Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
24 février 2017 5 24 /02 /février /2017 21:41

("Chronique de Paris" paru dans le Quotidien d'Oran du 23 février)

55 ans après l’Indépendance de l’Algérie, les débats sur la période coloniale restent très sensibles

Emmanuel Macron, en déplacement à Alger, a qualifié, le 15 février, la colonisation de « crime contre l’humanité » dans une interview accordée à une chaîne de télévision algérienne : 55 ans après les Accords d’Evian, « le gouvernement français devrait présenter des excuses officielles pour les meurtres et exactions commis durant la colonisation ». Dans des termes moins tranchés, les trois derniers présidents de la République française, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande condamnaient le colonialisme et plus particulièrement tel qui s’était exercé en Algérie, débouchant sur une longue et sanglante guerre d’indépendance. Les trois présidents ont dénoncé, chacun avec leurs termes, l'injustice et la brutalité du système colonial et les souffrances infligées aux Algériens. Ces chefs d’état ont cependant appelé au respect de toutes les mémoires afin de solder un passé historique douloureux mais qui ne puisse empêcher d’accroître une plus grande coopération entre les deux pays.

Mais dans le cadre de l’actuelle campagne présidentielle française, l’affirmation de la notion de « crimes contre l’humanité », historiquement apparue pour caractériser et condamner les crimes du nazisme, est d’un usage plus délicat. Les propos du candidat ont soulevé une vive émotion en France où l’opinion est quasiment divisée en deux sur le sujet. Emmanuel Macron semble en avoir pris conscience. Lors de son meeting à Toulon le 18 février, dans une région très à droite, le candidat n’a pas repris les mêmes termes, louant le « travail formidable » fait à l’époque de l’Algérie française par des gens « formidables », les Pieds-noirs qu’il avait « blessés » et à qui il demandait « pardon ». « Il a paru renouer avec ses propos, plus qu’ambigus, de novembre 2016, selon lesquels, dans l’Algérie coloniale, « il y a eu des éléments de civilisation et des éléments de barbarie ». Va-t-il reprendre la théorie des « aspects positifs de la colonisation » qui avait suscité un tollé parmi les historiens, les enseignants et de nombreuses associations quand une loi, du 23 février 2005, avait demandé aux professeurs de les inculquer ? » s’interrogent Gilles Manceron et François Gèze dans une tribune parue dans Le Monde.

Une opinion française toujours très partagée

Dans ce contexte très chargé, le sondage que l’Ifop a mené pour le site d’information algérien TSA suite aux déclarations d’Emmanuel Macron révèle une opinion publique littéralement coupée en deux. 51% des Français se disent d’accord à l’opinion selon laquelle "la colonisation est un crime contre l’humanité" contre 49% qui sont d’un avis contraire. La même opposition tranchée se dessine à propos de savoir si "le gouvernement français devrait présenter des excuses officielles pour les meurtres et les exactions commis durant la colonisation" : 52% sont d’accord, 48% opposés.

Le clivage sur des excuses officielles à l’Algérie est avant tout politique, très fortement structurée selon la proximité partisane. 71% des sympathisants du Front de Gauche et 66% de ceux du PS y sont favorables. En face, les électeurs de droite font massivement bloc contre et le rejet est partagé avec la même intensité à l’UDI (71% d’opposés), que chez Les Républicains (73%) et au FN (74%).

Emmanuel Macron qui se présente, tout au long de sa campagne présidentiel comme n’étant « ni de droite, ni de gauche », a, par sa déclaration ravivé fortement les clivages droite/gauche tout au moins sur la question historique du colonialisme. « Il est cocasse d’observer, comme le note Jérôme Fourquet de l’IFOP, que le chantre du dépassement du clivage gauche/droite a su l’activer en prenant de telles positions pour envoyer un signal à l’électorat de gauche et tenter ainsi d’en décrocher de nouveaux pans pour conforter sa dynamique et s’imposer comme le deuxième homme de cette campagne. On peut également y voir l’intention de s’afficher comme l’opposant le plus résolu à Marine Le Pen dont l’électorat est vent debout contre toute repentance ».

 

Fillon repasse devant Macron

Toujours est-il que cette affaire ne conforte pas Emmanuel Macron dans les sondages, ses propositions programmatiques générales apparaissant souvent comme trop floues pour les Français sondés.

Selon un sondage réalisé par l’agence Elabe, publié mardi, François Fillon, en hausse dans les intentions de vote, doublerait Emmanuel Macron, en forte baisse, et arriverait deuxième au premier tour de l'élection présidentielle, derrière Marine Le Pen. La présidente du Front national reste solidement ancrée en tête, progressant à 27% des intentions de vote (+1,5) si François Bayrou est candidat, ou à 28% (+2) si le président du MoDem ne se présente pas, selon cette enquête réalisée pour BFMTV et L'Express. Le centriste Bayrou crédité de 6% des voix, devait donner hier sa position définitive. En attente de sa position...

Rudement affaibli sur les polémiques et les soupçons d’emplois fictifs donnés à ses proches, François Fillon reprend un peu de couleurs : le candidat de la droite est crédité de 20% si François Bayrou se présente (21% sans Bayrou), soit un gain de trois points dans les deux cas par rapport aux précédentes enquêtes de cet institut datant des 7 et 8 février. Ce qui lui permet de doubler Emmanuel Macron pour la seconde place, au 1er tour de l’élection. Ce dernier se situe à 17% d'intentions de vote dans l'hypothèse d'une candidature Bayrou (18,5% sans Bayrou), chutant de cinq points dans les deux cas.

Le socialiste Benoît Hamon, qui perd 2,5 à 3 points, arrive quatrième ex aequo avec le candidat de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, à 12% avec Bayrou candidat (13% sans Bayrou).

Au second tour, François Fillon l'emporterait avec 56% des voix contre 44% à Marine Le Pen.

Mais à un peu plus de deux mois de l’élection présidentielle, les polémiques vont redoubler et des revirements dans l’opinion publique resteront nombreux.

Repost 0
Published by pierremorville
commenter cet article
8 février 2017 3 08 /02 /février /2017 13:57

("Chronique de Paris" publiée dans la Quotidien d'Oran du 9 février 2017)

« L’affaire Fillon » est à pleurer. Mais il vaut mieux en rire. Avec l’aide d’Alphonse Allais (1854-1905), très grand humoriste français

L’affaire Fillon ? Assez simple. Elle a deux aspects, l’un parfaitement connu aujourd’hui, l’autre sous les enquêtes policières et judiciaires. Ce qui est connu : François Fillon est candidat de la droite et d’une partie du centre pour la prochaine élection présidentielle française (avec un premier tour dans moins de trois mois). Cet ancien Premier ministre a été élu député à 27 ans et depuis n’a été, ou élu, ou ministre. Ce qui donne un rapport, disons, un peu particulier au monde réel, une vision pour le moins éloignée des réalités parfois difficiles du travail salarié, de la pauvreté, des contraintes quotidiennes.

Révélation du Canard Enchaîné : François Fillon a embauché pendant de nombreuses années comme assistants parlementaires sa femme Pénélope et pendant un temps plus court, deux de ses enfants. Pratique un peu surprenante, jugée par beaucoup immorale, celle de payer sur fonds publics des membres de sa famille. Pratique scandaleuse pour certains, mais néanmoins légale. Les députés et sénateurs qui font les lois n’ont jamais voulu réglementer ce curieux dispositif qui semble sorti tout droit du régime féodal. Mais il est vrai que 20% des députés français emploieraient comme assistant parlementaire un membre de leur famille… De même, nos chers élus disposent d’un régime fiscal plus qu’avantageux. Ce qui ne les empêche pas au nom de la sacro-sainte vertueuse Austérité, d’augmenter chaque année la contribution fiscale de leurs électeurs.

« Une fois qu’on a passé les bornes, il n’y a plus de limites » (Alphonse Allais)

Embaucher sur fonds publics des membres de sa famille, c’est donc légal même si ce n’est pas très moral. Le candidat Fillon après deux semaines de dénégations, l’a reconnu lundi dernier lors d’une conférence de presse : l’embauche de sa femme et de ses deux enfants comme assistants parlementaires ? « C’était une erreur, je le regrette profondément et je présente mes excuses aux Français ». Il a même reconnu que ces « pratiques anciennes » sont devenues « intolérables » aux yeux de ces concitoyens. Mais de façon inébranlable, il veut toujours devenir le chef incontesté de la nation française.

« Le comble de la politesse : s'asseoir sur son derrière et de lui demander pardon » (A.A.)

Plus grave et c’est ce qui fait l’objet des enquêtes policières et judiciaires est la seconde révélation de l’excellent et très déchainé Canard enchaîné : non seulement François Fillon a embauché ses proches sur fonds publics, et notamment sa femme pendant une quinzaine d’années, mais … ces emplois auraient été très largement fictifs ! Pénélope et les deux marmots n’étaient pas plus assistants parlementaires que le Pape François n’a été électricien, même si ce vénérable ecclésiaste a dû certainement remplacer quelques ampoules cassées dans sa longue vie sacerdotale.

« C’est curieux comme l’argent aide à supporter la pauvreté... » (A.A)

S’il est immoral mais légal d’embaucher et payer des proches sur fonds publics, il est profondément illégal de payer du travail fictif sur fonds publics. Près d’un million d’euros généreusement distribués. Dans une interview réalisée au Sunday Télégraphe , Pénélope Fillon, citoyenne galloise d’origine, avait affirmé en mai 2007 « je n’ai jamais été l’assistante de mon mari » ! Qui donc ment, François Fillon ou Pénélope ? Dans un sondage paru mardi dernier, 65% des personnes n’ont pas été convaincus par les explications du candidat Fillon et seulement 26% des Français ont accepté ses arguments.

« La calomnie, ce n’est pas mauvais... contre l’hypocrisie » (A.A)

François Fillon crie évidemment au complot. Et il veut en apporter les preuves : sa femme l’aurait quotidiennement aidé : tenue de son agenda, tri du courrier, discussions, représentations dans des manifestions locales dans son fief électoral dans la Sarthe… Il est même fort possible que Pénélope lui ait fréquemment apporté son café. Mais cela valait-il le paiement de 831 440 euros ?

François Fillon a hurlé à la calomnie. Tout est faux ? On tente d’éliminer le futur sauveur de la République française ? L’enquête judiciaire seule, infirmera ou confirmera cette redoutable accusation complotiste. A la décharge du candidat Fillon, il est certain que quelques soit les infinies qualités d’investigation des journalistes du Canard enchaîné, ils ont bénéficié de sources extrêmement bien informées. Et les informations continueront peut-être à couler dans les semaines qui viennent. François Fillon accuse la gauche et des manœuvres de l’état socialiste. Peut-être. Mais les connaisseurs verraient plutôt les informateurs dans son propre camp.

« Ne remets pas à demain ce que tu peux faire après-demain » (A.A)

François Fillon a demandé la semaine dernière à ses proches, quinze jours pour faire la preuve de sa totale innocence, s’engageant à retirer sa candidature en cas d’inculpation, de « mise en examen » dans le nouveau vocabulaire juridique français. Vaste rigolade. Ce type d’enquête dure plusieurs mois voire plusieurs années et c’est le 17 mars prochain que le Conseil constitutionnel officialisera les candidatures, leurs 500 parrainages d’élus ainsi que les revenus fiscaux et patrimoniaux des candidats. Face à un à « un tribunal médiatique » qui « l’a lynché et assassiné politiquement », l’engagement d’un retrait en cas de mise en examen, réitéré par François Fillon, a donc par son hypocrisie au regard des délais juridiques, tous les aspects d’un second acte de cette vaste farce électorale.

« Le tic-tac des horloges, on dirait des souris qui grignotent le temps » (A.A)

Le calendrier, voilà ce qui angoisse aujourd’hui le camp de la droite. A trois mois d’une élection présidentielle annoncée par tous les sondages comme un échec de la gauche et d’un retour triomphale de la droite à la tête de l’Etat français, après des élections primaires où 4,5 millions d’électeurs de droite avaient ovationné la candidature de François Fillon, voilà que celui-ci tombe dans un fait-divers indéfendable. Damned ! Il y a fort à parier qu’aucun élu ou responsable de la droite ne croit en « l’innocence » de François Fillon dans cette affaire. Mais intervient une seconde question : par qui le remplacer et surtout dans des délais si courts ?

« La logique mène à tout, à condition d'en sortir » (A.A)

Dans un climat aussi délétère, la logique aurait été le retrait immédiat de François Fillon, au bénéfice du second de la primaire de la droite, Alain Juppé. Mais ce dernier, par fatigue, vindicte après l’humiliation de sa défaite ou peut-être par doute sur la suite des évènements, a tout de suite décliné la proposition. Refaire des primaires ? Impossible dans le calendrier actuel. Et il ne faut pas oublier que des élections législatives suivront de près l’élection présidentielle française. Et que de nombreux députés et candidats députés de droite, forts des sondages favorables encore aujourd’hui, attendent ce scrutin avec impatience.

