Mercredi 9 février 2011 3 09 /02 /Fév /2011 11:59

 (Chronique parue dans le Quotidien d'Oran du 3 janvier)

 

L’hiver démocratique arabe fait valoir autant l’exigence démocratique populaire que la nécessité d’améliorer les conditions de vie quotidienne dans une conjoncture économique internationale difficile

 

Surprenante, stupéfiante, irrésistible, exaltante, la trainée de poudre démocratique se répand dans le monde arabe, en Tunisie, en Egypte, avec des premiers soubresauts en Jordanie, au Yémen et ailleurs… Gageons que ces évènements sont regardés avec étonnement, attention et sympathie par de nombreuses populations du Maghreb et du Machreck. Mais pas seulement... Cette application en apparence simple de la démocratie directe pourrait bien donner des idées à beaucoup d’autres peuples en Afrique, en Asie et même… en Europe, pour ne pas citer tous les continents.

Car la portée universelle des évènements à Tunis ou au Caire tient d’abord à la force extraordinaire longtemps niée, minimisée ou contestée de la volonté populaire quand elle est portée par une profonde aspiration démocratique longuement réprimée. Il y a moins de deux mois, Zinedine Ben Ali et Hocine Moubarak apparaissait comme des dirigeants solidement assis, bénéficiant du soutien, certes très désenchanté et craintif, d’une majorité de leur population, contrôlant strictement partis et médias, dotés  de forces de répression qui obéissaient au doigt et à l’œil, jouissant de l’estime et de la considération diplomatique des grandes puissances de la planète. L’ex-président tunisien est aujourd’hui en fuite, les justices européennes se mettent même à s’intéresser à sa fortune off-shore, une manière de rattraper le silence assourdissant durant des décennies, des gouvernants européens pourtant parfaitement au fait du niveau incroyable de corruption atteint par le système Ben Ali.

Quant à Hosni Moubarak, il a, sous une vive pression américaine, a concédé du bout des lèvres qu’il ne se représenterait pas aux élections de septembre prochain. Il est loin d’être certain que cette annonce calmera les millions d’Egyptiens qui manifestaient mardi dans les rues égyptiennes…

 

Le grand désarroi des « élites »

 

Pour sa 41e édition, le Forum économique mondial, qui s’est tenu du 26 au 30 Janvier dans la luxueuse célèbre station suisse de Davos, ambitionnait de fédérer ses 2500 participants représentant le gotha mondial des affaires, du monde académique, de la société civile et de la politique autour des «valeurs partagées pour une nouvelle réalité». Hélas, celle-ci parait bien opaque et l’avenir très incertain. Quant aux valeurs recherchées, les élites mondiales inquiètes et ramenées à beaucoup de prudence, ont eu le plus grand mal à les définir.

Pointait seulement ici et là l’idée que la "globalisation souriante" était un discours de plus en difficile à vendre à la population de la planète.

L'époque où une petite partie de la population gagnait suffisamment pour ensuite redistribuer leurs avoirs à leur entourage est révolue, a soutenu Chanda Kochhar, l'administratrice générale de la plus importante banque privée de l'Inde, la ICICI Bank. Elle a affirmé qu'il fallait revoir le modèle économique de sorte que les moins nantis puissent participer à la croissance économique.

Les débats à Davos ont finalement fait apparaître une division des participants en deux camps bien distincts : d’un côté des pays émergents forts de leur réussite économique souvent à des croissances à plus de 6% (Brésil, Inde, Russie et Chine créeront bientôt la moitié de la production mondiale), et n’hésitant pas à se montrer en exemple de saine gestion budgétaire, de l’autre les économies occidentales désignées comme facteurs d’instabilité à cause de leurs déficits budgétaires.

La croissance mondiale prévue cette année est de 5%, mais elle sera très inégalement répartie et restera très faible dans un très grand nombre de pays et…, dans les pays occidentaux. La crise financière et bancaire ouverte à l’automne 2008 et qui est loin d’avoir épuiser ses effets, a en effet obligé les gouvernements occidentaux de parer au plus pressé pour sauver le système, avec une aggravation très nette des déficits budgétaires. D’où l’obligation d’une cure de désendettement longue et douloureuse, la baisse du pouvoir d’achat, l’érosion des systèmes de retraites, le chômage et les emplois précaires qui touchent surtout les jeunes. Bref ! Pour que les entreprises économies occidentales puissent profiter de la croissance des pays émergents, les populations occidentales devront se serrer la ceinture, au risque de voir apparaître un «nouveau mai 1968», vieux spectre rémanent que le président du Forum économique mondial,Klaus Schwab,n’a pas hésité à évoquer. Brrr !

Dans le reste de la planète,  les très inégales espérances de croissance sont menacées par la forte remontée de l’inflation constatée dans de nombreux marchés, dont celui des matières premières. C’est la hausse des denrées alimentaires qui sont directement à l’origine de la crise égyptienne et cette montée brutale des prix de denrées essentielles pour les populations est et sera la cause de nombreuses tensions sociales dans toute la planète.

Les sommets qui se succèdent n’apportent guère de solutions pérennes au grand désordre systémique qui se prolonge sur les plans financier, bancaire, économique et monétaire : le prochain G20 avalisera sans nul doute la sous-évaluation volontaire du dollar et du Yuan et une fois de plus, la régulation toujours promise du système financier butera encore sur un secteur bancaire qui défend âprement ses prérogatives prédatrices et une surliquidité monétaire mondiale qui encourage toutes les formes de spéculation.

Incapables de réponses sur le plan économique, les principales puissances semblent tout aussi désarmées sur le plan politique. Les mouvements démocratiques actuels ont largement pris de court les gouvernements occidentaux et autres Grands de la planète. Certes, leurs inquiétudes portent d’abord sur les équilibres géopolitiques dans une grande région méditerranéenne et moyen-orientale toujours vécue comme à haut risque. Mais il y a également des craintes plus intérieures : l’exemple d’un surgissement populaire démocratique réussi  pourrait-il faire « boule-de-neige »  s’inquiètent les puissants, dans d’autres régions dominées par eux, dans leurs zones frontalières, voire carrément chez eux ? Des pays autoritaires comme la Chine ou la Russie détestent les mouvements démocratiques intempestifs, les Etats-Unis et l’Europe s’inquiètent de la stabilité à terme de « régimes amis ». Et le spectacle exubérant de peuples qui en quelques jours, passent de la résignation à la colère, décidant soudainement que trop, c’est trop et « game over » pour des pouvoirs soudainement à la dérive, inquiètent tout dirigeant en place : et si nos peuples faisaient de même ?...

 

Les craintes occidentales : contagion et islamisme

 

Les puissants peuvent se néanmoins se rassurer : rien n’est vraiment joué en Tunisie comme en Egypte et si le 1er acteur de la transformation démocratique est bien dans les deux cas, le peuple, il faut noter que les deux armées y jouent un rôle essentiel. C’est l’armée tunisienne qui a imposé la fuite de Ben Ali et l’armée égyptienne a, en début de semaine, soutenu comme « légitimes » les aspirations et revendications populaires à une plus grande démocratie. Mais après les grandes manifestations de mardi, l’état major appelait les Egyptiens a dorénavant rester chez eux…

La consolidation du processus démocratique peux buter sur deux écueils : une radicalisation sociale peut entraîner une logique du « toujours plus » pour des catégories qui ont subi depuis de nombreuses années une logique du « toujours moins ». La déstabilisation voire la désagrégation des structures administratives, l’inexistence ou la fragilité de partis d’opposition réprimés ou contraints à la clandestinité, peuvent contribuer à la désorganisation générale. C’est le cas notamment en Tunisie. D’autre part, si une alternance se confirme, le nouveau pouvoir en place devra redresser d’urgence une situation économique dans une conjoncture internationale très dégradée : « C’est donc à un besoin massif de pain et d’emploi que les gouvernements devront avoir à faire face. Là réside la véritable menace : une pression insoutenable sur la stabilité de tous les modèles de gestion », note Jean-François Daguzan, rédacteur en chef de la revue Maghreb-Machreck. D’autant que les investissements étrangers ne se précipiteront pas dans des pays déstabilisés que les inévitables agences de notations condamneront inévitablement à de mauvaises notes.

