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14 mai 2017 7 14 /05 /mai /2017 00:39

"France insoumise" du Gard, dans l’opposition résolue à Macron

Etonnant : le premier secrétaire fédéral du PS du Gard, Jean Denat, appelle publiquement  à « l’union de forces opposition de gauche »… pour soutenir Macron !

A l’issue du 1er tour dans le Gard, Jean-Luc Mélenchon était premier à Nîmes (mais aussi à Ales et dans la région, 1er à Montpellier, Toulouse, Marseille…).

Le candidat de la France insoumise était second dans le Gard à 22,98% tout juste derrière Marine Le Pen à 25,74%. Rappelons que Benoît Hamon, candidat du PS jusqu’ici majoritaire dans le département ne recueille que4,87% des scrutins dans le Gard et 6,07 % à Nîmes.

Il y a une candidate dans la 6èeme circonscription. Remarquable. Karine Voinchet du "Gard insoumis".

Au second tour, la position de la France insoumise, rappelée par cette candidate était claire : pas une voix pour la candidate du Front national et liberté de vote entre le vote nul, l‘abstention et le vote Macron. Sur la 6ème circonscription, le FN ne recueille que26,64% des voix au premier tour. Au second, la majorité des électeurs s'est prononçé pour En Marche! à 58,14%.

Jean Denat, premier fédéral du PS dans le Gard a; le 11 mai, lance un appel aux forces de gauche pour « faire barrage au Front National ». Il souhaite une discussion entre le PS, la France Insoumise, Le PCF, les écologistes de EELV, le mouvement ensemble, les progressistes à faire là où c’est possible des candidatures communes. Pourquoi faire?

Non à une majorité de coalition

Car problème, Jean Denat souhaite dans le même temps, que le PS et les autres forces de gauche participent à un gouvernement de coalition sous l’autorité du nouveau président de la République « ni droite, ni gauche »! Rappelons que la 1ère mesure annoncée par Emmanuel Macron est une nouvelle réforme du Code du Travail, encore plus libérale et plus dure que la loi Travail très contestée, qui avait été défendue par Myriam El Khomri. Le projet Macron prévoit la suprématie juridique sur le Code du Travail des accords signés majoritairement dans les entreprises et les branches (dans un contexte de fort chômage qui affaiblit les rapports de force vis-à-vis du patronat), un plafonnement des indemnités prud’homales, une instance unique de représentation des instances de représentation des salariés (suppression prévue des CHSCT). Et ce nouveau dispositif réglementaire sera pris par ordonnance, très rapidement, sans aucune concertation sociale, ni débats parlementaires. Le programme social de Macron prévoit également une prise en main par l’Etat de l’Unedic, un contrôle accru des chômeurs en recherche d’emploi et la suppression des régimes spéciaux de retraite (SNCF et autres...).

C’est un programme social bien plus à droite qu’à gauche. France Insoumise sera donc selon ses déclarations, dans l’opposition à ce futur gouvernement et ne participera pas à des négociations menée par un PS ultra-minoritaire dans le Gard, pour former une éventuelle majorité de coalition.

Bon ! Sur ce blog, un moment un peu électoral. mais l'élection d'un président "ni droite, ni gauche" sans majorité parlementaire ou au contraire avec des majorités changeant du jour au lendemain et à ce jour sans réel programme, inquiète.

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8 mai 2017 1 08 /05 /mai /2017 03:45

("Chronique de Paris" publiée dans le Quotidien d'Oran su 8 mai 2017)

Emmanuel Macron a donc remporté ce second tour de l’élection présidentielle française. Il est le huitième à la tête de l’Etat, dans la Vème République française fondée en 1958, après Charles De Gaulle, Georges Pompidou, Valéry Giscard d’Estaing, François Mitterrand, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande.

La campagne pour ce scrutin présidentiel fut fort longue, débutant il y a plus de neuf mois avec une nouveauté, les « élections primaires », où les deux grands partis traditionnels, les Républicains (avec une partie des formations centristes), à droite, le Parti socialiste, à gauche,ont organisé un scrutin nationale public pour choisir leur candidat officiel parmi les différents postulants qui s’étaient déclaré dans leurs propres rangs. Cette innovation d’inspiration « démocratique » fut en réalité une très mauvaise fausse-bonne idée. Ces primaires ont réussi à faire retirer de la compétition, deux présidents et ex-président de la République, François Hollande et Nicolas Sarkozy, et deux anciens premiers ministres, Alain Juppé et Manuel Valls. L’ancien 1er Ministre, François Fillon fut lui, éliminé au 1er tour de la Présidentielle.

A l’inverse, le Front national n’a pas recouru aux primaires pour désigner Marine Le Pen, ni le jeune mouvement en Marche pour nommer Emmanuel Macron, pas plus que la France insoumise, pour choisir Jean-Luc Mélenchon. Tous trois présents en tête, avec Fillon à la sortie du 1er tour.

Mélenchon a réalisé un très bon score, s’imposant, après la déconfiture du PS comme principal candidat de la gauche et futur opposant dans son camp à Emmanuel Macron. François Fillon, après une mauvaise campagne, se retire de la politique, laissant Les Républicains dans une grande crise existentielle : comme au PS, où une partie des dirigeants et des élus ont rejoint le mouvement En Marche d’Emmanuel Macron, une partie de l’appareil des Républicains, notamment des partisans d’Alain Juppé, est très tentée par une alliance directe avec Macron, d’autres y étant très rétifs.

Macron à l’Elysée, qui va-t-il nommé à l’Hôtel Matignon comme Premier ministre ? Le choix sera loin d’être neutre. Ira-t-il chercher un chef du gouvernement plutôt à droite ou plutôt à gauche ? L’indication est d’autant plus importante qu’Emmanuel Macron est souvent resté imprécis sur la politique qu’il entend menée dans les cinq années qui viennent. Candidat « ni droite, ni gauche », jeune et dynamique, très bon orateur, il parle bien et beaucoup mais ne dit pas grand-chose.

Sa principale adversaire, Marine Le Pen s’est elle, plutôt mal tirée du débat qui les a opposé mercredi dernier dans un face-à-face télévisuel. La candidate d’extrême-droite du Front national qui avait mené une campagne plutôt modérée et à fort contenu social, s’est laissé emportée par des polémiques plutôt violentes et le retour à des positions très d’extrême-droite sur la sécurité ou l’immigration. Ce qui l’a fait reculer dans les intentions de vote.

Mais quelques soient ses erreurs, elle restera à droite, dans les mois prochains, comme la principale opposante à Emmanuel Macron. Jean-Luc Mélenchon incarnera lui, l’opposition de gauche, bien plus que le parti socialiste en pleine implosion.

 

Les législatives et les premières mesures

Mais cette très longue campagne politique n’est pas terminée. Dans cinq semaines se dérouleront en deux tours, les élections législatives qui vont renouveler ou confirmer les 577 députés actuels. Dans ce domaine, toutes les hypothèses sont ouvertes et il y a fort à parier qu’Emmanuel Macron avec son mouvement En marche ne disposera pas d’une majorité parlementaire. D’autant qu’il veut présenter pour moitié de ses candidats des personnalités non,-politique, issues de la société civile mais pas nécessairement aguerries aux joutes politiciennes. Fera-t-il alors alliance et avec qui ? Plutôt à droite, ou plutôt à gauche ? Sera-t-il contraint de se contenter d’un régime de cohabitation avec un 1er Ministre choisi par son opposition ?

Son premier mois présidentiel sera très indicatif sur ces choix futurs. Emmanuel Macron a donné ses cinq premières priorités.

Une loi de « moralisation de la vie politique » sera mise sur la table pour être ratifiée après les législatives : elle voudrait limiter les « affaires financières » qui ont touchés beaucoup d’élus, interdirait le cumul de mandat et peut-être l’introduction d’une dose de proportionnelle dans le Parlement ; une réforme de l’école primaire serait également initiée ; un « droit à l’erreur » sera institué en faveur des citoyens dans leurs rapports à l’administration, notamment fiscale. Vaste programme quand on connait le pointillisme comme tradition dans la fonction publique française.

