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9 mars 2016 3 09 /03 /mars /2016 16:07
Les Européens voudraient renvoyer les réfugiés syriens en Turquie

(article ^paru sur le site TSA le 5 mars 2016)

François Hollande a reçu Angela Merkel, vendredi à l’Élysée. A l’ordre du jour, la difficile question des migrants. « La France et l’Allemagne travaillent dans le même esprit et avec la même volonté » face à la crise migratoire, a affirmé le Président de la république française, en plein accord semble-t-il, avec la Chancelière allemande. Ils ont surtout voulu convaincre les 26 autres pays de l’UE de s’engager dans une réponse coordonnée à la grave crise migratoire Chose pas facile ! La déclaration intervient à un moment où règne la plus grande cacophonie en Europe sur la question de l’accueil des réfugiés, notamment en provenance de Syrie. Plus d’un million de ces derniers sont déjà arrivé sur le continent européen. Et le flot ne tarit pas.

Au 7 février 2016, l'UNHCR (Agence nationale des Nations unies pour les réfugiés) comptabilisait plus de 4,6 millions de réfugiés syriens dans les pays limitrophes (90% des déplacements à l'extérieur). Une écrasante majorité (2,5 millions) a cherché à fuir en Turquie, et trouve refuge dans des camps de réfugiés souvent gérés par les Nations-Unies. 1,1 millions sont au Liban, où ils représentent d’ores et déjà 21% de la population. Record mondial dans l’accueil de réfugiés, juste devant la Jordanie (9%).

Pas toujours bien accueilli par les populations locales, l’Europe apparait à ces réfugiés, comme la prochaine étape, plus sûre en terme de sécurité et de revenu minimal.

L’Union européenne n’a pas su trouver de position commune par rapport à cet important mouvement de population en sa direction, exode qui ne manque pas d’alimenter des craintes réelles ou fantasmées parmi les populations d’accueil. Dans le cadre de « l’Espace Schengen » où il n’y plus de contrôle entre les différents pays de l’UE, plus de poste-frontières, le seul verrou s’exerce donc sur les frontières externes de l’UE. Les deux voies d’arrivée des réfugiés syriens en provenance sont principalement les pays des Balkans et la Grèce. Mais pas plus la Croatie, la Slovénie, pays adhérents de l’UE dans les Balkans, que la Grèce et même l’Italie n’ont pu contenir le flot des réfugiés.

Angela Merkel avait pris une position très ouverte en décembre dernier. Mais son opinion publique, à travers les sondages, a envoyé des signes négatifs à la Chancelière qui a vu également naître des critiques ouvertes dans les partis de sa propre majorité parlementaire. Elle a dû prendre des positions plus prudentes mais qui restent infiniment plus ouvertes que celles des autres pays européens.

Face aux réfugiés, les Européens : « Pas nous ! Pas nous ! »

A l’automne, les membres de l’UE avaient certes acceptés le principe d’une répartition proportionnelle des réfugiés dans les 28 pays qui la composent. Jean-Claude Junker, le Président de la Commission européenne, s’était alors félicité que les 28 aient « unanimement confirmé leur intention de résoudre le problème à travers un mécanisme de relocalisation ». L’unanimité n’a guère duré. Le 17 février, l’Autriche fut la 1ère à rompre le « pacte de Schengen » en instituant, un nouveau contrôle à la frontière avec la Slovénie, autre état-membre de l’UE. Les pays membres du groupe de « Visegrad » -Hongrie, Pologne, République Tchèque et Slovaquie- ont fait savoir qu’ils ne se sentaient nullement engagés par cette répartition. La Grèce qui accueille aujourd’hui le plus grand nombre de naufragés, est eu bord de subir une véritable crise humanitaire si les autres états-membres de l’Europe continuent de fermer leurs frontières à double-tour.

Sans leur proposer aucune solution, le gouvernement français vient de démanteler le camp de réfugiés de Calais abritant des milliers de candidats au départ en Angleterre, pays qui n’en veut surtout pas.

Lors de sa rencontre avec Angela Merkel, François Hollande a réaffirmé l’engagement de la France d’accueillir 30 000 réfugiés dans les années à venir. Vaste programme ! Plus de 131.000 migrants sont arrivés en Europe depuis janvier, après 1 million l’an dernier. L’Allemagne seule continue d’accueillir de 3000 à 4000 réfugiés par jour. Que faire de tous ces gens ?

La chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, a tenté de négocier avec, le Maroc, le Pakistan et le Bangladesh et l’Algérie, pour qu’ils reprennent leurs ressortissants entrés illégalement en Europe. Refus poli de ces quatre pays.

Le seul espoir de François Hollande et d’Angela Merkel s’appelle Recep Erdogan. Les deux chefs d’État espèrent que la Turquie renforcera ses contrôles aux frontières avec l’Union européenne et surtout qu’elle acceptera de réadmettre sur son sol, des réfugiés syriens qui auraient irrégulièrement pénétré en Europe. Trois milliards d’Euros ont déjà été versé en ce sens à Ankara. Cela suffira-t-il à convaincre Erdogan, la Turquie étant aujourd’hui partie prenante du conflit irako-syrien ? Quel prix réel sera-t-il exigé des Européens ? Réponse le 7 mars lors du sommet UE / Turquie qui se déroulera à Bruxelles. Lors de cette rencontre Erdogan relancera certainement, en vraie contrepartie, une accélération de l’adhésion de la Turquie à l’UE.

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9 mars 2016 3 09 /03 /mars /2016 16:02
Elections en Iran : forte poussée des listes modérées menées par le Précisent Rohani

(article paru sur le site TSA le 29 février 2016)

Les élections qui se sont déroulées en Iran vendredi devaient renouveler à la fois le Majlis, le Parlement et l’Assemblée des experts, l’instance qui désignera le jour venu le successeur de Ali Khamenei, le Guide suprême. Celui-ci a lors des élections, fait campagne contre « l’infiltration de l’ennnemi » américain. L’Assemblée des experts avait légalement le pouvoir de refuser les candidatures dans les deux chambres et elle ne s’en est pas privé invalidant 5.600 candidats, essentiellement des réformateurs, sur les 12.000 se présentant aux législatives et 640 sur les 800 candidats à l’Assemblée des experts, faisant ainsi place nette pour des votes favorables aux conservateurs.

Malgré cette censure, la liste « Espoir » qui représentait le camp des modérés et des réformateurs mené par le Président Rohani a largement progressé dans ces deux chambres.

D’après les informations annoncés par le ministère de l’Intérieur, près de 60 % des 55 millions d'électeurs iraniens ont participé au vote. Le décompte n’est pas encore achevé mais la liste « Espoir » du bloc modéré-réformateur pourrait être la force dominante du Parlement. Sur les 290 sièges du Parlement, élu pour quatre ans, cette liste en pour l'instant obtenu 89, contre 86 pour les conservateurs, selon des chiffres publiés dimanche par l'agence de presse Isna. Dix candidats indépendants ont également été élus mais sont pour l'instant inclassables. Les résultats pour une soixantaine d'autres sièges devraient être annoncés d'ici mardi. En revanche, un second tour devra être organisé en avril ou en mai pour départager les candidats briguant 51 autres sièges, et dont aucun n'a récolté suffisamment de voix pour être élu au premier tour. Deux figures conservatrices religieuses, l'ayatollah Mohammad Yazdi, l'actuel chef de l'Assemblée des experts, et l'ayatollah Mohammad Taghi Mesbah Yazdi, ont été battues à l'élection de cette Assemblée.
Quelles sont les dossiers épineux que devra affronter le Président Rohani, fort d’une redistribution des cartes électorales qui lui sera peut-être favorable ?

