Jeudi 14 avril 2011 4 14 /04 /Avr /2011 12:24

 

(Chronique de Paris parue dans le Quotidien d'Oran du 14 avril 2011)

 

Bombardements ou négociations ? Londres et Paris demandent l’intensification de l’intervention militaire. L’Union africaine propose sa médiation

 

Lundi 11 avril, une délégation de l’Union africaine envoyée en médiation à Tripoli, a annoncé que Mouammar Kadhafi avait accepté la "feuille de route" susceptible de trouver une issue pacifique au conflit en Libye. Ce dernier avait reçu sous sa tente ses invités du jour, les présidents Jacob Zuma (Afrique du Sud), Amadou Toumani Touré (Mali), Mohamed Ould Abdel Aziz (Mauritanie) et Denis Sassou Nguesso (Congo), ainsi que le ministre ougandais des affaires étrangères, Henry Oryem Okello. Les hommes se connaissent bien. Mouammar Kadhafi n’a-t-il pas été l’un des principaux artisans de l’Union africaine en 2002 et présidé l’organisme international en 2009 ? La "feuille de route" de l’UA prévoit un cessez-le-feu immédiat, l’acheminement de l’aide humanitaire, la protection des étrangers, le dialogue entre toutes les parties libyennes et la mise en place d’une période de transition, avec pour objectif l’adoption et la mise en place des réformes politiques nécessaires. Aucune mention n’a été faite au départ du "Guide de la révolution", au pouvoir depuis 1969. Quelques heures plus tard, la rébellion a, de ce fait, rejeté la médiation de l’UA : "l’initiative qui a été présentée aujourd’hui est dépassée. Le peuple réclame le départ de Mouammar Kadhafi et de ses fils" », a déclaré le chef des insurgés, Moustapha Abdeljalil. Cette position de principe, compréhensible de la part des opposants du « guide de la révolution libyenne », semble pourtant en contradiction avec la proposition même d’une médiation avec les pro-kadhafistes. Peut-on négocier avec quelqu’un dont on demande la tête ? Le dictateur libyen, de son côté, fait de son maintien au pouvoir ou tout au moins de la conservation de ce pouvoir dans les mains de son clan, le point préalable à toute ouverture de discussions.

 

La menace d’un enlisement

 

Kadhafi est conforté par le fait que, sur le plan strictement militaire, la situation semble figée près d’un mois après le début des frappes aériennes de la Coalition sur la Libye. Certes, les forces de l’Otan ont très rapidement conquis la totale maîtrise du ciel, bloqué les offensives des troupes loyalistes, empêché définitivement la prise de Benghazi et paré la menace d’un écrasement sanglant de la « révolution libyenne ». Mais c’est tout. C’est donc beaucoup mais on est loin de l’effondrement du régime que les stratèges occidentaux voyaient s’écrouler comme un château de cartes après quelques démonstrations de force aérienne. La défection de certains régiments, le passage dans l’opposition de dignitaires du régime, l’ampleur des manifestations populaires pouvaient en effet laisser espérer le départ à la sauvette et en catimini du dictateur, à l’image des fuites précipitées de Ben Ali et Moubarak.

Kadhafi a perdu des hommes et des chars mais il continue à contrôler l’essentiel du pays, à l’exception de la Cyrénaïque, grande région à l’est de la Libye. Ses troupes continuent d’harceler l’enclave libérée de Misrata, à 200 km de tripoli et de menacer la ville-verrou d’Ajdabiya, qui contrôle l’accès à Benghazi.

Les frappes occidentales ne suffisent pas et les troupes montées à la hâte par les forces d’opposition manquent d’expérience face aux régiments loyalistes et aux très nombreux miliciens recrutés au Mali, au Soudan ou au Niger.

Pour gagner plus d’efficacité, les bombardiers de la Coalition doivent disposer d’observateurs au sol. Les États-majors occidentaux savent très bien que cela constituerait la 1re étape d’une guerre véritablement terrestre. L’arrivée de contingents en Libye est, malgré les positions officielles, réclamée avec insistance par Paris et Londres qui y voient le seul moyen pour tabler sur une fin rapide des combats. Mais cette hypothèse rencontre jusqu’à présent l’opposition de principe de Barak Obama. Une radicalisation du conflit éroderait également l’unité entre tous les membres de l’actuelle coalition.

Une intervention de troupes terrestres occidentales entrerait en effet en totale contradiction avec la résolution 1973 adoptée par l’ONU. Celle-ci était limitée « à la protection des populations civiles et à un cessez-le-feu ». La coalition a d’emblée était au-delà de ce mandat, plaidant l’ambiguïté des termes et l’urgence sécuritaire. Après la Conférence de Londres, le sens de l’intervention occidentale semble avoir changé de sens : de la protection des populations, on est passé au « nécessaire » changement de régime. En fixant comme objectif premier, le départ de Kadhafi, la Coalition voit ses troupes engagées passer de forces d’interposition à cobelligérants. Le consensus du vote onusien et l’adoption d’une résolution ambiguë, le nombre important de pays acceptant de participer à la Coalition et au groupe de contact, tout cela reposait sur l’espoir d’une chute rapide du dictateur. L’hypothèse d’une désagrégation rapide du pouvoir libyen semble avoir vécue. Et les Occidentaux craignent dorénavant être entraînés dans un engagement prolongé aux conséquences imprévisibles qui pourraient dans un premier temps mettre à mal le consensus international jusqu'alors réalisé tant bien que mal, notamment sur les positions très offensives défendues par Paris et Londres.

