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4 mai 2016 3 04 /05 /mai /2016 14:21
Une planète inquiète et inquiétante

(Chroniquer de Paris, parue le 4 mai 2016)

Etat de l’opinion européenne sur l’Islam, craintes sur le futur traité transatlantique, une victoire de Trump un peu angoissante…

L'islam est la deuxième religion en France après le christianisme. Une étude du pew Resaarch Center donne le chiffre de 4,7 millions de musulmans en 2010 en incluant les mineurs. Selon la Conférence allemande de l'Islam et une étude réalisée pour elle par l'Office fédéral des migrations, on estimait à plus de 4,1 millions de personnes le nombre des musulmans en Allemagne en 2009, soit 5% de la population (81 100 000 d'habitants). Le nombre de pratiquants réguliers y est cependant plus faible.

Comme cette religion est-elle ressentie par les communautés nationales ? Après les attentats de Paris et de Cologne fin 2015, le questionnaire d’un sondage pluriannuel du Figaro-Ifop a été réalisé en avril et montre une certaine détérioration : en 2010, 55 % des Français estimaient que « l'influence et la visibilité de l'islam » étaient «trop importantes» dans ce pays. Ils sont aujourd'hui 63 %, soit une hausse de huit points. Mais en analysant de près la cause de cette poussée, il apparaît qu'elle ne vient pas, selon ces chiffres, de la droite, extrême ou classique qui n'a pas changé de vision mais de la gauche… En 2010, 39 % des électeurs du Parti socialiste pensaient que la place de l'islam était «trop importante». Ils sont 52 % désormais, selon l'Ifop !

Le sondage a également été réalisé en Allemagne. Les résultats dans ce pays non-laïque sont assez proches des résultats français : 47% des français et 43% des Allemands jugent l’Islam comme étant plutôt une menace pour l’identité du pays. 52% des Français et 49% des Allemands sont opposés à la construction de mosquées. 63% sont opposés au port du voile dans la rue en France, et 48% en Allemagne. Chiffres encore plus inquiétants : 83% des Français et 87% des Allemands jugent l’influence et la visibilité de l’Islam trop importante. A la question « Diriez-vous qu’aujourd’hui les musulmans et personnes d’origine musulmane sont bien intégrés dans la société ? », 68% des Français interrogés et 71% des Allemands répondent négativement.

Autre enquête de la Commission consultative des droits de l’Homme, les actes anti-musulmans ont triplé en 2015, année des sanglants attentats djihadistes. Dans le détail, les faits antimusulmans ont plus que triplé (+223%) : de 133 en 2014, ils sont passés à 429 en 2015, avec « deux pics » les jours qui ont suivi les attentats de janvier et du 13 novembre. Les chiffres du ministère de l’Intérieur sur les faits délictueux (actions et menaces) à caractère raciste, antisémite et antimusulman sont globalement en « hausse conséquente » de 22,4%, de 1.662 en 2014 à 2.034 en 2015. « Un sommet jamais atteint depuis que ces statistiques sont relevées », note la CNCDH , « la courbe de tendance de la délinquance apparente à caractère raciste ne cesse ainsi son inquiétante ascension », s’alarme la commission.

Fait rassurant néanmoins, l’enquête 2016 montre contre toute attente, que « l’indice de tolérance » des locaux vis-à-vis des populations étrangères, « marque en 2015 une nette progression » (+5 points), après quatre années de baisse. Les attentats de janvier et du 13 novembre ont, de façon surprenante, eu un impact positif sur la tolérance des Français, note Christine Lazerges. "Il y a vraiment un avant et un après. Il y a eu un choc émotif, (...) une sorte d’intériorisation que nous étions tous responsables de la montée du radicalisme", explique-t-elle. Bonne nouvelle.

