Vendredi 31 décembre 2010 5 31 /12 /Déc /2010 09:42

(Chronique de Paris publié dans le Quotidien d'Oran du 30 décembre 2012)

 

La nouvelle année et le passage 2010/2011 sont la traditionnelle occasion du « regard en arrière et perspectives ». Mais que se passait-il, aux mêmes glissements annuels, il y a un siècle ou deux ?

 

Quand la chronique tombe aussi près du dernier jour de l’année, on est bien tenté de tirer le bilan de celle-ci. Une pensée vagabonde et certainement inopportune a plutôt mené à remémorer les débuts des 2èmes décennies des deux siècles précédents. Sur le plan de la méthode historique, cela ne vaut évidemment pas un pet-de-lapin. Mais la mise en parallèle montre parfois la coexistence de changements rapides et la persistance de pesanteurs longues.

 

1810 : le sommet de l’empire napoléonien

 

En ce début de siècle, le monde avait une capitale, Paris, et un nom hantait tous les pays, Napoléon Bonaparte. A dates régulières, un individu (Alexandre, César, Gengis Khan, Tamerlan, Charlemagne, Napoléon, Hitler..), porté par les évènements, les opportunités et sa propre ambition, se met à conquérir la planète. En général, si l’on met de côté la Rome impériale qui a su durer quelques siècles, l’aventure tourne court très vite. Porté par la Révolution française, Napoléon s’est mis à conquérir et à occuper les deux-tiers de l’Europe, à la grande colère de ses voisins qui se sont tous, à quelques exceptons, ligués contre lui. En 1809, l’éclatante victoire de Wagram, sur le Danube, contre les forces autrichiennes, voit l’échec de la Vème coalition anti-napoléonienne. 1810 fut donc une année plutôt calme, avec un Empire au mieux de sa forme. Napoléon réussit même à dissocier la Suède du front de ses ennemis en achetant sa neutralité par le « Traité de Paris ». Faute d’avoir conquis l’Angleterre par un débarquement de ses troupes, il maintient l’embargo des importations/exportations anglaises avec l’Europe, par sa politique de « Blocus continental ». En Espagne occupée depuis 1808, les Français rentrent le 1er février dans Séville. La position dominante de la France sur l’Europe lui rapporte de substantiels tributs financiers et économiques, mais la guerre et l’occupation, l’entretien de l’armée la plus puissante du monde coute très chers. Tiens, tiens, cela rappelle le poids du budget militaire américain… Par ailleurs, l’ancienne république est devenue une quasi-dictature. Dès 1807, la dernière trace du pouvoir représentatif a disparu, une « noblesse d’empire » est apparue. En 1810, Napoléon rétablit la censure et invente un concept nouveau, la « prison d’Etat » ou sont parqués des individus présumés coupables mais qu’on ne peut pas décemment déférer devant des tribunaux. N’est-ce pas sans nous rappeler l’actuelle Guantanamo ? Toujours est-il que la pensée juridique napoléonienne a la vie longue. En 1810, parait le 1er Code civil français qui perdurera… jusqu’en 1944 ! Poursuivant cette idée, en décembre de la même année, l’empereur fait passer le territoire national de 98 départements à 130, sur des territoires pris à ses voisins et proprement annexés : après la Hollande, le Piémont, la Ligurie, le Valais et les Etats pontificaux en Italie, deviennent départements français. Rome n’est plus que le chef-lieu de l’un de ces 130 départements et le Pape ramené à un vague poste de sous-préfet. Pour contrer le trafic commercial anglais dans la Mer Baltique, Napoléon annexe également le Hanovre, au Nord de l’Allemagne. Les ports de Brême, Hambourg et Lubeck se voient doter de douaniers français. Ce qui va déclencher la colère du voisin russe. Le tzar Alexandre 1er ouvre ses ports aux navires américains, pleins à ras-bord de marchandises anglaises. Et une chose entraînant l’autre, cela déboucha sur la guerre avec la Russie, 1ère cause de la chute de Napoléon. En attendant, la France s’étale de la Baltique à la Méditerranée, de l’Adriatique à l’Océan Atlantique. Elle compte 42 millions d’habitants.

 

1811 : Que viva Bolivar, el Libertador !

 

Pour Napoléon, c’est la dernière année tranquille. Il continue à mettre au pas le Pape. En France, les récoltes sont mauvaises mais les vendanges sont d’exception, elles restent dans les mémoires comme les « vendanges de la comète », du fait d’un astéroïde passant cette année-là dans le ciel. Le 1er empereur a un fils, Napoléon II, de sa seconde épouse, Marie Louise, fille de l’empereur d’Autriche. Ce bambin, « Roi de Rome » devint même Napoléon II, le second empereur des Français pendant 20 jours en 1815. Mais l’important se passe cette année-là en Amérique du Sud. La République du Venezuela est proclamée le 5 juillet 1810 ! Cette indépendance, la 1ère de l’Amérique latine, fut une conséquence inattendue des guerres napoléoniennes. L’invasion de l’Espagne par la France avait affaibli le pouvoir royal des Bourbons et fit se distendre les liens entre la « mère-patrie » et ses colonies, mais si ce terme dans son acception traditionnelle ne convient pas tout à fait à ces dernières. La personnalité à l’initiative de cette émancipation qui peut-être plus que l’Indépendance américaine, inaugura le vaste mouvement historique de l’anticolonialisme ? Simon Bolivar qui mena une longue guerre d’indépendance contre la tutelle espagnole au Venezuela mais qui contribua également de manière décisive à la libération de la Bolivie, de la Colombie, de l’Equateur, du Panama, du Pérou. Héritant du titre « d’el Libertador », il donna son nom à l’actuelle Bolivie, indépendante en 1825. Ayant séjourné en France au début de ce siècle, il fut influencé par la Révolution française et ne cachait pas être un fervent admirateur de Napoléon. D’où son gout pour les campagnes militaires et une certaine propension à l’autoritarisme. En 1826, il proposa aux anciennes colonies espagnoles de s’unifier, à l’exemple des Etats-Unis, sur un mode de fédération dont il serait le 1er président. L’affaire fit long feu, confrontée à la géographie du continent et aux intérêts particuliers. Rapidement constituées sur les ruines de l’empire espagnol, avec, comme souvent en Afrique actuellement, des frontières dessinées à la hâte, les jeunes républiques d’Amérique latine restèrent longtemps des démocraties fragiles où l’on ne comptait plus les coups d’état et les phases dictatoriales. Les guerres civiles ou les guerres entres états sont nombreuses : « grande guerre » en Uruguay, guerre péruano-équatorienne de 1858, guerre fédérale au Venezuela, guerre de la Triple Alliance, guerre du Pacifique, guerre civile chilienne de 1891, Guerre du « Chaco » entre la Bolivie et le Paraguay entre 1932 et 1935… La normalisation politique actuelle a du attendre la fin du XX° siècle avec la chute des dictatures en Amérique centrale, en Argentine et au Chili. Dans ces années-là, la région qui constitue actuellement la République algérienne, était sous vague domination ottomane. Alger, comme les ports de Tripoli et de Tunis, abritait des opérations de pirateries de biens et de personnes, le « corso ». Ce fut l’occasion et le prétexte de l’intervention des puissances européennes : les expéditions américaine de 1801 et 1815 (pour libérer quelques compatriote pris comme esclaves ; à compter de cette date, une escadre américaine mouillera en Méditerranée en permanence !), britano-hollandaise de Lord Exmouth en 1816 précédèrent l’invasion du pays par les Français en 1830 dont le piratage fut l’une des raisons officielles.

