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9 mars 2016 3 09 /03 /mars /2016 16:07
Les Européens voudraient renvoyer les réfugiés syriens en Turquie

(article ^paru sur le site TSA le 5 mars 2016)

François Hollande a reçu Angela Merkel, vendredi à l’Élysée. A l’ordre du jour, la difficile question des migrants. « La France et l’Allemagne travaillent dans le même esprit et avec la même volonté » face à la crise migratoire, a affirmé le Président de la république française, en plein accord semble-t-il, avec la Chancelière allemande. Ils ont surtout voulu convaincre les 26 autres pays de l’UE de s’engager dans une réponse coordonnée à la grave crise migratoire Chose pas facile ! La déclaration intervient à un moment où règne la plus grande cacophonie en Europe sur la question de l’accueil des réfugiés, notamment en provenance de Syrie. Plus d’un million de ces derniers sont déjà arrivé sur le continent européen. Et le flot ne tarit pas.

Au 7 février 2016, l'UNHCR (Agence nationale des Nations unies pour les réfugiés) comptabilisait plus de 4,6 millions de réfugiés syriens dans les pays limitrophes (90% des déplacements à l'extérieur). Une écrasante majorité (2,5 millions) a cherché à fuir en Turquie, et trouve refuge dans des camps de réfugiés souvent gérés par les Nations-Unies. 1,1 millions sont au Liban, où ils représentent d’ores et déjà 21% de la population. Record mondial dans l’accueil de réfugiés, juste devant la Jordanie (9%).

Pas toujours bien accueilli par les populations locales, l’Europe apparait à ces réfugiés, comme la prochaine étape, plus sûre en terme de sécurité et de revenu minimal.

L’Union européenne n’a pas su trouver de position commune par rapport à cet important mouvement de population en sa direction, exode qui ne manque pas d’alimenter des craintes réelles ou fantasmées parmi les populations d’accueil. Dans le cadre de « l’Espace Schengen » où il n’y plus de contrôle entre les différents pays de l’UE, plus de poste-frontières, le seul verrou s’exerce donc sur les frontières externes de l’UE. Les deux voies d’arrivée des réfugiés syriens en provenance sont principalement les pays des Balkans et la Grèce. Mais pas plus la Croatie, la Slovénie, pays adhérents de l’UE dans les Balkans, que la Grèce et même l’Italie n’ont pu contenir le flot des réfugiés.

Angela Merkel avait pris une position très ouverte en décembre dernier. Mais son opinion publique, à travers les sondages, a envoyé des signes négatifs à la Chancelière qui a vu également naître des critiques ouvertes dans les partis de sa propre majorité parlementaire. Elle a dû prendre des positions plus prudentes mais qui restent infiniment plus ouvertes que celles des autres pays européens.

Face aux réfugiés, les Européens : « Pas nous ! Pas nous ! »

A l’automne, les membres de l’UE avaient certes acceptés le principe d’une répartition proportionnelle des réfugiés dans les 28 pays qui la composent. Jean-Claude Junker, le Président de la Commission européenne, s’était alors félicité que les 28 aient « unanimement confirmé leur intention de résoudre le problème à travers un mécanisme de relocalisation ». L’unanimité n’a guère duré. Le 17 février, l’Autriche fut la 1ère à rompre le « pacte de Schengen » en instituant, un nouveau contrôle à la frontière avec la Slovénie, autre état-membre de l’UE. Les pays membres du groupe de « Visegrad » -Hongrie, Pologne, République Tchèque et Slovaquie- ont fait savoir qu’ils ne se sentaient nullement engagés par cette répartition. La Grèce qui accueille aujourd’hui le plus grand nombre de naufragés, est eu bord de subir une véritable crise humanitaire si les autres états-membres de l’Europe continuent de fermer leurs frontières à double-tour.

Sans leur proposer aucune solution, le gouvernement français vient de démanteler le camp de réfugiés de Calais abritant des milliers de candidats au départ en Angleterre, pays qui n’en veut surtout pas.

Lors de sa rencontre avec Angela Merkel, François Hollande a réaffirmé l’engagement de la France d’accueillir 30 000 réfugiés dans les années à venir. Vaste programme ! Plus de 131.000 migrants sont arrivés en Europe depuis janvier, après 1 million l’an dernier. L’Allemagne seule continue d’accueillir de 3000 à 4000 réfugiés par jour. Que faire de tous ces gens ?

La chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, a tenté de négocier avec, le Maroc, le Pakistan et le Bangladesh et l’Algérie, pour qu’ils reprennent leurs ressortissants entrés illégalement en Europe. Refus poli de ces quatre pays.

Le seul espoir de François Hollande et d’Angela Merkel s’appelle Recep Erdogan. Les deux chefs d’État espèrent que la Turquie renforcera ses contrôles aux frontières avec l’Union européenne et surtout qu’elle acceptera de réadmettre sur son sol, des réfugiés syriens qui auraient irrégulièrement pénétré en Europe. Trois milliards d’Euros ont déjà été versé en ce sens à Ankara. Cela suffira-t-il à convaincre Erdogan, la Turquie étant aujourd’hui partie prenante du conflit irako-syrien ? Quel prix réel sera-t-il exigé des Européens ? Réponse le 7 mars lors du sommet UE / Turquie qui se déroulera à Bruxelles. Lors de cette rencontre Erdogan relancera certainement, en vraie contrepartie, une accélération de l’adhésion de la Turquie à l’UE.

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Published by pierremorville
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