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18 août 2010 3 18 /08 /août /2010 15:37

(chronique parue dans le Quotidien d'Oran du 19 août 2010)


L'été a été dominé par les nuisibles polémiques sur la sécurité. La rentrée sera rudement marqué par la crise économico-sociale

Patatras !! Le sondage du Figaro était trop beau, celui de Marianne fait frémir les ânes ! Tout c'était bien déroulé. Après un discours hypra-sécuritaire, le Président de la République prenait quelques jours de vacances sur la Cote d'azur, dans la villa cossue de sa belle-famille italienne. Il partait sans nul doute avec l'assurance d'un "bon coup", après le claironnement de mesures imprécises, à l'efficacité douteuse, au caractère constitutionnel fragile, immorales à l'évidence mais qui permettait d'occuper l'été des Français sur la sacro-sainte grande trouille de la "Délinquance".
Un opportun sondage de Figaro venait quelques jours après saluer avec trompette la "symbiose" de la pensée présidentielle et des angoisses de mes concitoyens qui soutenaient à 80/90% les mesures iniques . Le coup était beau, renvoyant la gauche à ses éternelles pleurnicheries et le verbe présidentiel pouvait ramener dans le pré-carré sarkozien des électeurs ulcérés, à nouveau tentés par le Front national.


"La tâ-â-actique du-gendarme"


Patatras !! L'hebdomadaire Marianne sans doute comme beaucoup, ébranlé par le degré d'adhésion enregistré des Français à un discours bien plus républicain, a eu l'intelligence de faire son propre sondage. Avec des résultats strictement inverses !
Pour l'hebdo de Jean-François Kahn, 69% des sondés estiment inefficace que la politique menée en matière de sécurité depuis huit ans (dans tous les domaines : atteintes aux biens (58%), aux personnes (69%),aux violences urbaines 78%), ...à la délinquance financière (72%). Les causes de cette dégradation ? En premier , la montée des inégalités sociales ( 73% !), viennent ensuite la suppression de la police de proximité et l'incivisme (68%), la réduction du nombre des policiers (66%)... L'immigration n'intervient qu'au 5ème rang avec 47% de réponses contre 49% de concitoyens qui ne voient pas de liens entre l'un et l'autre. 51% des Français contre 46% sont hostiles à le déchéance de la nationalité française pour des Français "récents", coupables de délits. 75% estiment que les récents nationalisés sont des "Français comme les autres" . Mieux ou pire, 66% de mes concitoyens sont favorables à la "déchéance de la nationalité" pour les contribuables français fortunés qui s'exilent pour ne pas payer d'impôts ! De tels écarts sur les résultats amènent à s'interroger sur le sérieux des organismes de sondage. La profession (4 ou 5 groupes en France) a fait le dos rond dans une unanimité catégorielle touchante : il n'y a pas de divergences de fond, "les questions étaient formulées différemment, c'est pas étonnant que les réponses le soient aussi !". Admirable éthique professionnelle, rigoureux impératifs scientifiques !
Mais le coup de tonnerre a semé le trouble dans les rangs de l'UMP. Le parti majoritaire s'est brutalement rendu compte que la carte magique sécuritaire ne pouvait peut-être pas marcher à tous les coups. D'autant que de nombreux élus républicains de droite ne se sentent pas nécessairement à l'aise dans les amalgames mêlant immigration et sécurité, mise en cause de la citoyenneté et création de citoyens de "seconde zone, le tout ponctué de coups de menton et tics d'épaule.
Depuis dix jours d'ailleurs, seule la très proche garde sarkoziste rapprochée continue dans la surenchère (le laborieux Hortefeux, ministre de l'Intérieur des "Auvergnats", le calamiteux Estrosi, Besson le Félon  et consorts), pour les autres responsables et ministres, c'est plutôt le silence assourdissant ou au mieux, des déclarations gênées et des rappels lénifiants au besoin de sécurité des Français... La "ta-a-actique du gendarme" chantée naguère par Bourvil et qui vantait une maréchaussée bon-enfant et proche de l'habitant, voit ses ressorts considérablement s'user, surtout avec une police agressive qui voit toute population comme un ennemi potentiel.
Depuis, Nicolas Sarkozy s'est lui-même réfugié dans un silence prudent (pour combien de temps ?), n'intervenant qu'une fois dans et à contre-pied, pour sommer le pauvre Barroso, inénarrable Président de la Commission européenne "d'en faire davantage" pour les populations pakistanaises en proie à la mousson. Ah mais ! on doit parfois être brutal, on n'en pas moins un coeur !
Mais le discours bien peu républicain du Président de la République continue de semer la consternation. Jusqu'à l'ONU où, il faut bien le dire, une obscure commission, la CERD (commission pour l'élimination de la discrimination raciale), s'est émue du discours actuellement xénophobe de l'état français. Le Porte-parole de l'UMP, Dominique Paillé, s'en est pris dans l'urgence à certains membres de la commission, mettant en cause la Roumanie et l'Algérie !  Tout en oubliant que les représentants anglais et américains partageaient l'opinion commune des représentants internationaux.
C'est l'un des problèmes de Nicolas Sarkozy, qui fut aussi un peu celui de Giscard, il y a trois décennies : la France reste à l'évidence une grande démocratie mais elle occupe, souvent de son propre fait, parfois en donneuse de leçons, une place à part : au regard de l'étranger comme en son sein, on y tolère moins qu'ailleurs les manquements à la République et aux droits de l'Homme. Après tout, elle se revendique comme en étant la "patrie".
Pour notre président, ce long et pénible épisode souligne surtout les difficultés à mettre en oeuvre une stratégie pour sa réélection, sujet sur lequel il doit s'endormir tous les soirs. Sur l'hypothèse d'un deuxième mandat, l'opinion publique, naturellement incertaine, paraît à ce jour très indécise.

Remaniement en Octobre

Sur le papier, la situation du parti présidentielle n'est pas très bonne. Les Français sont mécontents, toutes catégories comprises. On note ainsi un effritement dans de larges catégories de population, traditionnellement légitimistes et conservatrices, comme les "catholiques pratiquants" (cf. enquête du Monde). Après une sur-dramatisation estivale sur les thèmes sécuritaires, ratée car trop brouillonne et bien moins de l'échéance présidentielle , Nicolas Sarkozy dispose néanmoins d'une seconde arme dans les semaines qui viennent : le "remaniement gouvernemental". On change le Premier Ministre et on redistribue les cartes dans les postes ministériels. Nicolas l'a annoncé pour octobre.
A la réflexion, curieux terme. "Remaniement" signifie étymologiquement, que l'on se "redonne la main". Oui, mais avec qui et pourquoi ?
L'actuel 1er ministre, François Fillon a réussi à mettre en oeuvre, bon an mal an, une ligne gouvernementale qu'il déterminait très peu dans une conjoncture extrêmement volatile. Hyper-modeste par obligation devant l'omnipotence présidentielle, l'actuel Premier ministre a même réussi à s'attirer une commisération un peu miséricordieuse dans l'opinion. Faut-il qu'il parte ? A l'évidence, oui, parce qu'il baisse moins dans les sondages que le président.
Mais le remplacer par qui ? Michelle Alliot-Marie, raide comme la Justice ? Jean-François Coppé, en embuscade ? Alain Juppé, qui ne servira pas un deuxième maître (et qui a hier sévèrement taclé le président sur ses dérives sur l'immigration et la sécurité) ? Un petit jeune qui aura du mal à faire ses preuves en pleine crise sociale et à la veille d'une échéance électorale hard pour la droite ? Une personnalité de la "société civile" ?
Il ne faut pas se gausser : il existe des personnalités peu connues du grand public qui peuvent à tout moment se révéler comme des grands serviteurs de la République. Raymond Barre en fut le meilleur exemple.
Reste de surcroît la question du "pourquoi ?".
Le futur premier ministre devra en deux ans tout à la fois amoindrir la gauche, rallier les différents partis centristes, éliminer les prétendants "indus" à droite, séduire les électeurs du Front National et rassurer les électeurs UMP qui veulent voter Front National (comme le commentait dans le journal le Monde un élu du Front national "Sarkozy sert de brise-glace au Front et il n’en est pas conscient"). Rude boulot. Faut trouver le bonhomme. Ou la bonne femme. Capable de surcroît, de ne surtout pas faire de l'ombre au Grand Homme.
Deux autres solutions, on n'ose pas dire subterfuges, existent. Avec leur sérieuse part de risques : la dissolution inopinée de l'Assemblée nationale avec un résultat très ouvert : coup de fouet salvateur ou cohabitation forcée à quelques mois de l'élection présidentielle. Un Référendum surprise qui, quel qu'en soit son thème,  pourrait prendre soit les formes d'un plébiscite soit ceux d'un dégagement sans autre forme de procès.

Fort de Brégançon : devoir de vacances

Caramba ! Le coup a raté ! Plutôt que se dédire sur la sécurité, le bon Nicolas attaque sur un autre sujet de "préoccupation des Français". Demain, vendredi, au Fort de Brégançon, une autre de ses retraites estivales de la Côte d'azur, il convoque Fillon, Christine Lagarde, ministre de l'économie, et d'autres responsables pour préparer la rentrée économico-sociale, avec notamment le "dossier des retraites". Tout le monde va bosser dur. Sauf Eric Woerth, chargé du dossier des retraites mais qui n'est pas convoqué. Un oubli, sans doute.
Au menu de cette réunion de travail, l'agence de notation Moddy's Investors Service. Sacré Moody's ! L'une des trois agences de notation internationales. Les trois n'ont pas vu venir la crise. Mais elles notent et elles sanctionnent toujours de façon totalement impavides. Et si on les notait ?  Moody's ? Triple "Z" comme "zozo". Et si, on les sanctionnait ? Ecartons le pal. Quoique...
Selon cette agence ainsi, la France, ainsi que les Etats-Unis, l'Allemagne et la Grande-Bretagne devraient perdre leur note maximale "AAA", en raison de leurs difficultés budgétaires, notamment du fait du vieillissement de leurs populations. Pour Nicolas , la question est plus courte : comment faire passer la pilule de la rude réforme des retraites alors que les indicateurs de croissance sont désespérément faibles (malgré un +0,6% de croissance au 2ème trimestre contre +2,2% en Allemagne) et ceux sur le long terme ?
Notre bon président aimerait surtout se refaire une audience internationale en prenant en novembre la présidence du G8 et du G 20. Mais pour leur annoncer quoi. Tout le monde est dans le brouillard.
C'est vrai que l'économie, c'est compliqué. tellement que les "Grands économistes", pour expliquer au petit peuple ce qui va leur arriver ( et qu'en général, ils n'avaient aucunement prévu), utilisent abondamment des figures simples et pédagogiques pour décrire aux simplets, le monde tel qu'il vient :
- crise en V : la crise économique tombe, on tombe aussi, et puis on se redresse rapidement
- crise en U : la même chose, mais en plus long
- crise en L : on tombe très bas et on reste au même niveau, très longtemps
- crise en W : on tombe, on remonte un peu et on retombe encore plus dur...
N'étant pas "grand économiste", on se gardera bien d'opter pour une des hypothèses de sorties sur la crise en cours. D'autant que peu ont exploré la crise en modèle "E" (on remonte, mais pas tout le monde au même niveau), "K" (ça remonte mais y'en a qui descendent)  ou "O" (on tourne en rond durablement)...


Afghanistan : "Dis, Nicolas, on s'en va quand ?"

Le site internet Wikileaks a rend publics près de 90 000 rapports secrets sur la guerre en Afghanistan. Beaucoup de révélations, notamment sur la dureté du conflit ou le rôle un peu trouble du Pakistan, mais l'ensemble ne fait que confirmer ce qui était déjà connu : après neuf ans de combats, les Etats-Unis sont en train de perdre et se préparent au départ. La participation de troupes françaises n'a pas été très populaire en France même. Peu associé à la gestion du conflit, le contingent engagé joue plutôt les supplétifs. Quand est-ce que les troupes françaises vont faire leurs bagages ?

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12 août 2010 4 12 /08 /août /2010 18:53


"Un sale été pour Sarkozy (2ème partie) : vilaines dérives sur l’immigration et la délinquance"  (article paru dans le Quotidien d'Oran du 12 août 2010)

Pour faire oublier les impasses économiques, l’affaire Woerth, la chute dans les sondages, le Président ré-enfourche son cheval favori, la sécurité. Au risque de ne pas convaincre longtemps

sarko-jeune-copie-1.jpgJoli coup, Nicolas ! Bien au-delà des découpes gauche-droite, beaucoup de républicains avaient été choqués par ses dernières propositions démagogiques et réactionnaires, associant étroitement délinquance et immigration, Français d’origine étrangère et menaces sur la nationalité.
Hélas ! Hélas ! Un sondage opportun  paru dans le Figaro montre que l’essentiel de Français applaudissent ces annonces iniques. Sur la possibilité de déchoir de leur nationalité des délinquants qui auraient acquis la précieuse carte d'identité, 70% des sondés y sont favorables comme 50% des électeurs de gauche. Et l'adhésion est encore plus forte lorsque le retrait de la nationalité française porte sur des cas d'excision ou de polygamie, avec 80% de réponses positives (60% à gauche). La fermeture des camps des romanichels ? 94% à droite et 60% à gauche approuvent !
Seule exception, le clivage droite-gauche se reconstitue sur la prison proposée pour des parents de délinquants récidivistes (35% favorables à gauche, 75% à droite). Un tel plébiscite de la « France qui a peur » permet au président de s'éloigner de ses ennuis actuels. Un temps.

