Jeudi 19 août 2010 4 19 /08 /Août /2010 01:04

pas très sérieux, mais c'est l'été ! Et surtout après lecture de pesants articles économiques...

"C'est vrai que l'économie, c'est compliqué. tellement que les "Grands Economistes", pour expliquer au petit peuple ce qui va leur arriver ( et qu'en général, ils n'avaient aucunement prévu), utilisent abondamment des figures simples et pédagogiques pour décrire aux simplets, le monde tel qu'il vient :
- crise en V : la crise économique tombe, on tombe aussi, et puis on se redresse rapidement
- crise en U : la même chose, mais en plus long
- crise en L : on tombe très bas et on reste au même niveau, très longtemps
- crise en W : on tombe, on remonte un peu et on retombe encore plus dur...

N'étant pas "grand économiste", on se gardera bien d'opter pour une des hypothèses de sorties sur la crise en cours. D'autant que peu ont exploré la crise en modèle "E" (on remonte, mais pas tout le monde au même niveau), "K" (ça remonte mais y'en a qui descendent) ou "O" (on tourne en rond durablement)..."

Certains de mes camarades m'ont, à juste raison, critiqué pour mon ethnocentrisme. Pourquoi la représentation de la crise en cours serait-elle l'unique apanage de l'alphabet romain ? Seigneur ! Je n'y avais pas pensé ! (je suis athée, Dieu merci !)
Plusieurs de mes amis (ou supposés comme tels !) m'ont proposé d'autre courbes de la crise. Extraits :


 
Ca va, ça vient mais y'a des petits en-dessous, qui vont morfler un max..


Ferme ta gueule et négocie !



"Ca commence si bien, ça finit si mal"

"No future"

Par pierremorville
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Mercredi 18 août 2010 3 18 /08 /Août /2010 15:37

(chronique parue dans le Quotidien d'Oran du 19 août 2010)


L'été a été dominé par les nuisibles polémiques sur la sécurité. La rentrée sera rudement marqué par la crise économico-sociale

Patatras !! Le sondage du Figaro était trop beau, celui de Marianne fait frémir les ânes ! Tout c'était bien déroulé. Après un discours hypra-sécuritaire, le Président de la République prenait quelques jours de vacances sur la Cote d'azur, dans la villa cossue de sa belle-famille italienne. Il partait sans nul doute avec l'assurance d'un "bon coup", après le claironnement de mesures imprécises, à l'efficacité douteuse, au caractère constitutionnel fragile, immorales à l'évidence mais qui permettait d'occuper l'été des Français sur la sacro-sainte grande trouille de la "Délinquance".
Un opportun sondage de Figaro venait quelques jours après saluer avec trompette la "symbiose" de la pensée présidentielle et des angoisses de mes concitoyens qui soutenaient à 80/90% les mesures iniques . Le coup était beau, renvoyant la gauche à ses éternelles pleurnicheries et le verbe présidentiel pouvait ramener dans le pré-carré sarkozien des électeurs ulcérés, à nouveau tentés par le Front national.


"La tâ-â-actique du-gendarme"


