Samedi 8 novembre 2008 6 08 /11 /Nov /2008 07:35

 

 

 

 

La « réforme du capitalisme mondial » passe d’abord par une réduction d’urgence des inégalités

 

24 octobre 1929, 24 octobre 2008. Soixante-dix-neuf ans, jour pour jour, après le fameux « jeudi noir » de 1929 qui avait affolé les marchés un 24 octobre, les Bourses mondiales se sont fait ce jour-là une nouvelle grosse frayeur. Dans la foulée des places asiatiques en chute libre (9,6 % de baisse à Tokyo), les marchés européens ont littéralement dévissé dans la matinée, Paris abandonnant plus de 10 % en atteignant son plus bas en séance depuis plus de cinq ans, avant de se ressaisir.

Octobre, le « huitième mois » des Romains est un bien un mois maudit  pour les banques et les bourses. Le journal Le Monde annonçait en fin de semaine, sur huit colonnes à la Une, que depuis le début de la crise, 25 000 milliards de dollars s’étaient déjà envolés en fumée. Quelques semaines ont suffit donc à  confirmer les estimations des experts les plus pessimistes, pronostic déjà relayé dans ces colonnes, qui chiffrent à 50 000 milliards les pertes globales à terme pour l’économie mondiale, dues aux créances douteuses, subprimes et autres produits spéculatifs qui ont entraîné la plus grave crise depuis près de 80 ans.

 

Croissance molle + crise financière = récession mondiale prolongée

 

Nos ineffables économistes libéraux continuent de se rassurer en mettant en exergue les fortes différences entre les deux crises. Ils n’ont pas tort. En 1929, les banquiers, désespérés, sautaient par les fenêtres ; en 2008, les banquiers continuent à sauter par les fenêtres mais ils atterrissent en douceur grâce à leurs merveilleux « parachutes dorés ». Ils partent alors vers une retraite aussi confortable que bien méritée quand ils ne remontent pas aussi sec réoccuper leurs fauteuils présidentiels, quitte à renégocier une nouvelle petite prime de risque…

Dans l’attente, les bourses continuent de dévisser allégrement.

Malgré les plans successifs annoncés ces dernières semaines par les gouvernements américain, européen ou français pour sauver le système bancaire, la situation reste donc toujours à très haut risque. La cause principale, c’est que les fonds spéculatifs ont besoin de liquidités et sont obligés de liquider à la hâte leurs provisions. De même, les banques qui ont reçu des prêts des pouvoirs publics ne les utilisent pas pour financer entreprises et particuliers mais bien pour d’abord refaire leurs fonds propres.
Les investisseurs s’affolent devant des répercussions de la crise financière sur « l’économie réelle ». Les opérateurs anticipent désormais une récession d’une ampleur inédite dans les pays industrialisés.
Le Royaume-Uni est le premier pays à annoncer une baisse de son produit intérieur brut (PIB) sur le trimestre juillet à septembre mais risque de ne pas être le seul. Selon les derniers indices PMI flash, l'activité économique du secteur privé de la zone euro a connu son pire accès de faiblesse en octobre depuis la création de l'Union monétaire.

Et en prime,  l’on constate qu’il n’y a pas de découplage espéré entre les pays industrialisés et les pays émergents. Il y a quelques semaines encore, avant le Big Bang des finances mondiales, les zélateurs de la globalisation la présentaient comme la meilleure assurance contre un incident de parcours : la croissance est faible en Europe depuis plusieurs années ? Les États-Unis vivent depuis des décennies au dessus de leurs moyens ? Qu’importe, la nouvelle croissance en Asie ou en Amérique latine saura traîner le chariot de l’économie mondiale. Ce scénario rose ne se produit pas.  De la Chine au Brésil en passant par l’Inde, l’activité ralentit partout.

Les progrès sociaux obtenus au cours des dernières années par les pays en développement sont au contraire menacés par la crise, a averti le président du Brésil, Lula da Silva : « La crise financière mondiale peut affecter de façon injuste et particulièrement dure les pays en développement ».

Tout va à la baisse. Confrontés à une insuffisance de la demande, le baril de pétrole a perdu en quelques semaines, la moitié de sa valeur, après le pic atteint de 147 dollars en juillet, contraignant l’OPEP qui se réunit vendredi à Vienne, à envisager rapidement une réduction de la production. Il en va de même pour les principaux cours des matières premières. Seule conséquence positive, l’explosion de la bulle spéculative sur les marchés agricoles permettra de freiner une course aux prix dont les premières victimes étaient les pays pauvres. Mais ces derniers auront à leur tour les plus grandes difficultés à écouler à l’extérieur leurs produits et matières 1ères.

 

La grogne sociale est de retour

 

A l'ouverture du sommet Asie-Europe pour coordonner une réponse à la crise, vendredi, le président chinois Hu Jintao a souligné que les turbulences financières aggravaient également l'instabilité économique de la Chine, tout en affirmant que ses « fondamentaux » restaient intacts.

Les chefs d'État et de gouvernement de 43 pays d'Europe et d'Asie se sont engagés à Pékin à coopérer pour réformer le système financier et monétaire international à trois semaines d'un sommet des principales économies du monde et à l'ensemble des secteurs de l'économie.

Nicolas Sarkozy a souhaité que les dirigeants européens et asiatiques réunis à Pékin présentent un "front commun d'initiatives" face à la crise. "Le monde va mal", a-t-il lancé. "Il va mal parce qu'il est face à une crise financière sans précédent dans sa gravité, dans sa soudaineté, dans sa violence et dans son déroulement."

