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1 octobre 2014 3 01 /10 /octobre /2014 09:24
Irak / Syrie : de plans à long terme peu lisibles

Chronique de Paris parue dans le Quotidien d'Oran du 2 octobre 2014

Quels sont les « objectifs de guerre » de la Grande Coalition ? Battre l’EI ? Peut-être, mais après ?

Quels sont les objectifs à moyen terme des États-Unis et de leurs alliés dans l’opération irako-syrienne ? Pour le moins, la réponse à cette question n’est pas évidente.

Tout d’abord parce que, comme dans tous conflit militaire, le sort des armes reste toujours incertain. D’aucuns estiment qu’au regard des rapports de force entre la Coalition réunissant une quarantaine de pays, et les faibles troupes de l’EI, le sort de ce dernier est à terme scellé. D’autres pensent au contraire que les conflits asymétriques, comme la guerre menée en 2006 par Israël contre le Hezbollah au Liban, réservent toujours des surprises. En Irak et en Syrie, les bombes occidentales motivent en effet l’intégrisme islamiste. « Qu’on dépèce militairement l’EI et il réapparaitra sous une autre forme » commente Guy Taillefer dans Le Devoir.

Dans tous les cas, la plupart des experts militaires prévoient un conflit long de plusieurs mois ou années, que l’intervention militaire occidentale prenne une forme terrestre ou non. Mais même en cas de victoire militaire nette sur le terrain, se pose alors la question du « pourquoi faire ? ».

Barack Obama a longuement hésité avant de se lancer dans une pareille aventure. L’opinion conservatrice américaine a immédiatement porté ses hésitations sur le compte de sa pusillanimité traditionnelle. Mais dans le cas, les doutes du président relevaient d’une élémentaire prudence, au regard des expériences passées.

Après la gestion d’un conflit sans fin en Afghanistan, l’invasion de l’Irak en 2003 a entraîné un quasi explosion de l’état irakien, la plus vieille nation du monde avec l’Égypte et la Chine. La dissolution de l’armée irakienne décrétée par Paul Brenner, celle de l’état laïc ont contribué à livrer le pays à des bandes ethniques ou confessionnelles, ressuscitant des guerres religieuses dans toute la zone.

Cette déstabilisation des états moyen-orientaux, voire leur disparition, avait été théorisée par les néoconservateurs américains, visiblement inconscients des conséquences de leur stratégie en chambre. Selon Nancy Pelosi, chef de file du parti démocrate à la Chambre des représentants aux États-Unis, « C’est une politique erronée qui nous a menés sur ce chemin il y a onze ans». « C’était une guerre stupide » des États-Unis, avait tranché Barack Obama lors de sa première campagne électorale. Les sondages récents montrent que plus de la moitié des Américains partagent toujours cette opinion.

Cependant, entre-temps et pour justifier le (premier) départ programmé des troupes américaines d’Irak, en 2011, le Président américain avait déclaré de façon très optimiste, que « les Américains avaient quitté l’Irak en vainqueurs (…) Nous laissons derrière nous un État souverain, stable, autosuffisant, avec un gouvernement représentatif qui a été élu par son peuple». La situation actuelle en est un ferme démenti et Barack Obama le sait bien.

Une coalition aux ambitions disparates

Dans les faits, l’Irak n’existe pratiquement plus. L’éclatement du pays en trois zones confessionnelles est quasiment acté et le destin de la Syrie semble programmé dans une perspective identique. Une telle évolution si elle était actée, aurait des conséquences régionales difficilement calculables.

L’option militaire seule est évidemment incapable de réduire les facteurs permanents d’instabilité que sont les injustices économiques et sociales criantes, la corruption généralisée, l’absence totale de démocratie.

Pourtant, au nom de ce dernier « idéal », les États-Unis ont réussi à bâtir une coalition de plus d’une quarantaine de pays. Cette semaine, le Parlement britannique a voté en faveur de frappes aériennes en Irak contre les positions de l’État islamique (EI). La Belgique a fait de même. Les pays du Golfe (Arabie, Qatar, Émirats, Dubaï) et la Jordanie, tous états sunnites, apportent aux USA un appui militaire. Et l’Iran, si le pays ne participa pas directement à la grande Coalition, lui réserve un soutien peu discret.

Cette unité conforte Washington et accroit grandement ses marges de manœuvres. Mais elle reste pour partie de façade. L’opinion publique arabe, qui très majoritairement ne soutient pas les causes djihadistes, reste néanmoins extrêmement méfiante vis-à-vis des Occidentaux et tout particulièrement des Américains. L’Arabie saoudite et l’Iran n’ont pas oublié leurs antagonismes en matière d’influence régionale, y compris en Irak et en Syrie même. Même entre les monarchies sunnites, les antagonismes ne manquent pas : « La Libye en présente un exemple, où le Qatar et les Émirats arabes unis se livrent une guerre par procuration, le premier soutenant une faction rebelle radicale, l’autre, un groupe plus modéré. Dynamique similaire en Syrie », précise Guy Taillefer. La Turquie qui dans un passé récent avait, sinon soutenu l’EI (comme le firent l’Arabie et Qatar), en avait tout au moins sous-estimé les effets pervers, se retrouve dans les faits, alliée aux Kurdes d’Irak ! Une situation compliquée pour Ankara qui n’a toujours pas résolu sa propre question kurde. C’est le sort des guerres où souvent les adversaires d’hier deviennent les alliées d’aujourd’hui. Bachar Al Assad, encore, il y a peu, ennemi numéro 1 des Occidentaux est devenu miraculeusement un soutien actif de la grande Coalition.

L’Europe, largement engagée, n’est pourtant pas unanime. A l’exception notable de la France très militante sur le dossier et plus traditionnellement de l’Angleterre, certains grands autres pays européens manifestent un soutien plus modéré aux offensives diplomatico-militaires américaines qu’il s’agisse du Moyen-Orient ou de l’Ukraine. Après tout, les dangers et risques potentiels sont aux frontières mêmes du Vieux Continent, dans un contexte loin d’être clarifié quand aux objectifs réels des uns et des autres protagonistes.

Le « pivot » vers l’Asie

Gageons que Washington a dorénavant une vision plus claire en matière de « plans de sortie ». Les États-Unis auront du dans tous les cas, modifier leurs logiciels géostratégiques.

Après l’effondrement du Rideau de fer, les Américains avaient manifesté une double priorité simple : réduire l’influence de la Russie et contrôler l’espace pétrolier arabo-persique. « Pour cela, ils ont notamment entrepris de saper toutes les dictatures militaires, liées à leur ancien ennemi soviétique et en même temps pierres d’achoppement dans leur politique moyen-orientale, note l’analyste Bruno Castanier, L’invasion de l’Irak en 2003, les frappes en Libye en 2011, la déstabilisation de l’Égypte et de la Syrie à partir de 2011 avec le « printemps arabe » s’inscrivent dans cette perspective ».

Depuis plusieurs années, un désengagement américain du Proche et du Moyen-Orient avait été prôné par certains Think tanks et une partie de la haute administration washingtonienne, relayés par de nombreux médias : la zone était décidément trop difficile à gérer et les nouvelles réserves de schistes trouvées dans son sol, permettraient aux États-Unis de se passer de fournisseurs arabes particulièrement difficiles à gérer. L’administration Obama a ainsi progressivement mis en place dès 2010, un basculement vers l’Asie dit stratégie « du pivot ».

Il s’agit pour Washington de prendre acte du formidable développement chinois et plus largement du marché asiatique, et de limiter autant que faire se peut les ambitions de Pékin en proposant un partenariat bien contrôlé par les États-Unis. En 2013, dans un PNB mondial estimé à 87 250 milliards de dollars, l’Union européenne vient en tête avec 17 402 milliards, suivi par les États-Unis (16 799 milliards) mais qui sont dorénavant talonnés par la Chine (13 395 milliards et une croissance de + 7% par an).

L’autre ambition de la stratégie du « nouveau pivot » était de mettre pied en Asie centrale. Ce qui nous ramène paradoxalement sur l’affaire ukrainienne. Pourquoi ? Zbigniew Brzezinski, grand géo-stratège, conseiller à la sécurité nationale sous la présidence de Jimmy Carter et fin connaisseur de la politique étrangère, explique parfaitement ce point dans son ouvrage : Le Grand Échiquier (1997) : « Qui gouverne l’Europe de l’Est gouverne le continent Eurasiatique, qui gouverne le continent Eurasiatique gouverne l’île Monde, qui gouverne l’île Monde gouverne le Monde ». Seconde citation éclairante : « Il est indispensable que l’Amérique s’élève contre toute tentative de restauration impériale au centre de l’Eurasie ». La restauration impériale en question vise bien la Russie, notamment depuis la politique menée par Vladimir Poutine.

La stratégie de pivot a buté sur un triple obstacle.

L’accueil chinois fut mitigé. Le 18eme congrès du parti communiste chinois en 2011 a surtout réaffirmé la stricte indépendance de la Chine, et le refus de toute ingérence dans sa zone d’influence, notamment navale.

L’actuelle offensive militaire en est une preuve éclatante : le « désengagement du Moyen-Orient » s’est avéré difficile, voire impossible. Tout d’abord parce que la Chine est justement grande demandeuse de ressources énergétiques ; ensuite parce qu’un Moyen-Orient hors de tout contrôle est potentiellement trop dangereux : «Le statut de Gardien du marché (pétrolier) de l’Arabie saoudite, la croissance des exportations de cette dernière vers l’Asie (vers les alliés de Washington mais aussi vers la Chine), l’importance de la sécurisation des flux énergétiques dans la politique américaine de développement d’alliance, les difficiles négociations sur le nucléaire avec l’Iran, la relation avec Israël, et, bien évidemment, la situation en Syrie et en Irak, témoignent du caractère toujours stratégique de la région dont la stabilisation a minima reste un objectif majeur » précise Bastien Alex de l’Iris.

Pékin et Moscou, énervés d’avoir été manipulé lors de l’affaire libyenne, commentent avec beaucoup de réserve l’actuelle offensive de la coalition en Irak et en Syrie (où Bachar al Assad bénéficie toujours du soutien russe).

Pour ce qui concerne le « containement » US de la Russie, l’affaire ukrainienne est plutôt au bénéfice de Poutine. Face aux tergiversations des Occidentaux, qui ont négligé le lien complexe entre Russie et Ukraine, et face aux errements du nouveau pouvoir à Kiev, qui a échoué militairement, Vladimir Poutine, après l'annexion de la Crimée par la Fédération de Russie, est sur le point de créer une enclave prorusse chez son voisin ukrainien.

Géostratégie de l’humiliation

Jacques Attali, ancien conseiller de François Mitterrand est un social libéral et un européen convaincu. Plus que modéré, il s’en prend vivement ici à la « stratégie de l’humiliation » : « dans les relations entre les gens, comme entre les nations, l’humiliation peut conduire à des actes insensés, à des guerres inextinguibles, écrit-il dans l’Express, humilier la Turquie en 1995, en lui refusant l’entrée dans l’Union Européenne la précipite aujourd’hui dans les bras d’un islamisme pour l’instant encore modéré, et peut en faire un jour un ennemi. De même, après la 2ème guerre du Golfe, démanteler l’armée de Saddam Hussein a conduit des milliers de soldats et d’officiers d’une armée totalement laïque et parfaitement formée, à constituer depuis quelques mois les cadres d’un soi-disant Califat Islamique, prétendant aujourd’hui rassembler tous les musulmans humiliés du monde, dans un combat mortel contre l’Occident. De même encore, entretenir un rapport de force brutal et humiliant entre Israël et la Palestine, maintient les uns dans l’illusion de gagner la guerre et les autres dans celle de nourrir leur désir de détruire l’Etat hébreu. Enfin, aujourd’hui, humilier la Russie, en prétendant l’isoler du reste du monde, sous prétexte qu’elle n’a pas accepté que les russophones d’Ukraine y soient traités comme des citoyens de seconde zone, peut conduire à en faire un ennemi qu’il faudra un jour combattre (…) Bien des gens, ici ou là, verraient en effet d’un bon œil une tension internationale devenant si forte qu’elle permettrait d’enrayer les terribles engrenages de la crise financière , de donner du travail aux industries de la défense et de spolier en passant les épargnants». Bigre !