Patatras !! L'hebdomadaire Marianne sans doute comme beaucoup, ébranlé par le degré d'adhésion enregistré des Français à un discours bien plus républicain, a eu l'intelligence de faire son propre sondage. Avec des résultats strictement inverses !
Pour l'hebdo de Jean-François Kahn, 69% des sondés estiment inefficace que la politique menée en matière de sécurité depuis huit ans (dans tous les domaines : atteintes aux biens (58%), aux personnes (69%),aux violences urbaines 78%), ...à la délinquance financière (72%). Les causes de cette dégradation ? En premier , la montée des inégalités sociales ( 73% !), viennent ensuite la suppression de la police de proximité et l'incivisme (68%), la réduction du nombre des policiers (66%)... L'immigration n'intervient qu'au 5ème rang avec 47% de réponses contre 49% de concitoyens qui ne voient pas de liens entre l'un et l'autre. 51% des Français contre 46% sont hostiles à le déchéance de la nationalité française pour des Français "récents", coupables de délits. 75% estiment que les récents nationalisés sont des "Français comme les autres" . Mieux ou pire, 66% de mes concitoyens sont favorables à la "déchéance de la nationalité" pour les contribuables français fortunés qui s'exilent pour ne pas payer d'impôts ! De tels écarts sur les résultats amènent à s'interroger sur le sérieux des organismes de sondage. La profession (4 ou 5 groupes en France) a fait le dos rond dans une unanimité catégorielle touchante : il n'y a pas de divergences de fond, "les questions étaient formulées différemment, c'est pas étonnant que les réponses le soient aussi !". Admirable éthique professionnelle, rigoureux impératifs scientifiques !
Mais le coup de tonnerre a semé le trouble dans les rangs de l'UMP. Le parti majoritaire s'est brutalement rendu compte que la carte magique sécuritaire ne pouvait peut-être pas marcher à tous les coups. D'autant que de nombreux élus républicains de droite ne se sentent pas nécessairement à l'aise dans les amalgames mêlant immigration et sécurité, mise en cause de la citoyenneté et création de citoyens de "seconde zone, le tout ponctué de coups de menton et tics d'épaule.
Depuis dix jours d'ailleurs, seule la très proche garde sarkoziste rapprochée continue dans la surenchère (le laborieux Hortefeux, ministre de l'Intérieur des "Auvergnats", le calamiteux Estrosi, Besson le Félon  et consorts), pour les autres responsables et ministres, c'est plutôt le silence assourdissant ou au mieux, des déclarations gênées et des rappels lénifiants au besoin de sécurité des Français... La "ta-a-actique du gendarme" chantée naguère par Bourvil et qui vantait une maréchaussée bon-enfant et proche de l'habitant, voit ses ressorts considérablement s'user, surtout avec une police agressive qui voit toute population comme un ennemi potentiel.
Depuis, Nicolas Sarkozy s'est lui-même réfugié dans un silence prudent (pour combien de temps ?), n'intervenant qu'une fois dans et à contre-pied, pour sommer le pauvre Barroso, inénarrable Président de la Commission européenne "d'en faire davantage" pour les populations pakistanaises en proie à la mousson. Ah mais ! on doit parfois être brutal, on n'en pas moins un coeur !
Mais le discours bien peu républicain du Président de la République continue de semer la consternation. Jusqu'à l'ONU où, il faut bien le dire, une obscure commission, la CERD (commission pour l'élimination de la discrimination raciale), s'est émue du discours actuellement xénophobe de l'état français. Le Porte-parole de l'UMP, Dominique Paillé, s'en est pris dans l'urgence à certains membres de la commission, mettant en cause la Roumanie et l'Algérie !  Tout en oubliant que les représentants anglais et américains partageaient l'opinion commune des représentants internationaux.
C'est l'un des problèmes de Nicolas Sarkozy, qui fut aussi un peu celui de Giscard, il y a trois décennies : la France reste à l'évidence une grande démocratie mais elle occupe, souvent de son propre fait, parfois en donneuse de leçons, une place à part : au regard de l'étranger comme en son sein, on y tolère moins qu'ailleurs les manquements à la République et aux droits de l'Homme. Après tout, elle se revendique comme en étant la "patrie".
Pour notre président, ce long et pénible épisode souligne surtout les difficultés à mettre en oeuvre une stratégie pour sa réélection, sujet sur lequel il doit s'endormir tous les soirs. Sur l'hypothèse d'un deuxième mandat, l'opinion publique, naturellement incertaine, paraît à ce jour très indécise.

Remaniement en Octobre

Sur le papier, la situation du parti présidentielle n'est pas très bonne. Les Français sont mécontents, toutes catégories comprises. On note ainsi un effritement dans de larges catégories de population, traditionnellement légitimistes et conservatrices, comme les "catholiques pratiquants" (cf. enquête du Monde). Après une sur-dramatisation estivale sur les thèmes sécuritaires, ratée car trop brouillonne et bien moins de l'échéance présidentielle , Nicolas Sarkozy dispose néanmoins d'une seconde arme dans les semaines qui viennent : le "remaniement gouvernemental". On change le Premier Ministre et on redistribue les cartes dans les postes ministériels. Nicolas l'a annoncé pour octobre.
A la réflexion, curieux terme. "Remaniement" signifie étymologiquement, que l'on se "redonne la main". Oui, mais avec qui et pourquoi ?
L'actuel 1er ministre, François Fillon a réussi à mettre en oeuvre, bon an mal an, une ligne gouvernementale qu'il déterminait très peu dans une conjoncture extrêmement volatile. Hyper-modeste par obligation devant l'omnipotence présidentielle, l'actuel Premier ministre a même réussi à s'attirer une commisération un peu miséricordieuse dans l'opinion. Faut-il qu'il parte ? A l'évidence, oui, parce qu'il baisse moins dans les sondages que le président.
Mais le remplacer par qui ? Michelle Alliot-Marie, raide comme la Justice ? Jean-François Coppé, en embuscade ? Alain Juppé, qui ne servira pas un deuxième maître (et qui a hier sévèrement taclé le président sur ses dérives sur l'immigration et la sécurité) ? Un petit jeune qui aura du mal à faire ses preuves en pleine crise sociale et à la veille d'une échéance électorale hard pour la droite ? Une personnalité de la "société civile" ?
Il ne faut pas se gausser : il existe des personnalités peu connues du grand public qui peuvent à tout moment se révéler comme des grands serviteurs de la République. Raymond Barre en fut le meilleur exemple.
Reste de surcroît la question du "pourquoi ?".
Le futur premier ministre devra en deux ans tout à la fois amoindrir la gauche, rallier les différents partis centristes, éliminer les prétendants "indus" à droite, séduire les électeurs du Front National et rassurer les électeurs UMP qui veulent voter Front National (comme le commentait dans le journal le Monde un élu du Front national "Sarkozy sert de brise-glace au Front et il n’en est pas conscient"). Rude boulot. Faut trouver le bonhomme. Ou la bonne femme. Capable de surcroît, de ne surtout pas faire de l'ombre au Grand Homme.
Deux autres solutions, on n'ose pas dire subterfuges, existent. Avec leur sérieuse part de risques : la dissolution inopinée de l'Assemblée nationale avec un résultat très ouvert : coup de fouet salvateur ou cohabitation forcée à quelques mois de l'élection présidentielle. Un Référendum surprise qui, quel qu'en soit son thème,  pourrait prendre soit les formes d'un plébiscite soit ceux d'un dégagement sans autre forme de procès.

