Lundi 1 novembre 2010 1 01 /11 /Nov /2010 21:57

Chronique parue dans le Quotidien d'Oran du 21 àctobre 2010 

 

Chaque semaine, ils sont plusieurs millions à battre le pavé. Nicolas Sarkozy, lui, n’en a « rien à battre ». Au risque d’énerver le populo.

 

Entre un et trois millions et demi de manifestants : les statisticiens de la police et ceux des syndicats divergent toujours gravement sur le nombre de Français manifestants chaque semaine sur les retraites. Mais ils sont d’accord au moins sur un fait : après dix manifestations nationales et six depuis la rentrée de septembre, le nombre des protestataires ne diminue pas d’un fil.

Cette persistance rare de la mobilisation populaire aurait pu interroger le gouvernement. Il n’en est rien. Nicolas Sarkozy est « droit dans ses bottes » pour reprendre le mot malheureux d’Alain Juppé, en 1995, alors 1er ministre confronté aux mêmes protestations contre « sa » réforme des retraites. Nicolas Sarkozy, après une très vague concertation avec les syndicats, a pondu un texte sur lequel il n’entend rien céder : revenant sur l’acquis historique de la retraite à 60 ans, il propose aux Français le système le plus dur pratiqué aujourd’hui en Europe : le droit de partir à 62 ans mais sans pension complète, pour l’obtenir, il faudra accepter de travailler jusqu’à 67 ans !

 

Le mythe de "l’Homme fort"

 

Un peu naïvement, les syndicats et plus largement l’ensemble de la population, avaient cru, au début des négociations, que cette position dure était une manière de cadrer le débat : le gouvernement en demandait beaucoup pour obtenir, dans un contexte économique difficile de vraies mesures qui augmentent substantiellement la durée et le volume des cotisations. Après plus de quinze ans de demi-réformes ou de mesures avortées, personne ne contestait en réalité la nécessité d’adapter l’assurance vieillesse au phénomène d’allongement de la vie.

Mais syndicalistes et cotisants ont vite déchanté, le gouvernement a rapidement fait part de sa décision : pas la moindre marge de négociation sur son projet. Pour Nicolas Sarkozy, relevant fièrement le menton, qu’il y ait cent, mille ou trois ou cinq millions de manifestants chaque semaine, n’y changera rien, ce sera la réforme et toute la réforme… Ah, mais !

Pour le président, au-delà des décomptes budgétaires, il y a bien un calcul politique : Nicolas Sarkozy estime qu’il gagnera l’estime de l’opinion publique en apparaissant dans quelques mois comme un président qui su réformer en profondeur tout en refusant de céder à la pression de la rue. Les électeurs émus devant une telle autorité iraient porter leurs voix reconnaissantes et admiratives au sortant lors de la prochaine élection présidentielle de 2012. Le coup est hardi mais pas totalement dénué de sens. La France hérite d’une longue tradition bonapartiste et le mythe de « l’homme fort » trouve toujours un écho certain en période de difficultés. Nicolas Sarkozy bat depuis plusieurs mois le record d’impopularité pour un président en exercice de la Vème République : selon les instituts, entre un Français sur quatre ou un Français sur cinq seulement approuvent sa politique générale. En montrant « qu’il en a » (du courage), Nicolas parie que sa mâle attitude saura convaincre et rassurer une population anxieuse devant la crise économique et qu’il refera le plein des voix de l’électorat traditionnel de la droite, voire de l’extrême-droite, en ébranlant les voix centristes et en marginalisant l’électorat de gauche.

En ligne de mire d’un tel calcul, figurent évidemment les personnes âgées, traditionnellement plus inquiètes et conservatrices. Pour l’instant, les chiffres sont loin de lui donner raison : 71 des Français sont favorables au mouvement, 62% sont pour une pause de la réforme, 59% sont favorables à un durcissement du mouvement de protestation et une majorité des retraités actuels (qui échappent donc à la réforme actuelle) partagent ces opinions !

La protestation actuelle contre la réforme des retraites cristallise en effet un malaise diffus mais prégnant dans de nombreuses couches de la population. Le surgissement récent dans les manifestations de nombreux cortèges de lycées et d’étudiants en est un bon exemple.

Mardi, à Paris, un gamin d’une dizaine d’années qui portait une pancarte qui disait « Papy, raconte-nous comment c’était, quand il y avait des retraites » s’est taillé un franc succès. Mais les nombreux jeunes présents exprimaient moins leurs interrogations sur leur départ en retraite dans quatre ou cinq décennies, qu’ils manifestaient, et c’est le cas de le dire, leurs très grandes inquiétudes immédiates pour leur insertion prochaine dans la vie active.

Les cortèges très nombreux dans toute la France (266, mardi !) restent dans l’ensemble dans un climat bon enfant mais nombreux étaient les slogans dénonçant les relations parfois troubles entre le pouvoir actuel et les franges patronales les plus fortunées, se multiplient, qu’ils visent les « affaires » (Woerth-Bettencourt, Kerviel, etc.) ou dénoncent le « président bling-bling » lui-même.

L’agacement est perceptible et les Français se souviennent qu’explosait il y a deux ans une crise financière du à l’irresponsabilité des grandes banques mondiales, elle-même entrainant une récession économique durable, des déficits budgétaires abyssaux aux quels on convie fermement les mêmes Français à devoir les combler en augmentant significativement leurs impôts et leurs cotisations sociales.

Ces manifestations enfin, cristallisent la colère de la « France profonde ». Il ya eu des manifestations dans de toutes petites agglomérations. A Arles, ainsi, aux limites de la Camargue, on a décomptait quatre mille manifestants pour douze mille habitants ! Même proportion enregistrés à Brives, Poitiers et dans dizaines d’autres sous-préfectures ou chefs-lieux de cantons.

Pointe avancée de la contestation, Marseille est littéralement bloqué depuis trois semaines : le port, les raffineries, les trains, les bus, la voirie, les écoles, les cantines fonctionnent peu ou pas du tout.

 

Radicalisation et sanction électorale

 

Tout cela est bel et bon mais que deviendra cet immense mouvement une fois que le Parlement où l’UMP est majoritaire, après vote de l’Assemblée nationale et du Sénat, adopte définitivement cette réforme très impopulaire ? Aucun expert, politologue et autres sondeurs, ne se hasarde à formuler une hypothèse définitive. Certes, les manifestations à répétition usent l’énergie et pas seulement musculaire, et les jours de grève écornent sérieusement un pouvoir d’achat déjà chancelant.  

Mais aux grandes manifestations nationales pourraient bien succéder des grèves locales et très combatives et des mouvements dans certaines catégories, la jeunesse scolarisée au premier plan. L’épreuve de force actuelle n’est d’ailleurs pas terminée. Aux grèves dans les transports s’est ajouté le blocage des raffineries qui assèche les stations d’essence. Un tiers des stations service sont à sec, les deux–tiers dans les grandes agglomérations. Plus d’essence, plus de voitures et donc plus de moyens d’aller travailler…

Après avoir relativisé officiellement le phénomène croissant, le gouvernement a envoyé hier la force publique rouvrir les dépôts de carburants. Mais sans les ouvriers pour les faire tourner, l’opération est surtout de communication gouvernementale. D’autant que les routiers, à leur tour, rentrent dans la danse en utilisant leur arme favorite, le blocage des autoroutes et des boulevards périphériques qui entourent les principales grandes agglomérations.