 

1910 : la République française adopte la retraite à 65 ans !

 

Le 12 février 1910, les députés adoptent en 1ère lecture, la loi sur la retraite à 65 ans. Combats-phare du mouvement syndical dès son origine, la retraite à un âge décent comme la journée de huit heures, furent deux revendications continues. L’institution de la caisse nationale des retraites pour la vieillesse (1850) l'allocation de subventions aux sociétés de secours mutuels assurant des retraites à leurs membres, l'organisation en 1905 de l'assistance aux vieillards et aux infirmes furent autant de précédents de la loi du 5 avril 1910. Cette loi fut définitivement adoptée par 280 votants contre 3. Cette butée des 65 ans alors qu’à l’époque de son adoption, l’espérance de vie était inférieure, a été, sous pression sociale, réduite progressivement à 60 ans, voire à 55 ou 50 ans pour certaines fonctions ou métiers difficiles. Un siècle plus tard, le 14 septembre 2010, exactement un siècle plus tard, la même Assemblée nationale revient à la norme de la « conquête sociale » de 1910, c’est-dire, la retraite à 65 ans ! L'Assemblée nationale adopte ce jour-là, malgré neuf mois de mobilisations et de manifestations monstres en France, le projet de loi de reforme sarkozyste des retraites dans une ambiance survoltée. Le texte a recueilli 329 voix pour (UMP et Nouveau centre) et 233 voix contre (opposition de gauche). C’est quelque chose, le progrès social, non ? Si la France domina le tournant du siècle précédent, Londres est vraiment la capitale du Monde depuis la fin du XIXème. Certes au début des années 1910, l’Angleterre n’assume que 14% de la production industrielle de la planète (contre 36% par les USA, 16% l’Allemagne et 6% la France), mais elle reste leader des échanges mondiaux avec une part de 30% des échanges (contre 41% en 1880). L’empire britannique, sur lequel « le soleil ne se couche jamais ! ») s’étend sur 32 millions de sur 32 millions de km² peuplés de 450 millions d’habitants. L’Angleterre développe l’habitat social, les council flats, et un Anglais sur deux se rend régulièrement aux bains de mer ! Quand on connaît les plages anglaises néanmoins, cela ne manque pas d’un certain courage… Le 31 mai 1910, nait « L’Union sud-africaine ». Le 31 mai également, nait Maurice Allais, le seul prix Nobel français en économie qui décède le 9 octobre 2010. Ce vieil économiste, ronchon et abrupt, a été l’un des très rares à prévoir l’inéluctabilité de la crise économique actuelle. « Ce qui doit arriver, arrive » expliquait-il en pure perte depuis 1998…

 

1911 : Sun Yat-Sen et la République de Chine 

 

En juin 1910 se tiennent au Mexique des élections qui donnent la majorité au général conservateur Porfirio Diaz au détriment du réformateur Francisco Madero. La contestation des résultats et l’aspiration de nombreux mexicains à une reforme agraire et à une plus grande démocratie aboutirent en février 1911 au démarrage de la « Révolution mexicaine ». Malgré le départ de Diaz en mai, le Mexique connaitra une guerre civile où s’illustreront Diego Rivera, Emiliano Zappata ou le journaliste anarchiste Ricard Magon. Cette sanglante guerre civile fit entre 500 000 et 1 million de morts sur une population de 16 millions. A l’époque, le Maroc intéresse les puissances occidentales, au 1er rang desquelles, l’Espagne, l’Allemagne et la France. L’Angleterre, alliée de cette dernière dans l’Entente cordiale, lui laisse les mains libres au Maroc. En 1905, Guillaume II courroucé débarque en grandes pompes à Tanger pour rencontrer le Sultan Abd Alem-Aziz. C’est le 1er incident sérieux, dit « le coup de Tanger ». En 1911, rebelote, c’est la crise d’Agadir ! En juillet 1911, l'Allemagne provoque un incident militaire et diplomatique avec la France, en envoyant une canonnière de sa Kaiserliche Marine dans la baie d'Agadir. Aux termes d'âpres négociations et en échange de territoires en Afrique équatoriale, un traité franco-allemand est signé le 4 novembre 1911. On n’est pas passé très loin du conflit armé ! Mais la Guerre de 14 se rapproche très vite… Mais la date la plus importante de 1911 (si l’on exclut le 6 février, date de la naissance de Ronald Reagan !), reste le 14 décembre en Chine, lorsqu’un gouvernement républicain est, à la suite d’une révolte dans la région de Wuchang en octobre, décrète une république provisoire, mettant fin à une dynastie vieille deux millénaires, les Mandchous. Rentré d’exil des Etats-Unis, Sun Yat Sen, réformateur et auteur d’un coup d’état manqué en 1985, est nommé président provisoire de la République de Chine. Curieusement, les préparatifs de cet anniversaire républicain semble mieux engagés à Taiwan qu’à Pékin…

Par pierremorville
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Jeudi 9 décembre 2010 4 09 /12 /Déc /2010 23:58

 

 "Chronique de Paris" publié le 9 décembre Quotidien d'Oran

 

L’intégration toujours plus forte des réseaux de communication réduit la notion de confidentialité. Au grand dam des états et des entreprises !