Fort de Brégançon : devoir de vacances

Caramba ! Le coup a raté ! Plutôt que se dédire sur la sécurité, le bon Nicolas attaque sur un autre sujet de "préoccupation des Français". Demain, vendredi, au Fort de Brégançon, une autre de ses retraites estivales de la Côte d'azur, il convoque Fillon, Christine Lagarde, ministre de l'économie, et d'autres responsables pour préparer la rentrée économico-sociale, avec notamment le "dossier des retraites". Tout le monde va bosser dur. Sauf Eric Woerth, chargé du dossier des retraites mais qui n'est pas convoqué. Un oubli, sans doute.
Au menu de cette réunion de travail, l'agence de notation Moddy's Investors Service. Sacré Moody's ! L'une des trois agences de notation internationales. Les trois n'ont pas vu venir la crise. Mais elles notent et elles sanctionnent toujours de façon totalement impavides. Et si on les notait ?  Moody's ? Triple "Z" comme "zozo". Et si, on les sanctionnait ? Ecartons le pal. Quoique...
Selon cette agence ainsi, la France, ainsi que les Etats-Unis, l'Allemagne et la Grande-Bretagne devraient perdre leur note maximale "AAA", en raison de leurs difficultés budgétaires, notamment du fait du vieillissement de leurs populations. Pour Nicolas , la question est plus courte : comment faire passer la pilule de la rude réforme des retraites alors que les indicateurs de croissance sont désespérément faibles (malgré un +0,6% de croissance au 2ème trimestre contre +2,2% en Allemagne) et ceux sur le long terme ?
Notre bon président aimerait surtout se refaire une audience internationale en prenant en novembre la présidence du G8 et du G 20. Mais pour leur annoncer quoi. Tout le monde est dans le brouillard.
C'est vrai que l'économie, c'est compliqué. tellement que les "Grands économistes", pour expliquer au petit peuple ce qui va leur arriver ( et qu'en général, ils n'avaient aucunement prévu), utilisent abondamment des figures simples et pédagogiques pour décrire aux simplets, le monde tel qu'il vient :
- crise en V : la crise économique tombe, on tombe aussi, et puis on se redresse rapidement
- crise en U : la même chose, mais en plus long
- crise en L : on tombe très bas et on reste au même niveau, très longtemps
- crise en W : on tombe, on remonte un peu et on retombe encore plus dur...
N'étant pas "grand économiste", on se gardera bien d'opter pour une des hypothèses de sorties sur la crise en cours. D'autant que peu ont exploré la crise en modèle "E" (on remonte, mais pas tout le monde au même niveau), "K" (ça remonte mais y'en a qui descendent)  ou "O" (on tourne en rond durablement)...


Afghanistan : "Dis, Nicolas, on s'en va quand ?"

Le site internet Wikileaks a rend publics près de 90 000 rapports secrets sur la guerre en Afghanistan. Beaucoup de révélations, notamment sur la dureté du conflit ou le rôle un peu trouble du Pakistan, mais l'ensemble ne fait que confirmer ce qui était déjà connu : après neuf ans de combats, les Etats-Unis sont en train de perdre et se préparent au départ. La participation de troupes françaises n'a pas été très populaire en France même. Peu associé à la gestion du conflit, le contingent engagé joue plutôt les supplétifs. Quand est-ce que les troupes françaises vont faire leurs bagages ?

Par pierremorville
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Jeudi 12 août 2010 4 12 /08 /Août /2010 18:53


"Un sale été pour Sarkozy (2ème partie) : vilaines dérives sur l’immigration et la délinquance"  (article paru dans le Quotidien d'Oran du 12 août 2010)

Pour faire oublier les impasses économiques, l’affaire Woerth, la chute dans les sondages, le Président ré-enfourche son cheval favori, la sécurité. Au risque de ne pas convaincre longtemps

sarko-jeune-copie-1.jpg Joli coup, Nicolas ! Bien au-delà des découpes gauche-droite, beaucoup de républicains avaient été choqués par ses dernières propositions démagogiques et réactionnaires, associant étroitement délinquance et immigration, Français d’origine étrangère et menaces sur la nationalité.
Hélas ! Hélas ! Un sondage opportun  paru dans le Figaro montre que l’essentiel de Français applaudissent ces annonces iniques. Sur la possibilité de déchoir de leur nationalité des délinquants qui auraient acquis la précieuse carte d'identité, 70% des sondés y sont favorables comme 50% des électeurs de gauche. Et l'adhésion est encore plus forte lorsque le retrait de la nationalité française porte sur des cas d'excision ou de polygamie, avec 80% de réponses positives (60% à gauche). La fermeture des camps des romanichels ? 94% à droite et 60% à gauche approuvent !
Seule exception, le clivage droite-gauche se reconstitue sur la prison proposée pour des parents de délinquants récidivistes (35% favorables à gauche, 75% à droite). Un tel plébiscite de la « France qui a peur » permet au président de s'éloigner de ses ennuis actuels. Un temps.

La sécurité, la réponse toute faite qui marche toujours ?

