Mercredi 30 novembre 2011 3 30 /11 /Nov /2011 18:13
 (Chronique parue dans le Quotidien d'Oran du 9 novembre2011)
 
Sur fond de crise gravissime, le choc de deux personnalités, l’une étant aux affaires, l’autre, non
 
Sarkozy et Hollande sont, sous toutes probabilités, les finalistes de la présidentielle française en 2012. « Sous toutes probabilités »… sauf irruption massive et impromptue des électeurs de Marine le Pen dans le grand jeu institutionnel. Les sondages officiels créditent jusqu’à présent la candidate du Front national dans une fourchette de 15 à 18%, mais des chiffres officieux la hissent à 22/23%. L’incertitude est réelle et se nourrit surtout des craintes et des exaspérations liées à la gestion calamiteuse de la crise économique actuelle. Le bon peuple est fatigué de l’agitation stérile des gouvernants. Il constate que 21 sommets ( ! ) consacrés depuis quelques mois à la dette grecque, n’ont débouché sur aucune issue concrète de la crise chez les Hellènes. Les électeurs des 27 pays de l’Union européenne regardent hébétés, le spectacle des chamailleries des gouvernants et des bureaucrates de la BCE, qui ne sont d’accord que sur une seule chose : une cure d’austérité massive, uniquement supportée par les couches populaires et les classes moyennes. Ces dernières ont pourtant l’impression de n’être pour rien dans les dérives catastrophiques de la finance globalisée dont il faut réparer les excès de sa cupidité maladive à coup de milliards d’euros.
 
« L’indépendance » de la BCE
 
Populiste, cette description ? Ce n’est rien à côté de ce que l’on entend régulièrement dans les bureaux, les transports en commun et les bistros parisiens. Le citoyen est inquiet et en colère. Pis, il est persuadé et il n’a pas nécessairement tort, que le pire est à venir. De quoi nourrir des réactions extrêmes qui peuvent être positives quand elles débouchent sur des contestations d’un système à bout de souffle, comme la vague des « Indignés » qui manifestent dans toute l’Europe. Elles peuvent aussi nourrir des replis égoïstes ou xénophobes, avec comme seule et unique bannière « chacun pour soi ! ». Dans un récent sondage, 63% des Français sont défavorables à une aide financière à apporter à la Grèce, 89% pense que l’argent prêté ne reviendrait jamais. Un Autrichien sur deux et un Allemand sur trois souhaitent que la drachme grecque quitte l’euro !
Or, les Européens ne sont à l’évidence, pas au bout de leurs déconvenues. Il n’est rien sorti du laborieux sommet du G20 à Cannes et la très timide baisse des taux d’intérêts du crédit directeur dans la zone Euro, décidée par Mario Draghi, le nouveau patron de la Banque centrale européenne ( 1, 25% contre 1,5%) ne servira pas de rempart à la contagion de la crise des dettes souveraines en Europe. L’Espagne et l’Italie sont déjà en pleine ligne de mire, ces pays étant contraint d’emprunter sur les marchés internationaux à des taux d’intérêt aux alentours de 6%, alors que la France trouve des crédits à 3% et l’Allemagne à 1,5%.  Selon le journal allemand Die Welt, la France, l'Italie, la Commission européenne et les Etats-Unis, à Cannes souhaitaient que la BCE aille encore plus loin en s'inspirant de la Réserve fédérale américaine.
Agir comme la Fed reviendrait à acheter de la dette des Etats sur le marché primaire, c'est-à-dire dès son émission. Une éventualité que l'Allemagne a immédiatement refusée parce que cela reviendrait à créer de la monnaie, et donc à encourager l'inflation. Celle-ci est pourtant à un niveau historiquement bas en Europe.
La BCE achète bien depuis le printemps 2010 de la dette publique sur le marché secondaire, où circulent les titres déjà émis, pour tenter de freiner l'envolée des taux des pays en difficulté. Mais elle s'est toujours refusée à effectuer des achats de grande ampleur et attend désormais que le fonds de secours européen (FESF) prenne son relais dans ce domaine.
Pour le président de l'institution monétaire de Francfort, comme pour son prédécesseur Jean-Claude Trichet, il appartient aux gouvernements de se sortir eux-mêmes de cette mauvaise passe dont ils sont responsables en ayant creusé leurs déficits.
Les gouvernements ne doivent pas « compter sur une aide extérieure » mais sur « leur capacité à se réformer eux-mêmes » a déclaré Mario Draghi, ajoutant: « Personne ne peut nous obliger (à augmenter ces achats). Nous sommes indépendants ». Entre « l’indépendance » de la BCE et l’incapacité des gouvernants européens à trouver une quelconque solution, le seul point d’accord existant est l’instauration de  telles politiques de rigueur (celle de la France « sera la pire depuis 1945 » a promis le 1er ministre Fillon !), que la très grande majorité des économistes prévoient une rentrée dans une phase prolongée de récession. La zone Euro a envoyé se faire voir les électeurs grecs et leur prétendu référendum. Pourra-t-elle faire de mêmes avec les électeurs portugais, espagnols, italiens… ?
 
Une campagne à « tirs tendus »
 
Nicolas Sarkozy qui fait mine de sauver la planète, l’Europe et la France chaque semaine, devra quant à lui, annoncer les mauvaises nouvelles et les administrer à des Français mécontents tout en menant campagne pour se faire réélire. Une tâche malaisée comme en attestent continûment les sondages. Les derniers créditent François Hollande de 36% des scrutins au 1er tour contre 25% à Nicolas Sarkozy. L’avance est encore plus nette au second tour : 61% contre 39%. Certes, le président sortant a consolidé de 2ou 3 points ses scores antérieurs après son dernier road-show économico-médiatique mais l’écart est encore très important du fait de l’avance prise par le candidat du PS.
Tout cela annonce une campagne électorale qui ne sera pas à « fleurets mouchetés », comme dans ces duels où les adversaires prennent la précaution de mettre des bouchons à leurs armes pour éviter de se blesser. Les balles vont siffler et les coups bas seront légion.
Pour l’instant, les dérapages sont uniquement verbaux. En début de semaine, François Baroin, ministre de l'Economie a provoqué les virulentes protestations des députés socialistes à l'Assemblée, en affirmant que l'opposition de gauche avait remporté avec les élections législatives anticipées de 1997,  «  une victoire par effraction ». Le propos est surtout insignifiant mais il dénote la rogne et le désarroi qui s’est emparé les rangs de la droite. Le climat à l’UMP est encore alourdi d’innombrables « affaires » qui remontent à la surface judiciaire, où se mêlent gaillardement gros business et politicaillerie, barbouzeries et dérapages de l’appareil d’état.
Du côté de la gauche, on se remet difficilement des révélations sur les frasques de Dominique Strauss-Kahn à New-York. Paradoxalement, les hiérarques du Parti socialiste pousse rétrospectivement un ouf de soulagement à l’idée que ces révélations eut pu être mises sur la place publique non pas avant mais après les primaires où DSK était donné largement favori par les médias…
De ce point de vue, François Hollande, qui d’emblée s’est positionné comme candidat « normal », rassure. On ne craint pas de lui des débordements à la Strauss-Kahn et il contraste heureusement avec Nicolas Sarkozy dont l’incontestable dynamisme se transforme souvent en activisme compulsif. Le président sortant, conscient de cette image « d’agité du bocal », s’était imposé en début d’année une cure d’austérité médiatique, réduisant au minimum ses apparitions télévisuelles. Mais le naturel est revenu au galop, via la Lybie et la crise de l’Euro.
Au-delà de l’arrière-fond d’une possible récession mondiale et des aléas sondagiers reflétant une opinion déconcertée par la précipitation des évènements, le scrutin électoral sera, comme toujours, largement déterminée par les caractères de deux principaux protagonistes.
Nicolas Sarkozy a des atouts sérieux : il est le président sortant, ce qui peut rassurer en période de grande tempête. Il est à ce jour, le seul candidat possible pour la droite. C’est un manœuvrier redoutable qui dispose de l’appareil d’état et qui ne déteste pas les coups fourrés. Il peut faire preuve d’une énergie, d’initiatives hardies et d’une capacité de rebond sans pareil. C’est comme l’on dit en France pour résumer de telles qualités, du « vif-argent ». Il est en effet, très vif mais parfois aussi très colérique, et l’argent lui colle à la peau. Nicolas Sarkozy n’a jamais pu se détacher de son image bling-bling et les premières mesures qu’il prise en faveur des français les plus fortunés, font toujours tache sur son costume présidentiel.
François Hollande a remporté haut la main les élections primaires, alors qu’en début de campagne, il était largement devancé par DSK et Martine Aubry.  C’est un homme de synthèse et il sait se mettre à la portée des gens. Elu du département montagneux de la Corrèze, il fleure bon la France profonde dans un pays cocardier qui adore son monde rural. Il est drôle, affable et naturellement gentil mais attention, c’est un « faux mou » ! Bon économiste, il veut mettre à plat le système fiscal français, empilement byzantin dont certaines niches fiscales remontent à la royauté.
Mais la crise économico-monétaire  actuelle a une dimension planétaire et sa résolution éventuelle passera nécessairement par des bras-de-fer géopolitiques. C’est donc beaucoup sur les dossiers internationaux que ses détracteurs attendent François Hollande. Mais là aussi, il risque de surprendre…
 