Grande méfiance sur le TAFTA

Constante de l’opinion française, une certaine méfiance vis-à-vis des Etats-Unis. C’est pourtant l’un des rares pays avec lequel la France n’a jamais connu de conflit armé. Pourtant, les enquêtes d’opinion montrent avec continuité que seulement 30% des Français ont pour ce pays plutôt de la sympathie, entre 15 et 20% plutôt de l’antipathie, tandis que 54% (contre 51% en 2005) n’éprouvent ni l’une, ni l’autre. C’est en matière de modes de vie que les Français se sentent différents des Américains, manifestant notamment une réprobation devant les habitudes culinaires de ces derniers. Mais les hexagonaux désapprouvent en général la politique extérieure de leur allié. Les guerres américaines au Vietnam et en Irak furent vivement critiquées, la détestable aventure américano-anglo-française en Lybie est regrettée par l’opinion hexagonale. Mais c’est évidemment dans le domaine des relations économiques et commerciales que les Français sont le plus méfiants. Et le traité Tafta a fait resurgir toutes les méfiances. Le Tafta ou TTIP, c’est le projet de Barak Obama de bâtir un traité de libre-échange transatlantique entre l’Amérique du Nord et l’Europe. Les négociations de ce traité d’importance, le Transatlantic Trade and Investment Partnership, a débuté en juillet 2013. L’accord TTIP vise à supprimer les barrières commerciales et réglementaires de part et d'autre de l'Atlantique pour créer une vaste zone de libre-échange censée doper l'activité économique. Accord négocié dans la plus grande confidentialité, puisque le texte n’est pas discuté directement avec les états européens qui ont délégué leur pouvoir à la Commission européenne. Celle-ci a imposé un total black-out : mêmes les parlementaires européens n’ont pas accès au détail des négociations ! Un député européen ne peut consulter les documents que par une demande spéciale, enfermé dans une salle, sans portable, muni seulement de quelques feuilles de brouillon, sous la surveillance d’un fonctionnaire et en s’engageant à n’en rien divulguer à la sortie : pas très démocratique. Les citoyens sont encore moins informés, du coup en 2014, 55% des Français déclaraient jusqu’à ignorer ce qu’était le traité Tafta !

Quel est ce grand projet de Barak Obama qui achève son deuxième et dernier mandat ? Devant la montée en puissance des économies nouvelles en Asie, en Amérique latine, en Afrique, le dirigeant américain propose la constitue un puissant marche commun transatlantique que les Etats-Unis dirigeraient, bien sûr. Il a déjà proposé de même la constitution d’un partenariat transpacifique avec ses partenaires asiatiques, le TPP, en voie de signature.

Craintes européennes

Problème : « l’Europe a déjà de telles difficultés à harmoniser la réglementation entre ses pays membres qu'on voit mal comment les États-Unis et les vingt-huit pays européens pourraient trouver un terrain d'entente », note Olivier Pirot. D’autant que les Américains ne sont pas enclins aux compromis. Le marché serait commun mais les États-Unis ne se montrent pas pressés d’ouvrir à la concurrence étrangère leurs services, leurs marchés publics (ouverts en Europe, fermés à 70 % aux États-Unis). De plus, les mécanismes d’arbitrage proposés par les Etats-Unis font bonne part aux multinationales et au Big Business. Mais sur les 10 multinationales les plus puissantes au monde, 8 sont américaines et 0 européenne et il y a tout un tas de secteurs où elles dominent les entreprises européennes. Les ONG et les syndicats aux USA comme en Europe, craignent quant à eux que cet accord commercial conduise à une déréglementation généralisée au profit des grandes entreprises.

De même, les standards de protection des consommateurs sont plus élevés en Europe qu’outre-Atlantique, et beaucoup craignent que la convergence des normes notamment matière de sécurité des voitures, d’étiquetage des cosmétiques, de qualité des produits alimentaires…) se fasse nécessairement au détriment des Européens. Jes consommateurs en notamment en France s’inquiètent de l’arrivée massive prochaine, sur leurs marchés, de tonnes de bœufs eux hormones et de poulets nettoyés au chlore. Plus grave pour l’éthique française, les Américains remettent en cause piratent les « appellations contrôlées » et baptise du nom de champagne, leurs productions vinicoles californiennes. C’est plus qu’un crime !