Il n’y a pas de « plan B », espéré par certains. « B comme Bérézina » a martelé François Fillon qui s’agrippe à son poste comme un forcené.

Du coup, tout le monde se rallie au maintien de la candidature Fillon en priant chaque soir pour que de nouvelles révélations ne viennent pas transformer l’affaire en Titanic story.

« Il ne faut jamais faire de projets, surtout en ce qui concerne l'avenir » (A.A)

La droite qui, il y a quelques semaines était donnée hyper-gagnante après un quinquennat plutôt décevant de François Hollande, se réveille brutalement dans une situation ubuesque. Elle est contrainte de soutenir un candidat très fragilisé. Celui-ci peut être éventuellement élu de justesse mais il est très peu probable qu’il disposera d’une majorité parlementaire. Car dans ce genre de contexte, les électeurs français s’avèrent souvent très retors.

Beaucoup d’élus de droite se font insultés ces jours-ci sur les marchés et autres lieux publics par les électeurs, y compris par ceux de leur propre camp. Beaucoup de ces élus, qui sont profondément honnêtes, sont intimement navrés des errements répétés de leurs différents dirigeants nationaux : alors que l’affaire Fillon explosait, Nicolas Sarkozy s’est enfin fait rattrapé, mardi, par la justice sur un autre scandale de financement de sa précédente campagne présidentielle, l’affaire Bygmalion où il est convoqué en procès. Pas marrant, tout ça, non ?

« Partir, c'est mourir un peu, mais mourir, c'est partir beaucoup » (A.A)

Il est évident que François Fillon n’a guère de choix. S’il renonce, sa carrière politique s’arrête définitivement. Et pour ce très sourcilleux personnage qui se croit un destin historique, tout cela serait assez difficile à avaler. Le risque qu’il prend pour son camp, c’est que même élu, l’affaire ne s’arrête pas là. Auquel cas, hélas fort probable, c’est l’autorité de l’état français qui en souffrirait mais surtout le prestige international de la France qui en pâtirait.

Mais l’animal semble avoir d’abord opté pour sa survie personnelle.

« Il faut prendre l'argent là où il se trouve, c'est-à-dire chez les pauvres. Bon d'accord, ils n'ont pas beaucoup d'argent, mais il y a beaucoup de pauvres » (A.A)

L’un des éléments curieux de cette affaire est évidemment la mécanique perverse des « primaires ». Présentées comme une grande invention démocratique, elles invalident les partis politiques et favorisent une montée crescendo des différents candidats qui rivalisent en positions les plus ultras pour se distinguer de leurs rivaux. De ce point de vue, le candidat Fillon n’y est pas aller de main morte. Principale cible : les fonctionnaires. Alors que depuis son plus jeune âge, François Fillon n’a été que parlementaire ou ministre, il hait les fonctionnaires, beaucoup trop nombreux à ses yeux. Il veut supprimer 500 000 postes de fonctionnaires français. Outre le caractère un peu surréaliste de ce point de son programme, on se demande pourquoi un « fonctionnaire élu permanent» de la représentation publique d’état déteste autant les agents de la fonction publique. Autre attaque démesurée, sa proposition à demi-murmurée d’une privatisation de la sécurité sociale. Mais peut-être cette réforme ne s’appliquerait pas aux assistants parlementaires ?

Derniers points, une remise en cause des garanties liés au contrat de travail et une très forte augmentation de la fiscalité par une hausse de deux points de la TVA (taxe sur la valeur ajoutée ) qui frappe tous les objets de consommation ou de services, uniquement payés par les utilisateurs finaux, c’est-à-dire les consommateurs, quels que soient leurs revenus. Bref, l’impôt je plus injuste que l’on puisse imaginer.

« Il ne faut jamais faire de projets, surtout en ce qui concerne l’avenir » (A.A)

Pour ce qui concerne les éventuels résultats des futures élections françaises, très fin analyste de la situation politique nationale et de ses différents acteurs, je n’en sais absolument rien.

« La logique mène à tout, à condition d'en sortir » (A.A)

Mais il faudra, que sur une question essentielle, le futur gouvernement et son éventuelle majorité deviennent intransigeants sur une question essentielle, stratégique au niveau de nos intérêts internationaux. La France doit garder de façon incontestable le monopole du rire. Nous constatons avec tristesse depuis plusieurs décennies que les blagues de rue dans le monde arabe, les soap-opéras indiens, les comédies italiennes, un gros morceau du cinéma américain, l’élection du comique-troupier Donald Trump, l’humour britannique viennent contester notre industrie ironique et rogner ce qui doit rester, de façon incontestable un monopole de la Nation française. Ce droit incontestable doit se concrétiser bien sûr par un accord international, validé par l’ONU. Dans le cas contraire, nous serons en devoir de ce point de vue, d’envisager des mesures protectionnistes résolues et surtout de renforcer, éventuellement sur fonds publics, de façon spectaculaire les formidables capacités créatrices de notre peuple dans ce domaine. Et dans le cas précis, bravo, François Fillon, tu as ouvert la voie !

« Les gens qui ne rient jamais ne sont pas des gens sérieux »(A.A)

 

Repost 0
Published by pierremorville
commenter cet article
1 février 2017 3 01 /02 /février /2017 14:39

("Chronique de Paris" paru dans la Quotidien d'Oran du 2 février 2017)

Il est assez désolant de faire le constat que cette nouvelle année 2017 est porteuse de risques sérieux, de crises multiples, de conflits amplifiés

La principale cause de déstabilisation a été évidemment l’élection du dramatique clown Trump à la tête de la première puissance mondiale. Le nouveau président multiplie les décrets, ordonnances, circulaires toutes plus inquiétants les uns que les autres. Dernier en date, un embargo contre les candidats musulmans à l’immigration aux Etats-Unis et le net refus d’accueillir des réfugiés qui auraient cette confession. Intitulé « Protéger la nation contre l’entrée de terroristes étrangers aux Etats-Unis », le décret a été mis en application immédiate dès sa signature, le 27 janvier. Le texte fait référence à une loi de 2016 qui établit une liste de « pays à risque » : le Yémen, l’Iran, la Libye, la Somalie, le Soudan, la Syrie et l’Irak.

Le décret interdit pendant quatre-vingt-dix jours toute entrée sur le territoire américain aux ressortissants de ces sept pays. Les réfugiés syriens, dont seulement 18 000 ont été acceptés aux Etats-Unis depuis 2011, sont eux définitivement interdits d’entrée, jusqu’à nouvel ordre. De façon plus générale, le texte bloque le processus d’admission des réfugiés du monde entier pendant cent vingt jours.

La mesure concernera-t-elle les binationaux européens (italo-libyens, germano-irakiens…) ? Oui ,bien sûr : pour les binationaux non américains, c’est la nationalité de l’un des Etats visés qui primera et ils se verront interdire l’accès au territoire américain si l’une des nationalités est celle d’un des sept pays visés par le décret, à l’exception du Royaume-Uni et du Canada, qui ont déclaré avoir obtenu, dimanche, une exemption.

Rappelons que les Etats-Unis est par définition une terre d’immigration, où des colons européens ont conquis un vaste territoire en marginalisant et souvent en massacrant les populations autochtones indiennes. Rappelons également que les Etats-Unis, pays qui développe une laïcité limitée, a toujours promu la liberté religieuse comme l’un des axes fondamental de sa conception républicaine. Cette liberté ne s’applique plus à l’évidence aux différents cultes musulmans, sunnites ou chiites.

Comme toujours cette décision qui rappelle les exactions aux Etats-Unis, contre l’immigration chinoise à la fin du XIXème siècle ou les mesures illégalement coercitives prises contre les citoyens américains d’origine japonaise pendant la seconde mondiale, choque une grande partie de l’opinion publique américaine. De nombreux juristes et institutions juridiques américaines protestent. De nombreux citoyens manifestent dans de nombreux cortèges, contre cette dérive quasi dictatoriale. L’Onu s’est émue. Dans le monde arabe comme dans l’Union européenne, les protestations affluent.

Mais Donald Trump n’en a rien à carrer.

Sur le plan tactique, il faut lui reconnaître une grande habileté. Il agit très vite, avant même que le congrès ou les instances de la justice fédérale viennent limiter ou contrecarrer ses décisions, créant par ce fait une réalité de fait qu’il sera difficile de modifier.

Sur un plan moral, la plupart des décisions de Trump relèvent de l’indignité et ses mensonges sont infiniment multiples. Il s’était présenté lors de sa campagne électorale comme le défenseur des « travailleurs blancs pauvres », il ne favorisera en réalité que la petite minorité la plus riche du pays : aujourd’hui les 20 premiers milliardaires ont désormais plus d’argent que la moitié des américains, soit 152 millions de personnes.

Les USA contre le reste du monde

Sur le plan des relations internationales, des risques de tensions se renforcent tous les jours.

1er débat : le Mexique. Les Etats-Unis ont deux voisins frontaliers, le Canada et le Mexique. Donald Trump a réaffirmé récemment l’une de ses promesses de campagne : ériger un mur entre les deux pays, pour éviter l’arrivée de migrants mexicains. Le président s'est lancé dans ce combat dès le premier jour de sa candidature, en accusant le voisin du sud d'envoyer aux États-Unis «des criminels et des violeurs».Sa promesse de construire un mur sur les 3200 km de la frontière – pourtant déjà couverte de barrières physiques et électroniques sur environ 1 200 km. Et Trump a décidé que le prix de cette construction devrait être assuré par le Mexique ! Au rebours de cet affrontement, un déficit commercial de près de 59 milliards de dollars dans les échanges entre Washington et Mexico, au bénéfice du Mexique.

Autre problème : ce ne sont plus les Mexicains qui sont aujourd’hui candidats à l’exil mais les habitants de l’Amérique centrale confrontés à une extrême pauvreté dans des régimes souvent très dictatoriaux. Autre rappel, ce sont les Etats-Unis qui ont conquis militairement à la fin du XIXème siècle des provinces mexicaines telles le Texas ou la Californie. Enfin, il existe aux Etats-Unis une importante communauté hispanophone qui regarde avec beaucoup de suspicion cette politique agressive de Trump.

Mais ce dernier adore par-dessus-tout le conflit. Il a récemment contesté l’accord nord –américain Alena, accord commercial depuis 1994 entre les USA, le Canada et la Mexique et à la mis fin à l’accord commercial TPP Asie-Pacifique.

Il en fait également preuve de son agressivité en s’attaquant à la deuxième puissance internationale, la Chine. Dans des termes et avec des formes encore une fois surprenantes.

Principal objectif du nouveau président américain : la réduction du déficit commercial entre les États-Unis et la Chine, qui, entre janvier et novembre 2016, a été de 319 milliards de dollars. Pour le réduire, la nouvelle administration pourrait utiliser sa méthode préférée, qu'elle a déjà évoquée pour le Mexique : des droits de douane élevés. Donald Trump avait évoqué un tarif de 45 % sur les importations chinoises. Il a également renoué des relations avec Taiwan, pays indépendant mais que la Chine considère comme faisant partie de son empire.

 

Ronald Reagan avait fait alliance en 1978 avec Deng Xiaoping en reconnaissant le principe d’un pays , la Chine et de trois systèmes : la Chine communiste, Taiwan et Hong-Kong, colonie anglaise qui a été rétrocédé à la Chine en 1997. L’objectif était de réintroduire la Chine dans l’économie mondiale mais surtout de détacher à l’époque la Chine de l’URSS.

Aujourd’hui, l’économie chinoise devient une rivale de la puissance américaine, y compris dans le domaine des nouvelles technologies. Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft ont maintenant des concurrents chinois comme Alibaba, Baidu, Tencent ou Huawei. En proposant une alliance privilégiée à Vladimir Poutine, il semble bien que l’objectif de Trump est aujourd’hui à l’inverse de détacher la Russie d’une éventuelle alliance avec la Chine…

La Chine veut se rapprocher de l’Europe

Face au nouveau protectionnisme américain, la Chine toujours communiste se fait aujourd’hui le principal défendeur de la mondialisation, comme l’a vivement déclaré le Président Xi Jinping au dernier sommet de Davos. Autre réponse chinoise, faire de l’Europe un allié privilégié. « Berlin est clairement courtisée par la Chine. Six jours après l'arrivée de la nouvelle administration étasunienne, le Premier ministre chinois Li Keqiang a appelé Angela Merkel pour affirmer que « l'Allemagne et la Chine devraient envoyer un signal de stabilité aux marchés mondiaux et, ensemble, assurer le système international de la pérennité d'une libéralisation du commerce et des investissements ». Pour finir, le chef du gouvernement chinois a assuré la chancelière de son soutien à la construction européenne » note Romaric Godin, de la Tribune.