Europe : multiplication des gazoducs
 
« La crise financière qui secoue actuellement l’Europe semble bien profiter à l’Algérie. Depuis quelques jours, les délégations européennes se succèdent dans le pays pour obtenir des marchés inclus dans le plan quinquennal 2010-2014 », nous apprend le journal « Manager »
En effet, précise le média, l’Algérie a mis sur la table 286 milliards de dollars d’investissements potentiels.  L’autre facteur qui attire les européens est la prospérité des banques algériennes.
Une très faible croissance sur la rive nord de la Méditerranée va néanmoins mettre un coup de frein aux importations et aux investissements européens. Aujourd’hui, l’Europe absorbe 2/3 des exportations de l’Algérie, constituées à 98% par le gaz et le pétrole. Qu’en sera-t-il demain ? Certes, la demande énergétique restera ferme mais le gaz algérien devra affronter une concurrence accrue , notamment du fait d’une politique agressive du géant russe Gazprom. La Russie représente aujourd’hui un tiers des importations européennes de gaz, devant la Norvège 30%, l’Algérie 15% et le Qatar 10%. D’ici 30 ans, il est probable, selon des experts, que la dépendance énergétique européenne à la Russie atteigne 50%.   
Le 8 novembre, le gazoduc Nord Stream, (51% pour Gazprom associés à des entreprises allemandes, néerlandaises et française) reliant sur 1224 kilomètres la Russie à l’Allemagne par la mer Baltique, a été mis en service, mettant ainsi fin au quasi-monopole de l’Ukraine dans l’approvisionnement de l’Europe en gaz russe.
Autre projet bilatéral sur le modèle de Nord Stream, italo-russe celui-là, South Stream, long de 3 600 kilomètres, doit relier la Russie à l’Italie en passant par la mer Noire, la Bulgarie, la Serbie, la Hongrie et la Slovénie. Ces deux gazoducs illustrent la volonté de la Russie, premier détenteur (avec quasiment un quart des réserves prouvées), deuxième producteur et premier exportateur mondial de gaz naturel, de faire du gaz, une carte maîtresse dans son ambition de restaurer son statut de grande puissance
Si Nord Stream et South Stream permettent de rendre l’UE moins vulnérable aux crises entre l’Ukraine et la Russie, ils ne font que renforcer sa double dépendance à Gazprom, en termes d’accès aux matières premières et aux infrastructures de transport.
Pour limiter cette vulnérabilité, note Delphine Lavergne, de l’IRIS,  la Commission européenne défend activement un 3ème projet  d’acheminement de gaz, Nabucco, en provenance du Caucase et d’Asie Centrale, en contournant la Russie. Le tracé prévoit de relier Bakou en Azerbaïdjan, sur la mer Caspienne, à Erzurum en Turquie en passant par la Géorgie puis d’arriver en Autriche en transitant par la Bulgarie, la Roumanie et la Hongrie.
Par pierremorville
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Vendredi 4 novembre 2011 5 04 /11 /Nov /2011 10:43

article publié dans le Quotidien d'Oran du 3 nouvembre

 

La crise rebondit après chaque sommet international. L’épisode grec souligne d’abord l'impuissance des gouvernants

 

L’Euro est sauvé ! Les gouvernements européens ont réussi à les agences de notation ! « Je voudrais insister sur le caractère historique des décisions qui ont été prises, elles sont extrêmement fortes, pour stabiliser, pacifier les marchés et permettre à la Grèce de retrouver le chemin d'une croissance normale », s'était félicité Nicolas Sarkozy lors de la conférence de presse de clôture du dernier sommet européen.

Le soulagement n’a duré que cinq jours. Mardi, les communiqués de victoire stratégico-mondiale du sommet européen dominé par le couple Merkel-Sarkozy, étaient remis au placard. Une fois de plus, la conférence de tous les dangers qui se finissait miraculeusement sur une solution à l’arraché, fruit de la sagesse franco-allemande, a épuisé ses effets en quelques dizaines d’heures, laissant les gouvernants européens totalement déboussolés. À l’origine de ce nouvel échec de la « gouvernance mondiale » ? Le référendum annoncé par Georges Papandreou, le 1er ministre grec. Le responsable a, après avoir validé un accord qui prévoyait la réduction de 50% de la dette grecque mais également un durcissement du programme d’austérité pour la population, désirait faire valider le package par sa propre population. Mais les Grecs, fortement remontés par les mesures déjà prises, ne semblent guère enclins à approuver par référendum, un nouveau train de mesures qui, pour l’essentiel, ne frappent que les couches populaires et les classes moyennes : dans les sondages, 60% des Grecs refusent le compromis signé par l’Eurogroup.

Les Allemands qui ont largement inspiré l’ensemble des décisions prises ont eu les réactions les plus rapides et les plus vives : « L'intention du gouvernement grec d'organiser un référendum sur les mesures d'aide décidées lors du sommet européen de la semaine dernière, a augmenté l'inquiétude sur les marchés », selon le BdB, la fédération des banques privées allemandes qui craint que « d'importants détails » du plan ne soient « reportés, voire au pire gelés ».

