décennies ont certes permis parfois d’accroitre les bénéfices des entreprises mais pas de relancer leurs investissements, que l’existence d’un noyau important de chômeurs permet de contrôler sévèrement la croissance des salaires mais que l’atonie actuelle de la consommation en Europe est largement due à une crise de la demande : en plus clair, il n’y a pas assez de salaire pour acheter…

Mais c’est donc avec la Loi El Khomri que François Hollande s’est tapé sa très forte crise sociale et une chute abyssale de sa popularité dans son propre électorat. Il continue à la présenter dans ses discours récents come « une grande loi de gauche ». Bon ! Regardons maintenant les programmes des candidats qui s’affrontent à droite dans les primaires du parti Les Républicains. Dans leurs propositions, les Sarkozy, Juppé, Lemaire, Fillon et autres trouvent dans une touchante unanimité que la Loi El Khomri ne va évidemment pas assez loin, qu’il faut faire beaucoup plus dans la réduction du droit du travail et chacun se lance dans une surenchère verbale pour se différencier du voisin. Le plus excité dans le genre est certainement François Fillon, adepte comme il le dit lui-même d’un « choc libéral » : suppression de la durée légale du travail, retraite à 65 ans, réduction du Texte du Code du travail (3000 p. actuellement) à 200 pages, suppression de 500000 postes de fonctionnaires, cotisations chômages plafonnées et dégressives mais 40 milliards d’allègements de charges pour les entreprises et bien sûr l’a suppression de l’ISF, l’impôt sur la fortune… Beau comme un rêve dans un paradis fiscal…

Comme il y a de fortes chances que le futur président français soit issu du parti Les Républicains, on peut un peu s’inquiéter du futur climat social français car si les propositions défendues par le gouvernement Hollande ont suscité autant des manifestations et de grèves, que va-t-il se passer si l’on impose aux salariés des mesure beaucoup plus radicales ? D’autant qu’une très grande majorité d’actifs ne sont du tout convaincus de l’efficacité des mesures libérales répétés et amplifiées à l’infini depuis trente ans. Un récent sondage montrait que les solutions libérales n’arrivent plus à convaincre qu’un tiers des Français, actifs et non-actifs.

Députés français : zéro ouvrier

Il est vrai que François Fillon a commencé sa vie active comme assistant parlementaire. Il a été ensuite à 27 ans député, puis rapidement ministre, gérant au fil de sa carrière différentes administrations pour finir 1er Ministre et aujourd’hui candidat à la primaire de la droite

Les députés, élus  de la République sentent-ils ces choses et surtout le décalage croissant entre les discours convenus des grands partis traditionnels et les attentes des électeurs ? Connaissent-ils bien le terrain ? Représentent-ils bien la société réelle française ?

Dans l’actuelle Assemblée nationale française, il n'y a d'élues que 26,5% de femmes (contre 51,5% dans la société). On ne compte que 2,6% de députés, employés de profession, et zéro ouvrier ; ces deux catégories représentent 50,2% de la population active.

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12 octobre 2016 3 12 /10 /octobre /2016 21:25

(Chronique de Paris publiée dans le Quotidien d'Oran du 13 octobre 2016)

Hillary Clinton ou Donald Trump sont-ils de taille à prendre la tête de la principale puissance mondiale ?

La campagne présidentielle américaine va bientôt s’achever. Et le mot est faible, qui rappelle l’expression « on achève bien les chevaux ». Dans le cas, on évoquerait plutôt des mulets. L’élection de 2016 permettra d'élire le 8 novembre le 45e président des Etats-Unis qui entrera en fonction le 20 janvier 2017. Ce sera la 58e élection présidentielle américaine depuis 1788 (certains présidents comme Roosevelt on fait plusieurs mandats). Investis par leurs partis respectifs, Donald Trump pour le Parti Républicain et Hillary Clinton pour le Parti sont les deux principaux prétendants, au moins dans les sondages actuels, à la succession de Barack Obama, au pouvoir depuis 2009 après deux mandats.

Chaque semaine, chaque jour, les médias rapportent les déclarations actuelles ou des propos antérieurs de Donald Trump qui sidèrent à chaque fois par leur caractère étrange, surréaliste, xénophobe ou raciste, sidérantes dans tous les cas pour un candidat qui postule avec une certaine chance de succès, à diriger la principale puissance mondiale. Sa dernière performance a été révélée par la sortie d’une vielle interview de 2005 où Donald Trump évoque en termes ouvertement pornographiques la conception de ses relations, obscènes, aux femmes.

Dans un pays encore marqué par une certaine pudibonderie dans de nombreux secteurs de la population, ses propos sont d’une telle crudité, pouvant heurter l’ensemble de l’électorat féminin, qu’un grand nombre de responsables du Parti républicain ont décidé de ne plus appeler à voter Donald Trump aux prochaines élections. C’est pourtant la convention de ce parti, le « Grand Old Party », qui à l’issue des élections primaires, a désigné Donald Trump comme candidat des Républicains. Trump s’est tout de suite défini comme un candidat anti-système, situé très à droite de l’échiquier politique américain. Ce milliardaire a néanmoins réussi à séduire un électorat populaire, conservateur, de sexe masculin très majoritairement, blanc et sans diplôme universitaire – catégorie représentant quasiment la moitié du collège électoral américain. Dans les primaires de l’autre grande formation, le Parti démocrate, la principale candidate aux primaires, Hillary Clinton a du également affronter la concurrence d’une autre candidat anti-système, lui situé très à gauche, Bernie Sanders. Ce dernier a du néanmoins s’incliner après une campagne difficile et pleine de rebondissements. Trump et Hillary Clinton gagnent la compétition mais ils doivent faire face à des taux de popularité anormalement bas, aussi bien dans l'opinion générale qu'au sein de leur propre famille politique.

Trump/Clinton : le couple qui ne fait pas rêver

Il est vrai que les deux candidats surprennent. Au début de sa campagne des primaires l’immense majorité des médias, commentateurs et autres analystes des multiples « think tanks » ne pariaient pas un kopeck sur la réussite de Trump. Il a surpris et sidéré par son succès toute la gentry politique américaine. Hillary Clinton qui a longtemps été d’abord l’épouse d’un autre président américain, Bill Clinton, fait, elle totalement partie de cette aristocratie politique américaine dominée par quelques grandes familles (Kennedy, Bush, Clinton…).

Second constat : Hillary Clinton et Donald Trump sont vieux : ils sont les deux candidats les plus âgés à entrer en campagne après Ronald Reagan en 1984. Ce qui manifeste également le fait qu’en dehors de liens avec l’aristocratie politique ou financière, les jeunes candidats qui pourraient apporter un peu d’air frais et un renouvellement des propositions, ont plus que du mal à percer.

Alors que Donald Trump a multiplié les propositions les plus saugrenus lors de sa campagne, comme la construction d’un mur séparant définitivement les États-Unis du Mexique pour éviter l’arrivée de migrants sud-américains, l’officialisation de la torture pour les apprentis terroristes américains, l’interdiction de l’accès au sol des États-Unis à tous les musulmans de la planète, Hillary Clinton a pris l’option d’un programme minimaliste, sans surprise ni innovation d’aucune sorte par rapport à la politique déjà très prudente de Barack Obama. Il est vrai que ce dernier qui termine sa carrière avec de bons sondage de popularité, a dû mener deux mandats avec un Congrès (Sénat et Chambre des représentants) majoritairement tenu par ses opposants, les élus du Parti républicain. Ce qui a fortement limité ses ambitions réformatrices.

Si les ténors du Grand Old Party conservateur lâche aujourd’hui Donald Trump , c’est bien sûr parce qu’ils ne sont plus trop assurés de son succès pour l’élection de novembre et redoutent éventuellement la politique qu’il pourrait mener en cas de victoire mais qu’ils veulent surtout conserver leur influence décisive sur le Congrès américain. C’est à dire rester à tout prix majoritaire au Sénat et à la Chambre des représentants.

Les pauvres et les classes moyennes inquiéts

Si malgré ses élucubrations, Donald Trump a réussi à polariser un vaste électorat, populaire et dans les classes moyennes (tout comme le très à gauche challenger d’Hillary Clinton, Bernie Sanders), c’est qu’il existe une vraie inquiétude sociale aux États-Unis qui s’est fortement aggravée avec la crise financière de 2008/2009.

Une étude du FMI constate une polarisation des revenus aux USA entre 1970 et 2014 : la part dans le revenu global des ménages payés autour du revenu médian a reculé de façon significative sur la période. D'un peu moins de 50% au début des années 70, la part des revenus de cette classe moyenne est tombée à 35%. Dans le même temps la part des hauts revenus est passée d'environ 50% à 60%. La part des bas revenus (moins de 50% du revenu médian) est passée de 16% à 21,5%. Il y a donc eu dans la période récente, en liaison avec la crise de 2008, une montée des déclassements sociaux aux Etats-Unis.

Pourtant en 2015, bonne surprise : Le revenu médian a fait un bond l'an dernier aux Etats-Unis de plus de 5%. Cette forte hausse, une première depuis 2007, fait sortir de la pauvreté 3,5 millions d'Américains.