Les conséquences sociales de cette crise sans précédent se font déjà sentir. Dans les pays développés, les fermetures d’entreprises, les lock-out, les ateliers mis en chômage technique se multiplient. On se prépare une forte augmentation des demandeurs d’emploi.

Mais dans les manifestations le ton se durcit. Depuis trente ans en effet, on a présenté au petit peuple, le chômage et les bas salaires comme une fatalité macro-économique : « les licenciements d’aujourd’hui, feront les profits de demain qui fera la croissance et la richesse de tous, un jour… ». Aujourd’hui, l’état d’esprit n’est plus le même. Entendu lors d’une manifestation de la part d’un ouvrier de Renault : « Le gouvernement n’a pas un sous pour nous ! Mais il bien su trouver 370 milliards d’euros pour sauver ces banquiers qui ont foutu le système en l’air ! ». La rage est généralisée.

Nicolas Sarkozy, qui enchaîne sommet sur sommet, bouscule ses partenaires, convainc avec talent, veut réformer en trois semaines le capitalisme mondial. Vaste programme.

Mais il lui faudra aussi tenter de régler la crise du capitalisme et ses effets sociaux dans ce tout, tout petit pays, la France, dont il est encore le président de cette république. Loin des envolées dans les tribunes internationales, Nicolas Sarkozy est plus mal à l’aise : les mesures qu’il annoncé mardi dernier ont soulevé un grand scepticisme. Il ne bénéficie d’aucune marges budgétaires, le budget 2009, bâti sur des pronostics de croissance qui sont d’ores et déjà invalide vient d’être voté par les parlementaires sans qu’on ait même jugé bon de mettre fin au « bouclier fiscal » qui protège quelques dizaines de milliers de contribuables les plus riches ou réformer les « niches fiscales » toujours au bénéfice des mêmes qui fait perdre à l’État chaque année 70 000 milliards d’euros de recettes fiscales. Pis, le budget vise à une réduction drastique du nombre de fonctionnaires alors que le chômage explose. La manifestation revendicative sera à la mode cet hiver.

 

Présidentielles : Obama en pôle position

 

Malgré un mouvement de yo-yo incessant, la courbe de popularité de Barak Obama est toujours supérieure à celle de son concurrent John McCain. On sera fixé la semaine prochaine. L’auteur de cette chronique ne peut que souhaiter la victoire de ce politicien jeune, brillant, mesuré. On ne pourra que saluer la grande démocratie américaine qui place un métis,( un noir !) à la tête de l’État. Si Barak Obama est élu, on peut également espérer une politique extérieure moins inutilement agressive. Mais son succès intérieur ne se jouera pas immédiatement sur une sortie plus ou moins honorable et nécessairement à moyen terme des bourbiers irakiens ou afghans.

Car Barak Obama une fois élu, trouvera une situation très tendue sur le plan social, alors que ce terrain est de loin au 1er plan des préoccupations des Américains

Quelques chiffres illustratifs, avant même le déclenchement de la crise actuelle qui renforcera mécaniquement les inégalités.

En 2005, les 300 000 américains les plus riches ont perçu autant que les 150 millions les plus défavorisés. Si le revenu global s’est accru de 9%, 90% des américains ont vu leur revenu... baisser ! Une étude des économistes Emmanuel Saez et Thomas Piketty parue en 2007 donne la mesure de l’inégalité vertigineuse qui ronge la société américaine.

Aux USA, les 1% les plus riches gagnent plus que le total des revenus des 40% les plus pauvres. L’augmentation du revenu des 5% les plus riches entre 2003 et 2005, a été de 681 milliards. Cette somme est supérieure au revenu des 20% les plus pauvres qui n’ont disposé en tout que de 383 milliards.

Alors que l’ensemble des revenus déclarés ont augmenté de 9% en 2005, le revenu moyen des 90% les moins favorisés a baissé de 172 dollars par rapport à l’année précédente, en recul de 0,6%.

Le groupe du dixième des 1% les plus riches a reçu en 2005 pratiquement le même revenu que les 150 millions d’américains les moins bien lotis. Chaque membre de ce groupe a bénéficié de 440 fois plus de revenu que le revenu moyen d’une personne située dans la moitié inférieure de l’échelle des richesses, une différence qui a presque doublé depuis les années 1980.

Désormais, les couches supérieures bénéficient de la plus grande part de revenu jamais constatée depuis les années qui ont précédé la crise des années 1930.

L’appauvrissement des classes populaires et des classes moyennes va encore s’accentuer avec la récession qui s’installe. Des millions d’Américains voient leurs économies s'évanouir, leurs retraites disparaitre, leurs maisons mises en vente quand ils n’arrivent plus à payer des traites de plus en plus lourdes.

Le passage en boucle des auditions des grands banquiers en faillite ou en difficulté devant la Chambre des Représentants (une pratique qu’on devrait reprendre en France !) excite la colère des téléspectateurs. L’absence de culpabilité, la morgue de certains, l’air de petit garçon qui vient de se faire pincer en train de voler le pot de confiture pour les autres, renforcent l’énervement de nombreux citoyens américains jusque là éduqués dans l’admiration sans borne de l’esprit d’entreprise, de la réussite managériale. Aux États-Unis, la réussite personnelle est un modèle social valorisant. L’homme qui gagne des millions de dollars peut susciter l’envie, rarement le dépit. Le milliardaire qui fait fortune rapidement est donné en exemple à une population qui croit qu’aux États-Unis, chacun aura un jour une chance de faire de même.