De leur côté, les syndicats cherchent également un second souffle. Fait rare, cette mobilisation qui dure depuis le printemps s’est réalisée dans une complète unité syndicale. En France, il y autant de syndicats que de fromages, le plus souvent en désaccord sur tout (les syndicats, pas les fromages). Sur les retraites, ils ont travaillé à l’unisson.

Il est vrai que l’intransigeance gouvernementale les contraignait à l’unité : gagner ensemble… ou perdre ensemble. Le refus de Sarkozy à la moindre concession les contraints également à une démarche jusqu’au-boutiste. Traditionnellement, dans une réforme de cette importance, quelques concessions sérieuses permettent aux syndicats les plus réformistes ou les plus raisonnables d’appeler à la reprise du travail. On a l’impression que l’omni-président se ferme même cette sortie là, tant son envie apparente d’humilier un monde syndical qu’il méprise, est forte. Chaque semaine, le « Canard enchainé » relayant les confidences de ministres, nous narre comment le président de la République se flatte de son propre génie à chaque Conseil des ministres. Il n’est pas sûr que les élus de la majorité partagent cet enthousiasme. Ils savent, eux, que les prochaines élections seront bien difficiles. En 2011, tous les pronostics donnent la gauche gagnante aux élections sénatoriales. Ce serait une 1ère dans l’histoire de la République ! La Haute Chambre, élue au suffrage indirect, conçue historiquement pour refléter l’opinion des notables ruraux, est traditionnellement plus conservatrice que l’Assemblée nationale. La présidentielle ne se présente pas aujourd’hui sous un bon jour pour Nicolas Sarkozy. Jusqu’à présent, il n’a pas réussi à gagner l’électorat croissant de l’extrême droite, à rassurer les électeurs centristes, ni même à unifier son propre camp. Mardi soir, les Français ébahis ont assisté à un face-à-face télévisuel très amical entre Dominique de Villepin et François Hollande. De Villepin, dernier 1er ministre de Jacques Chirac (qui dit-on, apprécie lui aussi beaucoup François Hollande) ne cache pas son antipathie pour Nicolas Sarkozy, qu’il s’agisse de l’homme, de ses méthodes et de ses fins. François Hollande, ancien 1er secrétaire du Parti socialiste, fort habile et très déterminé, pourrait bien être le candidat surprise de son parti aux prochaines présidentielles.

 

Un G 20 divisé et dépressif

 

Nicolas Sarkozy pense redorer son blason en gagnant la présidence du G20 en novembre. Il bénéficie déjà du soutien de l’Allemagne et de la Russie. A l’aise dans les crises internationales, mû par une énergie qui personne ne lui conteste, le président français se verrait bien en pompier du système financier international.

Tâche difficile. Lors de la crise financière de 2008, les grandes puissances avaient réagi rapidement et à l’unisson pour sauver le système bancaire international par injection massive de fonds publics. Depuis, la récession s’est installée mais tous les pays n’en souffrent pas ou pas de la même façon. Les pays émergents continuent d’afficher des taux de croissance de leurs économies, époustouflants en comparaison de ceux des puissances occidentales ou du Japon. Comme le note l’économiste Jean Pisani-Ferry, le niveau du PIB des pays émergents des pays émergents se situe à 15% au-dessus de son niveau de 2007, il est bien en dessous aux USA et en Europe. Dans ces pays, il faudra augmenter les prélèvements de 9 points du PIB pour ramener le ratio de la dette publique à 60% du PIB, « moins de 3 points suffiront aux pays émergents pour rester à 40% ». Croissance forte, dettes allégées, les pays émergents utilisent également l’arme monétaire. La sous-évaluation de leurs monnaies leur permet à la fois de maitriser leur offre interne et leur inflation et de doper leurs exportations. La faible évaluation du Yuan chinois face au dollar et à l’euro est l’exemple le plus probant de cette arme monétaire.

Les Américains se plaignent amèrement de la sous-cote des monnaies des pays émergents qui plongent inexorablement les Etats-Unis dans la récession. Mais ils disposent à leur tour d’un moyen de riposte sans équivalent sur la planète. Maitres de la monnaie de référence internationale, le dollar, les Etats-Unis peuvent à l’envi faire fonctionner la planche à billets verts, quitte a voire croitre leur inflation, utile en période d’endettement.

Seul « idiot intelligent » de la classe, la Banque centrale européenne, l’œil rivé sur le chiffre de l’inflation, est ravie de voir l’euro surcoté est vis-à-vis du Yen, du Yuan et du dollar. Allez comprendre !

Par pierremorville
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Dimanche 3 octobre 2010 7 03 /10 /Oct /2010 04:56

 

"Personne dans le monde ne comprend la position d'Israël qui consiste à affirmer que l'on peut négocier tout en reprenant les constructions dans les colonies" (un haut diplomate cité par l’AFP)

 

"Israël risque de payer un prix élevé à la suite de la reprise de la construction dans les colonies" poursuit le même responsable. C’est moins sûr. Israël maitrise parfaitement l’art des fausses négociations. Rappel : Barak Obama avait convoqué il y a deux mois Benyamin Netanyahou et Mahmoud Abbas pour leur intimer l’ordre de trouver une solution à ce très vieux conflit moyen-oriental. D’emblée, le dirigeant israélien a rappelé successivement que le gel des colonisations sauvages avait été unilatéralement décrété par Tel-Aviv, mais qu’hélas ! ce moratoire touchait à sa fin. L’habile Netanyahou transformait donc la suspension ou non de cette opération visant à élargir encore la population de 500 000 colons israéliens illégaux déjà présents en Cisjordanie en contradiction avec tout le droit international, comme seul objet de débat avec le dirigeant palestinien. Le tout pour conclure d’un air navré que lui, en tant que Premier ministre serait prêt à trouver un compromis mais Horreur ! Malheur ! la coalition politique qui  le soutient était d’un autre avis. Pour enfoncer le clou, le chef de la diplomatie israélienne, l'ultranationaliste Avigdor Lieberman a réclamé mardi, depuis la tribune de l'ONU, une solution "en deux étapes", estimant que les "problèmes émotionnels" et le manque de confiance entre Israéliens et Palestiniens ne pourraient être résolus avant l'arrivée d'une nouvelle génération et qu'il faudrait un accord "intermédiaire à long terme, qui pourrait prendre quelques décennies".

Bref ! La colonisation continue et on se revoit dans vingt ans !

 

Israel-Palestine : Deux pays, l’an prochain ?

 

Pratiquant avec hardiesse le double langage, Benjamin Netanyahou  a pris officiellement ses distances avec la déclaration de son numéro 2 et  s’est même, selon l’agence Reuters, entretenu au téléphone avec le président français Nicolas Sarkozy et la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton.