Avec une croissance supérieure à 3 %, les États-Unis sont le pays occidental qui réalise la meilleure performance, plus encore, c'est le seul pays riche à nouveau en phase d'expansion. La première puissance mondiale en produit intérieur brut renouera avec un rythme qu'elle n'a pas connu depuis 2002. « Le chômage a reculé l'année dernière au niveau d'avant 2008. C'est le signe le plus concret de la fin de la crise », constate Dominique Baillards de RFI qui note cependant « Si les revenus ont beaucoup augmenté l'an dernier, ce n'est pas grâce à la hausse des rémunérations mais surtout grâce au plein emploi. (…) Pas grand-chose n'a bougé pour les oubliés de la croissance. Notamment pour les habitants des États désindustrialisés de la « rust belt », la ceinture rouillée, ils sont de plus en plus nombreux à être séduits par le discours de Donald Trump ». A l'autre extrémité de l'échelle des revenus, les progressions ont été plutôt en faveur des urbains, hautement qualifiés. Le fossé entre ces deux Amériques reste toujours aussi béant.

43 millions d’Américains vivant en-dessous du seuil de pauvreté. Et les écarts de richesse s’accroissent : les 20% d'américains les plus déshérités se partagent 3,4% du gâteau, c'est-à-dire une part assez mince –plus mince qu'en 1974– tandis que dans le haut du panier, les 5% les plus riches, croquent dans une part représentant près de 22% du revenu national. Une part qui s'élargit au fil des décennies. « Le recul de la pauvreté ne passe toujours pas par la réduction des inégalités. Pas vraiment de quoi raviver le rêve américain », conclut Dominique Baillard.

UE : l’Allemagne bonne ou très mauvaise élève ?

Si les Etats-Unis ont réussi à renouer avec une certaine croissance, ce n’est pas le cas de l’Europe qui a les chiffres de croissance les plus bas de tous les continents : « Si l’Europe, tant sociale qu’économique, présente aujourd’hui un spectacle « déplorable », ce n’est pas parce que le reste du monde l’entraînerait dans son sillage dépressif. Au contraire : c’est le Vieux Continent, le plus grand marché mondial, qui, comme un énorme « trou noir » tire vers le bas le reste du Monde », tonne dans Libération, l’économiste Kostas Vergopoulos, « Lorsque les États-Unis, le Japon, la Chine et les autres économies émergentes essaient par tous les moyens de relancer leurs économies, l’Europe est la seule région qui, au contraire, s’entête dans l’austérité de ses dépenses et de ses revenus ».

Mais en Europe, tout le monde ne subit pas cette forte contrainte. L’Allemagne qui a su rapidement réformer son économie, engrange aujourd’hui des surplus extérieurs conséquents : en 2015, le surplus extérieur allemand atteignait 319 milliards de dollars, soit 8% de son PIB, dont plus de la moitié provient de la zone Euro. « Or, l’excédent allemand implique du même coup un déficit équivalent pour le reste du monde, notamment pour les autres pays-membres de la zone Euro » pointe ce professeur d’économie à Paris VIII. L’Allemagne « pompe » les finances tandis que leurs partenaires en subissent les effets : l’Allemagne s’enrichit, l’Europe s’appauvrit.

Divers moyens pourraient être mis en œuvre pour retrouver un certain équilibre au sein de l’UE. L’Allemagne pourrait relancer sa demande intérieure, ce que son gouvernement refuse au nom de la défense de la compétitivité de ses entreprises. L’Allemagne pourrait investir en Europe. Les investissements allemands à l’étranger sont au plus bas et ne représentent qu’1,5% de son PIB.

L’absence de solidarité commence à inquiéter : s’il n’existe aucun mécanisme de solidarité entre les différents états membres, à quoi sert donc cette zone Euro et la Banque centrale européenne qui la pilote ? Mario Draghi qui dirige la BCE a bien décidé depuis 2012, de faire aux pays demandeurs des prêts à taux très bas, voire négatifs. Bonne idée ! Mais tout le problème est dans l’application concrète : « les crédits bon marché de la BCE sont répartis entre les pays membres, non pas en fonction de leurs besoins, mais en fonction de leur participation au capital de la BCE » souligne Kostas Vergopoulos. Au résultat, les prêts bénéficient en priorité aux plus riches états européens, les pauvres n’ont que des miettes et la Grèce ruinée a été exclue du système en raison de sa dette jugée excessive. L’Allemagne en a tiré la part du lion en s’appropriant entre 2012 et 2015, 30,5 milliards par an de ce programme de la BCE. Il ne pleut que là où c’est mouillé !

Grosse menace sur la Deutsche Bank

Longtemps symbole de l’alliance parfaite entre la finance et l’industrie allemande, la Deutsche Bank est aujourd’hui entourée de rumeurs de krak financier d’une ampleur équivalente à la catastrophe qu’avait entrainé en 2008, la faillite de Lehman Brothers. Subprimes, manipulation des taux d’intérêt, comme beaucoup de banques internationales, Deutshe B. s’était lancé avidement dans les années 1990, dans la spéculation et l’obsession du profit à court terme.

« Le modèle économique de Deutsche Bank, qui adosse un bilan de 1.800 milliards d’euros à des fonds propres limités à 62 milliards d’euros, avec une capitalisation boursière de seulement 17 milliards est aujourd’hui insoutenable », tranche la Tribune de Genève. D’autant que l’état américain vient de lui infliger une amende de 14 milliards pour ses diverses spéculations illégales depuis plusieurs années ! « Deutsche Bank, par sa taille, sa dangerosité et son refus de tenir compte du nouvel environnement issu du krach de 2008, demeure une exception. Elle témoigne cependant de la situation critique du système bancaire européen qui n’a été ni recapitalisé ni restructuré, en dépit d’un stock de créances douteuses de plus de 900 milliards de dollars, selon le FMI » poursuit le quotidien suisse.

Il est possible qu’une négociation faille baisser un peu l’amende américaine mais les dangers sont tels y compris sur l’ensemble du système bancaire international, qu’il faille nécessairement recourir à une aide publique considérable. Angela Merkel a déjà fait savoir qu’elle y était très réticente…

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11 octobre 2016 2 11 /10 /octobre /2016 21:40

Chronique de Paris parue dans la Quotidien d'Oran du 6 octobre 2016

La bataille se concentre aujourd’hui sur Alep ou les hôpitaux et les convois humanitaires sont bombardés

La guerre en Syrie dure depuis cinq ans. Entre 300 000 et 500 000 personnes ont été tués et plusieurs millions de Syriens ont du fuir, beaucoup se réfugiant à l’étranger, principalement en Jordanie et en Turquie.

La communauté internationale incapable d’adopter une position commune, ne peut que constater son impuissance. Des pourparlers ont bien repris aux Nations Unies en début de semaine mais les deux principales puissances qui interviennent directement dans le conflit, les Etats-Unis et la Russie, ont rompu leurs discussions lundi 3 octobre empêchant toute possibilité d’accord dans les couloirs de l’ONU.

Déjà, en septembre la trêve de 7 jours négociée par les Etats-Unis et la Russie avaient débouché le 19 septembre sur une reprise des combats entre les forces syriennes et celles de l’opposition et dans la nuit du 20 septembre sur le bombardement d’un convoi humanitaire du Croissant rouge et de l’ONU dans la banlieue d’Alep. Selon la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR), qui a qualifié l’événement d’“attaque contre l’humanité”, cette attaque a fait 20 morts. La nouvelle avait alors suscité un flot de déclarations indignées, la Maison Blanche avait affirmé qu’elle tenait « Moscou pour responsable » car seules les forces syriennes ou russes pouvaient être à l’origine de la bavure. Des propos mollement démentis par les responsables russes, qui rappelaient néanmoins que la coalition dirigée par les Etats-Unis avait elle aussi commis une « bavure » en bombardant les positions des forces loyalistes, le 17 septembre, quelques jours avant le début de la trêve…

Le 3 octobre, Rebelote ! Le plus grand hôpital d’Alep Est a été détruit à la suite de raids aériens russes et syriens contre la zone contrôlée par les forces rebelles. Divisée depuis 2012 entre secteur Ouest lui contrôlé par le régime et les quartiers Est aux mains des groupes rebelles, Alep seconde ville syrienne est devenu depuis l’offensive lancée le 22 février, le principal front du conflit syrien et c’est évidemment la population civile qui en est la première victime. Environ, 250 000 personnes dont 100 000 enfants vivent dans les quartiers Est d’Alep, selon l’ONU.

Officiellement, toutes les forces en présence, les troupes fidèles à Bachar el-Assad, et leurs alliés russes, la Coalition menée par les Etats-Unis, les groupes rebelles ont tous un ennemi commun, Daesh. Dans les faits chacun poursuit ses propres objectifs ce qui passe d’abord par la disparition des concurrents.

Poutine bouscule le jeu syrien

La Russie par son intervention militaire a littéralement sauvé le régime de Bachar el-Assad. Les Russes avancent leurs pions d’autant plus facilement qu’ils profitent d’une certaine apathie des Etats-Unis : Barack Obama est en effet en fin de mandat et à deux mois de transmettre sa charge à son successeur. Et à ce jour, on ignore toujours qui d’Hillary Clinton et de Donald Trump se retrouvera à la tête de la Maison Blanche…

Les avions russes ont effectué plus de 15 000 vols de combat et détruit de nombreux sites d'infrastructure de Daech. « Ce qui a permis à l'armée syrienne de libérer des centaines de localités et d'engager un tournant dans sa lutte contre les djihadistes. Indépendamment du bilan final du conflit syrien, l'opération des forces aériennes russes a déjà montré que la Russie était capable d'utiliser avec succès ses forces armées dans des régions éloignées du monde et d'influer efficacement sur la géopolitique » note en parallèle le site russe Sputnik. La Russie comme Bachar el-Assad souhaitent éliminer de toute négociation éventuelle l’ensemble des opposants. Et ces derniers ne forment pas un front uni. Les groupes dits de l’opposition modérée pèsent peu militairement en comparaison des groupes islamistes qui n’ont pas rejoint les forces de l’Etat islamique. Ainsi, le groupe terroriste Fatah al-Cham (successeur du Front Al-Nosra, la branche syrienne d’Al Qaida) pèse notamment militairement sur la bataille en cours à Alep, où les groupes disparates de l’Armée syrienne libre (ASL) qui est la principale expression armée de l’opposition modérée ont même fait alliance à Alep avec les troupes de Fatah al-Cham.