Au scénario démocratique chaotique propre à chaque « révolution », les grandes puissances préféreraient de beaucoup un scénario militaire qui révélerait une fois de plus un « homme providentiel » qui garantirait la paix civile et rassurerait les investisseurs étrangers comme les bourgeoisies locales. Mais, ce schéma optimiste bute sur la radicalité de mouvements populaires qui jusqu’à présent refusent le "modèle chinois" – la croissance sans la démocratie- et réclament avec force et l’une et l’autre. Enfin, en Tunisie comme en Egypte, où l’armée est bien plus puissante, la radicalisation politique pourrait bien gagner les rangs des militaires, à l’exemple de la Révolution des Œillets » au Portugal, en 1974. Si les Etats-Unis jouissent d’une influence certaine sur les deux armées, il est faux de penser que ce pays pilote à distance les processus en cours. Principal bailleur de fonds de l’Egypte, Washington semble avoir été désarçonné par l’ampleur et l’accélération de la remise en cause de Moubarak.

L’autre grande menace brandie en toute occasion part les chancelleries occidentales est l’inévitable « menace islamiste ». La lutte contre Al Qaida est devenue l’éternelle justification au soutien à des régimes autoritaires dont les excès « kleptocratiques » et répressifs font le lit même de l’islamisme radical.

Ce qui ne signifie pas que les partis islamiques « modérés » ne joueront pas un rôle de 1er plan dans les transformations en cours. Ils devront néanmoins s’adapter aux revendications démocratiques qui s’expriment aujourd’hui en Tunisie comme en Egypte. D’où un changement de discours perceptible pour des formations comme Ennahda, le « Parti de la renaissance » tunisienne ou les Frères musulmans, principale force d’opposition en Egypte.

Plus généralement, on peut avec prudence penser que le puissant mouvement islamique qui a largement développé son influence dans le monde arabo-musulman depuis la révolution iranienne de 1979, a en partie épuisé ses effets novateurs. Quelque soit ses capacités destructives, la frange djihadiste radicale et minoritaire n’a réussi à percer que dans des territoires sous occupation étrangère (Irak, Afghanistan), dans de contexte de guerre civile (Algérie, Tchétchénie) ou dans des zones reculées ou désertique (Sahel).

Les autres mouvements politiques de la mouvance islamique modérée ou réaliste présentent un trop grand nombre de discours, de pratiques et de spécificités nationales pour que l’on puisse tirer un bilan général. Il est cependant frappant de constater que la très modérée AKP turque qui souhaite faire rentrer son pays dans l’Union européenne, fait figure aujourd’hui de référence autant pour des partis politiques au pouvoir que pour des formations d’opposition dans de nombreux pays musulmans.

 

Michelle Alliot-Marie : de gaffes verbales en bévues aériennes

 

Le Canard Enchainé révélait hier le fait que notre ministre des Affaires étrangères accompagnée de son compagnon, Ollier, ministre des Relations avec le Parlement, présents en Tunisie entre Noel et jour de l’an, pour un repos justement gagné, avaient profité du jet privé d’un riche homme d’affaires tunisien associé au clan Trabelsi. Elle a néanmoins déclaré malgré la bourde aérienne, qu’elle n’entendait aucunement « démissionner ». Ouf !

Nicolas Sarkozy devrait pourtant songer au sacrifice de MAM pour redonner un peu de lustre à une diplomatie française actuellement très déconsidérée.

Par pierremorville
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 26 janvier 2011 3 26 /01 /Jan /2011 02:08

 

(article publié dans le Quotidien d'oran du 26 janvier 2011) 

 

Une réforme constitutionnelle est l’un des moyens les plus sûrs pour consolider la jeune démocratie

 

Cela ne fait que quatorze jours que Ben Ali s’est enfui et certains articles évoquent déjà le risque d’un  « enlisement » de la situation tunisienne. Il est vrai qu’à l’heure actuelle, semblent se figer deux positions contradictoires : d’un côté, un gouvernement nommé à la hâte et composé pour l’essentiel d’anciens dignitaires banalistes, de l’autre, une contestation populaire qui souhaite voir disparaître toutes traces de l’ancien régime. Provenant de toutes les régions et bravant le couvre-feu, plusieurs milliers de manifestants campent depuis le début de la semaine, jour et nuit, sous les fenêtres du Premier ministre.

Les manifestants se disent décidés à rester sur place, dans la Kasbah qui regroupe les principaux ministères,  jusqu’à la dissolution du gouvernement de transition qui comprend encore huit ministres de Ben Ali aux postes clés,  de l'Intérieur, de la Défense, des Affaires étrangères ou des Finances. 

Certes, le porte–parole du même gouvernement annonçait lundi soir la perspective « d’un remaniement », en se prononçant « à titre personnel » pour le maintien des ministres qui ont servi sous Ben Ali.  Cette refonte prématurée vise d’abord à remplacer les ministres issus de l’opposition qui à peine nommés étaient déjà démissionnaires. Les vieilles personnalités du régime de nouveau aux commandes ministérielles ont également tentées de faire oublier leur passé en démissionnant en bloc et spectaculairement du RCD, le monoparti benaliste.

Tout cela ne convainc pas l’opinion publique, relayée aujourd’hui par une presse longtemps muselée et qui goute enfin aux joies de la totale liberté d’expression.

 

Le général Ammar s’impose comme acteur de 1er plan

 

Pour limiter le chaos politique, des négociations sont en cours pour créer un "comité de sages" qui remplacerait ou tout du moins superviserait le gouvernement de Ghannouchi. Selon Sihem Bensédrine, figure de l'opposition sous l'ancien régime aujourd’hui de retour à Tunis, cette instance pourrait comprendre des responsables politiques, des représentants de la société civile, des avocats et des responsables syndicaux. Le Parlement, aux ordres du président déchu, pourrait être dissout, indique l’ex-opposante, le "comité des sages" aurait alors pour mission de « superviser » le gouvernement de transition dont Mohamed Ghannouchi, dernier Premier ministre de Ben Ali, pourrait garder la direction. Ce conseil « pour la protection de la révolution »,rédigerait un nouveau code électoral et organiserait les élections.

Dans l’attente, naissent déjà ici et là, des craintes devant la dilution de l’appareil d’état. D’autant que les revendications populaires ne sont pas que politiques. Des grèves, notamment dans le secteur public, exigent pêle-mêle des augmentations de salaires et le départ des PDG compromis avec le régime. La vie chère, les pénuries nées de la désorganisation des circuits de distribution alimentent toujours le ressentiment populaire. Les mobilisations touchent particulièrement le secteur éducatif, même si le puissant syndicat UGTT, seul pôle de résistance pendant la dictature, a calmé la grève des enseignants du primaire.