 

La police britannique a donc arrêté Julian Assange et livrera certainement le leader de Wikileaks à la justice suédoise, pour une très obscure mais très opportune histoire de mœurs. Le 18 novembre,  La justice suédoise avait lancé un mandat d'arrêt international surprenant à l'encontre de Julian Assange, dans le cadre d'une enquête pour "viol et agression sexuelle". Dix jours plus tard, cinq grands titres de la presse mondiale commençaient à publier le contenu de quelques 250.000 câbles diplomatiques américains dévoilés par le site WikiLeaks, provoquant un séisme politique. Le 29 novembre, les États-Unis parlent de « crime grave » et « d'attaque contre la communauté internationale » et menacent à leur tour Assange de poursuites. Depuis, le site Wikileaks n’est plus hébergé par le géant américain de l’Internet, Amazon. Le service de paiement en ligne PayPal a décidé de bloquer les transferts financiers vers le site qui se replie sur un distributeur suisse et subi de multiples cyber-attaques. Le 6 décembre, WikiLeaks publie une liste secrète d'infrastructures sensibles à travers le monde que les États-Unis veulent protéger d'attaques terroristes.

Avant de se rendre à la police britannique le 7 décembre, Julian Assange avait assuré vendredi que "les archives des télégrammes, ainsi que des documents américains importants et ceux d'autres pays, ont été répartis (...), sous leur forme cryptée, entre plus de 100.000 personnes". Le feuilleton n’est donc pas prêt de s’arrêter.

D’autant que seule une petite fraction des informations détenues ont été rendu publiques et l’on annonce dans un délai très proches des révélations dans un domaine très sensible, l’activité économiques des états mais également des sociétés privées, notamment dans le domaine bancaire et pharmaceutique. De quoi en faire trembler plus d’un…

 

Une sur-réaction américaine

 

Et pourtant ! Les 1ères informations diffusées n’avaient rien de scoops stupéfiants. Elles venaient le plus souvent confirmer des opinions qui circulaient dans les rédactions ou sur le Net. Comme l’explique un chercheur de l’IRIS, « Ceux qui s’attendaient peut-être à de véritables scoops seront donc certainement déçus d’apprendre simplement que les responsables politiques américains estiment que Sylvio Berlusconi est incompétent, que Nicolas Sarkozy est autoritaire, que Vladimir Poutine est un mâle dominant, ou encore que l’Iran n’est pas franchement le meilleur allié des Etats-Unis… En bref, rien de ce que l’observateur faisant preuve d’un minimum de bon sens n’a été en mesure de déceler il y a déjà bien longtemps, à moins de faire preuve d’une étonnante naïveté. Les Etats arabes qui craignent l’Iran ? Là non plus, rien de franchement nouveau. », constate le géopoliticien, Barthélémy Courmont qui s’étonne un peu d’une certaine sur-réaction américaine : Hillary Clinton qui était déjà monté en 1ere ligne lors des deux 1ères livraisons de WikiLeaks sur l’Irak et sur le dossier afghan, a de nouveau dénoncé le « caractère dangereux » de la publication de ces « secrets ». De son côté,  le Secrétaire à la Défense américain Robert Gates a déclaré que la divulgation de ces informations est dangereuse, en ce qu’elle est une entrave au travail des Etats-Unis et de leurs alliés « en matière de promotion de la démocratie et de la transparence ».

L’argument est un peu spécieux. On a vu également dans le même registre fleurir en France des positions d’intellectuels fustigeant « le caractère totalitaire de l’absolue transparence » en matière d’information ou de diplomatie. Byzantin.

Pourquoi une telle émotion ? Le nouveau « Cablegate », copié sur le célèbre « Watergate », a même obligé le Président Obama a modifié son calendrier pour se rendre en urgence trois jours en Afghanistan afin de réconforter ses troupes.

Le choc général enregistré dans les milieux gouvernementaux est donc disproportionné par rapport à l’évènement lui-même. Le néoconservateur américain William Kristol avait peut-être raison, lorsqu’il écrivait le 28 novembre dernier : « Dorénavant, une politique de « no comment » sur tout ce qui concerne ces documents devrait être la règle absolue. Aucune apologie, aucune plainte, aucune explication, aucune excuse. Aucun représentant gouvernemental présent ou passé ne devrait daigner discuter d’un quelconque de ces documents. Personne dans l’exécutif ne devrait en confirmer ou nier l'exactitude. Personne ne devrait s'empresser de rassurer des leaders étrangers sur quoi que ce soit, ou expliquer n'importe quel câble par un contexte particulier. (…) Il faut traiter ces fuites par le mépris ». C’est plutôt la colère qui domine le discours officiel.

 

Plus de secrets sur Internet !

 

Trois éclairages permettent de mieux comprendre cette émotion de l’exécutif US. Les messages diplomatiques qui ont été révélés jusqu’à présent, montrent des attachés d’ambassades américains commentant les évènements avec lucidité et un pragmatisme qui n’existe pas toujours dans le discours officiel de la Maison-Blanche. Cette absence de langue de bois est contraire à la tradition diplomatique faite de secrets et de demi-confidences. Toutefois, la manière, pour le moins légère, dont sont traités les gouvernements alliés des Etats-Unis va susciter quelques tensions et claquements de portes. Une dépêche révélée commentant la récente accession au pouvoir de David Cameron à la tête du gouvernement britannique, traite ce dernier de personnage « falot ». Il n’est pas sûr que l’Ambassadeur des Etats-Unis à Londres soit dans le prochains mois, accueilli à bras ouvert par un 1er Ministre anglais souriant et détendu...