 

L’initiative de l’UA : quels débouchés ?

 

Le Danois Anders Fogh Rasmunssen, le secrétaire général de l’Otan, a d’ailleurs précisé qu’il n’y avait pas selon lui, « de solution militaire » au conflit en Libye, « nous avons besoin d’une solution politique et c’est l’affaire du peuple libyen d’œuvrer dans ce sens » a-t-il déclaré au Spiegel.

L’heure est donc revenue à la diplomatie. Les propositions de médiation abondent. La Turquie et le Venezuela sont partis en 1ers. Les Italiens ont quelques idées. La Russie pourrait même proposer à l’Allemagne (qui s’est abstenue de voter la résolution onusienne) de jouer ensemble les intermédiaires, éventuellement avec l’Inde, la Chine et le Brésil. « La Russie et l’Allemagne pourraient jouer un rôle de médiateurs, note un officiel russe dans Novosti, nous ne souhaitons pas la désintégration de la Libye ». « La Russie et l’Allemagne pourraient œuvrer pour la réconciliation entre les parties en conflit et empêcher l’application de doubles standards consistant à soutenir une dictature à Bahreïn et à réaliser une opération militaire en Libye » répond en écho Clemens Ronnefeldt, un expert allemand.

Dans un contexte plus régional, l’initiative de l’Union africaine est pleinement légitime. Très prudente, voire inaudible au début des évènements, l’UA a là, saisi la bonne occasion. Jean Ping, le président de la commission de l’UA avait boudé le sommet de Paris du 10 mars sur la Libye, puis celui de Londres, dix jours plus tard, les puissances occidentales n’ayant pas daigné consulter l’Union avant les frappes aériennes. La solution militaire marquant le pas, « L’UA a quelques chances d’accélérer le processus de réflexion menant à un processus politique, note Didier Billon, chercheur à l’IRIS, tout le monde constate un risque d’enlisement. Il est aujourd’hui temps d’arrêter les bombardements et d’entrer dans la phase politique ». Jean Ping peut compter sur le soutien de nombreux pays africains même si les avis de leurs dirigeants sont extrêmement partagés sur la personnalité de Kadhafi. L’Algérie elle-même, après avoir présenté son plan de médiation en sept points avec notamment un mécanisme d’observation du cessez-le-feu demandé, approuve l’initiative appelant l’UA et la Ligue Arabe à une meilleure concertation.

Cette semaine a été d’ailleurs marquée par un important ballet diplomatique : réunion lundi, des ministres des Affaires étrangères de l’UE, qui ont rencontré le Conseil National de Transition réunissant l’opposition libyenne, mardi, celle des pays membres du « groupe de contact » au Qatar, hier et aujourd’hui celle des ministres des Affaires étrangères de l’OTAN, à Berlin. L’heure est encore à la plus grande unité parmi les membres de la Coalition mais les différences d’appréciation pourront aller croissantes sur quelques questions clé : faut-il intensifier la pression militaire ? Comment les opinions publiques nationales régiraient en cas d’enlisement dans un conflit classique avec les dérapages et pertes habituels ? Faut-il exiger en préalable le départ de Kadhafi (pour Alain Juppé par exemple, "la question qui se pose aujourd’hui est de savoir dans quelles conditions Kadhafi va partir, et non pas comment il va pouvoir se maintenir au pouvoir") ? Ou faut-il au contraire négocier avec lui ? Les deux camps libyens peuvent-ils se retrouver autour d’une table de négociation ? Dans un pays aux structures étatiques faibles malgré l’autoritarisme du Guide, et aux fortes traditions tribales, ne va-ton pas inéluctablement vers une partition, par exemple entre la Cyrénaïque et Benghazi d’une part, la Tripolitaine et le Fezzan d’autre part ? De surcroît, pour maintenir leur unité et la cohérence de leurs justifications internationales, les partenaires de la Coalition, puissances occidentales (dont les USA, France, GB…), pays arabes (Qatar, Jordanie, Maroc...), l’ONU, l’OTAN, la Ligue arabe doivent tenir compte de la résolution 1973 et des limites de son interprétation extensive. La tâche n’est pas aisée. D’où la multiplication des réunions, sommets et autres conclaves…

 

Les risques d’une déstabilisation de la zone saharo-sahélienne

 

Une évolution de type somalienne où le pays serait proprement laissé à l’abandon et à une guerre civile continue est peu probable du fait des enjeux pétroliers. Mais une déstabilisation durable de la Libye peut accroître fortement les facteurs de tensions et d’incertitudes dans toute la zone « saharo-sahélienne », une vaste étendue de terres désertiques et faiblement peuplées qui traverse de nombreux pays, de la Mauritanie au Soudan. Les frontières séparant les états nationaux sont récentes ou contestées. Des régions (Sahara espagnol, Darfour...) réclament leur indépendance. Les populations souvent nomades, partagent pour la plupart une grande pauvreté malgré des ressources minières très importantes. Zone de passages, la région saharo-sahélienne est un lieu de transit des émigrations Sud/Nord mais elle connaît également un essor de trafics en tous genres, avec récemment le transit de la cocaïne sud-américaine vers l’Afrique noire. Il était donc évident que cette zone difficilement contrôlable attire l’attention du terrorisme islamique. L’Aqmi et d’autres groupes de la même mouvance s’y sont implantés depuis les années 90.