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18 septembre 2014 4 18 /09 /septembre /2014 16:02
Petit voyage dans l'histoire des noms

("Chronique de Paris" paru dans le Quotidien d'oran du 18 septembre 2014)

L’actu étant morose, voire inquiétante, on propose au lecteur un petit détour plaisant dans l’origine des noms de pays et de villes dont on parle souvent dans la « chronique »

On est parfois frappé par les nombre très importants de mots qu’on utilise tous les jours et dont on ne connait pas du tout l’origine. C’est particulièrement vrai pour les noms propres, noms de ville, de pays, de personnes.

Et c’est là que l’étymologie, l’étude du sens originel des mots, si possible le plus ancien, nous réserve de sacrés surprises, notamment dans des confrontations de fait avec une histoire parfois bien plus récente. Qui se douterait ainsi que le nom de la Sicile, île charmante mais qui a aussi donné naissance à la Mafia, tire son origine lointaine du latin et signifie « petit poignard » ! Le nom Espagne vient des Phéniciens. Quand ceux-ci explorèrent pour la 1ère fois le pays, ils furent surpris par le grand nombre de lapins qui s’y trouvaient et le nommèrent alors Schephania, mot qui signifiait dans leur langue « Terre des Lapins ». La capitale Madrid vient de l’arabe magra, le chenal ou lit de rivière. Nombre de villes et régions espagnoles portent d’ailleurs des noms d’origine arabe : Andalousie, Barcelone, Grenade, Valladolid, Guadalquivir…

Le nom des capitales européennes ont leur part de mystère. L’étymologie populaire donnait comme origine animalière au Mot Berlin, du germanique bär, l’ours. La science étymologique a trouvé une racine moins glorifiante, la capitale allemande tire son origine d’une racine slave, brl, qui signifie le marais. Paris qui se veut toujours la capitale mondiale des élégances raffinées, tire son nom de la tribu gauloise de Parisii, dont l’appellation est basée sur la racine gauloise pario, qui signifie prosaïquement « le chaudron », la marmite, la grande casserole. Bon, au moins, on reste dans la grosse bouffe…

Rome tirerait son nom de Romulus, son 1er roi, héros et meurtrier de son frère Rémus. Romulus est un dérivé du grec qui veut dire la force. Mais il est probable que la ville tire son nom de Rumon qui était l’ancien nom du fleuve Tibre. Rumon signifie assez prosaïquement « fleuve ». Rome est un peu bêtement, la « ville du fleuve » : on est loin du légendaire Romulus.

Les trois « cités » de l’Union européenne sont Strasbourg, ville du parlement européen qui signifie « le château sur la route ». Bruxelles, siège de la Commission, tire son origine de la tribu des Bructères dont le nom signifie, comme Berlin, « marais humide » et du latin cella, petit temple. « Petit temple du marais humide », cela pourrait être un joli nom pour la Commission européenne… Luxembourg, où statue la Cour européenne de justice vient du saxon et veut dire « petite forteresse ». Tout un programme.

La Pologne tient son nom de Polanie qui peut se traduire par « peuple des Champs ». Les slaves sont, en indo-européen, « ceux de mon peuple », les pays scandinaves, « la voie dangereuse » ne haut germanique...

L’Irlande est un hommage à la déesse celte Eriu, qui incarne la « terre abondante ». Toujours chez les Britanniques (d’une racine indo-européenne qui veut dire « intelligents » ou qui s’estiment comme tels), les peuples des Anglii, (Anglais) étaient des pêcheurs. Les Scotti, les Ecossais sont, d’après leur appellation, « des frappeurs » ou « des coupeurs ». Référence à l’actuel référendum sur l’indépendance ?

Lisbonne veux tirer son appellation d’Ulysse qui l’aurait fondée. De façon plus crédible, la ville a été construite par des colons phéniciens. La tradition populaire explique que Portugal veut dire « Porte du pays gaélique », donc des pays de l’Atlantique (du géant grec Atlas), des experts plus réalistes rappellent que le Portugal tire son nom d’un petit camp de l’armée romaine, le Portus Cale.

Ukraine : querelles entre étymologistes

Car, bien évidemment, l’étymologie n’est pas une science exacte et les étymologistes se tirent souvent la bourre entre eux.

Tenez, prenez l’Ukraine qui actuellement est beaucoup dans l’actualité. Les étymologistes ukrainiens estiment que le terme slave Oukraïna apparu au XIIème siècle, veut dire « terre natale ». Les chercheurs russes penchent plus pour un dérivé d’une autre racine proto-slave Kraj, qui voudrait dire plutôt « région frontalière », sous-entendue « dans les frontières de la Russie». Incroyable, non, ces disputes scientifiques ?

Mais il faut dire que l’histoire de l’Ukraine est bien compliquée. Les noms le prouvent. L’Ukraine au IX siècle a été conquis par des Vikings ( !), les Varègues qui ont chassé les Khazars arrivés deux, trois siècles plus tôt. Olah le sage, leur chef, a bâti son royaume et l’a appelé « le pays des rameurs », Rodslagen, en proto-slave « Rous’ »… qui a donné le mot « russe » (et s’apparente peut-être aussi aux gens « roux » de cheveux…). La « Rous’ », capitale Kiev, est alors le plus grand pays d’Europe, de la Mer Baltique à la Mer Noire, de la Volga aux montagnes des Carpates. Vaste contrée où Moscou gagna de l’influence et en devint la nouvelle capitale…

L’Ukraine, en semi guerre civile autre qu’étymologique, fait aujourd’hui l’objet d’un bras de fer diplomatico-militaire entre d’un côté Vladimir (dominer) Poutine ( nom provenant d’une racine indo européenne, signifiant « tresser »), et Barak (béni, abondant en swahili)

Obama (qui signifie en luo, langue du Kenya familial, quelque chose comme «celui qui refuse les choses courbes »). Ce dernier et assisté de ses quarante alliés parmi lesquels François Hollande ( soit « la terre basse, submergée », soit « la terre boisée »), David Cameron (le nom est d'origine gaélique et à deux significations (un toponyme avec le sens de « colline arrondie », ou un sobriquet appliqué à celui qui a un nez crochu !) et Angela Merckel . Angela, l’ange, bien sûr, Merckel, un nom d’origine germanique qui désignait « celui qui habite entre deux villages »…

Si on traverse la Mer Noire, on arrive en Turquie qui veut dire « la possession », « le pays » dans la langue des kökturks (les Turcs bleus) qui sont arrivés d’Asie centrale et qui ont pris possession de ce pays jusque là occupé par les Romains. Et si vous franchissait le Bosphore (« le passage de la vache »), vous arrivez à Constantinople, aujourd’hui Istanbul. C’est l’empereur romain Constantin qui a bâti Kônstantinoupolis, en l’honneur de lui-même. C’est le même empereur qui a bâti l’algérienne Constantine. En fait il a rebaptisé « Constantine », la ville de Cirta qui était la capitale du royaume de Numidie. L’origine de Cirta ? Pas très originale. En phénicien, cela voulait dire « la ville ». Mais d’autres étymologistes défendent une origine plutôt berbère : Tissirt, la meule de foin.

Pour en revenir à Constantinople, les habitants utilisaient peu le nom de « ville de Constantin » ils disaient plutôt « on va à la ville », ce qui donne en grec de tous les jours, stin bolin, d’où Istanbul.

Une fois arrivé là, on est aux portes de l’Asie (de l’assyrien Asu, l’Est). Vous entrez dans l’Orient compliqué (du latin Oriri, se lever ; dans le cas, c’est le soleil qui s’y lève).

L'origine du nom « Syrie » est incertaine, elle désigne à l'origine la terre des Araméens, du nom d’Aram, qui descendait en droite ligne d’Adam et qui vécut, dit-on, six cent ans. Hérodote voyait dans le mot Syrie, une forme abrégée d'Assyrie.

Le Liban ? Le terme vient de la racine sémitique lubnan, blanc ou lait, parce qu’en hiver, il neige sur les montagnes libanaises ! Beyrouth est dérivé d'un mot cananéen signifiant le Puits, en référence à la nappe d'eau souterraine que les Beyrouthins utilisent encore de nos jours. Si vous traversez le Jourdain (la rivière qui descend), vous entrez justement en Jordanie, capitale Amman, l’une des plus vieilles villes du monde à être toujours habitée. C’est l’ancienne ancienne cité des Ammonites, d’Ammon, un fils de Loth, lui-même un gars qui annonçait des tas de catastrophes.

A côté, c’est la Palestine qui dérive de Philistia, le nom donné par les Grecs au pays des Philistins, qui au 12ème siècle av. J.C. occupaient sur la côte sud le territoire compris entre l'actuel Tel Aviv, Jaffa et Gaza. Le terme hébreu Israël a un sens proche de « celui qui a lutté avec Dieu », pour rappeler Jacob, petit fils d’Abraham, qui s’est battu contre un ange. Urusalim (Jérusalem) est un terme sémitique qui signifie « ville du Dieu Shalem », un dieu populaire qui incarnait le soleil couchant.

Du Tigre à la « ville aux lions »

Vers l’est, c’est la Mésopotamie (mesos, au milieu, potamos, fleuve) « le pays entre les deux fleuves », le Tigre (agglomérat du sumérien idigna (eau courante) et de l’animal « tigre » en grec) et l’Euphrate (fertile). C’est l’un des hauts lieux de la civilisation humaine et aujourd’hui, c’est l’Irak. Iraq-al-arabi, du mot arabe īraq qui signifie « Talus ». Enfin, côté étymologie, c’est évidemment toujours plus compliqué : « l'Irak, terme qui vient du perse erak qui signifie littéralement « basse terre », est parfois appelé Bilad ar-Rafidain, littéralement « le pays des deux fleuves ». Pourtant, étymologiquement, « l'Eraq » (ou Irak) signifierait le « bas Iran ». Il est en opposition avec une autre ville iranienne, près de Téhéran : Arakqui, qui symbolise le « centre » de l’Iran.

Dans la tradition arabe, son étymologie est souvent associée au mot arabe "araqa" qui signifie fertile. Le mot "Irak" peut aussi signifier "bord", "bordure" ou encore "escarpement". Erak, Arak, Irak…

Téhéran est littéralement « l'Endroit où il fait chaud ». Et Bagdad ? il est communément admis que Baga data signifie « don », « grâce » ou « cité de Dieu » en persan antique mais l’assyro-araméen « Forteresse de l’Aigle » a également été proposé.

Ce petit voyage nous amène à Tunis qui tire peut-être son nom de la déesse sémitique Tanith mais certains étymologistes défendent le sympathique « tenes » venant des Romains et signifiant « attachant ». D’autres encore, soutenus par des courants berbéristes, défendent la racine indo-européenne nokt (nuit), et par extension « être couché », « passer la nuit », comme origine du nom de la capitale de la Tunisie.

A l’époque romaine, la Tunisie s’appelait Africa, Iffrikia, et a donné son nom à tout le continent. Le mot provenait peut-être du berbère Taferka signifiant « terre », « propriété terrienne ».

Selon d'autres chercheurs, le mot Afrique provient de la tribu des Banou Ifren (tribu Amazigh) , dont l'origine est Ifren appelée aussi Iforen, Ifuraces, ou Afer (terme signifiant également « grotte » ou « caverne » en langue berbère selonIbn Khaldoun).

Le Maroc,"Al Maghrib" en arabe, signifie « le Couchant » ou « l’Occident »), et plus complètement Al-Maghrib Al- Aqsa,« le Couchant Lointain ». Le nom français Maroc dérive certainement aussi de la prononciation espagnole de Marrakech, Marruecos. Ville fondée en 1062 et qui fut la capitale de trois dynasties (Almoravides, Almohades et Saadienne), Marrakech signifie « la montagne de Kouch ». Kouch ? Un descendant de Noé, l’homme de l’arche…

On le sait, l'étymologie du nom en arabe, « Al-Djaza'ir », rattache le nom aux îles qui faisaient face au port d' Alger à l'époque et qui furent englobées dans sa jetée actuelle sur la Méditerranée (la Mer au milieu des terres). Moins connu, selon l’historien romain Soline, Alger serait à l’origine, une ville grecque au nom « Ecosium», un mot grec Ecosi qui voulait dire « vingt » car elle a été fondée par 20 marins grecs qui accompagnaient Hercule lors de ses nombreuses pérégrinations. Les 20 marins s’y plurent. Hercule partit seul au Maroc, baptisa de son nom le détroit qui sépare l’Afrique de l’Europe. Celui-ci prit plus tard l’appellation « Gibraltar », djebel Tariq (« montagne de Tariq »).