Les attentes des électeurs se concentrent aujourd’hui sur la situation économique du pays. Elle n’est pas bonne et l’effondrement des cours du pétrole ne va pas l’améliorer. La fin des sanctions liées à l’accord passé avec les pays du P 5+1 » (les 5 membres du Conseil de Sécurité - Etats-Unis, Chine, France, Royaume Uni, Russie + l’Allemagne), vont cependant permettre à l’Iran d’exporter plus facilement et surtout de pouvoir accueillir des investissements étrangers. Le président Rohani va certainement mettre en place des réformes libérales en matière économique , chercher à favoriser l’environnement des affaires et facilité l’investissement privé. L’importance des scores réalisés par les modérés dans les centres urbains a du surprendre le camp conservateur. A Téhéran, les réformateurs et modérés emportent la totalité des 30 sièges de représentation de la capitale iranienne, sièges qui étaient jusqu’alors détenus en grande partie par les conservateurs. Mais cet électorat urbain a également ses exigences qu’il s’agisse de l’émancipation des femmes, de l’insertion de la jeunesse ou de la liberté d’expression ou du pluralisme de l’information. Les réformateurs souhaitent également la libération des dirigeants du « Mouvement vert » (manifestations massives en 2009 à la suite de réélection contestée de Mahmoud Ahmadinejad) toujours en résidence surveillée.

Toutes ces questions sensibles feront certainement l’objet de tensions avec le camp conservateur qui se sent aujourd’hui en situation de défense et de repli.

Forte rivalité entre l’Iran et l’Arabie saoudite

Le second dossier, qui pourra peut-être faire l’objet de consensus entre toutes les parties en Iran, est l’instabilité régionale. Sur fond de conflits religieux entre sunnites et chiites, il ya la réalité d’une opposition très vive entre deux puissances régionales, l’Arabie saoudite et l’Iran. L’affrontement a pris une forme armée à travers le conflit au Yémen, où des forces sunnites, aidée par l’aviation saoudienne s’affrontent à des troupes chiites soutenues par Téhéran. Au Yémen, opèrent également des milices sunnites djihadistes qui se réclament soit d’Al Qaida, soit de Daesh. C’est à l’occasion de ce conflit que l’Arabie saoudite et l’Iran ont rompu leurs relations diplomatiques. Les monarchies du Golfe et l’Iran s’affrontent également à Bahreïn, petit état où la famille régnante est sunnite alors que la population est très majoritairement chiite. Au Liban, l’Arabie soudite soutient les sunnites et l’Iran appuie le Hezbollah.

Les deux pays s’affrontent également en Syrie. L’Iran intervient militairement contre Daesh en Irak et soutient de fait Bachar el-Assad, en Syrie. L’Arabie saoudite soutient l’opposition sunnite. Le pays est rentré depuis samedi dans une phase de cessez-le-feu, imposé au camp sunnite par les USA et au camp alaouite par la Russie. Mais l’affrontement continue contre les djihadistes d’Al Nosra et surtout contre l’Etat islamique. Daesh a d’ailleurs opéré une vague d’attentats dimanche à Bagdad, faisant 59 morts. Mais en admettent que la trêve tienne en Syrie, les rivalités entre toutes les parties subsistent et aucune solution ne pointe à l’horizon. De même ni l’Arabie saoudite, ni la Turquie, ni l’Iran ne souhaiteront perdent leur influence sur la vaste zone irako-syrienne.

La minorité kurde qui existe aussi bien Turquie, en Syrie, en Irak et en Iran complique encore un peu plus la donne. Une paix durable en Syrie ? « Il faudrait, un en mot qu’Américains et Russes continuent à œuvrer main dans la main pour imposer à tous un compromis que chacun puisse accepter. C’est la condition sine qua non pour que le cessez-le-feu débouche sur la paix mais, outre que l’actuelle connivence américano-russe est bien trop récente pour qu’on puisse tabler sur sa durée, les États-Unis changeront de président dans dix mois ». Si Hillary Clinton est élu, il y a fort à parer qu’elle poursuivra la politique d’Obama. Si Donald Trump qui est en train de remporter la primaire du camp républicain, gagnait la Maison-Blanche, il y a fort à craindre que la normalisation des relations irano-américaines en souffre beaucoup. Ce qui affaiblirait Rohani et renforcerait le camp conservateur.

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28 février 2016 7 28 /02 /février /2016 19:29
La crise de l’agriculture française

(article paru sur le site TSA, le 28 février 2016)

Période difficile pour François Hollande. Il était depuis plusieurs jours dans un long déplacement à l’étranger, dans le Pacifique et l’Amérique latine, lorsqu’il fut prévenu de d’une grande polémique dans sa propre majorité, à la suite d’une pétition menée par Martine Aubry qui critiquait vivement sa politique « social-libérale ». Rentré samedi de son périple diplomatique, le Président de la République inaugurait le matin même le 53ème Salon de l’Agriculture à Paris, au moment où les syndicats d’agriculteurs multiplient depuis plusieurs mois manifestations, occupations de bâtiments publics et opérations « coup de poing ».

Sifflets, Huées, injures

Alors que le secteur agricole subit depuis plusieurs mois une crise d’autant plus grave que les solutions de sorties sont difficiles à trouver, l’exercice présidentiel n’était donc pas commode. Tout au long de sa visite de près de 5 heures à travers les différents stands, François Hollande a surtout entendu les plaintes, les demandes et les récriminations du monde agricole. Mais il a également subi les sifflets de nombre d’agriculteurs, voir les injures d’une petite minorité « Fossoyeur », « Pourri », « bon à rien »… « J’entends les huées, je suis venu pour écouter les difficultés et parfois la colère des agriculteurs », a déclaré François Hollande. Mais le chef de l’Etat est arrivé au Salon avec peu de mesure nouvelle à annoncer.

Si la France reste le premier producteur agricole européen, la part de l’agriculture dans le produit intérieur brut a formidablement diminué : elle ne représente que 1,7% de l’économie française. Parallèlement, le nombre des exploitants agricoles a lui aussi fondu vertigineusement : ils ne sont guère plus de 400 000 aujourd’hui à vivre, le plus souvent difficilement, de leur exploitation agricole. Si l’on élargit à l’ensemble des emplois, y compris salariés, du secteur agricole, « la part des emplois agricoles dans l’ensemble du marché du travail est également en chute libre ces dernières décennies : alors qu’elle était de 31 % en 1955, elle est passée à 8,8 % en 1981, pour tomber à 3,3 % aujourd’hui », note Jérémie Lamothe, du Monde. Si le secteur agricole comptait plus de 6 millions d’emplois à la fin des années 1950, il n’en totalisait plus que 850 000 en 2013.

Les deux principales causes de la crise

La Communauté économique européenne est née de la « Politique agricole commune » qui fut à son origine. La PAC reposait sur un contrôle et une fixation des prix, et sur des subventions généreuses aux exploitants agricoles qui leur garantissaient un pouvoir d’achat en croissance ou au pire, maintenu. Mais la CEE est devenu l’UE, et les doctrines libérales qui dominent, ont remis en cause le contrôle des prix et surtout, ont diminué les subventions ou les ont concentrés sur des secteurs déjà fortement intégrés au secteur industriel, comme celui des céréales.