Dans la même période, Mouammar Kadhafi avait négocié la « normalisation » de son pays, en renonçant publiquement à l’arme nucléaire (et celles de destruction massive) et en proposant ses services tant dans le contrôle de l’immigration en direction du nord de la Méditerranée que de la lutte antiterroriste. Les pays voisins de la Libye, qu’ils connaissent ou non des mouvements de transition démocratique, considèrent donc avec inquiétude la déstabilisation actuelle de ce pays. L’Algérie s’est émue du pillage d’arsenaux libyens attribués à l’Aqmi. La Tunisie craint un afflux massif de réfugiés. L’Égypte, qui exerce pourtant une influence culturelle et de proximité sur la Cyrénaïque, s’est gardé de prendre des positions trop tranchées sur les débats internes de la Libye, même si l’armée aurait favorisé la livraison d’armes aux insurgés. Le Niger et le Mali savent qu’un certain nombre de leurs ressortissants rejoignent les troupes de mercenaires qui protègent Kadhafi.

L’affaire se complique encore par les récentes découvertes de gisements miniers et énergétiques dans cette zone. Les prospections réalisées dans le bassin de Taoudéni, d’une surface d’1,5 million de Km2, partagé entre le Mali, l’Algérie, la Mauritanie et le Niger suscite l’intérêt des grandes compagnies. Total et la Sonatrach font ainsi état de nouveaux mirifiques projets, le représentant de Total évoquant même « un nouvel Eldorado ».

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Par pierremorville
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Mercredi 6 avril 2011 3 06 /04 /Avr /2011 23:09

(Chronique de Paris parue dans le Quotidien d'Oran du 7 avril 2011)

 

Face à un Sarkozy très impopulaire et dans un PS qui tarde à désigner son champion, François Hollande pourrait bien créer la surprise

 

Les sondages s’accumulent et délivrent de façon lancinante au parti au pouvoir un message aussi inquiétant que vénéneux pour la majorité actuelle : Sarkozy va dans le mur ! Une dernière enquête de l’institut Ipsos ne le crédite que de 17% des intentions de vote aux élections présidentielles de 2012.

Le débat qui anime aujourd’hui les rangs de la droite est moins « peut-il gagner ? » que « faut-il qu’il se présente ? ». En règle générale, sous la Vème République, les présidents sortants se représentent et se font réélire. Cela a été le cas pour Charles de Gaulle, François Mitterrand et Jacques Chirac, même si le général n’a pas achevé son second septennat et si François Mitterrand et Jacques Chirac ont du dans des périodes de cohabitation, composer avec des majorités hostiles. Georges Pompidou, frappé par la maladie, n’a pu achever son 1er mandat. Et Valéry Giscard d’Estaing, gagnant dans tous les sondages n’a pu accomplir un second mandat perdant devant Mitterrand qui avait su reconstruire un parti socialiste vermoulu.

Il est donc de tradition qu’un président sortant affronte à nouveau la candidature au poste suprême. Dans tous les cas de figure et connaissant le caractère particulièrement pugnace de Nicolas Sarkozy, il est infiniment peu probable que celui-ci ne jette pas toutes ses forces dans cette nouvelle bataille. Quels que soient ses échecs et son impopularité actuelle, ce diable d’homme peut encore la gagner. Il dispose des rouages de l’appareil d’état, d’un parti, l’UMP qui, même divisé et inquiet, bénéficie d’une implantation nationale ancienne, de nombreux élus qui savent bien que leur sort est aujourd’hui indéfectiblement lié au sien. Pour le bon et pour le mauvais. C’est d’ailleurs la seconde issue qui les panique.

Dans les rangs de l’UMP, peu de responsables n’arrivent néanmoins à comprendre la tactique sarkozienne. Pariant sur un glissement à droite supposé de l’électorat, le président actuel parierait sur la surexploitation de ses deux thèmes de campagne fétiche – l’immigration et l’insécurité – pour attirer l’électeur rétif. Jusqu’à présent cela n’a fait que conforter le Front national, dirigé d’une main habile « Jeanmarine le Pen ». Autre variante de calcul électoral aussi tortueux qu’improbable, Nicolas Sarkozy favoriserait volontairement la montée du FN pour pouvoir l’affronter facilement au second tour, une fois le candidat du parti socialiste éliminé… Tactiques de gribouille.

Le principal problème que doit affronter l’actuel président est son impopularité croissante. Quelles que soient ses prises de positions, quelle que soit l’efficacité de ses décisions, quelle que soit la vertu de ses engagements (il doit bien y en avoir un peu…), la moindre de ses initiatives nourrit chez un grand nombre de Français, une réaction aussi épidermique que certainement parfois injuste : Nicolas Sarkozy agace. Il n’est pas le premier président à être impopulaire, il l’est à l’être aussi viscéralement. Le contrat de confiance est à ce point ébréché que les stratèges de l’actuelle majorité parient moins sur leur potentiel de succès que sur la très grande capacité de la gauche à perdre des matchs gagnés d’avance.