La sécurité, la réponse toute faite qui marche toujours ?

C'est à voir. Ce succès démagogique de Sarkozy peut-il tourner victoire à la Pyrrhus ? Le triomphe claironné peut-il déboucher de sévères déconvenues ? Oui, pour trois raisons.
Si les résultats du sondage IFOP-Le Figaro ne rassure pas sur le niveau de civisme de mes concitoyens, il ne signifie pas pour autant que l'opération populiste liant honteusement sécurité et immigration fasse partie aujourd’hui des priorités des Français. L’ensemble des enquêtes des instituts de sondage des derniers mois indiquent bien au contraire que les questions sécuritaires ne font plus partie des préoccupations les plus urgentes.
Dans le baromètre de la SOFRES sur les « préoccupations des Français » daté de juin 2010, la « sécurité des biens et des personnes apparaît au 10ème rang des soucis, loin derrière le chômage et l'emploi qui reste la principale préoccupation, à 74% dans le classement des urgences. Derrière, le financement des retraites poursuit sa progression entamée avec le lancement du débat sur la réforme du gouvernement, avec 58% des réponses les plus fréquentes. Viennent ensuite la santé et la qualité des soins, l'évolution du pouvoir d'achat, la qualité de l’enseignement, les inégalités sociales, l’environnement....
Malgré « l’effet-loupe » liée à une forte médiatisation gouvernementale, ce ne sont pas quelques annonces populaires mais totalement contraires à la tradition républicaine, qui détourneront l’inquiétude des Français sur ce qui les concerne le plus : la crise actuelle et ses conséquences sur eux-mêmes et leur famille.

 agacement
On peut objecter que dans un contexte de crise sévère et durable, sans solution de sortie rapide, la xénophobie organisée peut justement, comme dans les années 1930, faire jouer à des communautés étrangères (les Juifs à l’époque) le rôle de bouc émissaire et de paravent à l’impuissance des politiques. On n’en est pas là.
Mais la tentation de l’exploitation politique des "faits divers" existe bien dans le clan Sarkozy. Est-ce un bon calcul ? En matière de sécurité, il a disposé depuis huit ans, de tous les moyens comme ministre de l’Intérieur puis comme Président. Chaque jour, le chef de l’état constate l’échec de sa politique, chaque jour, il s’en indigne (!), chaque jour, il prend de nouvelles mesures plus répressives que celles de la veille. A chaque fois, les résultats sont loin d’être probants, malgré les discours d’autosatisfaction de sa majorité puissamment relayés dans les médias amis (TF1, le Groupe Hachette, le Figaro...).
Deux longues années nous séparent de l’élection présidentielle qui reste à l’évidence la seule obsession du bon Nicolas. De  nouvelles surenchères permanentes pourront apparaître à la longue comme un aveu d’échec à des électeurs lassés d'attendre des résultats concrets.
De même, l’agitation sécuritaire perpétuelle ne permettra pas de faire oublier aux Français, la réalité quotidienne de la crise économique. Gageons qu’es les millions de personnes qui manifesteront le 7 septembre prochain sur les retraites, n’auront pas les Roms ou la polygamie comme 1er sujet d’intérêt.
Par ailleurs, les rapports de force politique évoluent et le système Sarkozy s’use.  Persuadé jusqu’au bout de son assise présidentielle, le bondissant Nicolas avait été pris de court par le résultat des dernières élections régionales : la Gauche a été très nettement majoritaire et, fait nouveau, le Front National est ressorti de sa boite, dirigée par Marine Le Pen, fille de son père et très habile tacticienne. Reconquérir les franges les plus à droite de son électorat est donc devenu la principale obsession du Président. En enfourchant la rhétorique de la formation d’extrême droite, Nicolas Sarkozy courre un double risque : ne pas convaincre des électeurs ulcérés qui préféreront éventuellement « l’original  (le FN) à la copie  (Eric Besson) ».

2012 : une présidentielle à haut risque

Quant à imaginer une « ouverture » de la majorité gouvernementale à Marine Le Pen, Nicolas Sarkozy y perdrait à coup sûr les centristes et ce qui reste de gaullistes à l’UMP.col-re-4-copie-3.jpg
D’autant que les sondages montrent également que des personnalités de "l'opposition de droite" marginalisées au départ par le rouleau-compresseur de l’UMP, parti présidentiel omniprésent  à défaut d’être omnipotent, résistent et font leur trou.
Dans une récente enquête Ifop pour Sud-ouest Dimanche, Dominique de Villepin (10%), François Bayrou (9%) étaient pour une fois testés dans une approche moins « traditionnelle » de l’offre politique. En tenant compte de ces candidats aujourd’hui méprisés par les états-majors des grandes formations, les leaders des partis de gouvernement, Martine Aubry et Nicolas Sarkozy, affichent chacun un modeste score de 26%. Marine Le Pen est créditée d’un 11%, un étiage équivalent à celui de la Gauche de la Gauche. Dans un tel scénario d’extrême dispersion des voix, il n’est pas inenvisageable qu’il arrive à Nicolas Sarkozy, une réédition du martyr infligé en 2002 à Lionel Jospin : sa brutale élimination à l’issue du 1er tour 2002, le second scrutin voyant s’affronter Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen ! Un second tour Martine Aubry/ Marine Le Pen donne des frissons à l’UMP. On en est loin mais l'arrière plan d’une longue crise économique, les inquiétudes multiples de Français, renforcées par les errements tacticiens de Nicolas Sarkozy font de la Présidentielle de 2012, une élection à hauts risques.
 Le troisième risque que courre Nicolas Sarkozy concerne la dégradation de sa propre image. Plus largement, celle-ci peut écorner la représentation de la fonction présidentielle dans la démocratie française.
Nicolas Sarkozy a beaucoup de qualités : c’est un homme d’action, il n’hésite pas à bousculer les lignes traditionnelles de la vie politique française, il s’engage à 120% dans sa mission. Il a une haute idée de celle-ci et de sa propre personne. Il a très dignement représenté son pays sur la scène internationale.
Nicolas Sarkozy a beaucoup de défauts. A part son admiration de la réussite personnelle par l’argent, il ne semble avoir guère de convictions, sinon successives et contradictoires mais toujours affichées avec la plus grande... conviction. Il a tendance à confondre le service de l’État et le sien propre. Il semble ne se fier qu’à ses propres intuitions quand il ne s'agit pas de ses foucades.
Plus généralement, Nicolas Sarkozy ne laisse personne indifférent : c’est une personnalité propre à créer spontanément les plus vives sympathies ou à faire surgir d’emblée les rancœurs les plus tenaces. Il séduit facilement mais il déçoit beaucoup.
Ce portrait est certainement injuste, incomplet et subjectif mais à tout le moins, il faut bien admettre que Nicolas Sarkozy ne présente pas spontanément les qualités d’un rassembleur, d’un fédérateur, d’un « père de la Nation ».
Il n’est pas responsable de tout : secoué par une crise économique d’ampleur et d’origine nord-américaine, il a été pris à contrepied de ce fait, sur la quasi-totalité de ses promesses électorales. Mais il s’englue tout seul dans une défense forcenée des Français les plus riches,  l’affaire Woerth étant le symbole même des rapports consanguins entre le haut appareil d’Etat et la bourgeoisie très, très fortunée.

 

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Le plus grave n’est pas là. Plus que tous ses prédécesseurs de la V° République, il semble avoir oublié qu’il est, au moins sur le papier, le « Président de tous les Français ». Lui, fils d’immigré hongrois, marié à une citoyenne italienne, il n’a eu de cesse d’opposer les « immigrés-étrangers-vecteurs de violence » aux braves citoyens français. Il vient de franchir un pas de plus en opposant les Français « d’origine étrangère » aux autres. Les dernières prises de position présidentielles qu’il s’agisse de la traque des Romanichels, les menaces de perte de la nationalité française pour des citoyens français coupables de délits pour des peines à cinq ans de prison, l’embastillement de parents coupables des errements de leurs enfants mineurs, révèle ne logique folle et inefficace au mieux, au pire, perverse. A moins qu’il ne s’agisse d’un mauvais mélange des deux.
Le pire, c’est que l’exécutif sait pertinemment que les mesures proposées ne sont guère constitutionnelles et risquent fort d’être retoquées. Le constitutionnaliste Guy Carcassonne "doute" ainsi que la déchéance de la nationalité française pour des crimes de droit commun, soit légale au regard de la Constitution de la Ve République. "L'article 1 de la Constitution dit que la République assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion", observe-t-il.
Alors pourquoi le Président de la République française, garant de la Constitution, s’amuse-t-il à de telles fantaisies contestables sur le plan juridique, citoyen et moral ?
La réponse a été donnée de façon abrupte par Michel Rocard. L’ancien Premier ministre socialiste est une figure à part.  Père de la deuxième gauche, il a souvent été contesté dans son propre camp pour son « réalisme ». Il a un peu surpris en faisant quelques gestes d’ouverture à Nicolas Sarkozy, au lendemain de l’élection de celui-ci. Mais nul à droite comme à gauche n’a jamais suspecté son indépendance intellectuelle et morale. Ces considérants rendent encore plus acerbe son jugement récent sur Sarkozy dans un interview à Marianne. Extraits :
«MR  - (...) je vous le dis comme je le pense, les intentions sont scandaleuses.
Marianne : - Vous dites que le président cherche la guerre civile, qu’il veut faire descendre les gens dans la rue…
M.R. : Je dis qu’il le paiera et qu’il l’aura mérité. (...)Je serai sec et sans bavure : c’est inadmissible. Mais le pire, c’est que ça ne marche pas. Il n’y a d’amélioration ni sur le plan de la sécurité ni sur celui de l’immigration (...) Quand on va chercher l’électorat du Front national, voilà sur quels scandales on débouche. La loi sur les mineurs délinquants passe de la responsabilité pénale individuelle à la responsabilité collective. On n’avait pas vu ça depuis Vichy, on n’avait pas vu ça depuis les nazis. Mettre la priorité sur la répression, c’est une politique de guerre civile. »
 « Politique de guerre civile ». Bigre !
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Nicolas mise sur l’incompétence de ses oppositions

Candidat à l’élection de 2007, Nicolas Sarkozy avait gagné par sa fougue, sa détermination. Son programme se réduisait à quelques thèmes forts et aisément simples. « Travailler plus pour gagner plus » : on en rit encore. La sécurité des Français garantie et renforcée. L’aveu d’échec est patent. Une certaine volonté « d’Union nationale » sur les grands sujets de transformation en France. L'ouverture fut une parodie et rarement, un Président français a recueilli à mi-mandat, une si piètre image dans les sondages. Certes, Nicolas Sarkozy peut redresser la barre mais il lui faudra renoncer à des habitudes de gouvernance qui aujourd’hui lui collent à la peau.
Certes, le candidat Sarkozy peut également tout miser sur les faiblesses de ses oppositions. Mais le pari est risqué.

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12 août 2010 4 12 /08 /août /2010 18:32

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A toutes les personnes qui ont eu la gentillesse de suivre ce blog

 

 Comme certains l'ont remarqué et me l'ont fait savoir, ma contribution fut très irrégulière ces trois derniers mois, tout autant que ma participation à la rubrique, la "Chronique de Paris"  que je tiens depuis sept ans au Quotidien d'Oran. 

 

 Responsable syndical dans une grande entreprise française qui a connu une crise "hors norme", j'ai consacré plus que l'essentiel de mon temps à cette affaire.

Nous sommes, je l'espère et je le crois, sur les chemins d'une issue positive, après onze mois de négociations intenses sur une sorte d'OVNI social, recouvrant l'appelation imparfaite et vague de "souffrance au travail".


De façon plus réaliste, l'analyse de l'hyperfinanciarisation des politiques entrepreneuriales, les "modes" de management irrationnels, souvent inhumains, presque toujours contreproductifs, et leurs conséquences sur les collectifs de travail est un champ de réflexion qui ne fait que s'ouvrir. J'espère y contribuer sous la forme d'une publication dans les mois qui viennent.

 

Comme néanmoins la pression s'allège, tout au moins dans mon propre groupe industriel, je vais pouvoir revenir à mes vaticinnations sur mes "dadas" favoris : l'économie politique et la géopolitique.

 

Merci encore de votre patience et de votre intérêt pour ce modeste blog.