L’Allemagne et l’Union européenne en général pourrait être tentée d’accéder plus largement au marché chinois, ce qui lui permettrait de compenser les fermetures protectionnistes qui sont programmées par Donald Trump pour défendre le marché américain. La tentation est d’autant plus grande que le nouveau président américain semble se désintéresser de l’alliance militaire américano-européenne symbolisé par l’OTAN, l’alliance atlantique étant jugé par Trump comme « obsolète ». Autre provocation, le nouveau président américain s’est réjoui du Brexit, une « chose merveilleuse » selon lui, l’exemple du départ du Royaume uni de l’Union européenne devrait selon lui, être suivi dans peu de temps par d’autres pays européens ! « Trump affiche publiquement son mépris à l'égard de l'UE. Au gré de ses tweets, ou de ses interviews, il la voit comme une prison des peuples, comme un monstre bureaucratique, qui vivrait sous la domination de l'Allemagne, afin de l'enrichir. Après avoir félicité la Grande-Bretagne pour son Brexit, il a reçu chaleureusement son Premier ministre le 27 janvier 2017 - sans qu'on perçoive encore clairement ce que Theresa May a gagné de concret en se précipitant comme un caniche. Trump encourage ouvertement les pays membres de l'UE à la quitter au plus tôt » souligne Renaud Girard dans le Figaro.

Le rapprochement avec la Russie proposé par Donald Trump est-il réellement sérieux ? Les propositions en matière de politique étrangère du nouveau président américain restent pour grande partie mystérieuses, voire énigmatiques. Au Moyen-Orient, il a clairement désigné Daesh comme l’ennemi principal, félicitant Vladimir Poutine pour son action en Syrie mais, parallèlement, il s’en prend très vivement à l’Iran, dénonçant la traité signé avec ce pays par Barack Obama. Problème, l’Iran est le principal allié de Vladimir Poutine pour le règlement des différents conflits alimentés par le djihadisme radical sunnite qui affectent autant la Syrie que l’Irak. Allez comprendre…

Tempête pour François Fillon

Un autre admirateur de Vladimir Poutine traverse aujourd’hui une crise majeure. François Fillon qui avait été désigné par la primaire de la droite et du centre comme candidat à la prochaine élection présidentielle, pourrait bien être obligé de renoncer à ses ambitions d’être le futur chef de l’Etat français. Et pourtant, jusqu’à la semaine dernière, l’ensemble des sondages le donnait gagnant à la prochaine élection. Mais il y a les révélations du Canard enchainé : Après avoir d’abord révélé que Penelope Fillon avait touché 500 000 euros d’argent public comme assistante parlementaire de son époux, Le Canard enchaîné a publié une deuxième salve dans son édition du 1er février. « Et les chiffres sont à la hausse, rapporte Le Monde, le journal satirique affirme désormais que la femme du député de Paris aurait en fait reçu, au total, plus de 900 000 euros, comme assistante parlementaire et en tant que conseillère littéraire à la Revue des deux mondes. L’hebdomadaire affirme, en outre, que M. Fillon aurait rémunéré deux de ses enfants comme assistants parlementaires quand il était sénateur de la Sarthe, entre 2005 et 2007, pour un montant de 83 735 euros brut sur vingt et un mois ».

Outre l’importance des sommes, pour grande partie sur fonds publics, versées par François Fillon à sa famille, la question qui se pose surtout, porte sur la réalité du travail effectué par sa femme et ses deux enfants. D’autant que Pénélope Fillon a très souvent déclaré qu’elle ne se mêlait aucunement de politique. Difficile à conjuguer avec sa prétendue mission d’assistance parlementaire de son mari François Fillon.

La justice a réagit rapidement en ouvrant une enquête sur ce travail fictif. Le candidat Fillon pour l’instant crie au complot et au déversement de calomnies, sans nier les faits eux-mêmes. « La déflagration de l'affaire Fillon pourrait conduire le candidat à un affaiblissement irréversible, si les révélations se poursuivent et que les faits sont confirmés », constate Le Figaro, plutôt favorable à l’actuelle opposition de droite, «dès lors, se pose la question d'une candidature alternative, dans le cas, évoqué par François Fillon lui-même, où une mise en examen, ou un décrochage trop brutal dans l'opinion, le contraindrait à se retirer de la course prématurément. Dans les statuts de la primaire, rien ne prévoyait une telle option, et Alain Juppé a rapidement fait savoir qu'il refuserait d'être un recours ». Casse-tête à trois mois de la présidentielle.


 

 

 

 

Repost 0
Published by pierremorville
commenter cet article
26 janvier 2017 4 26 /01 /janvier /2017 16:48

( Chronique de Paris parue dans le Quotidien d'Oran du 26 janvier 2017)

Dès son arrivée à la Maison Blanche, le nouveau président a multiplié les décrets les plus radicaux

Beaucoup de commentateurs espéraient ou estimaient qu’une fois arrivé au pouvoir, Donald Trump allait oublier les outrances de sa campagne électorale et revenir à des mesures plus réalistes. Après tout, l’homme d’affaire était connu pour son pragmatisme et de surcroit, le congrès américain, certes majoritairement républicain est loin de partager certaines des positions les plus outrancières du candidat Trump.

Eh bien, ces commentateurs se sont lourdement « trumpés » !

A peine arrivé à la Maison Blanche, le 20 janvier dernier, le nouveau président a multiplié les ordonnances et décrets visant notamment à mettre à bas les mesures prises pendant les mandats de Barack Obama et de mettre en place ses promesses électorales, y compris les plus radicales. Et il veut aller vite : « nous allons signer sans relâche, lundi, mardi, mercredi, jeudi, vendredi, et même chose la semaine suivante », a-t-il promis.

Première cible de choix, Donald Trump, le jour même de son arrivée au pouvoir a signé un décret contre l’Obamacare, le modeste système d’assurance-maladie qu’Obama avait réussi avec beaucoup de difficulté à mettre en place et qui visait à étendre le principe d’une couverture sociale à l’ensemble des citoyens américains.

Par son décret, Donald Trump ordonne aux différentes agences fédérales d’arrêter d’appliquer la loi actuelle en multipliant les exemptions ou les reports afin de tuer dans l’œuf la principale mesure sociale prise par Barack Obama. Certes, Donald Trump n’a pas la capacité à décider seul l’abrogation de la loi « Obamacare ». C’est au Congrès de la décider et la date de la discussion et du vote n’est pas encore fixée. Mais il a opté pour un sabotage immédiat.

Autre terrain, l’avortement. Donald Trump a décidé d’interdire le financement d’ONG internationales qui soutiennent l’avortement. Dans le même domaine, il s’est engagé à nommer très prochainement à la Cour suprême, un juge connu pour être farouchement opposé à l’IVG.

Un autre décret gèle toutes les embauches dans les agences fédérales, donc dans l’ensemble de l’administration américaine, sauf pour l’armée !

Le nouveau président américain a également jeté à la poubelle le traité commercial « transpacifique », une zone de libre-échange entre les États-Unis, le Canada, le Mexique, deux autres pays d’Amérique latine, l’Australie, le Japon et cinq autres pays de la zone asiatique et d’Océanie. Donald Trump souhaite dorénavant privilégier des accords commerciaux bilatéraux ou bien sûr, le rapport de force pour les États-Unis sera bien plus favorable.

Sur le même sujet, la négociation en cours de l’accord Tafta qui prévoyait un accord de libre-échange entre l’Amérique du Nord et l’Europe s’interrompt de fait.

Assez paradoxalement, la décision de Donald Trump en matière de commerce international ouvre la voie à la Chine à créer elle-même de nouvelles zones de libre-échange alternatives ! « Nous allons pleinement nous investir dans la globalisation en soutenant le commerce multilatéral » a annoncé le président Xi, comme il l’a répété récemment au sommet de Davos qui regroupe l’élite de la mondialisation.

L’ambassade US à Jérusalem ?

Donald Trump a promis à de multiples reprises, pendant sa campagne qu’il déménagerait l’ambassade américaine, actuellement à Tel-Aviv pour l’installer, à Jérusalem. Cette décision aboutirait à consacrer Jérusalem comme la seule capitale « indivisible » de l’État israélien, là où les Palestiniens veulent faire de Jérusalem-Est, la capitale de l’État auquel ils aspirent. Cette décision de Donald Trump rompt avec la politique historique des États-Unis au Proche-Orient et irait à l’encontre de la position de l’Onu pour laquelle le statut de Jérusalem, dont la partie Est palestinienne a été occupée en 1967 puis annexée en 1980 (illégalement selon l’organisation internationale), doit se régler par la négociation.

Pour l’instant, Donald Trump n’a pas encore officialisé cette décision mais il s’est dimanche dernier, longuement entretenu au téléphone avec Benjamin Netanyahu et il en profité pour invité ce dernier à Washington en février prochain. Les deux chefs d’État sont en tous cas, « tombés d’accord pour échanger pour continuer à échanger leurs points de vue sur une série de questions régionales, notamment les menaces que constitue l’Iran ».

Selon M. Netanyahu, qui avait dit qu'il évoquerait également avec Donald Trump la guerre en Syrie, « la première priorité de l'Etat d'Israël est de lever la menace que fait peser le mauvais accord nucléaire conclu par l'Iran » et les grandes puissances dont les États-Unis en 2015. Barack Obama avait été le principal artisan de cet accord qui réintégrait l’Iran dans la communauté internationale.

Netanyaou et Trump lors de leur échange téléphonique sont convenus qu’une paix israélo-palestinienne ne pouvait être que « négociée directement »,comme l'a confirmé une communication de la Maison-Blanche, c’est dire directement entre Israël et la communauté palestinienne, sans l’intervention de la communauté internationale et dans un rapport de force évidemment très favorable à l’État sioniste.

D’ailleurs le même jour, Israël a officiellement annoncé la relance de sa colonisation de Jérusalem-Est avec la construction de centaines de logements dans la partie palestinienne de la ville.

566 logements ont donc reçu un feu vert, « nous avons des plans pour la construction de 11 000 logements qui attendent des autorisations » à Jérusalem-Est a même tenu à préciser un responsable de la mairie.

PS : Benoît Hamon en tête

En France, les élections primaires font surgir des candidats surprise. A droite, alors qu’Alain Juppé ou Nicolas Sarkozy étaient donnés comme favoris dans les sondages, c’est le très conservateur François Fillon qui avait été choisi par quelque 4 millions d’électeurs

Le 1er tour de la primaire qui vise à désigner le candidat du Parti socialiste a également vu Benoit Hamon devancer largement deux autres favoris, Manuel Valls, encore très récemment 1er Ministre et Arnaud Montebourg, orateur brillant.

La participation à cette primaire fut modeste : 1,6 millions de Français se sont déplacés. Le second tour qui verrat s’affronter Manuel Valls et Benoît Hamon se déroule dimanche prochain. Benoît Hamon qui a déjà bénéficié du soutien d’Arnaud Montebourg, sera sans doute élu.

Toute la semaine Valls et Hamon s’affrontent vivement. Les deux candidats durcissent en effet leurs position. Manuel Valls dans la continuité de la politique qu’il a mené comme premier ministre de François Hollande, défend une ligne « social-libérale ». Benoit Hamon qui avait démissionné de son poste de ministre pour rejoindre les « frondeurs » du PS qui critiquaient vivement la politique menée par François Hollande, veut incarner une gauche beaucoup plus classique.

Dans tous les cas de figure, il est fort peu probable que le candidat désigné du PS figure au second tour de l’élection présidentielle française. Fillon, Marine Le Pen, Emmanuel Macron et même Jean-Luc Mélenchon font actuellement de bien meilleurs scores dans les sondages. L’affrontement actuel entre les différents courants du PS et un éventuel mauvais résultat à la présidentielle posent de sérieuses questions sur la pérennité même du Parti socialiste et de l’existence de la formation fondée par François Mitterrand en 1971.

Repost 0
Published by pierremorville
commenter cet article
12 janvier 2017 4 12 /01 /janvier /2017 20:09


("Chronique de Paris" parue dans le Quotidien d'Oran du 12 janvier 2017)

 

Si 2016 fut une année à (mauvaises) surprises, 2017 s’ouvre sur beaucoup d’interrogations et d’inquiétudes

 

« Il serait excessif de qualifier 2016 d'«année terrible», comme l'avait fait Victor Hugo pour parler de 1871, marquée par l'occupation allemande et la Commune. Mais 2016 fut si riche en événements imprévus qu'on peut la qualifier d'année de toutes les surprises », constate Renaud Girard. Ce spécialiste des Affaires étrangères, retrace dans le Figaro quelques grands évènements qui ont marqué l’année qui est en train de s’achever.

La première surprise a été le Brexit, poursuit Renaud Girard : « par leur vote au référendum du 23 juin 2016, les électeurs britanniques ont décidé de mettre un terme à 43 ans d'adhésion de leur pays à l'Union européenne. Cela fait planer la menace d'un détricotage progressif de l'UE. Le résultat de ce vote est avant tout l'expression d'une révolte du peuple britannique contre ses élites, phénomène désormais commun à toutes les nations occidentales. Comme l'a bien décrit le géographe Christophe Guilluy, la mondialisation fait monter les inégalités et crée une division sociale et territoriale au sein des sociétés occidentales entre, d'une part, quelques métropoles bien intégrées à la mondialisation et, d'autre part, de vastes zones périphériques, perdantes de la mondialisation, politiquement animées par une colère contre les élites, reposant principalement sur la demande de protectionnisme et de frontières ».

