Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
20 mars 2016 7 20 /03 /mars /2016 15:56
Daesh : Révélations sur les fiches de 1700 djihadistes, leur origine et leur parcours

(article paru sur le site TSA, le 12 mars 2016)

Bombe du renseignement ou pétard mouillé ? Quelques jours après la révélation d’un fichier comprenant quelques 22 000 noms, assortis tous d’une fiche personnelle, de combattants de l’Etat islamique, on ne sait toujours pas s’il s’agit d’une information stratégique par son contenu, hautement sensible, ou d’une « vraie fausse » révélation, voire d’une manipulation de l’Etat islamique lui-même. La chaîne britannique Sky News, le journal allemand Süddeutsche Zeitung, ainsi que le site d'opposition syrien Zaman al-Wasl ont publié des extraits de ce listing. Sky News affirme les avoir obtenus sous forme d'une clé USB dérobée au chef de la police du « califat » et transmise en Turquie par un membre repenti de Daesh, dont le pseudonyme est Abou Hamed. Celui-ci apparaît le visage masqué dans une interview diffusée par la chaîne d'information. «Cette organisation est une escroquerie, ce n'est pas l'islam», affirme-t-il dans la vidéo, assurant espérer que ces documents permettent, « si Dieu le veut », de détruire l'EI.

Le site Zaman al Wasl qui opère depuis le Qatar révèle après analyses et recoupements, que les 22 000 fiches se réduisent en réalité à 1736 djihadistes identifiés. Ce qui est déjà considérable.

Fiche d’identité de chaque combattant

Les documents fournis portent le cachet administratif de Daesh et la mention « classé confidentiel ». S’ils s’avèrent authentiques les pièces fournies fourniront une image extrêmement exacte du mouvement et de ses troupes. Lors de son enrôlement, chaque combattant a du en effet répondre à des questions précises : Nom et prénom ; Pseudonyme ; Nom de la mère ; Groupe sanguin ; Date et nationalité de naissance ; État civil et nombre d’enfants ; Adresse ; Niveau scolaire ; Niveau de connaissance et de pratique de la religion ; Profession avant l’enrôlement ; Pays traversés (lors du voyage vers l’Etat islamique) ; Porte d’entrée vers la Syrie ou l’Irak ; Recommandations (par d’autres djihadistes et le nom de ceux-ci !) ; Date d’entrée ; Actes et lieux de djihad précédent ;Type d’enrôlement (combattant, kamikaze ou infiltré) ; Spécialisation (combat, sécurité, administration) ; Lieu actuel d’affectation ; Biens déposés ; Aptitude à l’écoute et l’obéissance ; « niveau de compréhension de la charia », la loi islamique ; Personnes de contacts (épouse, famille…) ; Et enfin, date et lieu de décès, « autres observations »…

Certes, certains spécialistes ont soulevé des curiosités ou des invraisemblances dans les documents présentés : tournures de phrases peu habituelles dans la propagande Daesh, appellations ou logos qui ne font pas ou plus partie de la communication générale de l’organisation islamiste radicale.

Si la thèse d’une manipulation par les services de l’Etat islamique lui-même ne tient guère la route (quel serait le but de la manœuvre ?), il est possible qu’Abou Hamed et ses amis éventuels aient regroupé plusieurs sources différentes et mis en forme eux mêmes le produit final pour mieux le vendre aux enchères à des divers médias intéressés par sa publication.

La France, 1er fournisseur

Le site d’information syrien Zaman Al-Wasl qui mentionne un nombre conséquent de doublons et de répétitions, arrive, au final, à 1 700 identités distinctes de combattants de Daesh. Ces derniers viennent de 55 pays, notamment du Moyen-Orient, de l’Afrique du Nord, de l’Europe de l’Ouest mais également des USA et du Canada. La France apparait comme le principal fournisseur des djihadistes étrangers qui se battent pour l’Etat islamique : plus de 500 Français seraient répertoriés dans ces fichiers. Un chiffre qui rejoindrait celui annoncé par le ministre de l’Intérieur français, Bernard Cazeneuve en octobre dernier pour évoquer les djihadistes français en Irak et en Syrie. Les noms de trois des auteurs des attentats de Paris de novembre 2015 figurent également sur les listes des combattants de Daesh qui ont fuité, affirme le quotidien Süddeutsche Zeitung : il s'agit de Samy Amimour, de Foued Mohammed Aggad et d'Omar Mostefaï, les trois assaillants français du Bataclan, responsables de la mort de 90 personnes.

Un site internet arabophone, lui proche des milieux djihadistes, a également mis en ligne une liste de 22 559 membres de l’État islamique ayant déserté l’armée syrienne, et celle de 21 572 personnes « recherchées par la sécurité politique », vraisemblablement, un organe du régime syrien.

Beaucoup d’informations sur la réalité de Daesh circulent donc, à un moment où cette organisation semble marquer le pas sur le front irako-syrien et tente de retrouver un second souffle en multipliant les fronts extérieurs de la Lybie à l’Indonésie, le plus grand pays musulman du monde qui a connu jeudi une 1ère vague d’attentats à Jakarta.

Partager cet article

Repost 0
Published by pierremorville
commenter cet article

commentaires