Enfin, on ne saurait oublier Oran. Le mot berbère Wahran, « les deux lions » dérive de wahr (rugissement) et se réfère aux lions et leurs chasseurs qui vivaient non loin d’Oran, dans la « Montagne des Lions », toujours nommée ainsi.

Donc, que du solide. En attestent, devant la mairie d’Oran, les statues de deux grands lions mâles. Ce qui prouve une fois de plus et de façon incontestable, le caractère totalement véridique de toutes les racines étymologiques !

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10 septembre 2014 3 10 /09 /septembre /2014 15:17
Irak, Syrie : Grande Coalition contre « l’Etat islamique »

("Chronique de Paris" publié dans le Quotidien d'Oran du 11 septembre 2014)

Contre ce mouvement violent, les alliés de l’OTAN, soutenu par la Ligue arabe, partent en guerre. Sans « troupes au sol » et sans solutions politiques pour la longue guerre civile irakienne

Début septembre, les alliés de l’OTAN réunis à Newport au Pays de Galle ont jeté les bases d’une coalition militaire contre l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL). Le «format » de cette coalition comprendrait, à ce stade, une dizaine de pays, dont les ministres des Affaires étrangères et de la Défense s’étaient réunis en marge du sommet : États-Unis, Royaume-Uni, France, Allemagne, Italie, Danemark, Turquie, Pologne, Canada et Australie.

À l'issue de cette réunion, John Kerry a déclaré que les États-Unis formeraient le socle de ce groupe de pays. Le secrétaire d'État américain a souhaité qu'un plan stratégique précis soit élaboré avant l'Assemblée générale de l'ONU qui se tiendra fin septembre. «Il faut les attaquer de manière à les empêcher de conquérir des territoires, il faut renforcer les forces de sécurité irakiennes et les autres forces de sécurité régionales qui sont prêtes à les affronter, sans engager nos propres troupes », a dit le chef de la diplomatie des États-Unis. Car « il y a une ligne rouge pour nous, ici: pas de troupes au sol », a-t-il souligné.

Hier, une quarantaine de pays soutenait la démarche contre la formation violente djihadiste qui a fait de la décapitation, une arme de communication sur le Net mondial.

Le secrétaire général de la Ligue arabe, Nabil Elaraby, avait indiqué, dimanche 7 septembre, que ses pays membres avaient convenu de « prendre les mesures nécessaires pour affronter les groupes terroristes », notamment les djihadistes de l'Etat islamique qui sèment la terreur en Irak et en Syrie. Nabil al-Arabi a également réclamé dans un communiqué que les responsables de ces «crimes contre l'Humanité» soient traduits en justice. Un combat « politique, sécuritaire et idéologique », a précisé l'organisation panarabe, dont la réunion se tenait au Caire. Le texte final de la session ne fait cependant aucune référence au projet de coalition internationale initié par les Etats-Unis pour lutter contre l'EI. A la mi-août, le grand mufti d’Arabie saoudite, Abdel Aziz Al-Cheikh, a violemment dénoncé les djihadistes de l’Etat islamique et d’Al-Qaïda, les qualifiant d'«ennemi numéro un de l’islam».

Le soutien arabe à la coalition

Washington peut donc, pour élargir cette alliance internationale, compter sur ses alliés traditionnels dans le monde arabe : Jordanie, Arabie saoudite, Etats du Golfe, Egypte…

L’Iran, très sensible au sort de la population chiite irakienne dans un pays à ses frontières et qui, majoritairement chiite, pourrait passer dans sa zone d’influence, a approuvé une coopération militaire avec les États-Unis pour joindre ses forces face aux combattants de l’État islamique dans le nord de l'Irak. Mais les États-Unis affirment n’avoir pas l'intention de coopérer militairement avec l'Iran dans la lutte contre les djihadistes. «Nous n'allons pas coordonner une action militaire ou le partage de renseignements avec l'Iran et nous n'avons pas pour projet de le faire», a déclaré la porte-parole du département d’État Marie Harf. Mais les USA restent ouverts à une « collaboration diplomatique », selon Washington.

Plus complexe encore est la position à prendre vis-à-vis de la Syrie. Le régime syrien est en guerre ouverte avec l’Armée islamique qui a pris le contrôle de plusieurs régions de ce pays. Bachar al-Assad est donc le seul partenaire militaire potentiel de la coalition et il a habilement proposé son aide à celle-ci. Une hypothèse vivement rejetée par Washington.

Mais sur un plan strictement militaire, la question d'éventuelles frappes aériennes contre l’EI en Syrie même se pose. Les États-Unis et leurs alliés peuvent-ils intervenir contre les bases arrières de l'EI en Syrie sans l'accord de Bachar al-Assad ? Difficile à imaginer car cela serait, stricto sensu, un acte de guerre contre l’État syrien. John Kerry reconnaît lors de la réunion de Newport qu'il «y a d'évidentes implications en Syrie». Il est vrai qu’il n’est pas facile d’accepter l’appui de pays comme l’Arabie saoudite ou le Qatar qui ont longtemps soutenu financièrement l’EI et exclure des acteurs régionaux qui sont ouvertement en conflit avec l’armée islamiste. On peut donc parier sur des « coopérations discrètes » avec Téhéran et même Bagdad…

La situation est d’autant plus délicate que les États-Unis et ses allées occidentaux n’avaient pas fait mystère du soutien apporté aux actions des rebelles modérés et démocrates syriens contre le régime d’Al-Assad, tout en fermant les yeux sur les exactions des groupes militaires islamistes radicaux syriens, ceux-là même qui créeront en Syrie et en Irak, l’Etat islamique…

Il est vrai que, dans le passé, le noyau initial d’Al Qaida avait été soutenu militairement, par les Américains lors du 1er conflit contre les Russes en Afghanistan, avant de se retourner violemment contre leurs mentors.

Les grandes puissances parent souvent leurs grands desseins géopolitiques et leurs petits calculs boutiquiers, de nobles causes idéologiques. Mais celles-ci se révèlent parfois comme une arme à double tranchant. Kadhafi fut renversé sous le slogan de la démocratie par une intervention militaire anglo-franco-américaine, mais par la suite l’Occident se heurta aux conséquences de la « révolution » libyenne, la décomposition de cet état, aujourd’hui fracturé en trois zones et la montée en puissance de groupes islamistes radicaux qui ont trouvé leur armement dans les arsenaux de Kadhafi…

Et toujours, le pétrole…

On retrouve les mêmes ambigüités dans la genèse de l’affaire irakienne. Georges Bush a bien réussi à renverser Saddam Hussein, un ancien allié contre l’Iran. Cet autocrate émanait du parti Baas irakien, une formation très autoritaire qui représentait essentiellement la minorité sunnite de ce pays, et Hussein a exercé son pouvoir de façon dictatoriale contre les deux communautés chiite et kurde du pays qui représente 80% de la population. Mais si Georges Bush réussit à renverser « l’infâme dictateur », sa promesse de l’établissement d’une vraie démocratie resta un vœu pieux. Dans un climat permanent de guerre civile larvée ou ouverte, interethnique et interconfessionnelle, une nouvelle constitution a bien vu le jour, promouvant un état fédéral regroupant les différentes communautés, sunnites, chiites, kurdes, celles-ci disposant d’une autonomie et de droits garantis, mais également de ressources économiques autonomes.

Les Kurdes qui disposaient de ressources pétrolières importantes au nord du pays, ont joué cette carte fédérale, leur autonomie se transformant dans le conflit actuel en réelle indépendance. C’est aussi la région où le développement économique est le plus important.

«De fait, les Chiites, qui possèdent également de ressources pétrolières importantes et qui détiennent le pouvoir central et représentent la majorité, n’ont aucun intérêt à se marginaliser dans un État fédéré. Bien qu’ils aient accepté ce système fédéral, ils ne veulent pas l’appliquer, note la chercheur Karim Padsad, de l’IRIS, quant aux Sunnites, qui vivent dans les provinces pauvres et dépourvues de ressources pétrolières de l’Ouest de l’Irak et au Nord-Ouest de Bagdad, ils n’ont eux aussi aucune n’envie d’appliquer ce système fédéral car ils n’auraient aucun moyen de survivre. La non-application de la constitution que les Irakiens ont adoptée est donc un des éléments internes de la crise politique dont on parle peu en Occident ».

Dans les faits, l’État fédéral irakien n’a jamais existé et le conflit le conflit entre Chiites et Sunnites a fait accroître le nombre d’attentats et l’essor de la mouvance Al-Qaïda dans le pays. Si l’EI s’est autonomisé de la Qaida, le mouvement a réussi à rallier des tributs sunnites et des anciens cadres de l’armée de Saddam Hussein que Georges Bush avait stupidement expulsé de l’armée irakienne.

« En Irak, les conflits religieux rallumés par l’insurrection des djihadistes sunnites de l’EI ont de forts relents de pétrole » note le journaliste Gilles Bridier, L’Irak est selon les dernières statistiques de l’OPEP l’un des pays les plus richement dotés du Moyen-Orient. La production, qui fut longtemps désorganisée à cause du conflit avec l’Iran, de la première guerre du Golfe au Koweït, des sanctions de l’Onu puis de l’invasion américaine, retrouve ses records d’antan, atteignant un niveau jamais atteint depuis la fin des années 70.

Le pétrole irakien et notamment kurde qui transite dorénavant par la Turquie était donc la cible principale de l’offensive de l’EI. Et les enjeux énergétiques expliquent en grande partie l’étendue de la coalition armée contre l’État islamique.

Sur le plan militaire, la coalition disposera d’une suprématie aérienne incontestable et les troupes de l’armée irakienne, des peshmergas kurdes et des milices chiites seront puissamment réarmées. Des négociations feutrées, via peut-être une médiation saoudienne, avec des responsables sunnites actuellement passés sous l’orbite de l’EI (ce qui explique certainement à la reddition sans coup de feu de Mossoul, principale ville sunnite, sans coup férir) se dérouleront certainement avec des promesses de contreparties, qui passerait par une nécessaire révision des revenus pétroliers…

Mais les conflits dits « asymétriques » révèlent toujours des surprises : outre une éventuelle campagne terroriste en Europe, « rien ne dit que, s’ils se trouvaient acculés, les djihadistes en rébellion ne décideraient pas alors de s’attaquer aux installations pétrolières, aussi bien au niveau de la production que des exportations », commente Gilles Bridier. Une telle perspective remettrait peut-être en cause l’engagement de Barak Obama de ne pas envoyer à nouveau « 100 000 soldats américains en Irak ».

« L’Europe ? Quel numéro de téléphone ? »

Le 15 août, les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne ont décidé de prendre une position commune. Jusqu’à présent les 28 étaient seulement d’accord sur l’envoi d’une aide humanitaire. Dorénavant, « Nous avons trouvé une position commune qui, dans l'esprit, dit la chose suivante : l'UE salue le fait que certains pays vont répondre favorablement à la demande des forces de sécurité kurdes », a affirmé le ministre des affaires étrangères allemand, Frank-Walter Steinmeier. En clair, chaque état-membre fait ce qu’il veut, ou peut. D'autant que les opinions publiques européennes sont très défavorables à toute escalade militaire en Irak (92% des Français, 95% des Allemands).

L’UE se divise entre les pays les plus engagés pour l’intervention, la France, en pointe et qui a annoncé l'envoi d'armes « sophistiquées » (Hollande se rend à Bagdad demain) mais aussi la Grande-Bretagne et les pays les plus réticents, la Suède, l'Irlande, la Finlande, l'Autriche hostiles par principe à la fourniture d'armes en zones de conflit, ou inquiets d'éventuelles tentations indépendantistes kurdes. Les Allemands, très réticents dans un premier temps, ont fait taire leurs réserves.

