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9 décembre 2016 5 09 /12 /décembre /2016 16:24

("Chronique de Paris", publiée dans le Quotidien d'Oran du 8 décembre 2016)

François Hollande ne se présente pas à la présidentielle, laissant la place à de nombreux candidats de gauche, le plus souvent des anciens ministres de son gouvernement

En France, le jeu politique s’accélère. Après la désignation-surprise du très conservateur François Fillon comme candidat de la droite, le Président François Hollande a annoncé, le 1er décembre, qu’il renonçait à se présenter à sa propre succession. Lundi, son Premier ministre, Manuel Valls démissionnait et faisait lui, acte de candidature à la présidence. Mardi, Bernard Cazeneuve, l’ancien ministre de l’Intérieur de Manuel Valls, est nommé par François Hollande à la tête de Matignon. Le Président de la République et le nouveau Premier Ministre ont rapidement nommé un nouveau gouvernement, avec un mini-remaniement,  qui s’est réuni hier, mercredi, lors du traditionnel Conseil des Ministres hebdomadaire.

François Hollande ne dispose plus que de cinq mois pour tenter d’agir et de présenter, comme président le plus impopulaire de la Vème République, un bilan plus honorable de son quinquennat.

Aujourd’hui, il ne peut que constater son très grand isolement : « Aujourd’hui, je suis conscient des risques que ferait courir une démarche, la mienne, qui ne rassemblerait pas largement autour d’elle. Aussi, j’ai décidé de ne pas être candidat à l’élection présidentielle, au renouvellement donc de mon mandat. (…) Je le fais en prenant toute ma responsabilité mais aussi en en appelant à un sursaut collectif et qui engage tous les progressistes qui doivent s’unir dans ces circonstances parce que ce qui est en cause, ce n’est pas une personne, c’est l’avenir du pays ». C’est par ces mots que François Hollande a annoncé aux Français le 1er décembre,  par une allocution télévisuelle depuis l’Élysée, son retrait de la course présidentielle. Visiblement ému, le président a dressé un rapide bilan de son action depuis un plus de quatre ans d’exercice. Il a également reconnu quelques erreurs dont le projet avorté d’une déchéance de la nationalité de la nationalité française pour les auteurs d’actes terroristes : « je n’ai qu’un seul regret, et je veux ici l’exprimer : c’est d’avoir proposé la déchéance de nationalité parce que je pensais qu’elle pouvait nous unir alors qu’elle nous a divisés ».

Semi-autocritique hollandaise

François Hollande, sans y faire explicitement référence, n’a cependant pas reconnu qu’un autre grand projet de réforme, la Loi Travail défendue par Myriam el-Khomri était à ranger dans la catégorie des mauvaises initiatives. Ce projet d’inspiration très « social-libéral » visait à apporter une plus grande « souplesse » aux chefs d’entreprises en matière de licenciement, d’embauche, de rémunération, et par conséquent moins de droits aux salariés. La loi Travail avait rencontré une vive opposition syndicale et entrainé des grandes manifestations populaires. Les dispositifs proposés avaient même rencontré l’opposition d’une large partie de la majorité parlementaire de gauche et Manuel Valls n’a réussi à faire passer le projet de loi qu’en utilisant un dispositif exceptionnel, le « 49-3 » qui, si le projet de loi n’avait finalement pas été voté, aurait abouti à une dissolution du Parlement. Mais François Hollande ne considère pas officiellement que la loi Travail fut une erreur. Ses électeurs pensent le contraire.

Pour expliquer son abandon de la course présidentielle, François Hollande a déclaré faire un choix «lucide», se disant «conscient des risques qu’une démarche (de candidature) ne rassemblerait pas». De nombreux sondages en effet, ne lui étaient pas du tout favorables.  Dans l'hypothèse où il aurait été candidat à un second mandat, le chef de l'Etat ne recueillait au mieux que 7% d'intentions de vote. Il était très nettement devancé par François Fillon (autour de 30%) et Marine Le Pen (24% à 25%), mais aussi par Emmanuel Macron, son ancien ministre de l’économie, « ni de droite, ni de gauche »  qui souhaite occuper une position au centre (autour de 15%) et à la gauche du Parti socialiste, par Jean-Luc Mélenchon crédité lui aussi de 15% des voix.