L’affaire WikiLeaks confirme ensuite la formidable force du media Internet. Tout d’abord ses capacités de distribution permettent d’adresser instantanément de messages à plusieurs centaines de millions de destinataires individualisés. Mais le Net permet également d’élargir considérablement les sources et les modes de la recherche d’informations. L’intégration continue des réseaux électroniques, téléphoniques, informatiques et la facilité relative au piratage, font que dans l’univers virtuel, il ne peut guère y avoir de secrets durables, fussent-ils gouvernementaux. Aucun exécutif ne peut se considérer à l’abri, même des organismes étatiques très opaques comme le Parti Communiste chinois. Le PCC comprend, dit-on, 60 millions d’adhérents mais la Chine compte 420 millions d’Internautes, dont 364 millions connectés constamment en haut-débit (dont certainement beaucoup d’adhérents du PCC) !

L’Internet a également décomplexé le rapport à l’information et sa confidentialité. Sur les réseaux sociaux, Facebook et autres, les internautes rendent publiques et sans aucun complexe des informations concernant leur vie privée qu’ils auraient eu du mal à confier à leurs plus proches amis, il y a une dizaine d’années. De même, puisque l’on trouve tout sur Internet, il parait à chacun plus facile et quelque part « autorisé » de communiquer des informations sur son entreprise ou les administrations de son pays, y compris les plus discrètes.

La thèse officielle est que la source de ce grand déballage serait un jeune soldat de 23 ans désœuvré qui, avec une simple clé USB et un CD, aurait mis dans l’embarras de nombreux gouvernements dans le monde. Peut-être. Mais il faut savoir qu’un million de fonctionnaires américains ou personnes agrées ont accès aux mêmes sources. Ce qui accroit considérablement les possibilités de fuite et l’on peut même s’étonner qu’elles ne soient pas produites auparavant.

De même, le gigantisme pris par certains appareils accroit leur faiblesse. Les services de renseignements américains répartis entre 17 agences distinctes emploient dorénavant plus de 500 000 personnes. Et une partie des activités de renseignement ont été sous l’ère Bush, confiées à des organismes privés…

Les gouvernements vont sans doute vouloir à l’avenir beaucoup mieux corsetés leurs secrets d’état. Mais le pouvoir américain peut difficilement vouloir tout à la fois écouter en permanence grâce au réseau Echelon, toutes les communications téléphoniques et électroniques mondiales, traiter cette masse considérable de milliards d’informations au moyen d’ordinateurs et des réseaux de communication surpuissants et se sentir définitivement à l’abri de la moindre fuite, le nombre de celles-ci est tout à fait corrélative au nombre d’information traitées.

 

Le danger des menaces asymétriques

 

L’inquiétude et le courroux manifesté par les autorités américaines s’expliquent également par le fait que les Etats-Unis traversent une période d’adaptation difficile. Hyperpuissance, après la désintégration de l’URSS, les USA, après les nombreuses erreurs et faux-pas de l’ère Bush, voient aujourd’hui le poids croissant de puissances erreurs émergentes, au 1er rang desquelles, la Chine, qui souhaitent peser dans les enjeux économiques et stratégiques mondiaux. Si les Etats-Unis restent la puissance dominante, elle n’est plus la seule et devra composer avec le reste de la planète. Les piètres jugements (mais souvent nullement faux) émis sur un ton un peu méprisant par les services diplomatiques sur la personnalité de nombreux chefs d’état alliés, tels que révélés par WikiLeaks, ne facilitera pas l’acceptation de certaines exigences américaines outrancières. On pense notamment sur le front économique, à la « guerre » menées contre les autres monnaies mondiales parun dollar et Yuan largement sous-évalués, alors que le système bancaire américain est à l’origine sans être la cause unique, de la récession actuelle.

L’autre souci des autorités américaines semble bien être en relation avec la montée des « menaces asymétriques ». L’affaire WikiLeaks avec son équipe de pirates informatiques et d’espions en herbe, déstabilise une très grosse mécanique diplomatique. Dans un tout autre domaine, en septembre 2001, une toute petite poignée de terroristes réussit à traumatiser l’ensemble des Américains, la chute spectaculaire et meurtrière de deux tours au centre de New York étant vécue par l’opinion comme un second Pearl Harbour.

L’armée américaine, la plus puissante du monde, qui dispose d’un budget de défense équivalent à la somme des budgets de défense du reste de la planète, et qui est capable d’intervenir militairement et simultanément sur six ou sept front de guerres, va quitter l’Irak sans gloire, laissant un pays ruiné et divisé, et a le plus grand mal avec ses alliés à mettre au pas en Afghanistan, une guérilla islamiste peu nombreuse, mal armée, sans réelles bases arrières et sans doute, divisée. L’armée israélienne avait vécu les mêmes désillusions lors du dernier conflit au Liban où une opération militaire de conquête joyeuse s’était achevée dans la confusion et la retraite précipitée face à des troupes du Hezbollah largement inférieures en nombre et en armement.

Il n’y a évidemment aucun rapport entre Wikileaks et Al Qaida, entre des publications de documents diplomatiques et des opérations de guérilla. Mais, à tort ou à raison,  pour la perception de l’exécutif américain, c’est toujours la difficulté à gérer les conflits asymétriques où la 1ere puissance mondiale est menacée par des ennemis infiniment petits mais qui, déterminés, ont les capacités à s’immiscer dans les rouages d’une immense machine pour la saboter.

 

Neige

 

Comme on l’a dit, malgré l’affaire WikiLeaks, l’actualité internationale continue suscitant beaucoup moins de commentaires que le déluge d’articles qu’a réussi à générer Julian Assange : la Cote d’Ivoire a donc maintenant deux présidents et une partition qui se prépare. Les deux Corées sont passées très près de la guerre. La Conférence internationale de Cancun sur le réchauffement de la planète semble bien bloquée. Comme, dans un froid polaire, la France est couverte d’un épais manteau de neige, cette dernière nouvelle n’a guère ému mes concitoyens frigorifiés.

 

Par pierremorville
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Vendredi 19 novembre 2010 5 19 /11 /Nov /2010 21:02

(Chronique parue dans la Quotidien d'Oran du18 novembre 2010)

 

De sommet en sommet, Obama et Hu Jintao semblent n’être d’accord sur rien

 

Après le sommet du G20, L’Apec, « l’Association des pays de l'Asie-Pacifique » réunissait ses membres samedi dernier, à Yokohama, au Japon. Chinois, Russes, Américains et autres pays de la zone asiatique et nord-américaine, ont donc continué à échanger de façon certes, fort infructueuse et parfois sur un ton très aigre sur le devenir de l’économie mondiale.