 

Amicalement à tous et à toutes

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12 août 2010 4 12 /08 /août /2010 18:07

banquir-2.jpgUn sale été pour Sarkozy (1ère partie) : l’affaire Woerth-Bettencourt (article publié dans le Quotidien d'Oran du 5 août 2010)


 

Cela a commencé comme un épisode tragi-comique dans les appartements feutrés d’une des plus grandes fortunes française et ça vire sévère au scandale d’état. Au départ, Françoise, craint que sa mère, Liliane Bettencourt, une vieille dame qui est la 1ère fortune de France et propriétaire du groupe L’Oréal, ne perde quelque peu la tête. Celle-ci s’est en effet entourée depuis la mort du patriarche de la famille, André Bettencourt, ancien ministre et multimilliardaire, de bien curieux personnages. Prenons le cas de François-Maris Banier, un écrivain, photographe, artiste échevelé et courtisan de profession, qui est devenu « l’ami » de Liliane Bettencourt. Gigolo n’est pas l’appellation exacte car quel gigolo dans l’histoire a réussi, en un tout petit nombre d’années, à toucher pour gages un milliard d’euros (!), en affichant de surcroît son homosexualité ? Symbole de cette générosité sans limite, Liliane a ainsi offert à son favori, l’île d’Arros, dans l’archipel des Seychelles. Pour faire bonne mesure, la vieille milliardaire a fait de son « favori », son légataire universel. En cas de décès de ce dernier, c’est « l’ami » de celui-ci qui devait recevoir sa fortune.

 

Tragi-comédie domestique chez les grands-grands-bourgeois et leurs amis


Un homme d’affaires, Patrice de Maistre, gère le patrimoine de la vieille dame, sa principale activité consistant à mettre l’essentiel de cette fortune hors des griffes du fisc français en plaçant des centaines de millions d’euros entre le Liechtenstein, la Suisse et autres paradis fiscaux. Pour prouver sa reconnaissance, Liliane, outre une rémunération très substantielle, offre à de Maistre un charmant petit yacht de 21 mètres de long. La brave femme ! De Maistre, prudent, engage la vieille milliardaire à ne pas parler de ce modeste présent à sa fille Françoise. Car Françoise qui a toujours été très proche de sa mère, s’inquiète. Elle a de plus en plus de mal à maintenir le contact avec sa mère, Banier et de Maistre organisant un véritable cordon sanitaire autour de la milliardaire âgée de 86 ans. Françoise, tenue à distance, craint une escroquerie et porte plainte devant la justice française pour « abus de faiblesse » sur la personne d’une femme très âgée et qui visiblement n’a plus toute sa tête. Eh oui ! Ça se passe comme ça dans les beaux quartiers de la capitale ! Et ce n'est pas tout, car, il y a les coulisses, à savoir, les dépendances, buanderies, cuisbanquiers-5.jpgines où s’agite une très importante domesticité. Comme le dit l’adage, même un très grand homme n’a pas de secret pour son domestique. Et les très nombreux secrétaires, maîtres d’hôtel, gouvernantes, bonnes, femmes de chambre, chauffeurs qui servent jour et nuit Liliane Bettencourt, sont très divisés. Certains ont rejoint le camp Banier, d’autres dénoncent l’influence perverse et intéressé du photographe mondain, celui-ci ayant même réussi à chasser les médecins traditionnels de la vieille dame pour les remplacer par des toubibs amis. Pascal Bonnefoy, qui fut le majordome d’André Bettencourt avant de devenir celui de Liliane, horrifié par les pratiques de l’entourage, place un magnétophone dans le bureau ou De Maistre, Banier et Mme Bettencourt tiennent de nombreuses réunions tournant pour l’essentiel sur l’argent à soutirer à la vieille milliardaire. Au résultat, il obtient 21 CD de conversations enregistrées entre mai 2009 et mai 2010. Le majordome visait-il lui-même se livrer à un fructueux chantage ? Pas du tout. Il veut dénoncer le scandale et livre bout par bout les extraits à la presse. Pour l’instant, cette histoire qui ferait passer le très long feuilleton Dallas pour une suite mièvre d’histoires à l’eau de rose, reste ce qu’elle est : une pitoyable et grotesque arnaque dans des splendides hôtels particuliers dont la victime est une pauvre, pauvre vieille femme très, très, très riche et qui n’a plus toute sa tête. Au XIX° siècle, cette pantalonnade aurait inspiré une comédie sautillante à Labiche ou une fable grinçante à Octave Mirbeau. Mais le pire est à venir. Après la révélation des enregistrements dans la presse, la plainte de Françoise Bettencourt, la Cour d’appel, après d’étonnantes hésitations et tergiversations, se décide enfin à nomme un juge d’instruction. Celle-ci, Isabelle Prevost-Deprez interroge des domestiques comme Dominique Gaspard, l’ex femme de chambre et Henriette Youpatchou qui lui confirment la dégradation de l’état de santé de leur ancienne patronne. Mais quand elle veut accéder aux 21 CD enregistrés, un procureur lui en interdit l’accès ! Ce même procureur veut mettre fin à la plainte de Françoise Bettencourt, invoquant des vices de forme. De même, ce haut magistrat ne semble aucunement s’émouvoir des très nombreux délits fiscaux que l’affaire à révélé. Ce comportement étrange du procureur Philippe Courroye surprend l’ensemble des observateurs, d’autant que, fait fâcheux, ce dernier ne fait pas mystère de sa très forte proximité avec Nicolas Sarkozy. Proximité tellement affichée que le corps des magistrats s’est opposé vivement à sa nomination comme Premier procureur de Paris. L’affaire prend donc un détour politique. Répondant aux questions de la Brigade financière, Claire Thibout, l’ex-comptable privée du ménage Bettencourt, qui a noté scrupuleusement toutes ses opérations sur des petits carnets, confirme l’existence d’importantes sommes servant à financer les campagnes de l’UMP. Visiblement pour échapper à l’inquisition fiscale, les Bettencourt ont largement contribué aux campagnes présidentielles : on parle de 150 millions d’euros alors que la contribution versée à un parti par un particulier ne peut excéder 7500 euros.

 

Enfin, intervint « l’Etat neutre et impartial »…

 

Plus grave, tant les enregistrements que les petits carnets de Claire Thibout mettent en cause un des plus importants ministres du gouvernement Sarkozy. Maire de la jolie et très cossue petite ville de Chantilly, capitale de l’hippisme français, Eric Woerth cumule par ailleurs deux responsabilités apparemment peu conciliables, il est le trésorier de l’UMP, celui qui sollicite les contributions des Français les plus fortunés et en même temps, il est ministre du Budget et donc responsable des enquêtes fiscales. Mieux, Eric Woerth avait demandé à Philippe de Maistre (auquel il a ensuite remis la Légion d’honneur) d’embaucher son épouse pour gérer la fortune de Liliane Bettencourt ! Que le monde est petit ! Choquée, la presse quasiment dans son ensemble, l’opposition et, mezzo voce, un grand nombre d’élus de droite ont évoqué l’évidence d’un « conflit d’intérêts ». Ils ont peut-être tort, il ne s’agit non pas d’un « conflits d’intérêts » mais bien au contraire d’une gestion scientifique et harmonieuse des intérêts privés des uns et des autres ! La situation est d’autant plus croquignolesque qu’en mars 2010, Eric alg-rie-riche-copie-1.jpgWoerth quitte le ministère du Budget pour prendre la responsabilité du Ministère du Travail, avec immédiatement la mise en œuvre d’un très gros chantier : le dossier des retraites. Car l’affaire « Bettencourt-Woerth » a comme arrière-fond la très grave crise économico-financière qui a démarré en septembre 2008. Comme tous leurs homologues dans les vieux pays industriels, les salariés et contribuables français savent bien qu’ils devront payer la note des exubérances du grand capitalisme financier et des errements ruineux des banquiers et autres traders…  La douloureuse se fait particulièrement sentir en France sur le système des retraites. Le poids de la démographie, le vieillissement de la population requièrent d’autant un allongement des cotisations que la conjoncture économique devrait rester mauvaise pendant plusieurs années : la crise financière a entrainé une forte contraction de l’activité et une aggravation des déficits budgétaires : les états ont du « sortir du cash » pour étancher les conneries bancaires et spéculatives. Dés qu’il fut arrivé à son poste de grand réformateur des retraites, Eric Woerth, la mine sévère mais attristée, n’a eu de cesse que d’appeler la population laborieuse aux « sacrifices nécessaires » : il faudra nécessairement travailler plus longtemps pour des retraites plus petites ! Les classes populaires et, depuis deux décennies, les classes moyennes ont pris l’habitude de payer l’addition pour des erreurs qu’elles n’ont pas commises. Les nombreuses mesures d’austérité suscitent en général d’abord de l’agacement voire de la colère pour dans finir dans une lassitude résignée. Mais le contexte actuel est tout autre : la politique dite de « rigueur » sera sans précédent et durera plusieurs années. Dans un tel climat, les errements des grandes fortunes, (toujours protégées par le scandaleux « bouclier fiscal » qui les protège et qui restera certainement la seule promesse électorale tenue par le candidat Sarkozy), les compromissions révélées entre le monde des affaires, les fortunes privées et le niveau le plus élevé de l’appareil d’Etat, peuvent à tout moment faire surgir des crises de rage chez le Français moyen. Même si la somme en question est macro-économiquement infime, les Français ébahis ont ainsi appris qu’un sous-ministre, un certain Blanc, s’était fait payer par l’état sa consommation annuelle et personnelle de cigares pour la modeste somme de 12 000 euros ! Grosso modo, un an de revenu d’un smicard. Tous ces petites et grandes fautes morales au mieux, délits au pire, existaient évidement sous d’autres gouvernements : la plupart des énarques, cette nouvelle aristocratie française, combinent et alternent au cours de leur carrière, la gestion des affaires publiques suivie de nominations à des postes de direction dans des groupes industrielles et bancaires avec des émoluments munificents. Mais ce qui est toléré par la population en période de croissance l’est beaucoup moins dans les phases de récession. Ce que n’a toujours pas comprit notre président « bling-bling », pour qui la capacité d’un individu à acquérir une immense fortune reste à l’évidence la plus grande des vertus. C’est pour cette raison que Nicolas conserve, malgré les conseils de son propre camp, le « bouclier fiscal » qui irrite l’immense majorité des contribuables. C’est peut-être également pour cette raison qu’il maintient contre vents et marées à son poste dans le gouvernement, Eric Woerth, qui à l’évidence et en ce moment, est « politiquement mort ». Ce dernier aura en septembre, les plus grandes difficultés à convaincre les syndicats « des sacrifices nécessaires » après que les salariés aient appris ses nombreuses accointances avec les Français les plus fortunés. Mme Woerth qui a du démissionner de son poste de gestionnaire de la fortune des Bettencourt, a néanmoins réussi, la pôôvre, à trouver un petit job, un boulot d’attente : elle vient d’être nommée membre du conseil d’administration du groupe international du luxe, Hermès.

 

banquier-daumier-copie-1.jpgTout ça, c’est la faute des Romanichels !

 

Là où beaucoup de chefs de gouvernements auraient tranché dans le vif et « démissionner » le ministre fautif, Nicolas Sarkozy a consacré un log moment de sa conférence de presse du 13 juillet à la défense de « l’honnête homme » Eric Woerth. On s’étonne dans Paris d’une telle mansuétude. Fallait-il maintenir Woerth même démonétisé pour sauver la réforme des retraites ? A moins que le fait que l’Elysée et même le nom du Président de la République soient cités par des témoins de l’affaire Bettencourt, ne soit pas un élément anodin. Les épisodes des prochains moins nous le diront. Mais le toujours rebondissant Nicolas Sarkozy n’a pas dit son dernier mot. Au plus bas dans les sondages, il tente de rejouer à nouveau sa carte favorite, la sécurité. Il avait espéré que les Français oublieraient leurs ennuis et leurs critiques grâce au Mondial de foot. Hélas ! La pitoyable prestation de l’équipe de France a au contraire ravivé l’irritation les français. Il ne restait donc que la délinquance. Ah ! que ferait Nicolas sans les petits voyous de banlieue ? Le Président a donc alerté les juilletistes et les aoutiens des graves dangers que courre la France en matière de sécurité. Vols, agressions, les chiffres seraient catastrophiques (à noter les homicides baissent chaque année de façon importante mais, baste !). Bref, la France doit avoir peur ! La France a peur ! On a envie de rappeler que la politique sécuritaire de la France est, depuis huit ans, dirigée par N. Sarkozy, d’abord comme ministre de l’intérieur, puis comme président… Comme il fallait faire plus, à défaut de faire mieux, notre président a décidé cet été de cibler une catégorie particulière, le jeune voyou immigré ou d’origine étrangère. Après une campagne odieuse sur les Tziganes, Roms et « gens du voyage » (français ces derniers, rappelons-le), on promet la déchéance de la nationalité française aux délinquants français « d’origine étrangère » ! Mesure évidemment anti-constitionnelle et qui rappelle, comme l’épisode des (200) grandes fortunes, la période frelatée de l’entre-deux guerres. Pauvre France ! Pauvre république !


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2 juin 2010 3 02 /06 /juin /2010 20:25

(article Quotidien d'Oran du 3 juin 2010)

 

La violence est consubstantielle au colonialisme. Israël, société post ou para-colonial, tombe, après l’attaque violente d’une flottille humanitaire, dans les mêmes excès au risque d’un isolement diplomatique quasi-total.

 

Dès lundi, les condamnations se sont multipliées : réunion d’urgence du Conseil de Sécurité, déclarations sévères de l’Union européenne, de l’Organisation des états africains (OUA), de la Ligue arabe, du « Quartet », Convocations impératives d’ambassadeurs d’Israël dans une vingtaine de pays, pourtant le plus souvent peu critiques vis-vis de Tel-Aviv, importantes manifestations partout dans le monde… Présentés longtemps comme de grands experts d’une excellente communication/propagande internationale, les Israéliens ont visiblement largement sous-estimés les conséquences de leur violente agression de lundi dernier.