Huit Français sur 10 rejettent comme négatif le bilan de François Hollande. Ce président qui a battu tous les records d’impopularité en France, sera certainement, au fil des mois et des années, peut-être jugé beaucoup moins sévèrement par ses propres concitoyens. Il a en effet pris par ailleurs des mesures progressistes en matière sociétale, renforcé les systèmes de protection sociale, allégé la dette et a même contribué à ce que Grèce reste dans l’UE malgré les réticences allemandes. Il a su affronter les multiples périls nés des différents attentats très violents opérés en France par la mouvance djihadiste. Il a piloté avec mesure des opérations militaires contre cette même mouvance qui s’attaquait à des pays africains alliés.

Mais François Hollande a lourdement échoué sur les fronts économiques et sociaux, lui qui s’était solennellement engagé à une « inversion de la courbe du chômage ». A la quasi-fin de son quinquennat, la France compte 700 000 chômeurs de plus…

Les nombreux pièges des « primaires »

Qui va lui succéder comme candidat du PS ? Manuel Valls, son Premier ministre qui a, sans trop le cacher, beaucoup fait pour que François Hollande se retire n’est guère mieux loti que lui dans les intentions de vote : entre 9% et 11% seulement d'intentions de vote.

Les primaires de la gauche socialiste qui se dérouleront en janvier désigneront le candidat officiel du PS. Les primaires, cette très mauvaise « fausse-bonne idée » qui démultiplie les ambitions présidentielles, avait d’ailleurs été introduite dans le jeu politique français par les socialistes lors de la dernière élection présidentielle. A l’époque, François Hollande les avait remporté. Il n’avait plus aucune chance de rééditer son exploit. Et d’ailleurs, il aurait dû affronter un grand nombre de concurrents au sein même du Parti socialiste, notamment sur sa gauche, parmi lesquels plusieurs de ses anciens ministres, notamment Arnaud Montebourg et Benoit Hamon, qui critiquent vivement la politique qui a été menée lors du mandat présidentiel de François Hollande, sans oublier les possibles candidatures de Christiane Taubira, ex-ministre la justice ou d’Anne Hidalgo, l’actuelle maire de Paris.

Lors des primaires de la droite, Alain Juppé et Nicolas Sarkozy s’étaient fait sévèrement éjectés, François Hollande a choisi d’éviter cette humiliation. Ces élections primaires à droite et à gauche,  manifestent surtout un ras-le-bol de ces mêmes électeurs vis-à-vis des partis traditionnels et de leurs anciens responsables. François Fillon a réussi à se faire élire candidat du parti Les Républicains à la présidentielle, en proposant un virement à droite, mais surtout en critiquant de façon forte explicite la politique menée sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy, alors qu’il en était le Premier ministre !

Implosion possible du Parti socialiste ?

La bataille engagée dorénavant au sein du parti socialiste par ces primaires, pourrait aboutir à une véritable implosion de cette formation politique. Lors de la bataille parlementaire autour de la Loi Travail, Manuel Valls, fustigeant ses opposants à gauche,  avait déjà constaté qu’il existait au sein du parti socialiste, deux tendances au sein de la gauche, selon lui, « inconciliables » et antagonistes », la sienne « social-libérale », réaliste qui veut gouverner, ou une autre, selon lui, contestataire, revendicative, brouillonne, qui ne veut pas gouverner et qui regrouperait tous ses opposants au sein de la formation socialiste. Après un tel constat il sera assez difficile à Manuel Valls de se présenter comme le « candidat de toute la gauche » !

Le retrait de François Hollande ne va pas réduire les antagonismes entre ces deux lignes ou réduire le nombre importants des candidats à sa succession au sein du Parti socialiste.