En général, les divergences au sein de l’UE ne sont pas insurmontables puisque des décisions communes sont actées, mais il faut du temps et beaucoup de négociations pour prendre une position d’autant moins tranchée qu’elle devra être nécessairement unanime. L’UE peu réactive est incapable de donner le ton dans les relations internationales tout d’abord parce que ses États membres refusent de laisser une institution commune prendre le pas sur les diplomaties nationales. Et les États-Unis pèsent beaucoup. De surcroit, quand l’UE a fait le choix de l’élargissement et accepté l’entrée d’états financièrement plus faibles dans la zone euro, s’est créé un processus d’affaiblissement général. Les membres fondateurs ne pouvaient plus peser du même poids. Plusieurs gouvernements nouvellement entrés ont fait un calcul rudimentaire : entrer dans l’OTAN, c’est la sécurité ; adhérer à l’Union Européenne c’est la prospérité.
« Résultat dans un monde où se multiplient les crises (Syrie, Gaza, Irak, Ukraine), l’Union européenne a bien acquis un numéro de téléphone (pour reprendre la formule ironique « L’Europe ? Quel numéro de téléphone ?» d’ Henry Kissinger en 1973) mais c’est encore une simple boîte vocale», résume l’historien François Géré.

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10 septembre 2014 3 10 /09 /septembre /2014 15:07
Ukraine : l’Europe en panne diplomatique

("Chronique de Paris" paru dans le Quotidien d'Oran du 4 septembre 2014)

L’Europe s’inquiète de l’évolution du conflit mais peine beaucoup à adopter une réponse commune. Et surtout efficace

Un nouveau sommet européen extraordinaire s’est tenu samedi dernier à Bruxelles avec au programme la crise en Ukraine. Le contexte était particulier : pour la 1ère fois, la Russie reconnaissait de facto l’entrée de troupes russes à l’est de l’Ukraine. Sur le plan militaire, les troupes ukrainiennes « pro-russes » étaient depuis plusieurs semaines à la contre-offensive. Un apport significatif de Moscou en armes et en hommes risque bien d’inverser le rapport des forces sur le terrain.

L’Union européenne, visiblement sonnée par l’évolution du conflit, va se donner une semaine supplémentaire pour prendre des décisions, certainement sous la forme de nouvelles sanctions économiques. « Il y a incontestablement une aggravation de la situation a souligné François Hollande, l’Europe doit agir. Les sanctions seront sans doute augmentées». Mais à Bruxelles, Angela Merkel et David Cameron ont évité de s’appesantir sur ce sujet brulant et difficile.

Pendant que les Européens tergiversent, Vladimir Poutine manie avec habileté, l’une de ses armes favorites, la provocation finement menée. Cet été, il y avait déjà réussi avec le long feuilleton du « convoi humanitaire » de 350 camions russes, affaire légèrement grotesque qui a polarisé l’attention des médias et des politiques alors que l’essentiel se déroulait ailleurs. Officiellement, le chef du Kremlin demande l’ouverture de véritables négociation mais Poutine, en début de semaine a esquissé une nouvelle exigence : les séparatistes seraient en droit d’organiser leur propre état dans le sud et l’est de l’Ukraine. Le nom est déjà trouvé, « Nouvelle Russie », futur état auquel s’adjoindrait peut-être la Crimée, terre « ukrainienne » surtout peuplée de Russes, déjà « captée », par la Russie.

L’arme des sanctions financières contre la Russie est à double tranchant. Certes, les sanctions économiques, qui évitent la confrontation armée directe, affaiblissent une économie russe qui n’est déjà pas en bonne forme. Mais Vladimir Poutine est résolu à poursuivre l’épreuve de force, fort du soutien sur le dossier « Ukraine » de 80% de sa population. Et des contre-mesures russes de rétorsion économique frappent en retour au prote-feuille les économies européennes. Les producteurs de fruits et légumes ont ainsi perdu un marché juteux, les investisseurs, notamment anglais et allemands, particulièrement actifs en Russie, font grise mine. Mais surtout, la Russie dispose d’une arme redoutable, ses exportations de gaz, la Russie étant le 1er fournisseur d’énergie de l’Europe. Résultat : zéro à zéro, et balle au centre.

Une guerre européenne, un pays très divisé

La crise ukrainienne n’est pas sans rappeler les épisodes de la Guerre froide où l’on voyait s’affronter l’Est et l’Ouest sous la menace ultime de l’arme atomique. Les deux géants, USA et URSS, qui se savaient eux-mêmes menacés en cas d’utilisation de missiles nucléaires, multipliaient les conflits régionaux pour garantir les frontières de leur empire : la guerre de Corée en fut le 1er exemple, sans oublier la crise de Cuba, la guerre du Vietnam, la répression en Indonésie… Les affrontements Est/Ouest se retrouvent également dans d’autres conflits régionaux au Proche-Orient, en Afrique, en Amérique latine. La Russie de son côté réprime brutalement toute tentative de sortie du glacis soviétique comme se fut le cas en Allemagne de l’Est, en Hongrie, en Tchécoslovaquie et avec beaucoup moins de succès en Afghanistan. Ce dernier échec fut pour beaucoup dans la chute de l’empire soviétique.

En 1991, les États-Unis ont remporté alors la manche, avec l’écroulement, sans violence, de l’URSS. La Russie lui a depuis succédé. Alors qu’un certain nombre de pays satellites de l’ex-URSS intégrait l’Ouest en adhérant à l’Union européenne (Pologne, Hongrie, Tchécoslovaquie, Roumanie, Bulgarie…), les pays qui faisaient partie intégrante de l’Union des Républiques socialistes soviétiques (URSS), ont soit adhéré à l’UE (Pays Baltes), soit acquis leur autonomie (Moldavie, Ukraine, Biélorussie…). Le compromis entre Moscou et Washington est que ces derniers pays nouvellement indépendants, restent neutres et ne rejoignent ni l’Europe, ni le bloc de l’Ouest et l’OTAN, restant ainsi plus ou moins sous la tutelle de la Russie. En Asie centrale, les cinq nouvelles républiques indépendantes (Kazakhstan, Ouzbékistan, Turkménistan, Kirghizstan et Tadjikistan restent à des degrés divers, proches de Moscou.

L’éclatement de la république yougoslave, de son coté, dégénère en différents conflits violents dans les Balkans (Bosnie, Kosovo). Mais depuis, la Croatie a intégré l’UE et d’autres républiques indépendantes de la région se sont portées candidates.

La question d’une possible guerre civile en Ukraine, avec une intervention armée de la Russie est regardé avec beaucoup d’attention par les capitales européennes tout d’abord parce qu’elle se situe en Europe même, avec de multiples possibilités de dérapages plus ou moins contrôlés et avec le risque de s’affronter, en sous-main ou directement avec une grande puissance, la Russie.

Beaucoup d’analystes décrivent l'Ukraine comme un pays coincé entre deux blocs. Aujourd'hui, c’est une véritable passerelle géographique entre la Russie, avec laquelle elle partage plus de 1.500 kilomètres de frontière, et l'Union européenne, qu'elle côtoie sur près de 1.300 kilomètres à travers ses frontières avec la Pologne, la Slovaquie, la Hongrie et la Roumanie.

Sur le plan historique, l’Ukraine a longtemps été partie intégrante de la Russie sans réelle destin autonome : Kiev, l’actuelle capitale de l’Ukraine fut au IXème siècle, la 1ère capitale de la Russie et le siège originel des « tzars » ; bien plus tard, Nikita Khrouchtchev, successeur de Staline, lui-même géorgien, était ukrainien…

Le pays est par ailleurs fortement marqué par une division entre deux régions, l’ouest et l’est, très distinctes sur un plan ethnolinguistique. Les opinions politiques qui s’y expriment sont fonction de ces divisions, y compris dans le débat entre rapprochement vers l’UE ou la Russie. « Cette division de l’Ukraine entre une partie occidentale, orientée vers la Pologne, de tradition catholique qui pratique la langue ukrainienne et une partie orientale peuplée de russophones, de religion orthodoxe, qui a vécu longtemps des mines et des grands combinats communistes, s’était déjà manifestée dans les urnes après la “Révolution orange” de 2004, les pro-occidentaux et les pro-russes se succédant au pouvoir», commente Daniel Vernet. Il faut également noter que les fractions politiques ukrainiennes qui ont accédé au pouvoir, toutes tendances réunies, sont peu efficaces, très véhémentes et surtout corrompues.

Sur le plan économique, les échanges en temps de paix sont extrêmement nombreux avec la Russie et surtout, l’Ukraine est le lieu de passage du principal gazoduc russe vers l’Europe. Du fait du conflit qui a déjà fait plus de deux mille de morts et 500 000 réfugiés, l’économie ukrainienne périclite et on prévoit une forte baisse du PIB en 2014.

Bras de fer Poutine / Obama

« Kiev, bien sûr, ne peut pas reculer. Le nombre de victimes et de dégâts l’oblige à obtenir la victoire militaire, ou la société ukrainienne se retrouvera elle-même face à l’épineuse question de savoir pourquoi elle a payé un prix si catastrophique. La guerre va laisser une économie nationale en ruine totale, déjà en piteux état auparavant, souligne Fedor Loukianov, l’un des responsables de la politique étrangère russe, l’Ukraine ne peut compter que sur l’aide extérieure. Mais personne ne possède la quantité de fonds nécessaire. La principale charge du sauvetage financier de Kiev devra, selon toute évidence, être assumée par l’Europe, mais cette dernière manque de liquidités ». Pour ce responsable russe, « la seule issue sera diplomatique ou ne sera pas ». A la table des négociations, quatre thèmes proposés par Moscou : « le premier concerne le système politique de l’Ukraine, qui garantirait à l’Est un statut spécial avec la conservation de ses particularités culturelles et historiques. Le second est celui du statut « neutre » de l’Ukraine, soit de son renoncement à intégrer l’OTAN, que la Russie considère comme une menace fondamentale. Le troisième concerne le vaste éventail de questions liées au gaz : les dettes, le prix, le transit, etc. Le quatrième thème touche à la relance économique de l’Ukraine après la guerre, ce qui est quasi improbable en cas de rupture complète des relations avec la Russie ».

Ces propositions paraissent somme toute assez raisonnables pour servir de base à la négociation mais les Russes sont-ils de bonne foi ? Outre la «guerre couverte» menée par Moscou notamment dans le bassin industriel du Donbass ukrainien, il ne faut pas oublier le rattachement manu militari de la Crimée à la Russie. Pour certains, Vladimir Poutine poursuit avec obstination un « programme politique revanchiste, révisionniste et réunioniste ». L'idée serait d'élargir les frontières russes, de re-satelliser tout ou partie des États successeurs de l'URSS…

A l’inverse, les États-Unis n’ont pas fait mystère de favoriser au maximum les penchants séparatistes pour affaiblir la Russie. Georges Bush considérait ce pays comme un adversaire et non comme un partenaire et Obama suit la même ligne. Les Russes pensent que les états partenaires des États-Unis ne sont que leurs vassaux. Le dialogue n’est guère possible, relançant tous les calculs et les manœuvres de part et d’autres.

Et il est vrai que la vie politique ukrainienne vit sous de multiples pressions étrangères. En 2013, le président (démocratiquement) élu, Yanoukovitch était aussi réputé pour sa russophilie que pour sa corruption. Le mouvement d’abord populaire de la place Maidan, né à l’automne le chasse du pouvoir mais la fraction politique qui lui succède est rapidement fortement marquée par un discours belliciste et d’extrême-droite. L’actuel président élu dans des circonstances contestables, le milliardaire Petro Porochenko, bénéficie d’un soutien très actif de Washington qui est monté en puissance dans les sanctions antirusses.

Mais Barak Obama exclue à cette date toute intervention militaire directe. Outre les risques, son opinion publique n’accepterait pas, après les échecs ou semi-échecs de l’Irak et de l’Afghanistan, de voir à nouveau ses GI’s envoyer dans des conflits très étrangers et très risqués. L’OTAN pourra fournir en plus grand nombre des armes, intensifier de façon provocatrice sa présence militaire en Pologne ou dans les pays balte mais elle n’interviendra pas et même des frappes aériennes sont aujourd’hui exclues. « Les troupes ukrainiennes sont donc seules dans cette guerre » commente Philippe Migault de l’IRIS.

UE : Hésitations, suivisme, impuissance

Vladimir Poutine sait tout cela et il est déterminé à aller jusqu’au bout du bras de fer. D’autant que l'Union européenne n'est pas un poids lourd diplomatique dans la mesure où ses membres sont profondément divisés.