 

Une nécessaire redistribution mondiale

 

Ce poncif d’une Amérique « où tout est possible » ressort extrêmement écorné par les faillites à répétition dues aux spéculations hasardeuses du « haut du panier ». Et 90% d’Américains comprennent dorénavant qu’ils ont beaucoup trimé pour les 10% les plus riches, que leurs salaires ont baissé, que leurs économies se sont envolées, qu’ils se sont endettés et que finalement leurs impôts payeront les frasques de spéculateurs en folie. Cette nouvelle détestation du « gros argent indument pris » se retrouve aussi bien dans la classe ouvrière blanche qui vote plutôt Républicain, chez les laissés-pour-compte des grandes banlieues qui votent peu, où dans des classes moyennes désabusées et qui sont séduites par le discours Obama.

S’il est élu nouveau président, le charmeur Barak aura peu de temps pour entamer une redistribution des richesses un peu plus égale. La course insensée à des profits toujours plus juteux a cassé l’outil industriel faute d’investissements partis en dividendes, affaiblit la demande interne des pays développés, accru le gouffre entre pauvres et très riches, l’écart entre pays développés et pays en développement. « Réformer la capitalisme mondial ? » On n’en demande pas tant, mais réduire les inégalités est une urgence si l’on veut que la machine redémarre.

 

Pierre Morville

 

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Samedi 8 novembre 2008 6 08 /11 /Nov /2008 05:57
Crise : un peu de comédie dans la tragédie

par Pierre Morville (chronique de paris publiée dans le Quotidien d'Oran du 23 octobre 2008)

Quelques épisodes, cette semaine, prêtent à sourire dans la tempête

Le mois d'octobre 2008 restera certainement dans les annales historiques comme un « Octobre noir » qui s'est déroulé dans un climat tragico-catastrophique : bourses en folie, dévissage des actions, boursicoteurs hébétés, banques menacées de faillites, gouvernements décontenancés, citoyens éberlués devant la rapidité et la violence avec laquelle la crise économique s'est installée sur toute la planète. Dans cette crise, où les journalistes manquaient d'adjectifs pour décrire la gravité de la situation et leur propre désarroi, les six derniers jours ont néanmoins plutôt relevé de l'opéra-bouffe.



DSK fait des folies au FMI



On apprenait donc que Dominique Strauss-Kahn (DSK), ancien ministre socialiste, devenu directeur général du FMI et l'un des grands argentiers du monde, était pris « la main dans le sac ». Il aurait entretenu « des relations intimes » avec l'une de ses collaboratrices. Dans un pays comme la France, où DSK bénéficie à la fois d'une réputation de bon économiste et de grand... chaud lapin, l'incartade aurait fait l'objet de quelques quolibets dans les conversations de bistro. Mais dans la pudique Amérique, il est beaucoup plus grave d'avoir une aventure avec une subordonnée, même entre « adultes consentants », que de flamber des centaines de milliards dans des spéculations foireuses.

Il n'empêche pas moins que DSK avait été prévenu, son prédécesseur avait dû lâcher le fauteuil présidentiel après avoir commis le même impair.

Les conséquences pour notre ex-ministre des Finances ne sont pas minces. Il risque effectivement sa place et en cas de maintien, son autorité risque d'être écornée à un moment crucial. La crise économique est en effet loin d'être terminée.

Sur un plan de carrière plus personnel, DSK avait obtenu le poste envié de patron du FMI, grâce à l'énergie militante de Nicolas Sarkozy avec qui il entretient une vieille amitié. DSK, qui avait été barré de la candidature présidentielle, au bénéfice de Ségolène Royal, avait été ravi de s'éloigner du Parti socialiste français, de ses crises, ses coteries, ses tempêtes dans un verre d'eau. Un confortable salaire, un grand bureau à Washington, la fréquentation des grands de ce monde lui ont mis du baume au coeur et calmé sa très éventuelle mélancolie « d'exilé ». Mieux, ce poste prestigieux devait lui donner une aura internationale, qui serait parfaite pour retenter sa chance aux élections présidentielles de 2012. Malheur ! La concupiscence reste un grave péché aux États-Unis même si le taux d'adultère est bien supérieur à un grand nombre de pays. Damned !

Le même jour, on apprenait avec un grand éclat de rire, que les comptes bancaires personnels de Nicolas Sarkozy avaient été visités par des « pirates informatiques » au petit pied. Plus proches des Pieds nickelés que la haute criminalité en col blanc, ces petits voleurs en herbe écument via le Net, les comptes de particuliers en piquant de si petites sommes que le client, en règle générale, ne s'en aperçoit pas.

Ces dangereux criminels ont été arrêtés vite fait bien fait par le GIGN, corps d'élite des polices d'intervention. Mais l'affaire tombe mal. Les banques, déjà étrillées par les Français pour leur folie spéculative, sont obligées d'avouer que les comptes en ligne tant promus auprès de leurs clients sont de véritables passoires accessibles au tout-venant. Comment la Société Générale, la banque du client Nicolas Sarkozy, n'a-t-elle pu prendre aucune mesure de sécurité et de confidentialité supplémentaire pour le compte personnel du Président de la République française ? Comment les apprentis pirates, un couple de trentenaires paumés vivant en banlieue, ont-ils pu se procurer les codes d'accès ?

Quant aux « services français » (DST, DGSE, Sécurité militaire, Renseignements généraux...) qui s'autoproclament facilement (parfois pas à tort) parmi les meilleurs du monde, pourquoi n'ont-ils pas surveillé les allées et venues sur ce compte extrêmement sensible. Après tout, les dépenses privées du Président de la République française pourraient intéresser plus d'un service secret...