Il est vrai que les conclusions du Sommet de Séoul, deux jours plus tôt, qui réunissait les 20 pays les plus riches de la planète (80% du PNB mondial !) ne brillaient pas, et c’est peu dire, par leur hardiesse à trouver quelques solutions à la crise économique, financière et banquière mondiale ouverte en 2008. Selon les chefs d’états réunis,  les "grands déséquilibres persistants" des comptes courants sauront évalués grâce à des "lignes directrices indicatives" qui devront être déterminées ultérieurement, à en croire le communiqué final. La déclaration publiée le 23 octobre à l'issue de la réunion des ministres des finances et des gouverneurs des banques centrales des pays du G20 était déjà particulièrement significative de l’absence de solutions communes, avec un style « langue-de-bois » économico-bureaucratique rarement atteint : "La persistance de déséquilibres importants, évalués à l'aune de critères indicatifs qui restent à définir, entraînerait dans le cadre du processus d'évaluation mutuelle une estimation de leur nature et des causes des entraves à l'ajustement, en veillant à prendre en compte les conditions nationales ou régionales, parmi lesquelles (celles des) gros producteurs de matières premières." Rompez le ban !

 

Monnaies : l’affrontement des intérêts nationaux

 

Il n’est guère étonnant que le Sommet du G20 ait, selon l’expression générale, « accouché d’une souris », celle-ci peut-être pas tout à fait mort-née, mais tout au moins en grave insuffisance respiratoire. L’affaire était entendue dès lors qu’à la veille du sommet de Séoul, la FED, la Banque centrale américaine annonçait publiquement l’injection de 600 milliards de dollars de liquidités, sous forme de rachats d’obligations de l’Etat américain, au grand dam de tous les autres participants du G20, un peu estomaqués par l’affaire. Barack Obama, mis en difficulté par les dernières élections et un chômage très élevé selon les critères sociaux américains, joue pleinement la carte « America first ». De ce point de vue, la décision de la Réserve fédérale est habile sur le plan technique : en faisant fonctionner la planche-à-billets verts, les Etats-Unis relancent leur économie, réduisent leur immense dette internationale, tout en réévaluant techniquement les monnaies de leurs principaux concurrents. Seul risque ? Une éventuelle pointe inflationniste aux Etats-Unis ? En période de menace de récession, le danger est marginal pour le pays qui possède la libre capacité d’émission de la seule monnaie internationale de référence.  

Le concert des protestations de bon nombre d’autres pays membres du G20 fleurait bon d’ailleurs, l’indignation hypocrite. Il est de réputation publique que le cours des monnaies des principaux pays émergents soit notablement sous-évalué.

La politique monétaire des principales puissances est en cohérence : à « America first », peuvent faire écho, « China only », « Japon d’abord », « Deustchland über alles », etc.

Ce retour à un nationalisme monétaire est explicable par l’ampleur de la crise qui secoue l’économie mondiale. Les gouvernements des puissances traditionnelles ont vu ces trois dernières années leurs déficits budgétaires et commerciaux s’accroître de façon vertigineuse, notamment en raison des fonds abyssaux versés pour sauver un système banco-financière pris de folie spéculative. Les pays émergents bénéficient d’une forte croissance mais l’essentiel de leur production prend la forme d’exportations dans les 1ers nommés. A défaut du développement encore insuffisant de marchés intérieurs développés, la Chine épargnante est devenu le 1er créancier des Etats-Unis, dettes libellés en dollars, et la valeur de celui-ci baisse…

Au résultat, la guerre monétaire actuelle, n’est que l’un des signes du dysfonctionnement général de l’économie mondiale avec la persistance d’une immense épargne qui contraste avec une très faible part des capitaux qui vont à l’investissement, la persistance de mouvements spéculatifs mondiaux, notamment sur les monnaies et les matières premières alimentaires (malgré le grand choc de 2008 !), un G20 qui considère qu’aucune régulation est possible à court terme, et que dans ce domaine, il ne faut faire confiance qu’aux marchés. Errare humanum est, perseverare, diabolicum…

Encore faut-il remarquer que ce très saint discours du « libéralisme globalisé » relève essentiellement de l’antienne « vertus publiques, vices privés » : ni la Chine, ni la Russie, ni l’Inde, ni même les Etats-Unis ne pratiquent en réalité le libre-échange ou le refus du protectionnisme qu’elles proclament hautement.

Le président chinois Hu Jintao en a du faire sourire plus d’un en dénonçant dimanche dernier au sommet des pays Asie-Pacifique "l'augmentation notable sous différentes formes" du protectionnisme dans cette région qui représente plus de la moitié du PIB mondial. Rappelons qu’aucune entreprise étrangère ne peut être présente sur le marché chinois sans accord à parité avec une société chinoise.

 

Incompréhensible (dés) Union européenne

 

L’Union européenne est le 1er marché mondial. C’est aujourd’hui un nain politique absolu. Jusqu’à présent, ces difficultés à « parler d’une même voix » sur la scène internationale pouvaient être mises sur le compte d’un apprentissage d’un système d’alliance novateur, basé essentiellement sur un Parlement européen et une monnaie commune, à mi-chemin entre un ensemble fédéral (à l’exemple des USA) et une association d’Etats-nations qui gardent chacun leurs prérogatives en matière de politique intérieure, internationale ou de défense.

Mais pour la 1ère fois, apparaissent des difficultés structurelles à une politique économique commune. Pour l’essentiel, du fait de l’Allemagne. Sous l’influence de ce pays, l’Europe est le seul ensemble régional important qui se félicite à la fois de sa totale ouverture mondialisée (aux marchandises et aux capitaux) de son refus de tout protectionnisme (sauf avec les pays du continent africain), du taux surélevé de sa monnaie, d’une rigueur budgétaire drastique qui empêche toute politique d’investissement concertée et qui menace sérieusement la consommation intérieure aux 27 états-membres.

