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25 mai 2016 3 25 /05 /mai /2016 13:08
Loi Travail : la contestation sociale se mue en crise politique

(Article paru sur le site TSA, le 25 mai 2016)

La contestation de la loi Travail défendue par le gouvernement, voit sa contestation sociale s’amplifier et peut déboucher sur une vraie crise politique. Ce matin, les CRS sont intervenus sur le centre pétrolier de Douchy-le-Mines dans le Nord de la France, l’une de la dizaine d’installations énergétiques actuellement occupées, pour y déloger les grévistes. Mais les nombreuses interventions des forces de l’ordre ne réduisent pas pour autant une contestation sociale grandissante et surtout qui résiste à l’usure du temps. La France est paralysée, ce qui menace même l’organisation du prochain Euro 2016 de Football qui va se dérouler dans le pays ! Parti du secteur public (et notamment les transports, SNCF, RATP) et de la Fonction publique (pourtant peu concernée par cette réforme), le mouvement gagne aujourd’hui de nombreux secteurs du privé : les chauffeurs routiers, les pilotes d’Air France, les taxis et même les tenanciers des bureaux de tabac ont rejoint le mouvement ! Toutes ces catégories sont plus ou moins concernées par cette loi mais profitent surtout de ce mouvement social pour rappeler leurs propres revendications.

Un loi sociale très libérale

Qu’est ce que la loi El Khomri, du nom de la ministre du Travail qui l’a proposé ? C’est pour l’essentiel une reprise de la vieille doctrine libérale (défendue par les précédents gouvernements de droite qui ont précédé le quinquennat de François Hollande) : face à un chômage peu compressible (10% des actifs français) et d’une croissance très molle, il faut redonner de la souplesse aux entreprises, alléger les protections du Code du Travail, et surtout faciliter les licenciements d’aujourd’hui, pour reconstituer les marges et créer les conditions de la création des emplois de demain. Vieux couplet lancé par le chancelier allemand Helmut Schmidt, il y a 40 ans…

Dans le détail de la Travail, c’est surtout des licenciements facilités des indemnités moindres, des prérogatives syndicales limités, des accords d’entreprise hors des contraintes légales…

La loi Travail dès sa présentation fait surgir une vaste protestation. Depuis plusieurs mois, les sondages indiquent avec constance que 80% des salariés y sont opposés de même que les trois quart des Français, actifs ou non. Depuis plusieurs mois d’imposantes manifestations se déroulent dans les principales villes françaises surtout orchestrées par les syndicats CGT et Force ouvrière après le retrait de syndicats plus modérés (CFDT). Mal préparée, peu expliquée, la loi El Khomri a surtout fortement déplu à l’électorat de gauche et désarçonné par son aspect très libéral, un grand nombre de parlementaires socialistes. « Ce que Sarkozy n’a pas osé faire, Hollande le fait en pire » est la rengaine répété à l’infini dans toute les manifestations et l’avis est souvent partagé, discrètement ou non, par un grand nombre d’élus de gauche.

Hollande et Vals en difficulté

A tel point que la gouvernement Hollande pour contourner la grogne des députés de sa propre majorité, a du recourir à un procédé d’autorité, le 49-3, pour simplement pouvoir présenter sa loi à la discussion parlementaire. Celle-ci se déroulera jusqu’à la fin juin, période qui sera occupée par de nouvelles protestations. Le gouvernement avait parié sur une usure de la mobilisation sociale. Celle-ci semble ces derniers jours s’amplifier, certaines manifestations étant émaillées d’incidents violents.

L’affaire tombe mal pour François Hollande et Manuel Valls. « Ca va mieux » : il y a quelques semaines, le président de la République s’étant beaucoup répandu dans les médias pour valoriser la très légère amélioration de la conjoncture économique française. Il n’a pas été entendu. Son 1er ministre, très volontaire, voire cassant, voit son autorité très contestée, y compris dans les rangs parlementaire de sa propre majorité.

Comment en sortir ? Après le retrait des mesures sur la déchéance de la nationalité, il parait difficile que le gouvernement fasse un nouveau recul mais sa décision de ne pas retirer la loi Travail du débat parlementaire peut déboucher sur une vraie crise politique.

L’opposition de droite qui s’étant tant moqué des difficultés du couple Hollande-Valls commence également à s’inquiéter de la colère des Français. Tous les candidats à la primaire de la droite proposent des solutions sociales infiniment plus radicales que l’actuelle loi Travail et face à la très grande colère actuelle des Français, les postulants à la présidence de la république prennent peu à peu conscience de l’extrême difficulté qu’ils rencontreront, en cas de victoire aux présidentielles, à appliquer leurs réformes sociales.

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Published by pierremorville
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jojolespiedsnickelés 09/06/2016 10:32

Ce gouvernement qui sait réprimer (48 enquêtes judiciaires sur les agissements de la police suite aux manifs. qui ont lieu depuis le mois de mars)mais ne sait pas négocier est irresponsable.Il serait temps,pour le gouvernement,d'éteindre l'incendie qu'il a provoqué.Retirer la loi "précarité du travail" serait sage.Il est urgent d'OUVRIR des négociations sérieuses sur le marché du travail (compte pénibilité,formation professionnelle,médecine et inspection du travail...etc)et de renoncer à l'autoritarisme.Le gouvernement veut enfumer les salariés :la "crise sociale" ne fait que commencer.