«  La révolution de la jeunesse pourrait être perdue et exploitée par ceux qui appellent à un vide", a averti le général Rachid Ammar lundi, devant des centaines de manifestants, rassemblés devant les bureaux du Premier ministre. Pour ce chef d’état-major qui avait refusé de réprimer les émeutes anti-Ben Ali, l’effondrement gouvernemental pourrait à son tour fragiliser la révolution elle-même. Tout en ajoutant que l’armée mettrait tout en œuvre pour faire « appliquer la Constitution » tunisienne.

Révolution et application de la constitution sont deux termes souvent antithétiques. Toujours est-il que le général  Ammar par son attitude courageuse et l’aide à peine voilée donnée au sursaut populaire, a surtout empêché tout bain de sang. Sortant de l’anonymat, il s’est du coup hissé au tout premier rang des candidats potentiels à la nouvelle présidence.  Le Général Ammar, devenu héros de la rue, pourrait-il devenir le prochain « homme fort » d'une nation en manque de repères politiques, renouant avec la vieille tradition historique des révolutions qui finissent en régimes autoritaires ? Rien dans son comportement actuel comme dans celui des Forces armées, n’autorise une telle inquiétude. Il est en effet, un point qui distingue l'armée tunisienne de toutes les armées arabes : elle n'a jamais brigué le pouvoir. La Tunisie est le seul pays de la région à ne pas avoir connu de putsch. C'est une armée républicaine dans un État qui ne l'était pas, note le quotidien L’Orient-Le Jour.

L’armée tunisienne est en effet une petite institution dont Ben Ali s’est toujours beaucoup méfié. L'armée tunisienne ne compte que 35 000 hommes dont 27 000 dans l'armée de terre. Son équipement est réduit à tout au plus 150 chars et une vingtaine d’avions. Sa plus grande intervention militaire remonte à juillet 1961 quand elle s'oppose à l'armée française occupant la ville de Bizerte. Certaines sources parlent de 5 000 morts dans les rangs tunisiens. Très tôt, la Tunisie a opté pour la défense civile en cas d'agression étrangère, préférant s’investir dans l'enseignement et la santé. Enfin, aussi bien pour son équipement que pour son entraînement, l'armée tunisienne est beaucoup plus proche des États-Unis que de la France.

 

Des élections rapides… mais préparées

 

L’influence américaine (bien plus efficace que la brouillonne et calamiteuse diplomatie française) s’est fait de nouveau sentir cette semaine avec l’arrivée dans le pays de Jeffrey Feltman, le secrétaire d’État adjoint américain pour les Affaires du Proche-Orient. Pour le porte-parole du département d’État américain, Philip Crowley, “le gouvernement tunisien doit continuer à répondre aux exigences du peuple, et nous verrons où cela va”, est révélatrice à plus d’un titre de l’intérêt que porte Washington à la situation en Tunisie. L’observateur Feltman s’est notamment entretenu avec le ministre des Affaires étrangères, Kamel Morjane, qui occupait la même fonction sous le régime de Ben Ali. Le haut responsable américain a discuté «  des moyens à travers lesquels les États-Unis peuvent être un partenaire constructif pour la Tunisie au moment où elle trace sa voie vers une plus grande liberté politique et sociale, œuvre à atteindre des élections transparentes et crédibles et où son gouvernement s’attaque aux causes politiques et économiques sous-jacentes qui ont conduit aux récents troubles ».

Pour calmer une opinion survoltée, le gouvernement de transition, remanié ou non, devra se hâter de fixer très rapidement la date des futures élections qu’il entend organiser. Pour garantir la légitimité et l’autorité du nouveau pouvoir, celles-ci devront de toute évidence se dérouler d’ici la fin du 1er semestre, le délai de deux mois initialement fixé paraissant trop court pour garantir des élections réellement démocratiques. Le RCD a en effet une efficace pratique du trucage à tous niveaux des précédents scrutins, garantissant à son ancien maître des scores parfois supérieurs à 99%. Mieux que la Corée du Nord !

Refonte des listes électorales, libre candidature pour tous les partis, transparence des débats électoraux, réorganisation des bureaux de vote et dépouillements honnêtes, ces nombreuses tâches imposent la création de commissions électorales vierges de tous soupçons.

Se pose également d’emblée de, la nature de cette élection. Ou de ces élections. Faut-il ainsi commencer par organiser une élection présidentielle ou débuter par le renouvellement du Parlement ?  Les partis politiques d’opposition sont plutôt favorables à la seconde hypothèse mais le juriste Yadh ben Achour qui préside la commission chargée de proposer les réformes juridiques nécessaires pour permettre des élections libres, se déclare « assez favorable à ce que, dans un premier temps, seule la loi électorale soit modifiée, ce qui peut se faire par décret-loi, afin de permettre l'élection d'un Président de la République. Ensuite, le nouveau chef de l'Etat appellerait de nouveau les citoyens aux urnes pour élire une assemblée dont il décidera s'il s'agira d'une assemblée constituante ou d'une assemblée législative, qui amenderait le texte de 1959 ». Outre l’ordre des élections, les divergences sont vives sur la nature même de cette future échéance législative. Si le gouvernement souhaite rester totalement dans le cadre de la constitution actuelle certes « amendée », une majorité des formations et personnalités d’opposition réclament eux, l élection d’une « assemblée constituante », visant à refondre la constitution actuelle. Cette dernière adoptée le 1er juin 1959, est loin de n’avoir que des défauts : droits de la femme, garanties d’un fonctionnement laïc dans une république qui reconnaît l’Islam comme religion d’état.., nombreuses parmi les 78 articles de la Constitution, sont les dispositions parfaitement démocratiques. Mais beaucoup de ces promesses vertueuses n’ont jamais trouvé la moindre application concrète ! L’article 5 garantit ainsi les libertés fondamentales et les droits de l’Homme « dans leur acception universelle, globale, complémentaire et interdépendante », Sont ainsi sacralisés les principes de l'État de droit et du pluralisme, la dignité de l'homme et le développement de sa personnalité, l'inviolabilité de la personne humaine et la liberté de conscience, ainsi que le libre exercice des cultes « sous réserve qu'il ne trouble pas l'ordre public ».

 

Régime présidentiel ou parlementaire ?

 

Diverses libertés (opinion, expression, presse, publication, réunion et association) sont reconnues à l'article 8, mais soumises à de restrictives légales sous le contrôle de l’exécutif, tout comme le droit syndical et le droit de propriété (article 14). L'article 65 proclame même l'indépendance de l'autorité judiciaire et sa soumission à la seule autorité de la loi…

[Aux termes de l'article 18, le pouvoir législatif est confié au parlement composé de la Chambre des députés et de la Chambre des conseillers[]. La première instance est élue au suffrage universel direct pour un mandat de cinq ans, au contraire de la seconde, encore plus discréditée, qui est élue par les élus locaux pour un mandat de six ans et renouvelée par moitié tous les trois ans.

Dans ses fondamentaux, cette constitution, faite « à la main » du fondateur de l’état tunisien, Ahmed Bourguiba, est marquée par son caractère présidentiel et la primauté donné à un pouvoir exécutif fort. L’absence de contrepoids a permis à Ben Ali de transformer celui-ci en pure et simple autocratie.