C'est à voir. Ce succès démagogique de Sarkozy peut-il tourner victoire à la Pyrrhus ? Le triomphe claironné peut-il déboucher de sévères déconvenues ? Oui, pour trois raisons.
Si les résultats du sondage IFOP-Le Figaro ne rassure pas sur le niveau de civisme de mes concitoyens, il ne signifie pas pour autant que l'opération populiste liant honteusement sécurité et immigration fasse partie aujourd’hui des priorités des Français. L’ensemble des enquêtes des instituts de sondage des derniers mois indiquent bien au contraire que les questions sécuritaires ne font plus partie des préoccupations les plus urgentes.
Dans le baromètre de la SOFRES sur les « préoccupations des Français » daté de juin 2010, la « sécurité des biens et des personnes apparaît au 10ème rang des soucis, loin derrière le chômage et l'emploi qui reste la principale préoccupation, à 74% dans le classement des urgences. Derrière, le financement des retraites poursuit sa progression entamée avec le lancement du débat sur la réforme du gouvernement, avec 58% des réponses les plus fréquentes. Viennent ensuite la santé et la qualité des soins, l'évolution du pouvoir d'achat, la qualité de l’enseignement, les inégalités sociales, l’environnement....
Malgré « l’effet-loupe » liée à une forte médiatisation gouvernementale, ce ne sont pas quelques annonces populaires mais totalement contraires à la tradition républicaine, qui détourneront l’inquiétude des Français sur ce qui les concerne le plus : la crise actuelle et ses conséquences sur eux-mêmes et leur famille.

  agacement
On peut objecter que dans un contexte de crise sévère et durable, sans solution de sortie rapide, la xénophobie organisée peut justement, comme dans les années 1930, faire jouer à des communautés étrangères (les Juifs à l’époque) le rôle de bouc émissaire et de paravent à l’impuissance des politiques. On n’en est pas là.
Mais la tentation de l’exploitation politique des "faits divers" existe bien dans le clan Sarkozy. Est-ce un bon calcul ? En matière de sécurité, il a disposé depuis huit ans, de tous les moyens comme ministre de l’Intérieur puis comme Président. Chaque jour, le chef de l’état constate l’échec de sa politique, chaque jour, il s’en indigne (!), chaque jour, il prend de nouvelles mesures plus répressives que celles de la veille. A chaque fois, les résultats sont loin d’être probants, malgré les discours d’autosatisfaction de sa majorité puissamment relayés dans les médias amis (TF1, le Groupe Hachette, le Figaro...).
Deux longues années nous séparent de l’élection présidentielle qui reste à l’évidence la seule obsession du bon Nicolas. De  nouvelles surenchères permanentes pourront apparaître à la longue comme un aveu d’échec à des électeurs lassés d'attendre des résultats concrets.
De même, l’agitation sécuritaire perpétuelle ne permettra pas de faire oublier aux Français, la réalité quotidienne de la crise économique. Gageons qu’es les millions de personnes qui manifesteront le 7 septembre prochain sur les retraites, n’auront pas les Roms ou la polygamie comme 1er sujet d’intérêt.
Par ailleurs, les rapports de force politique évoluent et le système Sarkozy s’use.  Persuadé jusqu’au bout de son assise présidentielle, le bondissant Nicolas avait été pris de court par le résultat des dernières élections régionales : la Gauche a été très nettement majoritaire et, fait nouveau, le Front National est ressorti de sa boite, dirigée par Marine Le Pen, fille de son père et très habile tacticienne. Reconquérir les franges les plus à droite de son électorat est donc devenu la principale obsession du Président. En enfourchant la rhétorique de la formation d’extrême droite, Nicolas Sarkozy courre un double risque : ne pas convaincre des électeurs ulcérés qui préféreront éventuellement « l’original  (le FN) à la copie  (Eric Besson) ».

