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21 novembre 2016 1 21 /11 /novembre /2016 17:40

Texte d’introduction au 5ème colloque du cycle « Philosophie et Travail », sur la thématiques : « Echéances électorales : comment représenter le Travail ? »

Bonjour,

Pour introduire ce débat entre sphère politique et monde du travail, je vous propose de commencer par quelques rappels étymologiques. On a souvent présenté l’origine du mot Travail dans le Tripalium, un instrument de torture à trois branches utilisé par les Romains. Etymologie séduisante car elle évoque les douleurs du travail équivalente au travail de la femme qui accouche. Mais cette étymologie est depuis longtemps contestée. Pour certains universitaires, l’origine  du mot travail serait le latin Trabs, qui signifie « poutre » et a qui généré « entraver ». L’idée est que la notion de souffrance que l’on décèle dans beaucoup d’emplois du mot « travail » dès le XIIème siècle, exprimerait ce que ressent un animal que l’on entrave, par exemple pour soigner une blessure, le ferrer ou l’abattre. Au XIIème siècle, le lot travail signifiait souffrance, tourment. On reste donc dans la douleur.

Puisque que nous sommes dans série de colloques « Philosophie et Travail », intitulé « Philoboulot », parlons un peu du boulot. Le terme apparait à la fin du XIXème siècle sous l’orthographe « bouleau », l’arbre qui est un bois difficile à travailler et qui donne beaucoup de travail aux menuisiers, d’où l’idée d’un travail pénible. C’est l’une des possibles origines.

Mais il existe une version plus tranquille. Boulot viendrait du mot boulle, qui aurait donné boulotter, c'est-à-dire mener une vie tranquille, sans surprise, concurrencer par une autre acceptation de boulotter qui signifie manger. La même racine Bu en indo-européen qui signifie boulle et bouillir, a également donné Bosse mais aussi bosser, autre terme désignant le fait de travailler, qui  consacre un autre lien sémantique entre les notions de « rond » et de « travail ».

La même racine  indo-européenne Bu a également donné le billet, paiement du travail et le bulletin (de vote) qui est le privilège des citoyens dans les démocraties.
La politique vient plus sûrement du grec Polis, la cité-Etat, c'est-à-dire une communauté de citoyens libres et autonomes. Comme le formulait Aristote (dans son traité dont le titre est  « Politique » , la cité est une communauté , une koinônia, « d’animaux politique » selon le terme d’Aristote, réunis par un choix, proairésis, de vie commune.

En Grèce antique, pour être citoyen, il faut être un mâle de plus de dix-huit ans, libre, qui a fait son service militaire et dont le géniteur était citoyen lui-même. En effet, les Grecs estimaient que les femmes étaient irrationnelles, donc incapables de prendre des décisions politiques ; les esclaves, qui travaillaient eux beaucoup, étaient considérés comme complètement dépourvus de la faculté de délibérer quand ils ne sont pas simplement considérés comme des animaux ; quand aux non-Grecs, les barbares, ils étaient souvent considérés avec mépris comme inférieurs. Du reste, les prisonniers de guerre étaient une bonne source d’esclaves.

Les citoyens reconnus comme tels, avaient surtout le droit de donner leur opinion sur la gestion de la cité. Les Grecs l'avaient bien compris, qui mettaient l'isegoria (l'égalité du droit à la parole dans l'espace public) au centre de leur pratique démocratique.

Le mot « politique » a commencé à être employé dans son sens actuel au 13e siècle après J.C : il signifie alors" science du gouvernement de l'état". Dans les textes français, en 1361, la définition du politique s'élargit aux affaires publiques, et en 1552 la politique regroupe les affaires de l'état.
Apparaît ensuite le terme d' "homme politique".
Dans les années 1630, l'adjectif politique connaît une évolution de sens important et peut signifier "prudent et adroit".