Réformer une constitution qui a été si facilement dévoyée n’est

 

donc pas chose simple. Yadh Ben Achour estime qu’un « chef de

 

l'Etat nouvellement élu appellerait de nouveau les citoyens aux

 

urnes pour élire une assemblée dont il décidera s'il s'agira d'une

 

assemblée constituante ou d'une assemblée législative, qui

 

amenderait le texte de 1959. »  

L’ancien recteur de la faculté des sciences juridiques de Tunis opte quant à lui, « pour un système mixte, à la fois parlementaire et présidentiel ». De nombreux opposants et, semble-t-il, l’opinion publique penchent résolument pour un régime parlementaire. Dans tous les cas, il paraît plus légitime que ce soit le peuple qui se prononce sur la question (avec un référendum, par exemple), que le seul futur président.

 

Frédéric Mitterrand, citoyen tunisien !

 

Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture du gouvernement Sarkozy, s’était distingué aux débuts des évènements, par un vigoureux plaidoyer du caractère non-dictatorial du régime Ben Ali.

On a appris avec sidération que cet intellocrate, « neveu de son oncle », possédait depuis les années 90, la double nationalité tunisienne, généreusement octroyée par le président actuellement en fuite ! Qu’un ministre de la République française n’abandonne pas cette seconde nationalité en prenant ses fonctions surprend beaucoup. Qu’il confonde son autorité avec ses amitiés pour un autocrate et les prébendes qui vont avec, n’impose qu’une seule réponse : la démission.

 

Par pierremorville
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 26 janvier 2011 3 26 /01 /Jan /2011 02:04

(article publié dans le Quotidien d'Oran du 19 janvier 2011)

 

Le jasmin blanc, fleur emblématique de la Tunisie, donne son nom à un surgissement démocratique

 

 « La veille au soir, le spectacle du chariot contenant cinq cadavres recueillis parmi ceux du boulevard des Capucines avait changé les dispositions du peuple ; et, pendant qu'aux Tuileries les aides de camp se succédaient, et que M. Molé, en train de faire un cabinet nouveau, ne revenait pas, et que M. Thiers tâchait d'en composer un autre, et que le Roi chicanait, hésitait, puis donnait à Bugeaud le commandement général pour l'empêcher de s’en servir, l’insurrection, comme dirigée par un seul bras, s’organisait formidablement. Des hommes d'une éloquence frénétique haranguaient la foule au coin des rues ; d'autres dans les églises sonnaient le tocsin à pleine volée ; on coulait du plomb, on roulait des cartouches ; les arbres des boulevards, les vespasiennes, les bancs, les grilles, les becs de gaz, tout fut arraché, renversé ; Paris, le matin, était couvert de barricades. La résistance ne dura pas; partout la garde nationale s’interposait ; si bien qu’à huit heures, le peuple, de bon gré ou de force, possédait cinq casernes, presque toutes les mairies, les points stratégiques les plus sûrs. D’elle-même, sans secousses, la monarchie se fondait dans une dissolution rapide. » Cette page de « l’Education sentimentale » où Flaubert évoque les journées de février 1848 qui virent en France la fin définitive de la royauté viennent irrésistiblement à l’esprit devant la Tunisie de janvier 2011 et l’évènement international que constitue la « révolution de jasmin » actuellement en cours. Mais il fallu attendre 1870 et la chute de Napoléon III pour que la République fut définitivement assise…

 

Vraie révolution et rumeurs diverses

 

Les journées de janvier 2011 en Tunisie ont sans contestation possible un caractère historique. Tout d’abord parce que cette révolution, au sens noble du terme, ne fut annoncée par quiconque. Aucun géopoliticien, aucun universitaire, aucun dirigeant politique, aucun journaliste n’a eu la prémonition de la formidable accélération de l’histoire qui a abouti, sous la pression directe de tout un peuple, classes populaires et moyennes réunies, au départ, à la fuite, à l’exil sans gloire de Zine el Abidine ben Ali. Et un mois à peine, l’Homme fort s’évanouissait, le roi était nu.

Historiques également, ces évènements n’ont connu qu’un seul acteur, le peuple tunisien, sans armes et paré de son seul courage. Il n’y a pas eu « d’organisateur secret », on recherche vainement une énième théorie du complot. Aucun parti officiel ou clandestin, aucune mouvance idéologique, aucun leader présent ou en exil ne peut revendiquer la paternité de ce changement de régime.

Là où l’immolation de Jan Palach en janvier 69 en Tchécoslovaquie, n’avait pas réussi à faire reculer les chers russes, le sacrifice du jeune diplômé Mohamed Bouazizi, marchand ambulant, qui s’immole par le feu le 17 décembre à Sidi Bouziz, pour protester contre la confiscation de sa marchandise, a permis en moins d’un mois à la Tunisie de tourner une nouvelle page de son histoire.

Certes, la fin de cet épisode glorieux n’est pas écrit et l’imbroglio de ces derniers jours montrent que l’issue politique est difficile à trouver. Certes, cette transition démocratique spontanée a été autorisée par l’attitude de neutralité bienveillante, voire de prise de position active d’un acteur jusque là resté discret, l’armée tunisienne.

Et les rumeurs vont bon train à Tunis. Ainsi, on raconte qu’un détachement de l’armée était physiquement présent dans les studios lors de l’enregistrement du discours de Ben Ali du 13 janvier où le président chancelant annonça à la télévision qu’il ne briguera pas de nouveau mandat en 2014 et promit la liberté de la presse. Ce qui ne calma pas la colère populaire. Et c’est bien l’armée qui accompagna le lendemain le dictateur à son avion présidentiel pour un départ définitif, à l’aéroport de Tunis qu’elle contrôlait depuis plusieurs heures.

Parmi les bruits qui circulent dans la capitale tunisienne, une anecdote a au moins le mérite de la cohérence. Le 12 ou le 13 janvier, une réunion aurait regroupé autour de Ben Ali, le Premier ministre, Mohamed Ghannouchi, le général Ali Seriati, patron de la police et un responsable de l’état-major des armées. Ces derniers auraient réussi à convaincre le président de partir temporairement de Tunisie, avec surtout son épouse honnie par la population, « le temps que le ménage soit fait ». Le 14 janvier en effet, Mohamed Ghannouchi annonce que Ben Ali est temporairement dans l’incapacité d’exercer ses fonctions et déclare, au nom de l’article 56 de la Constitution (incapacité temporaire),  assumer la charge de président par intérim jusqu‘à des élections anticipées. L’évocation de l’article 56 fait bondir les juristes : il ne s’agit pas d’une incapacité temporaire mais bien d’une incapacité définitive. Il faut donc exciper l’article 57 de la même constitution. Du coup, Ghannouchi ne reste président que 24 heures et il est remplacé par le président de l’Assemblée nationale, et bien au nom de l’article 57 : C'est donc finalement, Fouad Mebazaa qui assure l'intérim, avec pour mission d'organiser une élection présidentielle dans les 60 jours.

Loin de ces finasseries juridiques, la rue a déjà tranchée : aucun retour en arrière n’est possible et le nouveau gouvernement de coalition est tenu dans la plus grande suspicion. Quant au « ménage promis », l’état major de l’armée, dès l’avion présidentiel décollé, s’y serait ouvertement opposé. Seul, Ali Seriati aurait voulut tenter avec 3000 barbouzes le coup de force, terrorisant la nuit les principales villes de Tunisie. Mais son aventure a vite tourné court : il est interpellé le 16, à Ben Guerdane dans le sud de la Tunisie alors qu'il tentait de s'enfuir en Libye. On saura dans quelques temps, la véracité de ces confidences.