Les pays de l’est de l’UE, très antirusses poussent à accroitre l’aide militaire. Pour la présidente lituanienne Dalia Grybauskaité, "la Russie est en état de guerre avec l'Ukraine, un pays qui veut faire partie de l'Europe, ce qui signifie que Moscou est pratiquement en guerre contre l'Europe". Mais Ni Berlin, ni Londres, ni Paris ne sont sur cette ligne. On note même des différences notables entre François Hollande, plus proche des positions américaines, Angela Merkel qui recherche plutôt le compromis avec Poutine et David Cameron qui songe surtout aux très importants investissements russes dans la City londonienne. Mais tous savent qu’en matière énergétique, ce sont les Européens qui supporteraient un éventuel embargo russe sur le gaz. Au résultat, beaucoup de déclarations, mises en garde et ultimatums solennels, tous guère suivi d’effets… Mais que faire d’autre dans un conflit où l’Europe ne pèse pas politiquement mais qui menace très directement ce continent ?

Vue d'Europe, l'administration Obama a beau jeu de se montrer plus ferme, puisque que de toute manière une intervention militaire américaine est exclue. Des voix s’élèvent contre un alignement suiviste trop grand de la diplomatie européenne sur les vues de Washington. D’autres regrettent la mise au ban trop rapide de la Russie. La destruction en mars d’un avion de la Malaysia Air, trop rapidement et indûment mis sur le compte des insurgés ukrainiens prorusses, est loin d’avoir révélé tous ses secrets. « Merkel et Hollande devrait se rendre très vite à Moscou pour négocier sérieusement avec Poutine » suggère Alain Juppé. Mais cela voudrait dire se libérer de la tutelle de Washington…

(la semaine prochaine, suite et fin : l’Europe et le Califat)

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27 août 2014 3 27 /08 /août /2014 17:26
L’Europe en panne

Les contraintes européennes ne sont pas étrangères à l’actuelle crise politique française

Article paru dans le Quotidien d'Oran du 28 juillet 2014

Il est assez étonnant d’entendre un ministre de l’économie expliquait que la politique qu’il dirige depuis plusieurs, est mois nulle et dangereuse ! Les Français qui ont entendu Arnaud Montebourg expliquer les raisons de son départ du gouvernement présidé par François Hollande, en sont restés un peu pantois.

Bon orateur, volontiers « fort en gueule » mais souvent très « charmeur », Arnaud Montebourg a su garder de son passé professionnel d’avocat, un bon usage de la plaidoirie, y compris pour sa propre défense, une dialectique redoutable doublée d’une forte conviction pour toute thèse qu’il défend, même s’il en change. Il est en tous cas assez habile pour avoir compris que les propos qu’il distillait dans ses interviews ces derniers jours ne pouvait qu’amener une crise gouvernementale, débouchant sur la démission du premier ministre Manuel Valls, et la nomination d’un nouveau gouvernement. Celui-ci a été désigné toujours sous l’autorité de Valls, mais sans la participation d’’Arnaud Montebourg et d’autres ministres de la gauche du parti socialiste, ni celle des écologistes. Et une bonne partie des élus et députés de la gauche ménagent de moins en moins leurs critiques ouvertes ou voilées, rejoints par de nombreux responsables syndicaux.

Le divorce s’est amorcé en début d’année avec le tournant donné par François Hollande à la politique économique du pays, avec le nouveau « Pacte de responsabilité » qui accéléra la politique antérieure. Celle-ci visait déjà à dynamiser une « politique de l’offre », c'est-à-dire réduire fortement les dépenses de l’état et de la protection sociale, accroitre la fiscalité des particuliers et favoriser au plus les capacités des entreprises à investir. Du coup, les contribuables ont vu leur feuille d’impôt s’allonger, les fonctionnaires, leurs salaires bloqués pour cinq ans, mais surtout les entreprises, notamment les petites, ont eu un mal croissant à écouler leurs produits, faute d’acheteurs, les consommateurs étant devenu très prudents. Du coup, le chômage repart en forte hausse… Le taux de production étant devenue quasiment nul depuis plusieurs mois, combiné avec une inflation elle-même réduite quasi à zéro et c’est la menace tant redoutée par les économistes d’une déflation, spirale négative dont on ne sait jamais bien comment en sortir…

François Hollande conscient des difficultés de ses administrés réaffirme néanmoins garder le cap de la rigueur, voire même le renforcer, plaidant qu’il faut laisser « du temps au temps », le temps tout au moins que sa politique donne des fruits positifs. Le président de la République française qui bat chaque mois des records d’impopularité (aujourd’hui, 17% des français sont contents de lui), a appris au début du mois d’août une autre mauvaise nouvelle : dans les entreprises françaises, le niveau des dividendes, c’est-à-dire l’argent distribué aux actionnaires avait en un an augmenté de 30% alors que l’investissement avait reculé ! En clair, les mesures notamment fiscales, favorables aux entreprises, qu’il avait ordonnées, ne servaient pas celles-ci à dynamiser leurs activités mais gonflaient massivement « les poches des capitalistes ». Un comble pour un président de gauche !

Les pressions de l’UE

Dans les 1ers sondages d’avant-hier, 8 Français sur 10 pensait que le nouveau gouvernement Valls ne serait ni efficace, ni juste. Pourquoi François Hollande maintient-il cette orientation politique qui fait surgir un flot croissant de mécontents ? Par conviction, tout d’abord. Il fait partie d’une génération de responsables politiques qui ont pris conscience que l’état français dépensait en général beaucoup plus qu’il ne percevait. Il a fait ses premières armes politiques sous Mitterrand lorsque celui-ci, après avoir beaucoup flambé, lançait son célèbre « programme de rigueur ». Ce qui ne l’avait pas empêché à l’époque, de se faire réélire. Plus social-libéral que socialiste, François Hollande se méfie également de l’interventionnisme étatique en matière d’économie.

Mais si le président français maintient coute que coute sa politique actuelle, c’est en grande partie parce qu’il y est contraint. Non pas par l’opposition de droite : celle-ci, aujourd’hui très divisée par des querelles de chefs, menait sous Sarkozy une politique à peu près similaire. Mais c’est la Commission européenne qui impose sa pression. En quittant le gouvernement, Arnaud Montebourg a réaffirmé avec force que la politique d’austérité imposée par l’Union européenne était responsable de la prolongation de la crise en France, articulant sa démonstration sur de fortes affirmations pour grande partie, justes. La planète a subi à partir de 2008, une crise sans précédent depuis celle 1929 mais tout le monde est sorti de cette crise sauf l’Europe. En accusation pour l’ancien ministre de l’économie, les diktats unilatéraux de la Commission européenne qui impose aux Etats-membres de l’UE des politiques économiques centrés trop uniquement sur la gestion par des politiques d’austérité et de réduction rapide de la dette publique et privée, coûteuses socialement : la compression des coûts salariaux et des prix, la forte réduction des dépenses publiques peuvent entrainer des hausses de productivité mais ne réalise pas de véritable relance de l’économie. Ces pratiques sont très pénalisantes en matière de croissance et d’emploi, et seraient, selon Montebourg, la cause de la prolongation de la crise en Europe, faute de reprise de la consommation.

Facteur aggravant, l’existence d’une monnaie commune : en adoptant l’Euro, les états européens se sont privés d’un outil d’assouplissement des difficultés, le contrôle des changes et la dévaluation. Le fait est que de toutes les grandes monnaies internationales, l’Euro est surévalué alors que le dollar, le Yen, le Yuan et même le rouble sont notoirement sous-évalués. D’où des problèmes à l’exportation…

Intransigeance allemande

« L’Allemagne sert ses intérêts personnels, pas ceux de l’Europe » martèle Montebourg. L’Allemagne en acceptant la création d’une monnaie commune, avait fortement insisté pour donner des règles rigides à la politique économique qui devait être menée dans l’UE. Celle-ci repose nécessairement sur l’équilibre budgétaire, le refus de la dépréciation de l’Euro et du financement monétaire des déficits publics, une grande rigueur salariale, une banque centrale à l’image de la Bundesbank, autonome des pouvoirs politiques et construit essentiellement pour limiter au maximum l’inflation, alors que celle-ci comme la dévaluation, peut être une roue de secours très utile, et vient cruellement à manquer à l’heure où l’on rentre en déflation…

Le tournant vers l’austérité en Allemagne a été imposé par un socialiste, le Chancelier Schroeder et fut couronné de succès. Mais la réussite de ces recettes tient également aux particularités allemandes : une industrie forte, une main d’œuvre qualifiée, un chômage faible (notamment dû à une très faible démographie), de grandes capacités à l’exportation, notamment dans le reste de l’Europe et une présence active des capitaux allemands sur les marchés internationaux. Des atouts que ne possèdent pas nécessairement les 27 autres pays membres de l’Union européenne. Mais il n’est pas question de faire changer d’opinion madame Angela Merkel. Au cours de l’été, François Hollande avait plaidé pour un assouplissement des règles, notamment concernant les contraintes d’assouplissement des déficits budgétaires imposées par l’UE : la « Dame de fer » allemande lui avait sèchement adressé une fin de non-recevoir.

Forte de sa réussite, l’Allemagne qui est également en grande partie le banquier de l’Europe, impose donc ses règles. François Hollande n’aurait donc que peu de marges de manœuvre. Mais il a peut-être trop vite cédé à l’intransigeance d’Angela Merkel. D’autres pays comme l’Italie ou la Belgique, commencent à renauder contre les pressions de Bonn. Des organismes internationaux peu suspects d’interventionnisme laxiste et socialisant comme le FMI et l’OCDE ont dès 2013, mis en garde les états européens contre une austérité excessive. Mieux, la Commission européenne elle-même déclarait en avril 2013 que « l’austérité avait atteint ses limites ». Et même en Allemagne, les milieux économiques s’inquiètent de la raréfaction des débouchés en Europe pour les produits allemands d’exportation, ce qui expliquerait l’actuel coup de froid de l’économie allemande. Mais rien n’y fait, Merkel ne changera rien...

Désillusion européenne

Dans cette période de célébrations et de cérémonies accompagnant le centenaire de la guerre de 1914 et le cinquantenaire du débarquement et de la libération de Paris, on aurait pu craindre une remontée de « l’anti-germanisme primaire ». Il n’en fut heureusement rien. C’est l’un des bons côtés de l’Europe : après plusieurs et sanglants conflits mondiaux, les principaux états européens ont définitivement décidés de ne pas résoudre leurs conflits à coups de chars et de canons.

En revanche, l’Union européenne n’est plus une idée qui enchante. David Camerone, le 1er Ministre anglais a même promis aux Anglais un référendum fin 2015 sur un sujet brulant : le maintien ou non de l’Angleterre dans l’Union européenne. L’UKIP, le parti europhobe anglais a réussi à glaner 29% des voix lors des dernières élections européennes. Plus généralement, les formations « europhobes » pèsent aujourd’hui 20% des 780 parlementaires européens élus en mai 2014 dans un climat profond d’euroscepticisme. En 2003, l’Europe apparaissait comme une « source d’espoir » pour 61% des Français, ils n’étaient plus, une décennie plus tard, que 31% à exprimer le même sentiment. Parmi les plus sceptiques, les jeunes et les ouvriers, 5 fois plus nombreux que les cadres. Dans l’atmosphère de crise généralisée, l’Union européenne suscite du désintérêt, voire de l’hostilité, notamment vis-à-vis des instances européennes : l’Europe est perçue comme un problème et non plus comme une solution.

C’est l’heure des désillusions : la croissance est plus faible en Europe que dans le reste du monde (+1% en 2014), elle se désindustrialise (la part de celle-ci dans le PIB est passé de 20% à 15% en vingt ans), la situation des PME s’y détériore. Le chômage est général : 12% dans la zone et de plus de 40% pour les moins de 25 ans dans les pays du sud de l’Europe. Plus généralement, les écarts structurels entre les pays du nord (plus riches) et ceux du sud de l’Europe (plus pauvres) s’accroissent.

L’ensemble est géré par des institutions politiques éloignées des citoyens européens et souvent très opaques. Mis à part le Parlement européen, élu mais disposant de pouvoirs limités, les vraies instances de décisions sont le Conseil européen (où s’effectuent les tractations entre pays), la Commission européenne, le pouvoir réellement exécutif, et la Banque centrale européenne. Ces instances ne sont pas élues et ne rendent des comptes à personne et surtout pas aux citoyens européens. Tout cela a généré une forte technocratie peu soucieuse d’expliquer ses décisions.