Par ailleurs, le secteur agricole a progressivement été soumis aux contraintes de deux secteurs économiques situés à son aval, l’industrie agroalimentaire et la Grande distribution. Ce sont ces deux secteurs qui ont imposé aux producteurs agricoles une très forte baisse des prix de vente de leurs produits. Une baisse qui ne se retrouve pas en proportion lors de la vente du produit transformé ou distribué au consommateur final. L’Observatoire de la formation des prix et marges des produits alimentaires a fait le calcul en janvier 2016 : pour 100 euros dépensés dans l’alimentaire, 8,20 euros reviennent aux agriculteurs, l’industrie agroalimentaire en perçoit 13,20 euros et le commerce 19,80 euros. Les importations alimentaires représentent 14,30 euros, et les importations de biens intermédiaires, matières premières pour l’alimentation animale – engrais, pesticides, pétrole– absorbent 15,30 euros. Les taxes, elles, se chiffrent à 9,30 euros, c’est-à-dire davantage que la part qui revient aux agriculteurs.

C »est donc beaucoup de bénéfices pour les entreprises des secteurs de l’industrie agroalimentaire et la grande distribution mais en revanche, un appauvrissement continu des exploitants agricoles et surtout un endettement grandissant : « pour les exploitations dirigées par un chef d’exploitation âgé de moins de 40 ans, l’endettement s’élève en moyenne à près de 200 000 euros », précise le ministère de l’Agriculture.

Quelles solutions à court terme ?

Le gouvernement souhaite revoir un dispositif adopté en 2008 pendant le quinquennat de Nicolas Sarkozy : la Loi de modernisation de l’économie avait déréglementé les négociations entre fournisseurs et distributeurs, au bénéfice essentiellement de la grande distribution. Les producteurs doivent redevenir des acteurs à part entière dans le mécanisme de fixation des prix. François Hollande l’a annoncé au Salon de l’Agriculture : cette loi « sera modifiée. Je ne veux pas que ce soient les agriculteurs qui soient les victimes d’organisations qui font pression pour que les prix soient toujours les plus bas ». Mais les rapports de force entre les trois parties (producteurs, industrie, agroalimentaire, Grande distribution) sont très inégaux au détriment des producteurs. Une révision du mécanisme de fixation des prix en France devra de surcroît recevoir l’accord tacite de l’Union européenne, bien plus libérale en matière agricole que tous les gouvernements français réunis.

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25 février 2016 4 25 /02 /février /2016 17:15
France : le Parti socialiste au bord de l’implosion

(article paru sur le site TSA, le 25 février 2016)

Alors que le Président Hollande est en déplacement en Amérique latine, la publication jeudi d’une tribune libre dans le journal Le Monde, signée par Martine Aubry et Daniel Cohn-Bendit, figure emblématique de l’écologie, et seize autres personnalités est beaucoup plus qu’un coup de tonnerre : c’est le début d’une vraie tempête non seulement dans le Parti socialiste mais dans toute la majorité qui soutient actuellement François Hollande.

« Trop, c’est trop » : le texte qui rassemble les franges de la gauche de la majorité parlementaire souligne l’existence de vraies divergences, notamment avec la ligne politique menée par le Premier ministre, Manuel Valls. Le texte porté par Martine Aubry (qui avait seconde à la primaire socialiste qui avait désigné François Hollande comme candidat à la dernière présidentielle) dit tout haut ce que beaucoup d’électeurs de gauches, les syndicalistes, et nombre d’élus socialistes ressentent depuis longtemps : la ligne politique actuelle n’est pas « à gauche » et cela prépare des lendemains très décevants en 2017, date des nouvelles élections présidentielles et législatives : « ce n'est plus simplement l'échec du quinquennat qui se profile, mais un affaiblissement durable de la France qui se prépare et, bien évidemment, de la gauche s'il n'est pas mis un coup d'arrêt à la chute dans laquelle nous sommes entraînés », est-il notamment écrit.

Martine Aubry, Dany Cohn-Bendit et Hervé Hamon, le chef de fil des députés « frondeurs » concentrent le tir sur quatre gros dossiers de la politique menée par Manuel Valls :

- Le pacte de responsabilité signé avec le Medef en janvier 2014 : l’Etat avait versé 41 Milliards d’Euros aux entreprises, l’organisation patronale promettant la création d’un million d’emplois ! Il n’en fut évidemment rien, le dispositif créant seulement quelques dizaine de milliers de postes : « Le Pacte avec le Medef s’est révélé un marché de dupes ».

- La déchéance de nationalité : cette mesure autoritaire et sans doute guère efficace contre les apprentis terroristes, avait été prise dans la foulée des attentats de Paris. Nombre de députés n’avaient été franchement convaincus lors de la discussion parlementaire. « François Hollande doit renoncer à la déchéance de nationalité au profit d’une peine d’indignité nationale ou de déchéance de citoyenneté » propose les opposants.

- L’accueil des réfugiés syriens : La France ne doit pas faire partie « des états européens qui s’exonèrent de toute solidarité, de toute responsabilité à l’égard des réfugiés ». Manuel Valls qui en déplacement à Munich, avait refusé la proposition d’Angela Merkel, d’une répartition par quotas des réfugiés entre les 28 pays de l’UE, est vivement critiqué, « indécent discours de Munich »…

- Le projet de réforme du Code du travail : ce fut la goutte d’eau qui fit déborder le vase. Le gouvernement Valls, selon les opposants, organise un véritable détricotage des droits sociaux au bénéfice des seules directions d’entreprise.

En clair, s’ils ne l’écrivent pas, Martine Aubry, Dany et les 16 autres signataires réclament avec force le départ de Manuel Valls de son poste de 1er Ministre. Le divorce entre les deux tendances dans la gauche française, mais aussi au sein de la majorité parlementaire qui soutient François Hollande et également sein même du PS, est donc prononcé. Du jamais vu depuis la rupture Giscard-Chirac en 1976. Ce qui avait causé une division de la droite pendant une dizaine d’années, et les deux septennats de François Mitterrand.

Manuel Valls cherche l’épreuve de force

Le 1er Ministre, loin de s’en indigner de ses très vives critiques à son égard, s’en est discrètement félicité. Il est depuis longtemps le tenant d’une évolution du Parti socialiste en parti « démocrate ». Il est favorable à une libéralisation des relations économiques et sociale. Il est persuadé que les idées de la « vieille gauche » qu’expriment particulièrement Martine Aubry sont passées de mode et n’ont plus aucune efficacité.

Il croit que François Hollande, silencieux jusqu’à présent, lui restera solidaire et qu’il continuera à piloter le gouvernement et les réformes qu’il souhaite jusqu’à l’élection présidentielle de 2017. Et il fait le pari que les députés, mêmes frondeurs, appliqueront la discipline majoritaire.

Et si jamais François Hollande n’est pas candidat, à la prochaine élection présidentielle, alors, Manuel Valls sera très disponible. François Hollande renonçant à nouvelle candidature ? Martine Aubry et ses amis y songent également fortement, assurés qu’ils seraient dans l’hypothèse d’une nouvelle primaire, largement majoritaires face à Manuel Valls. La montée aux enchères des deux tendances pourrait bien faire exploser le Parti socialiste. Après des défaites aux élections municipales, européennes et régionales, l’échec aux échéances de 2017 sont plus que prévisibles. Ce qui fait que beaucoup d’élus et de responsables du PS et des Verts réclament à haute voix des comptes.