Beaucoup plus sensible, Emmanuel Macron veut lancer par ordonnance, c’est-à-dire très rapidement et sans débat parlementaire, une nouvelle réforme du Code du Travail destiné destinées à « simplifier le droit du travail » et de « donner plus de place à l'accord majoritaire d’entreprise ou de branche ». « Le tout par ordonnances, pour procéder de manière rapide et efficace », a précisé Emmanuel Macron. La précédente Loi Travail de Myriam El Khomri avait divisée la majorité socialiste et entrainé une forte réaction du mouvement syndical. Il y fort à parier qu’une nouvelle réforme par ordonnance, c’est-à-dire, sans aucun débat, soit un chiffon rouge agité devant les syndicats. Dernière mesure : la réorganisation de la lute anti-terroriste : Emmanuel Macron veut la création d'un état-major permanent des opérations de sécurité intérieure, de renseignement et de lutte contre le terrorisme, ainsi que d'une cellule spéciale du renseignement dédiée à Daesh. Pourquoi pas ? Mais cette proposition souligne paradoxalement une très grande absence dans cette très longue campagne électorale : la politique étrangère française (à part un peu sur l’Europe), ses interventions militaires dans quatre pays n’ont jamais été abordées dans les innombrables débats qui ont eu lieu pendant ces neuf longs mois.

 

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8 mai 2017 1 08 /05 /mai /2017 03:16

("Chronique de Paris" parue le 3 mai 2017, dans le Quotidien d'Oran)

En avril 2002, au 1er tour de la présidentielle, Jean-Marie Le Pen avait créé la stupeur en France en prenant la seconde place, avec16,86% des voix, derrière Jacques Chirac qui se contente d’un modeste score, 19,88%. Il est vrai que Jacques Chirac était le président sortant d’un gouvernement de « cohabitation » : les socialistes ayant remporté des élections législatives, avaient imposé comme Premier ministre, Lionel Jospin. Mais comme les différentes sensibilités de gauche avaient présenté plusieurs candidats, Lionel Jospin, avec seulement 16,18% des voix avait été éliminé.

Entre les deux tours, l’opinion publique avait très vivement réagi à cette introduction surprise du Front national dans le jeu politique français. De très nombreuses et massives manifestations avaient été organisées dans tout l’hexagone.

Début juin au second tour, Jacques Chirac est plébicité, remportant 82,21% des voix contre Jean-Marie Le Pen avec 17,79 % des scrutins. Mais le Front national devient un acteur durable de la vie politique française.

15 ans plus tard, et passé trois mandats présidentielles, le 1er tour de l’actuelle élection présidentielle a vu apparaitre quatre camps principaux :celui d’Emmanuel Macron, jeune candidat « centriste », Marine Le Pen qui a pris la succession de son père, François Fillon qui mène une mauvaise campagne pour la droite et Jean-Luc Mélenchon qui incarne une gauche plus contestataire que le Parti socialiste dont le candidat benoît Hamon qui ne réunit que 6,36% des votes.

Comme en 2002, à peine 3% des voix ne sépare au 1er tour les deux candidats à la présidentielle : Emmanuel Macron a recueilli 24,81% des voix contre Marine Le Pen, seconde avec 21,30 %. Mais les sondages indiquent que l’écart entre les deux postulants sera bien plus faible que le second tour de 2002.

D'après plusieurs organismes de sondages (Cevipof/Ipsos, Elabe), Emmanuel Macron est crédité de 59 % des intentions de vote pour le second tour de la présidentielle, contre 41 % pour Marine Le Pen.

Celle-ci a reçu le soutien de Nicolas Dupont-Aignan, candidat « gaulliste » et méfiant vis-à-vis de l’actuelle Union européenne, dont elle ferait son 1er Ministre en cas de victoire.

18% des électeurs se déclarent toujours « indécis ». Autre variable, l’importance de la participation des Français à ce vote. Selon certains sondages, l’abstention approcherait les 30% dimanche, bien au-delà des chiffres enregistrés au second tour lors des précédents scrutins présidentiels, mis à part 1969 (31,1%).

Ainsi, après avoir annoncé « pas une voix pour Marine Le Pen » et sans donner de consignes de vote, Jean-Luc Mélenchon a interrogé via Internet les militants de son mouvement. Au résultat de la grande consultation des « Insoumis », seuls 35% s’apprêtent à voter Macron, les autres choisissant l’abstention ou le vote blanc.

Gouvernement de cohabitation, de coalition…

Emmanuel Macron et Marine le Pen se sont affrontés hier soir à 21heures, lors d’un face-à-face de deux heures et 20 minutes. La présente édition ne peut donner le contenu de l’affrontement. Mais les derniers jours de cette très longue campagne (qui a commencé avec la primaire de la droite en novembre dernier), ont été marqué par un durcissement du débat entre les deux finalistes. Emmanuel Macron a beaucoup attaqué sa rivale sur le peu de clarté de sa future politique européenne. Après avoir prôné la sortie pure et simple de l’UE, Marine Le Pen a plus prudemment demandé des négociations (très improbables) entre les 27 états-membres pour une réforme de l’Union européenne, la candidate du Front national s’est finalement rabattu sur un référendum en France pour interroger les Français sur une éventuelle de la France de l’UE. Après le Brexit, le Frexit. Mais si les Français sont très critiques vis-à-vis de l’Union européenne, une sortie de l’UE voire simplement de l’Euro en inquiètent beaucoup… Emmanuel Macron a également beaucoup attaqué Marine Le Pen sur sa politique économique qu’il juge beaucoup trop dépensière, irréaliste voire dangereuse dans le contexte économique international.

A l’inverse Marine le Pen a continué à mettre en avant, par conviction ou par calcul, les demandes sociales des Français et a critiqué la modestie ou l’imprécision du programme de son concurrent dans ce domaine. Elle a beaucoup insisté dans ces derniers jours de campagne sur des sujets sensibles dans la société française comme la sécurité ou le contrôle de l’immigration.

Plus généralement, la dernière phase de cette élection a vu l’affrontement du mondialiste Macron contre la souverainiste Le Pen ; du très libéral candidat d’En Marche, contre l’étatisme en matière économico-social que défend la candidate du Front national.

Il y a enfin le choc de deux personnalités. Les deux candidats sont de bons orateurs mais il faut qu’il « présidentialise » leur image, « au-dessus des partis et des clivages partisans». Mais Marine Le Pen est capable d’emportements très polémiques et Emmanuel Macron, d’engouements rhétoriques parfois ou très exaltés ou peu compréhensibles sur la ligne réelle qu’il suivrait comme président.

Si Marine Le Pen n’a reçu de nouveau soutien que celui de Dupont -Aignan, Emmanuel Macron « ni de droite, ni de gauche » a reçu de très nombreux soutiens de responsables des deux grands partis traditionnels, ces deux grande formation étant rentrées en criseen crise, le PS réduit à la proportion congrue, « Les Républicains » à droite, très secoué après la mauvaise campagne de François Fillon.

Au Parti Socialiste, c’est à la fois le Président sortant, François Hollande et son Premier Ministre, Bernard Cazeneuve qui a appelé officiellement les François à voter Macron, ancien ministre de l’économie de l’actuel gouvernement socialiste.

La droite traditionnelle est plus partagée. Juppé et d’autres appellent à voter clairement pour Macron mais la plupart de ses leaders appellent d’abord à ne pas voter Marine Le Pen. Après plusieurs journées de débats, Les Républicains appelle à «voter contre Marine Le Pen» tout en précisant que «l’abstention ne peut être un choix» . Selon le président du Sénat Gérard Larcher, cette formulation permettrait d’éviter «l’éclatement» de LR.

Mais cette positions ne satisfait pas tout le monde notamment beaucoup de candidats_députés aux prochaines législatives : « comment appeler à voter Macron au deuxième tour et à voter aux législatives, un mois après seulement après, contre ses candidats pour défendre les nôtres ? » s’interrogent-ils. Dans ce parti, après le départ des dirigeants historiques (Sarkozy, Juppé, Fillon…), c’est François Baroin, le Premier ministre hypothétique du candidat Fillon qui va diriger la bataille législative, persuadé que la droite peut gagner ses élections et imposer d’emblée un régime de »cohabitation » cohabitation, marquée par une opposition politique entre le président fraichement élu et la nouvelle majorité de l’Assemblée nationale. Au Parti socialiste, on serait plutôt favorable à une alliance avec le mouvement En Marche de Macron et un « gouvernement de coalition ». Reste le nombre d’élus que pourrait obtenir le Front National.

