Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
17 décembre 2008 3 17 /12 /décembre /2008 14:16

(article à paraître dans le Quotidien d'Oran du 18 décembre 2008) 

Après le « processus de Barcelone »,  les « conférences 5+5 », le « Forum méditerranéen », l’UPM restera-t-il un projet bureaucratique et fumeux de plus ? Le processus, riche de potentiels, est très mis à mal par la crise économique actuelle. Il mérite pourtant qu’on « l’observe »

 

La crise financière actuelle qui se transforme inexorablement en longue récession, scelle-t-elle le destin du projet d’une « Union pour la méditerranée » (UPM) ?

On pensait que les premiers problèmes politiques qui divisaient les Vingt-Sept sur l’UPM, avaient été plus ou moins réglés lors du Conseil européen des 13 et 14 mars dernier, au prix d'une révision à la baisse des ambitions françaises initiales. Les pays méditerranéens semblaient intéressés mais restaient sceptiques, voire méfiants quant aux objectifs réels des pays du nord.

Au départ, la querelle fut européano-européenne. Nicolas Sarkozy et son conseiller Henri Guaino, véritable initiateur de l’initiative, souhaitaient initialement que le périmètre de « l’Union méditerranéenne » s’applique aux seuls 22 pays strictement riverains de la Méditerranée, auxquels s’ajoutaient le Portugal, la Jordanie et la Mauritanie. Ce qui avait suscité une grande colère de la part d’Angela Merkel. La chancelière allemande évoqua même le risque de « division de l’Union européenne ».

 

Fonds privés ?

 

L'accord s'était finalement réalisé au début du printemps sur cinq axes : participation de l’ensemble de l’Union européenne au projet rebaptisé « Union pour la Méditerranée », relance du processus de Barcelone dans la recherche d’une meilleure parité Nord-Sud, coopération régionale, concentration de l'initiative sur des projets concrets et appel à des fonds privés.

C’est bien l’aspect financier du projet qui aujourd’hui inquiète. Les « fonds privés » se feront tirer l’oreille. Banques et entreprises européennes ne songent qu’à reconstituer leurs marges et, côté sud, les quelques pays pétroliers ou gaziers subissent aujourd’hui la forte érosion des prix de l’énergie.

Le gel de toute croissance ralentira nécessairement les flux économiques entre les deux rives de la Méditerranée.

Bien pire, les accords de « libre-échange » en cours, notamment ceux initiés par la Conférence de Barcelone sont fondamentalement inégalitaires et favorisent à l’évidence l’afflux des produits agricoles, manufacturés, investissements lourds et services en provenance des pays du nord de la Méditerranée.

Une partie de l’Union européenne, Allemagne en tête, largement suivie par les Pays de l’Est de l’Europe  continuent de craindre un siphonage des fonds communautaires au profit du sud méditerranéen.

Ces derniers pays (Maghreb, Proche-Orient, Balkans) comprennent toujours mal la logique générale d’un échange « gagnant-gagnant » possible. La Turquie continue à y voir une manœuvre pour écarter son adhésion définitive à l’Union européenne.

La brutale crise financière qui sera suivie d’une sévère récession éloigne donc les perspectives d’une sortie par le haut des contradictions. Et pourtant…

 

La petite possibilité d’une nouvelle redistribution des cartes

 

Malgré la récession qui vient, ou plutôt à cause d’elle, le projet d’une « Union pour la Méditerranée » peut constituer en effet l’une des solutions de sortie de crise.

L’effondrement financier, la faillite d’une partie de la finance internationale, la grande dépression boursière ont en effet en partie (en partie, hélas !) tordu le coup à deux credos dogmatiques des dernières décennies :

-         la croyance ancrée que la doctrine ultra libérale était le seul moteur du progrès : un marché dérégulé avec le moins d’intervention possible de l’État. On en connait le résultat : la création d’une économie virtuelle, pour l’essentiel spéculative. Celle-ci vient de s’effondrer.

-         une vision benoitement guillerette de la mondialisation : la libre circulation absolue des capitaux et des marchandises (mais pas des hommes !) ne pouvait que construire le bonheur de l’humanité. En réalité, la globalisation basée sur la circulation effrénée de flux financiers désincarnés n’a non seulement pas contribué à régler mais a aggravé les grands problèmes immédiats de l’Humanité : accroissement de la répartition des richesses, crises alimentaires et énergétiques, désastre climatique…

La montée des tensions internationales sensibles depuis dix ans ne sont évidemment pas sans rapports avec cet état de fait.

L’échec patent de l’ultralibéralisme et de la « globalisation » laisse la place, pour le meilleur ou pour le pire, à un retour de l’intervention étatique, à une rerégulation à marche forcée de l’économie, à un contrôle plus drastique des flux internationaux, voire un retour au protectionnisme.

Mais ces restrictions à une mondialisation sans principes et sans frontières ne signifient pas le retour aux stricts marchés nationaux. L’une des hypothèses favorables serait la constitution de grandes « régions économiques » : Asie du Sud-est, Amérique latine, Amérique du Nord…  

L’Europe, élargie à la Russie et à l’ensemble méditerranéen pourrait également constituer un des ces blocs régionaux cohérents.

Nous avions déjà souligné, avec cette grave crise que la constitution d’une véritable Union de la Méditerranée devait d’emblée s’inspirer de quelques principes simples :

-         du donnant/donnant au gagnant/gagnant : chaque pays ou chaque groupe de pays ne consentira à faire des sacrifices que s’il a l’assurance que ces sacrifices sont mutuels et profitables à tous dans une logique positive.

-         Le « troc » ne devra pas en revanche mélanger outre mesure les domaines : on n’échange du pétrole contre des accords militaires, des subventions industrielles contre des Droits de l’Homme, des crédits bancaires contre l’exportation de modèles culturels

-         L’autosuffisance alimentaire et énergétique doit être un objectif commun de l’ensemble UE/UPM

-         L’organe de négociation et de développement des projets doit être portée par une structure simple, unifiée et transparente, portant une volonté politique commune

-         Enfin et surtout, L’union pour la Méditerranée a une petite chance de succès si les populations concernées s’en emparent.

De ce point de vue, les essais précédents sont restés cantonnés dans le silence pesant des bureaux gouvernementaux et le débat feutré des conférences et sommets internationaux. L’adhésion passe par une information citoyenne la plus large. Le succès d’une telle Union nécessite également que ses objectifs généraux se transforment en enjeux concrets pour la très grande masse des individus concrets. Sur cette dernière question, la libre-circulation des individus et la reconnaissance générale des droits des citoyens constituent une pierre angulaire du succès de l’initiative.

 

Un observatoire : pourquoi ? Comment ?

 

Six projets sont censés favoriser l’essor de l’UPM : la dépollution de la Méditerranée, les autoroutes maritimes et terrestres, la Protection civile pour répondre aux catastrophes naturelles, une université euro-méditerranéenne, l’énergie solaire et une « initiative méditerranéenne de développement des affaires ». Les cinq premiers, tous à moyen ou long terme, doivent nécessairement faire appel à des fonds publics alors que les finances des États sont fort malmenées par la crise.

« L’initiative pour le développement des affaires » reste aussi mystérieuse qu’improbable dans le climat de récession actuelle.

Il n’en reste pas moins vrai que ces projets répondent à de réelles attentes tant parmi les États qu’à des degrés divers, dans les opinions publiques.

Les synergies entre l’Union européenne, qui reste le 1er marché mondial, les pays du Maghreb du Proche-Orient, la Turquie et les pays balkaniques sont évidentes qu’il s’agisse des flux économiques, alimentaires, énergétiques, financiers ou de la circulation des hommes. De grands travaux d’infrastructures, hors d’atteinte par le financement d’états particuliers, le développement de politiques de santé et d’éducation, la mise en commun de politiques de recherche, urbaines permettraient une forte élévation du niveau de vie de toute la zone.

L’Union pourrait également d’apaiser des zones de tensions politico-militaires dans une grande région qui n’en manque pas, de l’ex Sahara espagnol, en passant par la Palestine, la zone caucasienne ou les Balkans.

Reste que le succès, outre les impératifs de financement, et de traitement égalitaire entre les nations, passe obligatoirement par une démarche citoyenne.

Associer les populations est un impératif. L’Observatoire proposé entre dans cette démarche.

Quels seraient ses objectifs ?

  • recenser les projets concrets de l’UEM
  • mesurer les impacts sur les économies et les populations
  • suivre les modifications réglementaires ou diplomatiques
  • enregistrer les progrès démocratiques dans la zone.

Cinq pôles d’expertise pourraient être progressivement mis en place : relations internationales, économie et finances, environnement, urbanisme, citoyenneté.

Cet observatoire serait dans un premier temps constitué d’experts français et du Maghreb.

Il a naturellement vocation à s’ouvrir à des participants des 43 pays membres de l’Union.

Les journaux de la grande région seront idéalement des partenaires indispensables, le Quotidien d’Oran en premier lieu !

Projet utopique ? Peut-être mais pas plus que l’Union elle-même !

Pour tous contacts : obsupm@gmail.com ; pierremorville@yahoo.fr.

Merci de me communiquer toutes vos idées, vos réserves, vos critiques.

 

Pierre Morville

Repost 0
Published by pierremorville - dans géoplitique-éco
commenter cet article
26 novembre 2008 3 26 /11 /novembre /2008 13:21

Congrès du PS : Interview exclusive de François Mitterrand au Quotidien d’Oran

 

J’étais rentré par désœuvrement dans un des ces « café-librairie », mélange de bar chic et de bibliothèque à la mode à Paris qui se croit toujours « capitale de l’esprit ».  Rayonnages surchargés de livres, musique douce, ambiance feutrée, consommations hors de prix.

Je parcourais le Nouvel Observateur d’un œil distrait quand je remarquai dans un coin sombre, la silhouette assise droite dans son fauteuil en cuir. Un peu vieilli, un peu tassé, mais toujours le même profil d’aigle. Posés sur une table basse, le chapeau et la légendaire écharpe. Il n’y avait pas de doutes : François Mitterrand !

-         Monsieur le Président…

-         Je ne suis plus président, je suis officiellement décédé et enterré à Jarnac, le 11 janvier 1996. Belle cérémonie, d’ailleurs. Laissez-moi, je suis, comme vous le voyez, en train de lire !

-         Mais… c’est une occasion unique, une interview, euh..., posthume. Enfin.., pouvoir recueillir vos premières impressions sur le congrès du PS à Reims…

-         Ah ! le funeste congrès, le massacre de Reims ! Bon ! Asseyez-vous et laissez-moi finir mon chapitre

 

Funeste congrès de Reims

 

L’ancien président lisait les pamphlets du Cardinal de Retz. Heureusement, c’était la partie la plus courte de ses mémoires.

Un quart d’heure plus tard, François Mitterrand referma l’ouvrage en replaçant soigneusement le marque page.

-         Alors que voulez-vous savoir ou plutôt comprendre au regard de votre air nigaud ?

-         Eh bien, vous ne trouvez pas extraordinaire cette coupure haineuse en deux du parti que vous avez construit patiemment ?

-         La seule déception que j’ai ressentie à la victoire de Martine Aubry, c’est que Michel Rocard restera au Parti socialiste. Mon ex-premier ministre avait menacé de démissionner en cas de victoire de Mme Royale. Il aurait pu enfin rejoindre les centristes qu’il aime tant. Mais évidemment, il s’est trompé dans le pronostic. Il a d’ailleurs passé toute sa carrière à se tromper dans ses pronostics. Vous voulez savoir ce qui ne vous arrivera jamais ? Allez demander à Rocard de vous prévenir l’avenir… Ah ! L’imbécile, il m’a bien fait rire (petit gloussement)

-         Mais le parti socialiste est-il encore gouvernable quand à peine cent voix partagent ces deux blocs en total affrontement ?