Disons que cette vision des choses n’arrange que l’Allemagne, la Hollande et un deux pays nordiques. Ces pays bien gérés, sont fortement exportateurs et engrangent des résultats positifs grâce à un Euro fort. Le reste des pays-adhérents, notamment au sud et à l’est de l’Europe, qui vivent essentiellement sur le marché intérieur européen, sont menacés d’asphyxie par une politique en apparence « vertueuse » mais en réalité basée sur des intérêts nationaux bien compris. En période de crise mondiale, une politique budgétaire d’une extrême rigueur, asphyxie l’investissement et la consommation. D’où des tensions internes à l’UE qui ne pourront être que croissantes, d’autant qu’Angela Merckel, qui s’est montrée très peu solidaires des attaques spéculatives contre la Grèce, le Portugal, l’Irlande, demain contre l’Espagne ou l’Italie, a tendance à se comporter comme la maîtresse sévère de l’Europe.

Cette division inquiétante de l’UE qui s’avère largement incapable de faire peser son poids économique et politique sur les enjeux internationaux est renforcée par une stratégie constante de Washington qui, de Bush à Obama, considèrent que l’Europe, « c’est un machin qui n’existe pas ». La diplomatie américaine, considérant dans tous les cas, les Européens comme alliés d’obligation, jouent depuis des années sur les contradictions politiques au sein de l’UE (OTAN, Irak, relations avec la Russie, Turquie..).

Pourra-t-elle maintenir longtemps cette posture un peu méprisante ? Non, si elle souhaite s’entourer de vrais alliés. Car l’Amérique a perdu en quelques années le rôle de super puissance ou même d’hyper-puissance qu’elle avait conquis après la chute du Mur de Berlin. Après les gabegies de type impérialiste dans les conflits moyen-orientaux, les Etats-Unis qui portent la 1ère responsabilité dans la crise économico-financière, actuel, ne peuvent plus s’adresser aux autres nations comme à des vassaux. C’est d’ailleurs ce que leur ont fait sentir les 19 autres membres du G20 qui ont parfaitement perçu que les Américains souhaitaient exporter la récession, fut-ce au prix d’importer chez eux un peu d’inflation.

 

Chine, ambitions impériales

 

La Chine a-t-elle un regard si différent sur les pays européens, souvent regardés comme puissances passées,  de surcroît avec une histoire fortement teintée de guerres et de colonialisme ? Le constat n’est pas nécessairement faux, notamment sur l’histoire des deux derniers siècles. Mais il perce là un nouveau discours dominant et tout aussi nationaliste.

L’une des principales difficultés de Pékin, c’est que surtout ses voisins régionaux se méfient d’elle. L’Inde qui sera dans une décennie, le pays le plus peuplé de la planète a ses exigences économiques et elle supporte mal les empiètements sur le Tibet et les comportements du Pakistan, principal allié de la Chine dans sa zone. La Russie considère d’un mauvais œil, la pénétration des centaines d’immigrants chinois en Sibérie et souhaite conserver une mainmise sur les ex-républiques soviétiques d’Asie centrale.

Le cas le plus probant des mauvaises relations de la Chine avec son voisinage est celui de la « Mer de Chine ». Cet espace maritime considérable représente une surface considérable qui va du Japon à l’Indonésie, de la Thaïlande aux Philippines. Cette portion de l’Océan Pacifique représente une surface de 3, 5 millions de km2 et est bordé par les côtes de dix pays différents. Pour comparaison, la Méditerranée a une surface de 2,5 millions Km2 (3 avec la Mer Noire) et recueille 22 pays côtiers.

La Chine depuis plusieurs années semble tentée de transforme la Mer de Chine en « mer chinoise », notamment par la revendication d’ilots qui élargirait fortement ses frontières maritimes. Deux de ces archipels, les îles Paracelse et les îles Spratly font l'objet d'un conflit territorial  entre Taïwan, les Philippines, la Malaisie, Brunei, l'Indonésie et le Viêt Nam. Des ressources énergétiques y existeraient mais la motivation chinoise est pour l’essentiel, stratégique, avec la volonté de contrôle des voies maritimes en provenance du Moyen-Orient ou à destination des pays importateurs.

Les revendications chinoises ont récemment donné lieu à des tensions vives avec le Japon pour la revendication d’ilots inhabités. Les deux pays ont décidé de normaliser l’affaire en marge du sommet de l’Apec mais Le Premier ministre japonais Naoto Kan, qui a rencontré le président chinois Hu Jintao samedi, a toutefois réaffirmé dimanche que l'archipel au cœur du contentieux sino-japonais appartenait bien selon lui au Japon.

Rappelons enfin dans le contexte actuel, que si la Chine a eu très peu de conflits extérieurs (sauf une aide militaire importante non officielle lors de la Guerre de Corée et une invasion infructueuse du Viêt-Nam en mars 1979), son gouvernement prend souvent un ton nouveau et menaçant vis-à-vis des ses voisins immédiats.

Ces derniers voient donc naturellement les Etats-Unis comme un contrepoids rassurant.

 

Nouvelles de France : Buzz-buzz, François Fillon

 

Nicolas Sarkozy va présider pendant un an le G20. Il a du boulot !

Il a récemment reçu de façon princière, Hu Jintao en France, ce dernier lui concédant 16 milliards d’euros de contrats dont beaucoup étaient déjà dans les tuyaux. Mais, c’est bon à prendre !

Après avoir annoncé avec force qu’il souhaitait remanier en profondeur son gouvernement, il a mis cinq mois pour prendre la décision hardie de remplacer François Fillon, 1er ministre… par François Fillon, 1er ministre. Ca, c’est de l’annonce !

Par pierremorville
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Mercredi 3 novembre 2010 3 03 /11 /Nov /2010 23:50

Je rappelle toujours le nom et les propos des personnes que je cite, sur ce site par définition totalement bénévole et d'une audience fort mesurée. Par précaution, je reprends "en copié-collé" ces citations in extenso. Des génies médiocres accolent, sur leurs sites de publications, des "surfaces blanches" pour préserver leur petit patrimoine de propos rapportés, voire garantir leurs propres voleries. En vue d'un copyright ?

Ce qui crée pour mes lecteurs, cette "surface blanche".qui choque à l'oeil.