Et ce serait, parait-il, Nicolas lui-même qui se serait aperçu des anomalies de comptes ! Entre deux sommets internationaux, après une bonne nuit réparatrice d'un quart d'heure, Super Sarko relit ses bordereaux de banques, le crayon à la main. On imagine la scène : « Tiens ! Carla a encore acheté trop de parfum... Bon dieu, ce que cela coûte cher les courses du supermarché, le samedi... Mais qu'est-ce que c'est ces 25 euros chez McDo ? On va jamais chez Mcdo ! Ah ! J'appelle la banque tout de suite... ».

Ces incidents montrent au moins que, pendant la crise, on peut rire encore.



A quand l'incident de frontière
avec le grand-duché de Luxembourg ?



Plus curieuse et problématique est la curieuse mise en cause par Nicolas Sarkozy devant le Parlement européen de Jean-Claude Junker, un homme d'État luxembourgeois, Président de l'Eurogroup et responsable respecté de l'Union européenne. A l'origine de cette polémique qui va laisser des traces : la situation particulière d'un tout petit pays aux confins des frontières de l'Allemagne, de la Belgique et de la France, le grand-duché de Luxembourg. Grand comme un département français, mais État reconnu internationalement depuis 1815, le grand-duché fort de 470 000 habitants a une grande spécialité du Luxembourg, la banque ou plutôt le secret bancaire. Aujourd'hui, les « revenus financiers » représentent 46 % du PIB luxembourgeois. Derrière cette appellation pudique se cachent les fonds secrets des grandes entreprises internationales dont beaucoup ont trouvé judicieux de placer leur siège social au Luxembourg. Au moment où le discours général est à la moralisation de la finance, un paradis fiscal en plein coeur de l'Europe (avec Monaco et le Liechtenstein) fait désordre. Du coup, le vibrionnant Sarkozy se fait le Grand Inquisiteur du petit Luxembourg et fait un discours convenu devant des députés européens bien ennuyés d'avoir béni voté unanimement, année après année, toutes les mesures de la déréglementation financière. Succès assuré. Rien ne vaut un bon discours bien moralisant pour faire oublier les péchés de la veille...

Problème : le Luxembourg, État membre de l'UE, est également l'une des six nations fondatrices de l'Union européenne. Et M. Junker, indigné, a immédiatement rétorqué à Nicolas de façon sèche « La France n'est pas plus exemplaire en matière de moralité financière que le Luxembourg. » avec un ton qui semblait indiquer que l'homme d'État luxembourgeois avait visiblement quelques éléments de preuve à mettre dans la balance.

Et il ne faut pas sous-estimer le patriotisme du Luxembourgeois. L'hymne national « Chère patrie » ne contient-elle pas ces phrases menaçantes :

« C'est le pays pour lequel nous risquons tout sur cette terre » ?

A quand l'incident de frontières ?



Sarko veut devenir le Roi de la zone Euro



Plus sérieusement, la crise actuelle a montré les limites du fonctionnement d'une Europe à 27. En période de vives tensions, la crise a été gérée principalement par trois grands pays, l'Allemagne, l'Angleterre et la France qui ont eu quelque mal à trouver une position commune, mais une fois celle-ci trouvée, les mêmes n'ont pas beaucoup prêté attention à recueillir l'opinion des 24 autres pays membres. Au regard des dangers courus, l'UE a bien été obligée de faire consensus. Avec ici et là, de sérieuses manifestations d'agacement.

Nicolas Sarkozy n'a cure de ces manifestations de mauvaise humeur. Cette semaine, il a aligné trois sommets en 48 heures : Sommet de la francophonie, discussions avec le gouvernement québécois et bien sûr, rencontre en tête à tête avec Georges Bush, dans le ranch privé de ce dernier. Au programme de Nicolas, pas moins que la réforme du capitalisme mondial avec des sommets planétaires mis en musique par le même Nicolas ! Le Président des États-Unis, interloqué et surtout préoccupé par sa retraite prochaine, a opiné de la tête en se demandant bien ce que ce damné Français avait dans la tête. Mais il a très gentiment pris date.

Sentant bien que la réforme du capitalisme mondial prendrait un peu plus de temps qu'un ou deux sommets, Nicolas Sarkozy a regardé avec angoisse le calendrier : encore deux mois et il n'est plus Président de l'Europe. Une fois remplacé par un Tchèque (un Tchèque !), finis les sommets, les déclarations fracassantes relayées par les télévisions du monde entier... Soupir.

Mais le président français n'est pas homme à refuser de faire front à un revers de la destinée : Nicolas a un nouveau projet.

« Il n'est pas possible que la zone euro continue sans gouvernement économique clairement identifié », a-t-il déclaré dans un discours, devant le Parlement européen à Strasbourg. Le président français milite donc pour un pilotage politique de la zone euro au plus haut niveau, celui des chefs d'État, face à la toute puissance de la Banque centrale européenne (BCE) chargée de gérer la monnaie commune. Mieux, Nicolas Sarkozy souhaite la constitution de Fonds souverains européens, outils par lesquels les États prendraient des positions de force dans l'industrie européenne ou ailleurs.

Et qui dirigerait ce gouvernement économique jusqu'en 2010 ? Super Sarko !

Mais, devant un tel retour de l'intervention de l'Etat, à côté duquel la politique de Mitterand en 1981 a des airs de bluette, la Commission européenne, l'Allemagne et l'Espagne ont séchement retoqué la proposition.