Or, celles-ci modifient de plus en plus la vie quotidienne des citoyens européens : des myriades de normes, règles, directives.., s’appliquent ainsi uniformément dans les 28 pays alors que ceux-ci connaissent de profonds écarts de richesse mais vivent surtout dans des cultures très différentes. « L’harmonisation » des règles communes aboutit souvent à des régressions pour les pays les moins avancés et les populations les plus vulnérables. Cette prodigieuse activité normative qui régule la moindre activité européenne est de surcroit initiée et définie par des « lobbies » privés économiques et financiers particulièrement actifs tant à Bruxelles qu’à Strasbourg, ville du Parlement, à Francfort, siège de la BCE, qu’au Luxembourg où agit la Cour européenne de justice.

Mais surtout dans une Europe à faible démographie, vieillissante (l’Europe ? 7% de la population mondiale, 20% du PIB mondial, 50% des dépenses sociales), l’Union des 28 pays ne constitue pas une « puissance » ni sur le plan militaire, politique ni même sur le plan technologique et culturel. (Seconde partie : les mystères de la « politique étrangère » européenne)

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27 août 2014 3 27 /08 /août /2014 17:18
Gaza : et maintenant l’épisode « ouverture des négociations »

On ne sait pas si jamais elles aboutiront, mais les négociations qui s’ouvrent seront longues, difficiles et à rebonds.

Article paru dans le Quotidien d’Oran du 2 Aout 2014

Vendredi dernier, Barack Obama exigeait « une libération rapide et sans délai » d’un soldat israélien capturé à Gaza. Mis en cause, le Hamas : « nous avons condamné sans équivoque le Hamas et les factions palestiniennes qui sont responsables de la mort de deux soldats israéliens et de l’enlèvement d’un troisième quelques minutes seulement après l’annonce d’un cessez-le-feu. « S'ils sont sérieux dans leur volonté d'essayer de trouver une solution à cette situation, ce soldat doit être libéré sans condition, dès que possible », a affirmé le président américain, estimant qu'il n'était « pas particulièrement important » de savoir si le Hamas ou une autre faction était responsable de cet enlèvement ». Rappelons que le « cessez-le-feu » de 72 heures avait été décidé unilatéralement par Israël et que l’enlèvement du lieutenant Hadar Goldin entraîna immédiatement des bombardements causant la mort de centaines de civils palestiniens, malgré les protestations du Hamas qui démentait tout « enlèvement ».

Le fait fut corroboré quelques jours plus tard par l’armée israélienne qui reconnut que la lieutenant était « mort au combat » et non pas « kidnappé ». Il faut néanmoins retenir deux leçons de cette affaire qui fit la « une » de tous les journaux internationaux. Tout d’abord, quand un soldat israélien tombe dans les mains du Hamas, ce n’est pas, comme ailleurs dans n’importe quel conflit armé, un « prisonnier de guerre », c’est un « kidnappé ». Il est vrai que quand un combattant du Hamas tombe dans les mains de l’armée israélienne, ce n’est pas non plus un prisonnier de guerre, c’est un terroriste qui part, au mieux, pour de nombreuses années dans une geôle.

L’autre constat est que par cette déclaration imprudente et solennelle concernant le soldat Hadar Goldin, Barack Obama avait réaffirmé une fois de plus sa solidarité avec l’armée israélienne et couvert ses actes de guerre contre la population palestinienne de Gaza.

Ouverture d’une très fragile négociation

Depuis, les bombardements ont continué. On dénombre à ce jour, plus de 1800 morts et une dizaine de milliers de blessés palestiniens, dont l’immense majorité sont des civils. Et il ne s’agit que des corps retrouvés. La ville est en effet est en ruine. Selon l’ONU, 270 000 personnes sont réfugiés dans des bâtiments internationaux (régulièrement bombardés) et 200 000 autres personnes sont déplacées du fait de la perte ou des menaces sur leur maison. Gaza, la plus forte densité urbaine du monde, compte 1,8 millions d’habitants. 43,4% des gazaouis ont moins de 14 ans et 40% des adultes sont au chômage.

La poursuite des bombardements aveugles ou volontaires de populations civiles a finit par émouvoir les puissances occidentales. Laurent Fabius et François Hollande ont évoqué le mot de « massacre », tentant de corriger ainsi les déclarations malvenues et maladroites de soutien à Israël au début du conflit. En Angleterre, Sayeeda Warsi, première femme musulmane secrétaire d'État au Royaume-Uni, a démissionné en disant ne plus pouvoir "soutenir la politique du gouvernement sur Gaza" qu'elle a qualifiée de "moralement indéfendable". Aux Etats-Unis même, le gouvernement ne cache plus son inquiétude devant la dégradation de la situation et dans les coulisses, John Kerry, le secrétaire d’état américain chargé du dossier ne masque pas son agacement devant l’intransigeance israélienne. Il est vrai qu’il a découvert que son téléphone avait été écouté par les services israéliens…

Les pressions occidentales auxquelles il faut rajouter les prises de position de la Chine et de la Russie et de l’ONU, ont donc entrainé lundi une nouvelle trêve de 72 heures renouvelables, conclue sous la médiation égyptienne et accepté par Israël et le Hamas. Des négociations devraient s’ouvrir au Caire entre les parties. Les États-Unis ont indiqué qu'ils participeraient « probablement » aux négociations entre Israéliens et Palestiniens. « Nous déterminons à quel niveau, à quel titre et à quel moment », a déclaré la porte-parole du département d'État, Jennifer Psaki. La porte-parole a assuré que les « efforts » et « l'implication » des États-Unis depuis le début ont été bien accueillis par les parties israélienne et palestinienne. Un propos quelque peu optimiste quand l’on sait le traditionnel et constant engagement américain en faveur du gouvernement israélien. L’Europe du fait de ses hésitations, ne pèsera pas ou peu dans les éventuelles discussions qui vont s’ouvrir, pas plus que la Russie ou la Chine. Reste l’ONU…

Autre difficulté, la position du médiateur égyptien. Le général Al-Sissi a joué un rôle déterminant dans la pause actuelle du conflit à Gaza, après un mois de guerre. Mais le nouveau chef de l’Égypte n’a jamais caché sa méfiance voire sa forte opposition au Hamas. Le Caire a souvent accusé la formation palestinienne d’aider les frères musulmans égyptiens a fomenter des « attaques terroristes » en Égypte.

La négociation débute donc sur un certain déséquilibre dans l’instance de médiation. Israël a certes, retiré ponctuellement ses troupes de la bande de 2/3 km que son armée occupait dans Gaza. Celle-ci a cessé pour l’instant ses bombardements aériens mais elle reste « l’arme au pied », prête à intervenir à tout moment. Le retrait des troupes israéliennes de Gaza ne signifie pas pour autant la fin de l'opération "Bordure protectrice". L’État hébreu a prévenu: il n'hésitera pas à bombarder en cas de nouvelle attaque. Le gouvernement israélien reste apparemment divisé entre les jusqu’auboutistes qui souhaite éradiquer physiquement le Hamas et ceux qui attendent de la négociation un renforcement de la position d’Israël dans la zone.

La fin du blocus ?

La principale demande des négociateurs israéliens est simple : Tel Aviv souhaite une démilitarisation complète de la Bande de Gaza, avec la possibilité exprimée par l’enragé Avidgor Lieberman, le ministre des affaires étrangères israélien, d’un placement de la Bande de Gaza sous mandat international de l’ONU. Ce serait donc les Casques bleus qui démilitariseraient le Hamas ? Hypothèse compliquée... D’autant que l’armement est le seul argument tangible dont dispose la formation qui, selon la presse internationale, bénéficie dorénavant d’un soutien accrue de la population de Gaza.

Quant aux revendications palestinienne, elles tiennent en un terme tout aussi simple mais avec de multiples conséquences : la fin du blocus qui fait de Gaza une grande prison affamée et depuis le conflit, menacée d’une catastrophe humanitaire. Comme le note le site Mediapart, les demandes sont nombreuses :

- une limitation draconienne des entrées et sorties de Gaza avec de longues périodes de frontière hermétique en dehors des urgences médicales vitales. L’Égypte a également imposé de son coté une fermeture de points de passage sur Gaza.

- sur les 6 000 produits considérés comme d'importance vitale par l'ONU, Israël ne tolère l'entrée dans la bande de Gaza que de 30 à 40 d'entre eux, sachant que 90% de la population dépend de l’aide alimentaire de l’ONU

. - les exportations agricoles et industrielles sont interdites à quelques rares exceptions. - les importations sont aussi extrêmement limitées, si bien que les bâtiments détruits par les bombardements israéliens ne peuvent pas à l’heure actuelle, être reconstruits

. - le blocus maritime, qui s’ajoute au blocus terrestre, se resserre comme un étau : 20 miles nautiques en 1995, 12 en 2002, 6 en 2006, 3 en 2009 et 2 milles (moins de 4000 mètres) aujourd’hui. Ce rend impossible toute pêche industrielle et prive la population d’une ressource précieuse.

- la fourniture d’électricité par Israël est vitale pour les habitants de Gaza. Déjà détruite par Israël en 2006, la seule centrale électrique de Gaza a de nouveau été bombardée et mise hors d’état de fonctionner le 29 juillet dernier. Contrôlant ainsi l’accès de Gaza à l’électricité, Israël interrompt (tout comme l’Egypte) de façon unilatérale cet approvisionnement avec tous les risques humanitaires que cela suppose pour les malades dans les différents hôpitaux et les contraintes pour tous les autres habitants.

Et la Cisjordanie ?

Notons enfin que les zones tampons imposées par Israël occupent une part significative de la bande de Gaza (près de 14% du territoire et 44% des zones cultivables). Dernière revendication palestinienne : des libérations de prisonniers détenus en Israël, notamment le groupe d’une vingtaine de condamnés à de lourdes peines, que l’Etat hébreu s’était engagé à relâcher au printemps dernier et qui se trouvent toujours derrière les barreaux.

La négociation qui s’ouvre va donc être difficile et fragile. Elle peut être interrompue ponctuellement ou durablement par n’importe quelle provocation sur le terrain, provenant d’une partie ou d’une autre.

La première inconnue réside dans les intentions d’Israël. Le bilan militaire de l’opération « Bordure protectrice » est mitigé. La destruction de quelques tunnels a pour l’état hébreu, une lourde contrepartie diplomatique, avec une nette dégradation de l’image d’Israël dans la communauté internationale. Contrairement aux autres opérations militaires, la dernière offensive israélienne sur Gaza n’a pas eu également les succès escomptés au regard des pertes enregistrées et du coût financier de l’opération. La supériorité militaire israélienne n’interdira pas non plus le Hamas de se réarmer rapidement. Le groupe islamiste qui avait perdu de l’audience et avait été contraint de négocier avec le Fatah et l’Autorité palestinienne a retrouvé un crédit international et dans la population de Gaza.

Une réelle levée du blocus parait peu imaginable avec le gouvernement israélien actuel qui masque ses impasses stratégiques (et une mauvaise situation de l’économie israélienne) dans des discours ultranationalistes.

La négociation devra nécessairement aborder également la situation des territoires occupés en Cisjordanie. Les questions de la colonisation sans fin des territoires, la reconnaissance internationale de l’état palestinien ne peuvent pas être occultées de la table des discussions.

L’Autorité palestinienne participe d’ailleurs à la négociation, tout comme la formation « Djihad islamique ». Existera-t-il, sur Gaza, la Cisjordanie et bien d’autres problèmes, des positions unifiées dans la délégation palestinienne ?

Hors l’Egypte, le monde arabe, troublé par de nombreux conflits intérieurs (Syrie, Irak, Libye…), pèsera peu dans la négociation à venir. Mais cela n’est peut-être pas un handicap…

Enfin, il est notoire que l’état hébreu ne se sent ni concerné par les résolutions de l’ONU, pas même engagé par les accords qu’il a signé, comme les accords d’Oslo en septembre 1993 : Dans une entrevue de 2001, ne sachant pas que les caméras tournaient, Netanyahou s'est vanté d'avoir fait échouer les accords d'Oslo au moyen de fausses représentations et d'ambiguïtés. À cette époque, il déclarait : « J’interpréterai les accords de telle manière qu’il sera possible de mettre fin à cet emballement pour les lignes d’armistice de 67. Comment nous l’avons fait ? Personne n’avait défini précisément ce qu’étaient les zones militaires. Les zones militaires, j’ai dit, sont des zones de sécurité ; ainsi, pour ma part, la vallée du Jourdain est une zone militaire » (Wikipedia).