 

L’introuvable « gouvernement d’Union nationale »

 

Depuis, devant la formidable accélération des évènements, le RCD le « Rassemblement constitutionnel démocratique », quasi parti unique tunisien, omniprésent et totalement dévoué à Ben Ali pendant 23 ans, se précipite avec ses notables effrayés vers la seule sortie de secours possible, la constitution d’un « gouvernement d’Union nationale ». D’emblée, la formule bute sur la grande confidentialité de partis politiques d’une opposition polie, tolérés jusque là sous le règne Ben Ali, les autres formations étant interdites et leurs dirigeants en exil ou en prison. Les ex-oppositions légales et illégales se divisent très vite sur la participation ou non. Après quelques jours d’hésitation, mardi, le puissant syndicat UGTT, tranche l’affaire et demande à quatre ministres qui comptent parmi ses adhérents de quitter un gouvernement mort-né d’union , au moins dans sa disposition actuelle.

La population quant à elle semble dénier tout avenir politique au RCD, et beaucoup contestent que cette formation puisse jouer un rôle quelconque dans la transition démocratique : « le dictateur est tombé, pas la dictature » clament les manifestants. Pour accroitre encore la confusion, on apprenait avant-hier que Foued Mebazaa, le président tunisien par intérim, et le Premier ministre, Mohammed Ghannouchi, ont démissionné du RCD. Courage et dignité ! Dans un communiqué, le RCD a dans le même temps annoncé avoir radié de ses rangs l’ex-président Ben Ali et six de ses collaborateurs, « sur la base de l’enquête menée au niveau du parti, à la suite des graves événements qui ont secoué le pays » ces dernières semaines. Pantalonnades !

Le RCD devra inéluctablement disparaître. Il n’a brillé que par la servilité vouée à la cupidité insatiable de son maître et de son clan et par sa capacité à (très bien) vivre des restes.

Le 13 janvier, l’écrivain Abdelaziz Belkhodja a rendu publique une enquête fouillée  et un réquisitoire sans appel du pillage organisé par la famille Ben Ali et celle de son épouse du clan Trabelsi. Toute l’économie tunisienne y passe, mise en coupe réglée par une centaine d’individus : les banques, les transports, Tunis Air et les compagnies aériennes et de navigation nationales, la téléphonie, les médias télés, les concessionnaires automobiles, l’immobilier, les cimenteries, la grande distribution, les bananes, l’huile, le sucre, les alcools, la pêche… Rien n’échappait. L’incroyable népotisme de la famille présidentielle qui contrôle 50% des secteurs-clé de l’économie, va même jusqu’à prendre des postions dominantes dans les écoles privées ou la friperie ! Sans oublier,  une omniprésence dans le secteur « gris » de l’import-export et ses trafics.

Comment la dynamique économie tunisienne a-t-elle pu en arrivé là ? Tout au moins par une totale confusion entre le bien public et les biens très personnels du président, une corruption généralisée, une police implacable, une presse aux ordres et la complaisance des alliés occidentaux.

 

Michèle Alliot-Marie devrait s’excuser ou démissionner

 

Les regards volontiers détournés des puissants partenaires ne signifient pas nécessairement aveuglement. Une longue dépêche envoyée à la Maison-Blanche par l’ambassade américaine de Tunis, le 23 juin 2008 et opportunément révélée par Wikileaks, détaille elle aussi le système de « quasi-mafia » Ben Ali-Trabelsi qui dépouille sur l’économie tunisienne. Le rapport conclut, deux ans avant la révolution de Jasmin : « Si les Tunisiens digèrent déjà mal a corruption courante, les abus de la famille du président Ben Ali suscitent leur fureur. Alors que la population fait face à une montée de l'inflation et à un fort taux de chômage, l'étalage de richesses et les rumeurs persistantes de corruption ne font qu'alimenter son ressentiment. »

On ne peut pas dire que l’autre allié, la France, ait eu la même hypocrite lucidité. Les gouvernants de droite et de gauche ont toujours fermé les yeux sur les excès de la politique de Ben Ali au nom de lutte contre les mouvements islamiques. Mais la palme de la myopie complaisante revient sans nul doute à l’actuel gouvernement Sarkozy, incapable de voir l’importance des changements en cours durant ce dernier mois. Championne toute catégorie de l’inconscience politique, la ministre des affaires étrangères, Michelle Alliot-Marie, le 11 janvier, a volé au secours du régime, en proposant une « coopération policière », « pour éviter des excès de violence lors des manifestations ». Ah ! Le savoir-faire français, en matière de maintien de l’ordre ! Depuis elle se défend en bafouillant, partagée entre un «  principe de non-ingérence et la crainte que la situation ne dégénère en violences ». Ennuyé mais solidaire de sa ministre, François Fillon tente maladroitement de rattraper le coup. Le 1er Ministre français suggère lui, malgré le silence assourdissant du Président de la république, une assistance de la France en matière électorale : « Nous sommes prêts à fournir au gouvernement tunisien, s'il le désire, l'assistance nécessaire pour participer à la préparation et à l'organisation de ces élections", Un jour, on prête les matraques, un autre, on file les urnes. Bévues et pas de clerc. Un mutisme prolongé de nos diplomates devrait être de rigueur.

 

Sortie de geôle

 

Le lundi 17, un prisonnier politique a été sorti à l’aube de sa cellule et prestement raccompagner à la sortie, sans explications. Malade, encagé depuis huit ans et mis à l’isolement depuis un mois, c’est en sortant de prison qu’il a appris avec une joie stupéfaite, la révolution en cours et le départ précipité de Ben Ali, l’instigateur de son embastillement.

Abderrahmane Tlili, grand commis de l’état qui a été patron de plusieurs entreprises publiques, a eu l’imprudence de se porter candidat à l’élection présidentielle de 1999. Malgré les trucages évidents qui virent Ben Ali élu avec plus de 99% des voix, ce responsable d’une formation aujourd’hui dissoute, l’UDU, était volontaire pour une nouvelle candidature et commençait à faire campagne. C’en était trop ! Au trou ! Sur des accusations invraisemblables.

Cet ami est libre depuis quatre jours.

Par pierremorville
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 12 janvier 2011 3 12 /01 /Jan /2011 17:40

 (article paru dans le Quotidien d'Oran du 13 janvier 2011)

 

Si l’UE veut acquérir une influence mondiale, elle doit d’abord participer au développement des ses voisins les plus proches, eux-mêmes touchés durement par la crise, comme le manifestent les tensions actuelles sur les ressources alimentaires dans le Maghreb

 

L’incohérence est d’abord dans la maison Europe. « L’Europe, entendons les chefs d’Etat et de gouvernement concernés, a ces dix dernières années, commis trois erreurs majeures. La première a été d’élargir l’union sans avoir changé profondément ses institutions. La seconde a été d’écarter l’idée d’un noyau dur, (d’un premier cercle, d’un pôle central...) qui aurait permis d’harmoniser la fiscalité, de coordonner les politiques, de porter des projets industriels, écologiques, éducatifs, d’aller plus vite et d’entraîner l’ensemble. Enfin, et c’est là, la faute la plus grave : avoir imaginé une monnaie unique avec une banque centrale indépendante – c’était la condition – sans autorité politique, sans convergence fiscale, sans surveillance effective des politiques budgétaires, sans gouvernance dans la stratégie de change, sans solidarité financière automatique. Bref, d’avoir laissé une monnaie sans défense face aux marchés. » Ce jugement est celui de François Hollande, europhile convaincu, longtemps proche de Jacques Delors. L’ancien 1er secrétaire du Parti socialiste, s’est lui aussi lancé dans la course des « primaires » qui doivent désigner le futur candidat du PS à l’élection présidentielle de 2012. Longtemps distancé dans la course à la désignation par Martine Aubry, Ségolène Royale (son ex-compagne) et Dominique Strauss-Kahn, ce bûcheur, pragmatique à l’humour ravageur, réduit chaque jour l’écart en peaufinant un vrai programme d’action pour la gauche. Hollande pourrait bien créer la 1ère surprise de cette élection française.