Quand à François Hollande, toujours en tournée sud-américaine, il est resté étrangement silencieux. Mais l’homme est habile. Surtout quand il est encerclé.

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25 février 2016 4 25 /02 /février /2016 17:06
USA : Mais qui est donc ce Donald Trump ?

(Chronique de Paris parue dans le Quotidien d'Oran du 25 février 2016)

Trump vient de remporter largement la primaire au Nevada. Le candidat ultraconservateur du camp républicain pour l’élection présidentielle de la 1ère puissance mondiale, surprend beaucoup

Au début, on n’y croyait pas et l’on souriait aux extravagances verbales de Donald Trump dans la grande course à l’élection présidentielle américaine qui se déroulera le 8 novembre 2016. Ce milliardaire est le candidat le mieux placé aux élections primaires qu’organise le Parti Républicain, aujourd’hui majoritaire dans le Congrès américain, alors que l’actuel président, Barak Obama est démocrate. Cette compétition qui se déroule état par état dans la république fédérale, voit s’affronter plus d’une dizaine de candidats. Le même processus se déroule dans l’autre grande formation américaine, le Parti Démocrate. Mais seulement avec trois prétendants.

La 1ère constatation est la forte poussée d’un camp ultraconservateur. Après sa seconde victoire dans le New Hampshire, Donald Trump a largement remporté les primaires en Caroline du Sud. Il a devancé ses principaux rivaux, Marc Rubio, pourtant sénateur de Floride et le texan Ted Cruz, conservateur évangélique affiché. Il faut d’abord noter que ses trois candidats se situent très nettement à la droite du Parti Républicain. Le centriste Jeb Bush, fils et frère de présidents américain et ancien grand favori des sondages il ya un an, a préféré lâcher la compétition après n’avoir recueilli que 8% des voix lors du scrutin en Caroline.

Avec 32,5% des voix lors de ce vote, Donald Trump remporte une victoire écrasante, conquérant tous les comtés de la Caroline, en tête dans toutes les catégories sociales.

Qui est donc ce Donald Trump ? C’est un magnat de l’immobilier, âgé de 69 ans. Il bénéficie de l’image positive d’un homme qui a réussi dans les affaires. Fils d’une famille très aisée, il bénéficie aujourd’hui d’une fortune privée évaluée entre 8 et 10 milliards de dollars. En quasi faillite après la crise immobilière de 1990, il a su rebondir rapidement. Car il a un véritable talent dans la communication commerciale. Il a ainsi fait de son nom Trump une véritable marque, meubles Trump, hôtels Trump, casinos Trump, clubs de golf Trump, stations balnéaires Trump, cravates Trump, et même le « Trump steak », la Trump-Vodka, en passant par la parfumerie Trump. Il a su aussi s’imposer dans les médias, avec le succès d’un programme de télé-réalité, « the Apprentice » qui a eu jusqu’à 28 millions de téléspectateurs. Il a également publié des ouvrages aux titres qui rappellent un certain « rêve américain » : « Comment devenir riche » ou « Pensez comme un millionnaire ».

Même le Pape François s’inquiète…

Quel est son programme ? Plus que très musclé.

Le candidat a imposé une nouvelle thématique à ces primaires : les relations des Etats-Unis avec l’Islam. Et en proposant une mesure radicale : l’interdiction de l’entrée du pays aux migrants musulmans ! Rappelons que les Etats-Unis comptent d’ores et déjà 1,8 million de citoyens musulmans adultes, qui doivent se sentir menacés. Et dans la lutte contre le terrorisme djihadiste à l’étranger, il veut réintroduire pour la CIA et ses centres de détention, toujours illégaux au regard du droit international, la torture par la baignoire…

Ses autres propositions ont ciblé l’immigration clandestine, en provenance très principalement des pays d’Amérique du Sud. Il menace ainsi d’expulser 11 millions de migrants illégaux et il prône la construction d’un mur à la frontière mexicaine, se faisant même fort de la faire financer par les autorités de ce pays voisin. En cas d’élection de Donald Trump, les relations américano-mexicaines risquent de se tendre un peu. La mesure choque évidemment la communauté hispanique américaine, forte aujourd’hui de 41 millions d’hispanophones, et une dizaine de millions de bilingues : ce qui fait des Etats-Unis, le second pays hispanophone au monde, derrière le Mexique et devant l’Espagne. Les démographes prévoient une communauté hispanique de 60 millions d’individus pour 2020 et 132 millions en 2050.

Devant l’avalanche de propositions xénophobes, en anti-migrants, le pape François, argentin de naissance, a déclaré le 18 février, fait exceptionnel, que « celui veut construire des murs et non des ponts n’est pas chrétien, ce n’est pas dans l’Evangile ». Interrogé sur l’éventuelle construction d’un mur séparant le Mexique et les Etats-Unis, il visait directement Donald Trump. Il est extrêmement rare qu’un chef de l’église catholique s’en prenne directement à un homme politique. Un de ses prédécesseurs, Jean-Paul II qui fut pape de 1978 à 2005, polonais de surcroît, s’est vivement opposé à l'idéologie communiste et par son action, notamment en Pologne, il a favorisé la chute du bloc de l'Est. Mais il ne s’est jamais pris à partie individuellement tel ou tel dirigeant communiste.

« Qu’un leader religieux mette en doute la foi d’une personne est honteux, a protesté Donald Trump dans un communiqué. Je suis fier d’être chrétien ». Bien que peu religieux, Donald Trump se définit comme presbytérien et a déjà assuré qu’il collectionnait les Bibles. Face à la critique du pape, il a invoqué Daesh dans son argumentaire : « Si le Vatican était attaqué par Isis (Islamic State : Daesh), je peux vous promettre que le pape aurait souhaité et prié pour que Donald Trump soit président. Car cela ne se serait jamais produit. » Donald Trump en a aussi profité pour critiquer le gouvernement mexicain, soupçonné de vouloir « détruire les États-Unis », et dénoncé « l’immigration illégale, aujourd’hui si rampante », rapporte Pierre-Wolf Mandroux du journal catholique La Croix.

Un programme populiste…

Donald Trump veut séduire les électeurs en « redonnant tout sons sens et sa force au rêve américain ». Comment ? Pour l’instant, le programme reste très parcellaire : remise en cause des relations commerciales avec la Chine, législation sur les armes à feu, réforme de l’administration des anciens combattants, réforme fiscale et réforme de l’immigration.

Le succès de la candidature Trump trouve peut-être sa raison dans les très grandes inquiétudes actuelles du peuple américain. Après la crise spéculative et financière de 2008/2009, les Etats-Unis, contrairement à l’Europe, a réussi à renouer avec la croissance mais elle reste modeste : 2,4% en 2014 comme en 2015. De plus, sous la présidence de Barak Obama, les écarts de richesse entre Américains riches et pauvres se sont aggravées. Une étude publiée en juillet par l'université de Berkeley montre que le 1% des plus riches Américains a capté 55% de la hausse réelle des revenus entre 1993 et 2014. Les inégalités entre noirs et blancs se sont aggravées. La classe moyenne américaine est elle-même menacée : elle voit son poids diminuer rapidement dans les statistiques de revenus. Elle est passée de 54,2% de la population en 1996 à 50,6% en 2012 -dernières statistiques connues. « Et la part du revenu global qui rentre dans sa poche se réduit encore plus vite », nous rapporte La Tribune : en 1996, 48,5% des revenus bénéficiaient aux classes moyennes, ce n'est plus que 43,7% aujourd'hui. La classe dite supérieure s'arroge aujourd'hui 47,3% des revenus, contre 42,3% en 1996.