 

Le piège des primaires

 

Seul François Mitterrand réussit à transformer le PS en parti de gouvernement. Il est vrai que la formation socialiste se sent plus à l’aise dans les élections locales et cultive parfois une « culture de parti d’opposition ». Face à un Nicolas Sarkozy qui incarnait pour ses supporters l’image même de la détermination, du dynamisme et de la conviction., l’échec relatif de Ségolène Royale plongea la formation socialiste dans son péché mignon, l’affrontement des egos, le choc des ambitions, le tout sur fond d’absence d’idées et de complots de basse-cour.

Le pire fut atteint lorsqu’un des candidats à la magistrature suprême, Arnaud Montebourg, inventa la plus belle des machines-à-perdre : les « élections primaires ». Il proposa en effet à son parti de faire désigner le meilleur candidat qui serait présenté par le PS, par… les électeurs eux-mêmes ! L’innovation fut adoptée dans l’enthousiasme par les uns, résignation par d’autres. La procédure a toutes les apparences de la démocratie. Tout électeur, de gauche comme de droite (!) pourra librement choisir en octobre prochain, le meilleur candidat du parti socialiste. Ce procédé est inspiré de la tradition américaine, où les militants des deux grandes formations, le parti républicain et le parti démocrate, désignent le champion de chaque parti lors de « primaires », dans des conventions organisées dans chaque état des USA.

L’importation des primaires en France ne va pas sans poser quelques problèmes. On est tout d’abord très loin de la doctrine gaulliste pour qui l’élection présidentielle est avant tout « la rencontre d’un homme et d’un peuple ». Au-delà de cette grandiloquence un peu pompière (rappelons également que le politicien Charles de Gaulle renversa la IVème République avec la pression de l’armée coloniale), le système républicain français est bien basé sur un « contrat », certes théorique, entre le président élu et tous les Français. Ce que Nicolas Sarkozy semble avoir oublié en promettant à tous par exemple, « de gagner plus en travaillant plus ».

Plus sérieusement, les primaires socialistes risquent de sanctifier le poids déjà trop grand des sondages dans la vie politique. La popularité volatile n’a guère de sens hors d’un scrutin réel où s’affrontent des vrais postulants à la charge. À cette aune, Mitterrand n’aurait jamais été candidat, les sondages de l’époque donnant Michel Rocard largement favori de mes concitoyens !

Enfin, qui ira vraiment voter dans ce scrutin ouvert à tous ? Avec l’abstention actuelle, on peut douter d’une mobilisation générale des citoyens. Dans les faits, les grosses fédérations du Parti socialiste joueront de tout leur poids, avec l’inconnue supplémentaire de possibles et nombreux votes provenant de militants de droite…

 

DSK se fait trop attendre

 

Six candidats sont potentiellement en lice à ce jour. Deux quadras, Arnaud Montebourg et Manuel Valls, ne sont pas vraiment dans la course. Ségolène Royale qui, auréolée de sa 1ère candidature, estimait peut-être que la seconde était naturelle, peine à retrouver la confiance d’un parti dont elle estime souvent qu’elle n’a pas à obéir aux règles. L’essentiel de la compétition se déroule entre un champion et deux challengers.

Dominique Strauss-Kahn, ancien ministre de l’économie de Lionel Jospin a, après la victoire de Sarkozy, vite compris que la scène politique française allait être bouchée pendant quelques années. Il a obtenu (avec l’appui de Nicolas, content d’éloigner un opposant de talent) le poste prestigieux de directeur du FMI, basé à Washington. La crise de 2008 et le rôle actif de son institution pour le sauvetage en urgence de l’économie mondiale, a contribué à renforcer l’aura internationale de DSK. Régulièrement, le sondage le plaçait comme meilleur candidat possible du Parti socialiste. Maintenant les mêmes enquêtes le placent nettement devant Nicolas Sarkozy au second tour de l’élection. Mais sera-t-il candidat ? DSK n’a toujours pas donné sa réponse. Plusieurs données expliquent ce retard. Dominique Strauss-Kahn ne veut pas trop hâtivement interrompre son confortable mandat à la tête du FMI. A titre personnel, il ne semble guère enthousiaste à se prêter aux contraintes internes des modes de désignation du PS. Enfin, il peut estimer sur le plan tactique que garder le mystère sur son choix définitif le maintien au centre du jeu médiatique. Sur le plan politique, son rôle au FMI l’a consacré comme héraut de la globalisation libérale et apôtre des politiques de rigueur. Pour un candidat « socialiste » et face à une opinion française très remontée contre la mondialisation et ses effets néfastes sur l’emploi et le niveau de vie, les risques de « grand écart » sont bien réels.

Martine Aubry s’était habilement placé à la tête du PS en prenant la succession de François Hollande comme 1ère Secrétaire de cette formation. Elle y a comme son prédécesseur, remporté toutes les élections intermédiaires (régionales, municipales, cantonales, récemment). Elle a occupé des postes ministériels de 1er plan et elle est maire de Lille, la capitale du Nord. On lui prête parfois un caractère un peu ombrageux et autoritaire. Il est vrai qu’elle a parfois fort à faire avec les maires socialistes d’autres grandes villes, dotés eux aussi de fortes personnalités et de vrais appareils, qu’il s’agisse de Bertrand Delanoë à Paris ou de Gérard Colomb à Lyon. Elle doit aussi composer avec les patrons des grosses fédérations du PS et les innombrables courants ou sensibilités qui traversent l’appareil socialiste. Ainsi, elle a réussi à rallier la gauche du parti, dirigée par Benoit Hamon.