 

Des ruptures nécessaires mais difficiles

 

Pour parer la catastrophe, «  c’est l’Euro, lui-même, qui entrainera l’Europe dans sa propre crise », François Hollande préconise trois ruptures urgentes et majeures : « D’abord la définition d’une stratégie de redressement des finances publiques des pays de la zone euro. Plutôt que de fixer des objectifs irréalistes financièrement, insupportables socialement et intenables économiquement, il convient d’étaler dans le temps le retour à l’équilibre, Deuxième rupture nécessaire : l’autorisation donnée à lUnion Européenne  de pouvoir lever des emprunts. Elle est aujourd’hui la seule entité souveraine à s’interdire de le faire. Ces bons du Trésor permettront de mutualiser une partie des dettes souveraines des Etats membres, d’alléger les charges d’intérêts, d’imposer un rapport de force face aux marchés tout en veillant à l’assainissement budgétaire des Etats membres. » Enfin, dernière rupture : l’augmentation du budget de l’Europe cantonné à 1% des dépenses budgétaires nationales jusqu’à 2020.

François Hollande le sait bien, L’Europe est loin d’être prête à de telles « ruptures ». L’Europe politique est nébuleuse et la crise économique renforce les calculs et les replis nationaux. Sur le plan de la doctrine économique et ce, malgré l’effondrement catastrophique d’un capitalisme financier et spéculatif, les élites étatiques des états-membres et de la Commission européenne continuent à radoter un discours très idéologique, vieux fond de soupe alliant un libéralisme exacerbé et une rigueur budgétaire et sociale qui écarte tout espoir de reprise de la croissance. Bien pire, la remontée sensible de l’inflation laisse craindre aux économistes le glissement possible de la déflation actuelle (très faible croissance, faible inflation) à une stagflation (très faible croissance, forte inflation). « Pourquoi l’Europe serait-elle la seule région du Monde où le libre-échange et la libre concurrence seraient érigés en dogme ? » s’interroge à son tour et tardivement Eric Besson ex-socialiste qui a troqué son poste de ministre « l’Identité nationale » pour devenir le ministre de l‘Industrie de Nicolas Sarkozy.

Fait nouveau, les pays émergents à forte croissance, au 1er rang desquels la Chine, l’Inde et la Russie rachète massivement des entreprises industrielles européennes. Au point qu’Antonio Tajani, le Commissaire européen à l’Industrie exhorte l’Union européenne à protéger ses secteur stratégiques et à se doter « d’une autorité chargée d’examiner les investissements étrangers en Europe » à l’égal du très protectionniste «comité chargé des investissements étrangers aux Etats-Unis » (CFIUS). Appel resté vain, bien évidemment.

 

L’Europe doit en priorité favoriser le développement des ses voisins

 

Divisée sur la politique à suivre, l’Europe peut-elle espérer une voie de sortie dans la coopération internationale ? La France ayant héritée de la présidence tournante du G20 et du G8, Nicolas Sarkozy s’est rendu à Washington pour présenter à Barack Obama, un plan ambitieux pour (qu’enfin !) l’on dessine « une économie mondiale du XXIème  siècle ». L’ordre du jour proposé est chargé : pour le G 20, rien moins que la réforme du système financier international confronté à l’instabilité monétaire et des mesures limitant la spéculation sur les denrées alimentaires. Côté G8 qui se tiendra courant mai à Deauville, la « croissance verte » (développement durable), la coopération avec l’Afrique, la régulation de l’Internet. On ne peut que saluer le volontarisme du président français mais hélas, celui-ci a été accueilli poliment mais avec une moue très dubitative par les Américains. Les Etats-Unis sont très rétifs à tout aménagement du système monétaire où ils voient une remise en cause du dollar comme monnaie pivot, et une critique voilée à leurs gigantesques déficits budgétaires et commerciaux.

Dans les faits, les Etats-Unis se satisfont sans trop de difficultés de la création d’un duopole avec la Chine, leur principal banquier, d’un dollar et d’un Yuan sous-cotés qui favorisent les exportations des deux pays, et le fonctionnement à plein régime de la planche-a-billet vert qui stimule la croissance US, au prix certes d’un regain d’inflation interne mais surtout au risque d’une exportation de la récession chez ses principaux partenaires européens.

1er PIB mondial mais nain politique, l’union européenne peine à se hisser à un rôle de puissance mondiale. Elle peut être confrontée à un duo sino-américain mais également devoir affronter un mode multipolaire aux intérêts contradictoires. « La crise mondiale favorise la cristallisation d’ensembles régionaux – ou de grands pays - qui se définissent par quelques caractères homogènes : langue, religion, population, mode de vie, mais aussi tendances politiques, ressources énergétiques ou capacités économiques. C’est vrai du Moyen Orient et de la Russie, réservoirs de gaz et de pétrole, du Brésil fournisseur de soja et de viande, de l’Afrique productrice de matières premières diverses. Ces quatre ou cinq pays ou ensembles régionaux détiennent en réalité une partie importante, voire essentielle, des matières premières mondiales, sans lesquelles il serait vain de tenter d’envisager la poursuite du développement sous quelque forme qu’on l’envisage. Trois ensembles-puissances et quatre ou cinq ensembles-réservoirs, telle pourrait se dessiner une recomposition du monde au XXI° siècle. Sur de tels critères, ce serait l’affrontement assuré à plus ou moins long terme » pointe Eric de la Maisonneuve, le président de la Société de stratégie.

D’où sa proposition d’une aide au développement régional accéléré dans les zones concomitantes à l’Europe. Historiquement, on peut constater en effet un tropisme des principaux pays européens vis-à-vis de leur environnement régional. Pour l’Angleterre, c’était l’Ouest, l’Atlantique, des relations privilégiées avec les USA. L’Allemagne est davantage tournée vers l’Europe de l’Est et la Russie. La France est traditionnellement tournée vers les Sud, Maghreb, Machrek, Afrique sub-saharienne. Si cette répartition est très schématique, elle reste néanmoins opératoire au regard des choix d’investissements et d’échanges extérieurs pour chacun de ces pays.

L’idée que l’Europe a tout intérêt à mener des politiques de codéveloppement, dans une logique de « gagnant-gagnant », était à l’origine du projet de Sarkozy de « l’Union pour la Méditerranée ». Mais celui-ci a dans un 1er temps, échoué. La crise économique a coupé les importants moyens budgétaires nécessaires. L’Allemagne, la Grande Bretagne mais également l’Italie et l’Espagne ont regardé avec suspicion un projet qui paraissait trop franco-français. Et les pays du sud de la Méditerranée, peut-être à raison, n’y ont pas beaucoup cru. Il n’empêche, l’un des moyens les plus sûrs pour l’Europe, d’exercer une influence mondiale, est d’abord de participer à l’enrichissement et à la croissance de la demande de son environnement régional, à l’est et au sud, en priorité. Il faut remettre en place l’Union pour la Méditerranée !

.

La crise mondiale touche tout le monde !