-         Ce qui est idiot, c’est de mettre aux voix des militants le choix du Premier secrétaire. Avec une telle règle, je n’aurais jamais dirigé le PS. Imaginez, à l’époque de sa création, je n’étais même pas socialiste… Ma vie politique est à l’inverse de la trajectoire de ce parti. Je suis né dans une famille de droite, je fus du centre pendant la IVème République, radical-socialiste sous ce vieux fumier de général, et j’ai finit franchement à gauche. Mes successeurs au PS ont fait une course à l’échalote pour savoir qui sera dorénavant le plus à droite. Comme ce pauvre maire de Paris, comment s’appelle-t-il déjà ? Ah ! oui, Delanoé, qui se déclare  grand libéral en économie la veille du jour où l’économie capitaliste mondiale s’effondre à force de trop de spéculations. Ils ont dû être contents d’être « libéraux », nos électeurs ouvriers et employés. Remarquez, je ne sais pas s’il en reste beaucoup…

-         Vous pensez que le PS pourra surmonter cette crise ?

-         C’est de la roupie de sansonnet ! Le vrai drame, c’est la crise économique internationale. Je le savais et je l’ai toujours dit : l’argent-roi corrompt tout. L’argent des banquiers fous, des spéculateurs, des affairistes s’insinue partout. Il a corrompu les hauts fonctionnaires, les ministres, les élus. Et pour quels résultats : un krach mondial, des milliards d’euros, de yens, de dollars partis en fumée, des bourses folles, une planète en ruine, des gouvernements désemparés. A côté de ce spectacle désolant, le congrès du Parti socialiste apparait pour ce qu’il est : un opéra bouffe, un film des Marx Brothers.

 

« Incapables ! »

 

L’ancien président me tendait un index accusateur. Je n’y étais pour rien dans ce congrès dévastateur. Mais François Mitterrand continuait à s’en prendre à moi :

-         Vous avez quel âge ? A vue de nez, celle de cette génération imbécile, celle des Aubry, Royale, Hollande, Dray, Delanoë et consorts. Tout juste bon à gagner des mairies, à conquérir des conseils généraux, à pantoufler en cas d’échec dans de confortables conseils d’administration de grandes entreprises en tant qu’énarques surdiplômés. Incapables ! Tous incapables ! Et leurs ainés, ces lieutenants que j’avais nommés, ne valent pas mieux. Regardez moi cette grande mule de Lionel Jospin, cet ancien trotskiste qui déclare que « l’État ne peux pas tout », ce socialiste raide et dogmatique qui mène une campagne électorale « au centre ». Pour quel résultat, l’électorat populaire part à droite et Jean-Marie Le Pen arrive second à la présidentielle. Le Pen ! J’étais arrivé à faire de ce tribun de foire un merveilleux repoussoir et le vieux briscard réussit à faire de voix que mon parti socialiste. Les pères construisent, les fils dilapident et leurs enfants s’entre-déchirent en se disputant ce qui reste de l’héritage.

-         Plus personne ne semble avoir grâce à vos yeux ?

Le président partit d’un grand rire.

-         Strauss-Kahn m’a bien amusé avec ses parties de jambes en l’air au FMI. Beaucoup de femmes m’ont trouvé quelque séduction et je leur en aie rendu grâce mais je fus bien plus discret que ce pauvre Dominique. J’aime bien aussi Mélanchon . Il est parti du PS, il reviendra.  J’apprécie beaucoup le petit jeune, Hamon. Du courage, du verbe, du culot, un placement politique aux petits oignons, ce charmeur n’a pas froid aux yeux. Il me rappelle moi-même à son âge sous la 4ème République. Ah, on s’amusait bien avec l’ami Dumas…

Le président prend un air rêveur puis revient vers moi sur un ton de confidence

-         Il y a bien toujours Laurent Fabius. Il a fait une bonne intervention sur la crise économique au congrès de Reims. Brillant, intelligent, égal à lui-même, une vraie vision sur l’avenir… Mais voilà, Laurent manque de chance : les socialistes et même les électeurs ne semblent pas l’aimer. Je pense néanmoins qu’il garde toutes ses chances pour la présidentielle de 2012.

-         Face à Sarkozy, vous croyez que le Parti socialiste a encore une chance ?

-         En politique, il n’y a pas de défaite, il n’y a que l’attente de la prochaine élection. Regardez mon parcours, chef de la résistance à 25 ans, ministre à 30 ans, j’ai du attendre 1981 pour réussir la plus longue mandature de la Vème. Mais moi je ne suis jamais tombé dans le désarroi, la déception, le défaitisme.

 

Sarkozy : « diable d’homme ! »

 

François eut un de ses sourires carnassiers qui faisaient tant trembler son entourage.

-         Sarkozy ! Quel diable d’homme ! Il ne s’arrête jamais. On se demande quand il dort ! Il a d’autant plus de convictions qu’il en change chaque jour. A tant changer d’opinions, il réussit à faire passer Jacques Chirac, vous savez, mon ancien Premier ministre, pour un conservateur rigide et dogmatique alors que c’était un astucieux radical-socialiste qui savait s’adapter au terrain. Sarkozy court un cent mètres alors que le mandat présidentiel est un marathon. L’actuel président dispose peut-être d’une santé de fer mais il est en train d’user son capital de confiance auprès des électeurs. J’en sais quelque chose, en situation de crise les Français sont prêts à des sacrifices mais ils veulent des résultats, pas des discours. La crise mondiale, la récession à venir plonge dans le désarroi tous les chefs d’État. A l’heure actuelle, tout le monde hésite sur l’analyse de cette crise, sur les solutions à construire, sur le rôle même du politique alors que c’est le politique qui revient au poste de commande, à la place occupée illégalement par le financier. L’État régulateur revient en force. J’ai du d’ailleurs dans les années 80 trop cédé aux chants de sirène des économistes libéraux. Mais le pauvre Pierre Bérégovoy tenait tant à ses dérégulations financières et à sa « désinflation compétitive ». Tenez, c’est lui qui m’a expliqué un jour, dans les jardins de l’Élysée ce qu’était une titrisation et un produit dérivé. C’était bien ennuyeux…

-         Et dans l’équipe gouvernementale de Nicolas Sarkozy, vous avez remarqué des ministres prometteurs ?

-         Je n’ai pas d’avis sur les ministres de l’UMP. Ils doivent être à l'égal de ceux que j’ai connus dans mes gouvernements de cohabitation. Mais je les plaints : il ne doit pas être facile de travailler sous les coups de fouets de l'excité Sarkozy. Quand à ceux de notre camp, qui ont cédé à la palinodie d’ouverture à gauche, ils méritent peu de commentaires : Kouchner se croit toujours à « Médecins du monde », Besson bessonne, et le talentueux Jouyet s’est aperçu, à cinquante ans, qu’il n’était pas de gauche. Découverte tardive.

     A droite comme à gauche, c'est les tempêtes qui révèlent les hommes.  Mais, comme l’écrit l’excellent Cardinal de Retz, « Par les temps où règne la vertu, on peut juger les hommes par leur devoir ; dans les siècles corrompus, et qui portent pourtant des gens habiles, on en doit juger par les intérêts ». Sur ce, bonsoir, jeune homme.

La messe était dite, je me retirais sur la pointe des pieds.

 

Propos recueillis par Pierre Morville

Repost 0
Published by pierremorville - dans géoplitique-éco
commenter cet article
12 novembre 2008 3 12 /11 /novembre /2008 01:57

article pour publication dans le Quotidien d'Oran du 13 novembre "Chronique de Paris"

 

Ségolène Royale s’apprête à prendre le pouvoir au sein d’un Parti socialiste divisé et sans beaucoup d’idées

 

Le Parti socialiste actuel a été fondé en 1971. Jusque là, la « Gauche non-communiste », appellation distinctive du Parti communiste, alors principale formation de l’opposition, était composée d’une kyrielle de petits partis, cercles de réflexions et autres clubs politiques. La Fédération de la gauche démocrate et socialiste (FGDS) créée sous l'impulsion de François Mitterrand en décembre 1965, était l’une de ces micro-formations d’une mouvance qui comptait également la SFIO (Section française de l’Internationale socialiste) de Guy Mollet, le Parti radical-socialiste de René Billères , l'Union Démocratique et Socialiste de la Résistance (UDSR), la Convention des Institutions Républicaines du même François Mitterrand qui avait également en complément, composé son propre groupe parlementaire, l'Union des groupes et clubs socialistes (UGCS) de Jean Poperen, l'Union des clubs pour le renouveau de la gauche d'Alain Savary

 

Le retour des « clubs socialistes »…

 

Cette gauche non-communiste divisée et querelleuse bénéficie du demi-succès fondateur de la candidature de François Mitterrand qui parvient, en 1965, à mettre en ballottage le Général de Gaulle. Elle forme un contre-gouvernement dont Mitterrand est le président. Elle obtient un certain succès en 1967 en faisant élire 121 députés. Mais elle s’écroule aux élections de 1968, ne totalisant que 16,5 % des suffrages exprimés et ne conservant que 57 sièges à l'Assemblée nationale. Les députés proches de Mitterrand, sont, sauf lui, tous battus. Ce dernier est lui-même contraint de siéger comme non-inscrit car la SFIO décide alors de redonner la priorité à l'affirmation de son identité socialiste et reconstitue son propre groupe parlementaire.

A l’époque, tous les dirigeants de cette « gauche non communiste » n’étaient d’accord sur rien sans que les électeurs comprennent bien quelle était la nature de leurs divergences. Ils se détestaient beaucoup car la lutte des ambitions était totale. A la fin, après des bagarres au couteau, des traquenards et beaucoup de trahisons, le plus intelligent, le plus retors mais au fond, le seul stratège, François Mitterrand prend la tête du nouveau parti socialiste.

L’état actuel du Parti socialiste fait furieusement penser à cette période passée d’éclatements, de divisions et de querelles d’individus.

En novembre 2008, à la veille du Congrès de Reims, les militants ont voté sur différentes motions. Constatons d’abord que le scrutin n’a pas passionner le peuple socialiste : 55% des adhérents seulement se sont déplacés pour choisir entre les quatre principaux textes animée chacun par les principaux leaders du PS, traditionnellement surnommés les « éléphants du parti ». La comparaison avec ce noble animal parait aujourd’hui quelque peu excessive. « Éléphanteaux » conviendrait mieux mais elle s’applique mal à ces responsables politiques plus que quinquagénaires.

La préparation du congrès rappelle davantage un troupeau de singes qui se disputent, à force de cris, de bagarres et de hurlements, un lot de bananes mais la métaphore deviendrait injustement et inutilement déplaisante.

Les dirigeants du Parti socialiste présenteront un bilan dont ils n’ont pas à rougir. Le PS a à son actif plusieurs grands chelems électoraux. Ils ont gagné les 22 Conseils régionaux français. Ils contrôlent les mairies de la plupart des plus grandes villes françaises et un grand nombre de conseils généraux  dans les départements.

Mais la droite française, elle, remporte régulièrement, l’élection-reine, la Présidentielle. Depuis 1988, seconde élection de François Mitterrand, les candidats socialistes ont échoué deux fois face à Jacques Chirac (Lionel Jospin n’ayant même réussi à être présent au second tour, se faisant devancer par Jean-Marie le Pen !) et une fois face à Nicolas Sarkozy.

Et si l’échéance présidentielle tombait aujourd’hui, l’actuel président de la République aurait toutes les chances de se faire réélire.

Le drame du Parti socialiste est de ne pas avoir un candidat qui s’impose d’emblée et avoir pléthore de candidats potentiels. Chacun a constitué, au sein du Parti socialiste, son propre « club », au bénéfice, essentiellement de sa propre ambition. Mais aucun nouveau « François Mitterrand » ne semble surgir.

 

Ségolène Royale prend la tête

 

* Motion « Royale » (29,5% des voix des adhérents) : Ségolène est un personnage curieux. Conseillère à l’Élysée sous François Mitterrand, elle mettait en avant ses qualités techniques d’énarque et ne semblait pas être habitée par de fortes convictions socialistes. A  l’époque, elle était pour l’essentiel, l’épouse de son mari, François Hollande, excellent agitateur d’idées et créateurs de nouvelles solutions politiques. Hélas, pour des raisons encore inconnues, François Hollande semble ne pas avoir plu à François Mitterrand. Ce fut donc sa femme qui eut les postes ministériels et des candidatures assurées. Nommé par Lionel Jospin, 1er secrétaire du Parti socialiste, François Hollande ne fut pas l’un des moindres artisans de la candidature de Ségolène Royale à la dernière présidentielle. Mais lors de la campagne, le couple se sépare et le divorce est également politique.