Par pierremorville - Publié dans : géoplitique-éco
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Vendredi 7 novembre 2008 5 07 /11 /Nov /2008 06:03
Bourses mondiales : mardi, l'euphorie ; mercredi, la crise continue

par Pierre Morville ("Chronique de Paris", publiée dans le Quotidien d'Oran du 16 octobre 2008)

Petit répit après le «plan européen», mais les Bourses restent déprimées et la récession est là
Lprès un mardi euphorique où les bourses reprenaient en un jour la moitié de la valeur qu'elles avaient perdue pendant une semaine très noire, les bourses asiatiques, européennes et Wall Street piquaient à nouveau du nez hier.

Les grands pays n'avaient pourtant pas lésiné. Pour sauver la boutique de « l'Economie mondiale », les pays européens, le Japon, suivis par les Etats-Unis, se sont servis de la grosse artillerie. Sous des appellations pudibondes, ces Etats, tous très libéraux, ont purement et simplement nationalisé un secteur bancaire en faillite, comblant les trous gigantesques creusés par les petits génies de la finance, avec des fonds publics.



Sarko : chapeau, l'artiste !



« Les banquiers, ça n'a ni regrets, ni remords, ça a seulement la pétoche », énonçait Michel Audiard, l'un des plus célèbres dialoguistes du cinéma français. Quand les financiers regardent leurs bricolages s'écrouler avec fracas, entraînant des centaines de milliards de pertes, ils n'hésitent pas une seule seconde à faire appel aux Etats et, en définitive, aux contribuables pour réparer leurs bévues. La palme du cynisme ou de l'inconscience revient sans conteste à l'état-major de la banque Fortis, nationalisée en catastrophe par les Etats français et belge : au lendemain de la décision de sauvetage public, la direction a organisé un grand raout dans le plus bel hôtel de Monaco.

Outre les cadres dirigeants, les traders et quelques riches clients étaient de la fête. Les soupirs de soulagement devaient le disputer aux petits cris de satisfaction lors des dîners de gala.

Si des banquiers ne s'en sortent pas avec les honneurs, les chefs d'Etat européens se tirent finalement honorablement de cette crise. Nicolas Sarkozy, actuellement président de l'Union européenne, a compris très rapidement l'inéluctabilité d'une intervention financière massive des Etats européens. Mais ses appels à la constitution d'un fonds de garantie européen pour les banques du Vieux Continent se heurtaient à la méfiance d'Angela Merkel, qui ne souhaitait pas que le bon argent allemand paye les folies spéculatives des autres pays.

Mais l'aggravation continue de la crise et surtout la décision solitaire de Gordon Brown, le Premier ministre anglais, qui a injecté ce week-end 600 millions d'euros pour sauver la City londonienne, a précipité les décisions et scellé l'unité. Dès le mardi, les bourses asiatiques, puis les places financières européennes et dans l'après-midi Wall Street saluèrent par de forts redressements de cours la bonne nouvelle européenne. Aux Etats-Unis, Paulson lui-même, conscient du mauvais accueil fait à ses différents plans précédents, rallie la position européenne.



L'Etat, le problème ou la solution ?



C'est l'heure du triomphe de Nicolas Sarkozy, succès, reconnaissons-le, dû à ses mérites : placé à la tête de l'Union, le Président français a su jouer à fond de son entregent, de ses capacités de persuasion, de sa détermination, de ses capacités de communicant pour rallier tout le monde à une mesure qui s'imposait d'évidence.

Il a cependant laissé à Français Fillon la lourde tâche de gérer et d'expliquer aux Français la « douloureuse ». « La crise n'est pas derrière nous », a expliqué hier le Premier ministre. François Fillon tente, sans vraiment de succès, de rassurer les Français, tout en les avertissant que la période sera fort difficile. Tout en refusant le prononcer le mot récession, il admet que le chômage va augmenter et que le 1% de croissance pour 2009, hypothèse sur laquelle repose le budget qui vient d'être voté, n'est pas garanti. « On n'est pas sûr de l'atteindre ». Le Premier ministre dément du bout des lèvres de nouvelles hausses d'impôts mais au regard des déficits actuels, il n'est guère crédible. L'Etat français s'est en effet engagé d'ici fin 2009 à fournir aux banques une somme qui équivaut à son budget annuel ! Il faudra bien trouver l'argent, le pognon, le liq, le flouze...

« L'Etat n'est pas la solution, il est le problème », ont martelé pendant trois décennies à tout moment et sur tous les tons, les économistes libéraux, les patrons de la finance internationale, le gratin du business mondial : l'Etat est coûteux, ses interventions intempestives et contre-productives, ses fonctionnaires trop nombreux, ses règlements archaïques, ses impôts trop lourds.

Au moment où la finance internationale, après avoir creusé des gouffres de pertes et pris le monde entier en otage, on est bien obligé de constater que dans le cas, c'est la finance et la déréglementation qui sont le problème, et l'Etat la solution.



De grandes inconnues subsistent...



La solution actuelle, l'injection de 1.700 milliards d'Etat dans la seule finance européenne, suffira-t-elle ? Si l'on évalue les seuls subprimes à 860 milliards de crédits douteux, d'autres produits financiers en circulation, comme les Alt-A (qui surévaluent la qualité du prêteur), coûteraient 1.000 milliards de pertes supplémentaires au système bancaire international...

Même dans le cas où les Etats (et les contribuables, donc pour l'essentiel les salariés) combleraient les trous, la crise boursière et financière actuelle a fortement aggravé la dépression économique ressentie dans beaucoup de pays industriels depuis au moins deux ans : fort affaiblissement de la croissance en Europe, récession aux Etats-Unis (une responsable de la Réserve fédérale américaine, Janet Yellen, a repris mardi à son compte ce diagnostic), marasme au Japon, premiers signes d'essoufflement en Chine, en Russie, en Inde, fortes inquiétudes dans les pays en développement.