Que propose Donald Trump ? Pour l’instant, sa politique économique reste très vague. Le candidat a certes, pour accroitre son poids dans l’électorat populaire, proposé des hausses d’impôts pour les plus fortunés. Comment ? Cela reste évidemment à être précisé par le milliardaire. Il veut en revanche s’attaquer à tout ce qui pouvait être les « garanties sociales » en entreprise. Il a su également capté les inquiétudes du peuple américain sur la mondialisation en cours de l’économie internationale : « dans un marché sans frontières pour les marchandises, comment rester compétitif quand, en face de nous, il existe une main d’œuvre compétitive et payée bien moins chère que nous ? ». La question se pose d’autant plus qu’aux Etats-Unis, de nombreuses régions ont vu l’arrêt de multiples sites industriels. Ville symbole, Détroit, la capitale mondiale de l’automobile pendant près d’un siècle, s’est muée en suite de banlieues délabrées.

La réponse de Donald Trump est simple : il faut du protectionnisme et l’interdiction de certaines importations ou la taxation des produits provenant de l’étranger. Le candidat Trump s'est notamment distingué en se disant favorable à l'instauration d'une taxe de 20% sur les biens importés ainsi qu'à la mise en œuvre d'une taxation de l'ordre de 15% pour les entreprises américaines externalisant leurs activités. En 2011, Trump disait déjà qu'il taxerait à hauteur de 25% les produits chinois s'il était élu président des États-Unis, le milliardaire accusant Pékin de manipuler le taux du Yuan pour faciliter ses exportations. Il faut néanmoins rappelait que l’économie des USA tire également un grand profit du taux de dollar et elle prendrait de grands risques sur le statut international de cette monnaie phare, en étendant des mesures protectionnistes.

Mais la vraie raison de la popularité du milliardaire vient de ses critiques sur les « élites ». Dans un entretien accordé à l’hebdomadaire Valeurs Actuelles, accordé à André Bercoff, Donald Trump estime que l’Amérique a perdu sa grandeur à cause des « incompétents », ces politiques qui prennent des décisions « nulles ». Les responsables politiques sont la principale cible de celui qui veut devenir, lui aussi, responsable politique.

Quelles chances de succès ?

Le journaliste a confié à un proche, qu’il avait trouvé le candidat bien plus subtil que ses propos provocateurs le laissaient entendre. Il est certain que David Trump joue beaucoup sur ses provocations isolationnistes et sécuritaires, mais devra en fin de course, composer avec un Congrès qui pourra juguler ses excès.

Il n’empêche que les déclarations du candidat Trump et son possible succès à la prochaine élection présidentielle américaine, inquiètent beaucoup. Aux USA et dans le Monde.

La Chine actuellement en difficulté économique et vivement attaquée par Donald Trump, pourrait prendre ombrage d’une nouvelle stratégie des Etats-Unis. Trump dit souhaiter un dialogue ouvert avec Vladimir Poutine mais dans le même temps il privilégierait des relations avec deux pays de l’Est européen, violemment antirusses et dirigés aujourd’hui par des formations d’extrême droite, la Hongrie et la Pologne. L’Union européenne qui entretient avec ces deux états membre de l’UE, des rapports tendus, rejette évidemment toute idée de protectionnisme.

Dans le Vieux continent à ce jour, aucune formation politique majeure n’a apporté un soutien à Donald Trump. Il n’y a par exemple guère en France que Le Front national pour appeler de ses vœux le succès de Donald Trump. Robert Ménard, le maire FN de Béziers a souhaité publiquement une rencontre Marine Le Pen – Donald Trump.

Aux USA, l’appareil du Parti Républicain américain lui même s’émeut des records de popularité d’un candidat que cette formation sait qu’elle ne contrôlera pas.

Face à lui, le Parti démocrate présentera certainement Hillary Clinton. Dans cette très grande démocratie américaine qui, la 1ère des pays occidentaux, s’est doté d’une constitution qui rompait avec le féodalisme, il est assez étonnant de voir quelques grandes familles à la tête du pouvoir. Il ya eu le clan Bush et aujourd’hui, Hillary Clinton, épouse de l’ancien président Bill Clinton, se présente comme reine. Dans une population de 327 millions d’habitants, cela laisse l’impression qu’effectivement, les élites s’auto-reproduisent en cercles fermées.

Hillary Clinton est elle-même rudement contestée dans la primaire démocrate par un candidat très à gauche, le sénateur Bernie Sanders, qui à 74 ans s’affirme, « socialiste ». Quasiment une obscénité aux USA.

Pour Barack Obama, président démocrate sortant, Donald Trump ne sera pas président, « parce que les Américains savent que, président, c'est un métier sérieux" ».
Espérons-le avec lui. Mais les prochains primaires qui se dérouleront le 1er mars simultanément dans 12 autres états américains démentiront peut-être ce pronostic optimiste.

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25 février 2016 4 25 /02 /février /2016 16:56
Campagne présidentielle américaine : Les obsessions anti-immigrés de Donald Trump

(article paru sur le site TSA, le 24 février 2016)

Après sa seconde victoire dans le New Hampshire, l’ultra conservateur Donald Trump a largement remporté les primaires en Caroline du Sud, avec 32,5% des voix. Il a devancé ses principaux rivaux, Marc Rubio, pourtant sénateur de Floride et le sénateur texan Ted Cruz, conservateur évangélique affiché. Dans la grande course à l’élection présidentielle américaine qui se déroulera le 8 novembre 2016, ce milliardaire (8 à 10 milliards) de 69 ans, est le candidat le mieux placé dans les primaires du Parti Républicain.

Son programme politique connu reste parcellaire ou imprécis : remise en cause des relations commerciales avec la Chine, législation sur les armes à feu, réforme de l’administration des anciens combattants, réforme fiscale et réforme de l’immigration.

Sa politique économique tient en quelques mots : une fiscalité plus importantes pour les très riches américains (mais on ne sait pas de combien), une orientation très libérale dans la gestion des entreprises (surtout contre les « garanties sociales ») et un maître mot : le protectionnisme. Le candidat Trump s'est notamment distingué en se disant favorable à l'instauration d'une taxe de 20% sur les biens importés ainsi qu'à la mise en œuvre d'une taxation de l'ordre de 15% pour les entreprises américaines externalisant leurs activités. En 2011, Trump disait déjà qu'il taxerait à hauteur de 25% les produits chinois s'il était élu président des États-Unis, le milliardaire accusant Pékin de manipuler le taux du Yuan pour faciliter ses exportations.

Mais si les propositions du candidat à la présidence manquent aujourd’hui de précisions, Donald Trump continue à clamer très fort ses obsessions anti immigrés et anti-islamique.

Le candidat a imposé une nouvelle thématique à ces primaires : les relations des États-Unis avec l’Islam. Et en proposant une mesure radicale : l’interdiction de l’entrée du pays aux migrants musulmans !