2012 : une présidentielle à haut risque

Quant à imaginer une « ouverture » de la majorité gouvernementale à Marine Le Pen, Nicolas Sarkozy y perdrait à coup sûr les centristes et ce qui reste de gaullistes à l’UMP. col-re-4-copie-3.jpg
D’autant que les sondages montrent également que des personnalités de "l'opposition de droite" marginalisées au départ par le rouleau-compresseur de l’UMP, parti présidentiel omniprésent  à défaut d’être omnipotent, résistent et font leur trou.
Dans une récente enquête Ifop pour Sud-ouest Dimanche, Dominique de Villepin (10%), François Bayrou (9%) étaient pour une fois testés dans une approche moins « traditionnelle » de l’offre politique. En tenant compte de ces candidats aujourd’hui méprisés par les états-majors des grandes formations, les leaders des partis de gouvernement, Martine Aubry et Nicolas Sarkozy, affichent chacun un modeste score de 26%. Marine Le Pen est créditée d’un 11%, un étiage équivalent à celui de la Gauche de la Gauche. Dans un tel scénario d’extrême dispersion des voix, il n’est pas inenvisageable qu’il arrive à Nicolas Sarkozy, une réédition du martyr infligé en 2002 à Lionel Jospin : sa brutale élimination à l’issue du 1er tour 2002, le second scrutin voyant s’affronter Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen ! Un second tour Martine Aubry/ Marine Le Pen donne des frissons à l’UMP. On en est loin mais l'arrière plan d’une longue crise économique, les inquiétudes multiples de Français, renforcées par les errements tacticiens de Nicolas Sarkozy font de la Présidentielle de 2012, une élection à hauts risques.
 Le troisième risque que courre Nicolas Sarkozy concerne la dégradation de sa propre image. Plus largement, celle-ci peut écorner la représentation de la fonction présidentielle dans la démocratie française.
Nicolas Sarkozy a beaucoup de qualités : c’est un homme d’action, il n’hésite pas à bousculer les lignes traditionnelles de la vie politique française, il s’engage à 120% dans sa mission. Il a une haute idée de celle-ci et de sa propre personne. Il a très dignement représenté son pays sur la scène internationale.
Nicolas Sarkozy a beaucoup de défauts. A part son admiration de la réussite personnelle par l’argent, il ne semble avoir guère de convictions, sinon successives et contradictoires mais toujours affichées avec la plus grande... conviction. Il a tendance à confondre le service de l’État et le sien propre. Il semble ne se fier qu’à ses propres intuitions quand il ne s'agit pas de ses foucades.
Plus généralement, Nicolas Sarkozy ne laisse personne indifférent : c’est une personnalité propre à créer spontanément les plus vives sympathies ou à faire surgir d’emblée les rancœurs les plus tenaces. Il séduit facilement mais il déçoit beaucoup.
Ce portrait est certainement injuste, incomplet et subjectif mais à tout le moins, il faut bien admettre que Nicolas Sarkozy ne présente pas spontanément les qualités d’un rassembleur, d’un fédérateur, d’un « père de la Nation ».
Il n’est pas responsable de tout : secoué par une crise économique d’ampleur et d’origine nord-américaine, il a été pris à contrepied de ce fait, sur la quasi-totalité de ses promesses électorales. Mais il s’englue tout seul dans une défense forcenée des Français les plus riches,  l’affaire Woerth étant le symbole même des rapports consanguins entre le haut appareil d’Etat et la bourgeoisie très, très fortunée.

 

crane-tibiax.jpg

 

Le plus grave n’est pas là. Plus que tous ses prédécesseurs de la V° République, il semble avoir oublié qu’il est, au moins sur le papier, le « Président de tous les Français ». Lui, fils d’immigré hongrois, marié à une citoyenne italienne, il n’a eu de cesse d’opposer les « immigrés-étrangers-vecteurs de violence » aux braves citoyens français. Il vient de franchir un pas de plus en opposant les Français « d’origine étrangère » aux autres. Les dernières prises de position présidentielles qu’il s’agisse de la traque des Romanichels, les menaces de perte de la nationalité française pour des citoyens français coupables de délits pour des peines à cinq ans de prison, l’embastillement de parents coupables des errements de leurs enfants mineurs, révèle ne logique folle et inefficace au mieux, au pire, perverse. A moins qu’il ne s’agisse d’un mauvais mélange des deux.
Le pire, c’est que l’exécutif sait pertinemment que les mesures proposées ne sont guère constitutionnelles et risquent fort d’être retoquées. Le constitutionnaliste Guy Carcassonne "doute" ainsi que la déchéance de la nationalité française pour des crimes de droit commun, soit légale au regard de la Constitution de la Ve République. "L'article 1 de la Constitution dit que la République assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion", observe-t-il.
Alors pourquoi le Président de la République française, garant de la Constitution, s’amuse-t-il à de telles fantaisies contestables sur le plan juridique, citoyen et moral ?
La réponse a été donnée de façon abrupte par Michel Rocard. L’ancien Premier ministre socialiste est une figure à part.  Père de la deuxième gauche, il a souvent été contesté dans son propre camp pour son « réalisme ». Il a un peu surpris en faisant quelques gestes d’ouverture à Nicolas Sarkozy, au lendemain de l’élection de celui-ci. Mais nul à droite comme à gauche n’a jamais suspecté son indépendance intellectuelle et morale. Ces considérants rendent encore plus acerbe son jugement récent sur Sarkozy dans un interview à Marianne. Extraits :
«MR  - (...) je vous le dis comme je le pense, les intentions sont scandaleuses.
Marianne : - Vous dites que le président cherche la guerre civile, qu’il veut faire descendre les gens dans la rue…
M.R. : Je dis qu’il le paiera et qu’il l’aura mérité. (...)Je serai sec et sans bavure : c’est inadmissible. Mais le pire, c’est que ça ne marche pas. Il n’y a d’amélioration ni sur le plan de la sécurité ni sur celui de l’immigration (...) Quand on va chercher l’électorat du Front national, voilà sur quels scandales on débouche. La loi sur les mineurs délinquants passe de la responsabilité pénale individuelle à la responsabilité collective. On n’avait pas vu ça depuis Vichy, on n’avait pas vu ça depuis les nazis. Mettre la priorité sur la répression, c’est une politique de guerre civile. »
 « Politique de guerre civile ». Bigre !
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Nicolas mise sur l’incompétence de ses oppositions

Candidat à l’élection de 2007, Nicolas Sarkozy avait gagné par sa fougue, sa détermination. Son programme se réduisait à quelques thèmes forts et aisément simples. « Travailler plus pour gagner plus » : on en rit encore. La sécurité des Français garantie et renforcée. L’aveu d’échec est patent. Une certaine volonté « d’Union nationale » sur les grands sujets de transformation en France. L'ouverture fut une parodie et rarement, un Président français a recueilli à mi-mandat, une si piètre image dans les sondages. Certes, Nicolas Sarkozy peut redresser la barre mais il lui faudra renoncer à des habitudes de gouvernance qui aujourd’hui lui collent à la peau.
Certes, le candidat Sarkozy peut également tout miser sur les faiblesses de ses oppositions. Mais le pari est risqué.