On dit que Ségolène Royale se sent la vraie héritière de Mitterrand et qu’elle est la seule compétente à rassembler toute la gauche. Sa campagne présidentielle, très personnelle et très exaltée, a suscité beaucoup d’interrogations et de doutes au sein de la direction du parti. Il n’en reste pas moins vrai qu’elle reste relativement populaire auprès de ses électeurs et d’une fraction des militants de base du parti socialiste.

* Motion Delanoë (25,3%). Bertrand Delanoë est un bon maire de Paris, fonction qui fut longuement occupée par Jacques Chirac. Avait-il les compétences pour diriger simultanément la Capitale, ses 50 000 fonctionnaires municipaux et un Parti socialiste divisé et instable ? Le soutien de François Hollande (à qui l’on prête des ambitions de candidat présidentiel en 2012) et d’amis de Lionel Jospin ne fut pas suffisant.

Les divergences politiques entre le camp de Ségolène Royale et celui de Delanoë tiennent néanmoins à l’épaisseur de la feuille de cigarette.

 

Faible crédibilité du PS dans les couches populaires, doutes dans la classe moyenne

 

La lecture des deux principales motions laissent sur sa faim. Ségolène Royale malgré quelques sorties « new Wave » (meetings musicaux sur fond de slogan répétés à l’unisson « So-li-da-ri-té ! ») ou de propos gauchisants sans conséquences (comme la demande de la future première secrétaire d’interdire les licenciements dans les entreprises qui font des bénéfices), a, tout comme Bertrand Delanoë, un discours économique « social-libéral » plus libéral que social, un projet politique d’alliance avec François Bayrou « socialo-centriste », une vision internationale encore inconnue à ce jour.

Trouvée sur le Net, cette analyse d’un militant du parti socialiste ne manque pas de sel ni de justesse : Ce qui reste du “vieux” PS rassemblant les éléphants, bloc social-démocrate maintenu et un peu décati (environ 50% des voix) avec les motions Delanoë et Aubry. (2) Un bloc New Labour à 29%, mais qui a perdu, dynamique porteuse, 50% en un an. (3) Une gauche à 19%, mais qui vient d’enregistrer le départ de MM Mélanchon et Dolez, (…) qui ont senti que le PS était devenu un arbre politiquement mort, rassemblement hétéroclite de lobbies d’élus et d’aspirants-élus en guerre ouverte. »

* La motion Aubry (24,6%). La maire de Lille a dû être un peu déçue de n’être qu’en 3ème position malgré le soutien de Laurent Fabius (seul véritable homme d’État au sein du PS mais hélas, impopulaire dans son parti) et des amis de Dominique Strauss-Kahn, ce dernier parti dans un exil, difficile, au Fonds Monétaire International (FMI).

New Labour ? Aubry mérite mieux cette appelation que Royale ! C’était en effet l’étiquette de la tendance du parti travailliste anglais qui opère aujourd'hui un bilan critique de plus d’une décennie de gestion très libérale et très pro-américaine du « socialiste » Tony Blair. Gordon Brown, lui-même, ex-numéro 2 et actuel premier ministre anglais, tire un bilan pragmatique de la crise financière et opte pour un retour à l’intervention de l’état et un renforcement de la régulation économique.

* Motion Hamon (19%) soutenu par Henri Emmanuelli, ancien président de l’Assemblée nationale, le benjamin Benoit Hamon, 44 ans, a mené une campagne résolue dans la gauche du Parti socialiste.

Cette motion souligne le divorce ancien avec les couches populaires, l’électorat ouvrier et employé qui a voté majoritairement à droite et fait préoccupant, les classes moyennes, les fonctionnaires qui ne font plus confiance au Parti socialiste pour les défendre contre une « prolétarisation continue ». Mais Hamon n’a convaincu qu’un adhérent sur cinq de sa formation politique.

D’autres dirigeants de cette gauche socialiste ont en effet jugé que « l’arbre socialiste était provisoirement mort ». Jean-Luc Mélanchon, sénateur socialiste s’est en effet associé au sénateur communiste Marc Dollez, pour construire une nouvelle formation à la gauche du Parti socialiste. Ils connaitront peut-être les difficultés rencontrées avant eux par Jean-Pierre Chevènement et son pari échoué de construire un « pôle républicain », hors du Parti socialiste. Ils s’opposeront également au NPA, le « Nouveau parti anti-capitaliste » du postier trotskiste Olivier Besancenot.

Seul espoir de Mélanchon et Dollez : rallier rapidement ce qui reste du Parti communiste pris dans une agonie sans fin et une fraction du mouvement syndical. Leur modèle ? Die Linke, fondé par l’ancien dirigeant social-démocrate allemand, Oscar Lafontaine,  allié avec les anciens communistes est-allemands, qui fait aujourd’hui un tabac dans les élections outre-rhin. A suivre.

 

Les urgences : économique, sociale et démocratique

 

Car la crise politique de la social-démocratie est effectivement sensible dans toute l’Europe. A l’exception de l’Espagne et de l’Angleterre, la plupart des pays sont gouvernés par des partis conservateurs, parfois alliés à des formations sociale-démocrates comme c’est le cas avec la « Grande coalition » que dirige Angela Merckel en Allemagne.

La plupart des formations socialistes ont enregistré ce glissement à droite des électorats européens comme une critique de l’État providence et de la régulation étatique. Du coup, ces formations ont adhéré au modèle libéral, adopté avec enthousiasme le fédéralisme européen, la déréglementation et la globalisation, nécessairement « progressiste ».

La crise financière et la récession en cours intervient pour la plupart des formations sociale-démocrates et socialistes comme « un coup de tonnerre dans un ciel serein ». Elles n’ont pas encore pris la mesure de la crise de l’idéologie libérale alors qu’un Nicolas Sarkozy, parangon de la droite « bling-bling » et grand ami des patrons lors de sa première année d’élection,  a quasi immédiatement compris que l’ère du « tout-marché » était révolue et que l’intervention étatique revenait nécessairement au 1er plan des urgences.

Le parti socialiste français, comme les formations européennes de gauche est confronté aujourd’hui à une double urgence :

* Reconquérir la confiance des couches populaires et des classes moyennes déjà arasées par plusieurs décennies de libéralisme et qui seront les premières victimes de la récession qui vient. Le retour de l’État protecteur et notamment le renforcement de Sécurité sociale (vieillesse, assurance maladie, assurance chômage) sont les seules réponses attendues.

* Redonner aux citoyens confiance dans la politique. Le triste spectacle des chamailleries pour la course au pouvoir des « apprentis-élus » décourage à l’évidence l’électorat de gauche. Plus grave, la formation socialiste placée par habitude ou tradition, comme meilleure garante des droits démocratiques et républicains a pris quelques libertés sur cet héritage.

C’est, rappelons-le, à l’initiative du Premier ministre socialiste Lionel Jospin, en cohabitation avec Jacques Chirac que fut inventé le passage du septennat au quinquennat avec une conjonction des élections présidentielle et législative, la seconde suivant la première. Dans un régime où la prééminence du Présidence de la République est depuis la constitution gaullienne de 1958, la plus présidentialiste d’Europe, cette réforme a encore réduit le rôle du Parlement. Élus juste après le nouveau président, les députés ne peuvent que participer à la constitution d’une majorité qui doit tout au « divin prince ». Bel équilibre des pouvoirs ! « Parlement croupion » est une litote.

 

Quelle démocratie parlementaire ?

 

Nicolas Sarkozy a pleinement profité de cette dynamique qu’il a amplifiée. Le premier ministre François Fillon, autrefois chef de la majorité, est devenu un vague secrétaire général chargé au mieux des affaires courantes. Et au moins à trois reprises, le nouveau Président de la République a modifié l’équilibre constitutionnel sans que les parlementaires socialistes prennent des positions claires de refus des dérives en cours.

·        le passage en force du traité de Lisbonne sur la Constitution européenne en février 2008 ,  refusée par le référendum du 29 Mai 2005 et imposée par un vote parlementaire passant outre la souveraineté du Peuple, telle que définie, et approuvée par le Peuple, à l’article 3 de la Constitution

·        la modification de la Constitution de 1958 (21 Juillet 2008), constitution de 1958 adoptée et donc validée par le Peuple au cours du Référendum de Septembre 1958. Ils ne furent  que 237 sénateurs et députés sur 906  à s’y opposer (soit 26%). La réforme passa à deux voix près dont celle du député socialiste Jack Lang.

·        Le maintien et le renforcement de troupes en Afghanistan (Septembre 2008), en contradiction de l’article 35 de la Constitution française sur la déclaration de guerre. Rappel : en Juin, Sarkozy a décidé, seul (et avant la modification de la Constitution), d’envoyer 800 militaires en Afghanistan pour demander ensuite une ratification parlementaire a posteriori.

Sur ces trois décisions contestables, seuls 80 députés et sénateurs, sur 906, se sont retrouvés trois fois en opposition ouverte, dont seulement 36 voix provenant du groupe socialiste.

Prochaines étapes ?

 

Pierre Morville

Repost 0
Published by pierremorville - dans géoplitique-éco
commenter cet article
9 novembre 2008 7 09 /11 /novembre /2008 03:39
(james Buchanan)

"Chronique de Paris", chronique hebdomadaire publiée dans le Quotidien d'Oran du jeudi 6 novembre 2008

Obama : yes ! He can it !

par Pierre Morville

Un milliard de dollars dépensés pendant cette campagne électorale, des électeurs sollicités jusqu’à l’isoloir et au final, une belle victoire de Barak Obama.

Ne boudons pas notre plaisir, cette Amérique-là est sympathique. C’est une élection historique qui fait d’un métis à demi noir le 44ème président des Etats-Unis. L’esclavage ne fut aboli qu’en 1861, par le 15ème président américain, Abraham Lincoln, ce qui entraîna une guerre civile meurtrière et il a fallu attendre le début des années 60 pour que les pratiques d’apartheid quotidiennes soient timidement remises en cause.

Lors d’une rude campagne de 21 mois, Barak Obama s’est progressivement imposé comme un leader national d’ampleur. Il est vrai qu’il retrouve une Amérique réconciliée et pleine d’espoir mais dans un très sale état : crise sociale, crise économique et financière, crise diplomatique, crise morale.

Barak Obama a fait preuve de charisme, de vision, il a démontré de formidables capacités de travail et d’organisation. Ce pragmatique flegmatique est doué d’une grande éloquence. L’Amérique croit en lui. Mais son successeur lui laisse peu de marges de manoeuvre et malgré une très longue campagne et de très nombreux meetings, le programme du candidat Obama reste flou sur de nombreux sujets.

 

Un duel construit comme une série télé

 

Le monde entier a suivi cette longue campagne, plus qu’aucun autre duel présidentiel américain. C’est la première leçon de cette élection. La mondialisation de l’information, l’accès immédiat aux radios et aux télévisions, l’immédiateté et la massification de l’usage de l’internet expliquent en partie cet intérêt international pour une élection importante certes, mais qui reste locale.

Le feuilleton télévisuel a été lui-même formidablement construit autour de deux personnages emblématiques. D’un côté, l’intellectuel noir métissé, brillant, poli, bon orateur, redoutable tacticien, démocrate, bien sûr; de l’autre, l’ancien combattant du Viêt-Nam, expérimenté, franc-tireur, jovial, fort-en-gueule mais fondamentalement « a good guy », républicain, évidemment. Et donc pendant presqu’une année entière, le public mondial a suivi avec passion cette interminable série américaine. Tout fut parfaitement réalisé : l’affrontement des deux héros, les personnages secondaires, les rebondissements : « Hillary Clinton triomphera-t-elle du jeune arriviste inconnu ? », « John McCain a-t-il vraiment un cancer ? », les grandes interrogations métaphysiques « Sarah Palin est-elle aussi ou plus méchante qu’incompétente ? », « Peut-on être noir mais honnête ? » et bien sûr un « happy end » à la Frank Capra quand un homme du commun, dépassant les clivages traditionnels notamment raciaux, surgit pour rénover l’Amérique ou bien, au contraire, autre scénario prêt à l’emploi jusqu’avant-hier soir, une fin digne d’un western lorsqu’un John Wayne vieillissant mais toujours solide finit par triompher de tous les bandits, surtout les démocrates.