 

Colère allemande, révolte grecque


« Pour la stabilisation de la situation qui est difficile comme avant, cette incertitude qui va probablement perdurer pendant des semaines est tout sauf un cadeau", a encore estimé le BdB. Les Bourses européennes et surtout les valeurs bancaires ont dévissés dès mardi, après l'annonce du référendum prévu début 2012, bien qu’on ne connaisse pas encore la question qui sera posée aux électeurs
Rainer Brüderle, ex-ministre de l'Économie et chef de file des députés libéraux, qui participent à la coalition de la chancelière, s'est dit lui,  « irrité par cette manoeuvre étrange. « C'est comme essayer d'échapper à ce que l'on a soi-même négocié », a critiqué le responsable en jugeant probable une « banqueroute » de la Grèce en cas de victoire du « non » au référendum.
Plus acerbe encore, le spécialiste des questions européennes de la CSU, branche bavaroise de la CDU de Mme Merkel, Markus Ferber, a qualifié l'annonce de M. Papandréou de « folie politique et idiotie économique », dans un entretien au quotidien Die Welt.
Le gouvernement allemand, pris visiblement de court, s'était contenté lundi soir d'un bref communiqué rédigé par le ministère des Finances : « Le sommet des chefs d'État et de gouvernements européens la semaine dernière a formulé des attentes claires », selon lesquelles « le deuxième plan d'aide à la Grèce doit être en place d'ici la fin de l'année », rappelle sèchement l’exécutif allemand.

Pourquoi tant de hargne, surtout vis-à-vis d’une démarche somme toute démocratique ? L’initiative populaire grecque risque en effet de détricoter le laborieux compromis tissé entre les principaux pays européens et leurs intérêts divergents. Sur le dossier grec, les dirigeants européens avaient trouvé un accord pour effacer une partie de la dette grecque qui s'élève aujourd'hui à plus de 350 milliards d'euros, niveau jugé intenable. La perte pour les banques se monte à cent milliards d'euros. Selon l'accord, Athènes doit recevoir de nouveaux prêts internationaux de 100 milliards d'euros. Par ailleurs, 30 autres milliards ont été réservés pour aider les banques grecques, plus grosses détentrices d'obligations souveraines grecques. En échange, une rigueur accrue menace la population  et une "troïka" où sont représentés les trois principaux créanciers du pays, Union européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international, contrôlera les mécanismes budgétaires de l’état grec. Ce n’était pas encore suffisant pour Angela Merkel qui réclame une « commission permanente » chargée de faire appliquer par l’exécutif grec, les trains de mesures austères nécessaires.

C'est un pas de plus dans la mise sous tutelle de la Grèce par ses partenaires et bailleurs de fonds, un contrôle accru voulu par les Européens, Allemagne en tête, échaudés par les nombreux retards pris par le gouvernement Papandréou pour lancer un programme de privatisation de 50 milliards et pour concrétiser des réformes prises sur le papier. Mais pas encore réalisées. Il est vrai que l’on en est au 4ème plan de sauvetage de l’économie grecque sans qu’aucun fonds européen n’ait été versé.

Plus généralement, le projet d’une tutelle européenne interventionniste soulève la question sensible de la souveraineté de l’Etat-nation grec et a poussé aujourd'hui le Premier ministre Papandréou à lancer son pari risqué. Les menaces affluent "Si les Grecs votaient non au référendum, on ne pourrait exclure une faillite de la Grèce", affirme le président de l'Eurogroupe et Premier ministre luxembourgeois, Jean-Claude Juncker. Nul doute que les pressions vont se multiplier, la démission de gorges Papandreou étant déjà exigée ici et là.  Curieusement, le 1er ministre grec a annoncé dans les mêmes heures un remplacement à 100% de son état-major des armées. Curieuse coïncidence.

Mais les marges de manœuvre de l’exécutif grec restent très étroites et une sortie éventuelle de l’Euro pourrait avoir pour la population grecque, des conséquences aussi dramatiques que l’acceptation du plan européen.

La colère excessive des gouvernants européens est néanmoins à la hauteur de leur affolement. L’intrusion de la voix populaire risque de mettre à mal les délicats compromis sur une thématique imposée : la seule solution de sortie est un programme d’austérité générale en Europe. C’est un choix stratégique sur lequel il ne paraît pas à nos élites opportun de demander leur avis aux populations concernées.

 

Les impossibles équations de sortie de crise

 

Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, les deux chefs du laborieux et disharmonieux orchestre européen, doivent faire face, il est vrai, à une avalanche de problèmes épineux.

 Tout d’abord, contester cyniquement l’appel à la décision populaire n’est pas aisé, d’autant que l’Union européenne est une confédération d’états-nation où l’unanimité est la règle et non un ensemble fédéral où un gouvernement supranational prendrait des décisions pour tous. Angela Merkel avait d’ailleurs pris la précaution de faire voter par son propre parlement les positions allemandes.

Certes, l’initiative grecque ne concerne qu’un cas isolé (la Grèce ne représente O,5% du PIB européen) mais la démarche contestataire pourrait inspirer d’autres gouvernants de l’UE, comme l’Espagne ou l’Italie menacés par la spéculation et coincés par leur opinion publique…

Car que faire aujourd’hui ? Faute d’avoir mis au pas le système financiaro-bancaire, les états européens se mettent aujourd’hui à la merci des réactions erratiques des marchés, bourses en tête et doivent craindre les jugements calamiteux des irresponsables agences de notation.

Plus généralement, l’Europe et la plupart des pays développés se retrouvent entre deux positions absolument irréconciliables.

Lourdement endettés, les états doivent faire preuve de vertu et baisser pratiquement leurs dépenses en imposant à leur population des programmes de rigueur accrue afin de donner des gages à leurs créanciers internationaux. Mais ces cures d’austérité affaiblissent fortement la demande interne, font baisser  les PIB et rendent plus difficiles les capacités d’emprunt sur les marchés.

Les dogmes libéralo-monétaristes promus par la Banque centrale européenne interdisent tout recours à la création de liquidités nouvelles qui est pourtant monnaie courante aux États-Unis ou au Japon, pas plus qu’il n’est possible de baisser la valeur de l’Euro pourtant notoirement surévaluée vis-à-vis de toutes les autres monnaies internationales : dollar, yen, yuan, rouble…

Dans le cas européen, la crise actuelle souligne également les divergences d’intérêts entre les états-membres. En matière d’austérité, l’Allemagne a pris un métro d’avance : la politique dite de « modération salariale » a entraîné un recul du salaire réel moyen de 4,5 % entre 2000 et 2009, contre une augmentation de 8,6 % en France, la tendance s'inverse (entre 2010 et 2011, le salaire réel moyen déduit de l'inflation a augmenté de 1,9 %.) L’heure travaillée coûte à peu près le même prix des deux côtés du Rhin : 34 euros outre-Rhin contre 33 en France ! Du coup, l’Allemagne a récupéré une bonne compétitivité et est devenue le leader des exportations européennes. De quoi conforter Berlin dans ses convictions économiques anciennes : Euro fort, rigueur budgétaire, lutte implacable contre l’inflation et contrainte sur les salaires.

Heureusement, nous avons un nouveau G 20 qui s’ouvre aujourd’hui à Cannes. La grand-messe accouchera certainement de nouvelles solutions toujours plus définitives. En prime, elle se déroule dans la capitale du cinéma !

 

Tunisie-Libye : interrogations et craintes

 

Les dernières élections en Tunisie ont vu un succès net du mouvement islamique Ennahda avec 41,7% des sièges (davantage en voix). Le parti de Rachid Ghannouci disposait d’un appareil militant homogène et efficace, de l’aura d’une formation qui a subi la répression sévère de Ben-Ali, d’une expérience politique qui a fait souvent cruellement défaut aux autres partis. Dénommés « modernistes », ces formations extrêmement éclatées en une centaine de chapelles diverses, n’ont pas su émettre de messages audibles par la population et pèseront peu dans les premiers mois de l’Assemblée constituante. Ennahada devra de son côté, trouver quelques alliés pour constituer une majorité stable mais surtout la formation islamique devra prendre à bras-le-corps une situation sociale et économique très tendue et répondre à des attentes très fortes, sans nécessairement bénéficier de soutiens de l’Europe, des États-Unis, ni même des pays du Golfe. En revanche, la légitimité démocratique de cette échéance électorale majeure est incontestable.