 

Union européenne : doutes et inquiétudes

Plus généralement, le Brexit a souligné l’une des contradictions de base du fonctionnement européen. L’Union européenne ne peut fonctionner dans ses textes fondateurs, que par des votes qui réclament l’unanimité des 27 pays qui restent adhérents après le départ du Royaume Uni. Cette démarche qui vise au consensus et valorisant dans le discours un principe démocratique, est en réalité une machine à rendre impossible toute décision.

Dans les faits, les décisions réelles se passent bien de cet apparent consensus démocratique. La Commission européenne prend en réalité un grand nombre de décisions qui s’appliquent autoritairement à l’ensemble des états-membres. Et la « zone Euro » qui ne regroupe que 16 pays de l’Union européenne, est dirigée par la Banque centrale européenne, institution elle-même non élue et sous l’influence directe des principales banques centrales européennes, l’Allemagne largement en tête.

Mais, dans l’histoire de l’Union européenne, le départ d’un 1er pays adhérent après un référendum, souligne les dysfonctionnements de la machine UE, d’autant que l’on assiste partout en Europe et plus particulièrement à la montée de partis populistes, souvent très marquées à droite, et qui manifestent un fort euroscepticisme.

Jean-Claude Junker, le président de la Commission européenne, a plaidé pour une autre répartition laissant plus de place aux décisions nationale, la Commission sur des décisions « essentielles ». mais il n’y pas de politique européenne de défense, il existe de forts désaccords sur des sujets de sécurité ou concernant l’immigration et l’accueil des réfugiés, peu d’avancées en matière sociale…

Et sur le dossier économique, l’Europe qui reste le continent le plus riche est aussi celui qui connait la plus faible croissance depuis près d’une dizaine d’années.


 

Des intérêts économiques divergents

Dans les discours, beaucoup de responsable plaident pour une relance concertée.

Problème : dans la course économique européenne, tout le monde n’est pas situé dans le même peloton. Comme le note l’économiste Dominique Perrut, on constate que la gouvernance de l’UE regroupe trois catégories de pays aux intérêts parfois divergents :

Autour de l'Allemagne, un petit noyau de pays, composé principalement des Pays-Bas et de l'Autriche, voit sa production excéder largement en 2014 le niveau d'avant la crise [4]. Ce groupe ignore le chômage, présente des comptes publics conformes aux normes autorisées et un endettement public contenu, de pair avec des excédents extérieurs tout à fait considérables (7,8% du PIB en Allemagne en 2014 et 10,6% aux Pays-Bas) ;

À l'opposé, plusieurs pays du Sud (Italie, Espagne, Portugal, Grèce), combinent un fort recul de leur production (entre -6% et -9% en 2014 par rapport à 2007, la régression atteignant 26% pour la Grèce), avec un taux de chômage très élevé (un quart de la population active en Espagne et en Grèce en 2014 ; 12,7% pour l'Italie et 14% pour le Portugal), des déficits budgétaires importants, notamment pour l'Espagne et la Grèce, qui viennent gonfler une dette publique très élevée (environ 130% du PIB pour l'Italie et le Portugal ; 180% pour la Grèce en 2014). Sauf en Grèce, les comptes extérieurs sont excédentaires pour ces pays.

La France occupe une position moyenne : sa production dépasse de 2% en 2014 le niveau d'avant la crise ; son taux de chômage (10,2%) s'approche de la moyenne de la zone euro ; le déficit budgétaire reste excessif avec 3,9% du PIB, et le niveau de la dette publique (95,6%) dépasse un peu celui de la zone euro (94,5%). Le solde extérieur est constamment négatif depuis 2005 (-2,3% du PIB en 2014), ce qui traduit le décrochage de la compétitivité du pays depuis cette date.

Au-delà de ces considérations économétriques, l’on voit se cristalliser en Europe deux vieux débats traditionnels de la philosophie économique : politique de l’offre, politique de la demande. Les politiques d’offre sont fortement soutenues par l’Allemagne qui exige un très fort contrôle des dépenses, une pression à la baisse sur les salaires et les dépenses sociales, Beaucoup de pays au sud de l’Europe seraient plutôt favorables à une augmentation des salaires et des dépenses publiques qui pourrait relancer, à leur tour, la consommation générale…

Mais les pays pauvres européens comptent peu dans les vraies discussions européennes… D’autant que de telles politiques imposeraient des baisses significatives du cours de l’Euro.

Par leur vote du Brexit, les citoyens du Royaume-Uni ont voulu se sortir de ce bourbier organisationnel et retrouver les voies d’une politique indépendante. Ont-ils eu tort ?

Peut-être. Mais l’Europe avec ses immenses défauts, reste une réponse positive à l’immense capacité qu’a eu ce petit continent à faire la guerre à tout le monde, tout le temps. Un sondage réalisé par l’institut Win Gallup du 25 novembre au 7 décembre – auprès de 15 000 Européens – indique que le Brexit n’a pas produit d’effet « domino » : dans tous les Etats membres, la majorité des Européens souhaitent que leur pays reste dans l’UE. Dans la plupart des pays, les chiffres sont même plutôt en hausse à la suite du Brexit. Détail qui a son importance : seuls 46 % (et non plus 52 %) des Britanniques voteraient aujourd’hui pour le Brexit.

 

 

 

La victoire en trompette de Trump

C’est peu de dire que la victoire de Donald Trump a surpris la quasi-totalité de la classe politique mondiale. Les propos de campagne et les innombrables tweets du nouveau président, souvent très isolationnistes, ont inquiété en Europe et en Asie. La volonté de Trump de coopérer étroitement avec Vladimir Poutine dans le domaine de la lutte contre le terrorisme mais également dans d’autres domaines de défense à définir a également pris de court les pays européens les plus demandeurs d’un renforcement des moyens militaires de l’Otan à la frontière avec la Russie. D’autant que le nouveau président américain a expriment un certain scepticisme sur l’OTAN et a réclamer avec force une plus forte participation financière des Européens au fonctionnement de cette alliance militaire.

Plus généralement le style Trump décontenance la plupart des alliés des Etats-Unis. Le candidat a multiplié les erreurs ou les mensonges, les renversements de positions ou les menaces. Dans ce domaine les discours contre le Mexique ou la Chine pourrait planer la menace de vraies crises régionales.

Après la conversation téléphonique controversée avec la présidente taïwanaise Tsai Ing-wen, Donald Trump a démontré une fois encore que quand il s'agit de la Chine, il ne recule devant aucune provocation. Sur Twitter, il a traité Pékin de “voleur” de drone naval le 17 décembre. La Chine avait capturé une sonde américaine de recherche (sonde remise depuis) dans les eaux très disputées de la mer de Chine méridionale.

Alors qui’il va céder la présidence à Donald Trump, le 20 janvier prochain, Barak Obama a multiplié les mises en garde à son successeur.

Alors que Trump multiplie les gestes amicaux à Vladimir Poutine, Washington a expulsé ce jeudi 29 décembre 35 diplomates russes, Ces mesures de rétorsion sont dirigées contre la Russie, accusée d'avoir piraté les institutions démocrates et diffusé des informations ayant interféré dans la présidentielle américaine.

Donald Trump n’a pas digéré non plus le vote de la résolution à l’ONU, le 22 décembre, condamnant la colonisation israélienne dans les Territoires palestiniens. Il s’est donc encore tourné versTwiiter pour y exprimer son mécontentement et promettre qu’avec lui, “après le 20 janvier, les choses vont changer à l’ONU”.

Pour les commentateurs, l’essentiel est ailleurs : pour la première fois de l’histoire politique américaine, un président élu, mais qui n’est pas encore entrée en fonction, prend le contrepied de celui qui est encore en exercice sur des questions aussi sensibles que le dossier israélo-palestinien. C’est, en effet, grâce à l’abstention des États-Unis à l’ONU que la résolution a pu être adoptée. Jusqu’à présent, la règle tacite voulait que pendant la période de transition, les deux têtes de l’exécutif américain parlent d’une même voix.

 

 

 

Evolution du conflit syrien

Autre sujet d’inquiétude d’un grand nombre de diplomates la nouvelle position américaine dans l’évolution du conflit syrien. Donald Trump va-t-il déléguer la gestion du conflit à son ami Poutine ? Fin décembre, avec en poche un cessez-le-feu négocié avec la Turquie qui survit difficilement, le dirigeant russe a annoncé la reprise des négociations de paix pour la Syrie non pas à Genève, mais à Astana, la capitale du Kazakhstan. La Turquie et l’Iran, l’autre grand vainqueur à Alep, sont conviés. Mais ni les États-Unis, ni l’Europe ou les Nations unies n'ont reçu un carton d’invitation. L’Arabie saoudite et le Qatar, qui avec la Turquie sont les grands parrains d’une majorité de rebelles, sont aussi mis au ban du processus. Les milices kurdes engagées militairement dans le nord de la Syrie et leur branche politique n'ont pas été non plus invitées à participer aux négociations. Celles-ci n’aborderont pas non plus la question irakienne où Daesh est pourtant également fortement implanté et la présence américaine est importante (et largement responsable de l’éclatement de la région).

 

 

 

France : l’élection de 2017

En France, la classe politique, les médias, l’opinion sont de plus en plus polarisés par l’élection présidentielle (1er tour, le 23 avril) et les élections législatives (11 juin).

Les surprises se sont déjà multipliées. Alors qu’Alain Juppé apparaissait comme probable futur président. La primaire de la droite a placé comme principal candidat de la droite François Fillon en blackboulant Juppé et Sarkozy.

Au Parti socialiste, François Hollande qui a battu tous les records d’impopularité des présidents français de la Vème République, a du renoncer a se présenter pour un second mandat. Mais ce recul n’a aucunement simplifié la donne à gauche. Au sein d’une primaire propre au PS, sept candidats vont s’affronter. Et en dehors de cette formation, Emmanuel Macron, ancien ministre de Hollande et le très radical Jean-Luc Mélenchon, ont d’ores et déjà annoncé qu’ils se présenteront.

Et ces deux derniers candidats font des scores supérieurs à ceux qu’obtiendrait un candidat socialiste.

Macron qui se présente comme n’étant ni de droite, ni de gauche, pourrait séduire des électeurs du centre et de la droite. Et donc piquer des voix à Fillon. Mais celui-ci qui a présenté un programme ultra-conservateur pourrait lui, séduire des électeurs de la droite traditionnelle que Marine Le Pen avait réussi à gagner…

Bref, tous les paris sont ouverts.

 

 

 

Repost 0
Published by pierremorville
commenter cet article
15 décembre 2016 4 15 /12 /décembre /2016 14:01

("Chronique de Paris" publié dans le Quitidien d'Oran du 15 décembre 2016)

La vieille ville et l’est de l’agglomération ont été reconquis par l’armée gouvernementale. Mais le cessez-le feu proclamé a été rompu hier.

Cette victoire remet Bachar el-Assad en selle. Les puissances occidentales expliquaient pendant l’hiver 2011-2012, au moment où le « printemps syriens » débouchait sur une révolte armée, que le sort du dirigeant alaouite se réglerait en quelques mois, avec son départ annoncé et exigé par les États-Unis et l’Europe. Bachar el-Assad a certes été sauvé par l’intervention militaire russe en septembre 2015 mais la reconquête par son armée de la seconde ville du pays et qui fut sa capitale commerciale avant la guerre, fait de lui un  interlocuteur indispensable pour la communauté internationale si celle-ci souhaite trouver une voie de sortie de cette longue et sanglante guerre civile. C’est la population quelles que soit ses confessions, sunnite, chiite, chrétienne, qui a lourdement subi : entre 350 et 500 000 morts en cinq ans de guerre et un pays divisé par des haines confessionnels durables, en sont d’ores et déjà le douloureux prix.

Bachar el-Assad devenu incontournable, aura-t-il les moyens d’imposer son autorité sur la suite des évènements ? Rien n’est moins sûr tant les acteurs de ce conflit sont nombreux et leurs objectifs antagoniques : « Régime syrien contre rebelles, islamistes chiites contre islamistes sunnites, Iraniens contre Saoudiens, Turcs contre Kurdes, Kurdes et Turcs contre djihadistes, Russes contre rebelles, Américains soutenant à la fois les Turcs et leurs ennemis kurdes, combattant ou soutenant diverses factions rebelles, le conflit syrien est devenu un champ de bataille à entrées multiples, où s'affrontent forces armées régulières et milices, acteurs locaux et puissances étrangères », pointe Adrien Jaulmes dans le Figaro, « en plus de cinq ans de guerre et un demi-million de morts, essentiellement civils, la Syrie est devenue un patchwork de fiefs ennemis qui se combattent ou s'allient dans un jeu compliqué qui défie jusqu'à présent toute solution diplomatique », poursuit le Journaliste.