 

Les récents événements qui secouent l’Algérie et le Maroc doivent être analysés également sous cet angle, sans bien sûr faire l’économie des transformations démocratiques nécessaires (en urgence, en Tunisie !) ou la réduction des incuries bureaucratiques. Car la crise ouverte à l’automne 2008 touche par cercles concentriques un très grand nombre de pays et la pénurie alimentaire est bien un phénomène mondial. Quatre-vingts pays environ sont aujourd’hui en situation de déficit alimentaire et de ce fait confrontés à d’importantes difficultés sociales.

Comme la crise alimentaire 2008, « le déficit de produits vitaux est hélas en large partie due à des mouvements purement spéculatifs. En 2008 déjà, les stocks existants permettaient de couvrir les déficits des uns avec les surplus des autres. Mais une réaction de panique s'est emparée des marchés. Elle a été le fait des traders et des gouvernements qui ont imposé des restrictions aux exportations, ce qui a accéléré le mouvement », note Olivier De Schutter, rapporteur spécial de l’ONU sur le droit à l'alimentation. En 2009, des informations sur les incendies en Russie, la canicule en Ukraine, d’une pluviométrie trop forte en Amérique du Nord ont incité certains opérateurs de marché de spéculer et de ne pas vendre tout de suite, alors que les acheteurs cherchent à acheter autant que possible. D’où une montée vertigineuse des prix. A ce phénomène s'ajoute l'augmentation de la production de biocarburant. Les stocks mondiaux de céréales seront en 2011 de 427 millions de tonnes, contre 489,8 en 2009. Cette perte de près de 63 millions de tonnes est imputable pour plus des deux tiers aux Etats-Unis et à l'Union européenne. Le différentiel est imputable à la diversification des productions de céréales vers les agrocarburants...

Les solutions ? Parcellaires, insuffisantes ou à ce jour, réalisable à long terme. Les Pays africains s’étaient ainsi engagés à consacrer à leur agriculture 10% de leur PIB. Peu l’ont tenu. Autre mesure inappliquée, la décision dite « de Marrakech » qui accompagnait les accords de création de l'OMC, prévoit lorsque la balance des paiements d'un Etat est déficitaire en raison d'une brutale hausse des prix des denrées alimentaires, que cet Etat bénéficie d'une assistance temporaire.

Il faut également pour lisser les prix, encourager la reconstitution de stocks alimentaires, gérés au plan régional avec plusieurs pays sur le modèle de  la « banque centrale du riz » qui existe en Asie.  Les Etats-Unis souhaitent également limiter le nombre de positions à terme qu'un investisseur institutionnel peut détenir sur une seule matière première. En clair, Goldman Sachs ou Deutsche Bank ne pourraient détenir, seuls, qu'un certain nombre de positions sur le maïs ou sur le blé, de manière à ce que leurs ordres d'achat n'influencent pas, à eux seuls, le prix des matières premières à la hausse comme à la baisse. Un programme mondial d’urgence s’impose.

 

 

 

Par pierremorville
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 12 janvier 2011 3 12 /01 /Jan /2011 17:37

(article publié dans le Quotidien d'Oran du 6 janvier 2011) 

 

18 ans après sa création, l’Union européenne s’embrouille. Et les Européens sont devenus les champions du monde du pessimisme

 

Depuis le 1er janvier, la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne est passée de la Belgique à la Hongrie et elle est tombée dans les mains du très autoritaire et conservateur 1er Ministre hongrois, Viktor Orbán, au doux surnom de « Victateur ». Ce dernier a pris d’une main de fer tous les rouages politiques de son pays. Dernière innovation qui fait tousser la très timorée Commission de Bruxelles ? Une loi sur les médias vient d’être promulguée, qui fleure bon le stalinisme, à la différence près qu’Orbán trouve plutôt son inspiration dans l’idéologie d’une droite dure et chauvine. Ainsi, radios, télés, presse écrite et Net seront depuis le texte voté le 21 décembre 2008 sous la tutelle absolue d’une « Autorité des médias et de la communication » nommée par l’exécutif et dotée de tous les pouvoirs (perquisitions, interrogatoires de journalistes, recherches des sources…). Elle pourra sanctionner de très lourdes amendes les médias qui se risqueraient à diffuser des informations qui ne seraient pas « politiquement équilibrées » aux yeux de ce Conseil. L'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) a qualifié la loi de "menace pour la liberté de la presse".

En pleine crise économique et monétaire, en débat sur son avenir, l’Union européenne va donc être dirigée pendant six mois par un démagogue autoritaire, aussi anti-européen que très faiblement démocrate. Cerise sur le gâteau, la Hongrie se refuse à intégrer la zone Euro…

 

Les riches et les pauvres

 

On peut se rassurer en se disant que les décisions éventuellement prises par le Hongrois Orban, ne seront aucunement suivies d’effets. Mais cette présidence fait désordre dans une Union européenne, volontiers donneuse de leçons au reste de la planète, en matière de droits démocratiques,.

Plus généralement, l’Europe est en panne. L’union politique reste illusoire. La crise économique a ravivé les logiques nationales. Même l’Euro est ici et là, contesté.

Comme le note Eric de La Maisonneuve, général et président de la « Société de stratégie » : « l’Europe « molle » actuelle est devenue insignifiante ; contre toutes les lois physiques, elle pèse infiniment moins que la somme des pays qui la composent ». Et ils sont nombreux.

L’effondrement de l’Union soviétique avait permis l’élargissement de l’Europe à de nombreux ex-pays satellites de la Russie. L’Union européenne qui rechigne – de façon scandaleuse- à la candidature de la Turquie, s’apprête à intégrer certains pays balkaniques. L’intégration à l’Europe, 1er PIB mondial, a permis de sensibles progressions de revenus pour les habitants de l’Europe de l’est.

Mais comme l’a rendu publiques en décembre 2010 l’organisme européen de statistiques, Eurostat, les disparités restent importantes et la réduction des écarts s’est figé depuis plusieurs années. En matière de PIB par habitant, si l’on excepte le petit Luxembourg, où le pouvoir d’achat est en 2009, deux fois et demie supérieur à la moyenne de l’UE27, parmi les nations florissantes, on compte les Pays-Bas où le PIB par habitant était plus de 30% supérieur à la moyenne des 27 pays européens. L’Irlande (mais depuis, la crise est passée par là !), l’Autriche et le Danemark se situaient entre 20% et 30% au-dessus de la moyenne de l’UE27 tandis que la Suède, l’Allemagne, la Belgique, la Finlande et le Royaume-Uni étaient entre 10% et 20% au-dessus de la moyenne.

La France ne se situe qu’au 12ème rang, place qu’elle occupe depuis 1997 alors qu’elle était à la 3ème place en 1992 ! Ce pays, comme l’Italie et l’Espagne enregistraient un PIB par habitant entre 0% et 10% au-dessus de la moyenne de l’UE27, tandis que Chypre et la Grèce se situaient entre 0% et 10% au-dessous de la moyenne.

En Slovénie, en République tchèque, au Portugal, à Malte et en Slovaquie, le PIB par habitant était entre 10% et 30% inférieur à la moyenne de l’UE27. Il était entre -30% et -50% en Hongrie, en Pologne, et dans les pays baltes tandis que la Roumanie et la Bulgarie se situaient entre 50% et 60% en-dessous de la moyenne de l’UE27.

La crise économique ouverte à l’automne 2008 va accroitre la stagnation des revenus et aggraver les écarts entre pays. Déjà la Grèce et l’Irlande ont subi des attaques spéculatives d’importance. L’Italie et l’Espagne restent dans le collimateur des banques d’affaires internationales et autres agences de notation.