Dans un communiqué envoyé à la presse, le magnat de l’immobilier estime que les musulmans du monde entier ont une haine envers les États-Unis : «Nous devons déterminer d'où vient cette haine et pourquoi elle existe. Jusqu'à ce que nous soyons en mesure de comprendre ce problème et la dangereuse menace qu'il représente, notre pays ne peut être victime d'horribles attaques par des gens qui ne croient qu'au djihad, et n'ont aucun sentiment de raison ou de respect pour la vie humaine.»

Pour s’assurer une totale sécurité, il préconise donc «une fermeture totale des États-Unis» aux musulmans avant que «le Congrès agisse». Pourtant, selon le site américain Quartz, Donald Trump n’a pas toujours été si véhément envers les musulmans, surtout lorsqu’il s’agissait de faire des affaires. Selon le Washington Post, ses affaires seraient florissantes avec plusieurs pays musulmans : l’Indonésie, la Turquie, le Qatar, Dubaï, les Émirats arabes unis et même l’Azerbaïdjan.

Au résultat de ces diatribes anti-musulmanes ? Un sondage commandé par NBC et le Wall Street Journal révèle que 57 % des Américains interrogés sont en désaccord avec sa proposition d'interdire aux musulmans l'accès aux États-Unis. Mais 25 % l'approuvent. Ces derniers sont majoritairement républicains.

Même le Pape François s’inquiète…

Toujours dans le registre anti-migratoire, Donald Trump a ciblé l’immigration clandestine en provenance très principalement des pays d’Amérique du Sud. Il menace ainsi d’expulser 11 millions de migrants illégaux et il prône la construction d’un mur tout le long de la frontière mexicaine, se faisant même fort de la faire financer par les autorités de ce pays voisin.. La mesure choque évidemment la communauté hispanique américaine, forte aujourd’hui de 41 millions d’hispanophones, et une dizaine de millions de bilingues : ce qui fait des Etats-Unis, le second pays hispanophone au monde, derrière le Mexique et devant l’Espagne (60 millions d’hispanophones en 2020).

Fait exceptionnel : devant l’avalanche de propositions xénophobes et anti-migrants, le pape François, argentin de naissance, a déclaré le 18 février, que « celui veut construire des murs et non des ponts n’est pas chrétien. Ce n’est pas dans l’Évangile ». Interrogé sur l’éventuelle construction d’un mur séparant le Mexique et les États-Unis, il visait directement Donald Trump. Il est extrêmement rare qu’un chef de l’église catholique s’en prenne directement à un homme politique.

Face à la critique du pape, et pour se justifier, Trump a invoqué Daesh dans son argumentaire : « Si le Vatican était attaqué par Isis (Islamic State : Daesh), je peux vous promettre que le pape aurait souhaité et prié pour que Donald Trump soit président. Car cela ne se serait jamais produit. » le candidat en a aussi profité pour continuer à critiquer le gouvernement mexicain, soupçonné de vouloir « détruire les États-Unis », et dénoncé « l’immigration illégale, aujourd’hui si rampante »,

Pour Barack Obama, président démocrate sortant, Donald Trump ne sera pas président, « parce que les Américains savent que, président, c'est un métier sérieux ».

Le 1er mars, les primaires se déroulent dans douze états. Confirmeront-elles ou démentiront-elles ce pronostic optimiste ?

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21 février 2016 7 21 /02 /février /2016 17:44
UE : pour les réfugiés, la solidarité atteint rapidement ses limites

(article paru sur le site TSA le 21 février)

Le sommet européen qui s’est déroulé en fin de semaine dernière sur le maintien ou non de la Grande-Bretagne dans l’UE avait un second sujet à son ordre du jour : que faire des millions de réfugiés, pour l’essentiel fuyant le conflit syrien ?

La guerre civile qui a fait déjà plus de 250 000 morts et 13,5 millions de personnes en urgence humanitaire, a poussé plus du quart de la population à fuir le pays. « C’est la plus grande population de réfugiés pour un seul conflit, sur une seule génération », affirmait en juillet 2015 le Haut-commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR). On parle de réfugiés pour désigner « des personnes à qui l’on accorde un statut juridique spécifique parce que l’on estime qu’elles ont été victimes de persécutions, soient individuelles, soient collectives, dans leur pays d’origine ».

Comment se répartissent ces exilés qui fuient d’abord vers les pays frontaliers de la Syrie ? Le décompte des chiffres réels est particulièrement complexe. Selon, néanmoins le recensement effectué par l’ONG Amnesty international : la Turquie accueille 2,5 millions de réfugiés venant de Syrie, soit plus que tout autre pays au monde ; le Liban accueille environ 1,1 million de réfugiés venant de Syrie, ce qui représente environ une personne sur cinq dans le pays ; la Jordanie accueille environ 635 324 réfugiés venant de Syrie, chiffre qui représente environ 10 % de la population ; l'Irak, où 3,9 millions de personnes ont déjà été déplacées à l'intérieur du pays, accueille 245 000 réfugiés venant de Syrie ; l'Égypte accueille 117 658 réfugiés venant de Syrie.

Notons au passage que les pays du Golfe, dont le Qatar, les Émirats arabes unis, l'Arabie saoudite, le Koweït et Bahreïn, n’ont proposé aucune place d’accueil, de même que d’autres pays également plutôt nantis comme la Russie, le Japon, Singapour, la Corée du Sud ou les Etats-Unis n’ont pas fait de propositions particulières.

Le décompte d’Amnesty se fait évidemment sans compter les réfugiés qui par voie de mer ont gagné les côtes grecques ou italiennes. Dans les deux derniers mois, plus de 100.000 migrants sont arrivés sur les côtes méditerranéennes dont 80.000 en Grèce. Ce dernier pays fait référence à l’accueil de près d’un million de réfugiés syriens. Sans aucun soutien particulier de l’Union européenne. 3771 réfugies sont morts en mer en 2015, dont un enfant sur trois. 320 avaient disparus dans les mêmes circonstances à la mi-février.

Angela Merkel a eu dans un premier temps une attitude particulièrement ouverte face au drame syrien. L’Allemagne a accueilli certainement autour de 700 000 réfugiés syriens, c'est-à-dire pour ce pays et la Suede, plus de la moitié des acceptations d’accueil des 28 états membres de l’Union européenne. La chancelière allemande a, lors du dernier sommet européen qui s’est déroulé à Bruxelles, plaidé pour une plus équitable répartition entre les états européens, de cette exigence de solidarité. Elle a proposé une répartition des ces réfugies par quotas dans les différents états-membres, en fonction de leur propre démographie. En réponse, le groupe de Visegrad (ou V4), qui rassemble la Pologne, la Hongrie, la République tchèque et la Slovaquie, soutenues par des Etats des Balkans, a évoqué la nécessité de bloquer les frontières, notamment celle qui sépare la Macédoine de la Grèce. L’Autriche de son côté, a rétabli le contrôle à ses frontières européennes rompant ainsi avec l’accord de Schengen qui imposait la libre circulation des personnes au sein de l’UE.

La Turquie appelée au secours

Dans sa charte des droits fondamentaux, adoptée par l’Union européenne, on trouve particulièrement dans son article 2 « toute personne a droit à la vie », dans son article 18 : « le droit d'asile est garanti dans le respect des règles de la convention de Genève du 28 juillet 1951 et du protocole du 31 janvier 1967 relatifs au statut des réfugiés et conformément au traité instituant la Communauté européenne ». Enfin, son article 51 précise : « Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions et organes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union ».

Tout ce rappel constitutionnel pouvait ouvrir à ce que le récent sommet de l’Union européenne prenne une position unanime et solidaire sur la question des réfugiés ? Evidemment non.