 

« L’appel de Tulle »

 

Martine Aubry a présenté cette semaine le « programme du PS », 30 propositions pour la mandature à venir, en mettant l’accent sur la jeunesse, une réforme fiscale, le plafonnement des salaires des grands patrons, la sécurité et le tournant du nucléaire après la catastrophe japonaise. Mais elle ne décolle pas dans les sondages et semble aujourd’hui convaincue de la nécessité d’un « ticket » avec DSK. Cette alliance aura quelques difficultés à concilier les exigences de l’aile gauche du parti et les options très libérales du patron du FMI.

Elle a longtemps occupé la seconde place dans le choix des Français comme candidate socialiste, derrière Strauss-Kahn, elle vient d’être sérieusement devancée par François Hollande. Ce dernier a eu une carrière politique paradoxale. Il fut sous François Mitterrand, l’un des plus brillants « lanceurs d’idées » du Parti socialiste. Mais la grande figure tutélaire de la gauche ne lui confia jamais un poste ministériel, préférant donner ses premières responsabilités à sa compagne de l’époque, Ségolène Royale. Il fut placé par Lionel Jospin à la tête du PS et y remporta toutes élections sauf la principale, les présidentielles où le candidat Jospin échoua de façon humiliante. S’il remporte toutes les épreuves qui l’attendent, il serait le 1er Président de la Vème république à être élu sans jamais avoir été ministre. Seule grande constante dans cette carrière un peu hors norme, sa solide implantation en Corrèze. En 1981, par bravade, le jeune Hollande était venu défier Jacques Chirac sur ses terres. L’ancien président était en effet un élu corrézien de longue date et le resta même quand il était Maire de Paris. Depuis, François Hollande est solidement implanté dans ce département où il vient d’être réélu président du Conseil général. Il avait fait de cette victoire corrézienne pas tout à fait gagnée d’avance, la condition de sa candidature à la présidence de la République. Il en fit d’ailleurs la déclaration solennelle en fin de semaine dernière de Tulle, la préfecture de ce département. Une manière d’oindre cette candidature par une victoire démocratique dans un scrutin populaire.

D’un naturel facétieux, jovial et bon vivant, il entretient d’excellentes relations avec les médias depuis deux décennies. Mais il se prépare à cette candidature avec beaucoup de soin et de détermination. Il a perdu des kilos. Il a surtout densifié ses idées. Car c’est le domaine de prédilection de François Hollande. Martine Aubry en présentant le programme du PS a largement puisé dans les livres et thèses de François Hollande. Il connait parfaitement les rouages du PS où beaucoup d’élus de base l’apprécient. Il parcourt la France depuis vingt ans et sa proximité des Français n’est pas de fraîche date. Présentée comme une faiblesse, son absence de responsabilités ministérielles lui donnera peut-être une indépendance bienvenue face à la toute-puissance de l’Administration française qui en réalité dirige bien plus le pays que les équipes gouvernementales qui se succèdent. Le convivial et déterminé Hollande a donc toutes ses chances face au  washingtonien et hésitant DSK.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par pierremorville
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Jeudi 31 mars 2011 4 31 /03 /Mars /2011 09:40

(Chronique parue dans le Quotidien d'Oran du 31 mars 2011) 

 

La vague de contestation s’étend mais les victoires démocratiques sont plus difficiles

 

« La Tunisie va-t-elle devenir le laboratoire du monde arabe ? Peut-être la Tunisie va-t-elle faire passer le monde arabe de l’autre côté du miroir et rendre caduc le sempiternel discours sur l’incapacité structurelle des pays arabes à devenir des démocraties (…). Regardons deux pays sur la liste des mutations à venir : en Syrie, le taux d’alphabétisation est encore plus élevé qu’en Tunisie (95,2%), mais l’endogamie reste très forte, en particulier dans les zones sunnites. En revanche, en Égypte, l’alphabétisation a pris du retard (73,2%), mais l’endogamie, déjà pas très élevée, est en chute libre. Il est probable que les dirigeants de ces deux pays regardent ce qui se passe en Tunisie avec beaucoup d’attention… ». Pour l’Égypte, c’est fait, pour la Syrie, c’est en cours… Remarque : Ce pronostic date du 19 janvier dernier ! Il était émis par Olivier Todd, anthropologue et démographe. Ce chercheur est l’un des très rares universitaires au monde à avoir prévu l’effondrement soudain de l’URSS en notant alors entre autres, l’effondrement du taux de natalité, de l’espérance de vie et la forte progression de la mortalité infantile. En 2007, Todd publiait avec Youssef Courbage, un essai tout aussi prophétique sur l’évolution des sociétés arabes, « Le rendez-vous des civilisations » où était déjà pointé le mélange explosif et révolutionnaire d’une baisse de la démographie, d’une généralisation de l’alphabétisation et du recul du mariage endogamique, c'est-à-dire au sein de la famille élargie, du clan.

