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6 décembre 2016 2 06 /12 /décembre /2016 17:07

("Chronique de Paris" publié dans le Quotidien d'Oran du 24 novembre 2016)

François Fillon devrait dimanche être confirmé comme candidat de la droite à la présidentielle française

Encore un scrutin qui a frappé de stupeur les médias, les professionnels du sondages, les innombrables experts … Après la surprise du Brexit qui a vu le Royaume-Uni être le 1er pays adhérent à décider de quitter l’Union européenne, après la victoire de l’inénarrable Trump, c’est un vote de bien moindre importance mais qui a surpris la France : contre toute attente, François Fillon a largement remporté le 1er tour des primaires de la droite et du centre visant à désigner leur candidat à la prochaine élection présidentielle qui se déroulera le printemps prochain. Et Fillon a largement gagné la 1ère partie : il totalise 44,1 % des voix. Alain Juppé est second (28,5%), Nicolas Sarkozy troisième (20,6%). Arrivent ensuite les petits candidats des partis de droite : Nathalie Kosciusko-Morizet (2,6%) et Bruno Le Maire (2,4%). Jean-Frédéric Poisson (1,5%) et Jean-François Copé (0,3%) ferment la marche.  

Politicien professionnel à 27 ans

La grande majorité des innombrables commentateurs prévoyait une finale entre Alain Juppé et Nicolas Sarkozy, bien que les derniers sondages indiquaient une forte remontée de François Fillon. Au résultat de ce premier  tour qui a mobilisé plus de 4 millions de Français dans les bureaux de vote de cette primaire de la droite, l’ancien président Nicolas Sarkozy a été renvoyé à une retraite politique prématurée et Alain Juppé, ancien premier ministre de Jacques Chirac, n’a peut-être totalement perdu la partie mais le second tour de ces primaires se déroule dimanche, va lui être particulièrement difficile à remporter.

Grand vainqueur du premier tour de la primaire de la droite et du centre, ce dimanche, François Fillon va donc affronter Alain Juppé au second tour. Qui est donc ce François Fillon ? C’est tout d’abord un pur produit du monde électoral. Natif de la Sarthe, département de l’ouest de la France, très rural, catholique et conservateur, François Fillon a entamé sa carrière sous l'aile de l'ancien ministre gaulliste et député de la Sarthe Joël Le Theule, dont il reprend le siège lors des législatives de 1981, à 27 ans ! Ensuite, il fut très proche de Philippe Seguin, François Fillon était alors plutôt catalogué dans les rangs des « gaullistes sociaux », plutôt progressistes et sensibles à l’indépendance nationale de la France. A l’occasion des différentes majorités de droite menées par Jacques Chirac, il occupe différents postes ministériels, notamment ceux de l'Enseignement supérieur puis des Affaires sociales, avant que Nicolas Sarkozy le nomme à Matignon en 2007, ce qui à l’époque avait déjà créé une certaine surprise, François Fillon étant jusque-là plutôt rangé dans le club des « seconds couteaux » de la politique professionnelle. Pendant tout le quinquennat, il a été chargé de mettre en œuvre le programme de Nicolas Sarkozy. Malgré un certain nombre de tensions avec celui-ci (l’ancien Président présentait son 1er Ministre comme un simple « collaborateur »), François Fillon restera son premier ministre pendant toute la durée de son quinquennat. Il est ensuite élu député de Paris en juin 2012. Il ne se privera pas alors de porter des critiques de plus en plus vives sur la personnalité et le bilan de Nicolas Sarkozy. Ce qui est un peu surprenant et guère fair-play, puisqu’il a pris alors la responsabilité de mettre en application toute la politique décidée par Nicolas Sarkozy et , fait rare, il a été le seul 1er Ministre de la Vème République à occuper ce poste essentiel tout au long d’une mandature présidentielle. Les autres Présidents (De Gaulle, Pompidou, Giscard, Mitterrand, Chirac) ont en général usé plusieurs Premiers ministres lors de leurs mandatures.  

