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10 mars 2017 5 10 /03 /mars /2017 15:02

(Article paru dans le Quotidien d'Oran du 27 février 2017)

Dans cette campagne présidentielle française, les surprises ne manquent pas. Emmanuel Macron, ex-ministre de l’économie de François Hollande et qui avait présenté un programme « ni droite, ni gauche » a reçu mercredi dernier le soutien de François Bayrou. Ce dernier avait laissé depuis plusieurs semaines, la possibilité de se présenter lui-même comme candidat. Il est aujourd’hui crédité de 6% des intentions de vote par les différents organismes de sondage. Beaucoup moins que les scores qu’il avait déjà recueillis comme candidat à la présidence : en 2012, François Bayrou avait réuni 9,13 % des voix, mais c’était déjà moins que lors de l’élection présidentielle de 20O7 où il avait terminé troisième homme avec 18,57 %.

Emmanuel Macron a immédiatement fait savoir qu’il « acceptait l’alliance proposée par François Bayrou » et voyait dans cette proposition « un tournant de la campagne » mais aussi « de la vie politique ». Les deux responsables qui ne sont pas très éloignés en termes de programmes, se sont rencontrés jeudi dernier.

Plusieurs fois ministres dans des gouvernements de droite, François Bayrou a une bonne expérience politique et il continue d’incarner le « centre » dans le paysage politique français, même s’il ne dispose plus ni de véritable appareil politique, ni d’élus, si ce n’est quelques rares sénateurs. Mais son image reste positive pour beaucoup d’électeurs : François Bayrou, âgé de 65 ans, est jugé « honnête » par 55 % des Français interrogés, hier, par l’institut de sondage Elabe. Dans le climat français actuel, l’image d’honnêteté n’est pas un mince avantage.

Principale motivation de leader centriste, le risque d’une victoire de Marine Le Pen : c’est pour lui l’alerte contre « le pire des risques », celui d'« une flambée de l'extrême droite », qui l’a fait « mesurer sa responsabilité personnelle (…)nous sommes dans une situation d'extrême risque et, face à cette situation exceptionnelle, il faut une réponse exceptionnelle (...), la dispersion des voix ne peut qu'aggraver ces périls ». Des arguments qui l'ont conduit à renoncer à se présenter à l'élection présidentielle et « parce que le risque est immense, parce que les Français sont désorientés et souvent désespérés, j'ai décidé de faire à Emmanuel Macron une offre d'alliance ».

Des conditions immédiatement acceptées

Le soutien de François Bayrou est donc un avantage certain pour la candidature d’Emmanuel Macron qui, après un début de campagne flamboyant, connaissait ces derniers jours une réelle baisse de popularité. Son programme restait flou et du coup sa jeunesse (il n’a que 39 ans) laissait percevoir une certaine inexpérience. L’appui de François Bayrou, homme d’état et vieux politicien modifie donc la donne.

Mais François Bayron refuse l’idée d’un pur et simple ralliement. Il propose une « alliance », avec des conditions. François Bayrou a notamment exigé la demande d'une « véritable alternance », la revalorisation du travail, et l'introduction de la proportionnelle pour « le pluralisme au sein du Parlement » et enfin un programme de moralisation de la vie politique.

Emmanuel Macron a immédiatement accepté les différentes conditions. Reste à les concrétiser.

Une véritable alternance ? Sauf modification constitutionnelle, les deux hommes incarnent en réalité sur le fond, une suite logique à la politique menée par François Hollande. La revalorisation du travail ? François Bayrou a appelé Emmanuel Macron à défendre les salaires, mettant en garde contre toute volonté de « réduire sans cesse la rémunération du travail ». Mais Emmanuel Macron dans son programme, reste sur la ligne majoritaire en Europe d’austérité budgétaire, de réductions des coûts, d’une politique favorisant à tout prix la compétitivité des entreprises et notamment la réduction des coûts salariaux…

L’introduction de la proportionnelle s’impose car les deux grands partis qui dominent l’exécutif et très largement la représentation nationale au Sénat et à l’Assemblée nationale depuis plusieurs décennies, Les Républicains aujourd’hui dirigé par François Fillon et le Parti socialiste représenté par Benoit Hamon n’ont jamais représenté à eux deux guère plus de 50% des électeurs et ne pèsent aujourd’hui, toujours à eux deux, guère mieux que 35% des intentions de vote dans les sondages.

Quand à une moralisation de la vie politique, elle est urgente. Le Parquet national financier a ainsi décidé d'ouvrir, vendredi, une information judiciaire contre les époux Fillon, pour des faits éventuels de «détournement de fonds publics, abus de biens sociaux, complicité et recel de ces délits, trafic d'influence et manquements aux obligations de déclaration à la Haute autorité sur la transparence de la vie publique». Quant au Front national, Jean-Marie et Marine Le Pen doivent faire face à une avalanche de contentieux judiciaires et fiscaux. L'administration fiscale les cible dans 14 dossiers distincts et leur réclame désormais plus de 3 millions d'euros.

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Published by pierremorville
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