Rien n’a manqué : l’exotisme avec les guerres lointaines en train d’être perdues, les remakes comme le célèbre « Ich bin ein Berliner » de J.F.Kennedy repris par Obama s’adressant longuement en anglais (!) à 200 000 Allemands benoîtement réunis à Berlin, et même l’intrusion du film-catastrophe avec en fin de campagne le naufrage du Titanic de la finance mondiale.

Mais comme dans tous les bons films hollywoodiens, il faut un « bad guy » ou mieux !, plusieurs. Dans le rôle des méchants, on attendait évidemment les terroristes et autres « Etats voyous ». Hélas, l’année 2008 fut très calme. Il y a bien eu le coup d’éclat de Vladimir Poutine en Géorgie. Mais Washington a vite compris que l’affaire était mal partie sur un dossier compliqué face à un adversaire résolu et même pas islamiste. Les banquiers ? Tentant mais comment présenter comme de parfaits salauds des gens sympathiques qui financent vos campagnes électorales et à qui on donne des tombereaux de pognon pour sauver leurs entreprises en faillite ? La délinquance, l’avortement, la menace climatique, la résistance de l’athéisme ? Malheur ! Les Américains ne s’intéressent dorénavant qu’à leur pouvoir d’achat et à leur sécurité sociale...

Finalement, le seul « bad guy » que les scénaristes avaient sous la main c’était bien sûr le sortant George « dobbleuiou » Bush. Il n’est pas indifférent qu’un vrai film hollywoodien à grand spectacle (« W » d’Oliver Stone) sorte sur les écrans aux lendemains de l’élection pour ridiculiser le tocard. Cette pochade comique permet de purger les humeurs. Il est vrai néanmoins que le bilan du pauvre George est apocalyptiquement mauvais : alors qu’il avait hérité de la première puissance du monde, tant sur le plan économique, financier, diplomatique, militaire et idéologique, il laisse une nation en ruine, des conflits en cascade que Washington ne sait pas résoudre parce qu’il ne sait plus les comprendre, une Amérique aussi détestée dans le monde entier qu’elle en réalité attendue, voire secrètement admirée.

 

Bush en tête du palmarès des
« mauvais présidents »

 

George Bush a-t-il été le plus mauvais président américain ? La question mérite d’être posée.

Notons tout d’abord qu’il n’a pas été le seul « fils de son père ». En 1897, les Américains élisent John Adams, second président après George Washington. En 1825, ils élisent également son fils John Quincy Adams, 6ème président. Si celui-ci n’a pas la prestance intellectuelle de son père, il accomplit néanmoins un mandat modeste mais honorable.

Parmi les présidents qui laissèrent peu ou pis, des mauvais souvenirs, on est obligé d’évoquer William Henry Harrison (1773 - 1841) le neuvième président des Etats-Unis d’Amérique qui en laissa très peu. Il est élu pour un mandat à partir de 1841 mais atteint de pneumonie en faisant un discours d’une heure et demie sous une pluie glaciale le jour de son investiture, il meurt un mois après sa prise de fonction. Comme beaucoup d’hommes politiques du XIXe siècle, ce météorique président avait acquis une solide réputation en combattant et surtout en massacrant beaucoup d’Indiens.

Son vice-président John Tyler (1790 - 1862) prend sa succession et devient le 10ème président des Etats-Unis d’Amérique. Il se met rapidement à dos son propre parti et certains sénateurs entameront même une procédure de destitution. Son gouvernement démissionne. Défenseur convaincu du droit des Etats du Sud à maintenir l’esclavage, il se ralliera ensuite aux Etats qui font sécession.

Parmi les très mauvais présidents américains, on est également obligé de citer James Buchanan (1791 - 1868), quinzième à être élu pour un mandat de 1857 à 1861. Il est considéré par beaucoup comme le principal responsable de la guerre de Sécession qui débute à son départ, après l’élection de Lincoln. Alors que les élus « esclavagistes » s’affrontent de plus en plus durement avec les « abolitionnistes », Buchanan, seul président américain célibataire, traite le problème sur le plan du droit et ne fait rien pour endiguer la crise. Il jette plutôt de l’huile sur le feu et précipite ainsi la guerre civile.

Warren Gamaliel Harding, né le 2 novembre 1865 et mort le 2 août 1923, est le vingt-neuvième président des Etats-Unis d’Amérique. Il est élu pour un mandat à partir de 1921 et meurt avant de le terminer en 1923. Ce conservateur est une authentique catastrophe. Son entourage, surnommé « le gang de l’Ohio », Etat dont il était sénateur, met en coupe réglée l’administration américaine : pots-de-vin, marchés truqués, corruption... les scandales s’accumulent. Son ministre de l’Intérieur, Albert Fall, devient en 1931 le premier membre d’un gouvernement américain à être envoyé en prison. Fidèle à sa partie de golfe et de poker, deux fois par semaine, Harding ne loupe jamais un match de base-ball. Coureur de jupons, il maintient à la Maison-Blanche un bon stock d’alcools de contrebande, bien qu’ayant voté en faveur de la Prohibition quand il était sénateur de l’Ohio. Il meurt avant la fin de son mandat et son décès est entouré de rumeurs d’empoisonnement.

Dans le palmarès des mauvais présidents, on est également obligé de citer dans la série « j’ai pas de chance », Herbert Clark Hoover, 31ème président des Etats-Unis (1929-1933). Lorsqu’il est élu, l’économie est florissante et l’optimisme règne. Quelques mois plus tard, patatras ! la Bourse de New York s’écroule et la Grande Dépression commence. Hoover tente sans grand succès d’y mettre fin et se retrouve seul désigné responsable de la catastrophe économique.

 

Des marges de manœuvre limitées par la crise

 

L’histoire nous dira si George W. Bush se placera en tête du peloton. Remarquons qu’il a concouru dans toutes les catégories : guerres aussi infructueuses que meurtrières pour les populations (500 000 morts en Irak selon la revue médicale The Lancet), pratiques illégales (tortures, séquestrations), échecs patents dans la lutte contre le terrorisme et les Etats prétendus « voyous », confusion entre les intérêts d’Etat et ceux des grandes entreprises, notamment pétrolières, discours rétrogrades en matière de moeurs, reliogisité exacerbée, atteintes aux droits individuels des citoyens américains sous couvert de lutte antiterroriste, politique de surprotection et d’encouragement des 10% des plus riches et de sous-protection et de découragement des 40% des plus pauvres...

Cerise sur le gâteau, la politique du laisser-faire, laissez aller, du moins d’Etat possible dans l’économie (puisque « l’Etat, c’est le problème »...), de l’ultralibéralisme généralisé aboutissent aux plus folles spéculations et à la crise financière mondiale. George Bush à la tête d’un Etat surendetté en est contraint à se lancer en fin de son deuxième mandat, dans un programme soviétique de nationalisations d’une dizaine de grandes banques et compagnies d’assurances en faillite ! Le diable en rit encore...

On ne sait pas si la planète attendait l’arrivée d’Obama, on est certain qu’elle attendait le départ de George W. Bush qui a donné à son pays la palme incontestable de la nation la plus détestée. Les chantiers ne vont pas manquer à Barak Obama quand il investira officiellement la Maison-Blanche en janvier prochain. Trois retiennent immédiatement l’attention de l’opinion mondiale :

- La question du Moyen-Orient : Obama semble favorable à une réouverture des discussions avec l’Iran. Il a besoin de la neutralité de celui-ci pour retirer en douceur et sous seize mois ses troupes d’Irak. Mais cela ne règle aucunement le sort de ce pays menacé d’éclatement le jour du départ du dernier GI. L’amélioration des relations avec l’Iran n’est évidemment pas du goût de l’allié israélien, alors que de proches élections générales pourraient porter au pouvoir la fraction la plus conservatrice et la plus belliciste. Ce qui éloignerait d’autant les espoirs d’une normalisation israélo-palestinienne. Le discours martial de Barak Obama sur le dossier afghan ne résoudrait pas pour autant cette guerre à l’issue très improbable. Une intensification de l’action militaire entraînerait une forte augmentation des pertes civiles et le risque d’un élargissement du conflit au Pakistan. Toutes choses que les actuels alliés étrangers de l’armée américaine en Afghanistan ne sont pas près de vouloir assumer.

- La fin de l’unilatéralisme américain ? Barak Obama est un patriote et il mènera la politique la plus profitable pour son pays en jouant sur tous les atouts, y compris de prééminence militaire incontestée, de son statut de plus grande superpuissance de la planète. Reste à savoir quel degré d’unilatéralisme subsistera-t-il ? Le futur rôle de l’ONU, les relations avec l’Amérique latine très remontée contre les USA, le degré de concertation avec l’Inde, l’Europe, la Chine et la Russie, la coopération sur le dossier climatique seront autant d’indices qui montreront dans quelle mesure les Etats-Unis sont prêts à rentrer en concertation avec un monde multipolaire.

- L’action présidentielle va être encore gravement compliquée par la crise financière et la récession qui vient. Lourdement endetté, l’Etat américain doit faire face à, ce que plus personne ne nie aujourd’hui, la plus grave crise économique depuis 1929. Ces situations difficiles, lourdes de conflits intérieurs comme extérieurs favorisent davantage l’égoïsme des nations que leur coopération. D’autant que les solutions ne sont pas simples. Premier débiteur du monde, les Etats-Unis ne peuvent que difficilement accepter que leur monnaie ne reste pas la monnaie de référence, qualité qui leur permet de continuer à s’endetter lourdement. L’Amérique, de tradition très libérale sur le plan économique, rechignera à accroître les mesures de régulation des marchés tant sur le plan national que mondial. L’isolationnisme restera une tentation permanente.

 

Un peu moins de trois mois pour convaincre

 

Les alliés européens, qui n’ont pas l’air de peser d’un grand poids pour Barak Obama, comme les autres principales puissances, regroupements de pays ou organismes internationaux, bénéficieront du laps de temps entre l’élection et l’investiture officielle. Sorti de sa campagne-marathon et pas encore aux manettes, le futur président Obama dispose là d’un temps libre qui le rendra certainement disponible aux propositions et aux suggestions de ses partenaires internationaux. Une fois installé dans le bureau ovale de la Maison-Blanche, les mécaniques, bonnes ou mauvaises, seront alors à l’oeuvre et guère modifiables.

Repost 0
Published by pierre morville - dans géoplitique-éco
commenter cet article
8 novembre 2008 6 08 /11 /novembre /2008 07:35

 

 

 

 

La « réforme du capitalisme mondial » passe d’abord par une réduction d’urgence des inégalités

 

24 octobre 1929, 24 octobre 2008. Soixante-dix-neuf ans, jour pour jour, après le fameux « jeudi noir » de 1929 qui avait affolé les marchés un 24 octobre, les Bourses mondiales se sont fait ce jour-là une nouvelle grosse frayeur. Dans la foulée des places asiatiques en chute libre (9,6 % de baisse à Tokyo), les marchés européens ont littéralement dévissé dans la matinée, Paris abandonnant plus de 10 % en atteignant son plus bas en séance depuis plus de cinq ans, avant de se ressaisir.

Octobre, le « huitième mois » des Romains est un bien un mois maudit  pour les banques et les bourses. Le journal Le Monde annonçait en fin de semaine, sur huit colonnes à la Une, que depuis le début de la crise, 25 000 milliards de dollars s’étaient déjà envolés en fumée. Quelques semaines ont suffit donc à  confirmer les estimations des experts les plus pessimistes, pronostic déjà relayé dans ces colonnes, qui chiffrent à 50 000 milliards les pertes globales à terme pour l’économie mondiale, dues aux créances douteuses, subprimes et autres produits spéculatifs qui ont entraîné la plus grave crise depuis près de 80 ans.

 

Croissance molle + crise financière = récession mondiale prolongée

 

Nos ineffables économistes libéraux continuent de se rassurer en mettant en exergue les fortes différences entre les deux crises. Ils n’ont pas tort. En 1929, les banquiers, désespérés, sautaient par les fenêtres ; en 2008, les banquiers continuent à sauter par les fenêtres mais ils atterrissent en douceur grâce à leurs merveilleux « parachutes dorés ». Ils partent alors vers une retraite aussi confortable que bien méritée quand ils ne remontent pas aussi sec réoccuper leurs fauteuils présidentiels, quitte à renégocier une nouvelle petite prime de risque…

Dans l’attente, les bourses continuent de dévisser allégrement.