Par contraste, les déclarations récentes de l’exécutif libyen paraissent plus critiquables. Au moment de la cérémonie de proclamation de la libération effective de la Libye, dimanche 23 octobre à Benghazi, Mustapha Abdeljalil, président du Conseil national de transition (CNT), a martelé que la prochaine constitution libyenne aurait pour fondement la charia ou loi de la religion musulmane. Face à plusieurs milliers de ses concitoyens, il a souligné : « En tant que pays islamique, nous avons adopté la charia comme loi essentielle et toute loi qui violera la charia sera légalement nulle et non avenue ». Comme le remarque Jean-Yves Moisseron, chercheur à l'IRD (Institut de recherche pour le développement), « son annonce de l'instauration de la charia, de la fin du divorce et du retour de la polygamie intervient avant même la mise en place du processus d'élection d'une Assemblée constituante. Or on ne peut pas à la fois parler d'élire une Assemblée constituante et décréter seul de l'instauration ou de l'abolition de telle ou telle loi, remarque le responsable de la revue Maghreb-Machrek, c'est le peuple libyen qui doit décider de mettre en place la charia, pas Mustapha Abdeljalil. Ce dernier s'autorise donc une autorité en dehors de tout cadre démocratique comme s'il était l'unique dépositaire de la volonté du pays ».

 

 

Par pierremorville
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Jeudi 11 août 2011 4 11 /08 /Août /2011 16:27

 

article écrit le 10 à 12 h. paru dans le quotidien d'Oran le 11/08/11 (!) 

 

Mardi, sous pression des banques centrales, les bourses affolées se calmaient un peu. Pour combien de temps ? [ NDR : article écrit mardi ; Mercredi 10 : nouvel effondrement des bourses !]

 Barack Obama est catégorique : «  Les Etats-Unis mériteront toujours le AAA !  ». Le chef de l’exécutif américain  pouvait difficilement déclarer autre chose lundi dernier. Il s'est exprimé environ deux heures avant la clôture de Wall Street qui a chuté de 5,5% dans la foulée de la décision de Standard & Poor’s de déclasser les Etats-Unis. Le président américain a dit avoir bon espoir que cette décision de l’agence allait au moins rappeler aux élus « l'urgence qu'il y avait à régler le problème des déficits. »

Il n’a en revanche pas commenté la dégradation de notation faite par l’agence (d’état) chinoise Dagong qui fut la première agence à réviser définitivement à la baisse l’appréciation de la dette publique américaine. Selon Dagong, la décision américaine sur le relèvement du plafond de l'endettement public permettra aux États-Unis de régler d'anciennes dettes grâce à de nouveaux emprunts, mais elle ne pourra ni bloquer le grossissement  rapide des dettes publiques ni améliorer la rentrée des revenus fiscaux du pays. Enfin, Dagong a indiqué que « les disputes entre les deux partis politiques américains sur ce problème ont démontré l'influence négative que le système politique américain pouvait exercer sur les fondements économiques du pays », et que ceci remettrait en cause la confiance des investisseurs et n'améliorait aucunement la capacité des États-Unis à honorer leurs dettes. « La solvabilité des États-Unis continuera de s'affaiblir. Une nouvelle crise de la dette souveraine est donc probable en raison de la contradiction entre affaiblissement de la solvabilité et croissance des dettes souveraines », menace Dagong.

Bref, « l'affaiblissement de la solvabilité américaine est irréversible (…) la politique monétaire laxiste amènera l'économie globale dans une crise générale (…)  la position dominante des USA  dans l'économie globale sera également remise en cause. » conclut l’agence chinoise, qui reflète largement la colère de l’état chinois. Celui-ci, inquiet, possède 12% de l’énorme dette américaine mais la Chine voit également ici l’occasion d’assoir son rôle de grande puissance internationale.

 

L’invraisemblable attitude des élus américains

 

En début de semaine, l’ensemble des places boursières partageaient un réel sentiment de panique. Les cours affichaient 20% de baisse en un mois, on flirtait avec les chute de cours lors des effondrements boursiers de 1987 et 2008. Une correction s’est effectuée en milieu de semaine. La dette américaine était au centre de toutes les interrogations, pourtant les obligations américaines restent, malgré la baisse de la notation, un placement attractif et sûr en raison d’un dollar qui conserve son rôle de monnaie–pivot internationale.

 La correction sur les marchés financiers reflète davantage l'inquiétude quant à la croissance mondiale qui montre de plus en plus de signes d'essoufflement. L’OCDE note ainsi que « des signaux plus forts d'inversion des cycles de croissance ont fait leur apparition aux Etats-Unis, au Japon et en Russie » en juin par rapport à mai, « les indicateurs pour le Canada, la France, l'Allemagne, l'Italie, le Royaume-Uni, le Brésil, la Chine et l'Inde continuent à souligner un ralentissement de l'activité économique », poursuit l’organisation internationale. Dans ses prévisions publiées en juin, le Fonds monétaire international (FMI) avait déjà révisé à la baisse ses prévisions de croissance des Etats-Unis et des pays développés, tablant respectivement sur une croissance de 2,5 % et de 2,2 % en 2011. Ce dernier chiffre pourrait être encore plus mauvais que prévu, Washington ayant fait état fin juillet d'une croissance nettement ralentie en 2011, à 1,3 % en rythme annuel au deuxième trimestre, réalité qui avait fort déçu les attentes des marchés.

Des bourses très instables, une croissance américaine plombée par la dette, des inquiétudes continues sur les finances publiques en Europe : beaucoup d’acteurs économiques craignent qu’une éventuelle récession des Etats-Unis, 1ère économie mondiale, n’entraine dans sa chute le reste de la planète, en enrayant la dynamique croissance des pays émergents. Perspective d’autant plus redoutable que les Etats des pays développés, USA en tête, ne disposent plus des réserves budgétaires qui leur avait permis d’amortir la crise banco-financière de 2008…

Dans un tel contexte, on peut partager le jugement très sévère de l’agence chinoise Dagong sur « les disputes entre les deux partis politiques américains »  et « l'influence négative du système politique américain ».

Depuis plusieurs semaines, le spectacle des négociations de marchands de tapis entre parlementaires républicains et démocrates parait en effet largement irresponsable. Les deux partis ont campé caricaturalement sur leurs positions traditionnelles, les démocrates hostiles à toutes coupes budgétaires, les républicains farouchement opposés à toute augmentation d’impôts. Après avoir beaucoup ergoté devant une planète consternée, leur laborieux compromis a explosé après la seule décision de Standard & Poor’s. Aujourd’hui, ces deux partis se rejettent la faute de la baisse de notation et de la tempête boursière. Pas nous ! Pas nous !   Dans ce climat délétère, le mouvement républicain « ultra », « Tea Party » triomphe, sa seule orientation en matière économique est mue par une obsession dévastatrice : tout faire pour réduire l’état fédéral et démolir Washington. Le « système antiSystème » objectivement institué par Tea Party fonctionne à toute vapeur. » note le site Dedefensa.

Pour le reste, les républicains ont largement pesé sur les termes du laborieux compromis final : pas d’augmentation de la fiscalité mais les chefs des deux partis se sont entendus sur un relèvement du plafond de la dette, conjugué à une baisse des dépenses publiques de 1100 milliards de dollars. Une commission spéciale bipartite sera, en outre, chargée de dégager 2000 milliards de dollars d‘économies supplémentaires.