Encerclés par les forces d’el-Assad, les groupes islamistes radicaux qui avaient pris Alep à l’été 2012, tiennent encore quelques quartiers encerclés. Leur prise aurait encore entrainé de nombreuses victimes civiles. Un accord conclu par la Russie et la Turquie, et confirmé par Washington et Damas, est entré en vigueur le mardi 13 décembre. Il prévoit l’entrée en vigueur d’un cessez-le feu, avec en contrepartie, l’évacuation des rebelles et des civils qui souhaitent quitter la ville. Mais la trêve est fragile. Hier, le cessez-le feu a été rompu vers midi, signe que les radicaux islamistes sont loin de désarmer. Ils ont d’ailleurs reconquis dimanche la ville de Palmyre.

Vladimir Poutine au centre du jeu

John Kerry, le secrétaire d’état américain, et Sergueï Lavrov, le ministre russe des Affaires étrangères, s’étaient rencontré le 7 décembre à Hambourg. Le compromis entre les deux grandes puissances, où les pays européens n’ont guère été invitées, est marqué par une prééminence des positions russes : la prise d’Alep apparait bien comme une victoire d’el-Assad , soutenu par Moscou et Téhéran, contre son opposition intérieure, celle-ci ayant été longtemps appuyée par Washington et les principales capitales européennes, tout au moins jusque qu’à ce que les forces djihadistes radicales, proches de l’Etat islamique et du Front el-Nosra (de la mouvance d’al-Qaida), prennent la direction armée et le contrôle politique de cette même opposition.

Vladimir Poutine avait de nombreuses raisons de prendre parti dans ce conflit. La Russie y possède depuis longtemps sa principale base militaire en Méditerranée dans la ville de Lattaquié. Le régime baasiste syrien était par ailleurs un allié de longue date de l’ex-URSS dont Vladimir Poutine souhaite retrouver l’ancienne aura internationale.

Le dirigeant du Kremlin avait subi un grand isolement diplomatique et même un embargo européen sur ses produits à la suite des évènements en Ukraine (aboutissant à la scission du pays avec la création d’une zone pro-russe à l’est de l’Ukraine) et l’annexion par la Russie de la Crimée. Ses succès militaires en Syrie le remettent au centre des négociations internationales.

Enfin Vladimir Poutine doit affronter l’existence de groupes islamistes radicaux dans son propre pays, dans la Caucase et plus particulièrement dans la zone tchétchène.

Dans son offensive de soutien au régime de Bachar el-Assad, la Russie  a été accompagné par l’Iran. Le pays persan souhaite reconstituer son influence dans l’ensemble du Moyen-Orient pour contrebalancer le poids économiques et diplomatique de l’Arabie saoudite et les pays du Golfe, principaux soutiens militaires et financiers de rébellion syrienne. Téhéran bénéficie également d’un allié libanais, le groupe chiite Hezbollah. La perspective d'une victoire de Bachar el-Assad équivaut à la reconstitution d'un arc chiite de Beyrouth à Téhéran, en passant par Bagdad et Damas.

La Russie a également profité dans les faits, de la combativité des groupes kurdes, fortement motivés contre l’islamisme radical sunnite et  qui tentent à l’occasion des crises irakiennes et  syriennes, de reconstituer le grand pays kurde dont ils avaient été privés par le vieil accord franco-anglais Sykes-Picott, signé en secret en 1916 !

 

Incohérences américano-européennes

L’offensive militaro-diplomatique de Vladimir Poutine a surtout été confortée par les hésitations et les incohérences des puissances occidentales. On l’a vu, les Etats-Unis et les principaux états européens avaient fait du départ de Bachar el-Assad (après l’éviction ou l’assassinat de Saddam Hussein, Ben Ali, Khadafi…) une condition non négociable et ils avaient apporté une aide militaire et diplomatique à l’opposition syrienne. François Hollande avait même exigé de ses alliés, la décision d’une offensive militaire directe sur le sol syrien pour renverse le régime baasiste. Ce que Barack Obama, conscient des dangers d’une nouvelle escalade sur le modèle irakien, avait lucidement refusé.

Le président américain s’est également rapidement aperçu que, dans l’opposition syrienne, les fractions d’inspiration démocratique avaient été rapidement débordées par des formation idéologiques beaucoup plus radicales, acquises au Djihad global, et qui sont proches ou de l’Etat islamique, désormais désigné comme l’un des principaux ennemis des USA, ou des émules d’Oussama Ben-Laden, le concepteur des attentats du 11 septembre 2001.

Mais dans « l’Orient compliqué », la diplomatie américaine se perd un peu : en Irak, elle cherche ses alliés chez les chiites proches de Téhéran, l’Iran étant redevenu fréquentable, tous unis contre l’ennemi sunnite radical, l’Etat islamique. En Syrie, l’ennemi principal reste le chiite  Bachar el-Assad, soutenu par Téhéran et Moscou, à qui l’on préfère « l’opposition » même si celle-ci est largement instrumentalisée par l’islamisme radical, derrière qui Daesh n’est jamais très loin. Les grands médias internationaux sont en général sur la même tonalité. Dans le siège d'Alep, la presse occidentale s'est rangée du côté des « résistants » ; et dans celui de Mossoul, du côté des attaquants. Dans le cas syrien, les médias occidentaux « continuent à croire et à diffuser sans filtre les informations envoyées par les rebelles, qui ont bien sûr tout intérêt à se présenter en agneaux innocents et à noircir leurs adversaires, commente Renaud Girard, spécialiste des relations internationales, car le logiciel manichéen n'a pas changé depuis cinq ans: à Alep on a affaire à un tyran (Bachar al-Assad), qui massacrerait son peuple, presque par plaisir. Assurément le siège d'Alep est cruel et on estime à 300 les victimes civiles des deux dernières semaines. En revanche, ce même logiciel ne s'applique bien sûr pas à l'armée irakienne tendant à reprendre le contrôle de Mossoul. Là, ce sont les attaquants qui sont les gentils et les rebelles qui sont les méchants. En termes de pertes civiles, les chiffres sont équivalents : on estime à 600 les morts civils dans la bataille de Mossoul, depuis qu'elle a commencé ». 

Trump se fâche avec Pékin

Ces ambiguïtés stratégiques vont-elles se clarifier rapidement ? Dans son offensive diplomatico-militaire au Proche-Orient, Vladimir Poutine a également bénéficié de la latence politique qui règne à Washington : Barack Obama est en partance mais Donald Trump ne deviendra officiellement président que le 20 janvier prochain. On connaitra alors les positions plus précises sur le conflit moyen-oriental, de l’imprévisible Trump. Lors de sa campagne, celui-ci avait fait de Daesh, l’ennemi principal des USA et le futur président a multiplié les signes d’amitiés à Vladimir Poutine : Donald Trump a officiellement annoncé mardi qu’il allait nommer Rex Tillerson, le PDG de la compagnie pétrolière Exxon Mobil, et grand ami personnel de Georges Poutine, comme secrétaire d’état, en charge particulièrement de la politique étrangère. Mais la lune de miel Trumpo-poutinienne va-t-elle durer ?

Dans tous les cas, c’est sinon un divorce, tout au moins une sévère brouille qui menace le couple américano-chinois. En prenant au téléphone la présidente de Taiwan, Tsai Ing-Wen, le nouvel homme fort américain a réouvert une guerre froide avec Pékin, pour qui le principe même formel, d’une « Chine unique » (intégrant Taiwan)reste un tabou diplomatique.

«  Je ne veux pas que la Chine dicte mes actions » a tonné Donald Trump qui avait déjà multiplié les attaque contre ce pays lors de sa campagne électorale. Problème : les relations sino-américaines sont l’une des plus « stratégiques au monde », rappelle Libération : « deux puissances nucléaires, des « états-continents », deux membres du Conseil de sécurité de l’ONU et surtout les deux premières puissances économiques mondiales, qui partagent un commerce bilatéral de 526 milliards d’euros en 2015 ». Autre difficulté, la Chine est aujourd’hui principal bénéficiaire de ces échanges bilatéraux et possède une grande partie de la dette américaine : elle est le premier créancier des USA, à égalité avec le Japon. Autre signe des temps, les investissements chinois aux Etats-Unis ont dépassé l’an dernier, le volume des investissements américains en Chine. Autre sujet de fâcherie entre les deux pays, les prises de position climato-sceptiques de Donald Trump qui ne croit gère aux effets risqués de la pollution sur le climat mondial, alors que le président chinois Xi Jinping a ouvertement soutenu le conférence internationale COP sur le climat.

Donald Trump semble hausser le ton pour obtenir des accords de libre-échange sino-américain, qui soient plus profitables à son pays. Mais la seule inconnue reste l’ampleur possible de ses nombreux dérapages diplomatiques.

Elections françaises : des surprises chaque semaine

Après l’abandon de François Hollande dans la course présidentielle, l’arrivée de Bernard Cazeneuve comme nouveau Premier ministre a été également salué par les sondages. La côte de François Hollande fait un bond de 14 points après sa décision de ne pas se représenter en 2017 : avec 35% de bonnes opinions, le chef de l'État retrouve le milieu du tableau, après avoir longtemps stagné en bas de classement. Son nouveau premier ministre Bernard Cazeneuve, à la tête d’un gouvernement détesté des Français, se hisse au sommet du classement des personnalités, devant Alain Juppé : quelques jours après sa nomination à Matignon, Bernard Cazeneuve gagne 8 points à 56% , contre 54% de bonnes opinions pour Alain Juppé. Celui-ci devance néanmoins François Fillon, qui l’avait pourtant battu pour le poste de candidat de la droite. Fillon depuis sa victoire cède pour sa part 6 points, à 48%. Allez comprendre l’opinion de Français qui changent si souvent d’avis… Et pourquoi donc François Hollande n’a pas nommé avant le populaire Bernard Cazeneuve, alors qu’il ne reste plus à ce dernier aujourd’hui que cinq mois pour agir ?

Rumeur qui courrait en milieu de semaine : Ségolène Royale l’ex-candidate socialiste à la présidentielle de 2007, appellerait lundi à voter à la prochaine élection présidentielle pour… Emmanuel Macron, contre le candidat de son propre parti.

Repost 0
Published by pierremorville
commenter cet article
9 décembre 2016 5 09 /12 /décembre /2016 16:24

("Chronique de Paris", publiée dans le Quotidien d'Oran du 8 décembre 2016)

François Hollande ne se présente pas à la présidentielle, laissant la place à de nombreux candidats de gauche, le plus souvent des anciens ministres de son gouvernement

En France, le jeu politique s’accélère. Après la désignation-surprise du très conservateur François Fillon comme candidat de la droite, le Président François Hollande a annoncé, le 1er décembre, qu’il renonçait à se présenter à sa propre succession. Lundi, son Premier ministre, Manuel Valls démissionnait et faisait lui, acte de candidature à la présidence. Mardi, Bernard Cazeneuve, l’ancien ministre de l’Intérieur de Manuel Valls, est nommé par François Hollande à la tête de Matignon. Le Président de la République et le nouveau Premier Ministre ont rapidement nommé un nouveau gouvernement, avec un mini-remaniement,  qui s’est réuni hier, mercredi, lors du traditionnel Conseil des Ministres hebdomadaire.

François Hollande ne dispose plus que de cinq mois pour tenter d’agir et de présenter, comme président le plus impopulaire de la Vème République, un bilan plus honorable de son quinquennat.

Aujourd’hui, il ne peut que constater son très grand isolement : « Aujourd’hui, je suis conscient des risques que ferait courir une démarche, la mienne, qui ne rassemblerait pas largement autour d’elle. Aussi, j’ai décidé de ne pas être candidat à l’élection présidentielle, au renouvellement donc de mon mandat. (…) Je le fais en prenant toute ma responsabilité mais aussi en en appelant à un sursaut collectif et qui engage tous les progressistes qui doivent s’unir dans ces circonstances parce que ce qui est en cause, ce n’est pas une personne, c’est l’avenir du pays ». C’est par ces mots que François Hollande a annoncé aux Français le 1er décembre,  par une allocution télévisuelle depuis l’Élysée, son retrait de la course présidentielle. Visiblement ému, le président a dressé un rapide bilan de son action depuis un plus de quatre ans d’exercice. Il a également reconnu quelques erreurs dont le projet avorté d’une déchéance de la nationalité de la nationalité française pour les auteurs d’actes terroristes : « je n’ai qu’un seul regret, et je veux ici l’exprimer : c’est d’avoir proposé la déchéance de nationalité parce que je pensais qu’elle pouvait nous unir alors qu’elle nous a divisés ».

