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12 octobre 2017 4 12 /10 /octobre /2017 21:40

(Chronique de Paris, publiée dans le Quotidien d'Oran du 12 octobre)

L’Union européenne continue de vivre une série de crises qui paraissent difficilement gérables à court terme, voire dangereux sur un long terme

 

Espagne : le divorce catalan

Indépendance ou plutôt une plus grande autonomie de la Catalogne ? La principale déclaration était attendue mardi mais le message du chef de l’exécutif catalan, Carles Puigdemont a été particulièrement alambiqué : Oui, la Catalogne choisit l’indépendance et donc la rupture totale avec l’Espagne mais le responsable politique a immédiatement précisé ce mardi 10 octobre que cette indépendance était pour l’instant « suspendue ». Combien de temps ? On ne le sait pas trop. Carles Puigdemont ne ferme pas complètement une négociation avec Madrid. D’autres raisons expliquent peut-être ce petit mouvement de prudence. Si le référendum qui s’est déroulé en Catalogne la semaine dernière dans des conditions difficiles du fait des interventions très contestables de la police espagnole, le résultat faisait apparaitre à la fois une très forte majorité d’électeurs catalans (90%) pour l’indépendance mais le nombre des abstentionnistes s’élevait à 60%. Pire, les manifestations organisées par les opposants ont montré dimanche qu’un grand  nombre de catalans qui ont manifesté en brandissant des drapeaux catalans et espagnols étaient opposés à l’indépendance. Autre sujet d’inquiétude pour l’exécutif indépendantiste, les conséquences économiques d’une sortie de l’Espagne. L’indépendance de la Catalogne, les entrepreneurs n’y croient pas. Ils sont inquiets et certains ont déjà pris leurs précautions, à l’image des nombreuses entreprises catalanes qui ont décidé de transférer leurs sièges sociaux hors de la région. Ces derniers jours, deux grandes banques et plusieurs grandes sociétés ont déménagé leurs sièges sociaux de Barcelone pour les établir en Espagne. Principale raison de cette prudence ? L’indépendance aboutirait automatiquement à ce que la Catalogne sorte de l’Euro et de l’Union européenne. Ce qui ne rassure pas les milieux d’affaires.

Enfin, le gouvernement espagnol dirigé par le conservateur Mariano Rajoy, reste sur une ligne très ferme de refus de toute déclaration d’indépendance. En réponse à la demi-déclaration d’indépendance de  Carles Puigdemont, Rajoy étudie tous les éléments de réponses législatifs face à cette « sécession » : état d’urgence, suspension de l’autonomie régionale, prise de contrôle de la Catalogne par l’administration agissant à coup de décrets, remplacement de fonctionnaires, placement de la police catalane sous l’administration de l’autorité du ministre de l’Intérieur espagnol… Le tout faisant référence à l’article 155 de la Constitution. Une telle prise de pouvoir pourrait entrainer une très forte montée de la violence en Catalogne et aujourd’hui, les voies d’un dialogue pacifique paraissent très réduites…

 

L’Union européenne très discrète

Les autorités européennes sont peu ou pas intervenues, de façon officielle, ou visiblement officieuses dans la « crise catalane » : le conflit relève selon l’UE d’un conflit interne à un état-membre. Mais la Commission européenne porte un certain nombre de responsabilités dans sa longue mise en cause, depuis des années, du rôle des « États-nations ». En limitant, souvent de façon très symbolique les rôle des États, en critiquant les vieilles divisions nationales européennes, en exaltant un fédéralisme très souvent artificiel ou faiblement construit, en exaltant une « Europe des régions », les autorités européennes ont favorisé le régionalisme et fait croître l’envie d’une plus grande autonomie, voire d’indépendance »dans de nombreuses régions.

Guy Verhhstadt, ancien Premier ministre belge et président du groupe libéral au Parlement européen, s’inquiète de l’évolution de cette situation. La Belgique étant divisée en deux « groupes ethniques », les Wallons et les Flamands, pas toujours facilement réassemblables, et trois langues, l’avis de cet expert interviewé par Libération ne manque pas d’intérêt. Ce Flamand reconnait la montée inquiétante partout en Europe des régionalismes : « si on continue comme ça, on aura une Union à 75 États (27 aujourd’hui NDLR) ! Ce serait de la folie, car on sombrerait dans un nationalisme sans fin qui mettrait en péril l’existence de ces nouveaux États. Car où s’arrête ce particularisme ? ». Pour cet homme politique, la solution réside toujours dans un plus grand fédéralisme mais à l’intérieur des pays existants sans renoncer à leur identité, en plus généralement dans un fonctionnement plus fédéral de l’Union européenne. En faisant jouer les arguments d »une UE plus forte, au nom du réalisme : « on peut comparer ce qui se passe en Catalogne avec le Brexit, explique-t-il, la Grande-Bretagne va perdre de l’influence dans le monde en quittant l’Union. Ce sera pareil pour la Catalogne qui quitterait l’Espagne et donc l’Union ».

Fédéralisme et politique des États majeurs

Le fédéralisme, une solution ? Peut-être mais surement à très longtemps terme… L’union européenne tente aujourd’hui de régler son divorce avec la Grande Bretagne. Avec beaucoup de difficultés. La cinquième session des discussions sur le Brexit, le processus de sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, s'est ouvert le 9 octobre à Bruxelles. Un nouveau tour aux résultats très incertains, note RFI :  A Bruxelles, chacun se pose la question de savoir à quel moment la négociation de désengagement du Royaume-Uni de l’UE commencera pour de bon. La cinquième session de négociation a démarré sans que paraisse de la part du camp britannique une quelconque volonté nouvelle d’entrer enfin dans le vif du sujet.

En Allemagne, Angela Merkel, qui dirige le parti majoritaire depuis les récentes élections va entamer les discussions exploratoires visant à négocier la formation d’un nouveau gouvernement avec les Libéraux et les verts,, le 18 octobre. Presque un mois après les élections et avec beaucoup de difficultés de réussir avant 2018.

Quand à Emmanuel Macron, il a réussi à se tailler en moins d’un semestre l'image de « Président des riches » contre la « France des pauvres » (et "fainéants").

 

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Published by pierremorville
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