L'injection des fonds publics dans le système financier international doit surtout être comprise comme une transfusion d'urgence à un corps qui fait une lourde hémorragie, mais non comme le médicament contre le mal ou la faiblesse organique qui a déclenché cette hémorragie...

Un certain consensus apparaît pour dire qu'à tout le moins, les déréglementations du système financier, des marchés, de la concurrence, du travail ont été trop loin et que le système actuel du capitalisme financier, dérèglementé à l'excès, a surtout bénéficié à une infime partie de la population, la plus riche, au détriment du plus grand nombre. Ainsi, en matière de déréglementation fiscale, le « bouclier fiscal », inventé l'an dernier par Nicolas Sarkozy quand il était encore hyperlibéral, et qui coûte 15 milliards d'euros au budget de l'Etat français en année pleine, a bénéficié à seulement 15.000 personnes en 2007 ! Mais cette infime partie de la population mondiale, qui a joui avec allégresse pendant deux décennies de tous les avantages du système, reste... infiniment influente. Il faut également inventer les formes et le contenu d'une nouvelle régulation sur le plan national et international. Un encadrement strict des multiples « produits dérivés » nés de l'innovation financière, la séparation des activités des banques de dépôts et des banques d'affaires, la nationalisation des bourses (qui sont aujourd'hui gérées par des sociétés privées), un statut d'organisme public international pour les quatre ou cinq grandes « agences de notations » (cotations officielles de la valorisation des entreprises et des banques) qui faisaient la pluie et le beau temps sur des marchés où elles étaient elles-mêmes intervenantes, la fin des rémunérations de nababs pour les managers, la disparition réelle des « paradis fiscaux », une revalorisation de l'impôt comme outil de péréquation des revenus, plus généralement un nouveau partage de la valeur ajoutée entre le capital et le travail, sont évidemment des pistes à travailler et à formaliser. Nul ne doute que les résistances ne manqueront pas.



Quelques premiers effets de la crise actuelle



Au début de la crise, le ministre des Finances allemand, Peer Steinbrück, estimait que ce collapsus financier et boursier sonne le glas de l'omnipotence américaine et ouvrait la voie à un monde économiquement et géopolitiquement « multipolaire ». Si l'exécutif américain, englué dans des interventions militaires aléatoires (Irak, Afghanistan...), amoindri par des déficits budgétaires et commerciaux considérables, a semblé perdre totalement la main de la gestion quotidienne de cette crise, où toutes les nouvelles mesures de son administration étaient inévitablement suivies d'un nouvel effondrement de Wall Street, le propos du ministre socialiste allemand est largement prématuré. « Avec 25% de la richesse mondiale, la puissance américaine est encore la garante stratégique des deux tiers de la puissance économique mondiale. En effet, les Etats-Unis garantissent la sécurité conjointe de l'Europe et du Japon », note l'économiste Zaiki Laidi dans Les Echos.

Les hésitations américaines sont en effet largement dues à la fin d'une présidence catastrophique de George Bush et l'attente relative des résultats de l'élection qui se déroulera le mois prochain.

Reste que les grandes crises sont toujours l'occasion de rééquilibrages importants entre les principales puissances. L'Europe, de ce point de vue, retient l'attention. Pas plus que les grandes institutions internationales (FMI, Banque mondiale, OMC), ce n'est pas l'Union européenne regroupant les 27 pays membres qui est intervenue dans cette crise mais, dans une veine plus traditionnelle, les trois pays dominants du Continent : Allemagne, Angleterre, France.

Par pierremorville - Publié dans : géoplitique-éco
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Jeudi 6 novembre 2008 4 06 /11 /Nov /2008 06:08
Crise : Jusqu'où ? Jusqu'à quand ? Personne ne le sait !

par Pierre Morville ("Chronique de Paris", publiée par le Quotidien d'Oran le 9 octobre 2008)
Les gouvernements multiplient les plans de sauvetage, les bourses accélèrent leur chute


Les bourses mondiales s'affolent et dévissent quotidiennement de 5 à 8 points. Les banques se méfient les unes des autres. Le crédit s'asphyxie. Les consommateurs ont le moral en berne. Les agences pour l'emploi ont des projets d'agrandissement. Un Etat, la petite et nordique Islande, est en cessation de paiement et doit accepter des subsides financiers de la Russie tant sa monnaie locale, alignée sur le dollar, a perdu de la valeur.

Les gouvernements s'agitent. Mais qu'il s'agisse du plan Paulson aux Etats-Unis ou du Sommet de Paris, les décisions annoncées n'enrayent pas les chutes boursières ni ne calment l'inquiétude des populations. « Pas un épargnant ne perdra un euro », déclarait martialement Nicolas Sarkozy en début de crise.

L'Angleterre, l'Allemagne et la France garantissent sur les fonds publics la pérennité de leurs grandes banques. Aujourd'hui, oui mais demain ?

Ces fortes déclarations, destinées à éviter un afflux aux guichets bancaires d'épargnants anxieux, souhaitant retirer dare-dare leurs économies, n'auraient guère de réalité si la crise empirait.



L'anxiété des économistes hier béatement confiants



Les économistes sont bien embêtés. On avait l'habitude de voir une cohorte d'universitaires, experts, journalistes d'influence, chroniqueurs boursiers et autres compétences nous expliquer, la mine réjouie et la parole assurée à la télévision, le ton pompeux ou le verbe ironique dans les médias écrits, que le libéralisme et la globalisation étaient la meilleure chose sur terre et que tous ses opposants n'étaient au mieux que des va-de-la gueule incultes, au pire des ennemis de la démocratie et du progrès, voire des nationalistes chauvins prêts à toutes les alliances contre nature.