"Je crois de tout mon cœur que nous pourrons aboutir à un accord-cadre d'ici un an qui changera l'histoire au Proche-Orient", a-t-il conclut.

Au chef de l'Etat français qui vient de recevoir Mahmoud Abbas, il aurait déclaré qu'il acceptait son invitation à rencontrer le dirigeant palestinien à Paris en octobre. De son côté, l'émissaire américain au Proche-Orient, George Mitchell, doit rencontrer mercredi le chef du gouvernement israélien ainsi que le président de l'Autorité palestinienne dans les jours qui viennent.

Car les Etats-Unis sont les seuls à pouvoir peser, un peu, sur les errements extrémistes de l’actuel gouvernement israélien. Après son élection, Barak Obama avait prononcé de fortes paroles qui avaient entrouvert un léger espoir de solution au très vieux conflit israélo-palestinien, vite démenties par l’intransigeance de Tel Aviv. Intervenant lors de la séance plénière des débats de la 65e assemblée générale de l’ONU, le président américain a réitéré son engagement au projet de l’existence de deux Etats, Israël et la Palestine,  « vivant côte à côte dans la paix et la sécurité, dans le cadre d’une paix globale entre Israël et tous ses voisins ». Dans ce sens, il a affirmé que si un accord n’était pas atteint,  « les Palestiniens ne connaîtront jamais la fierté et la dignité inhérentes à une population qui a son propre Etat, et que les Israéliens ne connaîtront jamais la certitude et la sécurité » qui ne peuvent être assurées que par la coexistence avec des pays voisins souverains et stables.

Abordant la question du moratoire du gel des colonies, Obama a été catégorique: «Nous pensons que le moratoire doit être prolongé ». Le président américain veut une véritable négociation : « Si nous le faisons, alors quand nous reviendrons ici l’année prochaine, nous pouvons avoir un accord qui conduira à doter l’ONU d’un nouveau membre qui sera un Etat de la Palestine indépendant et souverain vivant en paix avec Israël ».

Des engagements forts. On imagine peu que la nouvelle position de l’exécutif américain soit purement verbal.  Malmené en Irak, en posture difficile en Afghanistan, au point mort sur le dossier iranien, on voit mal Washington qui souhaite rééquilibrer sa politique très contestée dans la vaste zone qui va du Proche-Orient à l’Asie centrale, retoqué par son fidèle mais tout petit allié israélien.

Toutefois, l’engagement de Barak Obama laisse un peu perplexe.

Certes, Israël est un état indépendant qui s’est doté démocratiquement d’une coalition gouvernementale pour le moins extrémiste. Certes, la population israélienne dans sa majorité semble peu convaincue des bénéfices partagés d’une vraie paix au Proche-Orient. Certes, l’opinion publique américaine manifeste toujours une vraie méfiance vis-à-vis du monde musulman. Mais l’ensemble des observateurs notent que la fin du conflit israélo-palestinien est à la fois la condition et la 1ère étape d’un apaisement et d’un rééquilibrage général dans l’ensemble moyen-oriental. D’innombrables résolutions de l’ONU vont dans le même sens, inappliquées du fait du seul veto américain. Les Etats-Unis ne manquent pas pourtant de moyens de pression diplomatiques, militaires et financiers pour amener à plus de raison l’intransigeance de l’actuelle coalition au pouvoir en Israël, la plus à droite de toute l’existence de ce pays.

 

Mexique / Maghreb : une comparaison étonnante

 

Dans une collection de publications spécialisées sur le Maghreb, Flore Gruber, une chercheuse de l’Ifri, institut géopolitique, s’est livré à une étonnante comparaison entre le Mexique et le Maghreb sur le sujet des migrations , des transferts financiers et des effets sur le développement des pays d’origine.

Sans rentrer dans le détail de cette étude exhaustive, le parallèle établi entre les quatre pays que sont le Mexique et l’ensemble Maroc-Algérie-Tunisie, surprend mais ne manque pas d’à-propos. Le Mexique comme le Maghreb entretiennent des relations heurtés mais historiques avec leur voisin du Nord, les Etats-Unis et l’Europe principalement la France. Les Etats-Unis qui comptent aujourd’hui 20% d’hispanophones (principalement d’origine mexicaine) a également établi ses frontières actuelles sur des terres mexicaines (Californie, Texas..). La France a conquis l’Algérie en 1830, la Tunisie en 1881, le Maroc en 1912. Le flux migratoire maghrébin vers l’Europe et principalement concentré vers la France a véritablement démarré aux lendemains de la 1ère guerre mondiale et s’est fortement accru après les indépendances des trois pays.

Aujourd’hui, le Maghreb qui représente 8,4% de la population du continent africain, pèse 21,4% de l’immigration de ce continent vers l’Europe. De même, le Mexique avec 20% de la population de l’Amérique latine représente 32,3% de l’immigration totale de ce continent. Ces transferts importants de populations ont été favorisés par la proximité géographique mais également par une politique de laisser-faire, voire d’encouragement (« à l’exception peut-être de l’Algérie » note Flore Grubert) par des pays préoccupés par les dysfonctionnements de leur propre marché du travail. Cette immigration a favorisé l’intensité des flux commerciaux et d’investissement, débouchant sur des accords-cadres tels que l’Alena en Amérique ou les différents dispositifs euro-méditerranéens.

Les transferts financiers de l’immigration vers les pays d’origine ont également connu ces dernières années des progressions significatives. De 1980 à 2005, ils ont été multipliés par 25 dans le cas du Mexique et plus modestement par 6 dans le cas du Maghreb. Quel est le montant de l’argent des immigrés ? Il monte. De 100 dollars en moyenne par tête et par an en 2000 pour les quatre pays, il représente aujourd’hui un transfert moyen de 250 dollars par immigré mexicain, 200 dollars par immigré marocain, 170 dollars dans le cas des tunisiens et seulement 57 dollars dans le cas des Algériens !

L’Ifri étudie également les autres retombées sur le développement même des pays d’origine en notant, au Mexique comme au Maghreb, la capacité accrue des immigrant de retour dans leur pays d’origine à créer leurs propres entreprises, soulignant la perspective « d’une dynamique transnationale de développement ».

L’offre de main d’œuvre non qualifiée aux Etats-Unis comme en Europe attire une immigration souvent illégale mais l’on assiste aujourd’hui à une offre de main d’œuvre qualifiée (ingénieurs, médecins, infirmières..) qui prive de compétences les pays concernés. Seconde évolution, l’immigration temporaire tend dans les deux cas à se transformer en migration d’installation dans les pays d’accueil. Ce qui rappelons-le est positif pour la démographie des pays concernés et en pleine polémique française sur les retraites, favorable à l’équilibre de leurs comptes sociaux !

