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20 mars 2016 7 20 /03 /mars /2016 16:04
Syrie : retrait partiel des Russes, et peut-être pas définitif

(article paru sur le site TSA le 15 mars 2016)

"Les militaires russes ont accompli leur mission en Syrie et inversé la tendance dans la lutte contre le terrorisme international," a annoncé le Président Russe le 14 mars au soir. Créant une vraie surprise, Vladimir Poutine a ordonné mardi le retrait de la majeure partie du contingent militaire déployé en Syrie et dont les milliers de raids aériens ont permis à l’armée syrienne de reprendre l’avantage sur le terrain. L’annonce, après un entretien téléphonique entre Poutine et Assad (qui n’a pu qu’entériner l’affaire), intervient au moment où débute à Genève un nouveau cycle de négociations entre représentants du régime et de l’opposition. Un premier groupe d'avions de transport et de bombardiers russes s'est envolé vers la Russie. Une partie des 6000 soldats russes pourraient faire de même. Mais Moscou garde ses bases et possède surtout la capacité de mener des bombardements massifs sur la Syrie, depuis son propre sol.

A New York, l'ambassadeur russe à l'ONU Vitali Tchourkine a indiqué que la diplomatie russe avait reçu l'ordre "d'intensifier ses efforts pour aboutir à un règlement politique en Syrie". Ce départ partiel des troupes russes intervient alors que l’on s’apprête çà célébrer le cinquième anniversaire de la guerre en Syrie, qui a débuté en mars 2011. Ce conflit qui a fait 220 000 morts et crée un vaste mouvement de réfugiés, a vu un soutien croissant de la Russie à Bachar el-Assad.

Une trêve qui reste fragile

L’annonce du retrait russe a donc pris tout le monde de court à Genève, à commencer par la délégation de l’opposition syrienne. A priori, celle-ci devrait profiter du retrait russe, mais les délégués du Haut Comité des négociations (HCN) veulent rester prudents. Le Conseil de sécurité de l’ONU a diplomatiquement salué la décision de Moscou. Le ministre des Affaires étrangères de l’Iran a même souligné qu’il s’agissait d’une première étape qui contribuerait à la trêve…

Fin février, la Russie et les Etats-Unis ont en effet convenu d'un cessez-le-feu en Syrie à partir du 27 février à minuit. Toutes les parties belligérantes devaient confirmer à la Russie ou aux Etats-Unis, au plus tard le 26 février à midi, qu'elles respecteraient le cessez-le-feu pour ne pas être prises pour cible par les militaires russes et syriens ou par les forces de la coalition internationale. Les frappes contre Daech, le Front al-Nosra et d'autres groupes reconnus comme terroristes par le Conseil de sécurité de l'Onu se poursuivent néanmoins.

Les négociations qui se sont ouvertes à Genève butent pour l’instant sur un obstacle majeur : le sort réservé à Bachar el-Assad et plus largement à l’ensemble des communautés et composantes politiques qui le soutiennent. Son départ est exigé par l’opposition comme un condition essentielle à la recherche d’une solution politique, Bachar el-Assad propose de son côté de piloter la phase de transition qui doit déboucher sur des élections générales, voire sur la constitution d’un gouvernement d’union nationale que lui-même ou l’un de ses proches piloterait.

Les différents calculs de Poutine

Des diplomates occidentaux ont émis l'hypothèse que Vladimir Poutine est peut-être en train de mettre la pression sur Bachar al-Assad pour qu'il accepte un accord politique plus réaliste. Moscou prêche de son côté par la constitution d’un état fédéral en Syrie, où les deux camps (pro-Bacher et opposition) auraient chacun leurs zones d’influence.

Après avoir frisé la catastrophe, Damas est considérablement renforcé sur ses positions au terme de ces presque six mois d’interventions de son allié russe. Daech recule dans le pays, et surtout, Alep, seconde ville de Syrie, pourrait passer dans les mains de l’armée syrienne. Mais la fin ou la réduction sensible de l’appui militaire russe pourrait inverser significativement les rapports de force.

D’autres raisons peuvent expliquer le retrait décidé par Vladimir Poutine : tout d’abord la guerre coûte cher à une Russie qui n’est pas dans une grande forme économique : entre 2,2 et 3,6 millions d’Euros par jour, selon Libération. Le conflit qui connait actuellement une trêve peut redémarrer à tout moment et le Russie, qui se souvient de l’Afghanistan ne veut pas s’embourber dans une guerre interminable.

Vladimir Poutine envoie peut-être aussi une pique à Washington. Les Etats-Unis avaient commencé par fortement critiquer l’intervention russe puis ont semblé s’y résigner voire même en voir les bons côtés puisque Daesh est devenu pour la grande puissance, le principal ennemi dans le Moyen-Orient. Enfin, Moscou, mis au ban des nations après le conflit ukrainien, a déjà regagné une influence internationale avec cette intervention militaire.

Mais il est possible également que le retrait partiel des forces russes ne soient qu’une « fausse sortie ». L’échec des négociations de Genève, « où il n’existe pas de plan B » selon le représentant de l’ONU dans celles-ci, relancerait quasi immédiatement la guerre civile. D’autant que Daesh, a annoncé, dès la nouvelle du retrait russe, une nouvelle offensive de l’organisation djihadiste. Le Front al-Nosra tiendra sans doute le même raisonnement. Dans une telle hypothèse de fin de trêve, une nouvelle intervention militaire russe, certes coordonnée avec l’armée américaine, apparaitrait alors comme l’unique porte de sortie de cet interminable et violente guerre civile. A suivre.

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Published by pierremorville
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