Par pierremorville
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Jeudi 12 août 2010 4 12 /08 /Août /2010 18:32

classe-ouvri-re-4.jpg  

A toutes les personnes qui ont eu la gentillesse de suivre ce blog

 

 Comme certains l'ont remarqué et me l'ont fait savoir, ma contribution fut très irrégulière ces trois derniers mois, tout autant que ma participation à la rubrique, la "Chronique de Paris"  que je tiens depuis sept ans au Quotidien d'Oran. 

 

 Responsable syndical dans une grande entreprise française qui a connu une crise "hors norme", j'ai consacré plus que l'essentiel de mon temps à cette affaire.

Nous sommes, je l'espère et je le crois, sur les chemins d'une issue positive, après onze mois de négociations intenses sur une sorte d'OVNI social, recouvrant l'appelation imparfaite et vague de "souffrance au travail".


De façon plus réaliste, l'analyse de l'hyperfinanciarisation des politiques entrepreneuriales, les "modes" de management irrationnels, souvent inhumains, presque toujours contreproductifs, et leurs conséquences sur les collectifs de travail est un champ de réflexion qui ne fait que s'ouvrir. J'espère y contribuer sous la forme d'une publication dans les mois qui viennent.

 

Comme néanmoins la pression s'allège, tout au moins dans mon propre groupe industriel, je vais pouvoir revenir à mes vaticinnations sur mes "dadas" favoris : l'économie politique et la géopolitique.

 

Merci encore de votre patience et de votre intérêt pour ce modeste blog.

 

Amicalement à tous et à toutes

Par pierremorville
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Jeudi 12 août 2010 4 12 /08 /Août /2010 18:07

banquir-2.jpg Un sale été pour Sarkozy (1ère partie) : l’affaire Woerth-Bettencourt (article publié dans le Quotidien d'Oran du 5 août 2010)


 

Cela a commencé comme un épisode tragi-comique dans les appartements feutrés d’une des plus grandes fortunes française et ça vire sévère au scandale d’état. Au départ, Françoise, craint que sa mère, Liliane Bettencourt, une vieille dame qui est la 1ère fortune de France et propriétaire du groupe L’Oréal, ne perde quelque peu la tête. Celle-ci s’est en effet entourée depuis la mort du patriarche de la famille, André Bettencourt, ancien ministre et multimilliardaire, de bien curieux personnages. Prenons le cas de François-Maris Banier, un écrivain, photographe, artiste échevelé et courtisan de profession, qui est devenu « l’ami » de Liliane Bettencourt. Gigolo n’est pas l’appellation exacte car quel gigolo dans l’histoire a réussi, en un tout petit nombre d’années, à toucher pour gages un milliard d’euros (!), en affichant de surcroît son homosexualité ? Symbole de cette générosité sans limite, Liliane a ainsi offert à son favori, l’île d’Arros, dans l’archipel des Seychelles. Pour faire bonne mesure, la vieille milliardaire a fait de son « favori », son légataire universel. En cas de décès de ce dernier, c’est « l’ami » de celui-ci qui devait recevoir sa fortune.

 