 

On ne comprend pas non plus… Nicolas Sarkozy

 

Depuis la fin du printemps, la France vit dans un drôle de climat où le Président de la République semble se complaire dans la surenchère. Confronté à une série d’affaires diverses, il lance chaque jour des débats provocants sur l’immigration ou l’insécurité. Mais une polémique ne chasse pas l’autre. Bien au contraire, leur accumulation accroit l’énervement des Français.

Résumons, par ordre d’importance croissant :

- L’affaire béttencourt-Woerth : d’un fait divers risible – une vieille dame milliardaire, entourés de curieux personnages, dépense sans compter sa fortune, au grand dam de sa fille- on est tombé dans une affaire d’état. Liliane Bettencourt, une des 1ères fortunes françaises, avait également le carnet facile pour l’UMP, le parti au pouvoir. Sa conseillère financier était jusqu’à peu l’épouse d’Eric Woerth alors ministre du budget (et responsable du fisc), trésorier de l’UMP et grand distributeur de médailles de la Légion d’honneur. Le mot conflit d’intérêts est dans le cas un doux euphémisme.

Last but non least, le procureur chargé de l’affaire qui ne fait pas secret de sa très grande amitié pour Nicolas Sarkozy, refuse de nommer un juge d’instruction, posture impudente qui met à feu l’ensemble des syndicats de magistrats.

- Les retraites et la rigueur : Mme Woerth a retrouvé un petit job en devenant membre du conseil d’administration dans le groupe international du luxe, Hermès. Eric Woerth est depuis devenu ministre du Travail et en pleine polémique de ses relations avec le beau monde, il s’astreint à expliquer aux Français qu’il va falloir dorénavant travailler plus longtemps pour moins d’argent. Le message passe mal et les Français manifestent. Et continueront à battre le pavé.

Nul ne nie la nécessité d’une réforme mais celle qui est proposée est profondément injuste faisant payer la réforme de ce système paritaire, 90% de l’effort aux salariés et 10% aux entreprises. Plus généralement, la seule réponse de la baisse des déficits pour résoudre une crise économique et financière par la baisse de la demande, la contrainte des salaires et l’augmentation des charges sociales et impôts est contestée par une pétition de plus de 400 économistes.

- Les Roms et l’Europe : pour faire oublier Woerth et les retraites, Nicolas Sarkozy a relancé deux de ses mécaniques favorites : l’immigration et l’insécurité. L’affaire a fait flop. Pis, l’ensemble des états européens ont rappelé que la France dans le domaine de l’immigration devait respecter les traités qu’elle avait signés. Humiliant.

Qu’importe ! Le président a toujours raison. Et Eric Besson, ministre de l’immigration, va défendre un projet de loi dont certaines dispositions sont à l’évidence marquées d’inconstitutionnalité. Qu’importe, Besson, transfuge de la gauche, veut bouter hors de France les immigrants illégaux (dont l’économie a besoin, surtout qu’ils sont mal payés) et transformer à coups de trique, les autres en « bons Français ». « Bons Français » on cite ici cet immense ministre. Eric Besson est-il un bon Français ? Oui, à une lettre près.

 

Par pierremorville
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Vendredi 17 septembre 2010 5 17 /09 /Sep /2010 00:59


L’accumulation quasi quotidienne des révélations sur les « affaires » et les errements de la politique sarkozienne commence à créer un trouble profond en France

 

 Indignation, amusement, consternation : ce sont les trois réactions successives ressenties tout au long cet été de l’interminable feuilleton sur les « affaires » concernant l’actuel gouvernement français. Chaque jour apporte son lot de révélations sur les très curieuses pratiques de l’exécutif sarkozien. Les clameurs de plus en plus indignées d'une partie de l’opinion publique font écho, fait inaccoutumé, aux protestations d’institutions plus vénérables telles que l’ONU, la Commission européenne ou la Papauté. 

Le malaise survient principalement de deux affaires. La première nait des relations coupables entre Liliane Bettencourt, vieille milliardaire fatiguée du bulbe et Eric Woerth, ancien trésorier de l’UMP, ancien ministre du budget et toujours ministre du Travail, en charge de faire passer actuellement au Parlement, une très contestée réforme des retraites qui poussent régulièrement dans la rue des millions de salariés mécontents.

La seconde est à l’initiative de Président de la République lui-même qui dans un discours estival surprenant tenu à Grenoble, s’en ait pris vivement d’un côté à l’ethnie des Roms (romanichels, tziganes, romani, bohémiens…), de l’autre, à tous les citoyens français fraîchement naturalisés. Avec en arrière-fond, ce vieux fantasme de l’extrême droite : « les étrangers sont dangereux ».

  

Indignation, d’abord

 

A l’occasion d’une plainte déposée par une fille sur le comportement étrange de sa vieille maman un peu piquée, qui distribue les chèques comme des poignées de bonbons, on débouche sur un scandale majeur de la Vème République. Parce que la famille en question, c’est les Bettencourt, une des plus grosses fortunes de France et qui possède le groupe international, L’Oréal. A l’occasion de l’enquête, on découvre avec stupeur qu’en toute illégalité, des hommes et des partis politiques de l’actuelle majorité ont bénéficié des largesses de la vielle dame, et que des instances gouvernementales (procureur général en avant) ont entravé le travail de la juge chargée du dossier. On apprend également que le ministre du budget de l’époque, Eric Woerth, chargé de la fiscalité « sensible » des grandes fortunes françaises, pourtant protégées par l’absurde « bouclier fiscal » sarkozien,  était dans le même temps le trésorier de l’UMP qui venait solliciter les mêmes grandes fortune pour verser leur obole au parti présidentiel !

Le tout assorti de récompenses "morales" et divers passe-droits, légions d’honneur et autres bimbeloteries…

Toujours dans le registre de l’indignation, de nombreux républicains de droite comme de gauche ont été choqués par les propos de l’incontrôlable Nicolas à Grenoble. Le président de la République française, dépositaire de la Constitution et garant de l’égalité des citoyens devant la Loi, s’est laissé aller une double faute grave :

-         il a stigmatisé publiquement une communauté ethnique comme responsable de l’insécurité. Les romanichels constituent une population de 450 000 citoyens français auxquels il faut ajouter quelques dizaines de milliers d’immigrants européens venant des pays de l’Est. Qu’un gouvernement dénonce une population ciblée comme dangereuse, n’a pas hélas de précédent depuis la période pétainiste.

-         Le même président a établit une distinction, totalement inconstitutionnelle entre les Français de fraîche souche et les autres, en menaçant les 1ers de déchéance de leur naturalisation ; ce qui est contraire à nos lois, et à certains accords internationaux comme européens.