Semi-autocritique hollandaise

François Hollande, sans y faire explicitement référence, n’a cependant pas reconnu qu’un autre grand projet de réforme, la Loi Travail défendue par Myriam el-Khomri était à ranger dans la catégorie des mauvaises initiatives. Ce projet d’inspiration très « social-libéral » visait à apporter une plus grande « souplesse » aux chefs d’entreprises en matière de licenciement, d’embauche, de rémunération, et par conséquent moins de droits aux salariés. La loi Travail avait rencontré une vive opposition syndicale et entrainé des grandes manifestations populaires. Les dispositifs proposés avaient même rencontré l’opposition d’une large partie de la majorité parlementaire de gauche et Manuel Valls n’a réussi à faire passer le projet de loi qu’en utilisant un dispositif exceptionnel, le « 49-3 » qui, si le projet de loi n’avait finalement pas été voté, aurait abouti à une dissolution du Parlement. Mais François Hollande ne considère pas officiellement que la loi Travail fut une erreur. Ses électeurs pensent le contraire.

Pour expliquer son abandon de la course présidentielle, François Hollande a déclaré faire un choix «lucide», se disant «conscient des risques qu’une démarche (de candidature) ne rassemblerait pas». De nombreux sondages en effet, ne lui étaient pas du tout favorables.  Dans l'hypothèse où il aurait été candidat à un second mandat, le chef de l'Etat ne recueillait au mieux que 7% d'intentions de vote. Il était très nettement devancé par François Fillon (autour de 30%) et Marine Le Pen (24% à 25%), mais aussi par Emmanuel Macron, son ancien ministre de l’économie, « ni de droite, ni de gauche »  qui souhaite occuper une position au centre (autour de 15%) et à la gauche du Parti socialiste, par Jean-Luc Mélenchon crédité lui aussi de 15% des voix.

Huit Français sur 10 rejettent comme négatif le bilan de François Hollande. Ce président qui a battu tous les records d’impopularité en France, sera certainement, au fil des mois et des années, peut-être jugé beaucoup moins sévèrement par ses propres concitoyens. Il a en effet pris par ailleurs des mesures progressistes en matière sociétale, renforcé les systèmes de protection sociale, allégé la dette et a même contribué à ce que Grèce reste dans l’UE malgré les réticences allemandes. Il a su affronter les multiples périls nés des différents attentats très violents opérés en France par la mouvance djihadiste. Il a piloté avec mesure des opérations militaires contre cette même mouvance qui s’attaquait à des pays africains alliés.

Mais François Hollande a lourdement échoué sur les fronts économiques et sociaux, lui qui s’était solennellement engagé à une « inversion de la courbe du chômage ». A la quasi-fin de son quinquennat, la France compte 700 000 chômeurs de plus…

Les nombreux pièges des « primaires »

Qui va lui succéder comme candidat du PS ? Manuel Valls, son Premier ministre qui a, sans trop le cacher, beaucoup fait pour que François Hollande se retire n’est guère mieux loti que lui dans les intentions de vote : entre 9% et 11% seulement d'intentions de vote.

Les primaires de la gauche socialiste qui se dérouleront en janvier désigneront le candidat officiel du PS. Les primaires, cette très mauvaise « fausse-bonne idée » qui démultiplie les ambitions présidentielles, avait d’ailleurs été introduite dans le jeu politique français par les socialistes lors de la dernière élection présidentielle. A l’époque, François Hollande les avait remporté. Il n’avait plus aucune chance de rééditer son exploit. Et d’ailleurs, il aurait dû affronter un grand nombre de concurrents au sein même du Parti socialiste, notamment sur sa gauche, parmi lesquels plusieurs de ses anciens ministres, notamment Arnaud Montebourg et Benoit Hamon, qui critiquent vivement la politique qui a été menée lors du mandat présidentiel de François Hollande, sans oublier les possibles candidatures de Christiane Taubira, ex-ministre la justice ou d’Anne Hidalgo, l’actuelle maire de Paris.

Lors des primaires de la droite, Alain Juppé et Nicolas Sarkozy s’étaient fait sévèrement éjectés, François Hollande a choisi d’éviter cette humiliation. Ces élections primaires à droite et à gauche,  manifestent surtout un ras-le-bol de ces mêmes électeurs vis-à-vis des partis traditionnels et de leurs anciens responsables. François Fillon a réussi à se faire élire candidat du parti Les Républicains à la présidentielle, en proposant un virement à droite, mais surtout en critiquant de façon forte explicite la politique menée sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy, alors qu’il en était le Premier ministre !

Implosion possible du Parti socialiste ?

La bataille engagée dorénavant au sein du parti socialiste par ces primaires, pourrait aboutir à une véritable implosion de cette formation politique. Lors de la bataille parlementaire autour de la Loi Travail, Manuel Valls, fustigeant ses opposants à gauche,  avait déjà constaté qu’il existait au sein du parti socialiste, deux tendances au sein de la gauche, selon lui, « inconciliables » et antagonistes », la sienne « social-libérale », réaliste qui veut gouverner, ou une autre, selon lui, contestataire, revendicative, brouillonne, qui ne veut pas gouverner et qui regrouperait tous ses opposants au sein de la formation socialiste. Après un tel constat il sera assez difficile à Manuel Valls de se présenter comme le « candidat de toute la gauche » !

Le retrait de François Hollande ne va pas réduire les antagonismes entre ces deux lignes ou réduire le nombre importants des candidats à sa succession au sein du Parti socialiste.

A l’origine de ces antagonismes : la crise financière de 2007-2008 dite des « subprimes », du aux errements spéculatifs des grandes compagnies internationales financières et banquières. La contagion a atteint toute l’économie : krak immobilier, crise financière et crise économique mondiale. Les États ont dû intervenir pour recapitaliser les banques et les grandes entreprises en injectant des centaines de milliards de dollars US pour éviter un désastre supposé encore plus important. Mais le remboursement des sommes gigantesques ont entraîné des programmes de rigueur et d’austérité qui été assumés pour l’essentiel dans les économies développées, par les classes populaires et les couches moyennes. En Europe, les formations social-démocrates qui dirigeaient ou participaient à de nombreuses coalitions au pouvoir dans de nombreux pays, ont acceptaient et assumé ces politiques d’austérité qui n’ont pas été sans heurter leurs propres électorats. Au résultat, presque une décennie plus tard,  ces partis socialistes ou sociaux-démocrates ont pratiquement partout perdu le pouvoir. Et il y a de fortes chances que ce soit le tour des socialistes français dans quelques mois qui perdront certainement et les élections présidentielles, et les élections législatives qui suivent où il dispose à l’Assemblée nationale jusqu’à aujourd’hui d’une majorité des sièges.

Le réveil va donc être brutal pour de très nombreux élus (alors que Le PS a déjà perdu les précédentes élections municipales et régionales) et attiser de vives querelles sur le bilan de l’actuel président, aggravant par là les divisions actuelles de la gauche. Manuel Valls a annoncé sa candidature lundi Il a appelé à la « réconciliation » des nombreuses familles à gauche mais il proposera néanmoins  d’aller plus loin dans une ligne libérale sur le plan économique, rejoignant les positions d’ores et déjà les positions défendues par son ancien ministre de l’économie, Emmanuel Macron. Mais ce dernier qui a refusé de rentrer dans les systèmes des primaires, a déjà fait acte de candidature et ce concurrent de Valls semble plus à même de rallier les voix des électeurs du centre. Même schéma à la gauche du parti socialiste : ses nombreux candidats  (ils ne sont pas moins de quatre, Montebourg en tête) vont s’affronter à la primaire mais à l’heure actuelle, si l’un de ses représentants remportait la primaire socialiste, il ferait moins de voix, selon les sondages actuels que Jean-Luc Mélenchon et son Parti de Gauche.

Dans une telle situation le Parti socialiste et ses courants plus que contradictoires, pourrait bien purement et simplement disparaitre, tout au moins sous sa forme actuelle.

Une présidentielle sous tensions internationales

Le choix de Bernard Cazeneuve, qui fut un ministre de l’Intérieur efficace, comme Premier ministre, peut aussi s’expliquer par la permanence de la menace terroriste en France : il y a fort à craindre en effet, que Daesh tentera de s’immiscer dans l’élection présidentielle française, par quelques actes sanglants.

Plus généralement, François Hollande, dégagé des contraintes de la campagne présidentielle et gardant une haute main sur un gouvernement plus ramassé, plus technique et plus cohérent avec à sa tête un homme de confiance, pourra mieux gérer pour le temps qui lui reste, quelques grosses épines sur la plan de la diplomatie internationale.

Dans le vieux Continent, l’Union européenne semble toujours ne pas savoir comment réagir après le Brexit anglais. Deux pays continuent de vivre des crises politiques difficiles, l’Espagne ou les conservateurs ont pris le gouvernement tout en restant minoritaire dans les Assemblées, en Italie ou le premier ministre centre gauche Matteo Renzi a du démissionner, après un référendum sévèrement perdu qui devait initialement renforce ses pouvoirs constitutionnels.

Enfin, les diplomaties européennes devront prendre en compte le renouveau surprenant des tensions américano-chinoises.  Donald Trump a alimenté des tensions avec Pékin après avoir échangé avec la présidente taïwanaise. Loin de chercher à tempérer la polémique, le prochain locataire de la Maison-Blanche a continué de jeter de l'huile sur le feu via Twitter…

Repost 0
Published by pierremorville
commenter cet article
6 décembre 2016 2 06 /12 /décembre /2016 17:20

("Chronique de Paris" publié dans le Quotidien d'Oran du 1er décembre 2016)

François Fillon sera donc le candidat de la droite aux prochaines élections présidentielles, avec un programme ultralibéral et très conservateur

Ce dimanche 27 novembre, François Fillon a remporté haut la main la primaire de la droite. Selon les résultats définitifs, il s'est imposé avec 66,5% des voix, contre 33,5% pour Alain Juppé. Cette victoire prolonge son succès-surprise enregistré lors du premier tour de la primaire, où il avait remporté 44,1 % des suffrages, devant Alain Juppé qui n'en avait obtenu "que" 28,6 %. Exit donc de la scène politique, les deux ex-favoris selon les médias, de cette primaire,  l’ancien président  Nicolas Sarkozy, et l’ancien Premier ministre de Jacques Chirac, Alain Juppé, au bénéfice de l’ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy, François Fillon. On reste entre soi.

François Fillon a donc séduit : dans 9000 bureaux de votes, plus de 4,3 millions d’électeurs (surtout composé selon les sondages sorties d’urnes, de retraités et de membres des classes aisées) l’ont donc choisi malgré ou grâce à un programme particulièrement à droite, ultralibéral en économie et très austère sur le plan social. Les propositions de François Fillon sont  particulièrement dénoncées à gauche mais également par le Front national ! Pour Marine le Pen qui cherche à gagner les voix populaires, « c'est le pire programme de casse sociale qui ait jamais existé », explique-t-elle , « jamais aucun candidat n'est allé aussi loin dans la soumission aux exigences ultralibérales de l'Union européenne ».

Il est vrai que François Fillon a, tout au long de cette campagne interne à la droite, défendu un programme de réformes radicales. « Il existe en France une peur d'embaucher qui est liée à la rigidité et à la complexité du droit du travail », écrit ainsi François Fillon. Du coup, il veut sévèrement réduire la « bible » juridique des relations sociales, le Code du travail, lourd actuellement de 3400 pages qu’il veut réduire à 150 pages, renvoyant l’essentiel des dispositifs protecteurs à la négociation des branches mais surtout aux accords d’entreprise où le rapport de force est très généralement favorables aux… chefs d’entreprise. François Fillon veut d’ailleurs fortement réduire l’influence des syndicats dans le monde du travail.

Autre mesure phare, la suppression des 35heures et le retour aux 39 heures qui ne seront payées que 37 heures aux fonctionnaires. Ces derniers verront leurs effectifs réduits de 500 000 postes supprimés. Sur le papier, l'exercice n'est jouable si l'on ne renouvelle aucun des postes de contractuel qui arrivent à leur terme entre 2017 et 2022 en plus de ne remplacer qu'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. Un scénario pas facile quand on sait que deux grands employeurs de la fonction publique connaissent dés aujourd’hui un insuffisance de postes qu’il s’agisse de l’Education nationale (la France est l’un rares pays européens à avoir une démographie positive : il y a de plus en plus de jeunes !) et le secteur de la santé où ces dernières années, des mouvements sociaux importants ont dénoncé le manque de personnels.

Les couches aisées favorisées

Sur le plan fiscal, l’augmentation de deux points de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), qui passe de 20 à 22%, vise clairement à compenser un allégement des charges sociales acquittées par les entreprises. Soit le principe même de ce que l'on a appelé la « TVA sociale ». Problème, cette TVA n’est pas un impôt en fonction du revenu et vous payez la même somme que vous soyez riche ou pauvre. En revanche, François Fillon annonce la suppression de l’Impôt sur les grandes fortunes (ISF), qui rapporte tout de même 5 milliards à l'Etat. « Il suffit d'aller à Bruxelles ou à Genève pour voir ce que coûte cet impôt à notre économie », a-t-il curieusement plaidé lors d’un débat à la télévision en évoquant la fraude fiscale. Autre coup de pouce aux familles aisées : le rétablissement des allocations familiales au même niveau pour tous les ménages.