Reprenons les faits : l’attaque d’une flottille de six navires turcs, organisés pour une mission humanitaire, entraînant la mort d’une dizaine de personnes et des dizaines de blessés, notamment sur le bateau turc Marmara, dans les eaux internationales, relève, dans le Droit maritime internationale, ou d’une opération de guerre (contre qui ?) ou d’un pur délit de piraterie. Justifier cette opération au nom d’un soi-disant « blocus » décidé unilatéralement par Israël contre la Bande de Gaza et de sa zone de souveraineté maritime, relève de la même irresponsabilité criminelle. Arguer la présence de militants humanitaires « armés de matraques ou d’armes blanches » pour les dégommer à l’arme lourde, montre qu’à l’évidence l’actuel gouvernement israélien a définitivement perdu tout sens de la réalité, après avoir abandonné depuis longtemps tout sentiment d’humanité.

Comment en sont-ils arrivés là ?

 

Exodus contre Marmara

 

Parlons « bateaux » et rappelons l’un des mythes fondateurs du jeune état d’Israël : Exodus. Rappel Wikipedia : Exodus est le nom latin et anglais de l'Exode biblique.

En histoire, Exodus est le nom d'un bateau ayant appareillé de Sète en 1947 à destination de la Palestine avec 4 500 survivants de la Shoah. Le bateau affrété par l'organisation sioniste Haganah est refoulé de Palestine alors sous protectorat anglais en juillet. De nombreux passagers entament une grève de la faim. La dureté de la répression anglaise aura une grande influence sur la future reconnaissance de l'État d'Israël.

Rappelons que l’Exode, dans la tradition biblique, est la célébration du retour au pays des Hébreux maintenus en esclavage, sous la conduite de Moïse.

Dans un pays qui vit d’histoire réelle ou construite, l’attaque des six bateaux humanitaires turcs, portant l’affichage « Gaza Free », effectuée en pleine violation du droit international, est lourd de symboles négatifs pour les Israéliens eux-mêmes.

Mavi Marmara, nom du principal navire turc qui vécut les affrontements les plus lourds, signifie « marbre veiné de bleu ». L’accord ancien et de marbre entre la Turquie et Israël semble définitivement effrité.

Marmara/Exodus : on est loin de l’image hyper rabâchée à l’infini du « petit pays démocratique entouré d’ennemis arabes sanguinaires », et qui se débat pour survivre.

Arafat, le premier a reconnu devant l’Assemblée générale de l’ONU, l’existence pérenne d’Israël. Dans les frontières de 1967, position confirmée par de nombreuses résolutions de l’ONU. Cela n’a jamais empêché Tel-Aviv de maintenir un diktat de type colonial sur les Territoires occupés, d’agresser régulièrement le Liban dès que ce pays commence à se reconstruire, d’affamer la Bande de Gaza (vaste prison en plein désert contenant 1,5 millions d’habitants) après l’avoir écrasé sous les bombes avec la célèbre opération « Plomb durci » menée par l’armée israélienne. A  plus court terme, le Hamas sortira renforcé de ce fiasco.

Qu’est-ce qui est passé dans la tête des dirigeants israéliens en ordonnant une opération contre une flotte humanitaire, faisant une dizaine de morts et des dizaines de blessés, alors que des journalistes de télés et des parlementaires européens étaient embarqués? Pourquoi une telle prise de risque alors que l’image internationale d’Israël est déjà sérieusement ternie et son isolement diplomatique quasi-total ? Benjamin Netanyahou présent lundi au Canada devait rencontrer le lendemain le Président des Etats-Unis, seul grand allié solide. Il aurait annulé précipitamment le rendez-vous pour rejoindre au plus vite Tel-Aviv. Gageons que Barak Ozama a du diplomatiquement lui signifier que la rencontre était manifestement inopportune. Et c’est le Président des Etats-Unis qui a obtenu la libération immédiate des 700 « otages ».

 

Une omnipotence de type infantile

 

L’attitude pour le moins contre-productive pour ses propres thèses de l’état israélien, ne peut s’expliquer que par un aveuglement et une haine liés au mieux par une crainte de la disparition de sa propre nation, au pire par un fantasme de toute-puissance de type infantile, sous des critères purement psychopédagogiques, voire psychiatriques dans ses sphères gouvernementales : « j’ai raison parce que j’ai tous les droits ; et tous ceux qui me contrarient sont des méchants ».

Le gouvernement actuel, alliance composite dirigée par une extrême droite hyper nationaliste et raciste, consolidé par des partis religieux extrémistes et soutenu par un Parti travailliste à la dérive, va naturellement jouer l’appel à l’union nationale. Bien évidemment, Benjamin Netanyahou jouera cette carte. La donne est sans lendemain.

Israël doit s’interroger sur bon nombre de ses positions actuelles :

-         Il doit reconnaître au plus vite l’Etat palestinien

-         L’Etat hébreu doit arrêter son occupation coloniale et l’implantation ininterrompues de nouvelles « colonies » illégales dans les territoires occupés et à Jérusalem-Est;  Il doit arrêter immédiatement son blocus scandaleux sur la Bande de Gaza et laisser circuler sans contraintes les convois humanitaires apportant les ressources de 1ère nécessité et les produits sanitaires nécessaires.

-         Israël doit reconnaître les 1,3 millions d’Arabes israéliens comme pleinement des citoyens égaux en droits en en devoirs au sein de l’Etat (religieux ?) d’Israël. Les Arabes israéliens ont appelé mardi à une journée de grève générale.

-         Tel-Aviv doit accepter une négociation régionale, intégrant ses proches voisins (Palestine, Syrie, Jordanie, Egypte) sous l’autorité de l’ONU, avec en claire contrepartie : la reconnaissance pérenne absolue de l’’état hébreu et l’abandon de l’hypothétique « droit au retour ».

-         Le gouvernement Netanyahou devrait cesser de jouer les boutes-feux au Proche et Moyen-Orient. Cette opération « anti-flottille » doit être remise dans son contexte : Israël a fort mal réagi à l’accord Brésil-Turquie-Iran » qui rend difficile une intervention aérienne de l’état hébreu. Israël se sent également coincé par les pressions américaines pour une limitation des armes nucléaires au Moyen-Orient, alors qu’un rapport récent affirme que Tel-Aviv avait proposé son aide technique afin que l’Afrique du Sud de l’apartheid accède à l’arme suprême.

-         Le peuple israélien semble obnubilé par la démographie palestinienne. Seule réponse : contrôler au mieux cette « masse grouillante » en l’enfermant dans des petites et des grandes prisons, Gaza étant certainement la plus grande surface d’enfermement de la planète. On n’ose pas dire « Ghetto » ?

 

En appeler à la conscience universelle

 

Pour le reste, la presse israélienne parue mardi portait certainement les jugements parmi les plus sévères. « Fiasco » politique, diplomatique et militaire est le terme qui revient le plus fréquemment.

La population israélienne, une fois le reflexe immédiat de faire front avec son gouvernement, saura-t-elle tirer des leçons de sagesse ? « Nous sommes en train de devenir les pestiférés du monde entier avec cette opération », a déploré le plus célèbre intellectuel israélien, Amos Oz. « Ce n'est pas seulement une question d'image, c'est un désastre moral pour Israël. Ce blocus qui a été imposé à Gaza après l'enlèvement de Gilad Shalit (soldat franco-israélien capturé par le Hamas en 2006) n'a absolument servi à rien », a jugé l'écrivain de gauche.

Ces questions interrogeront également l’ensemble de juifs qui par solidarité compréhensible matinée d’une culpabilité de rester « bien au chaud », sont souvent plus « pro-israéliens que les Israéliens ». Une bonne nouvelle a été création d’un lobby juif pro-paix aux Etats-Unis – le JStreet. Celui-ci a débouché sur une grande pétition européenne (le « Jcall ») appelant le gouvernement israélien à plus de raison. Il convient de saluer avec Pascal Boniface, patron d’un institut de géopolitique, l’IRIS, « l’appel à la raison » publié par un grand nombre de personnalités juives européennes sur la situation au Proche Orient. « Contrairement aux apparences, ce n’est pas un texte communautaire mais universaliste. Sa philosophie, son argumentation pourraient être repris très largement par des gens de toutes confessions et origines. L’intérêt de ne le faire signer que par des personnalités juives est de paradoxalement montrer que le conflit et son appréciation sont politiques et non religieux ou ethniques. Que l’appartenance identitaire n’implique pas automatiquement un jugement sur ce conflit ».

 

Episode 2 : les déments sont partout

 

Dans la même séquence de temps, des évènements aussi graves se sont déroulés, à peine relevé par nos médias. Au moins 80 personnes ont été tuées vendredi dernier à Lahore, dans l'est du Pakistan, dans les attaques simultanées par des islamistes radicaux lourdement armés, de deux mosquées d'une secte très minoritaire de l'islam, les ahmadis. Les ahmadis, aussi appelés qadianis, sont présents notamment à Lahore, berceau de cette obédience qui prône un islam moderniste et libéral et oeuvre dans l'aide aux défavorisés.

Pire, L'hôpital en charge de soigner les victimes des attaques de vendredi à Lahore a été la cible d'un assaut meurtrier ce lundi. Dans la soirée des hommes armés, déguisés en policer, ont tiré des rafales sur l'établissement tuant au moins quatre personnes, une femme et trois policiers. « La communauté musulmane ahmadiyya compte à ce jour 20 millions de membres selon les chiffres officiels du mouvement, basés sur un recensement général de ses adhérents. Elle est présente dans plus de 190 pays. Le mouvement s'est fait le champion de l'humanitaire, surtout en Afrique, en construisant des hôpitaux, cliniques et dispensaires gratuits, mais aussi des écoles et des centres de formation ouverts à tous et gratuits. » (Wikipedia)

 

Episode 3 : la folie des marchés empire

 

L’euro hier était à une parité de 1,22 dollar US. On a appris qu’il y a quelques semaines, la réunion d’une trentaine de banquiers internationaux, avait estimé dans sa grande sagesse que le bon équilibre des marchés serait plutôt à une parité 1 euro = 1dollar. D’où la spéculation actuelle et les rigoureux programmes de rigueur que se préparent à subir les populations européennes. La baisse de la parité dollar/Euro n’a pas que de mauvaises conséquences. Mais les Européens divisés et sans imagination défendent des objectifs contradictoires, un euro fort, d’où la, réduction des déficits et le soutien de la croissance que seuls une sous-évaluation de l’euro (comme le sont le dollar et yuan chinois) ou de nouveaux déficits peuvent permettre. L’Union européenne crée donc toutes les conditions d’une possible « stagflation » : effondrement de la croissance, emballement des prix, misère générale.

Allez ! deux petites nouvelles et un conseil pour les boursicoteurs. Dans les deux dernières années, il a été émis davantage de dollars que dans toute l’existence du billet vert. Ah ! Délices de la planche à billet.

Seconde information : alors que l’Or et l’Argent (cela valait bien deux majuscules !) s’échangent massivement, leurs cours, bien qu’à la hausse, restent étrangement stables, sous la pression des banques anglo-saxonnes et chinoises notamment (par rachats massifs des stocks).

Si vous avez un peu de pognon, achetez ! C’est le moment !

Humour ! Les petits spéculateurs sont toujours là pour se faire essorer par les gros.

Quoique…

 

 

 

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28 mai 2010 5 28 /05 /mai /2010 01:07

(article paru dans le Quotidien d'Oran du 27 avril 2010)

L’accord d’Ankara ne règle peut-être pas la crise du nucléaire iranien. Il confirme néanmoins la montée d’une autre diplomatie, qui trouve son origine historique dans la Conférence de Bandung de 1955
 

Il y a près de 15 jours, une dépêche de presse a fait sensation. La signature d’un accord entre l’Iran, le Brésil et la Turquie, était intervenue le 15 mai dernier sur le dossier très sensible du nucléaire iranien. «Avec la signature d'un accord d'échange des stocks iraniens d'uranium faiblement enrichi contre du combustible pour le réacteur de Téhéran, les sanctions internationales contre l'Iran sont devenues inutiles, déclarait à l’issue du marathon diplomatique, Ahmet Davutoglu, chef de la diplomatie turque. « une grave crise politique a été désamorcée, et les craintes face à l'Iran se sont dissipées »;

La réponse du Conseil de Sécurité (tout au mois celle des USA, de la Grande Bretagne et de la France) à cette initiative diplomatique innovante fut tout aussi surprenante : « pas question d’accorder le moindre crédit à ce bout de papier, Téhéran ne comprends que le langage des sanctions ! » déclarèrent en substance et à l’unisson, Washington, Londres et Paris. Mais l’accord d’Ankara éloigne un peu plus une solution militaire.

Le problème récurent de l’option nucléaire


 Les interrogations, les raisons de doute et de scepticisme néanmoins ne manquent pas. Après des années de volte-face, de double discours, de propos apaisants étant entrecoupés de proclamations guerrières, Téhéran a surpris en acceptant le «deal turco-brésilien» : la communauté internationale pourra même mener des inspections dans le but de confirmer le caractère civil des installations nucléaires iraniennes ! Selon les médias turcs, l'Iran enverra son uranium en Turquie dans le courant du mois.