Plus généralement, la notion de polis peut ainsi recouvrir trois réalités superposables et peut apparaître comme :

  • une donnée sociale, comprise comme une communauté d'ayants droit, libres et autonomes, fortement structurée : le corps des citoyens. La polis est alors comprise comme une entité politique et même comme le cadre de l'émergence du politique.
  • une donnée spatiale, un site qui noue de manière insécable une ville à son territoire et un écosystème. La polis est alors comprise comme une entité physique.
  • un État souverain, doté de pouvoirs régaliens, qui joue un rôle sur la scène internationale

Aujourd’hui nous ne sommes plus dans une cité mais dans une nation et une partie notable des réglementations trouve leur origine dans la commission européenne censée représenter et piloter 27 pays européens : une très vaste « entité physique » où la parole des citoyens est plus difficilement audible…

En 1988, Jacques Delors prévoyaient que 80% des réglementations nationales seraient directement dictée par l’Union européenne à la fin du XXème siècle, on est plutôt autour de 30 à 35%.

D’origine communautaire ou national, l’essentiel de ce dispositif réglementaire porte sur l’économie et le social, les deux principaux domaines, avec la santé, relatifs au travail.

Et le sentiment général, tout au moins des citoyens français est que dans le domaine du travail, on ne sollicite guère leur avis sur le nombre continue de lois et décrets réglementant celui-ci.

Lors de la réforme Travail présentée en 2016 par Myriam el-Khomri, 67% des Français y étaient opposés. Et plus de la moitié des sondés s’estimaient mal informés sur le contenu du projet de loi.

De même, puisque nous entrons dans une période électorale qui promet d’être particulièrement vive, les principales propositions de l’actuelle opposition rencontrent beaucoup d’opposants, un sondage en mai a signalé que la suppression des 35h rencontré l’opposition de 56% des sondés, le recul de l’âge de la retraite,64% et la suppression de l’impôt sur les grandes fortunes 67% d’opposants.

Toutefois, il faut être prudent sur les sondages. Souvent le sondé varie. L’année précédente en 2015, avant que ne sorte les projets, un autre sondage indiquait que  75% des personnes interrogées se déclarent favorables à « une réforme du code du travail » et 64% à « la création d'un contrat de travail plus flexible ».

Ces variations de l’opinion publique sur le travail reflétent aussi une incompréhension teintée de grandes inquiétudes

Comme le note Guy Vandenbrouck, un auteur suisse,  la pression augmente dans la plupart des activités humaines, accentuant une impression de stress et d'impuissance, les promesses politiques se font à la fois plus fortes et sont simultanément moins tenues, la communication et les médias dérivent de manière générale vers une simplification de l'information et une distanciation d'avec la réalité, l'individu a plus de difficulté à simplement être conscient de son environnement, et a fortiori à pouvoir être utilement critique et constructif. Le constat est certainement à nuancer mais chacun en fait l'expérience à un moment ou à un autre.

Dans ce contexte, l'individu perd ses capacités d'engagement dans la réalité qui est la sienne. Il se dégage de ce contexte un sentiment d'impuissance, une sorte de schizophrénie entre la vraie vie et l'analyse du monde, une fuite vers les opinions générales tranchées, sans conséquences concrètes. Le discours remplace l'action, la boucle de retour de la justesse de l'action n'existe plus, permettant le renforcement des opinions caricaturales, sources de tensions et d'incroyables frustrations. 

Un dernier mot sur la représentation politique parlementaire dans ses relations avec le monde du travail.

Alors que les ouvriers représentent 12, 5% de la population française, il n’y a aucun ouvrier dans les  députés que compte l’Assemblée nationale. 2,6% de députés ont déclaré le statut d’employés. Ouvriers et employés représentent 50,2% de la population française. A titre de contre-exemple, les avocats représentent 10% des métiers de la députation.

Mais c’est le moment de laisser la parole à nos orateurs :

Jean-Jacques Sarfati, philosophe et ex-avocat à la cour d’appel  interviendra en premier interviendra pour redonner un sens au mot Travail, en retirant les voiles qui le recouvrent.

Hervé Nathan, rédacteur en chef pour l’économie et le social à Marianne, nous expliquera pourquoi les politiques ne peuvent rien connaitre au monde du travail.

Paul Allies, professeur à la faculté de droit et de science politique de Montpellier dont il a été le doyen conclura cette matinée  sur le sujet «  Changement social et institutions politiques : le cas de la Vème République »

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Published by pierremorville
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