Donc, à part l’avance dans les derniers sondages d’Emmanuel Macron, beaucoup de questions restent en suspens sur le futur gouvernement de la France.

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26 avril 2017 3 26 /04 /avril /2017 18:26

("Chronique de Paris" parue dans le Quotidien d'Oran du 27 avril 2017)

Quel que soit le vainqueur, il (ou elle) aura le plus grand mal à avoir une majorité parlementaire

Depuis le début de la Vème République française, fondée par le général De Gaulle, la mécanique institutionnelle privilégiait la confrontation, voire l’alternance entre deux grands partis ou coalitions de partis, l’une d’une droite traditionnelle, l’autre réunissant les oppositions de gauche, dirigée par le Parti socialiste.

Le 1er tour de l’élection présidentielle française en ce mois d’avril, a montrée l’enrayement de la mécanique et l’éclatement de la représentation politique en quatre groupes d’opinion très proches d’être égaux en poids électoral et qui auront le plus grand mal a se constituer une majorité parlementaire.

Emmanuel Macron, ancien ministre de l’économie de François Hollande, « ni droite, ni gauche » selon ses propres termes, est en tête avec 24,01% des voix, suivi par Marine Le Pen, la leader du parti d’extrême-droite, le Front national, qui recueille 21,30% des scrutins. François Fillon qui représentait le bloc de droite qui a porté au pouvoir la plupart des présidents de la Vème République (De Gaulle, Pompidou, Giscard d’Estaing, Chirac, Sarkozy), après une très mauvaise campagne, chargée, « d’affaires », ne recueille que 20,01% des voix, devançant de très peu, jean-Luc Mélenchon (19,58%), le candidat de la gauche radicale, à la tête de sa nouvelle formation, au nom très évocateur, la « France insoumise ».

Le Parti socialiste, formation dominante de la gauche (Mitterrand, Jospin, Hollande…) disparait quasiment. Son candidat, Benoît Hamon ne réussit qu’à réunir 6,36% des scrutins. Il a seulement la consolation de faire plus de 5%, barre qui permet le remboursement des frais électoraux par l’Etat. Les 6 autres candidats en sont pour leur frais : Nicolas Dupont-Aignan (gaulliste, anti-européen) se distingue avec 4,70% des voix, les cinq autres candidats se disputent les 4,5% restant, ne réussissant a n’obtenir qu’entre 1,21% et 0,18% des voix.

A cette première étape d’un match en deux rounds, deux candidats vont s’affronter dans une dizaine de jours, au 2ème tour, Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Cette dernière dirige le Front national comme certains gèrent leur château. Le Front national est en effet un bien familial du clan Le Pen. C’est son père Jean-Marie Le Pen qui l’a construit, c’est sa fille Marine qui le dirige aujourd’hui, et l’on parle de sa nièce, Marion-Maréchal Le Pen comme la future propriétaire du bien familial. Cette dernière est très à l’extrême-droite, tout comme son grand-père Jean Marie qui a commencé sa carrière politique dans les rangs des partisans de « l’Algérie française ». Il est possible que Marine Le Pen soit bien moins « facho » que bon nombre des cadres dirigeants de son parti. Par conviction ou par habileté électorale, elle mène en tous cas ne campagne très sociale (retraite à 60 ans, garantie de revenus…), qui séduit grandement l’électorat populaire : 41% des ouvriers ont voté Marine Le Pen…

Ils n’ont été que 5% des ouvriers à choisir Fillon et 6%, Macron. En revanche, 24% se sont portés sur Mélenchon.

François Fillon a donc quitté la vie politique française

Il ne sera pas regretté, y compris dans son propre camp. Il a multiplié les gaffes, les affaires financières le concernant et impliquant les membres de sa famille ont montré un personnage qui vivait très loin des réalités quotidiennes des Français. D’autant que son programme d’une austérité sociale sans précédent, appelait les mêmes Français au « sacrifice social » : suppression de 500 000 postes fonctionnaires, remise en cause de la protection sociale avec en perspective une privatisation en partie de la Sécurité sociale…

Emmanuel Macron présenté comme « social-libéral » est beaucoup plus libéral que social et aujourd’hui, un rien mégalo, persuadé de sa victoire alors que rien n’est définitivement fait. Beaucoup de points de son programme heurtent un électorat traditionnellement de gauche : il veut étendre la Loi Travail passée sans débat sans vote parlementaire au « 49-3 ». Dans une optique très libérale, il souhaite donner la primauté sur les questions relatives aux salaires, à l’emploi, aux conditions de travail, aux accords d’entreprises et de branche au détriment de la loi commune. Il veut remettre en cause les indemnités chômage, alors que la France compte quelques 7 millions de personnes touchées à plein-temps ou de façon très régulière par la perte d’emplois. Il veut également réduire les retraites des 5,3 millions de fonctionnaires.

Mais à droite comme à gauche, ce sont les prises de positions pro-européennes d’Emmanuel Macron, ancien banquier de Rothschild, qui font grincer les dents. Pour ce dernier, tout va bien en Europe. Mais depuis le référendum de 2005, où une majorité de Français ont exprimé plus que leurs doutes (sans que les institutions n’en tiennent comptent), un courant non pas anti-européen mais très critique contre les institutions actuelles de l’Europe (Commission européenne, Parlement européen) s’est fortement développé dans la population française. La politique économique commune défendue de façon cassante par la Commission européenne aboutit depuis des années dans beaucoup des 27 pays, à un taux de croissance ne dépassant guère les O,5% à 1,5% du PIB. Soit des scores qui ne permettent même pas le maintien du pouvoir d’achat des populations concernées.

Une partie de l’opposition à cette politique s’est portée sur la candidature Mélenchon qui a quasiment doublé so score par rapport à l’élection de 2012. Excellent orateur, Mélenchon a réussi des rassemblement populaire les plus fournis de la campagne : 125 000 personnes, Place de la République à Paris, 70 000 à Marseille…

Le « Chroniqueur de Paris » qui est installé à Nîmes depuis juillet dernier, a pu constater l’impact populaire de la candidature Mélenchon en « Occitanie », la partie sud de la France. Le candidat de la France insoumise est le meilleur élu à Nîmes mais aussi à Montpellier, à Toulouse et à Marseille ! et second le plus souvent ailleurs.

Et à Nîmes, ses meilleurs succès sont dans les cités où vivent de nombreux citoyens français issus de l’immigration.

 

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23 avril 2017 7 23 /04 /avril /2017 17:58

 ("Chronique de Paris" publiée dans le Quotidien d'Oran du 20 avril)

 

Dans cette fin du premier tour de la campagne présidentielle française, fort confuse, tout reste très ouvert. D’autant que quel que soit le (ou la) candidat élu au second tour, il est peu probable qu’il (ou elle) disposera d’une majorité parlementaire.

 

Sur les onze candidats, quatre sont nettement en tête du peloton aujourd’hui mais dans les sondages, très peu d’intentions de vote les séparent. Ils sont à quasi égalité, entre 19 et 23%.

Si l'on en croit le sondage quotidien Opinionway-Orpi publié mardi, Emmanuel Macron serait en tête des intentions de vote pour le premier tour de la présidentielle avec 23%, devant Marine Le Pen (22%), François Fillon (20%) et Jean-Luc Mélenchon (19%),

Selon un autre sondage réalisé par l’Ifop-Fiducial publié le même jour, Emmanuel Macron (23%) reste en tête devant Marine Le Pen (22%), mais dans cette dernière enquête, Jean-Luc Mélenchon avec 19,5% devance François Fillon (19%). Mais tous ces écarts entre les différents candidats se réduisent fortement du fait des marges d’erreurs des estimations des sondages.... Autres facteurs d’incertitudes à quatre jours du 1er tour de l’élection présidentielle, le taux de participation et donc le nombre d’abstentionnistes (qui semble légèrement en baisse), l’incertitude affichée par de nombreux électeurs dont beaucoup déclarent qu’ils ne se décideront que dans l’isoloir lui-même.

