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25 février 2016 4 25 /02 /février /2016 17:15
France : le Parti socialiste au bord de l’implosion

(article paru sur le site TSA, le 25 février 2016)

Alors que le Président Hollande est en déplacement en Amérique latine, la publication jeudi d’une tribune libre dans le journal Le Monde, signée par Martine Aubry et Daniel Cohn-Bendit, figure emblématique de l’écologie, et seize autres personnalités est beaucoup plus qu’un coup de tonnerre : c’est le début d’une vraie tempête non seulement dans le Parti socialiste mais dans toute la majorité qui soutient actuellement François Hollande.

« Trop, c’est trop » : le texte qui rassemble les franges de la gauche de la majorité parlementaire souligne l’existence de vraies divergences, notamment avec la ligne politique menée par le Premier ministre, Manuel Valls. Le texte porté par Martine Aubry (qui avait seconde à la primaire socialiste qui avait désigné François Hollande comme candidat à la dernière présidentielle) dit tout haut ce que beaucoup d’électeurs de gauches, les syndicalistes, et nombre d’élus socialistes ressentent depuis longtemps : la ligne politique actuelle n’est pas « à gauche » et cela prépare des lendemains très décevants en 2017, date des nouvelles élections présidentielles et législatives : « ce n'est plus simplement l'échec du quinquennat qui se profile, mais un affaiblissement durable de la France qui se prépare et, bien évidemment, de la gauche s'il n'est pas mis un coup d'arrêt à la chute dans laquelle nous sommes entraînés », est-il notamment écrit.

Martine Aubry, Dany Cohn-Bendit et Hervé Hamon, le chef de fil des députés « frondeurs » concentrent le tir sur quatre gros dossiers de la politique menée par Manuel Valls :

- Le pacte de responsabilité signé avec le Medef en janvier 2014 : l’Etat avait versé 41 Milliards d’Euros aux entreprises, l’organisation patronale promettant la création d’un million d’emplois ! Il n’en fut évidemment rien, le dispositif créant seulement quelques dizaine de milliers de postes : « Le Pacte avec le Medef s’est révélé un marché de dupes ».

- La déchéance de nationalité : cette mesure autoritaire et sans doute guère efficace contre les apprentis terroristes, avait été prise dans la foulée des attentats de Paris. Nombre de députés n’avaient été franchement convaincus lors de la discussion parlementaire. « François Hollande doit renoncer à la déchéance de nationalité au profit d’une peine d’indignité nationale ou de déchéance de citoyenneté » propose les opposants.

- L’accueil des réfugiés syriens : La France ne doit pas faire partie « des états européens qui s’exonèrent de toute solidarité, de toute responsabilité à l’égard des réfugiés ». Manuel Valls qui en déplacement à Munich, avait refusé la proposition d’Angela Merkel, d’une répartition par quotas des réfugiés entre les 28 pays de l’UE, est vivement critiqué, « indécent discours de Munich »…

- Le projet de réforme du Code du travail : ce fut la goutte d’eau qui fit déborder le vase. Le gouvernement Valls, selon les opposants, organise un véritable détricotage des droits sociaux au bénéfice des seules directions d’entreprise.

En clair, s’ils ne l’écrivent pas, Martine Aubry, Dany et les 16 autres signataires réclament avec force le départ de Manuel Valls de son poste de 1er Ministre. Le divorce entre les deux tendances dans la gauche française, mais aussi au sein de la majorité parlementaire qui soutient François Hollande et également sein même du PS, est donc prononcé. Du jamais vu depuis la rupture Giscard-Chirac en 1976. Ce qui avait causé une division de la droite pendant une dizaine d’années, et les deux septennats de François Mitterrand.

Manuel Valls cherche l’épreuve de force

Le 1er Ministre, loin de s’en indigner de ses très vives critiques à son égard, s’en est discrètement félicité. Il est depuis longtemps le tenant d’une évolution du Parti socialiste en parti « démocrate ». Il est favorable à une libéralisation des relations économiques et sociale. Il est persuadé que les idées de la « vieille gauche » qu’expriment particulièrement Martine Aubry sont passées de mode et n’ont plus aucune efficacité.

Il croit que François Hollande, silencieux jusqu’à présent, lui restera solidaire et qu’il continuera à piloter le gouvernement et les réformes qu’il souhaite jusqu’à l’élection présidentielle de 2017. Et il fait le pari que les députés, mêmes frondeurs, appliqueront la discipline majoritaire.

Et si jamais François Hollande n’est pas candidat, à la prochaine élection présidentielle, alors, Manuel Valls sera très disponible. François Hollande renonçant à nouvelle candidature ? Martine Aubry et ses amis y songent également fortement, assurés qu’ils seraient dans l’hypothèse d’une nouvelle primaire, largement majoritaires face à Manuel Valls. La montée aux enchères des deux tendances pourrait bien faire exploser le Parti socialiste. Après des défaites aux élections municipales, européennes et régionales, l’échec aux échéances de 2017 sont plus que prévisibles. Ce qui fait que beaucoup d’élus et de responsables du PS et des Verts réclament à haute voix des comptes.

Quand à François Hollande, toujours en tournée sud-américaine, il est resté étrangement silencieux. Mais l’homme est habile. Surtout quand il est encerclé.

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Published by pierremorville
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