  

Ricanements énervés, ensuite

 

Les révélations quasi-quotidiennes des médias, très excités sur les affaires, ont par leur accumulation, prêtés à sourire, parfois d’une « joie mauvaise », devant les errements d’un gouvernement ou certains ministres se sont comportés comme de purs guignolos. Eric Woerth, multipliant les demis et les vrais mensonges, les démentis laborieux malgré des documents écrits publiés par la presse, n’a plus qu’une seule ligne de défense aussi simple qu’imparable : « je suis un honnête homme parce que je suis un honnête homme »… 

Quelques ministres, tendance « sarkozysme excité », tels Brice Hortefeux, ministre de l’intérieur ou Eric Besson, transfuge de la gauche et ministre de l’immigration, ont rivalisé tout l’été, jusqu’à la caricature, dans les déclarations sécuritaires outrancières. Pris la main dans le sac dans des mensonges avérés dans des déclarations faites à la Commission européenne, le même Besson fait marche arrière et explique que ses services ne l’avait pas tenu au courant de certaines circulaires d’application des camps de Roms, totalement contraires au droit français et européens. A l’accusation d’illégitimité de ses actions, notre bon Besson préfère arguer de son incompétence…

C’est le même argument que celui avancé par l’Elysée qui dément mollement d’avoir commandité aux services secrets français, une enquête et des écoutes encore là, illégales de journalistes du quotidien Le Monde, qui suivaient l’affaire Woerth.

Bref, tout est devenu « erreurs » de la machine administrative, mauvaise application de la juste pensée présidentielle. Bien sûr, le Président n’était pas au courant, le 1er Ministre non plus, les ministres ne sont pas informés des actions de leurs plus proches collaborateurs. Ces derniers, par ailleurs, souffrent tous d’une crise amnésique généralisée… Tous innocents, tous irresponsables. Bien évidemment, on trouvera bien au bout de la ligne hiérarchique quelques clampins qui paieront pour les autres.

  

Consternation, enfin

  

Vient enfin, à cette rentrée, le moment d’une certaine consternation.

Côté Woerth, les journalistes d'investigation commencent à s'interroger sur la très curieuse privatisation du PMU et de l'inustrie des jeux.

La condamnation de la politique menée contre les Roms par le Pape qui se mêle très rarement des problèmes séculiers, a fortement ébranlé l’électorat catholique et même les autres citoyens pourtant nourris d’une forte tradition laïque, voire anticléricale.

Après l’ONU, c’est la Commission européenne qui s’y met et qui par la bouche d’une commissaire chargée de la justice, rappelle que « les discriminations ethniques ou raciales n'avaient pas leur place en Europe » et accuse de "duplicité" le gouvernement français. Certes, Mme Viviane Reding, qui avait gagné le doux surnom de « raide-dingue » quand elle était commissaire à la Concurrence, est bien connue pour ses propos à l’emporte-pièce. Mais dans le cas, elle s’exprimait au nom de l’ensemble de la Commission.

Une majorité de mes concitoyens adorent dire du mal de leur propre pays, mais ils détestent que le reste de la planète les critiquent. Surtout quand c’est à juste raison. D’où une humiliation perceptible. Beaucoup de mes concitoyens sont las de l’agitation brouillonne d’un Président qui multiplient les déclarations outrancières et populistes pour masquer ses échecs en matière de sécurité comme sur le plan économique et social. Et sans pour autant réussir à reprendre la main sur l’échiquier politique. Remaniement ministeriel en octobre ou pas.

Par pierremorville
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Mercredi 8 septembre 2010 3 08 /09 /Sep /2010 15:29

 

(Chronique parue dans le Quotidien d'Oran du 9 septembre 2010)

 

Comme un ou deux millions de salariés en France, le Chroniqueur de Paris a participé à l’un des nombreux cortèges contestant la réforme sur les retraites

 

7 septembre. Parti tôt, et au regard des sombres nuages qui couvraient Paris à cette heure, le Chroniqueur de la même ville s’était muni d’un épais manteau. Chaud. Après quelques rendez-vous prévus dans la matinée, prendre le risque pour défendre la retraite à 60 ans, d’aller battre le pavé une grande partie de l’après-midi sous la pluie, méritait bien quelques précautions.

La méfiance affichée par le Chroniqueur de Paris sur les pronostics de Météo France a fait de celui-ci, parmi les 1,5 millions, 2 millions, 2,5 millions et demi de manifestants qui dans toute la France, tempêtaient, huaient, gueulaient contre la réforme des retraites sous un soleil resplendissant, l’un des rares crétins à défiler, ruisselant de transpiration, un lourd manteau chaud sous le bras…

Finalement, la météo, c’est comme les prévisions macro-économiques, il faut leur faire absolument confiance dans le très court terme, très moyennement dans le moyen terme (c’est-à-dire, passé une semaine), quant au reste et au-delà, il vaut mieux prier.

 

Une belle manif’ !

 

Toujours est-il que pour une belle manif’, ce fut une belle manif’ ! A Paris, la manif’, ça tient de la tradition, et on y tient ! Autant qu’à la Tour Eiffel, aux Bateaux-mouches, au Père Lachaise, au Mur des Fédérés, au Drapeau, à Mai-68, à Catherine Deneuve, à la République, à Edith Piaf, à Charles de Gaulle et aux Deux-Magots (pour ceux qui ne connaissent pas, un bistro de St Germain-des-Près, un peu prétentieux mais à des tarifs encore tout à fait abordables).

Bon ! Il y avait un foutu paquet de gens qui marchaient ensemble de la République à la Nation, en passant par la Bastille. Le trajet ? Dans la symbolique (République-Bastille-Nation), rien que du lourd, et même si le trajet sempiternel était terriblement traditionnel, le parcours, comme disent ces enfoirés d’Anglais, est toujours « so fashion ».

Beaucoup de drapeaux (rouges, bien sûr mais la gamme chromatique s’élargit), des banderoles, des calicots, des gros ballons-montgolfières, des orchestres, des trompes insupportables venues d’Afrique du Sud (Le Mondial ! Maudit souvenir !) qui vous rendent définitivement sourds à tout raisonnement, des tracts comme s’il en pleuvait, des pétitions improbables, des services d’ordre syndicaux sexagénaires à l’air martial, des vendeurs de merguez… Tout était bien !

Dans les innombrables cortèges, où chacun manifeste dans sa chapelle, le monde réuni était plutôt bon enfant, rigolard, en petite chemise (sauf moi, en manteau) Mais si l’on grattait un peu, la posture était plus contradictoire. On devinait vite sous la bonhomie, une grande rage froide. Rigolards ? Rage froide ? Deux concepts psychologiques dont il faut bien reconnaître qu’ils ne sont pas tout à fait cohérents entre eux. C’était pourtant le sentiment que donnait l’expression de cette multitude qui savait bien que malgré la réussite des manifestations, le gouvernement n’allait pas céder, ni même amender son projet de réforme.

En traduction instantanée : on n’a beau être 2 / 2,5 millions dans la rue le 7 septembre, cela ne sert pas à grand-chose. Et pourtant ! Si l’on ramène cela aux 64,7millions de personnes recensées dans mon doux pays, cela veut dire qu’environ 3% des Français ont manifesté. Toutefois, à ce chiffre, il faut écarter, les actuels retraités (ils sont sauvés !), les enfants en bas âge, les malades, les impotents, les banquiers, les notaires, les adhérents de syndicats patronaux, les artisans et commerçants, ardents à la tâche et peu enclins aux luttes collectives (Dieu, merci ! Comment les manifestants auraient-ils pu se sustenter et boire un coup ? Les terrasses étaient pleines de la République à la Nation…). Bref au résultat, on peut estimer, avec toutes les corrections arithmétiques nécessaires, sous le contrôle bien sûr de l’Insee, que sur les actifs (27 millions de français), 1 actif sur dix manifestaient, et plus d’un salarié sur dix (17 millions et les principaux concernés par la susdite réforme) battaient le pavé.