 

La dernière semaine a vu quelques inflexions des campagnes

Marine Le Pen, malgré un discours parfois volontairement « social », a, après un certain tassement dans les sondages, choisi de réincarner fortement les valeurs traditionnels de l’extrême-droite, notamment par de vives attaques contre l’immigration. Sa crédibilité est néanmoins atteinte par de nombreuses « affaires ». C’est évidemment aussi le cas du candidat de la droite traditionnelle, le plus mal placé du quarté dans ce domaine, François Fillon qui, du fait de tous les scandales qui l’ont touché ces derniers mois, a du mal à rassembler, même dans son propre camp. Du coup, l’ancien premier ministre a souhaité rallié l’électorat catholique conservateur.

Le jeune Emmanuel Macron, « ni droite, ni gauche », challenger, tient avec talent des discours exaltés mais ne dit pas grand-chose sur ce qu’il se promet de faire. Il reste en effet assez imprécis sur le contenu concret des mesures qu’il souhaite prendre dans le cadre de son programme « social-libéral ». Il a néanmoins réussi à séduire un grand nombre de responsables et de députés qui viennent tant du centre, du Parti socialiste et même de la droite.

Jean-Luc Mélenchon, candidat de la France insoumise, a connu la plus forte progression. Jugé le meilleur orateur de la campagne, il a réussi à organiser les plus grands rassemblements publics de cette première phase de l’élection présidentielle. Mais il n’a pas d’allié.

La percée d’Emmanuel Macron et de Jean-Luc Mélenchon ont fortement affaibli le Parti socialiste : son candidat, Benoit Hamon, crédité en début de campagne de 18% des voix, a chuté de dix points. La crise du parti socialiste à gauche ne doit pas masquer les difficultés de l’autre grand parti traditionnel, à droite, Les Républicains : si François Fillon échoue, les règlements de comptes entre juppéistes, fillonistes, sarkozistes et autres tendances pourraient là aussi faire imposer la machine….

Dans l’ensemble, nombre d’électeurs semblent insatisfaits de cette campagne électorale et de ses débats. Il est vrai que les élections présidentielles précédentes se résumaient in fine à un affrontement droite / gauche incarné par l’alternance au pouvoir d’un parti majoritaire de la droite (UMP, Les Républicains) et du Parti socialiste (et ses alliés ponctuels).

La division droite / gauche continue bien sûr d’exister mais il se double, sans recouper les mêmes frontières, d’un affrontement entre les pro-européens (Macron, Fillon, Hamon…) et les eurosceptiques (Le Pen, Mélenchon) qui n’écartent pas une sortie de l’Euro, voire de l’Union européenne.

Enfin, cette élection a manifesté dans l’électorat la montée d’un fort sentiment « les élites contre le peuple ».

L’international se réinvite dans l’élection

Un des grands paradoxes de cette campagne a été la quasi absence de débats sur les relations internationales. Même sur la question de l’Europe, les relations avec l’Allemagne, les conséquences de la sortie de la Grande-Bretagne, les réformes nécessaires à apporter pour améliorer un système complexe d’une UE à 27 pays, aucune de ces questions n’a réellement été abordée ni dans les débats télévisuels, ni dans les meetings publics.

Encore moins effleurée la nature des relations avec le nouveau pouvoir américain et son très fantasque et imprévisible président Donald Trump. Ce dernier semble tenté par de nombreuses opérations militaires et la France reste alliée aux USA notamment dans le cadre qui pourrait être contraignant de l’Otan. Pas plus de clarté sur les échanges avec Vladimir Poutine, la Russie étant puissance frontalière avec l’Europe. Aucun candidat n’est revenu sur les conflits de l’Ukraine et les sanctions prises contre Moscou toujours en vigueur, alors que les Occidentaux et la Russie sont pour grande partie alliés en Syrie contre Daesh. Mais ni les conflits au Moyen-Orient (Syrie, Irak, Yémen) ni les interventions militaires français à l’extérieur, notamment en Afrique n’ont fait l’objet de commentaires par les candidats.

Le terrorisme djihadiste a, comme on pouvait le craindre, tenté de s’inviter dans la campagne présidentielle française : deux jeunes hommes «radicalisés», arrêtés mardi matin à Marseille par les services antiterroristes, avaient l'intention de commettre un attentat dans les tout prochains jours. «Les deux hommes radicalisés, nés respectivement en 1987 et 1993, de nationalité française, avaient l'intention de commettre à très court terme, c'est-à dire dans les tout prochains jours, un attentat sur le sol français», a déclaré le ministre de l'Intérieur Matthias Fekl. Des armes, trois kilos d’explosifs, une vidéo où les deux terroristes se réclamaient de Daesh, un drapeau de la même organisation ont été saisis.

 

 

 

 

 

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23 avril 2017 7 23 /04 /avril /2017 17:53

("Chronique de Paris" parue dans le Quotidien d'Oran du 6 avril 2017)

Débat télé mardi entre les onze candidats sans véritables vainqueurs, avec un Mélenchon à la hausse…

Mardi soir, s’est tenu le grand débat du premier tour de l’élection présidentielle française. Une chaine d’information, BFMTV, avait organisé une grande première : inviter les 11 candidats à la « magistrature suprême », le même soir, à présenter l’essentiel de leur programme et à échanger entre eux.

Il faut tout d’abord saluer le coup journalistique : rassembler onze candidats, pendant près de quatre heures, en leur donnant le même temps de parole (17 minutes) sans que cela ne tourne pas seulement à l’énoncé de simples discours formels de bonnes intentions ou à l’inverse à une foire d’empoigne d’agressions polémiques, relevait du pari risqué. Il a été gagné et le principe de cette confrontation deviendra une sorte de règle institutionnelle. Combien de téléspectateurs ? 6,3 millions.

Dans les faiblesses de ce premier débat apparaissent évidemment les contraintes du temps disponible : comment pour chaque candidat présenter et expliquer son programme présidentiel, répondre aux attaques de ses concurrents en un peu un quart d’heure, toutes prises de parole réunies ?

BFM TV avait eu la prudence de limiter, un peu, le champ des questions abordées : le travail, la sécurité et le social. Chaque candidat devait répondre à au moins trois interrogations : Comment créer des emplois ? Comment protéger les Français ? Comment mettre en œuvre votre modèle social ? Deux autres questions étaient posées aux onze prétendants en introduction et en conclusion du débat : « Qui êtes-vous ? » pour débuter, et « Comment rassembler les Français ? » pour conclure. Vastes débats…

Malgré ses limites, ce grand show présidentiel a permis de faire connaître aux Français, les 11 candidats : cinq « gros » candidats déjà largement suivi par les média mais également les six « petits ». Au résultat, à la question « qui vous a le plus convaincu ? », surprise, selon les sondages de 20 % à 25% des téléspectateurs ont été séduits par Jean-Luc Mélenchon qui prend la 1ère place, 19 % par Emmanuel Macron et 17 % par François Fillon. Suivent Marine Le Pen (10 %), Benoît Hamon (8 %) et, parmi les « petits » candidats, Nicolas Dupont-Aignan (5 %).. Parmi les « petits » candidats, François Asselineau (qui souhaite le départ de la France de l’UE) et Philippe Poutou (extrême gauche) ont convaincu, eux, 3 % de téléspectateurs chacun.

Derrière ces chiffres qui doivent paraître très lointains pour les lecteurs du Quotidien d’Oran, quelles sont, à travers ce débat, les principales leçons de cette campagne ? La principale question reste le dossier social. Le chômage reste la préoccupation principale avec 3,5 millions de chômeurs recensées officiellement, et en réalité selon les études, plus de six millions à onze millions de très précaires ou inactifs forcés à des de degrés divers. La stagnation générale du pouvoir d’achat depuis plus d’une décennie, avec des reculs manifestes dans de nombreuses catégories de la population crée beaucoup de tensions sociales.

Sur ce dossier, deux grandes tendances s’affrontent, déplaçant les clivages traditionnels droite / gauche. Dans les partisans d’une « politique de l’offre » visant à trouver une relance de l’économie en allégeant les charges des entreprises, on trouve principalement Emmanuel Macron, ancien ministre de l’économie de François Hollande, et se situant aujourd’hui au centre de l’échiquier politique, et François Fillon, le candidat de la droite traditionnelle.