La coalition internationale menée par les Etats-Unis rassemble 60 pays dont la plupart des états européens comme la Grande-Bretagne, la France, l’Allemagne mais aussi le Canada, l'Australie, les pays du Golfe... Mais cette coalition a perdu de sa crédibilité depuis l’intervention vigoureuse de la Russie et le retour sur la scène diplomatique du régime de Bachar el-Assad. Au résultat, la Russie n’a jamais été aussi présente et puissante au Proche-Orient depuis la fin de l’empire soviétique, alors que les Américains refusent toujours tout engagement de troupes directement sur le terrain, n’intervenant que par le biais aérien. Les marges de manœuvre d’un Barak Obama en fin de mandat sont particulièrement étroites et certains analystes que le président américain était favorable à un accord pragmatique avec les Russes mais que cette orientation avait rencontré l’opposition du Pentagone…

Mercredi les patrons des agences américaines spécialisées dans la sécurité et la politique étrangère se sont réunis afin de présenter rapidement différentes options d’action après l’abandon des pourparlers avec la Russie, « options diplomatiques, militaires, de renseignements et économiques » résumait Mark Toner, porte parole du Département d’Etat, soulignant néanmoins la nécessite « d’un règlement politique » qui a conclu son intervention en relevant « Ce n'est pas parce que nous avons temporairement suspendu notre coopération bilatérale avec la Russie au sujet de la Syrie que nous avons fermé toutes les portes à une action multilatérale ».

Lors de l’assemblée générale de l’ONU qui s’est tenue fin septembre, de nombreux pays occidentaux ont dénoncé les crimes de guerre qui ont lieu à Alep, la France comparant Alep à Sarajevo. L’Union européenne a dénoncé «une violation du droit humanitaire international». Les responsables des bombardements «devront rendre compte devant Dieu» a tonné le pape François.

François Hollande s’était fortement exprimé à la tribune des Nations Unis : « François Hollande a fait preuve de véhémence, note le chercheur Didier Billion, malheureusement, l’exécutif français n’est pas le mieux placé pour donner des leçons au reste du monde sur le dossier syrien. Le gouvernement de Hollande, et celui de son prédécesseur Nicolas Sarkozy, ont enchainé les erreurs depuis l’éclatement de la guerre civile. La diplomatie française a d’abord estimé que le conflit se réglerait rapidement avant d’établir pour préalable à toute solution diplomatique le départ de Bachar el-Assad. Elle a ensuite agité la menace d’une intervention militaire. Les Français n’ont cependant jamais été en mesure de tracer une voie politique et d’émettre des propositions de sortie de crise », conclut ce chercheur de l’Iris.

Autre pays membre de la Coalition, la Turquie n’a pas brillé par la clarté et la continuité des ses positions : après avoir soutenu Daesh en achetant son pétrole, Ankara a fini par attaquer en 2015 les positions de l’Etat islamique. Même renversement dans l’attitude de la Turquie vis-à-vis de la Russie. Recep Erdogan avait été très choqué de l’intervention militaire russe dans ce pays voisin de la Turquie et craignait une forme d’alliance entre les Russes et les Occidentaux qui limitent l’influence de son pays dans toute cette région en crise : cela explique en grande partie la décision turque d’abattre en novembre 1915 un avion russe SU 24 qui volait dans l’espace aérien turc.

Une semaine après, la destruction d'un bombardier russe par l'armée turque avait provoqué une grave crise diplomatique entre Moscou et Ankara, aux relations déjà tendues à cause de l'épineux dossier syrien. La Russie avait alors imposé à la Turquie de lourdes sanctions économiques, notamment dans le secteur touristique. Mais en juillet, les deux chefs d'Etat Poutine et Erdogan avaient entamé une réconciliation surprise, entérinée par la visite d’Erdogan à Saint-Pétersbourg le 10 août dernier !

A son tour, Vladimir Poutine se rendra le 10 octobre à Istanbul pour y rencontrer son « ami » turc de toujours, Recep Tayyip Erdogan.

Autre renversement de la politique turque, après avoir soutenu toutes les forces qui s’opposaient à Bachar el-Assad, y compris Daesh, Recep Erdogan a lancé en août 2016, l’opération « Bouclier de l’Euphrate » destiné à créer une zone de sécurité au nord de la Syrie et qui visait les groupes djihadistes syriens mais surtout les mouvements kurdes syriens, adversaires de longue date selon lui de la Turquie.

France : de primaire en primaire…

La campagne présidentielle sera marquée dans les prochains mois des élections primaires destiné à départager les très nombreux candidats tant à droite des Républicains, qu’à gauche du Parti socialiste qui vise le siège suprême. Ce qui s’accompagnera des multiples débats et certainement de vifs incidents entre les très nombreux ambitieux qui se pressent dans ses primaires soit pour se faire désigner comme candidat officiel de leur formation ou à défaut pour pouvoir négocier un bon poste.

Et ils sont nombreux a vouloir exister à tout prix : chez les Républicains, les électeurs désigneront en novembre le candidat pour la présidentielle 2017 entre Nicolas Sarkozy, François Fillon, Nathalie Kosciusko-Morizet, Alain Juppé, Jean-François Copé, Bruno Le Maire et Jean-Frédéric Poisson. Au PS, les élections se tiendront en janvier et l’on sait déjà que François Hollande y participera affrontant à sa gauche Arnaud Montebourg, Marie-Noëlle Lienemann, Benoit Hamon…

François Hollande devra peut-être également subir la candidature hors primaire d’un autre de ses anciens ministres, Emmanuel Macron. Ce riche ancien banquier ni de droite, ni de gauche a aujourd’hui beaucoup les faveurs des médias…

A la gauche de la gauche, jean-Luc Mélenchon fera certainement un joli score mais qui restera inférieur à celui de Marine le Pen à la droite de la droite. A la droite de la droite ? Jean-Marie Le Pen estime que Nicolas Sarkozy est aujourd’hui bien plus à droite que la campagne que mène sa fille Marine le Pen, au nom du Front national…

Apple, Google, Coca

En tous cas, on connait plus les grandes marques mondiales que les innombrables apprentis président de la campagne française. Apple, Google et Coca-Cola restent les marques les plus valorisées de la planète selon le « top 100 d'Interbrand », publié mercredi.

"Pour la quatrième année consécutive, Apple et Google se situent au sommet du classement. (...) Coca-Cola, Microsoft, Toyota, IBM, Samsung, Amazon, Mercedes-Benz et GE complètent ce top 10. Enfin, Dior et Tesla entrent dans le classement des Best Global Brands pour la première fois, respectivement à la 89ème et 100ème place", détaille l'agence de conseil aux marques dans un communiqué.

Tesla quezaco ? Le rédacteur ignorait qu’il s’agissait d’un constructeur US de voitures électriques…

D'après ce 17e classement Facebook et Amazon ont connu la plus forte croissance, avec respectivement 48% et 33% d'augmentation de valeur, suivies de Lego, Nissan et Adobe.

Par secteurs, c'est l'automobile qui se distingue cette année. Elle est représentée par 15 marques, qui pèsent pour 14,28% de la valeur totale du classement. Toyota, Mercedes-Benz et BMW composent le trio de tête. Tesla, nouvellement entré dans le top 100, ferme la marche.

La distribution, représenté par Amazon, Ikea et eBay, est le domaine qui connaît la plus forte croissance (+18,8%). Suivent les marques de sport et de luxe, en croissance moyenne de 10%.

L'entrée de Dior dans le top 100 « est le résultat de la forte montée en gamme engagée il y a quelques années vers « le vrai luxe ». Ce qui prouve qu’il n’y a pas que des pauvres sur cette terre…

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22 septembre 2016 4 22 /09 /septembre /2016 15:14

(Chronique de Paris parue dans le Quotidien d'Oran du 22 septembre 2016)

Sarkozy ressort un vieux mythe et prône une assimilation à la dure

Nicolas Sarkozy est persuadé qu’il peut gagner les primaires de la droite puis l’élection présidentielle où il serait alors désigné candidat pour son camp. Son remède miracle ? Il chasse sur les terres du Front national et il tient aujourd’hui souvent des propos plus conservateurs ou réactionnaires que ceux de Marine Le Pen ! Sarkozy n’agit pas par conviction. Dans ce domaine, il a déjà fait souvent la preuve qu’il n’en avait guère. Non, il est simplement persuadé que sous la pression combinée d’une phase longue de morosité économique, des menaces nouvelles du terrorisme, des impasses de la construction européenne, voire du vieillissement de la population, de larges fractions de la société françaises se laissent submergé par la peur la panique ou la colère et appellent de leurs vœux un régime autoritaire qui s’il ne leur garantit pas le plein-emploi, leur promet au moins la sécurité dans les rues, dans une société sans étrangers.