Allez, ne chipotons pas, certains notaires ont du manifester ! Au résultat donc, à Paris, un actif, ou une active sur dix légèrement vêtu (e) a marché cinq heures durant (pour faire au plus 5 kilomètres), tout en papotant avec ses voisins de manif, en criant de temps en temps des slogans anti-gouvernementaux, le tout sous un soleil de plomb. 

Bon ! L’objectivité des chiffres nous oblige à reconnaître que la sous-sous-sous-population statistique, qui par méconnaissance des prévisions météos, avait, le 7 septembre, défilé un lourd manteau chaud sous le bras ou alternativement sur l’épaule, à cause de la sueur, était beaucoup plus infime. Voire inexistante sur une analyse raisonnée des grands nombres. C’est tout le drame des minorités…

 

-         dis, mamie, raconte-moi une histoire

-         j’ai pas le temps, je pars au boulot

 

En revanche, les gens normaux, en chemise ou en tee-shirts, étaient surpris d’être aussi nombreux et dans le même temps chacun savait que le gouvernement resterait inflexible, d’où la rogne perceptible dans une atmosphère sans nul doute très bon enfant.  Le gouvernement n’a évidemment pas céder. Mais c’est dans ces moments-là que l’on constate un profond désaccord très perceptible entre le peuple et ses mandants.

Reprenons l’argument des uns et des autres sur les retraites.

Pour les tenants d’une « réforme à la dure » : l’espérance de vie croît mécaniquement. En matière d’espérance de vie, les Français gagnent en moyenne un semestre de vie supplémentaire tous les deux ans. Dans la population, la proportion des actifs qui financent les retraites des ainés, système de retraite par répartition oblige, tend donc à se réduire. Leur contribution est de surcroît mise à mal parce que nous rentrons, sinon dans une phase de récession, tout au moins dans une longue période de croissance très faible, accompagnée d’une remontée du chômage. Allonger la durée de vie au travail est donc l’unique solution : le gouvernement propose donc de reporter l’âge du départ à la retraite de 60 à 62 ans.

Scandale ! Cette réforme est profondément injuste, rétorquent l’ensemble des syndicats pour une fois, totalement unis pour une fois, et avec eux, une très grande majorité des Français. Avec des arguments tout à fait sérieux. A quoi sert-il de faire travailler les vieux alors que les jeunes, toutes les statistiques le montrent, ont le plus grand mal à rentrer dans le monde du travail ? Pourquoi établir une retraite à 62ans quand on sait que les entreprises cherchent le plus souvent, passé 50 ans, à se débarrasser de leurs « seniors » ? Pourquoi ces mêmes entreprises sont-elles si peu sollicitées par la réforme actuelle du système paritaire des retraites, puisqu’elles ne participeront qu’à 10% de l’effort demandé à l’ensemble des Français ? Pourquoi, alors que les écarts de richesse s’accroissent dans la société française, le gouvernement s’interdit-il de taxer fiscalement les citoyens les plus fortunés ? Pourquoi le gouvernement se refuse à stimuler la croissance, créateur d’emplois, alors qu’une baisse de 3 à 4 points du chômage réglerait définitivement la question du financement des retraites ?...

Au-delà de cet intéressant affrontement des thèses, les Français savent bien que l’allongement de la vie qui entraîne également une plus grande dépendance des personnes âgées et des dépenses médicales accrues, a nécessairement un coût. Ce n’est donc pas l’idée d’une réforme qui heurte mais les contours et les contenus de la réforme proposée actuellement par le gouvernement. Plus généralement, les classes populaires et moyennes ont parfaitement conscience qu’elles seront est de loin, les principaux victimes et contributeurs à la résolution de la crise financière actuelle (dont ils ne sont aucunement coupables) et aux déficits budgétaires qu’elle a entraînés. « Travailler plus longtemps pour gagner moins », l’idée d’une « double peine » en agace beaucoup.

 

« Mamie zinzin »

 

Dans ce climat, il était normal de voir fleurir dans les cortèges manifestants d’innombrables caricatures visant Eric Woerth et Mme Liliane Bettencourt. Mamie zinzin ? C’est bien sûr le surnom de liliane Bettencourt, une vieille milliardaire qui n’a plus aucune conscience de la valeur des chèques qu’elle distribue à foison à son entourage mais également aux partis politiques de la majorité actuelle. Ces accusations visent directement aujourd’hui Nicolas Sarkozy. Le président de la République paye également une réputation « bling-bling » et sa défense incompréhensible de son invention du « bouclier fiscal » qui protège efficacement les contribuables français les plus fortunés.

Eric Woerth, ancien trésorier de l’UMP et ancien ministre du Budget est l’actuel ministre du Travail qui défend depuis le 7 septembre, le projet de réforme des retraites devant le parlement. Cet homme politique embringué dans l’affaire Bettencourt, trimballant de nombreuses casseroles et « affaires » qui fleurent bon le conflit d’intérêts est un ministre usé et affaibli qui n’a plus guère l’autorité morale pour défendre une transformation impopulaire du système des retraites. Pourtant, Nicolas Sarkozy présente lui-même celle-ci comme « la réforme majeure » de son quinquennat. Et a affirmé à tous les Français le 14 juillet dernier qu’Eric Woerth était « honnête homme.

Jusqu’alors prudents sur ces affaires politico-judiciaires, les dirigeants des deux principaux syndicats, Jacques Chérèque pour la CFDT et Bernard Thibault pour la CGT ont, à la veille de la manifestation du 7, dans une déclaration commune, remis en cause Eric Woerth comme interlocuteur acceptable des partenaires sociaux dans la négociation sur les retraites. Une première dans l’histoire sociale française où la tradition veut que les syndicats ne réfutent jamais les interlocuteurs gouvernementaux, même si leurs militants réclament parfois avec vigueur leur démission mais uniquement dans les manifestations !

Beaucoup d’observateurs s’interrogent sur l’implication personnelle de Nicolas Sarkozy dans la défense de son ministre Eric Woerth. Certes, le président a promis un vaste remaniement après le débat parlementaire dont la durée a été raccourcie à une semaine dans chacune des deux assemblées. Débats express donc, pour « la plus importante réforme du quinquennat ». Au remaniement prévu, Eric Woerth perdra certainement son poste de ministre du Travail, voire de ministre tout court. Le sort du 1er Ministre, François Fillon est lui-même sérieusement en débat. Ce qui, paradoxalement, accroit sa (faible) popularité.