Malgré les plans successifs annoncés ces dernières semaines par les gouvernements américain, européen ou français pour sauver le système bancaire, la situation reste donc toujours à très haut risque. La cause principale, c’est que les fonds spéculatifs ont besoin de liquidités et sont obligés de liquider à la hâte leurs provisions. De même, les banques qui ont reçu des prêts des pouvoirs publics ne les utilisent pas pour financer entreprises et particuliers mais bien pour d’abord refaire leurs fonds propres.
Les investisseurs s’affolent devant des répercussions de la crise financière sur « l’économie réelle ». Les opérateurs anticipent désormais une récession d’une ampleur inédite dans les pays industrialisés.
Le Royaume-Uni est le premier pays à annoncer une baisse de son produit intérieur brut (PIB) sur le trimestre juillet à septembre mais risque de ne pas être le seul. Selon les derniers indices PMI flash, l'activité économique du secteur privé de la zone euro a connu son pire accès de faiblesse en octobre depuis la création de l'Union monétaire.

Et en prime,  l’on constate qu’il n’y a pas de découplage espéré entre les pays industrialisés et les pays émergents. Il y a quelques semaines encore, avant le Big Bang des finances mondiales, les zélateurs de la globalisation la présentaient comme la meilleure assurance contre un incident de parcours : la croissance est faible en Europe depuis plusieurs années ? Les États-Unis vivent depuis des décennies au dessus de leurs moyens ? Qu’importe, la nouvelle croissance en Asie ou en Amérique latine saura traîner le chariot de l’économie mondiale. Ce scénario rose ne se produit pas.  De la Chine au Brésil en passant par l’Inde, l’activité ralentit partout.

Les progrès sociaux obtenus au cours des dernières années par les pays en développement sont au contraire menacés par la crise, a averti le président du Brésil, Lula da Silva : « La crise financière mondiale peut affecter de façon injuste et particulièrement dure les pays en développement ».

Tout va à la baisse. Confrontés à une insuffisance de la demande, le baril de pétrole a perdu en quelques semaines, la moitié de sa valeur, après le pic atteint de 147 dollars en juillet, contraignant l’OPEP qui se réunit vendredi à Vienne, à envisager rapidement une réduction de la production. Il en va de même pour les principaux cours des matières premières. Seule conséquence positive, l’explosion de la bulle spéculative sur les marchés agricoles permettra de freiner une course aux prix dont les premières victimes étaient les pays pauvres. Mais ces derniers auront à leur tour les plus grandes difficultés à écouler à l’extérieur leurs produits et matières 1ères.

 

La grogne sociale est de retour

 

A l'ouverture du sommet Asie-Europe pour coordonner une réponse à la crise, vendredi, le président chinois Hu Jintao a souligné que les turbulences financières aggravaient également l'instabilité économique de la Chine, tout en affirmant que ses « fondamentaux » restaient intacts.

Les chefs d'État et de gouvernement de 43 pays d'Europe et d'Asie se sont engagés à Pékin à coopérer pour réformer le système financier et monétaire international à trois semaines d'un sommet des principales économies du monde et à l'ensemble des secteurs de l'économie.

Nicolas Sarkozy a souhaité que les dirigeants européens et asiatiques réunis à Pékin présentent un "front commun d'initiatives" face à la crise. "Le monde va mal", a-t-il lancé. "Il va mal parce qu'il est face à une crise financière sans précédent dans sa gravité, dans sa soudaineté, dans sa violence et dans son déroulement."

Les conséquences sociales de cette crise sans précédent se font déjà sentir. Dans les pays développés, les fermetures d’entreprises, les lock-out, les ateliers mis en chômage technique se multiplient. On se prépare une forte augmentation des demandeurs d’emploi.

Mais dans les manifestations le ton se durcit. Depuis trente ans en effet, on a présenté au petit peuple, le chômage et les bas salaires comme une fatalité macro-économique : « les licenciements d’aujourd’hui, feront les profits de demain qui fera la croissance et la richesse de tous, un jour… ». Aujourd’hui, l’état d’esprit n’est plus le même. Entendu lors d’une manifestation de la part d’un ouvrier de Renault : « Le gouvernement n’a pas un sous pour nous ! Mais il bien su trouver 370 milliards d’euros pour sauver ces banquiers qui ont foutu le système en l’air ! ». La rage est généralisée.

Nicolas Sarkozy, qui enchaîne sommet sur sommet, bouscule ses partenaires, convainc avec talent, veut réformer en trois semaines le capitalisme mondial. Vaste programme.

Mais il lui faudra aussi tenter de régler la crise du capitalisme et ses effets sociaux dans ce tout, tout petit pays, la France, dont il est encore le président de cette république. Loin des envolées dans les tribunes internationales, Nicolas Sarkozy est plus mal à l’aise : les mesures qu’il annoncé mardi dernier ont soulevé un grand scepticisme. Il ne bénéficie d’aucune marges budgétaires, le budget 2009, bâti sur des pronostics de croissance qui sont d’ores et déjà invalide vient d’être voté par les parlementaires sans qu’on ait même jugé bon de mettre fin au « bouclier fiscal » qui protège quelques dizaines de milliers de contribuables les plus riches ou réformer les « niches fiscales » toujours au bénéfice des mêmes qui fait perdre à l’État chaque année 70 000 milliards d’euros de recettes fiscales. Pis, le budget vise à une réduction drastique du nombre de fonctionnaires alors que le chômage explose. La manifestation revendicative sera à la mode cet hiver.

 

Présidentielles : Obama en pôle position

 

Malgré un mouvement de yo-yo incessant, la courbe de popularité de Barak Obama est toujours supérieure à celle de son concurrent John McCain. On sera fixé la semaine prochaine. L’auteur de cette chronique ne peut que souhaiter la victoire de ce politicien jeune, brillant, mesuré. On ne pourra que saluer la grande démocratie américaine qui place un métis,( un noir !) à la tête de l’État. Si Barak Obama est élu, on peut également espérer une politique extérieure moins inutilement agressive. Mais son succès intérieur ne se jouera pas immédiatement sur une sortie plus ou moins honorable et nécessairement à moyen terme des bourbiers irakiens ou afghans.

Car Barak Obama une fois élu, trouvera une situation très tendue sur le plan social, alors que ce terrain est de loin au 1er plan des préoccupations des Américains

Quelques chiffres illustratifs, avant même le déclenchement de la crise actuelle qui renforcera mécaniquement les inégalités.

En 2005, les 300 000 américains les plus riches ont perçu autant que les 150 millions les plus défavorisés. Si le revenu global s’est accru de 9%, 90% des américains ont vu leur revenu... baisser ! Une étude des économistes Emmanuel Saez et Thomas Piketty parue en 2007 donne la mesure de l’inégalité vertigineuse qui ronge la société américaine.

Aux USA, les 1% les plus riches gagnent plus que le total des revenus des 40% les plus pauvres. L’augmentation du revenu des 5% les plus riches entre 2003 et 2005, a été de 681 milliards. Cette somme est supérieure au revenu des 20% les plus pauvres qui n’ont disposé en tout que de 383 milliards.

Alors que l’ensemble des revenus déclarés ont augmenté de 9% en 2005, le revenu moyen des 90% les moins favorisés a baissé de 172 dollars par rapport à l’année précédente, en recul de 0,6%.

Le groupe du dixième des 1% les plus riches a reçu en 2005 pratiquement le même revenu que les 150 millions d’américains les moins bien lotis. Chaque membre de ce groupe a bénéficié de 440 fois plus de revenu que le revenu moyen d’une personne située dans la moitié inférieure de l’échelle des richesses, une différence qui a presque doublé depuis les années 1980.

Désormais, les couches supérieures bénéficient de la plus grande part de revenu jamais constatée depuis les années qui ont précédé la crise des années 1930.

L’appauvrissement des classes populaires et des classes moyennes va encore s’accentuer avec la récession qui s’installe. Des millions d’Américains voient leurs économies s'évanouir, leurs retraites disparaitre, leurs maisons mises en vente quand ils n’arrivent plus à payer des traites de plus en plus lourdes.

Le passage en boucle des auditions des grands banquiers en faillite ou en difficulté devant la Chambre des Représentants (une pratique qu’on devrait reprendre en France !) excite la colère des téléspectateurs. L’absence de culpabilité, la morgue de certains, l’air de petit garçon qui vient de se faire pincer en train de voler le pot de confiture pour les autres, renforcent l’énervement de nombreux citoyens américains jusque là éduqués dans l’admiration sans borne de l’esprit d’entreprise, de la réussite managériale. Aux États-Unis, la réussite personnelle est un modèle social valorisant. L’homme qui gagne des millions de dollars peut susciter l’envie, rarement le dépit. Le milliardaire qui fait fortune rapidement est donné en exemple à une population qui croit qu’aux États-Unis, chacun aura un jour une chance de faire de même.

 

Une nécessaire redistribution mondiale

 

Ce poncif d’une Amérique « où tout est possible » ressort extrêmement écorné par les faillites à répétition dues aux spéculations hasardeuses du « haut du panier ». Et 90% d’Américains comprennent dorénavant qu’ils ont beaucoup trimé pour les 10% les plus riches, que leurs salaires ont baissé, que leurs économies se sont envolées, qu’ils se sont endettés et que finalement leurs impôts payeront les frasques de spéculateurs en folie. Cette nouvelle détestation du « gros argent indument pris » se retrouve aussi bien dans la classe ouvrière blanche qui vote plutôt Républicain, chez les laissés-pour-compte des grandes banlieues qui votent peu, où dans des classes moyennes désabusées et qui sont séduites par le discours Obama.

S’il est élu nouveau président, le charmeur Barak aura peu de temps pour entamer une redistribution des richesses un peu plus égale. La course insensée à des profits toujours plus juteux a cassé l’outil industriel faute d’investissements partis en dividendes, affaiblit la demande interne des pays développés, accru le gouffre entre pauvres et très riches, l’écart entre pays développés et pays en développement. « Réformer la capitalisme mondial ? » On n’en demande pas tant, mais réduire les inégalités est une urgence si l’on veut que la machine redémarre.

 

Pierre Morville

 

Repost 0
Published by pierremorville - dans géoplitique-éco
commenter cet article
8 novembre 2008 6 08 /11 /novembre /2008 05:57
Crise : un peu de comédie dans la tragédie

par Pierre Morville (chronique de paris publiée dans le Quotidien d'Oran du 23 octobre 2008)

Quelques épisodes, cette semaine, prêtent à sourire dans la tempête

Le mois d'octobre 2008 restera certainement dans les annales historiques comme un « Octobre noir » qui s'est déroulé dans un climat tragico-catastrophique : bourses en folie, dévissage des actions, boursicoteurs hébétés, banques menacées de faillites, gouvernements décontenancés, citoyens éberlués devant la rapidité et la violence avec laquelle la crise économique s'est installée sur toute la planète. Dans cette crise, où les journalistes manquaient d'adjectifs pour décrire la gravité de la situation et leur propre désarroi, les six derniers jours ont néanmoins plutôt relevé de l'opéra-bouffe.



DSK fait des folies au FMI



On apprenait donc que Dominique Strauss-Kahn (DSK), ancien ministre socialiste, devenu directeur général du FMI et l'un des grands argentiers du monde, était pris « la main dans le sac ». Il aurait entretenu « des relations intimes » avec l'une de ses collaboratrices. Dans un pays comme la France, où DSK bénéficie à la fois d'une réputation de bon économiste et de grand... chaud lapin, l'incartade aurait fait l'objet de quelques quolibets dans les conversations de bistro. Mais dans la pudique Amérique, il est beaucoup plus grave d'avoir une aventure avec une subordonnée, même entre « adultes consentants », que de flamber des centaines de milliards dans des spéculations foireuses.

Il n'empêche pas moins que DSK avait été prévenu, son prédécesseur avait dû lâcher le fauteuil présidentiel après avoir commis le même impair.

Les conséquences pour notre ex-ministre des Finances ne sont pas minces. Il risque effectivement sa place et en cas de maintien, son autorité risque d'être écornée à un moment crucial. La crise économique est en effet loin d'être terminée.

