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20 mars 2016 7 20 /03 /mars /2016 16:12
19 mars : les cérémonies du cessez-le feu raniment quelques rancœurs

(article paru sur le site TSA le 17 mars 2016)

19 mars : les cérémonies du cessez-le feu raniment quelques rancœurs

L’anniversaire du cessez-le feu du 19 mars 1962 continue d’alimenter des rancœurs nostalgiques dans l’extrême droite française, notamment avec l’annonce de la participation de François Hollande aux cérémonies commémoratives qui se dérouleront à Paris après-demain. « Le Président de la république, en participant aux commémorations du 19 mars 1962, va porter atteinte à la mémoire des anciens combattants Français, harkis et rapatriés de la guerre d’Algérie.» s’indigne Louis Aliot, député européen du FN et compagnon de Marine le Pen, commémorer le 19 mars 1962 constitue une insulte pour tous, militaires, harkis, et civils de toutes origines et de toutes religions tombés pour la France avant et après cette date ». Que va faire cette année, Robert Ménard, le maire de Béziers ? Cet oranais au parcours chaotique, de la ligue communiste dans sa jeunesse, à la fondation de « reporters sans frontières » pour finir comme vif soutien de Marine Le Pen, avait mis l’an dernier les drapeaux en berne et débaptisé dans sa ville, la rue du « 19-mars-1962 » pour la nommer rue du « commandant Hélie Denoix de Saint-Marc », un résistant, déporté à Buchenwald, devenu militaire de carrière et qui avait pris une part très active au putsch des généraux du 21 avril 1961.

Le cessez-le-feu anime toujours la colère de Pieds-noirs comme Manuel Gomez, ancien journaliste à la Dépêche d’Algérie : « Entre le 19 mars et le 5 juillet 1962, ce fut une hécatombe : plus de 5.000 enlèvements ; 1.165 civils assassinés ; 1.773 disparus ; plus de 60.000 harkis massacrés ainsi que leurs familles » écrit-il sur son site Dreuz.info, interpellant les pouvoirs publics français, « Le 19 mars 1962, le chef de l’état français et son gouvernement ont “signé” un crime contre l’humanité. Un demi siècle plus tard, ne soyez pas leurs complices ! ».

Le Putsch des généraux et l’OAS

Ce vieux pied-noir oublie comme les proches de Marine le Pen oublient de citer dans leurs communiqués, le « putsch des Généraux » d’avril 1961 qui failli faire entrer la France dans une véritable guerre civile. Quatre généraux s’installent à la tête de ce noyau, fin mars. Il s’agit d’Edmond Jouhaud, Jacques Faure, André Zeller et Paul Gardy. Ces officiers supérieurs installent le général Maurice Challe à la tête de leur conspiration.. L’Organisation Armée Secrète est elle, née au début de 1961, en Espagne, dans un groupuscule où apparaissent le général Salan, le député Pierre Lagaillarde, les activistes Jean-Jacques Susini, Joseph Ortiz, le docteur Lefèvre… C’est après l’effondrement du putsch, d’avril 1961, qu’elle devait atteindre à la notoriété en Algérie avec de multiples exactions contre la population civile algérienne et en France avec quelques attentats spectaculaires : plus de 180 plasticages en janvier-février 1962, et, en point d'orgue, la « nuit bleue » du 17 janvier, où 18 attentats secouent Paris.

L’OAS avait pour objectif de faire avorter le processus d’indépendance de l’Algérie, lequel processus avait été rendu irréversible suite à l’internationalisation de la question algérienne, quand l’ONU reconnait à l'Algérie le droit à l'autodétermination, le 20 décembre 1960.

On peut analyser l’apparition de l’OAS comme l’un des réactions radicales du désespoir qui avait saisi la communauté des Français d’Algérie, quelques 900 000 personnes dont beaucoup n’avait que peu de relations avec la métropole. Cette communauté s’était sentie abandonnée par la classe politique française tant par les dirigeants de la IVeme république, conservateurs radicaux qui et socialistes qui avaient tous promis « l’Algérie française » que par le Générale d Gaulle qui fonda la Vème, et qui avait déclaré, lors de sa première visite en Algérie en août 1959 : «moi vivant, jamais le drapeau du FLN ne flottera sur l’Algérie». Il changea vite d’avis et annonça dans un discours de septembre 59, son option pour une libre-auto-détermination en Algérie.

Le Sahara et les Harkis

Le poids du vote algérien (plus de neuf millions en 1961) ne laissait aucun espoir aux Pieds-noirs et rendait inéluctable l’indépendance. Que visait donc l’OAS ? Jean-Jacuqes Susini, qui fut l’un des ses rares théoriciens, espérait une sorte de partition du pays, avec une concentration des pieds-noirs à l’ouest de l’Algérie. Ces projets étaient partagés par une partie de l’exécutif français. Pour des raisons plus prosaïques : l’accueil d’un million de réfugiés inquiétait (déjà !) et surtout pour le pétrole ! Les négociateurs français avaient donc tenté de dissocier l’indépendance algérienne Algérie du statut de sa partie désertique mais en juillet 62 la France accepta la la souveraineté du FLN sur le Sahara. 64 ans après, ces évènements paraissent lointains mais les écorchements sont encore très sensibles : « C’est en 1999, avec le gouvernement dirigé par Lionel Jospin, que la guerre d’Algérie a été enfin reconnue et nommée sur la scène culturelle et politique. Aujourd’hui une repentance jamais formulée et un oubli forcément coupable, il y a la place pour un regard lucide, responsable de notre passé colonial et un élan confiant vers l’avenir, écrivait François Hollande le 19 mars 2012 dans El Watan, je pense également aux harkis, condamnés par l’Algérie et rejetés par la France, qui ont endurée un interminable calvaire et ont été abandonnés dabs des camps qui devaient être provisoires. La France leur doit respect et reconnaissance de son abandon ». Peut-être des mesures les concernant seront-elles enfin annoncées le 19 mars prochain ?

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Published by pierremorville
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