 

Nicolas Sarkozy « attentif »

 

Hier, à la sortie du Conseil des ministres, le Président de la République s’est déclaré « attentif » à l’inquiétude des Français. Mais il est resté droit dans ses bottes sur le report de la retraite à 62 ans, concédant quelques aménagements mineurs sur les « carrières longues » (les salariés qui ont commencé le boulot à seize, voire à 14ans) et quelques milliers de travailleurs qui souffrent d’un handicap professionnel.

Assuré de la majorité parlementaire,  Nicolas Sarkozy va donc passer en force. Ils humilient au passage les syndicats, CGT et CFDT en tête, qui se sont beaucoup investis. Ces derniers ne pourront pas se satisfaire sans combats, de la posture actuelle du gouvernement, sauf à perdre la face. Quant aux salariés, ils écoutent avec beaucoup d’attention le Parti socialiste qui a promis de revoir la réforme en cas d’alternance en 2012.

Nicolas Sarkozy fait le pari que les électeurs lui rendront gré et grâces, à la prochaine présidentielle, d’avoir tenu le coup face à la rue et d’avoir réussi à faire passer une réforme impopulaire mais inévitable. Pari risqué.

Nicolas Sarkozy devrait être également « attentif » aux statistiques soulignées par un économiste très classique, Patrick Artus. Dans un article intitulé « la déflation est là »*, il note qu’aux Etats-Unis, la productivité du travail a augmenté en un an de 6% et les salaires réels seulement de 1%. Au niveau mondial, la productivité de 3% et les salaires de 1,5% ». La situation européenne est beaucoup plus proche de la situation américaine, comme en atteste, l’explosion des bénéfices du « Cac 40 », l’indice boursier qui regroupe les cotations des 40 plus grosses entreprises françaises. Cela aussi, ça agace…

 

* Alternatives économiques, septembre 2010

Par pierremorville
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Jeudi 2 septembre 2010 4 02 /09 /Sep /2010 02:03

Septembre 2010 : les ruines du « Grand Moyen Orient »

Chronique parue dans le Quotidien d'Oran du 2 septembre 2010

 

C’était le projet phare de Georges Bush. Au résultat pour son successeur, deux échecs en Irak et en Afghanistan et l’éternel conflit israélo-palestinien qui dure toujours

 

Le Grand Moyen Orient constituait l’un des projets stratégiques des néoconservateurs américains. Comme le note le site Wikipedia, Georges Bush l’avait une 1ère fois évoqué sur l’appellation de  « remodelage du Grand Moyen-Orient »  le 26 février 2003 devant une réunion de néoconservateurs de l'American Enterprise Institute (AEI). Le projet fut élargi progressivement à 27 pays, allant de la Mauritanie à l’Afghanistan.

Lors de son discours sur l'état de l'Union du 24 janvier 2004, George Bush déclara : « Tant que le Moyen-Orient restera un lieu de tyrannie, de désespoir et de colère, il continuera de produire des hommes et des mouvements qui menacent la sécurité des États-Unis et de nos amis. Aussi, l’Amérique poursuit-elle une stratégie avancée de liberté dans le Grand Moyen-Orient ».

Le « remodelage » de cette vaste zone, très hétérogène tant sur le plan social, économique, ethnique qu’historique, avait surpris les observateurs de l’époque. Le seul trait commun du vaste ensemble défini par Washington, était une continuité non pas géographique mais bien religieuse : l’appartenance à l’Islam. Le second constat qui sautait aux yeux est que cette zone constitue, et de loin, la principale réserve pétrolière de la planète.

Les outils de ce « remodelage » restaient imprécis, mélange d’interventions militaires déjà en cours (Afghanistan - 2001-, Irak -2003- ), de pressions économiques directes ou indirectes (avec notamment une montée en puissance des firmes américaines), d'interventions de tous genres sur les gouvernements de la zone et des appels aussi verbeux que confus à un « renouvellement » de la démocratie. Curieusement, cette ambitieuse construction, pour le moins très idéologique, reçut le soutien, parfois peu enthousiaste, des autres puissances occidentales notamment européennes qui cosignèrent le « Partenariat pour le progrès et un avenir commun avec le Moyen-Orient élargi et l'Afrique du Nord » lors du sommet du G8 à Sea Island en juin 2004, sommet où furent également présents les représentants de l'Algérie, de l'Afghanistan, de Bahreïn, du Yémen, de la Jordanie et de la Turquie.  Côté militaire, le projet fut à nouveau examiné lors du sommet de l'OTAN des 28 et 29 juin 2004 à Istanbul.

 

« Gendarmes du monde »

 

A posteriori, on peut s’étonner du manque de lucidité des partenaires et alliés des Etats-Unis. Les chances d’aboutir étaient faibles d’emblée et par ce projet pharaonique et incertain, les Etats-Unis souhaitaient surtout redevenir, et de façon fortement démonstrative, les « gendarmes du monde », tâche qui leur serait naturellement attribuée au nom des « valeurs » de cette grande démocratie et de son poids de 1ère économie mondiale.

Un tel projet, bâti en partie sur le concept fumeux du « choc des civilisations », avait une forte connotation impériale. Toutefois, derrière l’outrance des discours, les repositions du gouvernement américain à l’aube du troisième millénaire, avaient des soubassements très concrets. Dans les années 90, avec la chute de l’URSS et du bloc communiste, les Etats-Unis, gagnants définitifs de la Guerre froide sont passées faute de concurrents, au statut envié de seule superpuissance mondiale. Dans le même temps, victoire remarquable, le capitalisme anglo-saxon a réussi à convaincre la planète entière, Chine comprise, que le seul modèle économique viable était celui d’un libéralisme économique hyper-financiarisé et mondialisé. Dans ce domaine, les enjeux étaient de taille, la dette des Etats-Unis (20% de la production mondiale) est égale à la moitié de la dette mondiale. A l’inverse, son budget militaire est égal à la somme des budgets militaires des autres états de la planète. Il ne fallait pas être grand clerc pour comprendre que la seconde caractéristique permettait de compenser la 1ère faiblesse. Dans cette perspective, le contrôle politico-militaire de la 1ére réserve mondiale de pétrole constituait en enjeu de taille.

Enfin, un élément conjoncturel a précipité les évènements. L’attaque des Twin Towers, le 11 septembre 2001 a frappé de stupeur l’opinion publique américaine. Davantage même que l’attaque japonaise sur Pearl Harbour en 1942, alors que les pertes étaient équivalentes : 3000 civils à New York contre 2400 militaires tués à Hawaï. Mais l’opération terroriste terrible, soudaine, inattendue contre le Word Trade Center visait une cible au cœur même des Etats-Unis, alors que l’opération japonaise ne faisait que confirmer la montée des tensions de l’époque entre les deux grands pays pour le contrôle du Pacifique. Revendiqué par Al Qaida, cet attentat de masse, dans un contexte de montée impétueuse d’un islamisme ultra-radical violent, n’a pu que favoriser pendant les dix dernières années une surenchère militaire de la part des Etats-Unis, longtemps soutenue par leur opinion publique.

De cette décennie de conflits, que reste-il ? Beaucoup de ruines et peu de solutions.