L'ancien premier ministre a fait rapidement part de son ambition de diriger la France : dès 2013, il annonce qu’il sera candidat « quoi qu’il arrive » à l’élection présidentielle de 2017. Rival affirmé de Nicolas Sarkozy et critique à l'égard de la «modération» d'Alain Juppé, le député officialise sa candidature en avril 2015. Alors que Nicolas Sarkozy et Alain Juppé étaient donnés comme les deux prétendants les plus sérieux, François Fillon, bien moins connu du grand public, se retrouve en première place avec toutes les chances que le second tour des « primaires de la droite et du centre » l’officialise comme principal candidat de l’opposition de droite, à la présidence de la République.

Très libéral et très conservateur

Quant à son programme, il est très clairement très à droite. François Fillon s'est présenté comme le candidat de la vraie « rupture » en prescrivant pour la France, une cure libérale quasi-thatchérienne : baisse de 110 milliards d'euros dans les dépenses publiques, retraite à 65 ans, fusion des retraites du public et du privé, retour aux 39 heures (plutôt payées 35 h), possibilité d’étendre la semaine de travail à 48h, suppression de l’impôt sur les grandes fortunes (ISF) et surtout le projet de supprimer quelques 500 000 postes de fonctionnaires... Le programme est tellement excessif qu’Alain Juppé au lendemain du 1er tour, pourtant lui-même sur des positions très libérales, en a dénoncé les excès en déplorant son caractère « brutal, dangereux » et antisocial… Pour beaucoup de fidèles d’Alain Juppé et de centristes, les propositions de François Fillon sont beaucoup trop rudes pour être acceptées par la population. « Je crois que le programme de François Fillon est un programme qu'il ne pourra pas tenir », a expliqué Jean-Pierre Raffarin, ancien 1er ministre de Jacques Chirac et Juppéiste. Ce dernier s'est demandé si François Fillon pouvait gouverner « sans recruter de fonctionnaires dans les hôpitaux, la gendarmerie ou la police? » pendant cinq ans. « On n'a aucune chance de réformer par la brutalité », a-t-il ajouté. Même son de cloche du côté du centriste Christophe Lagarde, qui doute sérieusement de la capacité de l'ancien Premier ministre de mener à bien sa réforme sur la fonction publique. Et ces éléments de langage anti-Fillon, pour la semaine qui sépare du second tour, ont été bien rôdés dans l'équipe d'Alain Juppé, lequel a souhaité dès lundi dernier mener des « réformes crédibles » pour la France. Un second tour assez chaud entre les deux rivaux…

Sur le plan sociétal, le conservatisme de François Fillon renvoie à une fibre catholique qu'il revendique. François Fillon vient de rappeler qu’il se déclarait hostile à l’avortement même s’il ne souhaitait pas revenir sur la loi sur l’interruption volontaire de grosses (IVG) mais il veut réécrire la Loi Taubira (possibilité de mariage de personnes du même sexe). Sur la question de l’Islam en France, le candidat Fillon a des positions tout aussi raides : « il n’y a pas de problème religieux en France. Il y a un problème avec l’Islam » écrivait-il dans un récent ouvrage. Fillon veut également mettre en place une allocation sociale unique forfaitaire (regroupant différents aides sociales pour les personnes connaissaient des difficultés d’emploi) mais dont le versement sera conditionné par leurs recherches actives d’emploi. En cas d'efforts insuffisants, l'allocation sera diminuée et suspendue, en cas de récidive. Dans un pays qui compte 3 millions de chômeurs et 7 millions supplémentaires d’emplois très instables, bonjour l’ambiance…

C’est donc un programme très conservateur que le candidat souhaite mettre en œuvre. L’ancien Premier ministre croit à la nécessite d’une « thérapie de choc ». Il a par ailleurs reçu le soutien de la quasi-totalité de ses anciens rivaux de la 1ère phase de la primaire, Nicolas Sarkozy en tête malgré l’évidente détestation que se portent ces deux hommes.

Le droite française et visiblement une partie notable de ses électeurs croient en effet à la nécessité de la mise en place d’une économie vraiment libérale et d’une vaste remise en cause de nombreuses « conquêtes sociales » en réduisant par ailleurs autant qu’on le peut, l’influence des syndicats.