Parmi les partisans d’une « politique de la demande » visant pour l’essentiel à relancer l’économie par une augmentation du pouvoir d’achat des Français, on retrouve Jean-Luc Mélenchon, un peu Benoit Hamon mais également, à l’extrême-droite, Marine Le Pen et beaucoup d’autres « petits » candidats.

Le clivage droite/gauche se complique mais surtout il se double d’une autre division, sur la question sensible de l’Union européenne, entre les pro-européens (Macron, Fillon, Hamon) et les eurosceptiques (Marine Le Pen, Mélenchon, Dupont-Aignan).

Mélenchon, gagnant du débat

Au-delà, ce fut également un choc des personnalités. Les deux candidats les mieux placés pour figurer gagnant au 1er tour restent dans les sondages, Marine Le Pen et Emmanuel Macron. Les deux ont joué mardi soir la carte d’une grande prudence. Le leader du Front national a mis un fort bémol sur sa politique anti-immigrée et parue parfois très hésitante. Emmanuel Macron est resté largement imprécis sur le détail de la politique qu’il souhaite mener s’il est élu.

François Fillon, principale représentant de la droite traditionnelle, reste en seconde ligne du fait des nombreuses « affaires » dans lequel il est mêlé, entre l’emploi fictif de sa femme Pénélope et ses liens compliqués avec l’argent. Il a été rudement secoué mardi par un petit candidat, Philippe Poutou, de l’extrême-gauche : « François Fillon, voilà, il est en face de moi, a-t-il déclaré, que des histoires. Et plus on fouille, plus on sent la corruption, plus on sent la triche. En plus, c’est des bonhommes qui nous expliquent qu’il faut la rigueur, qu’il faut l’austérité, et eux-mêmes piquent dans les caisses publiques donc il y a un petit problème de ce côté-là ». François Fillon n’a pas voulu répondre à cette mise en cause. Il était en 3ème position dans les sondages, mais Nicolas Sarkozy vient de le lâcher spectaculairement, selon une information du Canard enchaîné.

Cette position de 3ème candidat dans les résultats du 1er tour de la présidentielle, pourrait être contestée par la popularité croissante de Jean-Luc Mélenchon, devançant largement Benoit Hamon candidat d’un Parti socialiste totalement explosé.

Macron, Le Pen, Mélenchon ? La partie n’est pas terminée…

Dernière surprise de cette campagne surprenante, l’absence totale de débat sur la politique étrangère de la France : à part la question européenne tout juste récemment abordée, pas un mot sur les relations à conduire avec les États-Unis de Donald Trump, ou avec la Russie de Vladimir Poutine. Quelle politique menée avec les risques de guerre dans des régions frontalières comme l’Europe orientale, ou le Proche-Orient ? Quelle politique active à mener contre Daesh qui sera certainement tenté de s’inviter à sa manière dans l’actuelle campagne présidentielle française ?

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22 mars 2017 3 22 /03 /mars /2017 16:39

("Chronique de Paris" publiée dans la Quotidien d'Oran du 23 mars 2017)

Le gros incident diplomatique germano-turc s’explique en grande partie par la proximité du vote de la réforme constitutionnelle du pouvoir turc

L’Allemagne a reproché dimanche 19 mars au président Erdogan d’avoir « franchi une limite » en accusant personnellement Angela Merkel de « pratiques nazies ». A l’origine de cet altercation gravissime, une échéance électorale interne à la Turquie : le 16 avril, un référendum aura lieu pour une transformation constitutionnelle qui vise à une présidentialisation du régime avec de nouveaux pouvoirs considérables donnés à Erdogan qui pourrait dans la conjoncture actuelle rester au pouvoir jusqu’en 2029.

Si le « oui » l’emporte, Erdogan bénéficierait de pouvoirs considérablement accrus puisqu’il pourrait nommer et démettre à lui seul tous les ministres, sans devoir en référer au Parlement comme aujourd’hui. Le rôle du Parlement serait ainsi considérablement réduit. Le poste de Premier ministre serait également supprimé. L’appareil judiciaire serait quant à lui davantage sous la coupe du pouvoir exécutif, ce qui menacerait l’Etat de droit.

L’enjeu est donc considérable pour Erdogan et il a envoyé ses ministres faire campagne en Europe auprès de l’importante communauté turque qui y existe. L'Allemagne est au centre du bras de fer du président Erdogan avec l'Europe car elle héberge la plus importante diaspora turque au monde, dont 1,4 million de personnes inscrites sur les listes électorales consulaires. Le gouvernement allemand a, en début de mois, interdit l’intervention de ces ministres dans les meetings qui pouvaient se tenir sur son territoire, arguant qu’un ministre étranger ne pouvait venir faire de la propagande sur le sol allemand, quel qu’en soit le motif. Alors que curieusement, la France a laissé se dérouler un meeting avec un ministre turc, le gouvernement hollandais a opté pour la position de l’Allemagne et Erdogan a immédiatement qualifié ces deux gouvernements de « nazi » et de « fasciste ». Dimanche, il est allé encore plus loin en s'en prenant nommément à la chancelière allemande. « Quand on les traite de Nazis, cela ne leur plaît pas. Ils manifestent leur solidarité. En particulier Merkel », a déclaré Recep Tayyip Erdogan dans un discours télévisé.

Jusque là, les responsables allemands s’étaient bien gardés de répondre aux provocations d’Erdogan. L’outrance de ce dernier peut s’expliquer par le fait que le vote populaire sur son projet constitutionnel autoritaire n’est pas totalement acquis. D’où l’importance pour lui d’aller chercher des voix dans la communauté turque immigrée mais aussi son choix de vouloir se faire passer pour la victime d’une supposée « barbarie » européenne, en jouant sur les sentiments xénophobes de sa propre population. Mais s’attaquer en direct à la chancelière Angela Merkel a peut-être le pas de trop car nombreux sont les rapports économiques entre les deux pays. Et si Erdogan a remporté la quasi-totalité des échéances électorales ces dernières années, c’est parce que l’économie turque était particulièrement dynamique. Ce n’est plus cas ces derniers mois. C’est l’une des difficultés qui plane sur le scrutin du 16 avril. « Est-ce que Monsieur Erdogan a encore tous ses esprits ? », s'est interrogé Julia Klöckner une proche d'Angela Merkel et vice-présidente de son parti conservateur CDU,. Elle a demandé l'arrêt des subventions européennes « qui se montent en milliards d'euros » en faveur de la Turquie, prévues pour l'aider à se rapprocher de l'UE.

Les multiples dérapages du président turc

Il est en effet peu admissible qu’un chef d’état, qui plus est candidat à l’Union européenne et, dans tous les cas à la recherche d’un étroit traité commercial avec celle-ci, de surcroit membre de l’Otan, se laisse aller à ces dérives verbales. Elle donne l’impression que pour ce dernier tout est possible et qu’il n’y a plus de limites. Peut-être, Reccep Erdogan pensait « tenir » l’Allemagne grâce à l’accord réalisé l’an dernier où il s’était engagé à contrôler plus fermement le flux des réfugiés syriens et garder ces derniers sur le sol turc. Le président turc a d’ailleurs menacé de relâcher le dispositif et permettre à nouveau aux réfugiés syriens de se diriger vers l’Europe…

L’autre raison de la colère d’Erdogan concerne le très curieux et mystérieux putsch manqué de juillet dernier. Erdogan avait immédiatement accusé l’un des ses anciens proches alliés, le prédicateur Fethullah Güllen d’en avoir été l’instigateur. Celui-ci exilé aux Etats-Unis dément catégoriquement toute implication. Mais ce putsch manqué a surtout permis à Erdogan de faire une purge sans précédent dans l’armée, la fonction publique, la justice, les medias en liquidant systématiquement toute opposition. Récemment, l’hebdomadaire Der Spiegel rapportait un entretien avec le patron des services de renseignement allemands, Bruno Kahl, où celui-ci déclarait n’avoir pas été du tout convaincu par Ankara de la responsabilité du prédicateur Gülen dans ce putsch avorté. Nouveau coup de sang de la présidence turque.