Sur un plan de carrière plus personnel, DSK avait obtenu le poste envié de patron du FMI, grâce à l'énergie militante de Nicolas Sarkozy avec qui il entretient une vieille amitié. DSK, qui avait été barré de la candidature présidentielle, au bénéfice de Ségolène Royal, avait été ravi de s'éloigner du Parti socialiste français, de ses crises, ses coteries, ses tempêtes dans un verre d'eau. Un confortable salaire, un grand bureau à Washington, la fréquentation des grands de ce monde lui ont mis du baume au coeur et calmé sa très éventuelle mélancolie « d'exilé ». Mieux, ce poste prestigieux devait lui donner une aura internationale, qui serait parfaite pour retenter sa chance aux élections présidentielles de 2012. Malheur ! La concupiscence reste un grave péché aux États-Unis même si le taux d'adultère est bien supérieur à un grand nombre de pays. Damned !

Le même jour, on apprenait avec un grand éclat de rire, que les comptes bancaires personnels de Nicolas Sarkozy avaient été visités par des « pirates informatiques » au petit pied. Plus proches des Pieds nickelés que la haute criminalité en col blanc, ces petits voleurs en herbe écument via le Net, les comptes de particuliers en piquant de si petites sommes que le client, en règle générale, ne s'en aperçoit pas.

Ces dangereux criminels ont été arrêtés vite fait bien fait par le GIGN, corps d'élite des polices d'intervention. Mais l'affaire tombe mal. Les banques, déjà étrillées par les Français pour leur folie spéculative, sont obligées d'avouer que les comptes en ligne tant promus auprès de leurs clients sont de véritables passoires accessibles au tout-venant. Comment la Société Générale, la banque du client Nicolas Sarkozy, n'a-t-elle pu prendre aucune mesure de sécurité et de confidentialité supplémentaire pour le compte personnel du Président de la République française ? Comment les apprentis pirates, un couple de trentenaires paumés vivant en banlieue, ont-ils pu se procurer les codes d'accès ?

Quant aux « services français » (DST, DGSE, Sécurité militaire, Renseignements généraux...) qui s'autoproclament facilement (parfois pas à tort) parmi les meilleurs du monde, pourquoi n'ont-ils pas surveillé les allées et venues sur ce compte extrêmement sensible. Après tout, les dépenses privées du Président de la République française pourraient intéresser plus d'un service secret...

Et ce serait, parait-il, Nicolas lui-même qui se serait aperçu des anomalies de comptes ! Entre deux sommets internationaux, après une bonne nuit réparatrice d'un quart d'heure, Super Sarko relit ses bordereaux de banques, le crayon à la main. On imagine la scène : « Tiens ! Carla a encore acheté trop de parfum... Bon dieu, ce que cela coûte cher les courses du supermarché, le samedi... Mais qu'est-ce que c'est ces 25 euros chez McDo ? On va jamais chez Mcdo ! Ah ! J'appelle la banque tout de suite... ».

Ces incidents montrent au moins que, pendant la crise, on peut rire encore.



A quand l'incident de frontière
avec le grand-duché de Luxembourg ?



Plus curieuse et problématique est la curieuse mise en cause par Nicolas Sarkozy devant le Parlement européen de Jean-Claude Junker, un homme d'État luxembourgeois, Président de l'Eurogroup et responsable respecté de l'Union européenne. A l'origine de cette polémique qui va laisser des traces : la situation particulière d'un tout petit pays aux confins des frontières de l'Allemagne, de la Belgique et de la France, le grand-duché de Luxembourg. Grand comme un département français, mais État reconnu internationalement depuis 1815, le grand-duché fort de 470 000 habitants a une grande spécialité du Luxembourg, la banque ou plutôt le secret bancaire. Aujourd'hui, les « revenus financiers » représentent 46 % du PIB luxembourgeois. Derrière cette appellation pudique se cachent les fonds secrets des grandes entreprises internationales dont beaucoup ont trouvé judicieux de placer leur siège social au Luxembourg. Au moment où le discours général est à la moralisation de la finance, un paradis fiscal en plein coeur de l'Europe (avec Monaco et le Liechtenstein) fait désordre. Du coup, le vibrionnant Sarkozy se fait le Grand Inquisiteur du petit Luxembourg et fait un discours convenu devant des députés européens bien ennuyés d'avoir béni voté unanimement, année après année, toutes les mesures de la déréglementation financière. Succès assuré. Rien ne vaut un bon discours bien moralisant pour faire oublier les péchés de la veille...

Problème : le Luxembourg, État membre de l'UE, est également l'une des six nations fondatrices de l'Union européenne. Et M. Junker, indigné, a immédiatement rétorqué à Nicolas de façon sèche « La France n'est pas plus exemplaire en matière de moralité financière que le Luxembourg. » avec un ton qui semblait indiquer que l'homme d'État luxembourgeois avait visiblement quelques éléments de preuve à mettre dans la balance.

Et il ne faut pas sous-estimer le patriotisme du Luxembourgeois. L'hymne national « Chère patrie » ne contient-elle pas ces phrases menaçantes :

« C'est le pays pour lequel nous risquons tout sur cette terre » ?

A quand l'incident de frontières ?



Sarko veut devenir le Roi de la zone Euro



Plus sérieusement, la crise actuelle a montré les limites du fonctionnement d'une Europe à 27. En période de vives tensions, la crise a été gérée principalement par trois grands pays, l'Allemagne, l'Angleterre et la France qui ont eu quelque mal à trouver une position commune, mais une fois celle-ci trouvée, les mêmes n'ont pas beaucoup prêté attention à recueillir l'opinion des 24 autres pays membres. Au regard des dangers courus, l'UE a bien été obligée de faire consensus. Avec ici et là, de sérieuses manifestations d'agacement.

Nicolas Sarkozy n'a cure de ces manifestations de mauvaise humeur. Cette semaine, il a aligné trois sommets en 48 heures : Sommet de la francophonie, discussions avec le gouvernement québécois et bien sûr, rencontre en tête à tête avec Georges Bush, dans le ranch privé de ce dernier. Au programme de Nicolas, pas moins que la réforme du capitalisme mondial avec des sommets planétaires mis en musique par le même Nicolas ! Le Président des États-Unis, interloqué et surtout préoccupé par sa retraite prochaine, a opiné de la tête en se demandant bien ce que ce damné Français avait dans la tête. Mais il a très gentiment pris date.

Sentant bien que la réforme du capitalisme mondial prendrait un peu plus de temps qu'un ou deux sommets, Nicolas Sarkozy a regardé avec angoisse le calendrier : encore deux mois et il n'est plus Président de l'Europe. Une fois remplacé par un Tchèque (un Tchèque !), finis les sommets, les déclarations fracassantes relayées par les télévisions du monde entier... Soupir.

Mais le président français n'est pas homme à refuser de faire front à un revers de la destinée : Nicolas a un nouveau projet.

« Il n'est pas possible que la zone euro continue sans gouvernement économique clairement identifié », a-t-il déclaré dans un discours, devant le Parlement européen à Strasbourg. Le président français milite donc pour un pilotage politique de la zone euro au plus haut niveau, celui des chefs d'État, face à la toute puissance de la Banque centrale européenne (BCE) chargée de gérer la monnaie commune. Mieux, Nicolas Sarkozy souhaite la constitution de Fonds souverains européens, outils par lesquels les États prendraient des positions de force dans l'industrie européenne ou ailleurs.

Et qui dirigerait ce gouvernement économique jusqu'en 2010 ? Super Sarko !

Mais, devant un tel retour de l'intervention de l'Etat, à côté duquel la politique de Mitterand en 1981 a des airs de bluette, la Commission européenne, l'Allemagne et l'Espagne ont séchement retoqué la proposition.


Repost 0
Published by pierremorville - dans géoplitique-éco
commenter cet article
7 novembre 2008 5 07 /11 /novembre /2008 06:03
Bourses mondiales : mardi, l'euphorie ; mercredi, la crise continue

par Pierre Morville ("Chronique de Paris", publiée dans le Quotidien d'Oran du 16 octobre 2008)

Petit répit après le «plan européen», mais les Bourses restent déprimées et la récession est là
Lprès un mardi euphorique où les bourses reprenaient en un jour la moitié de la valeur qu'elles avaient perdue pendant une semaine très noire, les bourses asiatiques, européennes et Wall Street piquaient à nouveau du nez hier.

Les grands pays n'avaient pourtant pas lésiné. Pour sauver la boutique de « l'Economie mondiale », les pays européens, le Japon, suivis par les Etats-Unis, se sont servis de la grosse artillerie. Sous des appellations pudibondes, ces Etats, tous très libéraux, ont purement et simplement nationalisé un secteur bancaire en faillite, comblant les trous gigantesques creusés par les petits génies de la finance, avec des fonds publics.



Sarko : chapeau, l'artiste !



« Les banquiers, ça n'a ni regrets, ni remords, ça a seulement la pétoche », énonçait Michel Audiard, l'un des plus célèbres dialoguistes du cinéma français. Quand les financiers regardent leurs bricolages s'écrouler avec fracas, entraînant des centaines de milliards de pertes, ils n'hésitent pas une seule seconde à faire appel aux Etats et, en définitive, aux contribuables pour réparer leurs bévues. La palme du cynisme ou de l'inconscience revient sans conteste à l'état-major de la banque Fortis, nationalisée en catastrophe par les Etats français et belge : au lendemain de la décision de sauvetage public, la direction a organisé un grand raout dans le plus bel hôtel de Monaco.

Outre les cadres dirigeants, les traders et quelques riches clients étaient de la fête. Les soupirs de soulagement devaient le disputer aux petits cris de satisfaction lors des dîners de gala.

Si des banquiers ne s'en sortent pas avec les honneurs, les chefs d'Etat européens se tirent finalement honorablement de cette crise. Nicolas Sarkozy, actuellement président de l'Union européenne, a compris très rapidement l'inéluctabilité d'une intervention financière massive des Etats européens. Mais ses appels à la constitution d'un fonds de garantie européen pour les banques du Vieux Continent se heurtaient à la méfiance d'Angela Merkel, qui ne souhaitait pas que le bon argent allemand paye les folies spéculatives des autres pays.

Mais l'aggravation continue de la crise et surtout la décision solitaire de Gordon Brown, le Premier ministre anglais, qui a injecté ce week-end 600 millions d'euros pour sauver la City londonienne, a précipité les décisions et scellé l'unité. Dès le mardi, les bourses asiatiques, puis les places financières européennes et dans l'après-midi Wall Street saluèrent par de forts redressements de cours la bonne nouvelle européenne. Aux Etats-Unis, Paulson lui-même, conscient du mauvais accueil fait à ses différents plans précédents, rallie la position européenne.



L'Etat, le problème ou la solution ?



C'est l'heure du triomphe de Nicolas Sarkozy, succès, reconnaissons-le, dû à ses mérites : placé à la tête de l'Union, le Président français a su jouer à fond de son entregent, de ses capacités de persuasion, de sa détermination, de ses capacités de communicant pour rallier tout le monde à une mesure qui s'imposait d'évidence.

Il a cependant laissé à Français Fillon la lourde tâche de gérer et d'expliquer aux Français la « douloureuse ». « La crise n'est pas derrière nous », a expliqué hier le Premier ministre. François Fillon tente, sans vraiment de succès, de rassurer les Français, tout en les avertissant que la période sera fort difficile. Tout en refusant le prononcer le mot récession, il admet que le chômage va augmenter et que le 1% de croissance pour 2009, hypothèse sur laquelle repose le budget qui vient d'être voté, n'est pas garanti. « On n'est pas sûr de l'atteindre ». Le Premier ministre dément du bout des lèvres de nouvelles hausses d'impôts mais au regard des déficits actuels, il n'est guère crédible. L'Etat français s'est en effet engagé d'ici fin 2009 à fournir aux banques une somme qui équivaut à son budget annuel ! Il faudra bien trouver l'argent, le pognon, le liq, le flouze...

« L'Etat n'est pas la solution, il est le problème », ont martelé pendant trois décennies à tout moment et sur tous les tons, les économistes libéraux, les patrons de la finance internationale, le gratin du business mondial : l'Etat est coûteux, ses interventions intempestives et contre-productives, ses fonctionnaires trop nombreux, ses règlements archaïques, ses impôts trop lourds.

Au moment où la finance internationale, après avoir creusé des gouffres de pertes et pris le monde entier en otage, on est bien obligé de constater que dans le cas, c'est la finance et la déréglementation qui sont le problème, et l'Etat la solution.