L’accord constituerait un sérieux virage de la République islamique. Entouré de voisins possédant l’arme nucléaire (Pakistan, Russie, Israël), ayant subi une longue guerre avec l’Irak (largement entretenue par les Occidentaux), subissant très régulièrement des embargos sous des prétextes divers, menacé régulièrement d’une attaque préventive par les Israéliens, l’Iran considère que l’obtention de l’arme nucléaire est une condition nécessaire à la garantie de sa sécurité. Une position qui peut paraître réaliste tant sont grandes les tensions régionales : conflit israélo-palestinien, guerre civile dans un Irak toujours occupé militairement par les Etats-Unis, Afghanistan, risques persistants d’un dérapage indo-pakistanais, menaces terroristes sur l’ensemble de la zone… Les tenants de l’interdiction du nucléaire en Iran font valoir, non sans raison, que la nouvelle République islamique a ces dernières décennies, largement contribué à la déstabilisation du Proche et du Moyen-Orient, position cristallisée récemment le soutien (armé) à la Syrie, au Hezbollah libanais ou au Hamas palestinien.
Les Etats-Unis sont d’autant plus fermes sur le dossier iranien, qu’ils mènent une offensive diplomatique internationale pour accroître la dénucléarisation en bloquant la candidature de nouveaux pays candidats, en forçant des pays qui possèdent l’arme suprême (Israël, Inde, Pakistan) à signer le Traité de prolifération nucléaire (TPN) et en demandant aux signataires actuels de réduire leur potentiel d’armement.

Sur ces trois principaux points, l’offensive diplomatique des Etats-Unis (qui possède avec la Russie 90% des têtes nucléaires) semble marquer le pas. Elle ne convainc pas vraiment les autres pays.
L’ensemble du dossier est en effet marqué par la contradiction suivante : s’il est vrai que la multiplication de pays possédant l’arme atomique, accroît mécaniquement les risques de conflits nucléaires directs ou dérivés (utilisation de déchets ou de « bombes sales »par les mouvances terroristes), il est tout aussi vrai pour nombre de nations, la dissuasion nucléaire est la meilleure garantie par leur intégrité territoriale et la sécurité de leur population.

 Nouvelle diplomatie et crise financière

 La réaction des grandes puissances face à l’innovante action turco-brésilienne ne s’explique pas seulement par leur scepticisme sur un changement soudain et définitif de l’état iranien. Il y a eu comme un certain agacement devant l’irruption de ces « nouveaux venus » culottés dans la grande diplomatie internationale. Peu d’observateurs croyaient à l’initiative du Président Lula, qui fut d’abord considérée comme une nouvelle foucade du dirigeant brésilien, proche de « l’alter mondialisme ». Le ralliement d’abord prudent de la Turquie surprit plus encore, car ni la Russie, ni la Chine, pourtant favorables à un compromis, n’apportèrent leur soutien à une opération improbable qui finalement a débouché.
Même si l’accord iranien ne tient pas toutes ses promesses, les acteurs traditionnels du grand jeu international, ont observé une nouvelle fois avec un peu d’aigreur, que les règles de la diplomatie internationale étaient en train de changer du fait même de la mondialisation.
Déjà, lors de la dernière décennie, les échecs successifs et répétés d’un encadrement du commerce mondial à travers les tentatives du GATT et de l’OMC, trouvent leurs explications dans la résistance du groupe des « pays émergents ». La quasi-faillite du système financier international a accru la méfiance de pays qui subissent les contraintes des mêmes institutions financières alors qu’ils connaissent toujours de taux de croissance très élevés.
Le président Lula n’a pas fait mystère du contexte économique mondial pour justifier l’offensive diplomatique turco-brésilienne : «Le Brésil veut s'orienter davantage vers les pays émergents, a déclaré le président Lula lors d'une conférence de presse commune avec son homologue iranien Mahmoud Ahmadinejad. “La crise financière mondiale, qui a montré le besoin d'un nouveau système commercial multilatéral, a accru notre intérêt pour l'Iran”, qui est “l'un des trois principaux marchés du Brésil” parmi les pays en développement, a ajouté le chef de l'Etat brésilien. »
L’autorité des marchés financiers est en effet mise à rude épreuve par la persistance et l’aggravation de la crise actuelle. Il n’est pas anecdotique de constater que les principales bourses mondiales - par ordre d’apparition de cotations quotidiennes Tokyo, Francfort, Londres, Paris, New-York -, qui régulent au jour le jour la circulation des capitaux et de l’épargne mondiale et les orientent à leur grè vers l’investissement, la consommation ou la spéculation, sont toutes situés dans des pays soit en très faible croissance, soit très endettés, soit les deux.
Les difficultés actuelles des principaux pays industriels à débarrasser leurs économies de mouvements spéculatifs aussi dangereux que marginaux, écornent gravement leur prétention à mener une gouvernance mondiale autant sur le plan macro-économique que géopolitique.
Cette mise en doute de l’efficacité des grandes puissances rappelle un autre grand moment de contestation de l’ordre mondial : la conférence de Bandung de 1955.

De Bandung aux Non-Alignés

 Le contexte en était fort différent mais également un peu similaire. En pleine Guerre Froide où s’affrontaient aux lendemains de la seconde guerre mondiale, deux blocs, capitaliste et communiste, prêts à en découdre, y compris sur le plan nucléaire, une  1ère conférence internationale s'est tenue du 18 au 24 avril 1955 à Bandung, en Indonésie, réunissant pour la première fois les représentants de vingt-neuf pays africains et asiatiques (dont le Japon, seule pays industriel développé) de ce que l’on appellera ensuite le tiers-monde, en analogie peut-être avec le « Tiers-état » de la Révolution française, ; qui pouvaient définir une « 3ème voie ». A l’origine de cette initiative, des leaders incontestés tels Gamal Abdel Nasser (Égypte), Nehru (Inde), Sukarno (Indonésie) et Zhou Enlai (Chine).
Le climat est fortement marqué alors par l’anti-colonialisme et les luttes de libération nationale : entre 1945 et 1955, une trentaine seulement de pays d’Afrique et d’Asie ont réussi à accéder à leur indépendance. Les cinq puissances invitantes, l'Inde, Ceylan (l'actuel Sri Lanka), le Pakistan, la Birmanie et l'Indonésie – prennent d’emblée partie pour l’accélaration de la décolonisation, pour un processus de paix en Indochine. Ils protestent contre les essais nucléaires et contre la politique des « blocs » Ils se prononcent enfin pour l'admission de la République populaire de Chine aux Nations unies.
Le communiqué final[] de la conférence de Bandung, inspiré par l'Indien Nehru, est marqué par le neutralisme et les principes de la coexistence pacifique. Les signataires de la 3ème voie sont néanmoins divisés sur l’attitude face aux deux grands blocs, entre les pro-occidentaux (Irak, Iran, Japon, Pakistan, Philippines et Turquie), les pro-communistes (Chine, Vietnam) et les non-engagés (Inde et Égypte). Face à la superpuissance des deux rivaux de l’époque, l’URSS et les USA, la neutralité et le non-engagement étaient davantage des convictions morales que des lignes de real politik.
La Conférence de Bandung a pourtant débouché sur une organisation internationale toujours existante, le « Mouvement des Non-alignés », comprenant 118 états membres, 17 états et 7 organisations internationales associés, initiée par la Conférence de Belgrade de 1961.
Le but de l'organisation définie par la « Déclaration de la Havane » de 1979 est d'assurer : « l'indépendance nationale, la souveraineté, l'intégrité territoriale et la sécurité des pays non alignés dans leur lutte contre l'impérialisme, le colonialisme, le néocolonialisme, la ségrégation, le racisme, le sionisme, et toute forme d'agression étrangère, d'occupation, de domination, d'interférence ou d'hégémonie de la part de grandes puissances ou de blocs politiques » et de promouvoir la solidarité entre les peuples du tiers monde. L'organisation, dont le siège est à Lusaka en Zambie, regroupe près des deux tiers des membres des Nations unies et 55 % de la population mondiale.
Né au cœur de la Guerre Froide, l’organisation avait la volonté de constituer un bloc aussi solide que l’OTAN autour de Washington et ses alliés, et le Pacte de Varsovie, regroupant la plupart des pays communistes.
Dans les faits, la cohérence et l’efficacité des Non-alignés fut beaucoup plus faibles mais le 3ème Bloc trouva sa place et conserva son identité du fait même de l’affrontement permanent entre les deux premiers.

De nouvelles grandes puissances…


La Chute du Mur de Berlin, la désintégration rapide du système communiste entraîna une phase où les Etats-Unis devinrent ou crurent devenir ‘l’Hyperpuissance » qui devait durablement organiser le monde.et notamment son système économique. L’extension de ce capitalisme promu par Wall Street, prit cependant deux formes particulières : une nouvelle phase de la mondialisation des échanges économiques et une prédominance sans pareil d’un capitalisme financier hyperlibéral.
Dans cette période, l’expression politique des Non-Alignés, du fait de l’extrême diversité de ses membres, s’est affaiblie : chaque pays préférant nouer avec la principale puissance des rapports bilatéraux. Toutefois, sur le plan économique  le Mouvement s’est fréquemment opposé aux instances du « Consensus de Washington », qui regroupe le Fonds monétaire international (FMI), l'Organisation mondiale du commerce (OMC) et la Banque mondiale. Ces trois instances apparaissent comme nuisibles aux intérêts de ses membres.
Depuis les années 90, les crises financières régionales à répétition (une tous les trois ans en moyenne), débouchant à l’automne 2008 sur un collapsus général du système a fait naître l’entité politique informelle des « BRIC » (Brésil, Russie, Inde Chine auquel il faudra dorénavant rajouter la Turquie) qui affiche ses ambitions d’être un nouvel acteur mondial, prônant principalement le multilatéralisme , un partage plus équilibré des richesses et des solutions non-militaires aux conflits.
Mais ce vaste programme trouve aussi ses limites. Avec une baisse de 8% de sa croissance, la Russie doit trouver des solutions d’urgence de son côté. Les puissances émergentes entretiennent également des rapports ambigus de dominance économique avec les autres Etats-membres non alignés. Du coup, la Chine privilégie nettement des rapports bilatéraux avec l’autre grande puissance mondiale, les Etats-Unis.
S’est ainsi ouvert cette semaine, la deuxième session du Dialogue stratégique et économique entre les deux pays à Pékin.

 

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16 mai 2010 7 16 /05 /mai /2010 14:36

 (article paru dans le Quotidien d'Oran du 16 mai)

 

Après quatre mois de tergiversations, d’hésitations coupables et d’âpres déchirements, et après une dernière semaine de franche panique dans les ministères comme dans les bourses, les gouvernements de la zone Euro ont, le week-end dernier, adopté un plan de sauvetage pour tenter de sauver l’Euro d’un vaste mouvement spéculatif! Un énorme budget de 750 milliards de dollars, équivalent à celui consenti par les Etats-Unis pour sauver leur propre système financier…

A peine les marchés financiers étaient, le 11 mai « rassurés » par cette annonce, que de fortes inquiétudes pointaient dès le début de cette semaine. Pour finir hier, brutalement, sur un nouvel accès de faiblesse des bourses internationales ! Le climat est volatil, les menaces sont toujours là.

Chacun a en effet pu constater que les principaux chefs d’état de l’UE ont eu beaucoup de mal à trouver des solutions communes. Les dirigeants européens ont ainsi été sérieusement troublés par le jeu très « solo » de l’Allemagne. Angela Merckel ne s'est resoud à accepter l’unité et la solidarité intereuropéenne que sous pressions explicites du FMI et de Barack Obama, tous deux inquiets des risques de contamination mondiale de la crise de l’Euro. De fait, la capacité d’une gouvernance économique européenne, indépendante et efficace, a pris un sérieux coup dans l’aile.

Dans les autres sujet de crainte, les réactions justement indignés des « salariés-contribuables-européens » qui paieront, seuls, la note des folies financières et spéculatives : jusqu’où les peuples vont-ils accepter les programmes d’extrême rigueur qui se préparent dans toute la zone Euro  ?

3ème sujet de préoccupation : la spéculation contre l’Euro va-t-elle si facilement s’arrêter ? Celle-ci est muselée, au moins un temps. Mais cette hypothèse optimiste ne s’applique pas de toute façon, à l’ensemble de l’Union européenne. Les 27 états-membres de l’UE sont en effet divisés en deux sous-ensemble distincts : 16 pays appartiennent à la zone Euro (L’Estonie devait l’intégrer le 1er janvier prochain), les autres, notamment à l’est de l’Europe, ont faute de résultats économiques suffisants, conservé leur propre monnaie. Des mouvements spéculatifs pourront à leur tour durement les affecter : quelle solidarité aura alors l’Union européenne pour ces états-membres qui ont pourtant tous accepté des contraintes et des règles du jeu communes ?