Au soir de la signature de cet accord, Barack Obama s’était félicité, tout en regrettant l’absence de hausses d’impôts. « Cet accord est-il celui que j’aurais souhaité? Non. J’estime que nous aurions pu faire des choix difficiles et nécessaires sur la réforme des impôts. Mais cet accord permet de réduire le déficit et d‘éviter un défaut de paiement. Et il incite chaque parti à obtenir un budget à l‘équilibre avant la fin de l’année ». Quelques jours plus tard, l’affaire s’annonce beaucoup plus difficile.

 

USA : L’atout militaire ? 

Les différents épisodes remettent en cause en tous cas, l’autorité du président des Etats-Unis, sans d’ailleurs compromettre les chances du candidat Obama l’an prochain, tant la décrépitude des deux grands partis est manifeste et l’usure du système, évidente. Ainsi, les élus étant incapables de choisir, les deux tiers des coupes budgétaires devront être fixés d’ici la fin de l’année et la responsabilité en incombera, non pas à l’exécutif américain mais à cette curieuse « commission spéciale bipartite » composée de six élus démocrates et six élus républicains. Leurs débats s’annoncent chauds.

Plus compliqué encore, l’accord prévoit qu’en cas de divergences, les coupes budgétaires pour les dix ans à venir interviendrait automatiquement tant dans les dépenses civiles que dans les dépenses militaires…

Une clause qui a semé la panique au Pentagone et dans le « lobby industrialo-militaire ». Et qui  a entrainé la réaction quasi insolente du tout nouveau secrétaire américain à la Défense. Leon Panetta, nommé depuis un mois, a déclaré tout net qu’il « n’accepterait pas » les coupes budgétaires envisagés invoquant même le Seigneur dans ce débat d’épicier : « S'il plaît à Dieu, le processus ne déclencherait pas de coupes par lesquelles le Pentagone pourrait perdre quelques 600 milliards de $ ». Le subordonné de Barack Obama, et qui a oublié qui est son chef, s’inquiète particulièrement du cas où la commission spéciale bipartite du Congrès ne parvienne pas à un accord. Le dispositif actuel prévoit 350 milliards de dollars de coupes budgétaires dans la Défense, étalées sur 10 ans. Faute d'accord, ce sont près de 600 milliards supplémentaires qui pourraient s'y ajouter, une solution « inacceptable » selon lui. Les grands chefs militaires et l’industrie de défense partagent cet avis, avec le soutien de beaucoup de parlementaires, notamment chez les élus républicains favorables à toutes les réductions budgétaires sauf dans la défense.

Reste que l’énorme budget de défense US garde quelques avantages comparatifs inégalés.

Avec en 2010, un budget de 698 milliards de dollars, le budget militaire américain représente 42,8% des dépenses mondiales dans le domaine, suivi par la Chine (7,3%), la France (4%), la Grande Bretagne (3,7%), la Russie (3,6%), le Japon (3,3%). Cette énorme enveloppe permet aux Etats-Unis de disposer, outre du 1er arsenal nucléaire, de 800 bases dans plus de 20 pays, de la flotte de guerre de loin la plus importante du monde présente sur l’ensemble des océans et mers extérieures. Les Etats-Unis mènent également deux conflits majeurs simultanément, en Irak et au Pakistan.

Tout cela est ruineux mais dans l’hypothèse un accident économique majeur, défaut de paiement et/ou récession, cette supériorité militaire incontestable pèsera lourdement dans toutes les négociations imaginables dans une phase de grave crise internationale.

 

« Libye, la première intervention militaire post-américaine » 

« Politique étrangère américaine : Rompre avec le tout-militaire et le nation-building » : dans un étude, Alexandra de Hoop Scheffer fait remarquer que pour répondre au printemps arabe, le président Barack Obama a privilégié lors d’un discours prononcé le 19 mai 2009, la diplomatie américaine et l’aide au développement, au détriment de la force militaire en récusant la théorie de Bush du « nation building »: « Cette approche coïncide avec une volonté plus large de l’administration américaine de redéfinir la posture stratégique des Etats-Unis dans la région du Moyen-Orient et dans le reste du monde où les Etats-Unis ne seraient plus l’acteur principal : désengagement militaire d’Irak ; diplomatie d’accompagnement des mouvements populaires, au détriment de l’ingérence ; phase de « transition » en Afghanistan ; recours croissant aux forces spéciales et aux drones armés au détriment du déploiement de forces militaires de grande envergure. Le contexte post-Ben Laden et les révoltes arabes sont ainsi considérés par le président Obama comme une occasion historique pour la région, mais aussi pour infléchir la politique des Etats-Unis dans le sens d’une démilitarisation ». Bref, moins de GI’S, plus de coopération.

Dans les faits, le décalage entre le budget du seul Pentagone (750 milliards de dollars) et celui du département d’Etat et de l’USAID (50 milliards de dollars), qui porte l’aide civile, continue de contredire cette démarche. « Cette tendance est d’autant plus renforcée que le Congrès a traditionnellement peu confiance dans le département d’État et l’USAID, leur conférant un budget et un rôle limités en opérations extérieures et qui continuera à attribuer des ressources démesurément plus élevées au Pentagone qu’au département d’Etat » note la spécialiste des USA. Pis, la moitié des « assistances civiles » sont aujourd’hui gérées sur le terrain par les militaires, parfois sous-traitées à des sociétés privées de sécurité.

Autre ambiguïté américaine, la stratégie en Libye. « Obama a placé les USA dans une posture d’accompagnement et non de leadership qu’il délègue à une coalition de pays » remarque la politologue. Suivant l’ONU, les USA ne veulent pas d’escalade ni de présence militaire au sol, au grand dam des alliés de l’Otan et du Conseil national de transition libyen. Mais Obama sait bien que sa position serait beaucoup plus difficile à tenir dans le cas de la chute du régime Kadhafi. Le débat à Washington porterait très rapidement sur les enjeux pétroliers et donc du degré de l’implication concrète des Etats-Unis dans la Libye de l’après-Kadhafi.

 

 

 

 

 

 

Par pierremorville
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Vendredi 5 août 2011 5 05 /08 /Août /2011 00:16

 

Extraordinaire ! Chaque semaine différentes instances réunissent les grands de ce monde qui annoncent après des nuits de compromis que la crise est jugulée, la situation, définitivement stabilisée

 

On vit une curieuse période. La médiatisation immédiate de l’actualité, via les télés, radios, internet, etc. y ait certainement pour quelque chose. Mais on n’est pas loin de la « société du spectacle » dénoncée il ya un demi –siècle par les Situationnistes. Il se passe nécessairement quelque chose d’extraordinaire aux infos du 20 heures : crimes exceptionnels, catastrophes sanglantes, faillites internationales, conflits politiques de grande vibration, menaces ou opérations de guerres exceptionnelles, faits divers frissonnants le tout alterné de débats socialo-culturels de grande portée (du genre : faut-il faire un  régime amaigrissant avant d’aller à la plage ?)… Bref, le 20h doit être haletant !