Les attentats de masse qui se sont déroulés à Paris et à Nice cet été, la proximité des conflits du Moyen-Orient ont évidemment relancé la xénophobie, les réactions anti-musulmanes ou anti-arabes. Le Front national s’était fait le champion de cette exaltation de la peur de l’étranger, de l’autre : l’immigré est d’abord dénoncé comme un rival économique (il vient piquer le boulot des bons Français) mais également comme un terroriste potentiel. Même suspicion pour les Français de fraiche date, particulièrement ceux d’origine arabo-musulmane.

Paradoxe ! C’est au moment où Marine Le Pen calme un peu son discours xénophobe, que Nicolas Sarkozy en rajoute dans le même domaine comme s’il voulait doubler sur sa droite la dirigeante du Front national. Interrogée par TF1, il y a 10 jours, pour savoir si l’islam était compatible avec la République, Marine le Pen a répondu : « Moi, je crois que oui. Un islam tel que nous l’avons connu, laïcisé par les Lumières comme les autres religions », a-t-elle dit, disant « lutter contre le fondamentalisme islamiste (…) Je ne définis pas la France par une couleur de peau. Je mets sur le même plan ceux qui veulent imposer une France métissée » et ceux qui « veulent une France blanche (...) le critère racial ne fait pas partie de la définition de la France », a assuré la candidate à la présidentielle.

« Personne ne vous oblige à vouloir être Français »

L’islam compatible avec la République : la présidente du Front national a réitéré ses propos lors de l’université d’été du FN qui s’est tenu à Fréjus dans le Var, la semaine dernière. Fait significatif, le discours de la candidate FN – que tous les sondages donnent déjà qualifiée pour le second tour de la présidentielle – n’est revenu qu’à la marge sur le sujet du terrorisme et de la menace islamiste. « Comme si, après avoir pris la droite traditionnelle à contre-pied en déclarant récemment que «l’islam est compatible avec la République», la candidate frontiste poursuivait son recentrage sur les valeurs et les principes. La France, bien sûr. Le patriotisme économique. Les frontières. L’identité », note le quotidien suisse Le Temps.

Bref, quand Marine le Pen calme le discours du Front national, certainement pour séduire l’électorat modéré, Nicolas Sarkozy radicalise le sien pour draguer les électeurs frontistes. L'ancien président a clairement défendu l'assimilation, plutôt que l'intégration : « Si l'on veut devenir français, on parle français, on épouse son histoire, on vit comme un Français et on ne cherche pas à changer le mode de vie qui est le nôtre depuis tant d'années (…) Nous ne nous contenterons plus d'une intégration qui ne marche plus, nous exigerons l'assimilation. Quelle que soit la nationalité de vos parents, jeunes Français, à un moment où vous devenez Français, vos ancêtres, ce sont les Gaulois et c'est Vercingétorix."

« Dès que l’on devient Français, nos ancêtres sont gaulois » ! Et l’ancien président a été d’autant plus clair en menaçant : « Et si on ne veut pas de ça, personne ne vous oblige à vouloir être Français » . Une formulation qui fait écho à son désormais célèbre « s'il y en a que ça gêne d'être en France […], qu'ils ne se gênent pas pour quitter un pays qu'ils n'aiment pas ».

Oublier ses racines ou quitter le pays ? Pour justifier l’outrance de ses propositions, Le candidat a pris les devants et rappelé ses propres origines de « petit Français de sang mêlé », selon son expression issue de son discours d’investiture de 2007 : «

Mon père est hongrois, on ne m'a pas appris l'histoire de la Hongrie. Mon grand-père maternel est grec, on ne m'a pas appris l'histoire de la Grèce. Au moment où je suis Français, j'aime la France, j'apprends l'histoire de France, je parle le français et mes ancêtres sont les ancêtres de la France, c'est ça l'assimilation », a-t-il poursuivi.

La France : de multiples mélanges

Sur un plan historique ou anthropologique, « nos ancêtres les Gaulois » relève de la plaisanterie ou d’une exaltation de racines communes totalement mythiques. Comme le rappelle le quotidien l’Est Républicain, ce sont les Romains qui désignaient comme Gaulois, « une soixantaine des tribus peuplant l’actuelle France, la Suisse et la Belgique : des Ambiens (Picardie) des Eduens (Morvan), des Helvètes (Suisse), des Tricastins (Drôme) des Séquanes (Franche-Comté), des Bituriges (Bordeaux) des Sénones (Aube), des Carnutes (Chartres), des Parisii (Ile-de-France), des Vénètes (Bretagne), des Pictaves(Poitou), des Rèmes (Marne), des Bellovaques (Belges), des Ménapes (Flandres), des Aduapes, des Allobroges (Savoie), des Rutènes (Aveyron), des Tectosages (Carcassonne) des Arvernes (Auvergne)… ».

Toutes étaient des populations celtes. Et d’où venaient les Celtes ? Pour beaucoup d’universitaires, les Celtes étaient « les premiers Indo-Européens à avoir remonté le Danube et peuplé la région alpine. Ces populations protohistoriques occupèrent durablement toute la partie occidentale de l'Europe, de l’Ecosse au Nord jusqu'à l'Espagne au sud, et des Balkans à l'Est jusqu'à l'Irlande à l'ouest » (Wikipedia). Les premiers migrants en quelque sorte, venus occuper des territoires occupés jusque là par d’autres tribus, dont on peut penser que la langue basque en reste un lointain témoignage…

Contrairement à ce que peut penser ou dire Nicolas Sarkozy, L’histoire de la France n’est qu’une longue suite d’immigration et de mouvements de populations extrêmement diverses : nombre de guerriers celtes ont rejoint les légions romaines et ce sont des populations gallo-romaines qui ont peuplé et développé les régions méditerranéennes actuellement françaises.

A partir du Vème siècle, les invasions « barbares » provenant de l’est de l’Europe : Goths, Wisigoths, Ostrogoths, Burgondes, Vandales, Saxons, Francs..., se succèdent sur le territoire. Du coup, les Celtes se réfugient en Bretagne quand une autre population celte, provenant de l’Europe nordique, les célèbres Vikings, envahit l’actuelle Normandie…

Une population asiatique, les Huns dirigés par le célèbre Attila menace sérieusement l’empire romain. Ils sont arrêtés par les légions du Romain Aetius près de l’actuelle ville de Troyes, en France, lors de la bataille des Champs catalauniques. Les Huns repoussés se sédentarisent après la mort d’Attila, en Finlande et en Hongrie où ils feront souche (Sarkozy, descendant des Huns ?).

L’unité nationale française est surtout le fait d’une volonté politique des « Rois de France »qui ont su au cours des siècles soumettre à leur autorité par des jeux d’alliances complexes ou plus rapidement par des occupations militaires de multiples populations qui ne parlaient pas le « Français », qu’ils s’agissent des « Bourguignons ou de toutes les populations au sud de la Loire qui parlaient elles, différents dialectes occitans…

Ce sont les mêmes rois de France qui ont commencé à construire le grand empire colonial français tout d’abord en exportant sa propre population alors la plus importante d’Europe (au Québec, en Louisiane, dans les Antilles…) et en utilisant l’arme économique de l’esclavage de populations en provenance d’Afrique et dispersés aux Antilles.

L’histoire coloniale explique évidemment de nombreux flux de populations, y compris vers la France. L’histoire de Paris atteste ainsi d’une présence d’une population algérienne dans le 18ème arrondissement dès 1848 ! Difficile de parler d’une immigration de première ou seconde génération !

L’immigration fut également très tôt économique car l’industrie française naissante avait besoin de bras étrangers. Les mines, les usines, l’agriculture embauchèrent de nombreux Polonais, Italiens, Espagnols, Portugais, Indochinois tout au long du XIXème et XXème siècle dont beaucoup s’installèrent définitivement en France.

Les Gaulois, de Napoléon III à Astérix

Et les Gaulois dans tout ça ? Les Rois de France n’ont jamais fait référence aux Gaulois puisqu’ils descendaient justement d’une tribu d’envahisseurs, les Francs, qui justement avaient mis à mal les nombreuses tribus gauloises ou gallo-romaines. Le 1er à s’intéresser à Vercingétorix, qui avaient tenté sans succès de fédérer les tribus gauloises contre l’envahisseur romain, fut un empereur corse, Napoléon III, qui désigna le site d’Alesia (ou Vercingétorix perdit la partie) comme un lieu historique français.

Il est vrai que cet empereur français s’apprêtait alors à affronter une autre invasion étrangère : celle de l’Allemagne de Guillaume II et de Von Bismark. La Guerre de 1870 vit la France rapidement battue et privée de deux de ses régions, la Moselle et l’Alsace annexées par ces vilains boches.

La jeune troisième République qui succéda à l’empire napoléonien fut l’institution qui célébra le culte de Vercingétorix. Les hommes politiques de la fin du XIXème et du début du XXème exhument et exaltent jusqu’à la guerre de 1914-18, « les guerriers Gaulois, ces patriotes au grand cœur, fêtards et querelleurs, défenseur de la démocratie face au dictateur César, nous rappelle l’Est républicain, les manuels d’Histoire distribués aux instituteurs de la République sur ordre de Jules Ferry créent une identité française à partir de ces ancêtres gaulois et gauloises. Ils jalonnent cette histoire des Français de héros sauveurs de la patrie venus de toutes les régions, preux chevaliers (du Guesclin le Breton, Jeanne d’Arc la Lorraine, Bayard le sudiste, d’Artagnan le Gascon , Napoléon le Corse), de grands inventeurs et de rares bons rois (Henri IV de Navarre) ».