Tragi-comédie domestique chez les grands-grands-bourgeois et leurs amis


Un homme d’affaires, Patrice de Maistre, gère le patrimoine de la vieille dame, sa principale activité consistant à mettre l’essentiel de cette fortune hors des griffes du fisc français en plaçant des centaines de millions d’euros entre le Liechtenstein, la Suisse et autres paradis fiscaux. Pour prouver sa reconnaissance, Liliane, outre une rémunération très substantielle, offre à de Maistre un charmant petit yacht de 21 mètres de long. La brave femme ! De Maistre, prudent, engage la vieille milliardaire à ne pas parler de ce modeste présent à sa fille Françoise. Car Françoise qui a toujours été très proche de sa mère, s’inquiète. Elle a de plus en plus de mal à maintenir le contact avec sa mère, Banier et de Maistre organisant un véritable cordon sanitaire autour de la milliardaire âgée de 86 ans. Françoise, tenue à distance, craint une escroquerie et porte plainte devant la justice française pour « abus de faiblesse » sur la personne d’une femme très âgée et qui visiblement n’a plus toute sa tête. Eh oui ! Ça se passe comme ça dans les beaux quartiers de la capitale ! Et ce n'est pas tout, car, il y a les coulisses, à savoir, les dépendances, buanderies, cuis banquiers-5.jpg ines où s’agite une très importante domesticité. Comme le dit l’adage, même un très grand homme n’a pas de secret pour son domestique. Et les très nombreux secrétaires, maîtres d’hôtel, gouvernantes, bonnes, femmes de chambre, chauffeurs qui servent jour et nuit Liliane Bettencourt, sont très divisés. Certains ont rejoint le camp Banier, d’autres dénoncent l’influence perverse et intéressé du photographe mondain, celui-ci ayant même réussi à chasser les médecins traditionnels de la vieille dame pour les remplacer par des toubibs amis. Pascal Bonnefoy, qui fut le majordome d’André Bettencourt avant de devenir celui de Liliane, horrifié par les pratiques de l’entourage, place un magnétophone dans le bureau ou De Maistre, Banier et Mme Bettencourt tiennent de nombreuses réunions tournant pour l’essentiel sur l’argent à soutirer à la vieille milliardaire. Au résultat, il obtient 21 CD de conversations enregistrées entre mai 2009 et mai 2010. Le majordome visait-il lui-même se livrer à un fructueux chantage ? Pas du tout. Il veut dénoncer le scandale et livre bout par bout les extraits à la presse. Pour l’instant, cette histoire qui ferait passer le très long feuilleton Dallas pour une suite mièvre d’histoires à l’eau de rose, reste ce qu’elle est : une pitoyable et grotesque arnaque dans des splendides hôtels particuliers dont la victime est une pauvre, pauvre vieille femme très, très, très riche et qui n’a plus toute sa tête. Au XIX° siècle, cette pantalonnade aurait inspiré une comédie sautillante à Labiche ou une fable grinçante à Octave Mirbeau. Mais le pire est à venir. Après la révélation des enregistrements dans la presse, la plainte de Françoise Bettencourt, la Cour d’appel, après d’étonnantes hésitations et tergiversations, se décide enfin à nomme un juge d’instruction. Celle-ci, Isabelle Prevost-Deprez interroge des domestiques comme Dominique Gaspard, l’ex femme de chambre et Henriette Youpatchou qui lui confirment la dégradation de l’état de santé de leur ancienne patronne. Mais quand elle veut accéder aux 21 CD enregistrés, un procureur lui en interdit l’accès ! Ce même procureur veut mettre fin à la plainte de Françoise Bettencourt, invoquant des vices de forme. De même, ce haut magistrat ne semble aucunement s’émouvoir des très nombreux délits fiscaux que l’affaire à révélé. Ce comportement étrange du procureur Philippe Courroye surprend l’ensemble des observateurs, d’autant que, fait fâcheux, ce dernier ne fait pas mystère de sa très forte proximité avec Nicolas Sarkozy. Proximité tellement affichée que le corps des magistrats s’est opposé vivement à sa nomination comme Premier procureur de Paris. L’affaire prend donc un détour politique. Répondant aux questions de la Brigade financière, Claire Thibout, l’ex-comptable privée du ménage Bettencourt, qui a noté scrupuleusement toutes ses opérations sur des petits carnets, confirme l’existence d’importantes sommes servant à financer les campagnes de l’UMP. Visiblement pour échapper à l’inquisition fiscale, les Bettencourt ont largement contribué aux campagnes présidentielles : on parle de 150 millions d’euros alors que la contribution versée à un parti par un particulier ne peut excéder 7500 euros.

 

Enfin, intervint « l’Etat neutre et impartial »…

 