En début d’année, le président Erdogan avait obtenu la majorité requise des trois cinquièmes du Parlement, étape indispensable pour son projet de révision constitutionnelle. Mais son parti, l’AKP (Parti de la justice et du développement) avait dû s’allier avec le parti de la droite radicale, le Parti d’action nationaliste (MHP) violemment anti-kurde et opposé à toute solution politique pour la résolution du problème kurde en Turquie. L’opposition, le kurdiste Parti démocratique des peuples (HDP) et le kémaliste Parti républicain du peuple (CHP) sont d’autant plus minoritaires que 10 députés du HDP sont actuellement en prison. Mais outre les difficultés économiques, la quasi-disparition de toute vie démocratique qui nourrira tôt ou tard de violentes réactions, le gouvernement turc doit également gérer les guerres régionales qui lui sont frontalières. Alors qu’il avait discrètement soutenu Daesh dans un 1er temps, le pouvoir turc doit faire face à une remontée des attentats djihadistes sur son propre sol et des interventions militaires complexes en Syrie.

Présidentielle française : 1er débat entre candidats

10 millions de téléspectateurs ont regardé lundi soir, pendant plus de trois heures et demi, s’affronter cinq des onze candidats à la présidentielles françaises : François Fillon, Marne Le Pen, Emmanuel Macron, Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon. Pour cinq et pas les onze ? Tf1, la chaîne qui organisait le débat a justifié son choix en avançant qu’un débat à onze était difficilement organisable et que ses animateurs ont donc préféré inviter les candidats qui, aujourd’hui, récoltaient les meilleurs scores dans les sondages. Ce choix avait été validé par le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), l’instance juridique de régulation des médias de l’audiovisuel.

Une approbation curieuse parce qu’elle officialise une différence de traitement dans la campagne présidentielle, entre les « gros » et les « petits » candidats, alors que la loi électorale impose une stricte égalité de traitement entre tous les postulants. Mais les règles du showbiz politique ont été comme toujours d’une force supérieure…

Le débat fut intéressant mais sans surprises majeures. Chaque candidat a préféré valorisé certains éléments de son programme plutôt que d’attaquer celui du voisin. Les « affaires » qui ont dominé depuis son début cette campagne présidentielle amenant l’inculpation de deux de ces cinq (François Fillon Marine Le Pen inculpés dans diverses magouilles) expliquent cette prudence dans les débats : les cinq candidats n’ont surtout pas voulu accroître le sentiment de rejet des hommes politiques déjà fort sensible chez les électeurs français. Les affaires, les affaires… ! Le lendemain du débat, Bruno Le Roux, le ministre de l’Intérieur de François Hollande, a dû démissionner pour avoir, lui aussi, employé ses enfants mineures pour des emplois publics soupçonnés d’êtres fictifs. Et mardi soir, les enquêtes policières ont considérablement aggravé les charges pesant sur le candidat François Fillon : « escroquerie et usage de faux » ont été rajoutés mardi. Aucun scénariste d’Hollywood n’aurait pu imaginer un script aussi extravagant !

Au résultat, le débat a peu modifié les sondages sur les différentes personnalités : A la question "Qui a été le plus convaincant ?", le candidat d'En marche !, Emmanuel Macron, se classe en première place avec 29%, devant Jean-Luc Mélenchon (20%), puis François Fillon et Marine Le Pen (à égalité à 19%), selon une enquête Elabe pour BFMTV. Le candidat socialiste, Benoît Hamon, arrive en dernière position, à 11%. Mais prudence, 50% des électeurs français n’ont pas encore choisi pour qui ils allaient voter.

Une poussée de Jean-Luc Mélenchon

Jean-Luc Mélenchon, le candidat du courant radical « la France insoumise », s’est en effet bien tiré de ce débat un peu trop feutré : il fut le seul a clairement rappelé le climat délétère de cette campagne sur fond d’affaires judiciaires. Il est vrai qu’il a été aussi porté par le réussite le week-end dernier du cortège qu’il avait organisé à Paris, entre la Bastille et la Place de la République où il fit un discours d’une heure devant 130 000 personnes ce qui lui a permis de réussir la plus grosse manifestation populaire de cette campagne présidentielle. L’homme, excellent orateur, présente des réponses sociales et écologiques qui répondent à un grand nombre d’inquiétudes des Français.

Assez bizarrement, les animateurs du débat de TF1 avait renvoyé en fin de soirée ces questions alors que les problèmes relatifs à l’emploi, aux rémunérations, au service public et à l’environnement sont souvent en tête des préoccupations des électeurs français. De même, alors que le monde connaît d’importantes turbulences avec l’élection de Donald Trump, les nouvelles ambitions de Vladimir Poutine, les très graves conflits du Moyen-Orient, les inquiétudes sur le continent africain, où la France intervient militairement dans trois pays, la politique étrangère fut étrangement très peu, voire pas du tout abordée pendant toute cette campagne présidentielle. Même sur la question de l’Europe alors que l’Union européenne traverse aujourd’hui de sérieuses difficultés et que l’idée d’une Union européenne a beaucoup désenchanté une majorité de Français.

Mais un peu plus d’un mois du 1er tour, les sondages persistent à voir Emmanuel Macron et Marine Le Pen en tête, et donc prévoient au second tour un affrontement entre le candidat Macron « centre-gauche/centre droit » et Marine Le Pen la présidente du Front National, situé à l’extrême-droite de l’échiquier politique. Cette dernière a d’ailleurs très habilement mêlé dans son programme des propositions très protectrices en matière sociale, un vif rejet de l’Union européenne et de la zone Euro, à des positions plus traditionnelles de l’extrême-droite avec notamment un très fort rejet de l’immigration. Emmanuel Macron joue beaucoup sur sa relative jeunesse (il n’a que 39 ans) mais malgré lui aussi, des talents indéniables d’orateur, il reste très imprécis sur le programme qu’il propose ou sur la majorité parlementaire sur laquelle il entend s’appuyer. Car cette élection française est bien à quatre tours, deux tours pour la présidentielle et le mois suivant deux tours pour désigner les députés à l’Assemblée nationale. Il est fort possible que les électeurs français envoient des signaux contradictoires et que le président, voire la présidente, élu(e), ne dispose pas d’une majorité parlementaire qui lui est nécessaire pour appliquer son programme. Le nouveau quinquennat commencerait par une cohabitation. Pas le meilleur moyen pour régler d’importants, urgents et croissants dossiers difficiles…

Prochain rendez-vous : le mardi 28 mars, une autre chaîne, BFM TV, invite quant à elle, les onze candidats. Il y a fort à parier alors que les « petits » candidats énervés d’avoir été mis de côté, interpelleront vivement les « gros » candidats des sondages. Parmi eux, deux candidats trotskistes Nathalie Arnaud (le seconde femme de cette liste très masculine, agrégée d’économie) et Philippe Poutou (le seul ouvrier) et deux représentant d’une droite plutôt d’héritage gaulliste et très anti européenne avec Nicolas Dupont-Aignant, bon orateur et un nouveau, François Asselineau, un très haut fonctionnaire qui connait très bien ses dossier et notamment les questions sensibles concernant l’Union européenne.

La soirée promet d’être très animée.

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10 mars 2017 5 10 /03 /mars /2017 15:34

("Chronique de Paris parue dans le Quotidien d'Oran du 9 mars 2017)

Au-delà des turpitudes électorales, le chômage reste le vrai arrière-fond de cette campagne électorale

L’actualité politique du « bloc occidental », notion floue mais au moins concrétisé par l’accord militaire et stratégique de l’Otan, ne manque pas de grandes surprises, ces derniers mois. Avant l’élection étonnante du candidat-clown Trump à la tête de la première puissance mondiale, il y a eu, avec un référendum populaire, l'Exit du Royaume-Uni de l’Union européenne. Aujourd’hui, c'est la presse internationale qui regarde avec une certaine consternation, le déroulement de la campagne électorale de l’élection présidentielle française. « Cette campagne présidentielle française de toutes les péripéties est, plus que jamais celle de tous les dangers », résume le quotidien suisse Le Temps, qui reflète bien l'opinion de l’ensemble des médias internationaux devant une élection qui pourrait bien se révélait, selon l’hebdomadaire britannique The Economist « la plus passionnante de l’histoire récente ».

Il est vrai que les polémiques en cours ont surtout abouti à l’effondrement des deux grands partis traditionnels , celui de la droite classique, incarnée aujourd’hui par « Les Républicains », héritiers de l’UMP, de l’UDR…, et celui de la gauche « social-démocrate », représentée par le Parti socialiste.

