Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
4 avril 2016 1 04 /04 /avril /2016 14:20
Déchéance de la nationalité, contestation sociale : rude début de printemps pour François Hollande

(Article paru sur le site TSA, le 1er avril)

Déchéance de la nationalité, contestation sociale : rude début de printemps pour François Hollande

Rude semaine pour François Hollande. Quelques jours après son renoncement au projet de « déchéance de la nationalité, contesté à droite comme à gauche mais pour des raisons opposées, le chef de l’état doit faire face à une très vive contestation sociale de son projet de réforme du monde du travail. Celui-ci organise un allégement des contraintes du droit du travail et la recherche d’une plus grande flexibilité pour les entreprises au détriment de certaines garanties acquises par les salariés. Le texte de loi « Travail » défendue par Myriam El-Khomri, la ministre du Travail, continue en effet de récolter de nombreuses protestations. Les manifestions du 31 mars ont bénéficié de nombreux participants dans la capitale et dans des dizaines de villes de province. A l’appel de 7 organisations dont la CGT, FO et Sud Solidaires, mais en l’absence notable de la CFDT, et d’autres syndicats « réformistes », cette mobilisation s’est déroulée alors que le projet rentre en discussion à l’Assemblée nationale. La mobilisation a été plus forte que lors de la première manifestation du 9 mars sur le même sujet, la police comptabilisant 390 000 manifestants dans toute la France contre 224 000 au début du mois. Les syndicats avancent le chiffre d’1,2 million de personnes. Il y a eu quelques incidents, à Paris comme en province (Toulouse, Nantes, Lyon…). Au total, la police a procédé à une centaine d’interpellations. Les syndicats qui critiquent l’orientation très libérale du projet de loi n’entendent pas relâcher la pression. Ils appellent déjà à de nouvelles journées de mobilisation le 5 et 9 avril prochain.

Grogne sociale, isolement politique

« Je n’ai pas voté Hollande pour ça, s’indigne l’un des manifestants parisien, dont le propos est rapporté par le Monde, tout ce qui se fait actuellement, la droite n’aura pas osé le faire ». La contestation passe en effet du terrain social au champ politique. Dans un sondage parue la veille, le chef de l'Etat, s'il est le candidat socialiste, serait éliminé dès le premier tour de la présidentielle, et ce, quelque soit le candidat de la droite. Dans l'hypothèse d'une candidature d'Alain Juppé à la présidentielle, le chef de l'Etat ne recueillerait que 14% d'intentions de vote, contre 31% pour le maire de Bordeaux, 26% pour Marine Le Pen, selon cette enquête réalisée pour Le Monde. Contre Nicolas Sarkozy qui gagnerait la primaire des Républicains, ce dernier serait fort de 27% des intentions de vote, le chef de l’Etat ne recueillerait que 16% des voix, talonné par Jean-Luc Mélenchon fort de 11% des intentions de vote. Les autres candidats de la « gauche de la gauche » recueillant encore 4,5% des voix.

A moins d’un an de la future élection présidentielle, François Hollande traverse donc une mauvaise passe. En début de semaine, il a du renoncer à convoquer le Congrès, rassemblant députés et sénateurs pour réaliser la réforme constitutionnelle qu’il souhaitait, contraint d’abandonner la décriée déchéance de la nationalité qu’il réservait aux terroristes français. Jeudi, il est obligé de prendre en compte l’importante contestation sociale que rencontre sa réforme sur le travail. Manuel Valls avait certes déjà représenté une copie allégée de cette réforme qui satisfaisait à beaucoup de demandes du Medef, l’organisation patronale. Cela n’a visiblement pas suffi à calmer la contestation sociale. Le projet est actuellement discuté à l’Assemblée nationale. Des députés socialistes vont certainement proposer des amendements qui devraient atténuer le caractère très libéral du texte actuel. Cela suffira-t-il ? Le camp syndical qui se bat pour une pure et simple abrogation de la loi, a fixé deux nouvelles échéances de manifestation début avril. La révolte contre la réforme du marché du travail est désormais entrée dans un cycle inquiétant pour l'Elysée. Au fil des «journées d'action», la contestation s'empare des jeunes. Lesquels ne se satisferont pas d'une bataille d'amendements à l'Assemblée nationale.

Hollande perd sa gauche sans gagner sur sa droite

Avec l'échec de la révision constitutionnelle, Hollande a perdu une carte qu'il avait dans son jeu de président de la République, garant de l'unité nationale, celle du gardien de l'autorité républicaine. Sur le plan économico-social, il est convaincu qu’il faut alléger les contraintes de l’entreprise, et il espérait par sa réforme du monde du travail, gagner des voix du centre et de la droite. Nouvel échec suir ce plan mais François Hollande a dans cette démarche complexe, perdu une grande partie de sa base électorale, à gauche.

Mais plombé chez lui, François Hollande est populaire chez … ses voisins. Dans un sondage, il obtient en moyenne 52 % bonnes opinions auprès des Allemands, des Britanniques, des Espagnols et des Italiens. Il devance même Angela Merkel chez elle avec 56 % de bonnes opinions contre 51 ! La chancelière en revanche l’écrase de sa popularité auprès des Français à 68 % contre 18 ! Malheureusement pour François Hollande, les Allemands et les autres ne voteront pas en 2017…

Partager cet article

Repost 0
Published by pierremorville
commenter cet article

commentaires