Manuel Valls avait déjà avant le sommet, précisé la position française : « Je suis venu faire passer un message d’efficacité. L’Europe ne peut accueillir davantage de réfugié » a-t-il déclaré il y a une semaine à Munich, à l’occasion d’une conférence sur la sécurité. Cette déclaration sur le sol allemand aurait particulièrement agacé Angela Merkel.

Le sommet de Bruxelles qui a suivi est dans la même teinte. Le communiqué commun, élaboré avec visiblement quelques difficultés, est néanmoins explicite : « Devant la crise des migrants, notre objectif doit être de ralentir rapidement le flot, de protéger nos frontières extérieures, de réduire l'immigration illégale et de sauvegarder l'intégrité de la zone euro ».

Comment « ralentir rapidement le flot » ? En négociant bien sûr avec la Turquie, monnaie trébuchante à l’appui. C’est l’un des enjeux du sommet UE / Turquie qui se déroulera début mars.

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20 février 2016 6 20 /02 /février /2016 20:02
Union européenne : la sortie de la Grande-Bretagne évitée, pour l’instant

(article paru sur le site TSA le 20 février 2016)

David Cameron, le 1er Ministre britannique menaçait depuis plusieurs mois l’Union européenne d’un « brexit », d’un départ de la Grande-Bretagne de l’UE. Ce qui aurait constitué une première dans l’histoire de la construction européenne. De 28 états adhérents, on serait passé à 27.

L’accord survenu hier dans la soirée, à Bruxelles, entre les chefs de gouvernement de l’UE et la Grande-Bretagne. Qui finalement a gagné dans cette étrange épreuve de force ? David Cameron, apparemment le grand vainqueur de la soirée, s’est rapidement félicité d’un accord qui donne un « statut spécial » au Royaume-Uni dans l’Union. Il a assuré avoir obtenu « le meilleur des mondes », la continuation de la participation à l’UE en sauvegardant la pleine souveraineté de son pays

Quelles étaient les principales revendications britanniques ?

Souveraineté : la délégation britannique souhaitait se retirer de l’engagement de la Constitution de l’Union européenne qui impose « une Union européenne toujours plus forte ». L’accord exempte la Grande-Bretagne de ce principe. Les autres pourront continuer à l’appliquer.

Gouvernance économique : la Grande-Bretagne ne souhaitait pas avoir à participer au renflouement de banques ou d’états européens en difficulté. Elle obtenu satisfaction. En revanche sur sa demande d’une souveraineté en matière de règlement financier, sujet important vu le rôle international de la City, les états membres de l’UE maintiennent la volonté d’un droit européen dans ce domaine. Enfin, David Cameron demandait une pose dans « l’intégration économique » de l’Europe. Il n’a pas obtenu satisfaction : la zone continuera à s’agrandir et à se renforcer, si bien sûr elle le peut ou réussit à le faire. Enfin, le Royaume-Uni n’aura pas de droit de veto sur la zone Euro à laquelle, elle ne participe pas

Immigration : élément qui en dit long sur la crise de l’Europe, David Cameron a obtenu de faire baisser les prestations sociales obligatoires que doit verser l’état britannique aux immigrants en provenance de l’Union européenne ! Triste victoire.

Le résultat est donc plus mitigé que l’annonce le 1er ministre britannique. Et il doit surtout en convaincre l’opinion publique du Royaume-Uni qui s’exprimera dans un référendum le 23 juin prochain. Les grands cris de victoire s’adressent surtout à celle-ci et les autres européens laisseront faire, estimant que les compromis réalisées aux demandes britanniques sont d’un coût toujours inférieur à la menace d’une sortie de l’UE de la 3ème économie européenne. La presse britannique, à part le Financial Times, portait ce matin un regard assez sceptique sur les résultats des négociations.

Crise de confiance européenne

Cet accord de compromis sur base de chantage est une indication supplémentaire que l’Union européenne s’enfonce un peu dans un cycle de crises. La 1ère a certainement été un élargissement trop rapide à 28 pays aux traditions politiques et aux niveaux de performances économiques très différents. La gouvernance économique a fait privilégier depuis deux décennies et sous la pression principalement de l’Allemagne et de la Grande-Bretagne, un modèle très libéral qui n’a pas, sauf peut-être pour l’Allemagne, donné d’excellents résultats : l’Europe est le continent qui a la plus faible croissance de la planète, le chômage est en augmentation partout et le revenu moyen des populations tend à stagner. La zone Euro fonctionne mais l’Euro a un peu de mal à avoir la flexibilité des autres grandes monnaies internationales dirigées chacune par des états. L’Euro est piloté par un Banque centrale « indépendante » mais qui doit rendre des comptes à beaucoup de monde.

Le traitement particulièrement sévère infligée à la Grèce l’été dernier a montré publiquement que les instances européennes pouvait agir avec certaine violence loin des idéaux d’égalité et de fraternité, notamment avec les états-membres les plus pauvres.

L’idée européenne n’enchante plus les peuples et certains états-membres notamment dans l’Europe de l’Est, comme la Pologne et la Hongrie, sont actuellement dirigés par des partis d’extrême droite, autoritaires et assez éloignés des principes démocratiques prônées par l’Union européenne.

Enfin l’Europe qui a été et est frontalière à plusieurs conflits importants -Ukraine, Moyen-Orient- n’a ni diplomatie ni politique de défense commune.

Quelle voie de sortie à cette période où s’accumulent les encombrements, les obstacles et les chantages ? Certains prônent une Europe à plusieurs vitesses ou par cercles concentriques. La zone Euro en serait une 1ère application. Mais toute modification significative ne peut se faire que par une réforme de la constitution européenne, par unanimité des états-membres. Pas facile à imaginer aujourd’hui.

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19 février 2016 5 19 /02 /février /2016 14:52
France : le « droit des étrangers » institué. Mais insuffisamment

(article paru sur le site TSA le 19 février 2015)

Le Parlement a adopté définitivement jeudi le projet de loi sur le « droit des étrangers en France », qui instaure notamment un titre de séjour pluriannuel pour éviter aux immigrés en règle des passages répétés en préfecture. Ce fut dernier aller-retour d’un périple parlementaire un peu laborieux : le texte avait été adopté en juillet par l’Assemblée nationale (à majorité de gauche) en juillet de l’année dernière, mais refusé par le Sénat (à majorité de droite), en novembre. La majorité des sénateurs plaidaient alors pour une plus forte « maîtrise de l’immigration ». Le projet a été définitivement ratifié hier par les députés socialistes et radicaux de gauche, le Front de Gauche et les écologistes s’abstenant. Et la droite a voté contre. Roger Karouchi, l’un des porte-parole du groupe Les Républicains, a critiqué le texte insuffisamment précis « sur des éléments comme la définition par le Parlement de quotas d’immigration définis chaque année, sur un certain nombre d’éléments sur la rétention administrative, sur la définition sur ce que seraient les conditions d’expulsion des étrangers en condition irrégulière… » Les différents votes parlementaires sont également intervenus dans un contexte encore marquée par les attentats de Paris en novembre et les polémiques qui en ont résulté sur l’immigration.

Ce qui est bon dans le texte : « Le premier objectif de ce texte est de mieux accueillir les étrangers qui viennent légalement sur notre sol", a plaidé le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, rapporteur du projet. C’est particulièrement la création d’un nouveau titre de séjour de deux à quatre ans, dont pourraient bénéficier les immigrés après l’obtention d’un 1er titre de séjour d’un an.