Sarkozix le Gaulois

Toute histoire nationale est la combinaison de faits réels, de récits plus ou moins mythiques qui cachent souvent des motivations ou des politiques moins avouables. Les croisades, lancées officiellement en Occident pour libérer Jérusalem, ville où mourut le Christ, avaient en réalité de puissantes motivations économiques. En 1914, toutes les parties prenantes qui déclenchèrent ce 1er grand massacre planétaire, le firent pour combattre la « barbarie » de leurs adversaires…

Avant Sarkozy, la dernière resucée du mythe gaulois avait été le formidable succès de la bande dessinée « Asterix le Gaulois » qui nous conte avec humour, les aventure d’un petit village gaulois qui résiste avec succès au méchant envahisseur romain. Ces Gaulois un peu idiots mais en même temps très intelligents, ne semblent beaucoup travailler mais ils ont tous un métier, ils se moquent des Romains (Allemands, Américains, Russes, Chinois…) autant qu’ils le peuvent, ils adorent faire la fête, boivent et mangent beaucoup dans de grandes fêtes qui rassemble toute la tribu de ce petit village combattif. Bref, ils sont très sympathiques. Mais c’est une bande dessinée qui raconte sur le mode plaisant comment les Français d’aujourd’hui d’une certaine façon, se voient ou se rêvent.

Nicolas Sarkozy qui nous ressort le vieux mythe gaulois raconté aux enfants, fait du Astérix sans réellement s’en rendre compte et en oubliant une donnée essentielle : le petit village gaulois est imbattable par les Romains par ce que son druide Panoramix possède la recette de la « Potion magique » qui donne aux habitants (mâles) du village une force surhumaine.

On cherche vainement un équivalent dans les programmes des partis qui s’affrontent dans la prochaine élection présidentielle française.

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8 septembre 2016 4 08 /09 /septembre /2016 14:33

(Chronique de Paris, publiée dans le Quotidien d'Oran du 8 septembre 2016)

Après le référendum sur le Brexit, l’année à venir va voir de nombreuses élections dans quelques grands pays occidentaux aux résultats et aux conséquences très incertaines

Lundi dernier, en marge du sommet du G20 qui se tenait en Chine, Barak Obama et Vladimir Poutine se sont longuement entretenus. Sur l’imbroglio syro-irakien bien sûr.

Il s’agissait certainement du dernier tête-à-tête entre les deux hommes puisque dans deux mois, Barak Obama va céder sa place à la Maison-Blanche après des élections présidentielles américaines qui n’ont pas fini de révéler leur lot de surprises. Clinton ? Trump ?

Barak Obama aurait pu tenter dans un dernier geste de trouver une avancée sur le conflit syrien : obtenir un nouveau cessez-le-feu, malgré l’échec patent des précédents ou lever le blocus sur Alep. Mais les discussions entre les deux présidents n’ont pu aboutir. Washington a depuis accusé Moscou d’avoir «fait marche arrière» sur certains points dans les négociations.

Moscou et Washington, qui effectuent séparément des frappes contre les djihadistes en Syrie, sont notamment en désaccord sur le sort du président syrien Bachar al-Assad, tandis que le régime de Damas continue de cibler l'opposition syrienne avec le soutien russe.

Le conflit syrien s’est encore compliqué en cette fin d’été par l’intervention de plus en plus direct de l’armée turque. L’opération « Bouclier contre l’Euphrate », décrétée par Erdogan après la mystérieuse tentative de coup d’état en Turquie, vise essentiellement les forces kurdes en Syrie, et beaucoup plus marginalement les troupes de Daesh et les groupes islamistes radicaux qui interviennent en Syrie. Obama semble pourtant avoir été contraint d’abandonner ses alliés kurdes pour ne pas froisser son allié dans l’Otan, Ankara. Mais surtout à deux mois d’une élection qui reste très ouverte, il ne peut guère prendre de décisions hardies.

Vladimir Poutine qui n’a pas la pression d’un calendrier électoral, doit regarder cela avec beaucoup d’amusement. Jouant une vraie-fausse alliance avec Erdogan, il a même profité du G20 pour réamorcer une normalisation des relations avec ses pairs occidentaux. Objectif ? Assouplir très vite les sanctions internationales que la Russie avait subies après la crise ukrainienne et l’annexion par Moscou de la Crimée.

Plusieurs scénarios après le vote du Brexit

Le 23 juin dernier, 51,9% des électeurs britanniques ont entériné la sortie officielle du Royaume-Uni de l’Union européenne. Le choix in fine des citoyens britanniques a semble-t-il, sidéré autant leurs parlementaires nationaux que les responsables européens. Mais le peuple est souverain. Et le voilier britannique reprend fièrement son indépendance et va voguer en toute liberté vers le grand large. Non ! Ca, c’est le film… En réalité, on rentre dans une phase d’immenses tractations entre le sortant et le reste de l’UE qui prendra de nombreuses années. Neuf, disent les plus pessimistes.

La nouvelle Premier Ministre qui vient d’être élue à la suite du brexit, Teresa May part à la négociation avec un sérieux atout en poche. Dans la réglementation en cours dans l’Union Européenne, le pays sortant est libre de faire quand il le veut sa demande officielle de sortie à la Commission européenne. Et Theresa May n’est pas du tout pressée d’appliquer rapidement ce dispositif de sortie, dit de l’article 50 du traité de Lisbonne. Elle veut prendre tout son temps pour obtenir le meilleur des ses ex-partenaires européens. La chef de l’exécutif britannique Theresa May souhaite ainsi obtenir "le meilleur accord pour le commerce, les biens et services avec l'UE", en clair pouvoir conserver un libre-accès total des produits britanniques au juteux marché européen. Un statut semblable à ceux de la Suisse ou de la Norvège, avec une zone garantie de libre-échange avec l’UE.

La grande contrepartie que réclame les Européens, outre une sortie rapide, c’est que les Britanniques acceptent de leur côté le principe de la libre circulation des personnes, c'est-à-dire d’abord des Européens sur le sol britannique. Le Royaume-Uni compte 3,3 millions de citoyens de pays de l'Union européenne dont quelque 800.000 Polonais, et quelques 500 000 français. Tous ces Européens occupent de nombreux emplois et leur concurrence expliquent en partie le choix des électeurs pro-Brexit. Autre tractation en perspective, 1,3 millions de citoyens britanniques vivent dans l’UE dont une grande majorité de retraités qui ont choisi la France et l’Espagne…

L’autre grand dossier très sensible entre Londres et Bruxelles, est l’immigration hors UE. Et la situation explosive que vit Calais, une ville portuaire dans le Nord de la France est à l’image des complexités en cours. Dans cette agglomération s’est concentré dans les derniers mois selon les associations humanitaires, 9000 migrants en provenance principalement du Moyen-Orient et de l’Afrique. Ces derniers parqués dans des conditions misérables sur le « camp de la Lande » dit « la Jungle » n’ont qu’un espoir, une volonté : rejoindre l’Angleterre. Si l'on compte le camp de Grande-Synthe, près de Dunkerque, et les multiples implantations sauvages dans plusieurs agglomérations côtières, ce sont au moins 12000 déracinés qui se concentrent dans la région, dans l'espoir de rejoindre la Grande-Bretagne. Et leur nombre croît sans fin : ils n’étaient selon les mêmes ONG, que 4500 au début de l’été…

Il est peu de dire que les autorités françaises, gendarmerie et services sanitaires commencent à être totalement débordés, que la délinquance augmente dans cette population démunie de tout, et que les Calaisiens ont dépassé les limites de leur ras-le-bol. De plus en plus voix s'élèvent contre « l’accord du Touquet ». Quel est cet accord signé par Paris et Londres? "En 2003, la France et la Grande-Bretagne se sont mis d'accord pour contrôler leurs frontières côte à côte. La France a installé des gardes-frontières à côté de ceux des Anglais en territoire anglais et inversement. La conséquence directe, c'est que les agents britanniques ont la liberté de refuser le passage des migrants s'ils estiment que les conditions ne sont pas remplies et cela crée donc un engorgement à Calais", explique le journaliste Arnaux Comte. Bref, les gendarmes français font le boulot des douaniers anglais pour stopper des migrants qui veulent rejoindre « l’eldorado anglais ». Mais surtout, il n’y a pas réciprocité : la Grande-Bretagne étant une île, il y très peu d’immigrés hors UE qui viennent d’Angleterre pour passer en France et rejoindre l’Europe. En France, de plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer ce traité inégal et certains souhaitent dorénavant laisser passer les migrants vers la Grande-Bretagne. On imagine le bousin qui pourrait se dérouler sur la Manche…

Sondages incessants : les Français deviennent chèvres

La crise de Calais tombe évidemment mal pour le gouvernement Hollande tant la question de l’immigration a pris une énorme place dans la campagne qui a démarré pour l’élection présidentielle qui se déroulera au printemps prochain. Les attentats terroristes et notamment celui de Nice ont aggravé les tensions dans un pays pourtant qui a une vieille tradition d’intégration des populations migrantes depuis plusieurs siècles. Le 22 août dernier, un sondage Ipsos révélait que 57% des Français estiment qu’il y a trop d’immigrés en France et seulement 11% trouvent que l’immigration a un impact positif. Dans le même sens, pour 54% des sondés, l’immigration force la France à adopter des changements qui leur déplaisent et 60% des personnes interrogées estiment même que l’immigration a un impact négatif sur les services publics. Concernant plus particulièrement les réfugiés, sujet qui préoccupe l’Europe depuis plusieurs années, les Français sont 63% à penser qu’ils ne "pourront pas s’intégrer" et 45% voudraient la fermeture des frontières aux réfugiés. Les personnes interrogées pensent même à 67% que "des terroristes se font passer pour des réfugiés pour entrer dans l'hexagone". Inversement, ils sont 54% à estimer que la plupart des personnes se présentant comme des réfugiés "n'en sont pas véritablement".