 

Afghanistan : les talibans mettent la pression

 

Après deux mandats calamiteux de Georges Bush junior, le peuple américain en a tiré lui-même les leçons. Il a élu un démocrate, Barak Obama, 1er Président afro-américain, bien décidé à nettoyer les bévues de son prédécesseur. Mais la tâche n’est pas aisée et les solutions proposées soulignent fortement la difficulté de sortir des errements passés.

En Afghanistan, on a assisté ces derniers mois à un curieux déballage de positions divergentes au sein même de la haute hiérarchie militaire américaine. Personne ne croit à une victoire mais certains veulent dégager le contingent dans les meilleurs délais, d’autres souhaitent partir, la tête haute, après un dernier baroud. Obama a tranché, il va réaffecter 30 000 GI’S dans les prochains mois. Dans les faits, après neuf ans de guerre et malgré un contingent de 113 000 personnes, les Etats-Unis et leurs alliés, ne contrôlent guère le pays limitant leur influence sûre à la capitale, Kaboul, où un gouvernement d’opportunité est mené par le président Hamid Karzai. Ce dirigeant nommé par les Etats-Unis, tente aujourd’hui de prendre ses distances avec celles-ci, proposant l’ouverture d’une négociation avec les talibans, les ennemis de toujours, issus de l’ethnie majoritaire du pays, les Pachtounes.

Les récentes révélations de documents internes à l’armée américaine sur le Net prouvent une fois de plus que les talibans sont très proches d’importantes fractions de l’armée pakistanaise, dont le gouvernement se réclame comme l’un des meilleurs alliés des Etats-Unis ! Les talibans repoussent d’ailleurs du pied les propositions d’apaisement de Karzai. Ils sont persuadés et ils n’ont peut-être pas tort, que la poire est mûre et qu’elle va tomber de l’arbre. Du coup, ils multiplient les attaques violentes, les attentats, les assassinats et les pressions sur les malheureux 2400 candidats qui ont le courage de se présenter aux élections législatives du 18 septembre prochain.

Sur un plan purement français : « Nicolas, quand est-ce qu’on retire nos troupes ? » (3300 soldats, l’Angleterre en ayant délégué 9000). Certains expliquent qu’il faut maintenir les troupes d’occupation pour permettre « l’aide civile ». Les contributions internationales sont importantes. Mais la reconstruction sur fond de guerre civile, est difficile et les fonds semblent peu profiter à la population civile et subventionnent par ailleurs largement les réseaux de corruption tribaux.

 

Irak : 1 août 2010, signal de départ des forces américaines

 

Après sept ans de guerre, le bilan est médiocre. Cet été, les troupes américaines ont commencé le grand rapatriement, ne laissant que la promesse du maintien de 50 000 soldats, pour quelques mois.

L’unité nationale de l’Irak a été définitivement détruite pour laisser place à trois formations ethnico-religieuses : le pays kurde au nord, une minorité sunnite au centre, une majorité sunnite au sud mais largement présente dans le reste du pays. Celui-ci n’a plus de gouvernement depuis six mois. Après les élections législatives, les députés des différentes factions ont été incapables de se mettre d’accord sur un candidat au poste de 1er ministre. L’administration générale du pays ne sait jamais remise de la décision étonnante des forces américaines qui, en 2004 ont chassé des rouages concrets du pays tous les fonctionnaires et militaires issus du parti Baas, c’est-à-dire la quasi totalité des responsables fonctionnels. La relance économique ? La production pétrolière est encore inférieure à celle sous la houlette de Saddam Hussein, malgré un formidable redressement des cours de l’énergie. Les attentas sont moins nombreux qu’avant mais la population vit dans la peur que le départ des dernières troupes américaines n’entrainent des règlements de comptes politiques mais également mafieux. Les pouvoirs publics irakiens partagent cette crainte et ont lançé un processus d'alerte sans précédent. Après un conflit démarré sur de supposées armes de destruction massive, une centaine de milliers de morts, la présence de 170 000 soldats US sur le sol irakien (et 4500 pertes), ce n’est un formidable bilan de sortie pour Washington.

Certes, l’armée irakienne de Saddam Hussein a été définitivement détruite, mais l’éclatement du pays a largement conforté l’Iran comme puissance régionale au grand dam des Américains et des Israéliens.

 

2 septembre : ouverture de nouvelles négociations israélo-palestiniennes

 

Certains pensent que la nouvelle diplomatie américaine va rattraper sa calamiteuse politique moyen-orientale en obtenant enfin, une vraie paix de compromis de sur le dossier israélo-palestinien. On veut bien le croire. S’ouvrent en effet aujourd’hui, 2 septembre, pour la 4ème fois depuis le compromis avorté d’Oslo en 1983, des négociations entre dirigeants palestiniens et israéliens. Sous la surveillance vigilante et personnelle, dit-on, de Barak Obama qui souhaiterait qu’aboutisse enfin, la vieille demande de « deux états pour deux peuples ». Acceptons-en l’augure.

On reste toutefois un peu sceptique. Benyamin Netanyou a bâti pour obtenir son poste, la pire coalition à droite de l’histoire politique d’Israël, mélange de juifs ultrareligieux, de représentants des « colonies » illégales installées tous les jours en Cisjordanie, et d’immigrants russes légèrement mafieux. Netanyaou a bâti toute sa culture politique sur l’idée que « céder un peu, c’est tout céder » et que les « promesses n’engageaient que ceux qu’y croyaient ». Mahmoud Abbas, affaibli par la scission de Gaza où domine un Hamas au mieux inconscient, au pire irresponsable, a peu de soutiens internationaux.

A Barak Obama donc, d’exercer sa férule. Le président ne manque pas de caractère, de détermination et d’idées à moyen terme. Il pourrait rentrer dans l’histoire comme le président américain qui a su régler cette vieille pomme de discorde dans tout le « Grand Moyen-Orient ». Il lui faudra pour cela exercer des pressions sensibles sur le gouvernement israélien. Mais il est fragilisé au plan interne par une économie flageolante et des élections de mi-mandat, dont les sondages disent qu’elles ne lui sont pas favorables.

D'autant que les propositions israéliennes qui émergent ces derniers jours, ne sont guère encourageantes. Netanyaou veut même mettre fin au moratoire qui suspendait la construction de nouvelles colonies. Le maintenir serait donc selon lui le « pas en avant » consenti parIsrael ! Seule avancée éventuelle, le statut de Jérusalem qui pourrait connaître une partition. Mais sur le reste, à ce jour, les positions de Tel Aviv ne changent pas : il faut un état israélien fort aux frontières totalement reconnues avec en face un « état palestinien » aux frontières « souples », sous tutelle, sans budget, sans autorité territoriale, sans monnaie, sans armée, sans liaison garanties entre la Cisjordanie et Gaza, sans ports ni aérodromes... Si les pourparlers de Washington aboutissent à une résolution du même tonneau, même écrite dans une langue diplomatique, ce serait une énième resucée d’un passé voué à l’échec, consolidant une situation qui reste totalement inacceptable.

Par pierremorville
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