Plus généralement, la crise financière, les mouvements spéculatifs sur les monnaies ont déjà imposé des marques négatives sur l’économie : déficits budgétaires et commerciaux, contraction de la demande, faiblesse de l’investissement, ralentissement de l’activité avec une espérance de 1% de croissance, au mieux, pour l’UE en 2010…

Le marasme affectera donc les 27 états-membres mais également les proches voisins de la zone géographique Europe, les pays candidats (Turquie, pays des Balkans) mais aussi les principaux partenaires méditerranéens hors UE qui font une part plus que majoritaire de leurs échanges avec l’Union, au 1er rang desquels les pays du Maghreb.

 

Union pour la Méditerranée : un choc supplémentaire

 

Dans un récent passé, des initiatives avaient suscité une espérance (Dialogue euro-méditerranéen en 1995, création des 5+5, lancement en 2008 de l’Union pour la Méditerranée…) : ils n’ont guère débouché sur des dossiers concrets ni sur des projets d’infrastructures d’importance, financés conjointement. De même, l’ouverture proposée ressemblait beaucoup à la création d’une zone de libre échange (inégale et trop en faveur de l’UE) qu’à un véritable projet de codéveloppement « gagnant-gagnant » entre les deux rives de la Méditerranée. De surcroît, tous les chantiers esquissés (transports, eau, santé, agriculture…) reposaient sur des financements provenant principalement d’une économie européenne alors en croissance modérée… Il est en pas du tout de même aujourd’hui et dans cette situation, il ne faut pas exclure des réflexes protectionnistes de l'UE, soudains et mal maitrisés.

Doit-on pour autant renoncer à cette coopération économique vitale pour les deux parties ? Il émerge, plus qu’une mondialisation sans frontières et sans principes, de grandes zones géographiques de coopération économique en Asie, autour des Etats-Unis, en Amérique latine, là où se concentrent les échanges et les investissements. Le milliard d’individus est l’unité de compte de base de ces zones géographiques et économiques. Les 500 millions d’européens n’y suffisent pas. En revanche, un marché intégrant l’Europe (avec la Turquie !), les autres pays de la Méditerranée, voire la Russie, peut former à terme une zone équilibrée économiquement et démographiquement. Dominique de Villepin, le 29 avril en Tunisie, va plus loin : l’ancien 1er ministre français proposait au Forum international du journal Réalités, une triple coopération ambitieuse entre l’Europe, le Maghreb et l’Afrique sub-saharienne, partant entres autres du principe réalistes que les capitaux sont encore au Nord mais les consommateurs de demain (et les matières premières),  toujours au sud.

Enfin, la crise actuelle sonne-t-elle le glas de l’Euro et au-delà de la création de monnaies communes à des zones économico-géographiques ? Certes, la Banque Centrale Européenne , patron de l’Euro, n’a guère brillé par sa capacité à détecter les problèmes, anticiper et favoriser des solutions rapides. Mais, si l’Euro n’avait pas existé, quels que soient les défauts de sa gouvernance,  les effets dramatiques des mouvements spéculatifs actuels sur les économies européennes, auraient été bien plus dramatiques.  

Cette spéculation internationale, par ailleurs, repose en grande partie sur des déséquilibres persistants entre les principales monnaies mondiales. La question des parités, notamment entre les deux rives de la Méditerranée, reste malgré le yo-yo des cours internationaux, d’une brûlante actualité. Certains évoquaient il y a trois ou quatre ans, l’hypothèse d’une entrée progressive des trois monnaies du Maghreb dans l’Euro *. La conjoncture ne s’y prête guère. En revanche, la création progressive d’un Espace Economique Maghrébin (EEM), comme support et complément d’une véritable UPM doit rester en débat, tout comme la proposition d’Othmane Benjelloun (PDG du groupe BMCE Bank – Maroc) de créer entre ces pays du Maghreb, une véritable monnaie commune.

 

 

* L’adoption de l’Euro par le Maghreb est-elle possible et souhaitable ? Jacques POIROT,  Université Nancy 2 – 2007-

 

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29 avril 2010 4 29 /04 /avril /2010 17:47

(article paru dans le Quotidien d'Oran du 29 avril 2010)

 

 La prévention de la grippe H1N1 ou les conséquences d’une éruption volcanique s’entoure d’un luxe inouï de précautions. Les gouvernants font preuve d’une bien moindre énergie pour préserver les populations des excès du libéralisme financier

 

Un volcan islandais fait des siennes et le ciel européen est soudain devenu vide d’avions. Des centaines de milliers de voyageurs se sont retrouvés bloqués dans des aéroports improbables ou obligés de prolonger des vacances exotiques, qui se sont alors avérées fort coûteuses. De minuscules particules pouvant éventuellement bloquer les réacteurs, les flottes des grandes compagnies aériennes sont restées à quai. Certes, les états-majors des mêmes compagnies et les voyageurs ont trouvé que c’était beaucoup de désagréments (et beaucoup de manque-à-gagner) pour un risque très sérieux mais statistiquement improbable. Les « experts » des états n’ont-ils pas pris à la va-vite des décisions aux conséquences économiques et pratiques notables ?

« Il vaut mieux un excès de responsabilité qu’une absence de précaution » rétorquaient à juste raison tous les partisans du « principe de précaution ». Les gouvernants font en effet valoir que la demande de sécurité croissante dans les populations leur interdit tout pari hasardeux.

Ainsi, sous la menace d’une épidémie de grippe H1N1 à la dangerosité peu connue, les états et le gouvernement français en particulier, ont commandé aux laboratoires pharmaceutiques des centaines de millions de coûteuses doses de vaccin… qui sont tranquillement restés inutilisés dans des hangars de stockage. Mais, après que l’on est constaté que l’épidémie redoutée du H1N1 avait fait beaucoup moins de morts qu’une épidémie de grippe classique, pouvait-on tenir rigueur aux pouvoirs publics de leur excès de prudence?

 

Pas de "principe de précaution" pour les banques

 

Il est pourtant un domaine  où la vigilance des états, leur souci de la sécurité de leurs citoyens, semblent bien plus hésitants : celui des garanties économiques données aux populations. L’affaire grecque en constitue un épisode, « beau comme de l’antique ». Rappelons les quelques grandes dates de cet opéra-bouffe.

Octobre 2008, le système financier international s’effondre par sur-excès de spéculations cupides. Les établissements financiers, tous menacés de faillite, voient avec soulagement les états (la solution ! Pas le problème !) bondir immédiatement à leur rescousse, quitte à grever lourdement leurs budgets. Les contribuables paieront.

8 décembre 2009 : les agences de notation s’inquiètent de l’aggravation de la dette de l’état grec et dégrade une 1ère fois leur « note d’appréciation ». « Agences de notation » ? Ce sont trois ou quatre sociétés privées internationales, qui fort de leurs compétences, se font payer par les grandes entreprises pour qu’elles obtiennent une « note d’appréciation » sur leur robustesse financière et sur leur dynamisme boursier. Une entreprise très bien notée (triple A) pourra trouver des concours financiers sur le marché international avec des taux très privilégiés. Notons au passage qu’aucun de ces petits génies de la notation n’a su prévoir l’immense catastrophe financière de 2008. Mais qu’importe, a-t-on besoin d’être honnête, neutre et compétent pour spéculer habilement ? A peine sauvés par les états, les grandes sociétés financières en cheville avec les agences de notation, ont trouvé une bonne occasion de se « refaire du gras » : spéculer justement sur les états qui les avaient sauvé, c’est-à-dire pour les grandes places financières, parier sur la faillite à terme des états ! La Grèce en fut la 1ère victime, le Portugal est dans la ligne de mire, l’Espagne (déjà égratignée par une baisse de notation) et l’Italie ne sont pas loin de partager le même sort.

11 janvier 2010, soit quatre mois après les 1ères déstabilisations de l’état grec, l’Union européenne, après beaucoup d’hésitations et d’âpres disputes internes arrête quelques vagues principes de sauvetage de l’état grec naufragé. Avec le concours du FMI. La recette ébauchée par repose sur un fondement éternel : c’est aux citoyens grecs, autant comme salariés que comme contribuables, de régler la note très salée de ce mouvement spéculatif d’un rare cynisme des « très riches ».

Les trois mois qui suivirent furent surtout l’occasion de vifs tiraillements dans l’union européenne elle-même. Les pays riches de la zone euro, Allemagne en tête, ne voulaient surtout pas trop mettre la main à la poche pour des états adhérents à la zone euro qu’un autre chancelier allemand ; Helmut Kohl désignait sous le vocable un peu méprisant de « Club Med » : Espagne, Italie, Grèce, Portugal…Bref, tous ces Latins suspectés, par nos bons Teutons à l’orthodoxie budgétaire légendaire, d’être laxistes, incontrôlables, menteurs, fraudeurs…

Au résultat, aucune mesure concrète n’a été prise sur la dette grecque et le feu s’est répandu dans la plaine.

Le 26 avril, la notation de la dette grecque a été déclassée par une agence de notation, Standart and Poor’s, entraînant un nouveau mouvement spéculatif baissier sur la solidité financière  des états européens de la méditerranée et une attaque sérieuse sur le cours de l’Euro.

Si la situation sent nettement le brulé, les gouvernants de l’UE donnent encore du temps au temps : ce n’est que le 10 mai qu’ils valideront éventuellement les mesures techniques de sauvetage de l’économie grecque.

On pourra tirer trois leçons de cet épisode :

* les états riches de l’Union européenne ont été beaucoup plus rapides à sauver leurs amis banquiers qu’à porter secours aux pays-frères adhérents à l’UE, moins cossus et en difficulté. L’opinion publique européenne, déjà fortement agacé par les excès en tous genres, des grands actionnaires et dirigeants d’entreprises, s’interroge à haute voix aujourd’hui sur l’étrange conception que partagent les exécutifs européens de la notion de « bien public ».

* La « gouvernance économique européenne », idée longtemps caressée, chérie et applaudie à tout rompre depuis des années par tout notre « élite », le gratin du monde politique, économique et médiatique, a pris un sacré coup dans l’aile. L’Union européenne repose d’abord sur une solidarité sans faille entre les états membres, la crise grecque montre que dans la zone Euro, celle-ci n’a rien de spontané. Et c’est sans évoquer la difficile situation des pays membres l’Union européenne qui ne font pas partie de la rigueur budgétaire de la zone euro, et qui traverses une passe très difficile, notamment dans les pays de l’est de l’Europe. Plus généralement, l’Allemagne qui campe sur une position intransigeante. Certes, la Chancelière Angela Merkel est confrontée à la veille d’élections locales à une opinion publique qui n’est pas très favorable à des actes solidaires. Certes, la baisse de l’euro actuel est plutôt pour satisfaire les entreprises exportatrices allemandes  qui voient leurs prix à l’exportation baisser. Mme Merkel, qui est certainement pleine de bons sens, n’est certainement pas l’épicière de village dont elle donne parfois l’image un peu caricaturale. Rappelons seulement que l’essentiel des exportations de son pays se font en Europe même, là même où une baisse de l’Euro face au dollar n’a strictement aucune importance mais dans un périmètre où une baisse importante de la consommation dans l’UE affecterait gravement l’économie allemande

* Alors qu’aux lendemains de la secousse financière qui a failli faire basculer l’économie mondiale, tous les gouvernants juraient, la main sur le cœur, réformer rapidement un système financier incontrôlable, on constate, un an et demi après que rien n’a été fait. Barack Obama vient ainsi de se faire retoquer au Sénat américain son programme ambitieux de contrôle accrue des organismes financiers sous la pression croisée de tous les sénateurs républicains et d’innombrables lobbyistes. On est bien obligé de constater que dans le monde de l’argent sacro-saint de la finance internationale, le principe de précaution s’applique aux « possédants », une poignée d’actionnaires et de dirigeants, mais surtout pas à tous ceux qui comme salariés, comme clients, comme contribuables doivent subir les dérives internationales d’une cupidité spéculative, errements rarement atteints dans l’histoire mondiale.

 

Pour un retour salvateur au servage

 

Dans ces périodes particulièrement inquiétantes, un écrivain, Percy Kemp, a donné à Libération le 27 avril, une chronique particulièrement jouissive. Qui est Percy Kemp ? C’est un auteur notamment de polars, écrivain de nationalité britannique, écrivant en français, né à Beyrouth en 1952, de père britannique et de mère libanaise. Il est par ailleurs consultant pour une société spécialisée dans le renseignement stratégique, Middle East Tactical Studies. Il s’était déjà signalé en mai 2006, après les feuilletons ubuesque des référendums sur une éventuelle « Constitution européenne » en proposant une roborative et originale division du travail européens par nationalités : « En Europe, tous les fonctionnaires seraient français, tous les ingénieurs allemands, tous les architectes italiens, tous les routiers hollandais… ». Hélas, cette intuition humoristique n’avait pas été reprise par les autorités de l’UE.

