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25 mai 2016 3 25 /05 /mai /2016 13:19
19 mars : Hollande relance le débat sur la commémoration de la guerre d’Algérie

(Article paru sur le site TSA, le 25 mai 2016)

François Hollande qui avait participé le 19 mars dernier aux cérémonies célébrant le cessez-le feu signé après les accords d’Evian, revient, sans pour autant la remettre officiellement en cause, sur le choix de la date : « Quand je dis “les drames”, c'est aussi bien ce qu'il s'est passé à travers la répression, la torture, (et) ce qu'a été une somme de violences à l'égard du peuple algérien qui était colonisé (...). Mais il y a aussi des massacres qui ont eu lieu. Quand on parle du 19 mars, on sait (que) c'est la fin de la guerre d'Algérie, mais c'est aussi le début d'un certain nombre de massacres, dont les pieds noirs ou les harkis ont été victimes ».

Les accords d'Évian, censés mettre un terme à la guerre, sont conclus le 18 mars 1962 entre le gouvernement français et le FLN. Un «cessez-le-feu» est prévu en Algérie à partir du lendemain, le 19 mars. Et, le 8 avril, les Français, invités par de Gaulle à se prononcer sur les accords d'Evian, les approuvent massivement (90,7% de oui). Les attentats sanglants de l'OAS qui se poursuivent, contribuent néanmoins au chaos en Algérie. Le 26 mars, à Alger, des soldats français ouvrent un feu nourri sur une manifestation de Français d'Algérie rue d'Isly. Les harkis, désarmés sur instruction de paris connaissent une violente répression de la part des nouvelles autorités algériennes. L’indépendance n’intervient que le 5 juillet, accélérant encore le départ de la population pied-noir.

Un choix de Jacques Chirac

Depuis 2003 et sur décision de Jacques Chirac, alors président de la République- une «journée nationale d'hommage aux «morts pour la France» pendant la guerre d'Algérie et les combats du Maroc et de la Tunisie» était organisée le 5 décembre. Cette date ne fait référence à aucun événement de la guerre d'Algérie. Des parlementaires de gauche militaient de longue date pour le choix du 19 mars. Une proposition de loi en ce sens avait été adoptée le 22 janvier 2002 par l'Assemblée nationale alors que Lionel Jospin était premier ministre.

Mais la date du cessez-le-feu du 19 mars faisait l’impasse, pour ses opposants aux nombreuses victimes civiles et militaires qui ont eu lieu après cette date en 1962 en Algérie. «On peut choisir n'importe quelle date sauf le 19 mars», avait averti, à l'époque, François Mitterrand, qui a toujours été opposé à l'officialisation de cette commémoration. En revanche, la Fédération nationale des anciens combattants d'Algérie (Fnaca), plutôt à gauche et qui revendique 350 000 membres, milite de longue date en faveur du 19 mars. Sa position se fait l'écho du sentiment de nombreux appelés du contingent, qui ont vécu le «cessez-le-feu» de mars 1962 comme un immense soulagement. Du côté algérien, cet anniversaire du cessez-le-feu marque également la dernière étape avant l’indépendance.

François Hollande avait participé à la célébration du cessez-le-feu, le 19 mars dernier, premier président de la République à assister à cette commémoration, à la grande colère des associations de rapatriés et de harkis. L’opposition de droite avait également protesté même si Nicolas Sarkozy, quand il était président, ne l’avait pas remis en cause.

Un débat qui ne passionne plus en France

L’éloignement des événements de la guerre d’Algérie, les bonnes relations des deux pays, l’existence en France d’une grande communauté franco-algérienne intégrée, font que la polémique sur le choix de la date ne passionne plus guère. Et le point de vue des français s’est beaucoup apaisé. Déjà, lors d’un sondage demandé par l’Humanité en 2002, pour le 40ème anniversaire de l’indépendance, sept Français sur dix (71%) estimaient que le gouvernement a eu tort de mener la guerre de pacification de 1954 à 1962 en Algérie. La moitié des Français (50%) trouvaient justifiée la demande faite aux autorités françaises d'une « condamnation solennelle de la responsabilité du gouvernement de l'époque » tandis que 45% se déclarent opposés à cette condamnation. Un sondage en 2010 montrait que 66% des Français avaient l’impression que tout n’a pas été dit sur la guerre d’Algérie, notamment les plus jeunes (76% des 18-24 ans partagent cet avis). La même enquête soulignait que la fracture sur l’histoire de la France en Algérie est politique, entre des sympathisants de gauche qui sont sensibles à l’idée de repentance (50% y sont favorables contre 47% opposés) et des sympathisants de droite qui la récuse (26% y sont favorables contre 67% opposés). En 2014, un autre sondage révèle que deux tiers des Français estiment que la fin de la colonisation a été une bonne chose pour l’Algérie (68%) et pour la France (65%).

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Published by pierremorville
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