De grandes inconnues subsistent...



La solution actuelle, l'injection de 1.700 milliards d'Etat dans la seule finance européenne, suffira-t-elle ? Si l'on évalue les seuls subprimes à 860 milliards de crédits douteux, d'autres produits financiers en circulation, comme les Alt-A (qui surévaluent la qualité du prêteur), coûteraient 1.000 milliards de pertes supplémentaires au système bancaire international...

Même dans le cas où les Etats (et les contribuables, donc pour l'essentiel les salariés) combleraient les trous, la crise boursière et financière actuelle a fortement aggravé la dépression économique ressentie dans beaucoup de pays industriels depuis au moins deux ans : fort affaiblissement de la croissance en Europe, récession aux Etats-Unis (une responsable de la Réserve fédérale américaine, Janet Yellen, a repris mardi à son compte ce diagnostic), marasme au Japon, premiers signes d'essoufflement en Chine, en Russie, en Inde, fortes inquiétudes dans les pays en développement.

L'injection des fonds publics dans le système financier international doit surtout être comprise comme une transfusion d'urgence à un corps qui fait une lourde hémorragie, mais non comme le médicament contre le mal ou la faiblesse organique qui a déclenché cette hémorragie...

Un certain consensus apparaît pour dire qu'à tout le moins, les déréglementations du système financier, des marchés, de la concurrence, du travail ont été trop loin et que le système actuel du capitalisme financier, dérèglementé à l'excès, a surtout bénéficié à une infime partie de la population, la plus riche, au détriment du plus grand nombre. Ainsi, en matière de déréglementation fiscale, le « bouclier fiscal », inventé l'an dernier par Nicolas Sarkozy quand il était encore hyperlibéral, et qui coûte 15 milliards d'euros au budget de l'Etat français en année pleine, a bénéficié à seulement 15.000 personnes en 2007 ! Mais cette infime partie de la population mondiale, qui a joui avec allégresse pendant deux décennies de tous les avantages du système, reste... infiniment influente. Il faut également inventer les formes et le contenu d'une nouvelle régulation sur le plan national et international. Un encadrement strict des multiples « produits dérivés » nés de l'innovation financière, la séparation des activités des banques de dépôts et des banques d'affaires, la nationalisation des bourses (qui sont aujourd'hui gérées par des sociétés privées), un statut d'organisme public international pour les quatre ou cinq grandes « agences de notations » (cotations officielles de la valorisation des entreprises et des banques) qui faisaient la pluie et le beau temps sur des marchés où elles étaient elles-mêmes intervenantes, la fin des rémunérations de nababs pour les managers, la disparition réelle des « paradis fiscaux », une revalorisation de l'impôt comme outil de péréquation des revenus, plus généralement un nouveau partage de la valeur ajoutée entre le capital et le travail, sont évidemment des pistes à travailler et à formaliser. Nul ne doute que les résistances ne manqueront pas.



Quelques premiers effets de la crise actuelle



Au début de la crise, le ministre des Finances allemand, Peer Steinbrück, estimait que ce collapsus financier et boursier sonne le glas de l'omnipotence américaine et ouvrait la voie à un monde économiquement et géopolitiquement « multipolaire ». Si l'exécutif américain, englué dans des interventions militaires aléatoires (Irak, Afghanistan...), amoindri par des déficits budgétaires et commerciaux considérables, a semblé perdre totalement la main de la gestion quotidienne de cette crise, où toutes les nouvelles mesures de son administration étaient inévitablement suivies d'un nouvel effondrement de Wall Street, le propos du ministre socialiste allemand est largement prématuré. « Avec 25% de la richesse mondiale, la puissance américaine est encore la garante stratégique des deux tiers de la puissance économique mondiale. En effet, les Etats-Unis garantissent la sécurité conjointe de l'Europe et du Japon », note l'économiste Zaiki Laidi dans Les Echos.

Les hésitations américaines sont en effet largement dues à la fin d'une présidence catastrophique de George Bush et l'attente relative des résultats de l'élection qui se déroulera le mois prochain.

Reste que les grandes crises sont toujours l'occasion de rééquilibrages importants entre les principales puissances. L'Europe, de ce point de vue, retient l'attention. Pas plus que les grandes institutions internationales (FMI, Banque mondiale, OMC), ce n'est pas l'Union européenne regroupant les 27 pays membres qui est intervenue dans cette crise mais, dans une veine plus traditionnelle, les trois pays dominants du Continent : Allemagne, Angleterre, France.

Repost 0
Published by pierremorville - dans géoplitique-éco
commenter cet article
6 novembre 2008 4 06 /11 /novembre /2008 06:08
Crise : Jusqu'où ? Jusqu'à quand ? Personne ne le sait !

par Pierre Morville ("Chronique de Paris", publiée par le Quotidien d'Oran le 9 octobre 2008)
Les gouvernements multiplient les plans de sauvetage, les bourses accélèrent leur chute


Les bourses mondiales s'affolent et dévissent quotidiennement de 5 à 8 points. Les banques se méfient les unes des autres. Le crédit s'asphyxie. Les consommateurs ont le moral en berne. Les agences pour l'emploi ont des projets d'agrandissement. Un Etat, la petite et nordique Islande, est en cessation de paiement et doit accepter des subsides financiers de la Russie tant sa monnaie locale, alignée sur le dollar, a perdu de la valeur.

Les gouvernements s'agitent. Mais qu'il s'agisse du plan Paulson aux Etats-Unis ou du Sommet de Paris, les décisions annoncées n'enrayent pas les chutes boursières ni ne calment l'inquiétude des populations. « Pas un épargnant ne perdra un euro », déclarait martialement Nicolas Sarkozy en début de crise.

L'Angleterre, l'Allemagne et la France garantissent sur les fonds publics la pérennité de leurs grandes banques. Aujourd'hui, oui mais demain ?

Ces fortes déclarations, destinées à éviter un afflux aux guichets bancaires d'épargnants anxieux, souhaitant retirer dare-dare leurs économies, n'auraient guère de réalité si la crise empirait.



L'anxiété des économistes hier béatement confiants



Les économistes sont bien embêtés. On avait l'habitude de voir une cohorte d'universitaires, experts, journalistes d'influence, chroniqueurs boursiers et autres compétences nous expliquer, la mine réjouie et la parole assurée à la télévision, le ton pompeux ou le verbe ironique dans les médias écrits, que le libéralisme et la globalisation étaient la meilleure chose sur terre et que tous ses opposants n'étaient au mieux que des va-de-la gueule incultes, au pire des ennemis de la démocratie et du progrès, voire des nationalistes chauvins prêts à toutes les alliances contre nature.

Ces mêmes économistes sont bien embêtés. Le sol se dérobe sous leurs pieds. Les certitudes d'hier, l'absolue confiance dans les règles d'autorégulation du marché, la croyance religieuse dans la déréglementation, se sont d'abord fendillées, puis lézardées, pour laisser enfin apparaître des pans entiers de ruines. Tous le savent, la crise ouverte dans le capitalisme actuel ouvre non seulement la voie à une récession durable, elle pose aussi la question du fonctionnement actuel de ce même capitalisme.

Nouriel Roubini, économiste américain, réformateur « modéré », s'inquiète lui du retour de l'Etat dans la sphère économique : « La leçon est claire : nous avons besoin d'une meilleure régulation.

Aujourd'hui, le paradoxe est que, pour résoudre les excès, l'Etat américain vire dans l'excès inverse.



« URSSA »



Il injecte tantôt 200 milliards de dollars pour négocier Freddie Mac et Fannie Mae, deux géants du refinancement hypothécaire, tantôt 85 milliards pour recapitaliser l'assureur AIG.

Les USA deviennent les «URSSA», l'Union des Républiques socialistes soviétiques d'Amérique». George Bush, réincarnation de Lénine ! On a bien ri. Mais les choses vont si vite...

Parmi le troupeau des économistes distingués, on distingue trois sociotypes. Il y a les illuminés qui crient encore la toute-puissance du marché autorégulateur. Nicolas Baverez en est l'une des figures de proue : pour lui, la solution est simple, la crise est salutaire : « A rebours des années de protestations nihilistes [_], la poursuite du processus de réforme en dépit de [_] la dégradation de la conjoncture constitue un signal très positif ». Il y a ensuite des intellectuels plus prudents qui deviennent silencieux : après avoir ânonné leur catéchisme économique depuis vingt ans, ils se rendent bien compte que la réalité économique ne correspond plus tout à fait à leur discours. D'autres économistes, plutôt critiques depuis plusieurs années, avaient une principale caractéristique, ils n'avaient pas accès aux médias.



Changement d'époque



Parmi ceux dont on n'entendait pas parler, on peut citer Frédéric Lordon, qui vient de publier un article fort intéressant, intitulé «Changement d'époque ?». Pour ce chercheur du CNRS, parler de crise de l'économie de marché ou du capitalisme n'a guère de sens. L'économie de marché existait bien avant le capitalisme et le capitalisme a pris et prendra certainement des formes multiples, souvent contradictoires entre elles.

La crise actuelle est, selon lui, le dérapage, ponctuel ou durable, d'un système particulier sous le nom, »disgracieux mais analytiquement plus précis, de capitalisme de déréglementation à dominante financière».

Ce système, bâti à la fin des années 70 et popularisé par Margaret Thatcher et Ronald Reagan, reposait sur un a priori idéologique : l'accumulation du capital ne pouvait se dynamiser que sur la déréglementation. Déréglementation généralisée qui visait :

- d'abord la finance. Après la crise de 29, les autorités ont imposé quelques règles prudentielles aux banques et aux assurances. Pour dix ou douze dollars, francs, livres ou yens prêtés, l'organisme financier devait en contrepartie posséder sur ces fonds propres un dollar, franc, etc. Les banques de dépôts qui, pour l'essentiel, ont respecté ces règles, s'épargnent les faillites actuellement constatées.

Mais les banques d'affaires ont voulu s'en libérer. Du coup, on apprend que les faillis ont prêté jusqu'à 35 fois leurs fonds propres. Le « zéro risque » est évidemment infiniment plus improbable.

- La dérégulation a également gagné le marché des biens et des services. Ce dogme de la libre-concurrence, qui garantit une meilleure qualité à un meilleur prix, aboutit le plus souvent à l'inverse de l'effet souhaité. Ainsi, sur le marché porteur des télécommunications, la déréglementation généralisée pratiquée sur ce marché très porteur a abouti à la constitution d'oligopoles puissantes, la fin des services publics, une montée des prix relatifs et une baisse générale de la qualité, soulignée par les « Autorités de régulation » européennes.

- La déréglementation a évidemment affecté le marché du travail : « trop de rigidités, trop de charges », pleurnichaient les chefs d'entreprises.

Pourquoi payer si cher l'heure de travail lorsqu'on peut délocaliser ou, de façon transitoire, menacer de délocalisation les salariés qui auraient tendance à trop en demander ?

La cerise sur le gâteau libéral a, bien sûr, était la «mondialisation». « Déréglementation générale du plus grand nombre de marchés possibles et sur la base internationale la plus élargie possible : voilà sans doute l'élément le plus caractéristique du capitalisme des trois dernières décennies » (op. cité).



Bonheur ! Les riches se sont beaucoup enrichis...



Le capitalisme fonctionnant sur la recherche du profit au moindre coût, on pourrait se plaindre d'un tel constat, mais que faire ?

Frédéric Lordon nous fait cependant remarquer que 70% du PIB aux Etats-Unis comme en Europe sont consommés sur les marchés intérieurs.

Et c'est là où le bât blesse. Les pressions sur les salaires, pour augmenter entre autres les dividendes, sont telles que le pouvoir d'achat des salariés français a baissé en dix ans. Si l'on analyse en revanche les déclarations fiscales de mes concitoyens, on constate que le revenu fiscal déclaré de 90% de la population française augmente de 4,6% entre 1998 et 2006, soit moins que l'inflation cumulée.

Mais celui des 1% de revenus les plus élevés augmente de 19,4%, celui des 0,1% supérieurs du haut de 32%, et celui du 0,01% (!) de 42,6%. Depuis le début du XXe siècle, jamais les écarts entre riches et pauvres n'a été aussi grand, dans un système où l'immense majorité voit stagner ou se réduire son pouvoir d'achat, classes populaires et classes moyennes confondues.