Percy Kemp revient à la charge avec une idée beaucoup plus révolutionnaire ; une déclaration européenne du droit du serf », « susceptible de résoudre une fois pour tous les problèmes sociaux auxquels nous sommes confrontés ». Seraient mis fin à « en un tour de main, à la tragédie du chômage, du drame des sans abri, à l’avancée de la précarité et de la pauvreté (…) à l’effondrement de nos régimes de retraite et de santé… » Comment ? En réintroduisant en Europe, le servage. Notre génial et humoristique auteur part en effet d’un fait méconnu. Au Moyen-âge, les serfs n’appartenaient pas à leurs seigneurs, ils étaient indissolublement liés à vie, à une terre, bref, à un moyen de production qui lui appartenaient à un propriétaire.
En redevenant officiellement « serfs » à vie de leurs usines, de leurs bureaux, de leurs emplois, les salariés européens renverraient à leurs responsabilités sociales entières, les réels propriétaires des ces moyens de production : garantie donc pour les nouveaux serfs, de l’emploi à vie et des droits sociaux, le tout formalisée par une déclaration constitutionnelle.

L’article est drôle à souhait, le pied-de-nez, allégrement provocateur. Mais, à la réflexion, le grotesque ne se niche-t-il pas dans la lecture quotidienne et atterrée de la « vraie actualité » ?

 

Tragi-comique Burka !

 

Après le feuilleton sentimentale sur les mésaventures du couple présidentiel Sarkozy-Bruni, les Français ont le droit à la relance de la série policière « Burka and Co ». Le dernier épisode démarra sur un mode nettement comique. Leur sang n’a fait qu’un tour, deux pandores constatent qu’une conductrice nantaise circulait en Burka : interpellation et amende de 22 euros « pour conduite gênée ». On s’interroge sur les fondements de cette amende puisque la classe politique est actuellement déchirée sur les fondements d’une loi qui viserait à justement à interdire éventuellement le port de la Burka dans l’espace public. La voiture, rappelons-le, est dans la législation française, plutôt intégré au « domaine privé ». Mais nos braves policiers ont du vouloir bien faire…

Plus inquiétante est la montée au créneau d’Hortefeux, ministre de l’intérieur et de Besson, inénarrable ministre « de l’immigration et de l’identité nationale ». Selon eux, la « pauvre jeune femme astreinte » évidemment au port d’une burka, serait également la victime d’un époux polygame. Toutes déclarations qui s’avèrent au fil des dépêches, peu justifiées, au mieux imprudentes, au pire manipulatrices.

Allons plus loin, le comique, c’est également, dans notre centre-villes, le choix fait par des militantes d’un islamisme très radical, du port d’un costume peu fonctionnel, aucunement religieux et qui relève beaucoup plus de l’anthropologie de la région afghane que du confort réclamé par les contraintes modernes.

Comme la conduite automobile.

Plus sérieusement, quand on habite un pays, on adopte en partie de ses coutumes et à défaut, on évite d’afficher des pratiques qui choquent outre-mesure la population indigène.

Mais dans tous les cas de figure, une nouvelle loi doit respecter les fondements de notre constitution républicaine. En l’occurrence, on impose à un citoyen (ou citoyenne) ou à une personne résident en France, des contraintes réduisant sa liberté individuelle que dans la mesure sa conduite nuisent à ses voisins ou à la collectivité. Le port volontaire d’une burka, aussi affligeant soit-il, peut être catalogué comme une nuisance volontaire pour la femme qui la revêt, plus difficilement comme une nuisance faite à la collectivité. Le Conseil d’Etat en France avait déjà fait part de ses réserves. La Cour de Justice européenne sera certainement très critique. Les policiers eux-mêmes voient mal comment faire appliquer cette éventuelle loi dans le climat très tendu des banlieues. La classe politique est très divisée. Mais de tout cela Nicolas n’en a cure. Il veut à tout prix remonter dans les sondages.   

 

 

 

 

 

 

 

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18 avril 2010 7 18 /04 /avril /2010 20:04

 

 

(article paru dans le Quotidien d'oran du 15 avril 2010)

 

Nicolas Sarkozy semble ne pas tirer les leçons de son échec électoral et de son impopularité. Il semble beaucoup plus préoccupé par les rumeurs concernant sa vie privée

 

Lors des dernières élections régionales, le résultat du scrutin fut sans appel : l’omniprésence de l’opposition socialiste, quasiment à la tête de tous les Conseils régionaux, constituait une claque sans appel pour la majorité présidentielle réunie par Nicolas Sarkozy.

Certes, des éléments importants viennent pondérer cette analyse un peu hâtive du résultat sorti des urnes.

Les scrutins de « mid-term », les régionales étaient précisément situées à mi-chemin du mandat présidentiel de cinq ans de Nicolas Sarkozy, sont rarement favorables aux pouvoirs en place. Les Conseils régionaux, crées par Giscard d’Estaing, restent des institutions dont les compétences sont souvent méconnues par l’électeur. C’est l’une des explications de l’abstention massive constatée, puisque la moitié des électeurs inscrits ont boudé les bureaux de vote. Dans certaines banlieues populaires comme la Seine St Denis (le « 9-3 »), la proportion dépassait souvent les 75% alors que bien des citoyens n’ont jamais même pris la précaution de s’inscrire…

Les électeurs ont-ils voulu donner un avertissement ou sont-ils durablement fâchés ? L’avenir le dira. Dans tous les cas de figure, Nicolas Sarkozy est néanmoins élu pour cinq ans et c’est à cette échéance que l’on pourra tirer son bilan présidentiel…

 

Le message des électeurs pas entendu

 

Les semaines qui ont suivi le vote ont cependant été marquées par une succession d’évènements insolites.

Tout d’abord, il semblerait que Nicolas Sarkozy ait, jusqu’à la veille du deuxième tour, sous-estimé l’ampleur de la défaite. Après avoir annoncé qu’il ne mêlerait pas des ces élections locales, son fort engagement en fin de campagne, lui avait fait espérer jusqu’au bout un sursaut de son électorat traditionnel. La déconvenue a été sévère et semble avoir quelque peu désorienté ce surdoué de la tactique politique.

« On ne change rien » : en réaffirmant fortement qu’il ne modifiait en aucun cas, les grandes orientations de son quinquennat, Nicolas Sarkozy a peut être fait preuve d’un certain courage politique, l’immense majorité des électeurs abstentionnistes, ceux qui ont voté pour la gauche et même beaucoup d’électeurs qui avaient voté pour la droite par fidélité, ont eu le sentiment que le chef de l’exécutif avait mal perçu le message massif des citoyens français.

A toutes les critiques, le Président de la République n’a qu’une réponse : « Il faut continuer les réformes ! ».

« Réforme »… On déjà souligné dans ces colonnes les ambigüités de ce mot magique et l’usage inconsidéré qu’en ont fait les politiciens de droite et de gauche depuis plus de quatre décennies. Parée de connotations positives, la « réforme » apparaît de prime abord comme la transformation nécessaire et réfléchie face à un problème nouveau. Bref, c’est un appel à une transformation volontaire qui entraînera peut-être des sacrifices ponctuels, mais qui bénéficiera, in fine, à l’ensemble du corps social.

Hélas ! Depuis plus de quarante ans, la classe politique appelle sans cesse les citoyens à des « sacrifices » sans qu’ils n’en voient pas nécessairement les retombées positives. La population ne croit plus beaucoup aux mérites de l’austérité salariale ni que « les licenciements et les baisses du pouvoir d’achat  d’aujourd’hui feront les bénéfices de demain, qui feront les nombreux emplois d’après-demain » pour parodier la formule célèbre des années 70 du chancelier allemand Helmut Schmidt.

Ils ont constaté surtout, statistiques à l’appui, que les 1% des Français les plus riches captent à leur seul profit l’essentiel des fruits de la croissance, alors que les couches populaires et fait nouveau, les classes moyennes, s’enfoncent dans le marasme.

Le dogme de la réforme, mot passe-partout de la classe politique est devenu un terme de plus en plus irritant pour la grande masse des électeurs.

D’autant, qu’en matière de « réformes », le bilan des deux premières années du mandat de Nicolas Sarkozy est particulièrement contrasté. La seule réforme qui a véritablement abouti, c’est paradoxalement celle du « bouclier fiscal » qui favorise outrageusement les contribuables français les plus fortunés. Pour les reste, les promesses du candidat Sarkozy, « travailler plus pour gagner plus », la volonté affichée d’une politique « de rupture », la sécurité garanti à tous les citoyens… se sont pour la plupart effondrées avec la crise financière qui ébranlé l’économie mondiale à l’automne 2008. Le pouvoir d’achat recule, le chômage progresse, la délinquance augmente.

Du coup, le dynamisme et l’affichage de certitudes intangibles sont vécus, y compris dans les propres rangs de l’UMP, comme un forme d’aveuglement du président; Sa détermination et sa croyance dans la justesse de ses propres analyses, sont peu à peu vécus comme des formes d’acharnement dogmatique.

D’autant que les réformes proposées par Nicolas Sarkozy sont toutes fortement inspirées par une idéologie hyper-libérale. Hors, en France comme ailleurs, le libéralisme est passé de mode. Les excès insupportables des banquiers, traders et autres institutions financières qui, par esprit de lucre ont mis en danger l’économie mondiale, révulsent une population qui sait déjà à l’avance qu’elle devra seule en payer chèrement la note.

 

Travailler plus longtemps pour gagner moins

 

Mauvaise période pour le chef de l’état qui doit affronter quelques gros chantiers difficiles : l’absence de croissance a considérablement et durablement augmenté les déficits budgétaires, la globalisation accroit les délocalisations, l’absence de toute protection menace les économies européennes face à l’offre de pays émergents beaucoup plus dynamiques. Même la fameuse « solidarité européenne » se fissure. L’Union européenne, Allemagne en tête, a longuement rechigné à se porter au secours de l’un de ses Etats membres, la Grèce, menacé par un mouvement spéculatif ourdi par plusieurs institutions financières privées. Les banques internationales qui ont échappé à la faillite par l’intervention des états, n’ont pas hésité  à retrouver leurs bonnes vieilles habitudes et sont mis à spéculer… contre leurs sauveurs, les comptes publics de ces derniers étant affaiblis par les dettes qu’ils avaient dues contracter, justement pour consolider, dans la panique, ces mêmes institutions financières internationales !

Décidemment, on a du mal à définir quelle est la qualité majeure de ces grands banquiers : la morgue, le sentiment d’une totale impunité, la cupidité, l’inconscience, le cynisme… ?

L’actualité sociale française va être marquée par un autre « réforme », celle des retraites.

Le problème est connu et ancien : l’espérance de vie croit d’un trimestre par an, la démographie s’essouffle. Au résultat, la population vieillit et les retraités peu à peu deviennent plus nombreux que les actifs qui payent leurs pensions. Les seules solutions qu’on trouvé la plupart des pays européens ne brillent pas par leur originalité : les salariés doivent accroitre leurs cotisations sociales, quand ils ne sont pas forcés de financer leurs retraites par le seul biais de l’épargne (retraite par capitalisation), et l’âge du départ en retraite est relevé régulièrement.

En France, la perspective d’une remise en cause de l’acquis social de la retraite à 60 ans est très mal vécue par les salariés. 67% s’y opposent. D’autant que, passé 50 ans, il est de plus en plus difficile de conserver son travail. L’actuelle poussée du chômage complique encore l’équation.

Nicolas Sarkozy veut comme toujours mené sa « réforme » tambour battant : une vague concertation menée au pas de charge et hop, un vote au Parlement. En quelques mois, l’affaire est jouée ! Les syndicats pourront toujours faire de grandes manifestations, l’ampleur des cortèges ne fera que souligner l’impuissance des « corporatismes » face à l’inéluctable et sacro-sainte « réforme ».

Cette hypothèse est celle retenue par le bon Nicolas. Mais il est possible que dans l’énervement général, la réalité soit moins rassurante pour le gouvernement en place. L’opinion publique, littéralement survoltée par l’injustice provocante du bouclier fiscal, est loin d’accepter de nouvelles pressions fiscales ou une dégradation sévère de ses conditions de travail.

La dernière tentative importante de réforme des retraites avait eu lieu en 1995, entrainant le plus fort mouvement social depuis 1968 et avait couté son poste au 1er Ministre de l’époque, Alain Juppé.

Vécu de plus en plus par beaucoup d’électeurs, comme incompétent et obstiné dans l’erreur, Nicolas Sarkozy vient de remporter la palme d’impopularité pour un président français en exercice : seuls 21% des Français lui font confiance, 69% ne le font plus et 10% se tâtent !

 

Rumeurs et feuilleton sentimental à l’Elysée

 

Ce sondage est antérieur aux tribulations de la « rumeur ». La presse internationale s’est fait l’écho de déboires conjugaux supposés du couple Sarkozy-Carla Bruni, contrairement à la presse française, beaucoup plus discrète. Pas spécialement par servilité, les médias comme les Français jettent traditionnellement un regard amusé voire compréhensif aux frasques sentimentaux de leurs dirigeants. Les « aventures » des précédents présidents de la république (à l’exception notable du père tutélaire de la Nation, le Général de Gaulle dont la vertu était proverbiale), n’attiraient au pire que rires et plaisanteries salées dans les bistrots.

Il faut dire que ces mêmes chefs d’état respectaient une certaine discrétion sur leur vie intime. L’inverse de Nicolas Sarkozy qui, fasciné par les medias people, n’a jamais pu s’empêcher d’étaler sa vie privée : long divorce avec sa seconde épouse Cécilia, rencontre de Carla, mariage, voyage de noces..., tous ces évènements de peu d’importance, ont fait la « une » des médias, dans une politique de communication parfaitement contrôlée par l’Elysée.