Evidemment devant une telle contrainte d’actualités fortes et spectaculaires, la hiérarchie des sujets traités n’a plus aucune espèce d’importance.  Ce qu’il faut, c’est faire l’événement chaque soir. Il est vrai que l’actualité du 1er semestre a été particulièrement chargée : révolution démocratique dans les pays arabes, catastrophe nucléaire au Japon, bombardement de la Libye, feuilleton judiciaire de Dominique Strauss-Kahn, faillite de la Grèce, crise de l’Euro, massacre d’extrême –droite en Norvège…

Mais un événement chasse l’autre : les réacteurs de la centrale nucléaire de Fukushima continue de fuir mais qui s’y intéresse aujourd’hui si ce n’est la seule population japonaise ? Et les médias internationaux ont consacré infiniment plus d’articles, émissions, reportages et débats sur, les frasques sexuelles affligeantes de DSK et leurs suites judiciaires qu’à la quasi insolvabilité des États-Unis…

 

USA : on ne plus payer ? On augmente la dette !

 

La première puissance économique mondiale est passée tout près d’une situation de quasi-faillite, les États-Unis ne pouvant plus honorer les remboursements de leur dette qui pèse pourtant pour 50% de la dette mondiale : 14 294 milliards de dollars, environ 50000 dollars par citoyen américain. Les parlementaires ont longuement débattu ces derniers jours pour  "s'autoriser" à augmenter encore leur dette de 2100 milliards supplémentaire. « Dans le cas où ils ne s'autorisent pas à augmenter leur dette, ils risquent le défaut de paiement, purement et simplement. Dans le cas contraire, ils continueront donc d'emprunter et d'augmenter leur dette, répétant encore le schéma qui les conduira à rendre encore plus difficile leur remboursement ce qui les conduirait fatalement au défaut de paiement.. » note le site Agora..

Les États-Unis pourraient perdre leur note de crédit triple "A" auprès d'une agence de notation au moins cette année, mais, au bout du compte, ceci pourrait finalement s'avérer être un non-événement, note de son côté l’agence Reuter. Tout cela pour ça ? « Aussi étrange que cela puisse paraître, une dégradation de la note américaine pourrait presque passer inaperçue dans les salles de marchés alors qu'un tel abaissement n'a cessé d'être présenté comme un cataclysme par des responsables politiques et monétaires au cours des derniers mois (…) N'ayant évidemment aucun mandat électif, deux agences de notation ont décrété que 4000 milliards de dollars US de mesures de réduction du déficit étaient nécessaires pour qu'elles confirment la note triple "A" des États-Unis. Les parlementaires américains, qui eux doivent répondre des électeurs, se sont mis d'accord sur moins de 2500 milliards d'économies budgétaires, dont seulement une partie sera immédiatement mise en œuvre. »

Dans les faits, les élus républicains toujours attachés à l’hyper-libéralisme ont marqué des points sérieux : ils étaient farouchement opposés à toute augmentation de la fiscalité et notamment des plus riches. Sans recettes  nouvelles, c’est donc par des coupes budgétaires que les économies se feront. Cette nouvelle rigueur va encore affaiblir la consommation interne et fragiliser la timide reprise économique américaine…

Du côté des agences de notation, Fitch a confirmé la notation "AAA" du pays, tout en estimant que les Etats-Unis n'ont toujours pas pleinement mis en place de plan crédible pour sécuriser son statut "AAA" à moyen terme. Moody’s a suivi en estimant que « de nouvelles mesures d’austérité s’imposent d’ici 2013. C'est désormais au tour de Standard & Poor's de donner son avis, la 3ème agence majeure étant sans doute celle qui avait eu les commentaires les plus sévères à l'endroit des Etats-Unis en juillet dernier. De son côté, a toute nouvelle agence de notation de l’Etat chinois, la société  Dagong,  a pour sa part déjà tranché : elle a abaissé de "A+" à "A" la note souveraine américaine, mardi, au regard d’une perspective  "négative" !

 

Comme chaque semaine, l’Euro est sauvé !

 

La semaine précédente, les autorités européennes et les chefs d’état du Vieux Continent se sont mutuellement félicités, voire auto congratulés avec force émotion à l’issue du dernier sommet européen qui s’est tenu à Berlin.

L’Euro était sauvé ! La Grèce était sauvée ! L’Union européenne sortait de la crise soulagée, renforcée, confiante.

Sur le papier, tout va mieux en effet : on a quasiment répondu à toutes les demandes, apparemment contradictoires des pays leaders de l’Europe. La France réclamait une solidarité financière totale de l’UE, tout en vouloir garantir les intérêts du système bancaire, notamment français. L’Allemagne, fortement bénéficiaire de la politique d’un Euro fort, se montrait plus avaricieuse et exigeait une participation de la banque privée au paiement de la dette commune. L’Angleterre qui tire une grande partie de sa richesse du traitement par la place boursière de la City, des mouvements internationaux des capitaux, ne souhaitait en aucun cas d’engagements trop engageants.

Mais le miracle s’est produit : tout le monde est d’accord, tout le monde est content. L’Europe est unie et s’engage d’un bon pas dans une gouvernance économique commune plus affirmée.

On ne peut que se réjouir d’une telle issue. Mais les eurosceptiques où l’on trouve souvent des positions très critiques sur l’hyper-libéralisme économique actuel, restent un peu dubitatifs à la fin de ce grand banquet. Pour deux ou trois raisons, au moins.

La 1ère, c’est que depuis la crise majeure de l’automne 2008, les gouvernants nous habituent régulièrement à des déclarations finales de sauvetage général qu’ils sont hélas obligés de reproduire à à échéances régulières, voire à termes de plus en plus rapprochés. La crise des subprimes est à l’origine une crise des crédits personnels, notamment par l’endettement des ménages américains dans l’immobilier. Mais l’ensemble avait été largement stimulé par une frénésie spéculative des organismes préteurs. Aujourd’hui, nombre d’experts voient les rebondissements actuels comme les signes d’une crise systémique du système capitaliste : une nouvelle rechute de la Grèce (6% du PIB européen) entraînerait néanmoins  dans sa chute toute l’Europe du Sud (Espagne, Italie…). L’effondrement de l’Euro serait alors certain. Un défaut de paiement de la part des Etats-Unis aurait des conséquences bien plus imprévisibles et trèsdifficilement contrôlables.

Le second facteur d’interrogations surgit sur la nature même de l’actuel mouvement spéculatif. Comme au PMU, divers fonds de pensions et organismes financiers parient aujourd’hui sur la survie des états. Des bookmakers, les agences de notation, les conseillent. À la seule différence des courses de chevaux classiques, les gros joueurs et les bookmakers organisent la course et décident de son issue. Là où cela agace un peu, c’est les mêmes gros joueurs, habiles conseillers et autres patrons d’officines de pari avaient été eux-mêmes sauvés de la faillite il y a moins de trois ans par les états qui vont évidemment mettre à lourde contribution les populations, simples salariés ou modestes contribuables. Dans le contexte actuel, quelques mesures simples comme la séparation entre les banques d’affaires et les banques de dépôts, la mise en concurrence des quatre agences de notation privées par des organismes régionaux publics (Europe, Asie, USA, etc.), la nationalisation des différentes bourses (qui ont été dans le cas européens privatisées récemment), paraissent des mesures de bon sens garantes d’équité et d’une certaine reprise de la confiance du public. Rien n’a été fait dans ce sens depuis quatre ans.