Ces mêmes économistes sont bien embêtés. Le sol se dérobe sous leurs pieds. Les certitudes d'hier, l'absolue confiance dans les règles d'autorégulation du marché, la croyance religieuse dans la déréglementation, se sont d'abord fendillées, puis lézardées, pour laisser enfin apparaître des pans entiers de ruines. Tous le savent, la crise ouverte dans le capitalisme actuel ouvre non seulement la voie à une récession durable, elle pose aussi la question du fonctionnement actuel de ce même capitalisme.

Nouriel Roubini, économiste américain, réformateur « modéré », s'inquiète lui du retour de l'Etat dans la sphère économique : « La leçon est claire : nous avons besoin d'une meilleure régulation.

Aujourd'hui, le paradoxe est que, pour résoudre les excès, l'Etat américain vire dans l'excès inverse.



« URSSA »



Il injecte tantôt 200 milliards de dollars pour négocier Freddie Mac et Fannie Mae, deux géants du refinancement hypothécaire, tantôt 85 milliards pour recapitaliser l'assureur AIG.

Les USA deviennent les «URSSA», l'Union des Républiques socialistes soviétiques d'Amérique». George Bush, réincarnation de Lénine ! On a bien ri. Mais les choses vont si vite...

Parmi le troupeau des économistes distingués, on distingue trois sociotypes. Il y a les illuminés qui crient encore la toute-puissance du marché autorégulateur. Nicolas Baverez en est l'une des figures de proue : pour lui, la solution est simple, la crise est salutaire : « A rebours des années de protestations nihilistes [_], la poursuite du processus de réforme en dépit de [_] la dégradation de la conjoncture constitue un signal très positif ». Il y a ensuite des intellectuels plus prudents qui deviennent silencieux : après avoir ânonné leur catéchisme économique depuis vingt ans, ils se rendent bien compte que la réalité économique ne correspond plus tout à fait à leur discours. D'autres économistes, plutôt critiques depuis plusieurs années, avaient une principale caractéristique, ils n'avaient pas accès aux médias.



Changement d'époque



Parmi ceux dont on n'entendait pas parler, on peut citer Frédéric Lordon, qui vient de publier un article fort intéressant, intitulé «Changement d'époque ?». Pour ce chercheur du CNRS, parler de crise de l'économie de marché ou du capitalisme n'a guère de sens. L'économie de marché existait bien avant le capitalisme et le capitalisme a pris et prendra certainement des formes multiples, souvent contradictoires entre elles.

La crise actuelle est, selon lui, le dérapage, ponctuel ou durable, d'un système particulier sous le nom, »disgracieux mais analytiquement plus précis, de capitalisme de déréglementation à dominante financière».

Ce système, bâti à la fin des années 70 et popularisé par Margaret Thatcher et Ronald Reagan, reposait sur un a priori idéologique : l'accumulation du capital ne pouvait se dynamiser que sur la déréglementation. Déréglementation généralisée qui visait :

- d'abord la finance. Après la crise de 29, les autorités ont imposé quelques règles prudentielles aux banques et aux assurances. Pour dix ou douze dollars, francs, livres ou yens prêtés, l'organisme financier devait en contrepartie posséder sur ces fonds propres un dollar, franc, etc. Les banques de dépôts qui, pour l'essentiel, ont respecté ces règles, s'épargnent les faillites actuellement constatées.

Mais les banques d'affaires ont voulu s'en libérer. Du coup, on apprend que les faillis ont prêté jusqu'à 35 fois leurs fonds propres. Le « zéro risque » est évidemment infiniment plus improbable.

- La dérégulation a également gagné le marché des biens et des services. Ce dogme de la libre-concurrence, qui garantit une meilleure qualité à un meilleur prix, aboutit le plus souvent à l'inverse de l'effet souhaité. Ainsi, sur le marché porteur des télécommunications, la déréglementation généralisée pratiquée sur ce marché très porteur a abouti à la constitution d'oligopoles puissantes, la fin des services publics, une montée des prix relatifs et une baisse générale de la qualité, soulignée par les « Autorités de régulation » européennes.

- La déréglementation a évidemment affecté le marché du travail : « trop de rigidités, trop de charges », pleurnichaient les chefs d'entreprises.

Pourquoi payer si cher l'heure de travail lorsqu'on peut délocaliser ou, de façon transitoire, menacer de délocalisation les salariés qui auraient tendance à trop en demander ?

La cerise sur le gâteau libéral a, bien sûr, était la «mondialisation». « Déréglementation générale du plus grand nombre de marchés possibles et sur la base internationale la plus élargie possible : voilà sans doute l'élément le plus caractéristique du capitalisme des trois dernières décennies » (op. cité).



Bonheur ! Les riches se sont beaucoup enrichis...



Le capitalisme fonctionnant sur la recherche du profit au moindre coût, on pourrait se plaindre d'un tel constat, mais que faire ?

Frédéric Lordon nous fait cependant remarquer que 70% du PIB aux Etats-Unis comme en Europe sont consommés sur les marchés intérieurs.

Et c'est là où le bât blesse. Les pressions sur les salaires, pour augmenter entre autres les dividendes, sont telles que le pouvoir d'achat des salariés français a baissé en dix ans. Si l'on analyse en revanche les déclarations fiscales de mes concitoyens, on constate que le revenu fiscal déclaré de 90% de la population française augmente de 4,6% entre 1998 et 2006, soit moins que l'inflation cumulée.