A tel point que Marine Le Pen, candidate du Front national, à la recherche de voix populaires, propose aujourd’hui un programme beaucoup plus « social » que ses rivaux de la droite traditionnelle.

Quant au Parti socialiste, il ne sait que trop dire. Tout d’abord, parce que le président sortant, François Hollande a lui-même appliqué une politique très sociale-libérale sans résultats probants, loin s’en faut. Et ensuite parce qu’il ne s’est toujours pas prononcé sur son éventuelle candidature à sa propre succession, au printemps prochain. François Hollande garde en effet le mystère. Il y aura bien des primaires en janvier mais cette élection interne au PS sera très compliquée au vu du grand nombre de candidats qui se présenteront et extrêmement polémiques, au regard des sérieuses divergences qui existent au sein de cette formation, sur la ligne politique à proposer aux Français pour les cinq années qui viennent. Pour l’instant, tout cela bénéficie au candidat de « la gauche de la gauche » qu’est Mélenchon et son Parti de gauche.

Plus généralement le succès actuel et peut-être futur de François Fillon, ainsi que la percée électorale de Marine Le Pen, quasiment assurée d’être au second tour des présidentielles indiquent un glissement à droite de l’opinion publique française. Plusieurs facteurs peuvent l’expliquer : la persistance d’un chômage massif, la stagnation voire les reculs des revenus des couches populaires mais également d’une partie des classes moyennes, les crainte nées des conflits à la périphérie de l’Europe ( Ukraine, Libye, Proche-Orient) qui ont accentué le flot des réfugiés s’ajoutant à une immigration importante, l’échec patent de l’alternative proposée par les socialistes français, tout cela a nourri un ras le bol vis-à-vis des partis traditionnels qui profite paradoxalement à François Fillon qui, malgré ses nombreuses responsabilités passées, n’apparaissait pas jusqu’à aujourd’hui comme un leader national et donc responsable des errements antérieurs du quinquennat Sarkozy et d’une politique dont il était l’un des principaux artisans…

Les félicitations de Poutine

Sur le plan de la politique internationale, s'il a soutenu la candidature d'Hillary Clinton, François Fillon se félicite néanmoins l'arrivée au pouvoir de Donald Trump, un autre « président surprise » : « Ce n'est pas la première fois qu'il y a un président américain élu, un peu original. On a eu Ronald Reagan (1981-1989) dont on disait à peu près la même chose », rappelle-t-il, en ajoutant qu'il ne faut « surtout pas qu'on en tire des conséquences comme le font tous les hommes politiques français, absolument stupides ». Et il se félicite du rapprochement avec Poutine souhaité par Trump.

François Fillon est d’ailleurs l’un très rares hommes politiques français à vivement apprécier Vladimir Poutine avec qui il a noué depuis qu’il était Premier ministre de vraies relations d’amitié. Du coup, le porte-parole de la présidence russe a en effet confirmé mardi que Vladimir Poutine entretenait «  de bonnes relations » avec François Fillon, et la presse russe dans son ensemble voyait en celui-ci, le profil d'un « ami de Moscou » capable de restaurer les relations entre les deux pays.

Plus généralement, les prises de position internationales de François Fillon sont plus prudentes que sa politique économique et sociale. Son ancien héritage gaulliste réapparait quand, plutôt souverainiste, il exprime des doutes sur l’actuel mode de construction de l’Union européenne ou une certaine méfiance vis-à-vis d’une trop grande subordination, notamment militaire vis-à-vis des États-Unis : « Quant à l’Otan, le commandement intégré ne doit pas être synonyme d’une dépendance vis-à-vis des États-Unis, alors que la vocation de la France est de parler à tout le monde, y compris aux Russes et aux Iraniens », expliquait-il récemment.

Le député de Paris estime par ailleurs qu'une coopération est nécessaire avec la Russie et avec l'Iran en Syrie car la priorité est pour lui de combattre le groupe État islamique, quitte à s'allier temporairement avec le régime de Bachar al-Assad.

 

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Published by pierremorville
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