Ces formations avaient d’ailleurs toutes deux, opté pour des élections « primaires » : c’est-à-dire demander au bon peuple de choisir entre ses différents candidats internes et leurs différentes propositions. Au résultat des sondages actuels, Big bang Bazar ! Ce sont deux candidats hors primaires qui s’imposent selon un sondage Elabe diffusé le7 mars.: Emmanuel Macron qui s’est auto désigné candidat réalise, selon un sondage Elabe diffusé le7 mars, un très joli score : 25,5% des intentions de voix soit une hausse de +1,5 sur la semaine. Il fait quasiment jeu égal avec Marine Le Pen toujours en tête avec 26% des intentions de vote. Les deux challengers creusent surtout l'écart avec le candidat de la droite traditionnelle. Après une polémique insensée sur son maintien ou son retrait de la présidentielle qui a occupé l'essentiel des médias, François Fillon qui persiste, continue de stagner à 19% des choix des sondés.

A gauche, Benoît Hamon, le représentant désigné par l’autre grande formation traditionnelle, le Parti socialiste ne décolle pas. Il ne fait que prendre un léger ascendant sur la « gauche de la gauche » incarné par Jean-Luc Mélenchon, avec 13,5% (+1) d'intentions de vote pour le candidat socialiste contre 12% (-0,5) à celui de La France insoumise.

Plusieurs grilles de lecture

The Economist voit dans la montée en puissance de Marine Le Pen et d’Emmanuel Macron des « insurrections, dont les conséquences sont colossales ». Ce duel fait dire à l'hebdomadaire que la vieille division entre droite et gauche est bien moins importante que la nouvelle : « celle entre un monde ouvert et un monde fermé ». Au résultat, le vote des Français « peut relancer l’Union européenne ou la faire couler ».

Droite/ Gauche, Mondialisme / souverainisme ? Contrairement à l’opinion du très libéral (sur le plan économique) hebdomadaire britannique les éléments d’analyses sont plus complexes et plus entremêlées. Mais aussi plus simples et traditionnels

Le rejet actuel par les électeurs français des deux grands partis traditionnels de pouvoir ((droite classique, élargie aux formations centristes, Parti socialiste et ses alliés de circonstance), est évident . Ces deux formations dominaient la représentation nationale à travers l’exécutif et le parlement, depuis la Constitution de la Vème République française adoptée en 1958 : de Gaulle, Pompidou, Giscard, Sarkozy mais également Mitterrand, Jospin, Hollande… Aujourd’hui on sent le rejet un peu généralisé de l’électorat du système actuel. Bref, les Français semblent en avoir un peu marre des deux grandes formations traditionnelles, qu’elles soient en alternance ou en cohabitation.

1ère raison du rejet : un chômage persistant

Dans les études internationales sur le moral des terriens, les Français apparaissent très souvent comme un peuple très pessimiste. Ce n'est pas par hasard la France est l'un des pays qui consomme le plus de tranquillisants et d’antidépresseurs au monde ; d'après l'étude du cabinet Pew Research Center publiée en juillet 2015, les Français apparaissaient comme les champions du pessimisme quant à leur avenir et celui de leur pays. A la question « Dans les 12 prochains mois, comment pensez-vous que la situation économique de votre pays va évoluer », 20% des Français répondent qu'elle va s'améliorer, contre 38% qu'elle ne changera pas et 42% qu'elle va s'empirer. Un record de défaitisme parmi les pays développés! A l'inverse, les Israéliens, les Espagnols et les Britanniques étaient en 2015 respectivement 47%, 42% et 38% à penser que leur pays allait être mieux l'année suivante.

En 2016, dans un autre sondage de France stratégie, les Français, plus que tous les autres Européens, ont une vision très négative de la distribution des revenus, 8 sur 19 estiment que les inégalités se creusent, 9 sur 10 se disent personnellement préoccupés par la pauvreté.
Le besoin de protection que l’on peut ressentir dans toutes les échéances électorales touche beaucoup plus la sauvegarde de l’emploi et donc du revenu que par ailleurs l’exigence d’une protection contre une délinquance, certes toujours inquiétante mais qui, en réalité en réduction importante quand on la regarde sur plusieurs décennies.

En revanche, début 2017 , on comptait 3,47 millions de chômeurs soit 10% de la population active. Petits, contrats durée déterminée CDD), missions courtes d’Intérim, stages divers.., si l’on va plus loin, on tombe sur le chiffre de 6,5 millions de personnes privées d’emploi ou travailleurs occasionnels. Et si l’on poursuit l’examen précis des statistiques, on constae ne prend pas en compte l’importance des radiations des statistiques, des chômeurs qui ne se sont pas ou plus enregistrés, de ceux qui n’ont plus accès à aucun droit ou les jeunes qui sont des primo-accédant à l’emploi : 23% des chômeurs enregistrés ont moins de 25 ans. Cette triste réalité touche donc toutes les familles, y compris les plus aisées. Si l’on prend en compte tous ces différents publics, on arrive à plus de 10 millions de personnes directement touchés par un problème d’emploi et c’est cela sans compter le très grand nombre de « travailleurs pauvres ».

C’est une tendance durable depuis quatre décennies. Les gouvernements de la droite et de la gauche traditionnelle ont échoué à résoudre ou à réduire cette grande inquiétude. La « mondialisation » présentée comme inéluctable ne fait qu’amplifier les craintes : même si les salariés français sont dans les enquêtes internationales les plus productifs du monde (rapport valeur produite/ coûts salariés), la compétions sera de plus en plus difficile avec des pays aux couts salariaux beaucoup plus faibles. Autre sujet de préoccupation, l’incantation européenne permanente sur une politique économique basée sur la baisse des charges salariales et la réduction des déficits budgétaires, le tout dans l’espérance d'une reprise de l’investissement des entreprises. Relance toujours attendue et toujours déçue depuis deux décennies. Le tout dans le cadre d’une société française déjà très largement « socialisée » : « À partir du moment où les dépenses publiques représentent 56,5 % de la richesse nationale, il est inévitable que la pression soit très forte sur le chef de l'État, l'arbitre en dernier ressort », note Jean-Pierre Robin dans le Figaro.

 

 

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10 mars 2017 5 10 /03 /mars /2017 15:22

(article paru dans la Quotidien d'Oran du 7 mars 2017)

Le candidat François Fillon et ses « affaires », divisent profondément son propre camp

En début d’année, la droite était totalement rassurée. Après un quinquennat de François Hollande sévèrement jugé par une forte majorité de Français, le candidat présenté par la droite traditionnelle, Les Républicains, et les diverses formations centristes, était assuré de remporter l’élection présidentielle, et dans la foulée les élections législatives qui suivent ce premier scrutin, lui donnerait une majorité parlementaire confortable. Certes, dans les sondages Marine Le Pen réalisait de beaux scores la plaçant certainement au second tour mais dans l’incapacité de remporter la finale. La gauche est affaiblie par ses divisions, avec au moins trois candidats : Jean-Luc Mélenchon plutôt radical dans son programme ; les primaires du PS, après le retrait de François Hollande et l’élimination de Manuel Valls avait vu le succès surprise de Benoit Hamon, à l’aile gauche du PS. Et Emmanuel Macron, ancien ministre de l’économie de François Hollande se présentait lui comme candidat « ni droite, ni gauche ». Bref, l’élection présidentielle se présentait pour la droite « ouverte comme un boulevard », comme le notait hier Alain Juppé dans une conférence de presse.

Le candidat choisi par les primaires de la droite a été François Fillon qui 8 mars apparaissait comme un homme d’expérience, cinq ans Premier ministre du président Sarkozy, sérieux, avec un programme travaillé, plutôt sur une ligne de « droite dure » mais surtout sans aucune casserole ou « affaire » dans sa longue carrière politique.

Patatras ! Début février, le Canard enchainé sort le « Pénélopegate » : Pénélope, l’épouse de François Fillon ainsi que deux de ses enfants, auraient bénéficié pendant plusieurs années d’emplois fictifs sur fonds publics, généreusement offert par le même Fillon. Celui-ci, candidat présidentiel, a tout d’abord joué la carte de la dénégation affirmant même « si je suis mis en examen, je retirerais ma candidature ». Mais la poursuite des enquêtes menées par la police et la justice aboutissent, hélas pour lui, justement à une mise en examen.