Plus grave, tant les enregistrements que les petits carnets de Claire Thibout mettent en cause un des plus importants ministres du gouvernement Sarkozy. Maire de la jolie et très cossue petite ville de Chantilly, capitale de l’hippisme français, Eric Woerth cumule par ailleurs deux responsabilités apparemment peu conciliables, il est le trésorier de l’UMP, celui qui sollicite les contributions des Français les plus fortunés et en même temps, il est ministre du Budget et donc responsable des enquêtes fiscales. Mieux, Eric Woerth avait demandé à Philippe de Maistre (auquel il a ensuite remis la Légion d’honneur) d’embaucher son épouse pour gérer la fortune de Liliane Bettencourt ! Que le monde est petit ! Choquée, la presse quasiment dans son ensemble, l’opposition et, mezzo voce, un grand nombre d’élus de droite ont évoqué l’évidence d’un « conflit d’intérêts ». Ils ont peut-être tort, il ne s’agit non pas d’un « conflits d’intérêts » mais bien au contraire d’une gestion scientifique et harmonieuse des intérêts privés des uns et des autres ! La situation est d’autant plus croquignolesque qu’en mars 2010, Eric alg-rie-riche-copie-1.jpg Woerth quitte le ministère du Budget pour prendre la responsabilité du Ministère du Travail, avec immédiatement la mise en œuvre d’un très gros chantier : le dossier des retraites. Car l’affaire « Bettencourt-Woerth » a comme arrière-fond la très grave crise économico-financière qui a démarré en septembre 2008. Comme tous leurs homologues dans les vieux pays industriels, les salariés et contribuables français savent bien qu’ils devront payer la note des exubérances du grand capitalisme financier et des errements ruineux des banquiers et autres traders…  La douloureuse se fait particulièrement sentir en France sur le système des retraites. Le poids de la démographie, le vieillissement de la population requièrent d’autant un allongement des cotisations que la conjoncture économique devrait rester mauvaise pendant plusieurs années : la crise financière a entrainé une forte contraction de l’activité et une aggravation des déficits budgétaires : les états ont du « sortir du cash » pour étancher les conneries bancaires et spéculatives. Dés qu’il fut arrivé à son poste de grand réformateur des retraites, Eric Woerth, la mine sévère mais attristée, n’a eu de cesse que d’appeler la population laborieuse aux « sacrifices nécessaires » : il faudra nécessairement travailler plus longtemps pour des retraites plus petites ! Les classes populaires et, depuis deux décennies, les classes moyennes ont pris l’habitude de payer l’addition pour des erreurs qu’elles n’ont pas commises. Les nombreuses mesures d’austérité suscitent en général d’abord de l’agacement voire de la colère pour dans finir dans une lassitude résignée. Mais le contexte actuel est tout autre : la politique dite de « rigueur » sera sans précédent et durera plusieurs années. Dans un tel climat, les errements des grandes fortunes, (toujours protégées par le scandaleux « bouclier fiscal » qui les protège et qui restera certainement la seule promesse électorale tenue par le candidat Sarkozy), les compromissions révélées entre le monde des affaires, les fortunes privées et le niveau le plus élevé de l’appareil d’Etat, peuvent à tout moment faire surgir des crises de rage chez le Français moyen. Même si la somme en question est macro-économiquement infime, les Français ébahis ont ainsi appris qu’un sous-ministre, un certain Blanc, s’était fait payer par l’état sa consommation annuelle et personnelle de cigares pour la modeste somme de 12 000 euros ! Grosso modo, un an de revenu d’un smicard. Tous ces petites et grandes fautes morales au mieux, délits au pire, existaient évidement sous d’autres gouvernements : la plupart des énarques, cette nouvelle aristocratie française, combinent et alternent au cours de leur carrière, la gestion des affaires publiques suivie de nominations à des postes de direction dans des groupes industrielles et bancaires avec des émoluments munificents. Mais ce qui est toléré par la population en période de croissance l’est beaucoup moins dans les phases de récession. Ce que n’a toujours pas comprit notre président « bling-bling », pour qui la capacité d’un individu à acquérir une immense fortune reste à l’évidence la plus grande des vertus. C’est pour cette raison que Nicolas conserve, malgré les conseils de son propre camp, le « bouclier fiscal » qui irrite l’immense majorité des contribuables. C’est peut-être également pour cette raison qu’il maintient contre vents et marées à son poste dans le gouvernement, Eric Woerth, qui à l’évidence et en ce moment, est « politiquement mort ». Ce dernier aura en septembre, les plus grandes difficultés à convaincre les syndicats « des sacrifices nécessaires » après que les salariés aient appris ses nombreuses accointances avec les Français les plus fortunés. Mme Woerth qui a du démissionner de son poste de gestionnaire de la fortune des Bettencourt, a néanmoins réussi, la pôôvre, à trouver un petit job, un boulot d’attente : elle vient d’être nommée membre du conseil d’administration du groupe international du luxe, Hermès.

 

banquier-daumier-copie-1.jpg Tout ça, c’est la faute des Romanichels !

 

Là où beaucoup de chefs de gouvernements auraient tranché dans le vif et « démissionner » le ministre fautif, Nicolas Sarkozy a consacré un log moment de sa conférence de presse du 13 juillet à la défense de « l’honnête homme » Eric Woerth. On s’étonne dans Paris d’une telle mansuétude. Fallait-il maintenir Woerth même démonétisé pour sauver la réforme des retraites ? A moins que le fait que l’Elysée et même le nom du Président de la République soient cités par des témoins de l’affaire Bettencourt, ne soit pas un élément anodin. Les épisodes des prochains moins nous le diront. Mais le toujours rebondissant Nicolas Sarkozy n’a pas dit son dernier mot. Au plus bas dans les sondages, il tente de rejouer à nouveau sa carte favorite, la sécurité. Il avait espéré que les Français oublieraient leurs ennuis et leurs critiques grâce au Mondial de foot. Hélas ! La pitoyable prestation de l’équipe de France a au contraire ravivé l’irritation les français. Il ne restait donc que la délinquance. Ah ! que ferait Nicolas sans les petits voyous de banlieue ? Le Président a donc alerté les juilletistes et les aoutiens des graves dangers que courre la France en matière de sécurité. Vols, agressions, les chiffres seraient catastrophiques (à noter les homicides baissent chaque année de façon importante mais, baste !). Bref, la France doit avoir peur ! La France a peur ! On a envie de rappeler que la politique sécuritaire de la France est, depuis huit ans, dirigée par N. Sarkozy, d’abord comme ministre de l’intérieur, puis comme président… Comme il fallait faire plus, à défaut de faire mieux, notre président a décidé cet été de cibler une catégorie particulière, le jeune voyou immigré ou d’origine étrangère. Après une campagne odieuse sur les Tziganes, Roms et « gens du voyage » (français ces derniers, rappelons-le), on promet la déchéance de la nationalité française aux délinquants français « d’origine étrangère » ! Mesure évidemment anti-constitionnelle et qui rappelle, comme l’épisode des (200) grandes fortunes, la période frelatée de l’entre-deux guerres. Pauvre France ! Pauvre république !


Par pierremorville
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