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27 août 2014 3 27 /08 /août /2014 17:13
Gaza : Israël veut détruire définitivement le Hamas

Netanyahou : « Nous nous préparons à une longue campagne ». Quel qu’en soit le coût humain pour les Palestiniens.

Article paru dans le Quotidien d’Oran du 31 juillet 2014

Gaza ou Gazza en araméen, signifie la forte, la forteresse Aujourd’hui, la ville est en ruine. Hier, alors que l’armée israélienne entamait sa quatrième semaine d’opérations, on décomptait plus de mille deux cents Palestiniens tués et plus de sept mille blessés depuis le début de l'opération israélienne « Bordure de protection » dans la bande de Gaza. Pendant la même période, trois civils et cinquante-trois soldats israéliens sont morts, le bilan le plus sérieux depuis la guerre contre le Hezbollah libanais en 2006 (118 soldats israéliens tués).

Alors que l’intervention militaire d’abord purement aérienne est devenue une intervention terrestre, le 1er Ministre Benyamin Netanyahou l’a répété le 28 juillet : « une longue campagne » se profile pour « achever l'objectif de l'opération : détruire les tunnels ». Mais cet objectif n'est plus, désormais, que « la première étape et la plus cruciale pour la démilitarisation de Gaza ». Or les coups portés aux capacités opérationnelles du Hamas n'ont pas permis, en vingt et un jours d'opérations, d'imposer le « calme pour le calme ». On appréciera la manière israélienne d’imposer le « calme »…

L’opération « Bordure de protection » s’engage donc pour être l’une des plus longues opérations militaires externes d’Israël : la guerre de 1967 avait duré « six jours », la guerre de Kippour en 1973, 22 jours, La Deuxième guerre du Liban a duré 33 jours et l’opération « Plomb durci » contre Gaza en 2009, 21 jours avec 1314 morts palestiniens et 13 morts israéliens. Seule exception, la 1ère guerre du Liban qui dura de 1975 à 1991. Elle couta un milliers de morts aux Israéliens et 150 000 aux Libanais et Palestiniens.

A Gaza, quelques trêves humanitaires ont bien été annoncées mais elles n’ont duré que de brefs instants. Il n’existe aujourd’hui aucune possibilité de cessez-le feu à moyen ou long terme. Les civils continueront donc de mourir.

Sur le plan militaire pourtant, « la phase actuelle de la guerre est épuisée, constate le commentateur israélien Yossi Melman, l’armée de l’Air israélienne a de moins en moins de cibles significatives à bombarder. L’objectif déclaré de l’opération terrestre était d’éliminer la menace des tunnels “offensifs” menant en territoire israélien. Cet objectif a été atteint. L’armée a découvert 32 tunnels et ils ont tous été détruits ou le seront bientôt. Il y en a peut-être davantage, même quelques tunnels supplémentaires ne sont pas une raison suffisante pour continuer de faire couler le sang ».

Israël a conquis une bande de terre large de 1 à 3 km, la moitié de l’arsenal de roquettes du Hamas aurait été soit déjà utilisé, soit a été détruit entre 200 et 500 combattants, tués. Pour l’ancien journaliste du Haaretz, c’est le moment des choix, « le risque est le suivant : plus Israël se maintiendra à Gaza sur des lignes statiques, plus grand sera le risque d’opérations coup de poing du Hamas et de pertes israéliennes. Israël pourrait se retrouver de plus en plus ensablé dans les dunes de Gaza. C’est le bon moment pour réfléchir rapidement à une stratégie de sortie ».Yossi Melman, pour qui la poursuite de l’opération comportent beaucoup plus de risques que de gains potentiels, suggère qu’Israël pourrait reprendre à son compte l’idée proposée par le sénateur américain George Aiken dans les années 1960 concernant le fin de la guerre du Vietnam : « Déclarons la victoire et ramenons nos troupes à la maison », suggérait à l’époque l’élu du Vermont.

« Un à deux ans d’occupation »

Ce n’est pas du tout l’option prise actuellement par le gouvernement Netanyahou. Yuval Diskin, ancien responsable du Shin Bet et conseiller écouté, dessine ce que serait la véritable orientation du pouvoir israélien : « Israël a la possibilité de poursuivre et même d’élargir l’opération au sol dans les zones peuplées, où se cachent les dirigeants du Hamas et les lance-roquettes. Une telle pression militaire pourrait réduire considérablement et même stopper les tirs de roquettes de façon significative, et créer plusieurs options pour mettre fin à la crise, allant jusqu’à une occupation totale et un nettoyage de la bande pour mettre fin à l'opération dès que le Hamas commencerait à sentir la pression et accepterait d’arrêter les hostilités. Une telle opération pourrait être menée en deux étapes : la première serait la prise de contrôle du territoire, qui pourrait durer plusieurs semaines ; la deuxième étape serait le nettoyage de la zone, dans laquelle nous pourrions neutraliser des terroristes et les tunnels, ce qui peut pourrait durer entre plusieurs mois et une ou deux années ».

L’ancien responsable du service de renseignements israélien reconnait « qu’une telle initiative aura un prix très douloureux en pertes humaines » et que « le crédit international relatif dont l'État d'Israël bénéficie aujourd’hui peut s'évaporer rapidement ». Mais «Israël devra se montrer résolu et poursuivre son opération, et même occuper la bande de Gaza et détruire le Hamas ». Opération difficile sauf à tuer beaucoup, beaucoup de civils.

Quand aux puissances occidentales, elles « déplorent ». Et l’ONU a comme d’habitude, lancé une commission internationale « d'urgence » pour enquêter sur l'offensive israélienne. Plus tôt, le haut-commissaire aux droits de l'homme de l'ONU, Mme Navi Pillay, a exprimé ses craintes quant à la possibilité qu'Israël commette des crimes de guerre dans la bande de Gaza. Mais l’on connait l’extrême attention portée par Israël à la centaine de résolutions de l’ONU condamnant ses pratiques depuis plusieurs décennies….

Hier matin, à l’aube, au moins vingt Palestiniens réfugiés dans une école ont été tués mercredi 30 juillet lors d'un bombardement, certainement très sélectif. Il s'agissait d'un abri de l’ONU, situé dans le camp de Jabaliya.

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27 août 2014 3 27 /08 /août /2014 17:08
De la difficulté de manifester pour la Palestine à Paris

Du « chèque en blanc » à Netanyahou à l’interdiction d’un défilé

Article paru dans le Quotidien d’Oran du 24 juillet 2014

600 morts, pour l’immense majorité, des civils palestiniens, et plus de 3000 blessés, c’étaient les chiffres recensés mardi des pertes consécutives à l’opération « Bordure protectrice » lancée le 8 juillet dernier. Partout dans le monde se sont déroulées des manifestations condamnant la nouvelle agression d’Israël contre la bande de Gaza. A New-York, Chicago, Las Vegas (!), Londres, Bruxelles, Berlin, Madrid et même à Tel Aviv, on avait le droit de manifester contre l’intervention militaire parfaitement illégal de l’armée israélienne, c’était en revanche interdit à Paris, samedi dernier, contrairement même à l’autorisation donnée dans de nombreuses autres villes de France. Du coup, comme dans toute manifestation interdite, des affrontements ont eu lieu, opposant dans la confusion, les forces de police, une poignée de « radicaux » parfois plus antisémites qu’antisionistes, isolés dans la manifestation pro-palestinienne, et des excités de la Ligue de défense juive, organisation d’extrême droite, interdite aux Etats-Unis et en Israël même, mais curieusement tolérée en France. François Hollande avait invoqué alors des «risques pour l’ordre public» pour justifier l’interdiction de la manifestation pro-palestinienne à Paris. «Il ne peut pas y avoir d’importation du conflit en France, il ne peut pas y avoir des manifestations qui se font face et des risques pour l’ordre public», avait expliqué le chef de l’Etat.

Comme importateur de polémiques inutiles et externes, le Chef de l’Etat n’avait pourtant pas brillé. La première réaction officielle de l'Élysée arrive par voie de communiqué, mercredi 9 juillet, après un entretien téléphonique entre François Hollande et Benyamin Netanyahou. Selon Le Monde, le premier ministre israélien avait été agacé par la position exprimée par le gouvernement français quelques heures plus tôt, à l'issue du Conseil des ministres. Le porte-parole du gouvernement Stéphane Le Foll avait alors dénoncé «une accélération à la fois des tirs des Palestiniens et de la riposte de la part d'Israël».

Dans son communiqué, le chef de l'État prenait clairement parti, en exprimant «la solidarité de la France face aux tirs de roquettes en provenance de Gaza» et en condamnant «fermement ces agressions». «Il appartient au gouvernement israélien de prendre toutes les mesures pour protéger sa population face aux menaces», ajoute Hollande, martial. De tels propos lui valurent les critiques ouvertes ou (très peu) voilées de nombreux députés de sa propre majorité. S’en suit dans les jours qui suivent une phase de « rétropédalage » médiatico-politique, renvoyant alors dos-à-dos, les roquettes du Hamas (un mort recensé) et les missiles israéliens (beaucoup, beaucoup plus efficaces).

Restait l’inévitable épouvantail de l’antisémitisme pour interdire des manifestations pro palestiniennes, brandi plus que de mesure par Manuel Valls, 1er ministre de son état et qui se déclarait en 2011, « lié, de manière éternelle, à la communauté juive et à Israël ». Se lier de façon éternelle à la communauté juive française, c’est un devoir pour tout citoyen français, et a fortiori pour un 1er Ministre. Le « lien éternel » à Israël en revanche, est plus problématique…

Les perpétuels excès du gouvernement Netanyahou

Rappelons une nouvelle fois, au cours de cette énième polémique à l’occasion de toute critique à l’égard de l’état israélien, qu’il faut condamner toute forme d’antisémitisme comme il faut lutter contre toute forme de racisme. Rappelons également et une nouvelle fois que les Arabes sont des sémites. Notons enfin que l’imbécillité réactionnaire n’est l’apanage d’aucun peuple et que les déclarations de nombreux représentants du Likoud, de Netanyahou, et surtout de son ministre des Affaires étrangères, l’ultra Avigdor Liberman, feraient passer Marine le Pen pour un gentille démocrate, un brin trop progressiste : en 2009, Liberman critiquait ainsi l'opération « Plomb Durci » (qui précédait l’opération « Bordure protectrice ») pour l'insuffisance des moyens employés pour vaincre le Hamas et appelait implicitement à détruire Gaza par l'arme nucléaire en déclarant : « Nos devons continuer à combattre le Hamas comme les États-Unis ont combattu les Japonais durant la Seconde guerre mondiale… La conquête du Japon alors n’avait pas été nécessaire ».

Si de très nombreux juifs dans le monde se sentent naturellement solidaires de l’Etat d’Israël, beaucoup ne sont pas pour autant aveugles. Le 9 juin 2013, s’est déroulée à New York, l’une des plus grandes manifestations critiques vis-à-vis de l’Etat israélien que le monde n’ait jamais connues. Des dizaines de milliers de citoyens juifs américains, majoritaires dans le défilé, et nombre d’autres américains de souches différentes ont traversé la 5ème avenue, protestant contre l’occupation illégale des territoires palestiniens. Cette manifestation est passée inaperçue en raison du mutisme aussi bien des médias américains qu’internationaux. Pas un seul mot sur un événement sortant de l’ordinaire dans un Occident toujours officiellement « repentant » pour ce qui s’était passé en Allemagne nazie et ailleurs...

La « repentance » vis-vis de la tradition antisémite occidentale, explique-t-elle cette solidarité continue avec le gouvernement de Netanyahou, le plus réactionnaire qu’est connue la démocratie israélienne ? La géopolitique donne des clés plus réalistes. Face à un Orient plus que troublé par des conflits inter-islamiques, notamment avec des guerres civiles en Syrie et en Irak, la persistance d’une exigence démocratique généralisée dans le monde arabe, Israël malgré sa quête perpétuelle de nouveaux territoires à coloniser et son irrespect total des droits de la population palestinienne, apparait néanmoins comme un « avant-poste » sûr du même Occident. Mais les Israéliens eux-mêmes devraient se méfier du cynisme des grandes puissances, toujours prêtes à sacrifier par réalisme, leurs troupes supplétives… Une « manif » pour la Paix et la création d’un Etat palestinien, se déroulait hier soir à Paris. Espérons que les Parisiens ont pu défiler dans le calme, pas sous la pluie et dans le respect du droit de manifester…

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27 août 2014 3 27 /08 /août /2014 17:03

Tout va mal ! Et en plus, on n’a pas gagné la Coupe du Monde…

Article parue dans le Quotidien d'Oran du 17 juillet 2014

14 juillet ! La « Fête-Nat » française tire son origine d’une double célébration : le 14 juillet 1789, les Parisiens prenaient et détruisaient la Bastille, alors une prison, sonnant le glas de la Royauté et des privilèges exorbitants de l’aristocratie de l’époque. Le 14 juillet 1990, c’est la Fête de la Fédération, qui est censé saluer « l’Union » des Français, vivant dans la liberté, l’égalité et la fraternité.