Problème : si la consommation, en France ou aux Etats-Unis, représente 70% de débouché potentiel pour la production totale, il est difficile pour les entreprises de faire l'impasse dessus. Gagner d'un côté sur les salaires, c'est donc perdre de l'autre sur le pouvoir d'achat du consommateur-salarié. Qui va pouvoir continuer à acheter si le pouvoir d'achat salarial continue à baisser ?



... Malheur ! Les pauvres se sont trop endettés !



Pas de problème !, répondent nos géniaux économistes libéraux. Les gens n'ont qu'à prendre un 2ème travail ou un 3ème... C'est en réalité la vraie signification de la célèbre proposition sarkozienne du « Travaillez plus pour gagner plus ». Reste que les journées n'ont que 24 heures et que les pressions sur la productivité, la baisse des revenus, les menaces à la délocalisation, la montée du chômage et de la précarité s'intensifient.

Comment faire donc pour que ces damnés pauvres consomment ? L'idée lumineuse a surgi aux Etats-Unis au milieu des années 90 : il suffit qu'ils s'endettent ! Une solution, le crédit à taux très bas, voire à taux zéro ; un système d'hypothèque ou tout bien acheté (et pas encore réglé), notamment immobilier, sert de caution à de nouveaux emprunts ; des cartes de crédit distribuées à foison.

Le tout dans la certitude que cette loterie continuerait éternellement, la puissance du dollar et les déficits budgétaires permettant de compenser les trous ou les vides boursiers. « On ne s'étonnera pas qu'aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, qui ont quelques longueurs « d'avance » dans cette pente, le taux d'endettement des ménages par rapport à leur revenu disponible soit respectivement de 120% et 140%... ». Mais la formule coûte également très cher à l'Etat. Quelles sont les sources véritables - et non fantasmées - de la croissance aux Etats-Unis pour les quatre années 2001-2004 ? 2,5 points de PNB de baisse d'impôts, 500 milliards de dollars de dépense publique supplémentaire, et enfin un octroi de crédit immobilier qui passe de 450 milliards de dollars en 2000 à 960 en 2004 (il atteindra les 1.300 en 2006).

« On n'avait peut-être jamais vu l'application, avec une pareille ampleur, de mesures d'inspiration plus purement keynésienne puisque pour relancer l'activité, ce sont 15,5 points de PNB qui ont été injectés ex-ante dans l'économie. Cela pris en compte, il n'est guère surprenant que, sur la même période, la croissance du PNB ait été de 10% ! La comparaison des deux chiffres souligne au contraire l'ampleur des pertes en ligne dues à une compétitivité défaillante » (Jacques Mistral).



L'élection américaine au cœur du cyclone



Tout ce jeu de Monopoly repose sur une confiance inébranlable, sur un dollar attractif, sur la capacité des Américains à rembourser leurs dettes, sur le maintien du plein emploi aux Etats-Unis.

Tous éléments fortement mis en cause à la fois par les créanciers des Etats-Unis mais dorénavant aussi par la population américaine elle-même. C'est la colère de Main Street (l'homme de la rue américaine) contre Wall Street.

Extrêmement choqué par les salaires des banquiers et autres brokers, l'Américain moyen qui craint pour sa maison, son emploi, sa santé, devient ivre de rage lorsqu'il apprend que les financiers qui ont précipité la crise, quittent leurs établissements en faillite munis de parachutes dorés qui leur permettent de toucher des dizaines de millions de dollars en guise de prime de chômage. Plus généralement, les couches populaires comme les classes moyennes craignent à juste raison d'être les premiers à payer l'addition.

Pour les milieux d'affaires, apôtres de la « socialisation des pertes », la crise tombe mal : on est à un mois des élections présidentielles. L'ancien exécutif est plus ou moins paralysé et les deux candidats ne peuvent pas annoncer aux électeurs des mesures par trop impopulaires.

Les deux candidats en lice savent également que l'endettement américain et la faiblesse du dollar fragilisent grandement les marges de manoeuvres du futur président et rendent très improbables les principales réformes avancées pendant la campagne : la baisse des impôts pour John McCain, la reconstruction d'un vrai système de santé pour Barack Obama, aujourd'hui le mieux placé dans les sondages. Les deux candidats, à l'égal de tous les économistes, ne savent ni l'un ni l'autre quelles seront l'ampleur et la durée dans la crise dans laquelle l'économie mondiale s'est plongée.



Europe : la cacophonie



L'idée de Nicolas Sarkozy de constituer un fonds de garantie européen pour les banques de 300 milliards d'euros n'était certes pas une panacée, mais son annonce aurait pu calmer quelque temps la crise aiguë de confiance.

« Nein ! ». Selon le Canard Enchaîné d'hier, Angela Merkel aurait repoussé la proposition française en termes choisis: « Chacun devra gérer sa merde ! ». Cela a au moins le mérite de la clarté.


Repost 0
Published by pierremorville - dans géoplitique-éco
commenter cet article
5 novembre 2008 3 05 /11 /novembre /2008 03:19

Ceci est le premier article de votre blog. Il a été créé automatiquement pour vous aider à démarrer sur overblog. Vous pouvez le modifier ou l'effacer via la section "publier" de l'administration de votre blog.

Bon blogging

L'équipe d'overblog

PS : pour vous connecter à votre administration rendez-vous sur le portail des blogs overblog

Repost 0
Published by pierre morville
commenter cet article
1 novembre 2008 6 01 /11 /novembre /2008 06:46
08 avril 2008  

A l’occasion des Etats Généraux de la Philatélie, Pierre Morville et Pierre Jullien ont été invités à “co-présider” une commission de préparation des Etats Généraux, ce qui les a conduits à recueillir des dizaines de témoignages de collectionneurs, de journalistes, de personnalités ayant accepté de réfléchir sur l’avenir du timbre.

Ils ont présenté une synthèse le 2 avril, en introduction aux EGP.

En voici le texte intégral, qui était fourni, d’ailleurs, aux participants.

Françoise Eslinger nous a confié la tâche de co-présider la commission de préparation des États généraux de la Philatélie. Les rôles ont été d’entrée bien définis. Pierre Jullien, ancien rédacteur en chef du Monde des philatélistes et de Timbres magazine et philatéliste lui-même, connaît très bien cet univers. En revanche, Pierre Morville a apporté sa contribution par rapport à son expérience à France Télécom, notamment dans le domaine des dispositifs de la dérégulation souhaitée par la Commission européenne. Il possède en outre une bonne pratique des domaines de l’Internet. 

Cette tâche nous a conduits à rencontrer des dizaines d’acteurs du milieu philatélique ou extérieurs au milieu philatélique, mais dont les compétences pouvaient être riche d’enseignements. Début 2011, le marché postal sera totalement libéralisé. Cette nouvelle situation va profondément bouleverser ce marché du courrier. Aura-t-elle des effets immédiats et directs sur le volet du « beau timbre » et de la philatélie ? On peut répondre négativement à cette question, mais sûrement seulement sur le court terme.  

Par ailleurs, nous avons constaté que de nombreux  acteurs du timbre sont peu conscients des mutations qui se préparent. L’État français, ou tout autre état, se privera difficilement d’un outil emblématique important de la souveraineté nationale. Le timbre en effet (la Marianne !), par sa large diffusion, porte pour un l’opinion publique, l’image de la Nation, quasiment au même titre que le drapeau, l’hymne nationale, les décorations ou les différentes et plus en plus nombreuses cérémonies de commémoration.  La poursuite de la publication d’arrêtés, sans réelle base légale constituée, est d’une certaine façon la meilleure preuve des liens tenus entre l’État et la Poste, à travers l’entrée particulière de la philatélie.

Contrairement au secteur des télécoms, la nouvelle régulation s’effectue sur un marché en plus faible développement. Dans le cadre d’une course à la baisse des prix, principale justification des décisions européennes, on ne peut pas exclure que les opérateurs alternatifs utilisent le timbre soit comme outil de marketing direct pour leur propre marques et services, soit dans un usage publicitaire qui permettrait à l’usager de payer sa correspondance à prix moindre. Trois interrogations se font jour :  

  • L’État souhaite-t-il poursuivre son rôle de donneur d’ordres en matière de programme philatélique et quels moyens se donnera-t-il pour l’assumer ? Doit-on s’attendre à une modification des rapports Etat-La poste sur la question de la philatélie ? La Commission philatélique devra-elle évoluer dans ses objectifs et son fonctionnement ?
  • Quel rôle pédagogique La Poste entend-elle jouer dans le monde de la philatélie, à l’heure d’un bouleversement profond du paysage postal, particulièrement dans le domaine du courrier vers les particuliers et entre particuliers?
  • L’Arcep va-t-elle inclure la philatélie dans ses missions de régulations « des postes » ?

 Au delà de ce cadre général, quelques critiques font l’objet d’une quasi-unanimité auprès des collectionneurs consultés: 

COÛT :

Il y a trop de timbres, et le budget est trop important. 

ESTHETIQUE :

Certains timbres ne sont pas considérés comme de beaux timbres par les philatélistes. 

INFORMATION:

Les bureaux de poste ont perdu la culture du timbre et donc ont du mal à accueillir les philatélistes dans leurs exigences légitimes. Ils semblent peu formés à dispenser l’information nécessaire.La philatélie est la grande absente de la télévision.La philatélie est trop absente d’internet.

NICOLAS SARKOZY

Une des propositions du président Sarkozy suscite un débat : « Ces états généraux devront, écrit Nicolas Sarkozy, définir précisément, d’une part ce qui doit appartenir au programme philatélique, qui fait l’objet d’un arrêté ministériel et se traduit par des timbres émis en quantité raisonnable, et d’autre part ce qui n’est que du timbre d’affranchissement, sans nature institutionnelle comme par exemple, les timbres à message type “meilleurs vœux. »

Si, semble-t-il, les négociants semblent apprécier cette vision, la majorité des collectionneurs consultés semble plus réservés. Il y a probablement la peur de voir une série de thèmes sortis du programme philatélique. 

Des pistes de réflexion

Au-delà de la demande d’une émission de télévision, de créer la rareté en limitant le tirage des timbres ou en limitant leur diffusion dans le temps, quelques idées témoignent d’une certaine imagination.

Pourquoi ne pas faire appel à de jeunes artistes de moins de 40 ans, en devenir, pour soutenir (et intégrer) le marché de l’art contemporain ?

Pourquoi ne pas confier à un directeur artistique « invité », qui changerait tous les ans, la moitié du programme philatélique ?

Serait-il judicieux de chercher à faire de certaines émissions des valeurs de placement en procédant à des émissions à tirages limités vendues par souscription.

Pourquoi ne pas tirer au sort les acheteurs de séries limitées, sur le modèle du marché des actions lors de l’ouverture de capitaux à la Bourse ?

Comment procéder pour permettre au timbre de, littéralement, « envahir » internet ?

Pourquoi ne pas insérer « volontairement » un certain nombre de variétés dans les feuilles de timbres de façon relativement mécanique?

D’ailleurs, pourquoi pas des timbres-loterie en partenariat avec la Française des Jeux ?

Pourquoi ne pas offrir à chaque nouveau-né son kit « Mes premiers timbres » ou « Les timbres de mon année de naissance » dans un album ?

Pourquoi ne pas offrir des Bourses à des doctorants pour favoriser la recherche sur le timbre ? 

En matière de distribution, le bât blesse. Le système actuel de distribution du beau timbre s’adresse principalement aux philatélistes-collectionneurs, un cœur de cible peut-être mécontent mais déjà conquis. La Poste dispose certes, d’un réseau exceptionnel de distribution à travers les 13000 bureaux de poste. Le réseau de télévision interne qui s’y implante peut également être un outil de communication important. Mais la vente de beaux timbres n’est que l’une des multiples opérations que doivent remplir les personnels, astreints de surcroît à des impératifs de productivité et de « fluidification » des files d’attente. Une diversification des modes de distribution pourrait donc être tentée.

On peut notamment penser qu’un test de ventes en grandes surfaces devrait permettre à un nouveau et très large public d’accéder aux beaux timbres. On pense notamment à la clientèle « jeunes » qui a aujourd’hui quelque mal à franchir la porte d’un bureau de poste. 

Pierre Morville, Pierre Jullien, le 2 avril 2008″

Repost 0