Les innombrables candidats de droite et de gauche qui se pressent au guichet de la présidentielle sont d’autant plus prêts à polémiquer sans fin sur l’accueil ou non des réfugiés ou même sur des sujets aussi loufoques que la « burkini », qu’ils sont incapables d’apporter la moindre réponse aux véritables inquiétudes des Français : la situation économique et sa dégradation continue depuis plusieurs années. Autre sondage récent, un Français sur deux craint de connaître personnellement la pauvreté dans les prochains mois…

Et peu de solutions surgissent : croissance zéro au second trimestre (et 9,6% de chômage) et l’espérance d’un retour à +1% est largement insuffisant pour un redémarrage de l’économie. Difficulté supplémentaire et majeure, le gouvernement même s’il voulait changeait radicalement de politique, devrait continuer à obéir aux contraintes de l’union européenne, partisan absolu des vertus de l’orthodoxie budgétaire et opposé à toute relance par le déficit.

L’autre difficulté est l’organisation du mandat présidentiel français. En 2000, à la suite d’un référendum organisé par le président Jacques Chirac, la durée du mandat présidentiel est ramenée de sept à cinq ans. Il s'agissait également d'aligner le mandat présidentiel sur celui des députés (cinq ans) et, en même temps, de s'assurer de la synchronisation des deux élections par une loi électorale. Les dispositifs sont par 73,21% des électeurs, malgré une très forte abstention.

L’idée parait à l’époque plutôt bonne et efficace mais elle a quelques défauts : dans un régime français qui est déjà très présidentiel, la modification constitutionnelle transforme le chef de l’Etat surtout en chef de sa seule majorité ; elle limite beaucoup les capacités d’ouvertures et d’alliances parlementaires. Et si l’on rajoute la vogue des « primaires » qui s’est établi depuis, on peut penser que la dernière année du mandat présidentiel est devenue une simple année de campagne électorale, peu propice aux vraies décisions.

Du coup, confrontés à un nombre croisant d’apprentis candidats à la présidence de la République (une quarantaine au bas mot) qui, pour se distinguer les uns des autres, se sentent obligés de radicaliser d’autant plus leurs discours et de proposer des solutions de plus en plus absurdes ou totalement infaisables, les Français deviennent chèvres et répondent n’importe quoi à des sondages qui leur demandent tous les jours n’importe quoi : fin août, selon un sondage BVA près d’un Français sur trois se déclarerait favorable à un retour du roi à la tête de la France ! Pour 37% des personnes interrogées, le gouvernement serait plus stable ! Et dire que la monarchie a été abolie il y a 168 ans…

Alerte pour Angela Merkel

Dimanche dernier, des élections partielles se déroulaient dans le petit Land allemand de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, le long de la Baltique. Les électeurs ont surtout décidé de punir sévèrement la très populaire Angela Merkel. Non seulement le parti de la Chancelière, le CDU, s’effondre à 19% des voix mais il se fait doubler par l'AfD, la nouvelle extrême droite allemande, qui se présentait pour la première fois dans la région et ratisse d'un coup 20,8 % des voix. Un résultat spectaculaire : l'AfD est, du jour au lendemain, propulsée deuxième force politique après le SPD.

Cette élection équivalait en réalité à un référendum : pour ou contre l’accueil des réfugiés dont l’arrivée massive (plus d’1 million en un an) est selon le ressenti des électeurs allemands, en train de transformer profondément et négativement leur pays.

C'est en Chine, où elle assistait au sommet du G20, qu'Angela Merkel a pris connaissance de ces résultats à un an des élections générales, d’autant plus catastrophiques pour elle que c’est son Land d’origine. Pourtant, elle n’en démord pas : en pleine décroissance démographique, et sans l’appui de l’immigration, l’économie allemande aurait manqué de 800 000 travailleurs essentiels à son développement et son succès.

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8 septembre 2016 4 08 /09 /septembre /2016 14:25

(Article publié dans le Quotidien d'Oran du 29 août 2016)

Vendredi, le Conseil d'État français qui juge en toute indépendance de la valeur constitutionnelle des décisions administrative de toute instance exécutive, fut-elle municipale, a suspendu l'arrêté « antiburkini » pris le 5 août, entre autres, par le maire de Villeneuve-Loubet (Alpes-Maritimes), Lionel Luca. Dans son ordonnance, la plus haute juridiction administrative écarte les «risques de troubles à l'ordre public» invoqués par la mairie et met en avant «une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales». La mesure s’impose à l’ensemble des maires qui ont pris de tels dispositifs « anti-burkini ». Et rappelons que n’importe quel citoyen ou citoyenne française ou étrangère sur le sol français, peut dorénavant poursuivre devant les tribunaux administratifs, l’un de ces élus s’il persistait dans sa démarche.

Une trentaine de maires (de droite), notamment sur la Côte d’Azur , qui avaient pris de telles mesures, maintiennent néanmoins, oralement toutefois , leurs décisions municipales contre le Conseil d’État, continuant d’interdire l’accès de leurs plages au « burkini », (mot alliant de façon drolatique et absurde, les termes de Burka et de Bikini). Décisions parfois décrétées au nom de la « décence publique » !

Le quotidien anglais The Guardian s’était ironiquement interrogé il y a quelques jours en posant une question redoutable : « qu’y a-t-il de plus décent sur une plage ? Une jeune femme en burkini ou une sexagénaire en string ? ». Ces Anglais, incorrigibles…

String ou burkini ? C’est en effet du seul regard de chacun, ou plus précisément dans le cas précis, de chacune, et cela relève du respect absolu des libertés individuelles. C’est ce que le Conseil d’Etat a confirmé.

La laïcité à la française, valeur à laquelle tient énormément l’auteur de ces lignes se réduit à deux propositions formulées schématiquement en une seule phrase, simplette : la politique et les politiques ne se mêlent pas de religion, la religion et les religieux ne se mêlent pas de politique.

Pour « The Guardian », dans une édition plus récente, l'interdiction du burkini est le dernier « champ de bataille où l'on surveille et limite les choix de la population musulmane par un gouvernement qui proclame par ailleurs sa volonté de protéger le droit à la liberté d'expression ».

Isolé sur cette question dans sa propre majorité de gauche, le 1er Ministre, Manuel Valls qui avait soutenu la démarche des maires en question, persiste : « «Cette ordonnance du Conseil d'État n'épuise pas le débat qui s'est ouvert dans notre société sur la question du burkini. Ce débat n'est pas anodin ». C'est un débat de fond», affirme le premier ministre dans un message publié sur son compte Facebook.

Alors que Najat Vallaud-Belkacem, sa ministre de l’Éducation nationale, s'est alarmée jeudi sur Europe 1 d'une «dérive politique dangereuse pour la cohésion nationale», le premier ministre persiste à dénoncer le Burkini, le 1er ministre s’embourbe : « Je veux répondre clairement: dénoncer le burkini, ce n'est en aucun cas mettre en cause une liberté individuelle. Il n'y a pas de liberté qui enferme les femmes! C'est dénoncer un islamisme mortifère, rétrograde». Une autre femme ministre de Manuel Valls , la ministre de la Santé, Marisol Touraine, a également largement pris ses distances vis-à-vis de son chef, au travers d'une note de blog. «Faire comme si, en se baignant voilée ou en restant habillée sur une plage, on menaçait en soi l'ordre public et les valeurs de la République, c'est oublier que ces valeurs doivent précisément permettre à chacun de ne pas renier son identité».

Rappelons à Manuel Valls que les baigneuses françaises jusque dans les années 1930 (voir illustration) portaient des tenues beaucoup plus proches du burKini que du string en vogue actuellement. Et que les nostalgiques des unes (quels que soient leurs motivations) et les adeptes du bronzage intégral sont parfaitement en droit d’exprimer un droit fondamental : celui de vivre leurs libertés individuelles.

Il faudrait décidément que Manuel Valls, adepte des coups de menton et des décisions autoritaires à tout propos, sauf sur les promesses électorales les plus importantes de son seul patron, François Hollande, comme celle de « l’inversion de la courbe du chômage » qui concerne elle, tous les Français et Françaises, prenne enfin de vraies vacances. Longues, si possible. Qu’il se repose.

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25 août 2016 4 25 /08 /août /2016 17:43

Chronique de Paris, publiée dans le Quotidien d'Oran du 25 août 2016)

Bien après Juppé, Nicolas Sarkozy vient de faire savoir qu’il sera candidat pour le scrutin dit de la « primaire » qui se déroulera à droite en novembre. En décembre, Hollande se déclarera candidat ou pas aux primaires du PS

Cette primaire vise à départager les très nombreux prétendants qui briguent l’adoubement pour être désigné comme le candidat officiel des Républicains, le principal parti de droite, à l’élection présidentielle française du printemps 2017. Pour l’instant, ils sont une petite quinzaine de prétendants à se disputer la 1ère place.