 

Les justes prophéties d’Olivier Todd

 

« L’endogamie, c’est-à-dire l’étanchéité du groupe familial, entraîne la fermeture des groupes sociaux sur eux-mêmes et la rigidité des institutions. Quand elle devient moins endogame, une société s’ouvre vers l’extérieur et est donc potentiellement plus propice à se révolter quand elle est gouvernée par un despote. La scolarisation de masse et la baisse de la natalité peuvent aussi indirectement provoquer une prise de conscience et des révoltes » précise Youssef Courbage. Le puissant mouvement démocratique dans le monde arabe en cours ne se réduit évidemment pas à ces modifications structurelles. Les crises économiques et politiques sont également motrices. Il n’empêche, les deux auteurs notaient dès 2007 que ces tendances démographiques étaient partagées par l’ensemble des pays arabes et étaient annonciatrices de changements profonds dans toute la zone. Bien vu. Le mouvement démocratique qui a surgi en Tunisie, gagné l’Égypte s’est diffusé dans le Moyen-Orient,  à Bahreïn, au Yémen, en Jordanie. Il a touché l’Algérie et le Maroc. Il a ouvert une quasi guerre civile en Libye. Il affecte aujourd’hui l’un des régimes les plus stables car des plus cadenassés, la Syrie, où les manifestations de pro et anti Al-Assad se succèdent, sur fond de répression musclée.

Dans les deux premiers pays, Tunisie et Égypte, l’hiver fut salutaire. Deux chefs d’état furent chassés, deux régimes s’effondrèrent (grâce aussi à l’armée), les deux pays ont fait le choix sage et efficace d’élections constitutionnelles qui se dérouleront en juillet et en septembre... Signe des temps, la Tunisie connait à son tour les joies des 1ers sondages. Réalisée par le cabinet GMS, l’enquête souligne déjà la forte appétence actuelle des Tunisiens pour la politique. Seules 12% des 1080 personnes interrogées déclarent ne pas s’y intéresser du tout. 70% des Tunisiens placent la sécurité en tête de leurs priorités. Viennent ensuite «résorber le chômage» (50%), «la mise en place de la démocratie» (40,20%), «développer l’équilibre entre les régions» (35%), le «respect des droits de l’homme» (34,30%). Les hommes politiques n’ont toujours pas retrouvé le crédit nécessaire pour mener les réformes : pour 54% des sondés, les politiques « ne sont pas en mesure d’agir», 40,8% les croient « guidés par des forces étrangères ».

L’hiver démocratique fut éclatant, le printemps est plus incertain. L’aspiration au changement est partout perceptible dans le monda arabe. Mais les victoires sont plus difficiles et les principaux obstacles rencontrés aujourd’hui par les mouvements en cours tiennent à la résistance des pouvoirs en place. Certains gouvernements (Maroc, Algérie, Jordanie, Syrie aujourd’hui..) ont vite promis des réformes importantes dans l’équilibre des pouvoirs, mais elles tardent à venir. Au Yémen, Ali Abdallah Saleh, au pouvoir depuis 32 ans, promet tous les jours à ses opposants qu’il va « partir demain ». En attendant la répression continue. L’Arabie saoudite et ses alliés sont intervenus militairement au Bahreïn pour liquider la contestation du régime royal. Sans protestation audible des occidentaux.

Ce qui interroge sur l’activisme actuel de la France, de l’Angleterre et des États-Unis en Libye. Confronté au même mouvement de révolte, Mouammar Kadhafi, fort de sa supériorité militaire avait réagi à son habitude : en coupant des têtes et en promettant d’écraser dans le sang la ville rebelle de Benghazi. Le 17 mars dernier, le Conseil de Sécurité des Nations Unies a autorisé avec raison, à travers la résolution 1973, le recours à la force en Libye contre les forces du colonel Kadhafi pour mettre fin à la répression des insurgés libyens. Cette résolution n’autorise pas pour autant la coalition à renverser le régime libyen (ce qui reste l’affaire des Libyens), encore moins à envoyer des troupes au sol, condition sine qua non pour un changement de régime rapide. Paris et Londres, suivis modérément par Washington, voudraient aller plus loin et plus vite. Par amour de la démocratie ? Plus crûment, l’AIE a rappelé qu’à l’heure actuelle, seule la production du pétrole libyen était affectée et « l’Europe importe environ 80 % des 1,3 million de barils par jours exportés par la Libye », remarque Aymane Chaouki, de l’IRIS.

 

Crise de nerf à l’UMP

 

La grosse querelle a commencé au lendemain même de l’élection. Scène inattendue dans la classe politique française, Jean-François Copé, le patron de l’UMP, le parti majoritaire s’en est ouvertement pris à François Fillon Premier ministre accusant ce dernier devant des millions de téléspectateurs «  de ne pas jouer collectif ». Le dimanche avait déjà été rude pour les militants de l’UMP. La soirée avait vu le second tour d’élections locales, les « cantonales » qui consacraient les mauvais résultats du parti au pouvoir, sur fond d’abstention massive. En agrégeant les résultats, le PS confirme sa position de 1er parti avec 35% des voix mais il peut compter sur les voix de ses alliés des Verts et de la « gauche de la gauche » (Jean-Luc Mélenchon et le PC) soit entre 10 à 12% des voix. L’UMP atteint 20 % des scrutins et compte sur les 10% des « divers droite ». Mais la cause de la crise de nerfs qui secoue la droite française se nomme Marine. Marine Le Pen. Un sondage réalisé au lendemain des élections semble sans appel pour Nicolas Sarkozy. Pour la 3 ou 4ème fois, les français interrogés sur les futures élections présidentielles donnent Nicolas perdant, derrière le PS et derrière le Front national. En cas de candidature de Dominique Strauss Khan, le patron du FMI recueillerait 29% des voix, suivi de Marine Le Pen, seconde avec 19%, devançant l’actuel président qui n’est crédité que de 17% !

