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9 mars 2016 3 09 /03 /mars /2016 21:03
Riyad-Paris : Légion d’honneur et Grande entente

(article paru sur le site TSA le 7 mars 2016)

Vendredi 4 mars, François Hollande a décoré de la légion d'honneur le prince héritier d'Arabie saoudite. Mohamed ben Nayef, par ailleurs ministre de l'Intérieur, a été donc décoré de la plus haute distinction française, à l’Élysée, mais ceci dans la plus grande discrétion. Dame ! L’affaire était un peu délicate… Une sorte de petite cérémonie privée…C’est en réalité l’Agence de presse saoudienne SPA qui a vendu la mèche sur son site : « Il a été question lors de cet entretien de l'évolution de la situation au Moyen Orient et de la position des deux pays amis, y lit-on, après cela, le président français a remis à son altesse la médaille de l’ordre national de la Légion d’honneur qui est la plus haute distinction française pour tous ses efforts dans la région et dans le monde dans la lutte contre le terrorisme et l'extrémisme ». La présidence de la République a dû confirmer ce dimanche 6 mars, que le prince avait bien été décoré, au titre de « personnalité étrangère, une pratique protocolaire courante ». La même source rappelait que François Hollande a lui-même déjà été décoré de « l’ordre suprême du Royaume », à l’occasion de l’une de ses visites en Arabie saoudite.

S’il est traditionnel dans la haute diplomatie de s’échanger les bons usages et les grandes médailles, le moment est particulièrement mal choisi. Tout d’abord, parce que le Royaume durcit sa politique répressive interne : selon l’AFP, 153 personnes auraient été exécutées dans le pays en 2015. Un niveau inégalé depuis vingt ans. Le dimanche 6 mars, au lendemain de la remise de médaille, un Saoudien a été décapité, portant à 70 le nombre d’exécutions en Arabie saoudite depuis le 1er janvier 2016.

Trop grande proximité Riyad - Paris

Sur le plan des relations internationales, la décoration tombe également plutôt mal : l’Arabie saoudite renforce actuellement son intervention militaire au Yémen où s’affrontent chiites et sunnites et ne cache pas que son ennemi principal est avant tout l’Iran. Au moment où la France cherche à tout prix, à restaurer ses relations avec Téhéran, cette légion d’honneur pourrait agacer ses interlocuteurs iraniens.

Par ailleurs, si l’Arabie saoudite a constitué en fin d’année dernière, un « front anti-terroriste » de 34 pays musulmans (parfois même sans leur demander leur avis, comme ce fut le cas pour le Pakistan), le royaume fut longtemps le principal financier du terrorisme djihadiste et il continue d’appuyer des fractions issues de la mouvance Al Qaida, dans l’ensemble du Moyen-Orient. La conversion de l’Arabie saoudite à « la lutte contre le terrorisme » est donc de fraîche date.

Plus généralement, Laurent Fabius, l’ancien ministre des affaires étrangères français, avait beaucoup poussé à une intensification des relations avec l’Arabie saoudite et les Émirats, créant une sorte d’alignement un peu systématique de Paris sur de nombreux dossiers, alors que les États-Unis n’hésitaient à prendre leurs distances avec certaines prises de position de l’Arabie saoudite., pétrole et bonnes relations commerciales obligent.

Sur le dossier syrien notamment, Paris et Riyad furent les deux capitales qui exigèrent de façon continue le départ de Bachar el-Assad comme une condition absolue à une possible normalisation du pays. Adel al-Jubeir, le chef de la diplomatie saoudienne, présent à Paris début mars a été précis : Le dictateur syrien devra partir dès la mise en place d'une autorité de transition. « Un organe de transition sera mis en place, le pouvoir passera d'Assad à cet organe (...), et il s'en ira ».

Cette solution apparaît aux deux pays comme la meilleure façon de combattre Daesh : « Daech disparaîtra de Syrie si Bachar el-Assad disparaît. Daech a aussi connu des succès en Irak, parce que le gouvernement de Bagdad n’a pas été équitable dans le traitement de tous ses citoyens, a jugé Adel al-Joubeir , il n’y a pas de mystère, Daech profite de ces situations. Mais si vous avez un système équitable en Irak et un changement politique en Syrie, le terreau fertile sur lequel Daech a grandi n’existera plus. Il sera plus facile de lui infliger une défaite ». Des postions qui semblent fort partagées par le Quai d’Orsay.

Problème : la Russie qui intervient puissamment dans le conflit depuis quelques mois, estime elle, que Bachar el-Assad est un allié utile dans la lutte contre Daesh. L’État islamique est jugé comme l’ennemi principal et les États-Unis, certes sans enthousiasme excessif, semble se rallier à cette idée.

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Published by pierremorville
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