Petits métiers, petites gens, petites moeurs.

Mais pour m'en consoler et rassurer mes lecteurs (toujours en nombre insuffisant !), je rappelerai ce propos immortel de Wilson Mizner : " si vous copiez le texte d'un auteur, c'est du plagiat. Si vous faites la même chose avec plusieurs auteurs, c'est de la recherche !"

Par pierremorville
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Mercredi 3 novembre 2010 3 03 /11 /Nov /2010 23:16

"Chronique de Paris" publiée dans le Quotidien d'Oran du 4 novembre 2010 

 

 

Obama, à la tête de la principale puissance mondiale est en difficulté. Hu Jintao, le secrétaire général du Parti communiste s’est fixé comme objectif de faire de son pays une “société harmonieuse” et multiplie apparemment les succès et les ambitions

 

Le parallèle est douloureux. A quelques heures près, s’achevait la formidable exposition universelle de Shanghai quand débutait l’ouverture des premiers bureaux de vote où les Américains allaient renouveler ou non les mandats de leurs sénateurs et représentants.

C’est le 1er ministre Wen Jiabao  qui a clôt l'expo de Shanghai 2010 qui a duré 184 jours. 246 pays et organisations internationales y ont participé. Le vice-Premier ministre Wang Qishan en a rajouté dans le discours de clôture :

« Plus de 2 millions de volontaires y ont contribué et 73,08 millions de visiteurs l'ont visitée (…) Tout cela a créé l'exploit de l'expo de Shanghai. Cette période merveilleuse restera un souvenir inoubliable pour nous ».

 

Pour Obama, la douche froide  

 

Parions que de son côté, Barack Obama ne conservera pas de ces élections de « midterm », un « souvenir inoubliable ».

 « Un raz de marée rouge » titraient les médias américains. Aux Etats-Unis, le rouge n’incarne pas le symbole révolutionnaire bien connu, c’est la couleur fétiche du Parti Républicain. Le président américain, qui a tracé les premières perspectives post-électorales lors d'une conférence de presse hier, avait appelé dans la nuit les leaders républicains, le représentant John Boehner et le sénateur Mitch McConnell, pour leur faire part de sa volonté de travailler avec eux. Selon les projections des chaînes de télévision, les républicains gagneraient au moins 50 sièges jusque là détenus par les démocrates, bien plus que les 39 qui leur étaient nécessaires pour faire basculer la Chambre des représentants. Il faut remonter à la vague républicaine de 1994, au milieu du premier mandat de Bill Clinton, pour retrouver trace d'une telle percée: le « Grand Old Party » républicain avait alors conquis 54 sièges. Au Sénat, en revanche, où 37 des 100 sièges étaient concernés, les démocrates ont survécu à la marée républicaine.

La messe est dite, comme on dit dans l’Europe catholique. Après un grand coup de barre à gauche avec l’élection en 2008 du 1er président sang-mêlé mais clairement progressiste, les électeurs américains ont clairement voté à droite.

La prise de contrôle de la Chambre des représentants par les républicains risque de se traduire par une situation de blocage législatif, une réduction de la marge de manœuvre d'Obama et un durcissement du combat politique sur les questions de la fiscalité, du contrôle des dérives de « l’industrie financière », de la prévention des changements climatiques ou encore de l'immigration.

Barak Obama connaît donc son 1er revers sérieux. Il peut se consoler en se rappelant que Bill Clinton avait lors de son 1er mandat, subi lui aussi un revers électoral d’une même ampleur, ce qui ne l’avait pas empêché d’être triomphalement réélu pour un second mandat deux ans plus tard.

Il n’empêche. Tout d’abord parce que l’histoire ne se reproduit pas à l’identique, ensuite parce que les premiers pas du nouveau président ont été marqué par une certaine valse-hésitation. Le nouveau président avait beaucoup promis, il n’a pas tout tenu, et de loin. C’est là l’essentiel des critiques de son aile gauche. Obama avait en effet donné des garanties aux classes populaires et moyennes américaines. « La classe moyenne est dévastée. Et sa disparition est bien plus menaçante pour la stabilité à moyen terme que la crise financière qui a vu 3000 milliards de dollars d’argent du contribuable versés à Wall Street. Des chiffres ? Depuis la fin de 2007, nous avons perdu plus de 4,8 millions d’emplois. Un Américain sur 5 est sans emploi ou sous-employé. Un crédit immobilier sur 8 mène à la saisie. Un Américain sur 8 vit de bons alimentaires. Chaque mois, plus de 120 000 familles se déclarent en faillite. La crise économique a balayé plus de 5000 milliards de fonds de retraites et d’économie »*. Ce réquisitoire vient d’une « obamiste » connue. Arianna Huffington, économiste et épouse de milliardaire fait partie de la gauche « libérale 3 ; Aux Etats-Unis, traduisez, gauche radicale. Elle vient de publier un brulot au titre évocateur – « Third Word America »-, l’Amérique du tiers-Monde…

 

Yes, we can ?

 

Il ne faut pas accabler Barack Obama. Le pauvre n’a pas été épargné par le calendrier. Il a été placé à la tête des Etats-Unis au moment où ce pays subissait la plus grave crise économique et financière depuis 1929. C’est d’ailleurs l’une des raisons de son succès électoral. Mais les électeurs attendent des résultats. Qu’on ne peut leur donner, pour cause de crise…

Le président américain, confronté à un aggravement vertigineux de la dette extérieure et du déficit budgétaire a néanmoins réussi à entamer une réforme d’importance, celle des régimes de santé. Avec beaucoup d’efforts et des résultats à long terme. Pays riches pendant des décennies, les Etats-Unis disposent d’un très maigre filet social en matière de dépenses de santé, renvoyées pour l’essentiel à l’épargne de chaque salarié. Pas de problème quand le travail abonde… Mutualiser les dépenses collectives était donc une excellente idée, permettant une redistribution du risque et donc des richesses.