A 13 mois de ce scrutin décisif, l’UMP s’inquiète, s’affole, pique des crises de nerfs et ses dirigeants s’échangent en public des noms d’oiseaux. Les élus du parti, traditionnellement un peu plus godillots que les députés de toutes les majorités présidentielles, n’hésitent pas aujourd’hui à s’entredéchirer, les uns réclamant la démission de Copé, les autres le départ de Fillon. Dans les deux camps, de nombreux élus grommellent à voix basse : en 2012, « tout sauf Sarkozy » ! Car les députés font les comptes. Toutes les élections intermédiaires ont été largement remportées par l’opposition : conseils régionaux, conseils généraux, conseils municipaux dans les villes grandes et moyennes… Avec Sarkozy, vivement rejeté par une majorité de la population, la droite risque de perdre non seulement l’élection présidentielle mais également les législatives qui suivent immédiatement après ! Sombres perspectives pour des élus qui ont fait du cumul des mandats, l’un des secrets de leur longévité politique.

Comment en est-on arrivé là ? Nicolas Sarkozy pousse jusqu’à la caricature les défauts de ses qualités. Son sens remarquable de la tactique est gâché par une absence criante de vision stratégique. Ses prises de position parfois courageuses se noient dans des manifestions d’un ego surdimensionné. Ses convictions économiques libérales dévoilent surtout un très grand amour pour les très-très riches. Bling-Bling. A défaut d’autorité naturelle, il multiplie les manifestations d’autoritarisme. Par son total désintérêt pour les difficultés sociales de ses concitoyens, il agace les Français autant de gauche que de droite. « Il aime plus la politique que la France » conclut vipérin, Jean-Pierre Fourcade, l’ancien 1er ministre de Jacques Chirac.

 

« Un seul problème, l’Islam ! »

 

Depuis plus d’un an persuadé que, du fait de la crise économique et des incertitudes internationales, l’électorat français allait glisser vers la droite, Sarko a, pour gagner les prochaines présidentielles, tout misé sur ses deux thèmes fétiches : l’insécurité et l’immigration. De quoi flatter dans le sens du poil « la-France-qui-a-peur ». Une campagne parfaite si vous êtes dans l’opposition. Problème : les Français ont beau être des veaux, ils savent bien que Sarkozy est le président sortant, ancien ministre de l’intérieur, et comptable des échecs actuels. Les sondages montrent d’ailleurs que l’immigration est très loin d’être leur préoccupation alors que les dégâts de la mondialisation, le chômage, la baisse des revenus, les problèmes hantent les classes populaires et, fait nouveau, rongent dorénavant les classes moyennes. Quant à l’électorat le plus droitier de Nicolas Sarkozy, il vote dorénavant Front National.

Mais rien n’y fait ! Après un débat calamiteux sur « l’identité nationale », une campagne honteuse l’été dernier sur les tziganes, puis sur « immigration et insécurité », Sarkozy a décidé début mars, de remettre le couvert en commandant à Copé une nouvelle réflexion nationale sur « Islam et laïcité » qui pose de façon à peine masquée et franchement nauséabonde une interrogation  à mi-voix sur la compatibilité entre l’exercice républicain et la foi musulmane. En plein mouvement démocratique dans tout le monde arabe, il fallait le faire ! Ce glissement incivique a beaucoup choqué dans les rangs même de la majorité, notamment chez les centristes. C’est le sujet de la dispute actuelle entre Copé et Fillon. Le 1er Ministre, la moitié de son gouvernement et un grand nombre d’élus UMP sont choqués dans leurs convictions et crie au casse-cou devant une thématique qui ne peut que renforcer les votes en faveur du front national. Mais le Président s’obstine, trépigne. Il veut son débat. Celui-ci se déroulera le 5 avril prochain. Vite fait, mal fait. Une après-midi de parlottes et l’UMP va nous pondre un « code de la laïcité ». Le soir même, Claude Guéant, nouveau ministre de l’intérieur et inénarrable amateur de croisades, viendra en révéler les principaux dispositifs à TF1-20h..

Tuile pour le gouvernement, l’ensemble des dignitaires religieux Français ont condamné le débat sur « Islam et laïcité ». Les hauts dignitaires du catholicisme, du protestantisme, de l’église orthodoxe, de l’islam, du judaïsme et du bouddhisme ont rendu publique hier, une protestation commune et ardemment républicaine : « la laïcité est un des piliers de notre pacte républicain, un des supports de notre démocratie, un des fondements de notre vouloir vivre ensemble », alertent-ils, il faut notamment éviter les « amalgames et risques de stigmatisation (…)  dans la période trouble que nous traversons ».

La messe est dite, Nicolas !