 

La crise nourrit le conservatisme intellectuel

 

Le troisième doute provient de la certitude affichée par beaucoup, notamment en France. Nos élites toutes brillamment intelligentes, préparées dans les mêmes écoles (ENA, Polytechnique, HEC..) ayant connu les mêmes cursus tant dans la haute fonction publique que les dans les directions des grandes entreprises, bénéficiant des mêmes conseils des mêmes grands sociétés « de conseil », partageant la même intimité avec le mundillo des élites des médias, ont-elles parfois le recul nécessaire pour trouver des solutions originales ? Ou même pour oser les penser ? Le thème de la nécessite d’une « Europe fédérale » en constitue un joli exemple. Nos idéologues avaient à juste raison penser que l’unification économique, garante de progrès dans tous les domaines, notamment sociaux, réclamait plus de politiques communes, notamment en matière fiscale et budgétaire. Problème, l’échec du référendum sur le Maastricht en France et divers autres éléments ont montré que les peuples européens étaient rétifs à l’idée d’une Europe fédérale qui se doterait à terme d’un gouvernement supra européen. La crise économique de 2008 a sévèrement remis en cause la vision, la capacité d’anticipation, l’intelligence tactique de la gouvernance économique européenne, symbolisée aujourd’hui par deux grandes institutions, la Commission européenne, à Bruxelles et la Banque centrale européenne. Après cet échec, le raisonnement de tous les eurocrates est le suivant : « On voulait un état fédéral, vous n’en avez pas voulu. On vous a promis beaucoup en matière économique, on a échoué : tout cela est vrai. C’est pour cela qu’on vous demande encore plus en matière d’Europe fédérale ». On n’est pas sûr que les peuples concernés soient d’accord.

 

La révolution arabe marque le pas

 

Au début du Ramadan, le pouvoir syrien a redoublé d’une violence aussi brutale que cynique : le président, fils de son père, multiplie les promesses d’apaisement et de réforme constitutionnelle mais envoie les chars de son armée tirait sur le peuple.

En Egypte, les réformes tardent à venir et l'armée vient d'évacuer de force les manifestants de la place Tahrir. Les islamistes veulent s’imposer de force comme les représentants uniques de l’opposition.

L’économie tunisienne souffre de l’absence, cette année, nous l’espérons, des recettes touristiques nécessaires à son équilibre. Les salaires des personnels de l’important secteur public, sont versés avec intermittence. L’élection de l’assemblée constituante a été repoussée à l’automne. Ailleurs, cela ne va guère mieux. Qu’il s’agisse du Yémen où la situation est toujours très confuse ou du Maroc, où les avancées réalisées ont été un peu entachées par un référendum royal aux résultats dignes du meilleur de la période soviétique : 98,49% de « Oui » à la réforme constitutionnelle !

En Libye, l’intervention militaire anglo-franco-américaine est plus sources de confusion qu’elle apporte une aide utile au peuple libyen. L’opposition se divise et Kadhafi se rient des menaces des matamores Cameron et Sarkozy. Sans présence militaire sur le terrain, que la résolution de l’ONU interdit, la victoire de l’OTAN est très aléatoire et un assassinat d’état compliquerait infiniment une bonne résolution de la crise libyenne.

Le monde est donc infiniment complexe et plein de menaces mais c’est dans les périodes complexes que l’humanité imaginative progresse.

C’est pour cette raison que je souhaite aux lectrices et lecteurs du Quotidien d’Oran, un excellent mois de Ramadan !

 

 

 

Par pierremorville
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Mercredi 13 juillet 2011 3 13 /07 /Juil /2011 00:34

 

Chronique de Paris parue dans le Quotidien d'Oran

 

Les forces de la coalition apprêtent à quitter progressivement l’Afghanistan, laissant, comme en Irak, le pays dans une situation pire qu’ils l’avaient trouver
 
Mardi soir, un commando-suicide de talibans s’est emparé d’un grand hôtel dominant Kaboul, faisant au moins dix victimes parmi la clientèle et le personnel.
Dans quelques jours, les premières troupes américaines vont quitter l’Afghanistan. Les départs devraient s’étaler jusqu’à 2014. Aujourd’hui, le contingent américain compte quelques 90 000 soldats, auxquels il faut ajouter les troupes des alliés, 40 000 personnes dont 4 000 militaires français. A leurs côtés, l’armée afghane régulière compte environ 170 000 soldats et 109 000 policiers. En face, on estime à 25 000 le nombre des talibans et autres forces de résistance à l’occupation occidentale.
La perspective du départ des troupes américaines présentes dans le pays depuis plus de dix ans n’a pas calmé les ardeurs des rebelles. Le 30 avril dernier, la hiérarchie talibane a annoncé sa traditionnelle offensive printanière et celle-ci a été plus violente que précédemment. Au-delà des accrochages traditionnels et des attentats à la bombe piégée (sept soldats américains tués le seul 26 juin, portant à 200 le nombre des militaires de la coalition décédés depuis le 1er janvier 2011 !), des attaques suicides se sont avérées très meurtrières. On en décompte 26 réussies ou tentées depuis le début de l’année : un attentat perpétré au nord de Kaboul, a eu raison du chef de la police, le général Daoud-Daoud.
 
Les Afghans hésitants devant le retrait américain
 
Face à cette offensive extrêmement violente, les troupes de la coalition ne sont pas restées inactives : entre  la mi-mars et la mi-mai, 107 opérations ont été montées, entrainant la mort de plus de 700 Talibans et autres insurgés. Mais les pertes les plus lourdes sont parmi la population civile, dont on ne tient pas le décompte réel. Le président Hamid Karzai s’est récemment ému avec une virulence inhabituelle des « dégâts collatéraux civils » des opérations militaires occidentales. Cependant, l’homme fort de Kaboul (et de pas beaucoup d’autres régions afghanes), ne se maintient au pouvoir depuis une décennie que par l’appui américain. Comme la diplomatie américaine, Hamid Karzai appelle de ses vœux une réconciliation nationale et à la constitution à moyen terme d’un gouvernement d’union nationale. Reste à trouver les « bons » talibans ou autres opposants qui accepteraient une telle issue après plus de quarante ans de guerre civile, sous des formes et des motifs politiques fort différents mais toujours dans une extrême violence.
Pays de 30 millions d’habitants, l’Afghanistan est avant tout une mosaïque d’ethnies : Pachtounes (42% de la population), Tadjiks (27%), Hazaras (9%), Ouzbeks (9%), Turkmènes (3%)… Dans ces populations, on retrouve tout autant des opposants aux talibans (particulièrement influents parmi les Pachtounes), que des adversaires au gouvernement légal.  Et beaucoup ne sont pas favorable à une alliance entre ces deux composantes, même au nom de l’union nationale : « c’est notamment le cas de la minorité tadjik du Panchir, hostile par nature à la co-entreprise taliban - Al-Qaïda, ou encore des partisans d’un nouveau courant politique, le « Mouvement national » (Besij e Melli), animé par deux figures de prou emblématiques, l’ancien ministre des affaires étrangères et candidat malheureux de la dernière présidentielle, Abdullah Abdullah et l’ancien responsable des services de renseignement, Amrullah Saleh, explique Olivier Guillard, de l’IRIS, ce mouvement politique inspiré par le « printemps de la rue arabe », est à la fois réservé sur les initiatives du Président Karzai et très circonspect sur l’opportunité d’une coopération future avec les talibans ».
La population afghane était certainement très majoritairement opposée à l’invasion de son pays par les États-Unis, elle est sans nul doute favorable au retrait des troupes. Mais, lassés et meurtris par des décennies de guerre, les Afghans peuvent paradoxalement s’inquiéter du nouveau vide politique crée par un départ rapide des troupes américaines qui laissent le pays sans solution politique visible.
L’avenir de l’Afghanistan est d’autant plus complexe à appréhender qu’il faut compter avec les puissances régionales. Le Pakistan considère l’Afghanistan comme faisant naturellement partie de sa sphère d’influence. Ce qui a amené Islamabad à tolérer voire, pour certaines de ses franges gouvernementales, a apporter un soutien actif aux Talibans et à la mouvance islamiste radical. Cette politique ambigüe s’est retournée contre le gouvernement pakistanais qui doit aujourd’hui affronter sur son propre sol l’opposition armée de la nébuleuse Al-Qaida … et des mêmes talibans, les Pachtounes étant fortement présents au nord du Pakistan.
Le 1er ministre indien, le Dr Manmohan Singh, a fait le mois dernier une visite officielle à Kaboul pour rappeler l’intérêt de son pays, 1er investisseur étranger en Afghanistan, en cas de désengagement américain. Il faut enfin ne pas oublier l’intérêt ancien de la Russie pour les montagnes afghanes.
L’attentat du 11 septembre 2001 avait été à l’origine de l’invasion de l’Afghanistan, Washington étant déterminé à traquer la Qaida et ses principaux alliés du mouvement des Talibans. L’assassinat au Pakistan de Ben Laden le 2 mai dernier, permet donc à Barak Obama de dire que « le boulot a été fait ».
Dans les faits, la décision du président américain a des raisons plus prosaïques. En période d’austérité budgétaire, le conflit afghan coute aux États-Unis la coquette somme d’1,3 milliards par semaine ! Mais surtout, quelque soient les réussites sur le terrain enregistrées par les forces de la coalition, le conflit parait sans issue concrète. Les paris qui sous-tendent ce départ programmé paraissent tous incertains qu’il s’agisse d’une stabilisation du gouvernement Karzai, de la réelle capacité de résistance d’une armée afghane légale ou de l’hypothétique possibilité de créer un pacte d’unité nationale entre les ennemis d’hier et d’aujourd’hui.
Les États-Unis quitte donc l’Afghanistan sans gloire. Retour sur un long gâchis de l’exécutif américain.  
 