Pourtant, sous la pression de le Commission européenne et du FMI, l’ensemble des pays européens ont adopté courant 2009 des programmes de grande rigueur. La réduction du nombre de fonctionnaires, la coupe dans les budgets sociaux, le gel des salaires et des investissements publics et privés peuvent constituer ponctuellement une réponse nécessaire aux crises budgétaires des états, condamnés à courir au secours d’un système financier irresponsable.

Deux remarques toutefois. Tout d’abord, force est de constater que les efforts sont très injustement répartis, les populations étaient bien plus mis à contribution que les actionnaires. Comme dans le reste de l’Europe, les entreprises du CAC 40 (les 40 plus grosses sociétés françaises) ont ces deux dernières années, affiché des bénéfices record. Par ailleurs, les politiques dites de rigueur durable entrainent une moindre activité, la hausse du chômage, la baisse de la consommation. Ces cures d’austérité pour ne pas devenir mortifères, doivent s’accompagner de plans de soutien de l’activité. C’est l’un des domaines économiques, avec la politique monétaire, où règne l’absence de cohérence de l’Union européenne, et notamment entre l’Allemagne, la Grande-Bretagne et la France est la plus criante.

 

Fâcheries entre Berlin et Paris

 

La construction européenne repose en grande partie sur un accord politique entre ces trois principaux pays. D’emblée, la Grande-Bretagne, ouverte naturellement sur l’Atlantique, très proche des Etats-Unis, tournée vers les activités financières internationales, s’est toujours refusé de rentrer dans la zone Euro. Le développement de l’UE repose donc prioritairement une bonne entente du couple franco-allemand. Force est de constater que depuis la fin de l’Union soviétique, l’élargissement aux pays de l’Est, la réunification avec la RDA qui fait de l’Allemagne le 1er pays européen, et de loin, en matière de résultats économique et de population, le couple a connu quelques fâcheries. L’essor de la mondialisation a accru les incompréhensions. Sur le plan de la politique économique, on croit de moins en moins mais encore un peu, à Paris, à l’utilité de l’intervention d’état. A Berlin, la conviction idéologique ne permet aucune contestation sur les vertus d’un marché totalement libre et sans protection aucune. Les Allemands n’ont concédé à la création de l’Euro et à la disparition de leur cher Mark, contre l’absolue garantie d’une gestion budgétaire rigoureuse empêchant tout déficit et toute dérive inflationniste, vieux cauchemar outre-Rhin. Tant que la croissance était là, les choses allaient cahin-caha. La crise économique ouverte à l’automne 2008 à  rapidement alimenté les tensions.

Tandis que la France s’engage dès décembre 2008 dans un programme de relance conjoncturelle plutôt ambitieux, mobilisant 26 milliards d’euros en 2009, soit 1,3 % du PIB français, l’Allemagne est beaucoup plus frileuse : la relance n’est que de 0,1% du PIB en 2008, mais de 1,6% en 2009 et de 0,9% en 2010. L’Allemagne ne répond à l’attente du FMI qu’en 2009, celui-ci fixant à 1,5-2% du PIB l’effort annuel à consentir par les Etats européens.

La « crise grecque » fut une seconde alerte, beaucoup plus chaude. Face à la quasi-faillite de l’état grec durement attaqué par la spéculation, la 1erè position d’Angela Merckel fut marquée d’un solide égoïsme national : « les Allemands ne paieront pour « les excès des Méditerranéens ! » (Grèce, Espagne, Italie…).

Pressée par des médias et une opinion publique moins pro-européenne que précédemment, la Chancelière allemande, à la tête d’une coalition bancale, s’est concentré surtout sur une importante élection régionale en mai 2010,, celle du land de Rhénanie du Nord Westphalie (18 millions d’h.), décisive pour la stabilité de l’exécutif. En jouant la carte politique interne, Angela Merckel a clairement donné à ses partenaires européens l’impression de faire passer ses échéances électorales internes avant la construction de l’UE.

Autre obstacle, l’Allemagne se tire plutôt mieux de la crise que ses proches voisins, grâce à ses exportations. Selon la Banque centrale européenne, les exportations allemandes ont certes crû plus vite que dans l’ensemble de la zone euro (+7,3 contre +5,5%), La politique de son prédécesseur, le social démocrate Gerhard Schroeder est l’origine de cette compétitivité maintenue. Celui-ci a imposé une forte pression sur les salaires au milieu de la 1ère décennie : l’Allemagne a effectivement pratiqué une politique de réduction réelle des salaires. Ceux-ci n’ont augmenté nominalement sur les dix dernières années que de 21,8% contre 29,5% dans la zone euro et 35,5% dans l’ensemble de l’Union européenne, mais cette augmentation représente une diminution du salaire réel de -0,8%. A titre de comparaison, les salaires réels ont augmenté en France pour la même période de 9,6%.

Mais cette politique trouve également ses limites connues : la croissance  allemande (1,5%) est restée en deçà de celle de la zone euro (+2,2%), l’évolution de l’emploi (+0,1%) est resté inférieur à celle de la zone euro (+1,3%), tout comme les investissements (+1 ,3% contre +2,4%). Autre facteur de tension, le dogmatisme budgétaire de la Banque centrale européenne, basée à Francfort et une politique d’un Euro surcoté par rapport au dollar, au Yen  et au yuan, favorise surtout l’économie allemande.

Fait rarissime, en mars 2010, la ministre française de l’Economie, Christine Lagarde, reproche très vivement à l’Allemagne de pratiquer une politique qui mise essentiellement sur les exportations, privilégie les profits immédiats des entreprises et, en négligeant les salaires, empêche la reprise de la consommation intérieure qui serait profitable à la croissance en Europe !

 

Des Européens très, très moroses

 

Depuis, Berlin, se souvenant de l’utilité très grande de l’Euro pour sa propre économie, est revenu à de meilleurs sentiment et a mis la main à la poche en matière de solidarité et de soutien à la croissance. Début mai 2010, un plan de sauvetage de l’Euro sollicite le budget de l’UE des principaux pays de la zone euro pour un montant de 440 milliards, dont 123 pour la seule Allemagne. Mais c’est peut-être trop tard et surtout trop peu.

Face au duopole sino-américain et à la montée des pays émergents, l’Europe est décontenancée par la crise du système mondialisé qu’elle a tant promu et qui lui profite si peu. Région la plus riche du monde, L’UE a le plus grand mal à se hisser économiquement, politiquement et diplomatiquement au rôle de puissance mondiale. Incapable de coordonner les politiques nationales, le Conseil comme la Commission européenne multiplient les grandes déclarations sans promouvoir d’action coordonnée. Du coup les Européens sombrent dans le pessimisme. Un sondage BVA-Gallup pour Le Parisien, réalisée auprès de plus de 60 000 personnes dans 53 pays, montrent que les Européens de l’Ouest sont bien moins confiants que les peuples du reste du monde, qu’ils s’agissent des Américains, des autres pays industrialisés, des PVD ou des pays émergents. Les Français sont champions du monde du pessimisme quant à leur situation économique en 2011, plus inquiets même sur l’avenir que les habitants de pays en guerre comme l'Irak ou l'Afghanistan ! Ils sont 61% à déclarer que la nouvelle année sera synonyme de difficultés économiques, contre 28% en moyenne dans le monde, 22% en Allemagne, 41% en Italie, 48% en Espagne et 52% au Royaume-Uni. La sinistrose  des Français a augmenté de dix points par rapport à l'an dernier, note BVA. Bonne Année !

Par pierremorville
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Présentation

Créer un Blog

Recherche

Calendrier

Février 2012
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29        
<< < > >>
 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés