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23 avril 2016 6 23 /04 /avril /2016 10:07
Manuel Valls, très ferme jusqu’à la maladresse.., et les reculs nécessaires

(article paru sur le site TSA, le 11 avril 2016)

« Les salafistes doivent représenter 1% aujourd'hui des musulmans dans notre pays mais ..., il n'y a qu'eux finalement qu'on entend ». Selon le Premier ministre, « les salafistes sont en train de gagner la bataille idéologique et culturelle dans l'islam de France (…) Il y a une forme de minorité agissante, des groupes (salafistes) qui sont en train de gagner la bataille idéologique et culturelle dans l'islam de France", a averti mardi Manuel Valls lors d'une table ronde sur l'islamisme et le populisme. Dans son viseur donc le salafisme, pratique rigoriste de l'islam, qui, selon lui, « peut conduire à l'islamisme radical et au terrorisme ». Quelques universitaires sont intervenus pour relativiser les propos du responsable français. Le salafisme contemporain est un mouvement composite, constitué de trois mouvances. En particulier, on peut distinguer un courant "quiétiste", quantitativement le plus important, centré sur la prédication et un courant « révolutionnaire » qui prône le djihad armé. Au centre, le salafisme réformiste privilégie une lecture politique et a beaucoup inspiré le mouvement des Frères musulmans. Chacun de ces courants prétend incarner le vrai salafisme et critique les autres courants de manière virulente. Dans les colonnes de L'Express, l'ancien responsable du bureau des cultes au ministère de l'Intérieur, Bernard Godard, explique comment cette minorité a pris de plus en plus de place dans le débat. Installé en France depuis une quinzaine d'années, "le logiciel salafiste a un peu changé il y a cinq-six ans. Avant, ils vivaient dans l'exclusion totale de la société avant de partir faire la hijra (le fait d'émigrer en terre d'islam, ndlr) en Égypte ou au Maghreb. Aujourd'hui, ils pensent qu'il est possible d'être salafiste et de vivre en France », précise-t-il. Ce qui explique la progression de ce courant de pensée chez les fidèles pratiquants. En précisant toutefois que la très grande majorité des musulmans en France s’y oppose.
Combien sont-ils ? Pour François Margolin, journaliste et réalisateur d’un documentaire « Salafistes », ils représenteraient 15 à 20% des musulmans en France contre 1% pour Manuel Valls. « En réalité, ils sont encore moins que ce que le 1er Ministre prétend: ils représentent environ 15 000 personnes sur les 5 millions de musulmans présents en France, soit 0,3% de la population musulmane en France », précise le sociologue Samir Amghar.

Paroles très fermes, démentis très discrets

Si les analyses du 1er Ministre sur les liens entre salafisme et djihadisme, ne sont guère contestables, ses propos alarmistes ont pu émouvoir une communauté musulmane française qui subit, à travers les médias et l’opinion publique, depuis plusieurs mois, des critiques permanentes et radicales de sa religion.

La description de la montée du salafisme en Europe aurait mérité des propos plus nuancées. Mais Manuel Valls qui souhaitent incarner la fermeté qui manque peut-être à son président, adore les déclarations abruptes et fracassantes, quitte à devoir souvent être obligé de faire marche arrière.

Aux lendemains des attentats de Paris, le 1er Ministre a ainsi évoqué imprudemment la menace d’attentats chimiques ou nucléaires contre lesquels on ne pourrait pas grand-chose… Description de risques tout à fait exacte mais qui n’a fait qu’accroitre la panique générale.

Quand il a vu que la contestation de la Loi Travail, défendue par sa ministre Myriam El-Khomri, allait grandissante, Manuel Valls, sûr de lui et quelque peu méprisant des nombreux opposants à cette loi saluée par les patrons d’entreprise, a brandi le « 49-3 » un dispositif d’exception qui permet de se passe de l’avis du parlement. Devant la bronca, 7 salariés sur 10 sont opposés à la réforme proposée, il a du rapidement et piteusement rengainé son « 49-3 ».

Gaffes en politique étrangère

A la mi-février, visitant un camp de réfugiés à Munich, le Premier ministre français avait critiqué la politique d’accueil des réfugiés syriens d’Angela Merkel, déclarant que sa politique d'ouverture, « qui a pu se justifier un temps », n'était « pas tenable dans la durée ». Manuel Valls a du depuis très fortement nuancé ses propos.

Dernier épisode : sa visite récente en Algérie. Elle avait été boycottée par plusieurs médias français en protestation au fait que des journalistes du Monde et du « Petit journal » s’étaient vu refuser leurs visas par Alger. Manuel Valls est parti derechef à leur secours, en appelant notamment son homologue algérien. Sans succès. Il a promis à la presse française avant de partir , d’aborder le sujet « avec amitié et franchise » avec ses interlocuteurs algériens. Ce fut peut-être fait mais cela n’a pas eu beaucoup d’échos. Il est vrai que le premier ministre avait une fois de plus enfourché une mauvaise querelle. Certes, le refus algérien de visa n’était pas très diplomatique mais le Monde a reconnu avoir faussement mis en cause le président Abdelaziz Bouteflika, dans le scandale mondial des « Panama Papers », une erreur plus que surprenante pour ce quotidien de réputation internationale. Quand au « petit journal » de Canal +, ce n’est qu’une émission satirique, parfois drôle, parfois de très mauvais goût, peu à sa place dans un déplacement diplomatique.

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Published by pierremorville
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