Au-delà de ces protestations gastronomiques, le projet proposé par les Américains apparait surtout construit surtout à leur avantage. Et les économistes divergent sur les conséquences positives qu’aurait le Tafta sur la croissance européenne. Pour beaucoup d’entre eux, le gain serait très minime.

Devant la montée des protestations en Europe, Barak Obama s’est rendu en Allemagne pour défendre son projet, avant le 13 ème round de négociation du traité qui a démarré le 26 avril. Il y a rencontré Angela Merkel, fervente fan de ce projet qui arrange plutôt son économie nationale, mais on avait oublié de convoquer les représentants des autres états européens et même ceux de la Commission européenne. Agacé, François Hollande a répliqué que le TIPP proposé n’est en l’état pas acceptable, son secrétaire d’état au commerce extérieur, Matthias Fekl, affirmant mardi que l'arrêt des négociations sur le traité de libre-échange transatlantique était aujourd'hui « l'option la plus probable », en raison de « l'état d'esprit des Etats-Unis : l'Europe propose beaucoup et elle reçoit très peu en échange. Ce n'est pas acceptable ».

Après Obama, Trump ou Clinton ?

Obama réussira-t-il à lever les appréhensions européennes ? Il ne dispose en tout cas, de plus beaucoup de temps, son mandat s’achevant le 8 novembre 2016, après « l’Election day ». Pire, les deux principaux candidats à la succession, Hillary Clinton et Donald Trump, se sont prononcés contre le TAFTA. Barak Obama fait le forcing pour que Tafta soit ratifié avant son départ mais sur ce traité à risques, les responsables européens sont inquiets des suites de l’élection américaine. Qui va succéder à Obama ? Hillary Clinton est en tête dans la course à la nomination chez les démocrates, bien qu'elle soit talonnée par son adversaire socialiste, le sénateur Bernie Sanders. Le grandiloquent milliardaire Donald Trump mène la course dans le camp républicain. Il a éliminé hier son principal rival, Ted Cruz, le sénateur du Texas, lors des primaires de l’Indiana. Avec 1053 voix de délégués, dont les 51 raflées en Indiana (sur un total de 57), notamment grâce au soutien inattendu du vote évangélique, il ne manque plus au milliardaire que 184 pour décrocher l'investiture automatique républicaine en vue de l'élection présidentielle du 8 novembre. C’est quasi chose faite. La direction du Parti républicain qui, inquiet du programme de la star montante, avait joué la carte du « tout sauf Trump », est obligé de se rallier. Hillary Clinton est l’adversaire probable de Trump aux présidentielles mais elle est de loin de faire l’unanimité dans son propre camp. Bernie Sanders son rival très à gauche, a ainsi remporté les primaires de l’Indiana. La victoire potentielle de Trump et les difficultés de Clinton montrent bien la crise aux Usa, comme en Europe, des partis traditionnels. Les électeurs américains ont envie de changement et seraient prêts à donner sa chance à un candidat iconoclaste même si le programme de Trump inquiète autant les milieux financiers que le reste de la planète. Ainsi, Le magazine The Economist le classe au 6ème rang des menaces pesant sur l’économie mondiale, à égalité avec Daesh. Et les grandes capitales s’interrogent sur la future politique extérieure de Trump. Sous sa bannière « America First », l’Amérique d’abord, Trump veut venir très vite à bout de l’Etat islamique, ne jamais accepter un Iran nucléaire, forcer les Européens à payer pour leur sécurité et conclure de « super accords » avec la Chine, le Japon, La Russie. Entre deux rhétoriques anti-musulmanes, il maintient son projet de la construction d’un mur entre les Etats-Unis et le Mexique pour limite le flux des migrants sud-américains, sa grande obsession. Trump critique Georges Bush pour son intervention en Irak mais, tout en prônant un certain isolationnisme pour les Etats-Unis, il n’écarte jamais la possibilité d’actions guerrières à mener par son pays. Seuls éléments un peu rassurants, Trump souhaite acclamer les tensions avec la Russie et souhaite dans le vieux conflit israélo-palestinien, y adopter une position de relative neutralité pour tenter « d'arracher enfin un accord, si c'est encore possible ». Une 1ère aux USA.

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Published by pierremorville
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