Dernière annonce faite en toute fin de cette campagne des primaires, François Fillon a annoncé une profonde réforme de la Sécurité sociale La mesure proposée par le futur candidat fait particulièrement polémique : elle consiste à recentrer les remboursements de l'Assurance maladie sur les « affections graves ou de longue durée », selon les termes de son programme. Les assurances complémentaires (assurances privées et mutuelles) seraient alors dédiées aux autres soins. En clair, si vous avez le cancer, vous êtes couvert, mais si vous vous cassez la jambe, voyez avec votre assurance.  C’est une manière de désengager l'Assurance maladie (gérés paritairement par les syndicat et le patronat) au profit des assurances privées mais surtout de copier le détestable exemple américain en matière de protection sociale, celui-là même que Barack Obama a tenter sans succès de corriger en promettant « l’Obamacare ».

François Fillon plaide pour un « choc thérapeutique » : il est vrai qu’on a rarement vu un programme-choc d’une telle rigueur sociale et d’un parti-pris aussi avoué en faveur des entrepreneurs et des couches les plus aisées de la société française. A tel point que beaucoup d’élus de droite s’inquiètent devant le caractère ultralibéral des mesures proposées. Les juppéistes n’y croient pas, les centristes demandent une négociation des propositions en cas de campagne commune, Henri Guaino, l'ancienne plume de Nicolas Sarkozy, ne se reconnaît pas dans une droite «qui n'a aucune générosité, aucune humanité». « Je pense que le programme de François Fillon est une caricature du libéralisme qui apparaît comme une purge patronale. C'est du Robin des bois à l'envers : prendre de l'argent aux pauvres pour le donner aux riches... », affirme de son côté Alain Madelin, ancien ministre de l'économie de Jacques Chirac, et qui fut pourtant un fervent défenseur du libéralisme.

Choc thérapeutique ou choc sans thérapie ?  La campagne pour la présidentielles et les élections législatives qui ne fait que commencer, va être très polémique.

 

Repost 0
Published by pierremorville
commenter cet article
6 décembre 2016 2 06 /12 /décembre /2016 17:07

("Chronique de Paris" publié dans le Quotidien d'Oran du 24 novembre 2016)

François Fillon devrait dimanche être confirmé comme candidat de la droite à la présidentielle française

Encore un scrutin qui a frappé de stupeur les médias, les professionnels du sondages, les innombrables experts … Après la surprise du Brexit qui a vu le Royaume-Uni être le 1er pays adhérent à décider de quitter l’Union européenne, après la victoire de l’inénarrable Trump, c’est un vote de bien moindre importance mais qui a surpris la France : contre toute attente, François Fillon a largement remporté le 1er tour des primaires de la droite et du centre visant à désigner leur candidat à la prochaine élection présidentielle qui se déroulera le printemps prochain. Et Fillon a largement gagné la 1ère partie : il totalise 44,1 % des voix. Alain Juppé est second (28,5%), Nicolas Sarkozy troisième (20,6%). Arrivent ensuite les petits candidats des partis de droite : Nathalie Kosciusko-Morizet (2,6%) et Bruno Le Maire (2,4%). Jean-Frédéric Poisson (1,5%) et Jean-François Copé (0,3%) ferment la marche.  

Politicien professionnel à 27 ans

La grande majorité des innombrables commentateurs prévoyait une finale entre Alain Juppé et Nicolas Sarkozy, bien que les derniers sondages indiquaient une forte remontée de François Fillon. Au résultat de ce premier  tour qui a mobilisé plus de 4 millions de Français dans les bureaux de vote de cette primaire de la droite, l’ancien président Nicolas Sarkozy a été renvoyé à une retraite politique prématurée et Alain Juppé, ancien premier ministre de Jacques Chirac, n’a peut-être totalement perdu la partie mais le second tour de ces primaires se déroule dimanche, va lui être particulièrement difficile à remporter.

Grand vainqueur du premier tour de la primaire de la droite et du centre, ce dimanche, François Fillon va donc affronter Alain Juppé au second tour. Qui est donc ce François Fillon ? C’est tout d’abord un pur produit du monde électoral. Natif de la Sarthe, département de l’ouest de la France, très rural, catholique et conservateur, François Fillon a entamé sa carrière sous l'aile de l'ancien ministre gaulliste et député de la Sarthe Joël Le Theule, dont il reprend le siège lors des législatives de 1981, à 27 ans ! Ensuite, il fut très proche de Philippe Seguin, François Fillon était alors plutôt catalogué dans les rangs des « gaullistes sociaux », plutôt progressistes et sensibles à l’indépendance nationale de la France. A l’occasion des différentes majorités de droite menées par Jacques Chirac, il occupe différents postes ministériels, notamment ceux de l'Enseignement supérieur puis des Affaires sociales, avant que Nicolas Sarkozy le nomme à Matignon en 2007, ce qui à l’époque avait déjà créé une certaine surprise, François Fillon étant jusque-là plutôt rangé dans le club des « seconds couteaux » de la politique professionnelle. Pendant tout le quinquennat, il a été chargé de mettre en œuvre le programme de Nicolas Sarkozy. Malgré un certain nombre de tensions avec celui-ci (l’ancien Président présentait son 1er Ministre comme un simple « collaborateur »), François Fillon restera son premier ministre pendant toute la durée de son quinquennat. Il est ensuite élu député de Paris en juin 2012. Il ne se privera pas alors de porter des critiques de plus en plus vives sur la personnalité et le bilan de Nicolas Sarkozy. Ce qui est un peu surprenant et guère fair-play, puisqu’il a pris alors la responsabilité de mettre en application toute la politique décidée par Nicolas Sarkozy et , fait rare, il a été le seul 1er Ministre de la Vème République à occuper ce poste essentiel tout au long d’une mandature présidentielle. Les autres Présidents (De Gaulle, Pompidou, Giscard, Mitterrand, Chirac) ont en général usé plusieurs Premiers ministres lors de leurs mandatures.  

L'ancien premier ministre a fait rapidement part de son ambition de diriger la France : dès 2013, il annonce qu’il sera candidat « quoi qu’il arrive » à l’élection présidentielle de 2017. Rival affirmé de Nicolas Sarkozy et critique à l'égard de la «modération» d'Alain Juppé, le député officialise sa candidature en avril 2015. Alors que Nicolas Sarkozy et Alain Juppé étaient donnés comme les deux prétendants les plus sérieux, François Fillon, bien moins connu du grand public, se retrouve en première place avec toutes les chances que le second tour des « primaires de la droite et du centre » l’officialise comme principal candidat de l’opposition de droite, à la présidence de la République.

Très libéral et très conservateur

Quant à son programme, il est très clairement très à droite. François Fillon s'est présenté comme le candidat de la vraie « rupture » en prescrivant pour la France, une cure libérale quasi-thatchérienne : baisse de 110 milliards d'euros dans les dépenses publiques, retraite à 65 ans, fusion des retraites du public et du privé, retour aux 39 heures (plutôt payées 35 h), possibilité d’étendre la semaine de travail à 48h, suppression de l’impôt sur les grandes fortunes (ISF) et surtout le projet de supprimer quelques 500 000 postes de fonctionnaires... Le programme est tellement excessif qu’Alain Juppé au lendemain du 1er tour, pourtant lui-même sur des positions très libérales, en a dénoncé les excès en déplorant son caractère « brutal, dangereux » et antisocial… Pour beaucoup de fidèles d’Alain Juppé et de centristes, les propositions de François Fillon sont beaucoup trop rudes pour être acceptées par la population. « Je crois que le programme de François Fillon est un programme qu'il ne pourra pas tenir », a expliqué Jean-Pierre Raffarin, ancien 1er ministre de Jacques Chirac et Juppéiste. Ce dernier s'est demandé si François Fillon pouvait gouverner « sans recruter de fonctionnaires dans les hôpitaux, la gendarmerie ou la police? » pendant cinq ans. « On n'a aucune chance de réformer par la brutalité », a-t-il ajouté. Même son de cloche du côté du centriste Christophe Lagarde, qui doute sérieusement de la capacité de l'ancien Premier ministre de mener à bien sa réforme sur la fonction publique. Et ces éléments de langage anti-Fillon, pour la semaine qui sépare du second tour, ont été bien rôdés dans l'équipe d'Alain Juppé, lequel a souhaité dès lundi dernier mener des « réformes crédibles » pour la France. Un second tour assez chaud entre les deux rivaux…

Sur le plan sociétal, le conservatisme de François Fillon renvoie à une fibre catholique qu'il revendique. François Fillon vient de rappeler qu’il se déclarait hostile à l’avortement même s’il ne souhaitait pas revenir sur la loi sur l’interruption volontaire de grosses (IVG) mais il veut réécrire la Loi Taubira (possibilité de mariage de personnes du même sexe). Sur la question de l’Islam en France, le candidat Fillon a des positions tout aussi raides : « il n’y a pas de problème religieux en France. Il y a un problème avec l’Islam » écrivait-il dans un récent ouvrage. Fillon veut également mettre en place une allocation sociale unique forfaitaire (regroupant différents aides sociales pour les personnes connaissaient des difficultés d’emploi) mais dont le versement sera conditionné par leurs recherches actives d’emploi. En cas d'efforts insuffisants, l'allocation sera diminuée et suspendue, en cas de récidive. Dans un pays qui compte 3 millions de chômeurs et 7 millions supplémentaires d’emplois très instables, bonjour l’ambiance…

C’est donc un programme très conservateur que le candidat souhaite mettre en œuvre. L’ancien Premier ministre croit à la nécessite d’une « thérapie de choc ». Il a par ailleurs reçu le soutien de la quasi-totalité de ses anciens rivaux de la 1ère phase de la primaire, Nicolas Sarkozy en tête malgré l’évidente détestation que se portent ces deux hommes.

Le droite française et visiblement une partie notable de ses électeurs croient en effet à la nécessité de la mise en place d’une économie vraiment libérale et d’une vaste remise en cause de nombreuses « conquêtes sociales » en réduisant par ailleurs autant qu’on le peut, l’influence des syndicats.

A tel point que Marine Le Pen, candidate du Front national, à la recherche de voix populaires, propose aujourd’hui un programme beaucoup plus « social » que ses rivaux de la droite traditionnelle.

Quant au Parti socialiste, il ne sait que trop dire. Tout d’abord, parce que le président sortant, François Hollande a lui-même appliqué une politique très sociale-libérale sans résultats probants, loin s’en faut. Et ensuite parce qu’il ne s’est toujours pas prononcé sur son éventuelle candidature à sa propre succession, au printemps prochain. François Hollande garde en effet le mystère. Il y aura bien des primaires en janvier mais cette élection interne au PS sera très compliquée au vu du grand nombre de candidats qui se présenteront et extrêmement polémiques, au regard des sérieuses divergences qui existent au sein de cette formation, sur la ligne politique à proposer aux Français pour les cinq années qui viennent. Pour l’instant, tout cela bénéficie au candidat de « la gauche de la gauche » qu’est Mélenchon et son Parti de gauche.

Plus généralement le succès actuel et peut-être futur de François Fillon, ainsi que la percée électorale de Marine Le Pen, quasiment assurée d’être au second tour des présidentielles indiquent un glissement à droite de l’opinion publique française. Plusieurs facteurs peuvent l’expliquer : la persistance d’un chômage massif, la stagnation voire les reculs des revenus des couches populaires mais également d’une partie des classes moyennes, les crainte nées des conflits à la périphérie de l’Europe ( Ukraine, Libye, Proche-Orient) qui ont accentué le flot des réfugiés s’ajoutant à une immigration importante, l’échec patent de l’alternative proposée par les socialistes français, tout cela a nourri un ras le bol vis-à-vis des partis traditionnels qui profite paradoxalement à François Fillon qui, malgré ses nombreuses responsabilités passées, n’apparaissait pas jusqu’à aujourd’hui comme un leader national et donc responsable des errements antérieurs du quinquennat Sarkozy et d’une politique dont il était l’un des principaux artisans…

Les félicitations de Poutine

Sur le plan de la politique internationale, s'il a soutenu la candidature d'Hillary Clinton, François Fillon se félicite néanmoins l'arrivée au pouvoir de Donald Trump, un autre « président surprise » : « Ce n'est pas la première fois qu'il y a un président américain élu, un peu original. On a eu Ronald Reagan (1981-1989) dont on disait à peu près la même chose », rappelle-t-il, en ajoutant qu'il ne faut « surtout pas qu'on en tire des conséquences comme le font tous les hommes politiques français, absolument stupides ». Et il se félicite du rapprochement avec Poutine souhaité par Trump.

François Fillon est d’ailleurs l’un très rares hommes politiques français à vivement apprécier Vladimir Poutine avec qui il a noué depuis qu’il était Premier ministre de vraies relations d’amitié. Du coup, le porte-parole de la présidence russe a en effet confirmé mardi que Vladimir Poutine entretenait «  de bonnes relations » avec François Fillon, et la presse russe dans son ensemble voyait en celui-ci, le profil d'un « ami de Moscou » capable de restaurer les relations entre les deux pays.