224 ans plus tard, le compte n’y est pas tout à fait, tant sur la suppression des privilèges que sur une quelconque « égalité sociale ».

Côté Monde, le patrimoine total détenu par les habitants de la planète est estimé à 240 900 milliards de dollars en 2013, selon les données du Crédit Suisse dans son rapport Global Wealth Databook -2013 soit une moyenne de 51 634 dollars par individu. Ce patrimoine est réparti de façon profondément inéquitable : 83,3 % est détenu par seulement 8,4 % de la population dont le niveau de fortune est supérieur à 100 000 dollars. Les 1 % les plus fortunés contrôleraient pas moins de 46 % du patrimoine mondial total. En revanche, ceux dont la valeur de leur patrimoine est inférieure à 10 000 dollars (68,7 % de la population mondiale) disposent seulement de 3 % de l’ensemble.

En France, les écarts sont un peu moins sensibles, mais quand même ! 10% des Français les plus riches possèdent 48% de la richesse nationale ! Ces chiffres sont furieusement proches de la situation à la fin de l’Ancien Régime, avant la Révolution ! Les nobles, le clergé (2,5% de la population) et les bourgeois, (ces trois catégories pesant 10% de la population), s’accaparaient plus de 50% des revenus ; les artisans, commerçants et laboureurs (20% de la population) possédaient 28% des richesses ; les autres actifs, 70% de la population, (domestiques, paysans pauvres, ouvriers…) se partageaient le reste.

L’autre tradition du 14 juillet français est l’inévitable causerie télévisuelle avec le Président de la République. Cette année plus que les autres, la prestation tenait beaucoup de la Méthode Coué, « tout ne va pas bien, mais ça va quand même mieux et ca ira encore mieux demain.. ». La méthode Coué ? C’est une sorte de prophétie auto-réalisatrice qui tire son nom des travaux du pharmacien français Émile Coué de la Châtaigneraie (1857 - 1926), resté fameux dans les annales de l’optimisme a tout crin.

Europe : grosse panne démocratique

François Hollande la jouait très positif mais pas trop, lors de son entretien avec les journalistes, le 14 juillet. La reprise économique ? « Elle est là mais elle est trop fragile, trop hésitante, trop vulnérable ». La promesse de l’an dernier « d’inverser la courbe du chômage », avec aujourd’hui 3,3 millions demandeurs d’emploi ? « C’est un objectif, ce n’est pas venu. J’aurais pu m’arrêter là. On va au contraire donner une nouvelle impulsion ». La méthode miracle ? Le « pacte de responsabilité », et le Président maintiendra son cap : « soutien aux entreprises, économies budgétaires, baisse d’impôts pour les ménages, tout est connu, rien ne sera modifié ». Si les mesures bénéficiant aux entreprises sont déjà en chantier (sans faire remonter ni les investissements, ni l’emploi…), les baisses d’impôts éventuelles restent très imprécises et seront fort limitées. En revanche, les économies budgétaires pèsent déjà lourd dans l’activité : « Selon Valérie Rabault, rapporteur socialiste du Budget, laquelle aurait pris ses sources auprès des économistes du Trésor, les économies budgétaires que le Gouvernement serait en train de faire voter pourraient conduire à la destruction de 250.000 emplois jusqu’en 2017. En contrepartie, les entreprises, du fait du Pacte de responsabilité, pourraient créer 190.000 emplois en rehaussant la croissance de 0,6% par an. Le bilan serait donc négatif » note l’économiste Jean Matouk.

Si le Président de la République française semble parler dans le vide, c’est qu’il ne veut pas ou ne peut pas sortir du discours libéral européen. Issue de la crise financière américaine de 2008, la crise s’est élargie à l’Europe, plus que dans n’importe quelle autre partie du monde, en devenant une crise économique et sociale. Pour y répondre, rigueur et austérité partout mais le sociologue Michel Wievorka pointe les résultats : « Chômage, exclusion, précarisation à la hausse » et menaces de faillites de certains pays de l’UE. Du coup, les peuples européens « n’y croient plus » comme l’a montré la forte abstention aux dernières élections européennes, et la crise a revêtu deux visages supplémentaires, note le sociologue, d’une part, l’idée d’une panne de l’Union Européenne, critiquée pour son incapacité à assurer la reprise économique, et pour son fonctionnement techno-bureaucratique, au plus loin des citoyens. D’autre part, celui du déclin des systèmes politiques contemporains. « Au désaveu général des élites politiques, vite taxées d’impuissance et de corruption – « tous pourris » –, s’est ajoutée l’image de partis et de responsables en place installés dans des idéologies et des modes de fonctionnement interdisant de penser une réelle opposition entre gauche et droite, et favorisant finalement l’accroissement des inégalités et l’abandon des couches populaires. »

Comme le remarque un économiste pourtant très libéral et ancien analyste financier, Charles Gave à propos des phases de dépression économiques, celles-ci « sont souvent marquées par des révolutions ou des émeutes qui sont rarement favorables à la paix civile ou au remboursement de la dette mais qui permettent de virer les incompétents qui sont à l’origine de la situation et donc de redresser la situation. À quel moment va-t-il y avoir – enfin – une révolte contre la tyrannie eurocratique, bien malin qui pourrait le dire. Par contre, il est tout à fait certain que la révolte des peuples européens contre cette soi-disant élite que personne n’a jamais élu et qui nous impose un projet dont personne ne veut plus, n’est plus très loin ». Un peu excessif, surtout pour un ancien banquier…

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27 août 2014 3 27 /08 /août /2014 16:57

Dans les sondages, forte montée de l’euroscepticisme (article paru dans le Quotidien d'Oran du 10 juillet 2014)

« L’Europe ! L’Europe ! L’Europe ! » ironisait en son temps le Général de gaulle, moquant ceux des Français qui sautaient « comme des cabris » à son évocation. Dans tous les cas de figure, l’Union européenne (UE) a beaucoup déçu et ne recueille plus guère de fans. Dans un sondage de Libération avant les élections européennes de juin dernier, 49% des personnes interrogés évoquent au sujet de l’UE, « quelque chose de négatif », contre 45% qui estiment le contraire. 58% la jugent comme « une contrainte », contre 32% qui la considèrent comme un atout. C’est également pour 52% des Français, une « contrainte pénalisante » sur le plan politique, contre 37% qui la juge « bénéfique ».

Sur le plan économique, en revanche, 60 % des sondés sont contre une sortie de l'UE, 28 % sont pour, 12 % ne se prononcent pas. Quant à une sortie de l'euro, 59 % refusent cette éventualité mais 29 % y sont d’ores et déjà favorables. C’est souvent l’expression d’un réalisme contraint : sortir, mais que faire d’autre ? L’Europe à 28 pays ? « A l’avenir, géographiquement », 64 % préféreraient que « l'Union européenne se recentre sur certains pays (six pays fondateurs ou pays de la zone euro) », 21 % qu'elle « reste telle qu'elle est aujourd'hui », 7 % seulement qu'elle « s'élargisse à de nouveaux pays ».

Un autre sondage de l’IFOP à la même époque, confirmait l’amenuisement du sentiment pro-européen à l’échelle du contient : 74% des Français exprimait leur méfiance à l’égard de l’Union européenne, tout juste devant les Britanniques (73%), les Espagnols (60%), les Belges (55%), les Italiens (52%). Même les Allemands, pourtant grands vainqueurs de l’actuelle construction européenne, sont 50% à exprimer leur défiance à l’UE !

Ce désenchantement, progressif mais continu, s’explique aisément. La Banque Centrale Européenne (BCE) qui contrôle l’Euro, n’a qu’une ligne : l’économie de l’offre pour qui le seul moteur de croissance réside dans une plus grande compétitivité et liberté des entreprises. Cette instance, dominée par l’Allemagne, a su imposer aux états-membres, ses obsessions depuis au moins trois décennies : réduction des déficits budgétaires, pression sur les salaires, ouverture des frontières économiques, y compris extra-européennes… Au résultat, la machine économique ne redémarre pas.

Du coup, sur l’ensemble de l’année 2013, la zone euro est en récession déflationniste, avec un PIB en baisse de -0,4%. Moins spectaculaire que l’inflation galopante, la déflation est tout aussi dangereuse car elle crée un cercle vicieux dont il est difficile de sortir : face à des prix qui baissent, les consommateurs diffèrent leurs achats, les entreprises réduisent leur production, baissent la masse salariale, suppriment des emplois. Ce qui n’empêche pas l’UE et les principaux gouvernements de s’accrocher à leurs dogmes néolibéraux.

Inutile démocratie

L’Union européenne n’a pas de politique étrangère. Contrairement aux Etats-Unis, à la Chine, à la Russie et à bien d’autres grands pays, l’Europe prise par une grosse fatigue et malgré sa situation de zone géographique la plus riche du monde, a décidé de plus être une « puissance » autre qu’économique, une sorte de « Grande Suisse ». Sa diplomatie commune se résume pour l’essentielle à des déclarations lénifiantes mais verbales : défense de la démocratie, coopération entre les peuples, etc. … Seuls deux pays, l’Angleterre et la France considèrent les questions de défense comme stratégiques et les interventions françaises en Afrique ne sont considérés par nos principaux voisins que comme « des restes du colonialisme ». Plus inquiétant est l’absence d’analyses et de réponses communes à l’évolution des grandes régions frontalières qui traversent des situations souvent explosives. On a peine à trouver des positions communes européennes sur la crise au Proche et Moyen-Orient (Israël/ Palestine, Syrie, Irak... ), les « révolutions arabes », de même pour la Libye et la région sahélienne. La Turquie pourtant très demandeuse d’une intégration à l’UE, s’est vue plusieurs fois claqué au nez la porte d’entrée de ce « club de pays chrétiens ». Rappelons à ce propos que le drapeau de l’Union européenne officiellement laïque, et ses douze étoiles sur fond bleu, est une reprise de la bannière de la Vierge Marie. Il fut adopté en 1955, le jour de la fête chrétienne de l’Immaculée conception…

Il n’a pas davantage de visions communes sur l’Est de l’Europe. Si les premiers pays de l’ex-bloc soviétique (Pologne, Hongrie, Tchécoslovaquie..) furent accueillis chaleureusement, l’intégration, inachevée, des pays balkaniques fut beaucoup plus difficile et les Européens sont aujourd’hui très réticents a accepter la candidature de l’Ukraine ou de la Géorgie. Réalisme économique, certes, mais il ne faut surtout pas fâcher le voisin russe… Sur ce dernier dossier, l’Allemagne mène d’ailleurs une politique diplomatique séparée, marquée par une grande « realpolitik ».

Sur le plan de son fonctionnement général, il est piquant de noter que la grande majorité des instances européennes, grandes pourvoyeuses de décrets, lois, directives et circulaires en tous genres, et qui s’appliquent à tous, ne sont pas, à l’exception d’un Parlement européen sans grands pouvoirs, des instances élues. Depuis l’échec en France et des référendums sur l’élargissement de l’Europe en 1992, et sur la Constitution européenne (2005), les autorités européennes ne cachent d’ailleurs pas leur méfiance devant l’expression démocratique des citoyens, ceux-ci considérés en coulisse comme velléitaires, inconstants et ignorants. Les grandes décisions stratégiques sont trop complexes pour être confiées aux petits peuples… La meilleure preuve ? Les négociations actuelles pour un traité de libre-échange avec les Etats d’Amérique du Nord, menées par les Etats-Unis et l’UE, se déroulent dans une stricte confidentialité, bien à l’écart des citoyens et même des Etats-membres ! (Le spleen des Français, suite et fin la semaine prochaine : « et maintenant, qu’est ce qu’on fait ? »)

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Published by pierremorville
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