La rumeur d’un conflit conjugal entre Nicolas et Carla a montré les limites de la com’ ! Les épisodes de ce feuilleton courtelinesque qui indiffèrent au mieux, qui exaspèrent au pire des Français bien plus préoccupés par leur pouvoir d’achat et leur emploi,  a révélé certains aspects plus interpellants sur la personnalité psychologique du président actuel.

Nicolas Sarkozy et on peut le comprendre, a pris très à cœur cette affaire intime. Mais de là à commanditer une enquête des services secrets et mettre en cause publiquement une ancienne ministre de la Justice, Rachida Dati, le tout sur fond de menaces proférées par son entourage qui évoquait un possible « complot international », suivies de démentis embarrassés, on est bien obliger de constater une dérive inquiétante, une agitation brouillonne qui sied peu à la dignité de la fonction de Président de la République française. Ce qui a finalement heurter beaucoup plus l’opinion publique française, aussi attachée à une conception  « monarchique» de la fonction de chef de l’état, qu’indulgente aux travers des individus pourvu qu’ils restent discrets.

Nicolas Sarkozy a d’indéniables qualités : une détermination sans failles, une maestria tactique, une gestion de sang froid des crises, notamment internationales. Il a bien sûr comme tout individu, sa part de défauts. Le tout fait une personnalité brillante qui ne laisse personne indifférent : ses partisans l’adorent, ses adversaires l’exècrent.

Qu’on se range dans une catégorie ou l’autre, on constate que certains de ses travers, comme la droite « bling-bling » en début de mandat, risquent de rester ce que l’Histoire gardera du personnage.

Vu à la télé : Nicolas Sarkozy s’est rendu mardi à Washington pour participer au sommet sur la sécurité nucléaire convoqué par Barack Obama. Les enjeux géopolitiques de ce sommet n’échappent à personne  au moment où de nombreux pays songent à se constituer leur propre arsenal nucléaire. Les télévisions françaises et certainement les télés étrangères, n’ont retenu de la conférence de presse du chef de l’état français qu’une seule information stratégique : Nicolas et Carla continuent de s’aimer ! Affligeant.

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27 mars 2010 6 27 /03 /mars /2010 19:30

(article paru dans le Quotidien d'Oran du 25 mars 2010)


Le nouveau président américain rencontre difficulté sur difficulté, notamment au plan international. Mais il repart dopé en bâtissant une réforme historique du système de protection sociale des citoyens américains.

 

Curieuse démonstration que vient de réaliser Benyamin Netanyahou. En annonçant un plan de construction de 1600 logements à Jérusalem-Est, il avait déjà torpillé la semaine dernière,  la venue en Israël du-Vice président américain, Joe Biden. Celui-ci, très colère, avait pris à juste raison cette opération de propagande comme une grosse gifle assénée à l’allié historique américain, qui tente maladroitement et sans succès de renouer d’invisibles fils du dialogue entre Israéliens et Palestiniens.

Le Premier ministre israélien en a remis une seconde et pesante couche a Washington même, où se tenait le congrès du principal lobby pro-israélien, l’American Israël Public Affairs Commitee (AIPAC, fort de 100 000 membres et très influent dans la classe politique américaine) : « nous continuerons à construire à Jérusalem-Est ! » a claironné Bibi Netanyahou, pour démontrer sur le sol américain qu’il n’avait que faire des avertissements ou menaces voilées d’Hillary Clinton, celle-ci plaidant dans le désert pour une énième « reprise de dialogue » entre Palestiniens et Israéliens.

Quel intérêt pour le 1er ministre israélien, à la tête d’un pays de sept millions d’habitants, d’aller insulter chez lui, son principal allié voire unique soutien, le responsable des Etats-Unis, toujours 1ère puissance mondiale ?

 

Tel-Aviv humilie Washington

 

Certes, Benyamin Netanyahou qui a passé une grande partie de sa vie aux Etats-Unis et qui en a gardé la nationalité, se sent idéologiquement très proche des néoconservateurs américains. Certes, le lobby pro-israélien (là-bas, le mot n’est pas tabou et l’AIPAC se présente comme tel) est fort puissant, très influent dans le monde économico-politique,  ralliant bien au-delà de la communauté juive américaine, jusqu’au « Christians United for Israel », un mouvement chrétien aussi ultraconservateur qu’exalté. Il n’empêche. Il n’est pas de très bonne politique d’aller insulter Barak Obama dans sa capitale alors que le sort d’Israël ne dépend que du soutien diplomatique, militaire et financier des Etats-Unis.

La Maison Blache, après les folles erreurs de l’unilatéralisme armé de Georges Bush, peine à retrouver son leadership mondial. Pire, ses prétentions réaffirmées de puissance mondiale sont ouvertement contredites par son petit allié au Moyen-Orient qui mêle constamment rodomontades internes (« Israël ne se laissera pas imposer une politique étrangère par les Etats-Unis ! », refus de toute transaction avec l’OLP et le Hamas, menaces répétées d’une opération militaire contre l’Iran…

Certains commentateurs expliquent cette raideur de Netanyahou par la fragilité de sa coalition politique qui englobe les Travaillistes, le Likoud et diverses formations ultrareligieuses ou d’extrême droite, front hétéroclite dont la seule conviction commune est : « il faut ne rien céder, tout ce qui est pris est bon à prendre, chaque jour de gagner consolide le tout ». Des voix plus sérieuses comme le quotidien israélien Haaretz, soulignent a contrario l’isolement exceptionnel d’Israël sur le plan international, la dégradation profonde de son image publique dans le monde, l’impossibilité de jouer en contre avec les Etats-Unis… Mais tous ces propos de bon sens n’intéressent pas les députés de la Knesset, tout occupés à leurs marchandages pour les futures échéances électorales locales.

Cette situation hurluberlu va même jusqu’à indisposer le Pentagone, pourtant réputé aux Etats-Unis comme très pro-israélien. Le général américain David Petraeus,  qui a orchestré la reprise du contrôle de la situation militaire en Irak, est qui est présenté comme un candidat probable du camp républicain aux prochaines présidentielles, vient de critiquer publiquement la politique israélienne et la poursuite de la colonisation. Pour ce haut-gradé dirige le CENTCOM, l'Etat-major central qui chapeaute notamment les opérations américaines en Afghanistan, au Pakistan et en Irak, les réactions négatives des pays du Proche-Orient se nourrissent tant des excès de la répression en Cisjordanie, à Gaza que dans les menaces de l’Etat hébreu face à l’Iran . «La colère arabe à propos de la situation en Palestine limite la profondeur et la solidité des partenariats entre les Etats-Unis et les gouvernements et les populations de la région» a déclaré le Général Petraeus devant la Commission des armées du Sénat le 17 mars. 

 

Obama embourbé dans la politique étrangère

 

Incapable de maitriser les foucades du petit allié israélien, comment les Etats-Unis pourraient-elles en effet imposer un nouveau leadership alors que ce pays continue de traverses une passe difficile de ses relations internationales ?

Car pour Barak Obama, chaque jour apporte son lot de désillusions. L’excellent site de géopolitique De Defensa citait cette semaine de nombreux points sensibles :

-         Des relations américano-israéliennes, proche d’une tension « sans précédent ».

-         « Des développements décisifs affectent la grande manœuvre US lancée en 2005 pour faire entrer l’Inde dans ses conceptions et ses réseaux stratégiques, notamment en la séparant de la Russie et en l’opposant à la Chine. Désormais , l’Inde est de plus en plus amenée à admettre qu’elle a été manipulée dans cette entreprise et qu’un réalignement correspondant à son engagement dans le groupe BRIC (Brésil, Russie, Inde , Chine) est de son intérêt autant qu’il apparaît évident à tous. »

-         Des difficultés sérieuses avec la Russie, notamment dans la renégociation de l’accord Salt-II, de contrôle des armes nucléaires

-         Des rapports tendus avec la Chine sur le front économique, notamment sur la question sensible de la sous-évaluation du Yuan

-         Une certaine prise de distance de l’Union Européenne qui s’agace du rôle diplomatique marginal dans lequel Barak Obama semble la contraindre et qui s’émeut du nouveau protectionnisme américain, notamment dans l’industrie de défense avec un très vif affrontement entre Boeing et Airbus sur le dossier des avions ravitailleurs en vol KC-45 de l’USAF.

-         La persistance de relations difficiles des Etats-Unis avec sa frontière Sud, qu’il s’agisse du Mexique et plus largement des pays d’Amérique latine.

 

Rajoutons à cette longue liste ce qui est ancien, la poursuite de la menace terroriste, l’extrême difficulté des troupes américaines à se dégager de guerres ingagnables à terme, l’Irak et l’Afghanistan, et ce qui est plus nouveau, comme le refroidissement des rapports entre Washington et Istanbul.

Copiant la stupide initiative des parlements français et européen, la Commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants américaine a approuvé jeudi dernier une résolution sur la reconnaissance du « génocide » arménien par la Turquie en 1915. Le texte voté par 23 voix contre 22, appelle le président américain à «qualifier de façon précise de génocide l'extermination systématique et délibérée de 1.500.000 Arméniens».

La réponse turque ne se fit pas attendre : Ankara a rappelé son ambassadeur. La Turquie, hier principal allié des Etats-Unis dans la région avait déjà pris ses distances avec Washington lors de l’invasion de l’Irak et avec l’autre allié israélien los de la dernière guerre du Liban. Dans la conjoncture moyen-orientale, la prise de position radicale du Sénat américain sur ce débat, véritable champs de mines diplomatique et polémique vieille de près d’un siècle qui ne dervait relever aujourd’hui que du seul jugement des historiens, ne pouvait qu’être mal vécue par la Turquie alors que les relations turco-arméniennes prenaient enfin un bon détour dans les derniers mois.

 

«  Yes, we can ! Yes we did ! »

 

On peut le faire ! Et on l’a fait !

N’accablons pas trop Barak Obama. C’est un homme d’état qui a de grandes ambitions pour son pays, qui a une véritable intelligence sur la situation du monde, et qui sait faire preuve d’une grande et longue détermination.

Il a cette semaine imposé à force d’opiniâtreté (et quelques compromis sérieux) une réforme sociale historique : la couverture sociale universelle pour tous les citoyens américains.

Le projet progressiste était vieux d’un siècle, sept présidents ont échoué à réaliser cette conquête profondément démocratique qui vise à n’écarter aucun citoyen ou résident de la couverture des soins de santé.

Cette réforme est passée de justesse : par 219 voix contre 212, la plus importante réforme sociale depuis 1965, permettra à 31 millions d’américains de ne pas mourir dans la rue, faute de soins (même s’il reste pendante le solde de 11 millions de sans-droits, sans compter la non chiffrable population des immigrés clandestins, notamment mexicains).

La bataille fut épique : le Parti Républicain, les lobbies de l’industrie pharmaceutique, du corps médical privé, des sociétés d’assurances, toute l’Amérique conservatrice qui voit dans la Sécurité sociale soit une resucée du communisme, soit une incarnation du diable, s’est levée d’un bond pour combattre quasi les armes à la main cette très profonde mesure progressiste.

Son coût ? Pas mince : 940 milliards de dollars sur dix ans. Il faut noter toutefois, que dans une période de rétraction économique, c’est également un moyen astucieux et redistributif de soutenir une consommation intérieure chancelante…

«Nous avons prouvé que nous restons un peuple capable de grandes choses», a lancé Barack Obama après l'adoption de la réforme du système de santé dimanche soir. En gagnant cette bataille, en réussissant à convaincre des opposants au sein du Parti démocrate, le Président américain n’a pas fait qu’une réforme historique dans le contexte des Etats-Unis, il a montré une détermination et un sens tactique qu’il faut saluer. Dans les trois derniers mois, peu de commentateurs parier sur sa capacité à sortir de ce dossier embourbé, alors que tous les forts de son agenda (politique extérieur, réforme financière, changements climatiques…) semblaient paralysés. Yes, he can !

 

France : Non, il ne peut pas !

 

Ce succès impromptu paraîtra un peu cruel à Nicolas Sarkozy. Lui qui depuis trois ans, semble vouloir donner des leçons de réforme à la terre entière et surtout au nouveau président américain, se retrouve dans la situation humiliante de voir sa majorité réduite à un quart de l’électorat (qui vote, au 8ème des inscrits), ses « réformes » inabouties et aussi bien contestées à sa gauche comme à sa droite, son parti unique, l’UMP, qui rue dans les brancards, une opposition qui se persuade avoir enfin effectuer sa sortie du désert.

On sent Nicolas Sarkozy, toujours à avoir raison contre tout le monde, un peu éberlué par l’ampleur du désaveu. Ses premières réactions paraissent un peu contradictoires. Il se déclare à l’écoute du message adressé par les électeurs mais ne change rien sur un programme de « réformes » extrêmement peu populaires. Ecologiste hier, il abandonne aujourd’hui la « taxe carbone » destinée à pénaliser les pollueurs. Mais il ne touche pas au très impopulaire « bouclier fiscal » qui protège les Français les plus fortunés.

Le président français a un grand sens tactique mais un caractère parfois très obstiné et convaincu sur sa propre valeur. L’homme a du ressort. Mais il manque de constance. On cherche encore où est le grand projet.

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