François Hollande, le président sortant, donnera, début décembre, sa position sur sa participation ou non à la primaire qu’organise le parti socialiste en janvier prochain. Au sein du PS, ils sont également une petite dizaine à déclarer concourir.

Les élections primaires ? C’est une idée piquée aux Américains, qui organisent effectivement un vote de 1er choix dans les deux grandes formations outre-Atlantique. Pour les prochaines élections présidentielles qui se déroulent en novembre, le Parti démocrate a choisi Hillary Clinton et le Parti Républicain a opté pour l’impayable Trump.

Les élections primaires à la française ? C’est apparemment une bonne idée, bien démocratique, qui interpelle les citoyens sur les choix des candidats qui vont défendre les couleurs des différents partis, et en concurrence pour la charge suprême : la présidence de la République qui, dans le cadre de la Vème République française, donne de très grands pouvoirs au président élu. Ce n’est pas une démarche obligatoire, le Front national a désigné Marine Le Pen comme unique candidate, tout comme le Front de gauche a mandaté Jean-Luc Mélenchon pour la présidentielle.

Usure de l’image des partis

Qui vote ? Tous les citoyens qui veulent participer à ces différents scrutins : pour les Républicains, le site primaire 2016.org indique que le vote est « ouvert à tous », avec néanmoins quelques critères. Les votants devront être inscrits sur les listes électorales du 31 décembre 2015. Ils devront signer la « charte de l'alternance » dans laquelle ils attesteront partager « les valeurs républicaines de la droite et du centre » et s'engager « pour l'alternance afin de réussir le redressement de la France ». Simple engagement.

Deux euros par tour seront également demandé pour couvrir les 8 millions d'euros que devraient coûter les primaires. Un très gros sacrifice financier ! Le système est à peu près le même pour les primaires qu’organise le Parti socialiste. Bon, en clair, tout le monde peut participer aux différents processus et rien n’interdit un électeur de gauche de participer au vote des Républicains et du centre, comme rien interdira un électeur du Front national de donner son opinion sur quel serait le meilleur candidat pour le PS, le tout dans le secret de l’isoloir.

C’est la démocratie « participative » qui fait justement participer au maximum l’électeur lambda aux grands choix d’orientation des vieux partis politiques français. Avant, c’était les états-majors qui choisissaient, dans le secret des salles fermées et des manœuvres de couloir, le « bon candidat » de chaque formation. Parfois, on poussait l’excès jusqu’à faire valider le choix faits par un vote des adhérents lors d’un congrès. Maintenant, ce sont tous les électeurs, tous les Français qui peuvent choisir leur champion dans chaque parti et organiser à leur sauce le 1er tour de l’élection présidentielle !

Un grand progrès dans la transparence et la participation citoyenne ? Les primaires ne sont hélas qu’en apparence, une bonne idée démocratique. Cela apparait surtout comme une fausse bonne idée. Plusieurs raisons au phénomène.

Ce scrutin conforte la sacro-sainte dictature des sondages : des dizaines de milliers de Français sont quotidiennement interrogés sur des sondages aux sujets les plus divers (de « croyez-vous en Dieu », jusqu’aux meilleurs fromages du moment, de l’accueil ou non des réfugiés syriens à la côte de la dernière voiture sortie par le constructeur Renault… Et l’opinion exprimée devient alors une sorte de résultat quasi sacralisée alors que, bien sûr, la même opinion publique peut sur le même sujet, dans les jours ou les semaines qui suivent, radicalement changer d’avis… Les primaires ne sont qu’une photographie au temps T de l’opinion des électeurs d’un parti sur les candidats que celui-ci présente, opinion qui s’appuie beaucoup… sur les sondages.

Les primaires excitent évidemment les ambitions et personnelles et augmentent considérablement le nombre des postulants au poste suprême Même ceux qui n’ont que très peu de chances d’aboutir sur un succès, se disent : « on va enfin parler de moi ! Je passerai dans les télés, les radios, tous les adhérents du parti me connaîtront »… ou « je suis jeune, je me prépare pour l’échéance d’après… ».

Arène de toutes ambitions, les primaires voient s’affronter des leaders ou des seconds couteaux dans le même parti où traditionnellement, il n’y a pas de très grandes divergences entre les uns et les autres. Il faut donc à tout prix se différencier, en faire plus que le voisin-concurrent.

Dans cette période d’attentats ou la sécurité est une vraie préoccupation des Français, ça aboutit à droite mais aussi à gauche à une surenchère surréaliste de proposition policière, pénale et carcérale… Si l’on en croît les programmes concurrent en lice dans chaque grande formation, on va passer en grande vitesse surtout à droite, de l’état d’urgence à l’état d’exception !

Enfin, dernier travers de ces primaires, les fractures internes de ces longues campagnes internes à chaque formation politique affaiblissent durablement ces dernières : les primaires, machines à perdre, montrent publiquement voire inventent des divisions au sein des partis dont l’image ne sort pas rehaussée. A quoi servent donc ces partis politiques qui ont déjà mauvaise presse s’ils ne décident même pas eux-même du candidat qu’ils doivent soutenir ? A seulement coller les affiches ? Et le vainqueur de la primaire a quelque mal ensuite à s’imposer comme le vrai rassembleur des Français puisqu’il a été aux yeux de tous, l’un des grands diviseurs de sa propre formation politique.

Une étape dans le grand feuilleton présidentiel

On n’imagine bien que les haines palpables et exprimées publiquement entre les quatre principaux candidats à la primaire à droite ne s’estomperont pas miraculeusement lors de la vraie campagne, celle des présidentielles. Alain Juppé déteste Nicolas Sarkozy. L’ex président lui, méprise François Fillon, son ex 1er Ministre qui le lui rend bien. Ce dernier a de piètres résultats dans les sondages mais c’est celui qui compte le plus de parlementaires dans son comité de soutien. Et tous se méfient de Bruno Le Maire, ce quinquagénaire qui incarne la « jeune » génération montante. Dans la politique française, on est gamin jusqu’à au moins cinquante ans…

A gauche, où la primaire se réduit aux seuls candidats du PS, avec en plus deux écolos indépendants, Arnaud Montebourg, ancien ministre de François Hollande a annoncé en fin de semaine sa candidature à la présidence en reprochant à l’actuelle président d’avoir trahi ses promesses et son programme. Montebourg tout comme Alain Juppé à droite, n’a pas écarté l’idée de passer outre la primaire si, celle-ci lui était défavorable ou trop « manipulée ». Trahison, déloyauté : quels que soient les résultats de cette primaire et de l’élection présidentielle, Arnaud Montebourg et François Hollande pourront-ils faire partie de la même formation politique ? Peut-être non ; peut-être oui, parce que le froid réalisme des intérêts personnels peut finalement l’emporter mais dans ce cas, les dents vont grincer très longtemps et les coups bas continueront de même.

Aujourd’hui, le moins que l’on puisse dire en tous cas c’est que les scénarios de sortie de ces primaires sont extrêmement ouverts, tout comme l’issue de l’élection présidentielle de 2017.

Lorsqu’Alain Juppé s’est déclaré candidat, il y a plusieurs mois, les électionssemblaient joués d’avance. Au top des sondages, l’ancien chiraquien ne pouvait faire qu’une bouchée de tous les candidats de gauche, François Hollande battant tous les records d’impopularité de pour un président français en exercice. Modéré, faisant preuve de l’expérience et de l’autorité nécessaire, il pouvait aisément contrer Marine Le Pen. Juppé n’avait qu’un seul handicap : son âge, 75 ans lorsqu’il atteindrait la magistrature suprême, presque 80 ans à la fin de son futur mandat. Mais les Français adorent les vieux présidents, Charles de Gaulle, François Mitterrand…

Oui mais voilà, Nicolas Sarkozy qui avait annoncé abandonner la politique après son échec aux présidentielles précédentes, l’ambition et la rage de gagner lui étant chevillées au corps, est revenu dans le jeu. Bon tacticien, excellent manœuvrier, il a rapidement repris le contrôle de son propre parti, pièce essentielle dans la préparation d’élections majeures. Car, en 2017, se dérouleront dans le même temps deux scrutins décisifs : la présidentielle suivie immédiatement des élections législatives qui donneront ou pas au vainqueur de la présidentielle une large majorité de députés à l’Assemblée nationale, condition sine qua non d’un mandat sans trop de secousses, ni d’alliances compliquées.

Hollande pas encore totalement sorti du jeu

C’est ce qu’avait réussi François Hollande en 2012. Pourquoi donne-t-il donc tant aux Français l’impression d’un échec ? Les explications livrées ci-dessous ne sont évidemment que très partielles et ne rendent pas compte de certains succès de sa mandature.