Hélas, la principale préoccupation des Américains, aujourd’hui c’est l’emploi. Dans une société convaincue des avantages de la flexibilité du job (« Je perds un boulot le matin, j’en retrouve un le soir »), la montée brutale de 2008 d’un chômage long et persistant a fait traumatisme. La crise financière entrainant une récession sans précédent a quasiment fait doubler le nombre de demandeurs d’emplois. 9, 60% de chômeurs, c’est un seuil douloureux en Europe ou dans d’autres pays. C’est inacceptable aux Etats-Unis qui ne disposent pas de filets sociaux de protection à l’européenne, ni même souvent des relais de solidarité locales ou familiales, cette dernière ayant largement implosée.

Conscient de ce risque d’implosion sociale, Barack Obama avait relacé la vieille idée rooseveltienne d’un programme de « grands travaux », visant à renouveler les infrastructures du grand pays et offrant des millions d’emplois à une population en demande.

Il n’a pas trouvé au sein même de son parti, le Parti démocrate, la majorité nécessaire.

A-t-il perdu pour autant ? Barack Obama est un stratège, froid, distancié, convaincu de la justesse de son orientation. Dans l’imagerie populaire, chaque Américain était convaincu que, le hasard venant, il pourrait allait boire une bière au bistro du coin avec Bill Clinton ou Georges Bush. Avec le glacial et intellectuel Obama ? Même pas en rêve !

Mais celui-ci a les qualités de ses défauts. Il a sauvé l’essentiel aux lendemains de ces élections, le Sénat (à un siège près). Il dessine surtout depuis quelques mois, une stratégie froide et brutalement recentrée : « l’Amérique, d’abord ».

 

Le banquier chinois 

 

Son arme essentielle s’appelle le dollar. Le dollar restant la monnaie de référence internationale, le gouvernement américain confronté à une sévère et durable récession, des déficits budgétaires peu réductibles et une dette pharamineuse qui pèse à elle seule, la moitié de la dette mondiale a toutes les raisons de pencher pour faire fonctionner la « planche à billet vert ». Certes, rétorquent les économistes classiques, le poison de l’inflation est alors introduit. Mais quand on est endetté, l’inflation est un pur bonheur, sauf pour votre banquier…

Ce raisonnement très grossier, indigne des subtilités de la science économique académique, n’est hélas pas très éloigné de la triviale réalité.

Surtout quand on sait que, dans le cas des Etats-Unis, le banquier en question, s’appelle la Chine.

Ce pays possède en effet une large part des obligations de l’Etat américain mais dans le même temps, il a notamment un besoin absolu du marché américain pour exporter ses infinies nouvelles productions.

Tout à la joie qu’elle ressent de redevenir une très grande puissance, la Chine est néanmoins confrontée a trois problèmes dorénavant récurrents : des tensions sociales qui peuvent devenir fortes à tout moment, un imbroglio politique et des voisins qui se méfient de plus en plus d’elle (2ème partie).

Contrairement à d’autres pays émergents, la Chine n’a jamais été conquise, elle n’en a pas moins ressenti l’humiliation des expéditions coloniales et le prix d’une guerre sans merci avec un Japon totalitaire. Un couple d’universitaires chinois, Jin Guantao et Liu Qingfeng, a donné récemment une analyse particulièrement intéressante parue dans Courrier international.

Ces chercheurs rappellent que la période de très forte croissance que connaît actuellement leur pays n’est pas la 1ère du genre : « La Chine a connu pendant cette période deux phases de croissance économique rapide. Une première, des années 1900 à 1920, et celle que nous connaissons actuellement, qui a débuté en 1979 (avec le lancement de la politique de réformes par Deng Xiaoping). Il est sans aucun doute intéressant de rapprocher ces deux périodes de croissance, et de comprendre pourquoi la première s’est interrompue », s’interrogent-ils.

 

Le précédent des années 20

 

Devenue en 1911, grâce à Sun Yat-Sen, la plus grande république du monde, la Chine rurale et féodale s’est très rapidement développée, intégrant très rapidement déjà toutes les technologies occidentales. Mais « pourquoi cette première période de modernisation n’a-t-elle duré qu’un peu plus de vingt ans ? Parce que la transformation rapide de la société va créer des problèmes insolubles. Les réformes entreprises à la fin de la dynastie des Qing s’inspirent entièrement des institutions politiques et économiques occidentales (et japonaises), et, tandis que les élites et leurs capitaux se dirigent vers les villes, les campagnes manquent d’écoles et d’organisations sociales. Les villes côtières se modernisent rapidement, pendant que l’intérieur agricole stagne », poursuivent les mêmes universitaires qui formulent à juste raison une comparaison avec l’actuelle situation de la Chine. Ce grand pays est en effet confronté à un déséquilibre social intérieur grandissant entre des gigantesques agglomérations en fort développement un pays intérieur en stagnation. De même, l’apparition d’une minorité « d’hyper-riches » et d’une classe moyenne émergente ne doit pas faire oublier l’existence dans un pays de plus d’un milliard d’habitants, de centaines de millions d’ouvriers, d’employés et de paysans aux conditions de vie très précaire. Que ce soit sous la Chine impériale, dans la période des années 20, sous Mao ou aujourd’hui, la Chine reste selon ces deux chercheurs, dans la plus grande difficulté à sortir du modèle confucéen classique, celui d’un « gouvernement par la Loi » mais qui n’est en aucun cas un « Etat de droit ». Il existe en Chine une permanence, « la forte capacité de contrôle d’une bureaucratie unie autour du pouvoir impérial (ou autre), avec un refus de toute réforme en période de stabilité sociale ». Au risque d’explosions sociales incontrôlables et cycliques, comme le fut la prise du pouvoir par le Parti communiste ou la Révolution culturelle.

Le boom de l’économie chinoise (plus de 10% de croissance annuelle) impose une modification des règles brutales et contraignantes qui régissent la société civile et incarcère le débat politique  Ne serait-ce que pour juguler une corruption qui s’avère galopante. Mais dans une société corsetée, l’initiative ne peut pas être prise par des opposants aussi minoritaires que courageux, même soutenus par l’extérieur honni, tel Liu Xiaobo, une figure du mouvement démocratique chinois de ces vingt dernières années et un initiateur de la Charte 08 qui vient de recevoir le Prix Nobel de la Paix, au grand dam de Pékin. Cette initiative doit partir de la tête du système.

 

  

* Le Monde Magazine du 30 octobre

 

Par pierremorville
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