Panique à droite ! Les sondages sur le candidat Fillon s’effondrent : les Français ne comprennent pas que le même candidat qui leur présentait l’austérité salariale comme inévitable, ait fait en sorte que son épouse touche quelques 900 000 euros sur un emploi d’assistante parlementaire fictif. Beaucoup de parlementaires de droite commencent alors à s’inquiéter, notamment pour les conséquences de cette affaire sur l’élection présidentielle et surtout sur les élections législatives qui suivent qui les concernent plus directement. Un nombre croissant de responsables politiques de droite conseillent, discrètement ou publiquement, à François Fillon de passer la main et de renoncer à sa candidature afin de pouvoir trouver rapidement un autre candidat. Car le temps presse, les élections ont lieu à la mi-avril. Reste à trouver dans un délai si court, le « candidat d’u plan B ».

Du coup, le candidat Fillon s’emporte et met en cause un « complot » mené par des juges, qui vise à « l’assassiner » politiquement. Samedi dernier, lors d’un meeting dans une salle à moitié vide, François Fillon contre-attaque : « Je ne céderais pas, je me ne me retirerai pas ». Il maintient donc malgré ses engagements sa candidature à la présidentielle. Il a appelé par ailleurs à un grand rassemblement de ses sympathisants le lendemain, le dimanche 5 mars à Paris, place du Trocadéro.

L’initiative rencontre d’ailleurs un certain succès : certes pas les 200 000 manifestants revendiqués par les fillonistes mais plutôt entre 40 000 et 50 000 supporters du candidat.

La droite au bord de l’explosion

Mais la chute dans les sondage se maintient : au 1er tour de la présidentielle, ils donnent Marine Le Pen en tête avec 26% des voix, suivi par Emmanuel Macron avec 25% des voix. François Fillon, éliminé du second tour, ne recueille que 17% des sondés, suivi par Benoit Hamon à 16% et Jean-Luc Mélenchon à 12%. Pire, 7 Français sur 10 estiment nécessaire que François Fillon passe devant les juges et 1 électeur de droite sur 2 ne lui fait plus confiance.

Depuis quelques jours, à droite, beaucoup de responsables s’étaient mobilisé pour un remplacement de la candidature Fillon par celle d’Alain Juppé. Dans cette hypothèse en effet, les mêmes sondages plaçait ce dernier à 24,5% des intentons de vote contre 27 % à Marine Le Pen, mais avec de très fortes chances d’emporter contre cette dernière la victoire au second tour.

Mais, lundi matin, lors d’une conférence de presse, Alain Juppé a jeté l’éponge, estimant sa famille politique trop divisée et la situation trop dégradée. Il s’en est néanmoins vivement pris à François Fillon, responsable d’une « impasse », d’un « immense gâchis » du à « l’obstination » du candidat Fillon qui continue de refuser de retirer sa candidature.

La droite française est donc en plein cyclone et la date limite du dépôt officiel des candidatures, assorties du soutien d’au moins 500 élus, est fixé au 17 mars. Autre conséquence négative, c’est la 1ère campagne présidentielle où depuis six semaines, l’on ne parle aucunement des programmes politiques mais uniquement de « l’affaire Fillon » !

 

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10 mars 2017 5 10 /03 /mars /2017 15:02

(Article paru dans le Quotidien d'Oran du 27 février 2017)

Dans cette campagne présidentielle française, les surprises ne manquent pas. Emmanuel Macron, ex-ministre de l’économie de François Hollande et qui avait présenté un programme « ni droite, ni gauche » a reçu mercredi dernier le soutien de François Bayrou. Ce dernier avait laissé depuis plusieurs semaines, la possibilité de se présenter lui-même comme candidat. Il est aujourd’hui crédité de 6% des intentions de vote par les différents organismes de sondage. Beaucoup moins que les scores qu’il avait déjà recueillis comme candidat à la présidence : en 2012, François Bayrou avait réuni 9,13 % des voix, mais c’était déjà moins que lors de l’élection présidentielle de 20O7 où il avait terminé troisième homme avec 18,57 %.

Emmanuel Macron a immédiatement fait savoir qu’il « acceptait l’alliance proposée par François Bayrou » et voyait dans cette proposition « un tournant de la campagne » mais aussi « de la vie politique ». Les deux responsables qui ne sont pas très éloignés en termes de programmes, se sont rencontrés jeudi dernier.

Plusieurs fois ministres dans des gouvernements de droite, François Bayrou a une bonne expérience politique et il continue d’incarner le « centre » dans le paysage politique français, même s’il ne dispose plus ni de véritable appareil politique, ni d’élus, si ce n’est quelques rares sénateurs. Mais son image reste positive pour beaucoup d’électeurs : François Bayrou, âgé de 65 ans, est jugé « honnête » par 55 % des Français interrogés, hier, par l’institut de sondage Elabe. Dans le climat français actuel, l’image d’honnêteté n’est pas un mince avantage.

Principale motivation de leader centriste, le risque d’une victoire de Marine Le Pen : c’est pour lui l’alerte contre « le pire des risques », celui d'« une flambée de l'extrême droite », qui l’a fait « mesurer sa responsabilité personnelle (…)nous sommes dans une situation d'extrême risque et, face à cette situation exceptionnelle, il faut une réponse exceptionnelle (...), la dispersion des voix ne peut qu'aggraver ces périls ». Des arguments qui l'ont conduit à renoncer à se présenter à l'élection présidentielle et « parce que le risque est immense, parce que les Français sont désorientés et souvent désespérés, j'ai décidé de faire à Emmanuel Macron une offre d'alliance ».

Des conditions immédiatement acceptées

Le soutien de François Bayrou est donc un avantage certain pour la candidature d’Emmanuel Macron qui, après un début de campagne flamboyant, connaissait ces derniers jours une réelle baisse de popularité. Son programme restait flou et du coup sa jeunesse (il n’a que 39 ans) laissait percevoir une certaine inexpérience. L’appui de François Bayrou, homme d’état et vieux politicien modifie donc la donne.

Mais François Bayron refuse l’idée d’un pur et simple ralliement. Il propose une « alliance », avec des conditions. François Bayrou a notamment exigé la demande d'une « véritable alternance », la revalorisation du travail, et l'introduction de la proportionnelle pour « le pluralisme au sein du Parlement » et enfin un programme de moralisation de la vie politique.

Emmanuel Macron a immédiatement accepté les différentes conditions. Reste à les concrétiser.

Une véritable alternance ? Sauf modification constitutionnelle, les deux hommes incarnent en réalité sur le fond, une suite logique à la politique menée par François Hollande. La revalorisation du travail ? François Bayrou a appelé Emmanuel Macron à défendre les salaires, mettant en garde contre toute volonté de « réduire sans cesse la rémunération du travail ». Mais Emmanuel Macron dans son programme, reste sur la ligne majoritaire en Europe d’austérité budgétaire, de réductions des coûts, d’une politique favorisant à tout prix la compétitivité des entreprises et notamment la réduction des coûts salariaux…

L’introduction de la proportionnelle s’impose car les deux grands partis qui dominent l’exécutif et très largement la représentation nationale au Sénat et à l’Assemblée nationale depuis plusieurs décennies, Les Républicains aujourd’hui dirigé par François Fillon et le Parti socialiste représenté par Benoit Hamon n’ont jamais représenté à eux deux guère plus de 50% des électeurs et ne pèsent aujourd’hui, toujours à eux deux, guère mieux que 35% des intentions de vote dans les sondages.

Quand à une moralisation de la vie politique, elle est urgente. Le Parquet national financier a ainsi décidé d'ouvrir, vendredi, une information judiciaire contre les époux Fillon, pour des faits éventuels de «détournement de fonds publics, abus de biens sociaux, complicité et recel de ces délits, trafic d'influence et manquements aux obligations de déclaration à la Haute autorité sur la transparence de la vie publique». Quant au Front national, Jean-Marie et Marine Le Pen doivent faire face à une avalanche de contentieux judiciaires et fiscaux. L'administration fiscale les cible dans 14 dossiers distincts et leur réclame désormais plus de 3 millions d'euros.

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