L’objectif ? Eviter « aux personnes concernées des allers-retours inutiles et pénalisants en préfecture », selon le ministre.

Pour en bénéficier, un étranger devra justifier « du sérieux de sa participation aux formations prescrites par l'Etat » dans le cadre d'un parcours d'intégration où l'accent est mis sur les cours de langue. A l'issue de cette carte pluriannuelle, l'étranger pourra demander la carte de résident de dix ans à condition d'avoir un niveau linguistique suffisant.

Autre avancée, les « passeports-talents » destinés à donner un titre de séjour de quatre ans aux étrangers qualifiés professionnellement ou ayant une compétence particulière (artistes, sportifs, universitaires). Un étranger malade pourra bénéficier d'un traitement médical en France s'il ne peut y avoir accès « effectivement » dans son pays.

Enfin le renouvellement des titres de séjour sera facilité pour les victimes de violences familiales ou menacées d'un mariage forcé.

Ce qui est moins bien : La carte pourra être retirée en cas de « menace à l'ordre public » qui reste une définition relativement vague et à la seul décision des autorités.

Une 1ère réforme adoptée en juillet raccourcissait les délais d’examen des demandes d’asile. Ce fut une décision parlementaire positive au regard des très nombreux réfugiés des conflits moyen-orientaux qui se pressent aux frontières de l’Europe. Mais le nouveau texte de loi prévoit également une procédure plus rapide (15 jours au lieu de 30) d’éloignement des déboutés du droit d’asile, qui reste bien sûr à la main de l’exécutif français. Néanmoins, pour les étrangers déboutés, placés en centre de rétention avant leur reconduite à la frontière, le nouveau texte établit l’intervention d’un juge des libertés et de la détention au bout de 48 heures et non plus au lieu de cinq jours comme l’établissait la législation depuis 2011. L’amendement a été porté par le Front de Gauche qui relayait les craintes des associations (Gisti, Cimade, Emmaüs, Secours catholique, Syndicat de la magistrature…) pour qui le projet de loi « ne rompt pas avec la logique suspicieuse des étrangers qui vivent en France ». « Alors que l’obtention d’un titre de séjour, soumise déjà à de multiples obligations, vérifications et production de preuves, leur aura été accordée, celle-ci pourrait maintenant être remise en cause à tout instant, créant finalement un climat de doute sur la sincérité de leur situation», expliquent-ils dans un communiqué.

Autre sujet sensible, les mineurs : le texte n’interdit pas non plus leur rétention, avant expulsion.

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19 février 2016 5 19 /02 /février /2016 14:49
Hollande réforme contre sa propre majorité

(article paru sur le site TSA le 19 février 2016)

A un peu plus d’un an de la prochaine élection présidentielle, François Hollande désarçonne ses propres troupes. Dernière mauvaise surprise pour les députés du PS : une nouvelle version du droit du travail très libérale, présentée la ministre du travail Myriam El Khomri. Les réformes proposées vont bien au-delà de ce que les gouvernements de droite avaient réalisé, au bénéfice de la « liberté d’entreprise ». Myriam El Khomri remet en effet en cause les 35 heures en autorisant leur contournement, allonge la durée de travail annuel, facilite les licenciements et limite les indemnités pour les salariés qui seraient congédiés, réduit les dispositifs juridiques protecteurs… Le texte concentre l’essentiel de l’évoltion réglementaire au niveau de la négociation d’entreprise, là où le rapport de force salariés/patrons est le plus en faveur de ces derniers.

Les syndicats sont fous furieux, les députés de la majorité socialiste sont pour la plupart hébétés mais la ministre du travail a bénéficié du soutien de Pierre Gattaz, le président du Medef, principale association patronale française : « ce projet de loi va dans le bon sens » a-t-il expliqué. Jean-Christophe Cambadelis, le 1er secrétaire du Parti socialiste a quant à lui déclaré qu’il aurait « du mal à voter » la réforme en l’état. C’est également l’opinion de nombreux de parlementaires de gauche mais Myriam El Khomri, jeune ministre issue de l’immigration marocaine, a précisé hier qu’elle n’excluait pas que le gouvernement recoure à un dispositif particulier, le « 49.3 » qui permet de faire passer une loi en passant au-dessus de l’opinion des députés et sénateurs. Un comble pour un gouvernement qui se réclame dans les discours de la gauche, du socialisme, de la défense intransigeante de la démocratie…

Le ministre de l’économie, Emmanuel Macron a quant à lui salué « une réforme importante » : « notre économie a besoin de davantage de flexibilité pour s’adapter aux changements contemporains, à l’accélération du monde ». Pour ce jeune ministre qui comme Manuel Valls, se situe dans les franges les plus libérales du PS, ce texte permettra pour les directions d’entreprises « plus de souplesse, plus de flexibilité, et des protections repensées ». Cette révision à la baisse du droit du travail est « aussi une des conditions pour que notre économie puisse créer plus d’emplois ».

La gauche coupée en deux

Cette dernière démonstration laisse beaucoup perplexes. Les différents gouvernements de droite précédents, Chirac et Sarkozy, avaient déjà largement joué la carte d’une flexibilité plus grande et d’une réduction des garanties offertes aux salariés, sans que cela ne modifie en rien la courbe du chômage. C’est celle-ci que François Hollande s’était engagé à inverser lors de son quinquennat. A ce jour, le nombre d’inscrits au Pôle Emploi, et donc demandeurs de travail s’élève à 5,7 millions.

La réforme proposée par la ministre du travail, si sa mécanique s’avérait juste, intervient néanmoins trop tard pour avoir des conséquences positives sur le front de l’emploi, d’ici les quatorze mois qui séparent de l’élection présidentielle. « la stratégie de François Hollande suscite l’incompréhension de ses troupes qui oscillent entre abattement et colère » note les Echos.

Il est vrai que depuis quelques mois, le président a pris des positions qui ont été loin de susciter l’enthousiasme des élus de gauche. Le projet d’une réforme autoritaire de la déchéance de la nationalité, qui reprenait des propositions d’une droite extrême, n’avait pas convaincu nombre de parlementaires de gauche et même de droite. L’exécutif avait exercé de fortes pressions en faisant appel à la discipline des élus socialistes. Le projet de réforme constitutionnelle est donc passé à l’assemblée nationale mais sera sans doute retoqué lors du passage au Sénat ou la droite est majoritaire : « il aura brisé la gauche en deux et n’aura pas le congrès. Ce sera la double peine : le déshonneur et la défaite », lâche un député de gauche, cité par Les Echos.

Après les défaites enregistrées lors des élections municipales et régionales, les parlementaires de gauche s’inquiètent beaucoup des prochaines échéances : élections présidentielles et législatives qui se déroulent en même temps. Beaucoup craignent de perdre leur poste et nombreux parmi eux s’inquiètent de plus en plus ouvertement de la stratégie de François Hollande. En prônant des réformes très libérales sur le plan économique et social, le président semble mener une politique plus centriste que de gauche traditionnelle. Seul problème, c’est que les partis centristes et leur électorat restent fidèles à leur alliance avec Les Républicains, nouveau nom du parti de droite, surtout si Alain Juppé devient le candidat commun.

Et nombre d’électeurs de gauche, très désappointés, risquent de faire défaut au candidat Hollande s’il se présente à nouveau.

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