USA : difficile repositionnement
 
A la sortie de la Guerre froide, l’effondrement de l’URSS consacrait les États-Unis comme seule puissance planétaire, sans rival sur le plan militaire, diplomatique, économique et monétaire. Washington pouvait sans complexe s’afficher comme le « gendarme du monde », à l’image de la 1ère guerre d’Irak déclenchée par Georges Bush père. Son fils affiche des ambitions encore plus ambitieuses comme celle de créer un vaste Moyen-Orient démocratique, pacifié et sous influence étroite des États-Unis, quitte à renverser de force les régimes hostiles ou à redéfinir les frontières de certains états rétifs. Le double échec des occupations de l’Irak et de l’Afghanistan solde définitivement ces objectifs quelque peu mégalomaniaques. Les troupes américaines quitteront tôt ou tard l’Irak laissant un pays dévasté, divisé après un conflit très douloureux pour les populations civiles et ruineux pour le contribuable américain.
Nouvellement élu, Barak Obama a rapidement opté pour une solution réaliste qui reconnait l’impasse stratégique dans laquelle s’était jeté Washington. Reste à trouver une posture stratégique alternative. Les États-Unis demeurent en effet la 1ère puissance mondiale qui recherche naturellement les moyens d’exercer son influence, notamment dans la grande région du Moyen-Orient, jusqu’aux confins de l’Asie centrale, décisive à ses yeux pour sa sécurité et ses besoins économiques, notamment énergétiques.
Mais la recherche d’une politique alternative à la ligne Bush s’effectue dans une conjoncture difficile. Tout d’abord, la scène internationale est marquée par le poids croissant de grands pays émergents. La longue marche triomphante de la Chine cache en partie la place de l’Inde qui sera d’ici une quinzaine d’années le pays le plus peuplé de la planète, les succès diplomatiques du Brésil ou la reconstruction réussie de la Russie. Seconde difficulté rencontrée par les Etats-Unis, une conjoncture économique mondiale très déprimée. La crise ouverte par les faillites bancaires de 2008 a ouvert un cycle de difficultés qui est loin d’être achevé. La crise financière a entrainé une contraction de la croissance économique; les marges budgétaires réduites des états imposent des cures d’austérité qui invalident un retour à la croissance et peuvent déboucher, comme dans l’Europe du sud, sur de véritables crises sociales ; les tensions monétaires avivent les rivalités et dopent les prix des matières premières… Le modèle même de la globalisation, avec sa libre-circulation ouverte à l’infini des marchandises et des capitaux est partout remis en cause et peu d’économistes croient aujourd’hui avec confiance que les taux de croissance bien réel des pays émergents permettront de relayer des économies occidentales essoufflées, autorisant ainsi la relance de la demande mondiale.
Enfin, la furia militaire et l’esprit de croisade de Georges W. a largement entamé le crédit des États-Unis auprès de nombreux peuples et leurs gouvernements. La déconfiture est telle que le petit allié israélien, pourtant l’un des principaux bénéficiaires de l’hégémonisme américain, se moque ostensiblement des appels à la prudence de Washington. Le dernier passage de Netanyahou devant le Congrès américain, applaudi trente-trois fois par celui-ci alors qu’il rejetait avec mépris toute concession à l’occupation des terres palestiniennes par les colons israéliens, montre à l’évidence l’impuissance de Barak Obama mais également les divisions profondes de la classe politique américaine. Républicains comme démocrates semblent incapables de fixer une ligne, louvoyant entre tentations d’un retour à l’expansionnisme armé et tentations du repli.
De ce point de vue, l’affaire libyenne est symptomatique des hésitations actuelles. Pour la 3ème fois, les États-Unis se sont mis (avec réticence cette fois) à la tête d’une nouvelle coalition guerrière. Le motif invoqué, protéger une population des errements répressifs d’un dictateur, était justifié et adoubé par l’ONU à travers la résolution 1973. Mais la précipitation du projet militaire et l’absence de recherche de solutions politiques à terme peuvent entrainer cette nouvelle « croisade » franco-anglo-américaine vers une impasse : un ensablement du conflit qui incite aujourd’hui la coalition à durcir l’option militaire et/ou la liquidation de Kadhafi, chef d’un état encore souverain. Dans les deux cas, les choix faits dépasseraient très largement le mandat actuel de l’ONU.
 
PS : toujours plus (de candidats) !
 
Martine Aubry, 1ère secrétaire du parti socialiste, vient donc elle aussi de se porter candidate à la présidence de la République française. Ou tout au moins dans un 1er temps, candidate à l’élection dite des « primaires » qui va permettre de faire le tri entre les très nombreux postulants. Après l’élimination dans des circonstances scabreuses de Dominique Strauss-Kahn, ils sont aujourd’hui cinq viser à la magistrature suprême. Et la liste n’est pas close. C’est beaucoup de candidats pour un parti qui s’ennuie dans l’opposition depuis plus de dix ans ! D’autant que le PS vient à l’unanimité d’adopter un programme unique de gouvernement… Le mode de désignation laisse également rêveur. Tous les citoyens français (y compris de droite) sont donc appelés à choisir qui va représenter le PS à la présidentielle. Il semble néanmoins que l’affrontement se réduise aujourd’hui à un duel entre Martine Aubry et François Hollande, avec pour l’instant un avantage notable pour le second.
S’il y a pléthore de candidats au Parti socialiste, chez les écolos, ou chez les centristes, il n’y a qu’un seul candidat dans le principal parti de la majorité, l’UMP : c’est Nicolas Sarkozy. Malgré la discipline de ses militants et sa stature de président sortant, les sondages  actuels montrent l’extrême difficulté rencontrée par Sarkozy à retrouver quelques petits points d’une popularité perdue depuis longtemps.
 
 
 
Par pierremorville
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