Plus généralement, les prises de position internationales de François Fillon sont plus prudentes que sa politique économique et sociale. Son ancien héritage gaulliste réapparait quand, plutôt souverainiste, il exprime des doutes sur l’actuel mode de construction de l’Union européenne ou une certaine méfiance vis-à-vis d’une trop grande subordination, notamment militaire vis-à-vis des États-Unis : « Quant à l’Otan, le commandement intégré ne doit pas être synonyme d’une dépendance vis-à-vis des États-Unis, alors que la vocation de la France est de parler à tout le monde, y compris aux Russes et aux Iraniens », expliquait-il récemment.

Le député de Paris estime par ailleurs qu'une coopération est nécessaire avec la Russie et avec l'Iran en Syrie car la priorité est pour lui de combattre le groupe État islamique, quitte à s'allier temporairement avec le régime de Bachar al-Assad.

 

Repost 0
Published by pierremorville
commenter cet article
6 décembre 2016 2 06 /12 /décembre /2016 16:59

("Chronique de Paris" publiée dans le Quotidien d'Oran du 16 novembre 2016)

La victoire du nouveau président semble avoir surpris les principaux pays de l’UE

Barak Obama fait une petite tournée européenne. Mardi, il était en Grèce. Il y a souligné l’importance d’une Europe « forte et unie » et d’une alliance atlantique solide. Il n’est pas certain que le message ait beaucoup ému et mobilisé les Grecs qui ont été rudement à l’amende en 2010 par l’Union européenne, à la suite de la crise de leur dette publique. L’Europe n’a consenti à sauver l’un des états-membres qu’à la condition d’un plan de réduction des déficits d’une extrême brutalité sociale. «  L’austérité ne peut pas apporter la prospérité » a reconnu le président américain, alors que le pays est en tutelle financière de l’UE et du FMI depuis 2010  et les que USA sont le principal actionnaire du FMI. Il est vrai que le FMI était plutôt favorable à une dilution/absorption de la dette grecque mais l’Allemagne s’y était vivement opposée. Les Grecs paieront jusqu’au dernier euro ! Ah, mais !

C’est d’ailleurs en Allemagne, qu’Obama s’est ensuite rendu où il rencontre jeudi Angela Merkel, François Hollande, Theresa May et Matteo Renzi, les Premiers ministres britannique et italien. Pour tenter de les rassurer peut-être ? Il est vrai qu’à l’image des sondeurs, des médias, d’innombrables analystes et experts divers, les chefs d’état européens semblent avoir été décontenancés par la victoire surprise de Donald Trump.

L’Union européenne n’a guère été évoquée par le candidat Trump sauf pour rappeler que l’Otan, l’organisation militaire censée protéger les frontières du Vieux Continent lui coûtait fort cher. Plus généralement, le retour à un certain protectionnisme américain qui est déjà la norme en Russie, en Chine et dans bon nombre de pays asiatiques, rend un peu surréaliste la quasi-totale ouverture des frontières (aux marchandises, pas aux hommes !) qui est encore la norme de l’UE. Et il y a bien d’autres sujets qui fâchent, notamment des dossiers où les Européens s’étaient mobilisés et où ils sont sèchement taclés par le nouveau président américain : l’accord international COP 21 sur le climat, l’accord sur le nucléaire iranien, la question de l’Ukraine mise à mal par la nouvelle amitié Trump-Poutine… Les deux principales européens Donald Tusk, le président du Conseil européen, et Jean-Claude Juncker, le patron de la Commission européenne ont évidemment invité le 45ème président des Etats-Unis à un sommet US-UE « dès que cela lui conviendra ». Pas de pot, Trump n’a pas encore répondu à cette gentille invitation. Ce qui en dit long sur son dédain.

Barack Obama a certainement tenté de rassurer ses interlocuteurs européens, en pariant peut-être que Donald Trump, président, sera contraint d’en revenir à des visions plus réalistes. Le problème, c’est que ses quatre interlocuteurs sont eux-mêmes dans une situation pas facile. Theresa May est à la tête d’une Grande-Bretagne qui s’est exclue de l’Europe après le Brexit. La nouvelle Premier Ministre sera certainement tenté de jouer sur la traditionnelle amitié américano-britannique pour négocier ses conditions de départ de l’UE, mais sera-t-elle seulement écouté par le fantasque Trump ? Les trois autres chefs d’état se préparent quant à eux à des élections difficiles d’ici octobre 2017 : à cette date, Angela Merkel tentera un 4ème mandat alors que sa popularité est en baisse, François Hollande bat des records d’impopularité (et l’on ne sait pas à ce jour s’il se présente à la présidentielle d’avril 2017) et le président du Conseil italien, Matteo Renzi, joue son poste le 4 décembre 2016, lors d’un référendum sur un projet de réforme constitutionnelle.

Angela Merkel en colère

De tous, il semble que ce soit la placide Angela Merkel qui soit la plus en colère, car l’Allemagne risque de payer la note la plus salée après l’élection de Donald Trump. Si celui-ci n’a pas vraiment l’intention de dissoudre l’Otan, il réclame une participation financière nettement plus élevée des autres pays-membres. La France pourra toujours avancer son propre budget de défense, ce qui ne pourra être un argument de l’Allemagne. Angela Merkel sait donc que la riche Allemagne paiera cher.

Autre sujet de désaccord germano-américain, l’abandon par Donald Trump du traite Tafta, traité très libéral de libre-échange négocié un temps à la demande de Barack Obama, entre les Etats-Unis et l’Union européenne. Ce traité commercial nord-atlantique n’était d’ailleurs pas bien vu par beaucoup d’états-membres de l’UE, inquiets d’un possible grand déversement en Europe des produits et services made in USA. La France s’y était officiellement opposée. Mais l’Allemagne seul état-membre de l’UE, exportateur net, y voyait un grand intérêt.

Du coup, l’Allemagne ronchonne. Signe de fort mécontentement, elle vient d’élire un président de la République bien connu pour ses positions violemment anti-Trump. La coalition gouvernementale allemande alliance de la droite, du centre et du SPD social-démocrate, a désigné, ce lundi, le chef de sa diplomatie Franck-Walter Steinmeier pour devenir le prochain président du pays. Certes, la fonction est surtout honorifique ; le président allemand est censé se situer au-dessus des clivages partisans et incarner la conscience morale du pays. Mais Steinmeier, jusque-là ministre des Affaires étrangères, social-démocrate et personnalité politique la plus populaire du pays, connue pour son franc-parler, s’en était vivement pris à Donald Trump ; il a ainsi qualifié, pendant la campagne américaine, le milliardaire  de « prédicateur de la haine » en annonçant des « temps plus difficiles » sur le plan international. Il a même refusé ostensiblement de féliciter le candidat républicain pour sa victoire !

Il devrait laisse la place de ministre des Affaires étrangères à Martin Schulz, actuellement président du parlement européen qui a déclaré à l’annonce de la victoire de Donald Trump, que cela ne le « réjouissait pas ». Ambiance.

Trump candidat, Trump président

Les premières déclarations du Trump président semblent un peu minimiser les propositions ultra du Trump candidat, quitte à surprendre ou décevoir ses électeurs. Début de réalisme ? Prise en compte du fait qu’il devra gouverner avec un Sénat et une Chambre des représentants majoritairement républicain, son parti, mais dont les élus sont souvent très critiques vis-à-vis de lui ? Ou preuve supplémentaire de l’incohérence politique de Donald Trump ?

Toujours est-il que les reculs sont significatifs. Sur l’Obamacare, le système de couverture santé proposé par son prédecesseur, Trump candidat avait annoncé sa suppression pure et simple. Aujourd’hui, il n’écarte pas une simple réforme, libérale bien sûr. Trump candidat menaçait d’exclure du territoire américain 11 millions d’immigrés sans papiers : Trump président n’évoque plus que 2 voire 3 millions de clandestins. Sur le mur séparant le Mexique des Etats-Unis, qui existe déjà sur 930 km construits en 2006, le candidat pendant sa campagne avait appelé à la construction d’un mur bloquant totalement la frontière commune entre les deux pays, et de surcroit payé par le Mexique ; le mot d’ordre « Build the wall » s’est largement fendillé. On ne demande plus aux Mexicains de payer le mur d’isolement. il ne sera plus en dur mais plus prosaïquement en partie en barbelé et de surcroit par sur l’ensemble de la frontière.

Trump candidat avait promis de « déchirer » l’accord sur le nucléaire signé entre l’Iran et le groupe 5 + 1 (USA, Russie, Chine, France, Royaume-Uni, Allemagne, sous l’égide de l’UE, en juillet 2015. Comme la remise en cause d’un traité international semblait très difficile, le conseiller du président élu en politique étrangère Walid Phares s’est senti obligé de revenir sur cette proposition : « “Déchirer” est peut-être un terme un peu fort. Il va le réexaminer, l’envoyer au Congrès, exiger des Iraniens qu’ils changent quelques points et il y aura une discussion », a-t-il expliqué.

En revanche, le nouveau président reste anti-avortement, même si cela ressort de l’autorité de chaque état local et bien sûr toujours favorable à l’existence d’un arsenal d’armes à feu dans chaque famille américaine.

Mais en matière de protectionnisme, les propositions du Trump candidat n’ont pas été modifiées par le Trump président. A suivre.

France : Macron candidat

L’actualité française est évidemment dominée par la préparation des élections présidentielles. Le système pervers des « primaires «  dans les grands partis traditionnels (Les Républicains à droite, le PS à gauche) a multiplié les candidats potentiels. Perverses, les primaires ? Au départ, l’idée pouvait paraitre à la fois séduisante et démocratique : on appelle les électeurs à choisir dans chaque parti, celui qui était le plus à même de le représenter. Dans la réalité, c’est la porte ouverte à la multiplication des postulants et l’affrontement des ambitions personnelles. Pire, comme les candidats sont issus de la même formation politique et partagent de fait un grand nombre de positions, il leur faut absolument se distinguer du voisin concurrent en durcissant au maximum leur propre programme. Chez les Républicains, c’est à qui présentera le programme le plus libéral illustrant la « mondialisation heureuse ». Du coup, l’élection du Trump-protectionniste a saisi de stupeur les postulants.

Au sein du PS, c’est la confusion la plus totale : la gauche du PS est représenté par quatre candidats dont François Montebourg ; on ne sait pas encore si Hollande qui bat les records d’impopularité va se présenter ; son 1er Ministre Manuel Valls se prépare, poussant discrètement son président vers la retraite…

Et tout cela c’est sans compter les nombreux candidats hors primaires des deux grands partis traditionnels. Le Front national a désigné sans débat Marine Le Pen. Celle-ci, déjà assurée d’être présente au second tour, mène une campagne très discrète au niveau national mais son parti multiplie les initiatives au niveau local. A la gauche de la gauche, Jean-Luc Mélenchon, au nom du Parti de gauche mène une campagne efficace et attire beaucoup d’électeurs déçus de Hollande.

Le dernier feuilleton de la crise de la majorité présidentielle a été cette semaine, l’annonce de la candidature d’Emmanuel Macron. Jeune (il a 39 ans) énarque bien sûr, ancien de la banque Rothschild, il a été un très proche de François Hollande, secrétaire général adjoint de l’Elysée avant d’être nommé ministre de l’économie et des Finances. C’est lui qui a écrit le programme économique et social de François Hollande mais c’est lui qui a pris le plus rapidement ses distances vis-à-vis des résultats obtenus ! C’est qui doit s’appeler l’indépendance d’esprit.gauche. Ses propositions encore fort vagues reste évidemment très libérales et vise surtout à séduire les electeurs centristes. Il fâche donc à gauche mais vient aussi bousculer la primaire de droite et notamment Alain Juppé qui vise lui aussi les électeurs du centre…

Big Brother

La semaine politique française s’est également distingué par l’anniversaire des attentats à Paris du 13 novembre 2015. L’émotion était palpable.

Hasard du calendrier, le « Journal officiel » (publication des lois et décrets) a rendu public un dispositif sécuritaire construit discrètement par le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve : la construction d’une maxi-base de données, visant à regrouper de manière centralisée toutes les données, y compris biométriques de 66 millions de Français, sans compter les étrangers vivant en France : gestion informatique de l’état civil, des noms et prénoms des parents, adresse, photos, couleurs des yeux et des cheveux, empreintes digitales de chaque individu…

Bref, du Big Brother à la française, le tout évidement construit sans aucun débat parlementaire. La justification implicite d’un tel projet liberticide qui ne respecte aucunement les droits individuels est évidemment la menace terroriste. Devant l’émotion en train de grossir, Bernard Caeneuve a fait marche arrière : « Incontestablement, nous avons fait une erreur » a-t-il reconnu devant les parlementaires.

Repost 0
Published by pierremorville
commenter cet article