A l’origine de ces antagonismes : la crise financière de 2007-2008 dite des « subprimes », du aux errements spéculatifs des grandes compagnies internationales financières et banquières. La contagion a atteint toute l’économie : krak immobilier, crise financière et crise économique mondiale. Les États ont dû intervenir pour recapitaliser les banques et les grandes entreprises en injectant des centaines de milliards de dollars US pour éviter un désastre supposé encore plus important. Mais le remboursement des sommes gigantesques ont entraîné des programmes de rigueur et d’austérité qui été assumés pour l’essentiel dans les économies développées, par les classes populaires et les couches moyennes. En Europe, les formations social-démocrates qui dirigeaient ou participaient à de nombreuses coalitions au pouvoir dans de nombreux pays, ont acceptaient et assumé ces politiques d’austérité qui n’ont pas été sans heurter leurs propres électorats. Au résultat, presque une décennie plus tard,  ces partis socialistes ou sociaux-démocrates ont pratiquement partout perdu le pouvoir. Et il y a de fortes chances que ce soit le tour des socialistes français dans quelques mois qui perdront certainement et les élections présidentielles, et les élections législatives qui suivent où il dispose à l’Assemblée nationale jusqu’à aujourd’hui d’une majorité des sièges.

Le réveil va donc être brutal pour de très nombreux élus (alors que Le PS a déjà perdu les précédentes élections municipales et régionales) et attiser de vives querelles sur le bilan de l’actuel président, aggravant par là les divisions actuelles de la gauche. Manuel Valls a annoncé sa candidature lundi Il a appelé à la « réconciliation » des nombreuses familles à gauche mais il proposera néanmoins  d’aller plus loin dans une ligne libérale sur le plan économique, rejoignant les positions d’ores et déjà les positions défendues par son ancien ministre de l’économie, Emmanuel Macron. Mais ce dernier qui a refusé de rentrer dans les systèmes des primaires, a déjà fait acte de candidature et ce concurrent de Valls semble plus à même de rallier les voix des électeurs du centre. Même schéma à la gauche du parti socialiste : ses nombreux candidats  (ils ne sont pas moins de quatre, Montebourg en tête) vont s’affronter à la primaire mais à l’heure actuelle, si l’un de ses représentants remportait la primaire socialiste, il ferait moins de voix, selon les sondages actuels que Jean-Luc Mélenchon et son Parti de Gauche.

Dans une telle situation le Parti socialiste et ses courants plus que contradictoires, pourrait bien purement et simplement disparaitre, tout au moins sous sa forme actuelle.

Une présidentielle sous tensions internationales

Le choix de Bernard Cazeneuve, qui fut un ministre de l’Intérieur efficace, comme Premier ministre, peut aussi s’expliquer par la permanence de la menace terroriste en France : il y a fort à craindre en effet, que Daesh tentera de s’immiscer dans l’élection présidentielle française, par quelques actes sanglants.

Plus généralement, François Hollande, dégagé des contraintes de la campagne présidentielle et gardant une haute main sur un gouvernement plus ramassé, plus technique et plus cohérent avec à sa tête un homme de confiance, pourra mieux gérer pour le temps qui lui reste, quelques grosses épines sur la plan de la diplomatie internationale.

Dans le vieux Continent, l’Union européenne semble toujours ne pas savoir comment réagir après le Brexit anglais. Deux pays continuent de vivre des crises politiques difficiles, l’Espagne ou les conservateurs ont pris le gouvernement tout en restant minoritaire dans les Assemblées, en Italie ou le premier ministre centre gauche Matteo Renzi a du démissionner, après un référendum sévèrement perdu qui devait initialement renforce ses pouvoirs constitutionnels.

Enfin, les diplomaties européennes devront prendre en compte le renouveau surprenant des tensions américano-chinoises.  Donald Trump a alimenté des tensions avec Pékin après avoir échangé avec la présidente taïwanaise. Loin de chercher à tempérer la polémique, le prochain locataire de la Maison-Blanche a continué de jeter de l'huile sur le feu via Twitter…

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Published by pierremorville
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