Mais celui des 1% de revenus les plus élevés augmente de 19,4%, celui des 0,1% supérieurs du haut de 32%, et celui du 0,01% (!) de 42,6%. Depuis le début du XXe siècle, jamais les écarts entre riches et pauvres n'a été aussi grand, dans un système où l'immense majorité voit stagner ou se réduire son pouvoir d'achat, classes populaires et classes moyennes confondues.

Problème : si la consommation, en France ou aux Etats-Unis, représente 70% de débouché potentiel pour la production totale, il est difficile pour les entreprises de faire l'impasse dessus. Gagner d'un côté sur les salaires, c'est donc perdre de l'autre sur le pouvoir d'achat du consommateur-salarié. Qui va pouvoir continuer à acheter si le pouvoir d'achat salarial continue à baisser ?



... Malheur ! Les pauvres se sont trop endettés !



Pas de problème !, répondent nos géniaux économistes libéraux. Les gens n'ont qu'à prendre un 2ème travail ou un 3ème... C'est en réalité la vraie signification de la célèbre proposition sarkozienne du « Travaillez plus pour gagner plus ». Reste que les journées n'ont que 24 heures et que les pressions sur la productivité, la baisse des revenus, les menaces à la délocalisation, la montée du chômage et de la précarité s'intensifient.

Comment faire donc pour que ces damnés pauvres consomment ? L'idée lumineuse a surgi aux Etats-Unis au milieu des années 90 : il suffit qu'ils s'endettent ! Une solution, le crédit à taux très bas, voire à taux zéro ; un système d'hypothèque ou tout bien acheté (et pas encore réglé), notamment immobilier, sert de caution à de nouveaux emprunts ; des cartes de crédit distribuées à foison.

Le tout dans la certitude que cette loterie continuerait éternellement, la puissance du dollar et les déficits budgétaires permettant de compenser les trous ou les vides boursiers. « On ne s'étonnera pas qu'aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, qui ont quelques longueurs « d'avance » dans cette pente, le taux d'endettement des ménages par rapport à leur revenu disponible soit respectivement de 120% et 140%... ». Mais la formule coûte également très cher à l'Etat. Quelles sont les sources véritables - et non fantasmées - de la croissance aux Etats-Unis pour les quatre années 2001-2004 ? 2,5 points de PNB de baisse d'impôts, 500 milliards de dollars de dépense publique supplémentaire, et enfin un octroi de crédit immobilier qui passe de 450 milliards de dollars en 2000 à 960 en 2004 (il atteindra les 1.300 en 2006).

« On n'avait peut-être jamais vu l'application, avec une pareille ampleur, de mesures d'inspiration plus purement keynésienne puisque pour relancer l'activité, ce sont 15,5 points de PNB qui ont été injectés ex-ante dans l'économie. Cela pris en compte, il n'est guère surprenant que, sur la même période, la croissance du PNB ait été de 10% ! La comparaison des deux chiffres souligne au contraire l'ampleur des pertes en ligne dues à une compétitivité défaillante » (Jacques Mistral).



L'élection américaine au cœur du cyclone



Tout ce jeu de Monopoly repose sur une confiance inébranlable, sur un dollar attractif, sur la capacité des Américains à rembourser leurs dettes, sur le maintien du plein emploi aux Etats-Unis.

Tous éléments fortement mis en cause à la fois par les créanciers des Etats-Unis mais dorénavant aussi par la population américaine elle-même. C'est la colère de Main Street (l'homme de la rue américaine) contre Wall Street.

Extrêmement choqué par les salaires des banquiers et autres brokers, l'Américain moyen qui craint pour sa maison, son emploi, sa santé, devient ivre de rage lorsqu'il apprend que les financiers qui ont précipité la crise, quittent leurs établissements en faillite munis de parachutes dorés qui leur permettent de toucher des dizaines de millions de dollars en guise de prime de chômage. Plus généralement, les couches populaires comme les classes moyennes craignent à juste raison d'être les premiers à payer l'addition.

Pour les milieux d'affaires, apôtres de la « socialisation des pertes », la crise tombe mal : on est à un mois des élections présidentielles. L'ancien exécutif est plus ou moins paralysé et les deux candidats ne peuvent pas annoncer aux électeurs des mesures par trop impopulaires.

Les deux candidats en lice savent également que l'endettement américain et la faiblesse du dollar fragilisent grandement les marges de manoeuvres du futur président et rendent très improbables les principales réformes avancées pendant la campagne : la baisse des impôts pour John McCain, la reconstruction d'un vrai système de santé pour Barack Obama, aujourd'hui le mieux placé dans les sondages. Les deux candidats, à l'égal de tous les économistes, ne savent ni l'un ni l'autre quelles seront l'ampleur et la durée dans la crise dans laquelle l'économie mondiale s'est plongée.



Europe : la cacophonie



L'idée de Nicolas Sarkozy de constituer un fonds de garantie européen pour les banques de 300 milliards d'euros n'était certes pas une panacée, mais son annonce aurait pu calmer quelque temps la crise aiguë de confiance.

« Nein ! ». Selon le Canard Enchaîné d'hier, Angela Merkel aurait repoussé la proposition française en termes choisis: « Chacun devra gérer sa merde ! ». Cela a au moins le mérite de la clarté.


Par pierremorville - Publié dans : géoplitique-éco
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Mercredi 5 novembre 2008 3 05 /11 /Nov /2008 03:19

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