François Hollande a sans doute en 2012, sous-estimé la gravité de la crise financière de 2008 / 2009 et ses conséquences sur l’économie européenne. Alors que les Etats-Unis et le reste du monde ont rapidement retrouvé une certaine croissance, d’environ 3,5% pour les USA, l’Europe (sauf l’Allemagne et les pays nordique) continue à se trainer, France comprise, autour de 1% de plus par an, ce qui est largement insuffisant pour refaire partir l’investissement et inverser la courbe du chômage. François Hollande pensait faire un plan de rigueur d’un à deux ans (fiscalité accrue, économies partout) pour ensuite redistribuer les fruits d’une croissance retrouvée : il n’aura plus que faire cinq année de rigueur sans redistribution. On est évidemment loin de « 60 promesses » faites par le candidat Hollande en 2012…

François Hollande n’a pas voulu non plus revenir sur l’excessive politique d’austérité budgétaire prônée voire ordonnée par l’Allemagne à l’ensemble de l’Europe. Il fallait de la relance, et donc du déficit budgétaire, le mot même qui étrangle Angela Merkel

Pire, le président s’est heurté sur la question sociale à sa propre majorité en faisant passer en force la « Loi Travail », défendu par sa ministre el-Khomri. Ce vaste catalogue disparate de dispositifs d’allègement des droits du travail, très libéraux d’inspiration lui ont valu l’opposition d’une très grande majorité de syndicats et la colère publique ou discrètes, de nombreux députés socialistes qui voient avec beaucoup d’inquiétude poindre les élections législatives alors qu’une très majorité de leurs électeurs sont en rage contre cette Loi Travail…

Autre difficulté majeure, le terrorisme, la France étant la cible privilégiée de Daesh en Europe, du fait d’une politique diplomatico-militaire souvent courageuse au regard de l’apathie européenne dans ces domaines. Nul pays ne peut circonscrire totalement le risque des attentats terroristes et les dispositifs établis rapidement par le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve se sont révélés avec l’efficacité que l’on pouvait seulement espérer dans une telle période. Les dangers restent néanmoins aussi grands comme la montrait la terrible tuerie de Nice. Tout autre gouvernement ou autre majorité n’auraient pas su l’empêcher. Mais les Français restent terriblement inquiets et en font le reproche à l’exécutif actuel.

François Hollande avait su avec raison lancer l’état d’urgence mais la mesure symbolique de la « déchéance de nationalité pour les responsables d’actes terroristes » s’est rapidement engluée dans un débat pour savoir si cette mesure concernait tous les coupables ou seulement les binationaux. Cette dernière mesure avait un caractère ségrégationniste insupportable à la propre majorité de gauche. Devant la division de son camp et les surenchères de la droite, François Hollande a préféré abandonner le projet. Il aurait mieux valu ne pas le lancer vu l’impréparation de cette réforme constitutionnelle.

Malgré tout, François Hollande, président sortant, devrait gagner les primaires du PS. Et si Sarkozy emporte les primaires à droite, Hollande conserve quelques chances pour les présidentielles, tant les deux anciens présidents sont aussi impopulaires l’un que l’autre. Ils savent tous les deux qu’ils affronteraient Marine Le Pen quasiment assurée d’être présente au second tour de la présidentielle de 2017. Et c’est bien là le plus désastreux échec commun des grands partis traditionnels français.

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25 août 2016 4 25 /08 /août /2016 17:39

(Chronique de Paris parue dans le Quotidien d''Oran du 11 août 2016)

Le Président turc après un « contre-coup d’Etat » réussi mais qui met fin à la démocratie turc, et un renversement surprise d’alliance avec la Russie, ressort affaibli de tous ces évènements

La tentative de coup d’état en Turquie, le 15 juillet dernier, continue à susciter beaucoup d’interrogations et sur la méthode et sur ses commanditaires. Les putschistes semblent avoir fait preuve de beaucoup d’amateurisme : malgré l’appui d’une partie de l’armée turque, dont attestaient les bombardements aériens du parlement et du palais présidentiel, leur tentative a été démantelée en quelques heures par le gouvernement.

Celui-ci a mis immédiatement en cause l’imam Fethullah Gülen, en exil aux USA depuis 1999, et son mouvement Hizmet, le plus fidèle allié de l’AKP, le parti d’Erdogan, tout au moins jusqu’en 2013. Problème : à partir de 2002, où l’AKP remporte pour la 1ère fois les élections législatives, c’est Hizmet qui s’est le plus mobilisé pour appeler à de vastes purges dans l’armée turque, traditionnellement kémaliste. Ce qui ne l’a pas rendu très populaire dans cette institution.

Quel était le plan « politique » des putschistes ? On ne le sait toujours pas. Mais un coup d’état chasse l’autre : au putsch raté a succédé un véritable coup d’état « légal » dirigé par le président Erdogan qui a transformé en quelques heures, une démocratie déjà fragile en état dictatorial sans plus aucune dimension démocratique.

Reccep Erdogan a profité avec habileté et détermination de cette crise pour imposer un régime bien plus « présidentiel » que celui dont il rêvait depuis deux ans : le parlement, les partis ne comptent plus guère, voire plus du tout.

Répression exceptionnelle

Il est vrai que la répression et la « chasse aux sorcières » frappent par leur caractère extrêmement rapide et surtout très massif. En quelques heures, d'après des chiffres officiels, 8 651 militaires sont accusés d’être liés aux putschistes. Depuis le 15 juillet, 178 généraux ont été placés en garde à vue, soit la moitié des généraux et amiraux de l'armée, selon des chiffres communiqués par le ministère de l'Intérieur. 149 généraux et amiraux ont été renvoyés pour « complicité dans la tentative de coup d'État ». Parmi eux, 87 hauts gradés de l'armée de terre, 30 de l'armée .de l'air et 32 de la marine. En outre, 1 099 officiers ont également été exclus pour cause « d'indignité », auxquels s’ajoutent 1 684 soldats renvoyés « pour conduite déshonorante ».

Immédiatement après le putsch manqué, des demandes de placement en garde à vue ont aussi été émises contre 2 854 juges et procureurs. Le 21 juillet, le ministère de la Défense avait annoncé la suspension de 262 juges et procureurs militaires. La répressio a également touché l’éducation avec la fermeture de1043 écoles et 15 universités que le pouvoir accuse d’avoir des relation avec les gulénistes : les autorités ont exigé la démission de plus de 1 577 doyens d'université, incluant tous les dirigeants des facultés d'État, et suspendu 21 738 employés de ce ministère de l'Éducation. Et pour faire bonne mesure sur le plan religieux, 2560 membres du clergé sunnite ont été limogés.

Quant à la presse dont l’indépendance avait fortement mis à mal depuis plusieurs années par le régime de Reccep Erdogan, elle paye encore un prix très lourd avec la fermeture, accompagnée d’arrestations, de 130 médias dont 16 télévisions, 45 journaux, 23 stations de radios, 29 maisons d’édition, trois agences de presse…

L’ampleur et la rapidité de la répression, avec arrestation et inculpation de dizaines de milliers de personnes démontrent à tout le moins que le pouvoir Erdogan avait établi des listes très précises de tout ce qui pouvait être opposant à sa ligne dans la haute administration de l’état turc. La répression frappe sans doute très majoritairement la mouvance guleniste mais rien ne dit que d’autres mouvements plus proche du kémalisme laïc n’aient pas eux-mêmes été touchés.

La rupture entre l’AKP et le mouvement guleniste Hizmet surprend d’ailleurs par sa violence tant les deux formations se sont très longuement entendues pendant de très longues années dans un partage des tâches : « durant presque dix ans, la complémentarité entre les deux structures – un parti provenant de l’islam politique, d’une part, et une organisation issu du mouvement confrérique d’autre part – a été presque parfaite : le Hizmet fournissait les cadres politiques dont l’AKP avait besoin et l’AKP nommait allègrement les partisans de F. Gülen à des postes de responsabilités au sein de l’appareil d’Etat », commente Didier Billon. Pour ce chercheur de l’Iris, les premières tensions remontent à 2010, avec en arrière-fond des « rivalités très matérielle se cristallisent entre les deux alliés à un moment où l’économie turque est en pleine ébullition et où les juteux marchés publics enrichissent leurs structures respectives ».

Rapprochement Poutine –Erdogan

L’échec du putsch mais surtout l’ampleur du contre-coup d’état de l’AKP soulignent paradoxalement l’affaiblissement politique de Reccep Erdogan dont la politique de pouvoir personnel non partagé lui vaut la montée de nombreuses oppositions. Sa volonté de « présidentialisation » excessive de la vie démocratique turque lui a même valu ces dernieres années, des critiques au sein même de sa propre formation, l’AKP.

La question kurde qui est depuis des décennies, un problème récurrent pour l’état turc, était en voie d’une solution, il y a trois ans. Mais avec la généralisation de la crise irako-syrienne, Erdogan y a unilatéralement mis fin en relançant son offensive armée contre les milices kurdes. La politique étrangère d’Erdogan reste tout aussi imprévisible : prenant position contre le régime de Bachar el-Assad, il a très largement aidé Daesh, en notamment laissant faire un gros trafic d’arme et la libre-circulation des militants de Daesh au sein de la Turquie. Candidat à l’UE, il prend en chantage financier l’Europe sur la question des réfugiés…

En opposition à l’intervention militaire russe en Syrie, la chasse turque abat un bombardier russe Su-24, le 24 novembre 2015. On alors au-delà d’un simple incident diplomatique. Les relations entre Poutine et le président turc sont alors exécrables et Moscou menaçait alors l’état turc de représailles à la hauteur de l’évènement. Huit mois plus tard, pour des raisons essentiellement économiques et « anti-occidentales », les deux ennemis d’hier sont redevenus des « vrais-faux » amis. Mais le bilan des deux n’est pas égal : cette nouvelle alliance souligne surtout un succès tactique de Vladimir Poutine et les incohérences continues de Reccep Erdogan qui ressort affaibli de cette longue période.

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Published by pierremorville
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