Par pierremorville
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Dimanche 20 mars 2011 7 20 /03 /Mars /2011 16:05

(interview parue dans le Quotidien d'Oran du 21 mars 2011)

 

Le conseiller à l’Élysée pour la diversité a démissionné avec éclat, s’opposant au débat national sur « Islam et laïcité » impulsé par l’UMP

 

« J’appelle toute la communauté à voter contre l’UMP», indigné par le lancement du débat sur « Islam et laïcité », Abderramane Dahmane a pris le 10 mars dernier, une position tranchée et sans équivoque pour les élections et notamment les cantonales qui se sont déroulées hier. Surprise, le président du Conseil des démocrates musulmans de France « (CDMF) est également… conseiller du président de la République, en charge de la diversité ! 24 heures plus tard, l’Élysée licencie ce vieux compagnon de route de Nicolas Sarkozy pour qui il avait fait campagne dans les banlieues à la présidentielles de 2007. Il est vrai que le débat national lancé par Jean-François Copé, nouveau patron de l’UMP sur « Islam et laïcité » indigne les milieux franco-maghrébins. L’effondrement de la cote de popularité de Nicolas Sarkozy, la montée de Marine Le Pen, le bon score prévisible du candidat socialiste choisi, qu’il s’agisse de Dominique Strauss-Kahn ou de François Hollande, créent comme un climat de panique dans la principale formation de la majorité actuelle. Pour l’UMP, il faut à tout prix reséduire au plus vite les électeurs qui s’enfuient vers le Front national. Claude Guéant, le nouveau ministre de l’Intérieur en a d’ailleurs « rajouté une couche » en déclarant récemment « Les Français, à force d’immigration incontrôlée, ont parfois le sentiment de ne plus se sentir chez eux ». Cette stratégie à courte vue et peu républicaine, risque surtout de banaliser le vote front national et elle irrite fortement la communauté musulmane, seconde religion de France, qui compte dans ses rangs… de nombreux électeurs !

 

Le Quotidien d’Oran : Abderramane Dahmane, quand avez-vous pris la décision de déchirer en public votre carte de l’UMP ?

Abderramane Dahmane : L’un des objectifs de ma mission lorsque j’ai été nommé à l’Élysée, était de préparer la diversité pour la présidentielle de 2012. J’ai donc crée le Conseil national des Asiatiques de France, j’ai fait dans les deux derniers mois un tour de France et rencontré de nombreux responsables de la communauté maghrébines, des Africains, des Sikhs, de nombreux médecins issus de l’immigration. J’ai pu mesurer les effets contre-productifs du débat sur « islam et laïcité » lancé par Jean-François Copé et j’ai écrit une note d’alerte au président sur l’inquiétude et l’indignation qui montent dans la communauté maghrébine. Elle est restée sans réponse. A quoi sert d’opposer les musulmans à la communauté nationale ? Je suis fondamentalement opposé à cette politique islamophobe d’autant que les musulmans en France ont toujours été favorable à la loi de 1905 qui organise la laïcité. Mais ils constatent que le respect des religions et la liberté de culte prévus dans les textes n’est guère appliqué à l’Islam. Devant la montée de Marine le Pen, Jean-Francois Copé , le nouveau patron de l’UMP, prend les musulmans comme les boucs émissaires de la future campagne électorale. Je ne pouvais donc que rompre avec ce parti qui a longtemps été le mien : j’y ai été nommé secrétaire national à la diversité en 2005, j’y ai crée, le Cercle de reflexion africain, l’Union des Asiatiques, le cercle féministe Jasmin… Il ya des gens dans l’UMP qui veulent l’alliance avec le Front national. Je ne travaille pas avec des néo-nazis.

Le Quotidien d’Oran : Mais le débat en 2010 sur l’identité nationale, la position de Nicolas Sarkozy sur les Tziganes, la causalité permanente entre inmmigration et insécurité, ne vous avaient pas déjà alerté ?

Abderramane Dahmane : Sans doute. Mais les liens d’amitié personnelle que j’ai avec le président m’ont longtemps permis de ne pas oublier les aspects positifs et novateurs du candidat de 2007. C’est le 1er responsable politique à s’adresser à nous en disant « mes chers compatriotes musulmans », à s’indigner contre un Islam condamnée «  à la cave », à reconnaitre cette religion comme « de paix et de modernité ». Il a nommé des ministres, Dati, Amara, Rama Yade, des prefets, des sous-prefets  issus de l’immigration. Sarkozy a crée le Centre français du culte musulman. Aujourd’hui, Jean-François Copé veut même obliger les musulmans à prier en Français ! Quelle ignominie ! Va-t-on interdire l’hébreu dans les synagogues ? La communauté maghrébine a largement contribué à défendre ce pays pendant les deux guerres mondiales. Elle a participé à sa reconstruction. Je note que certains dirigeants actuels de l’UMP ont oublié leurs origines immigrées, et je ne pense pas à Nicolas Sarkozy. Moi, je n’ai pas changé de nom pour défendre mes idées.

Le quotidien d’Oran : Que pensez-vous de la création par l’UMP, cette semaine, de « l’Union des Français musulmans » ?  

Abderramane Dahmane : Comme à la veille de toute défaite, l’UMP veut faire appel à des supplétifs.

Le quotidien d’Oran : Vous allez donc appelé les électeurs d’origine immigrée à voter pour l’opposition ?

Abderramane Dahmane : Nicolas Sarkozy peut encore changer la donne mais il a confié son parti à Jean-François Copé qui est islamophobe et qui en réalité ne souhaite pas sa victoire. Il y a 7 millions d’immigrés en France et bien plus d’électeurs français sont issus de l’immigration. On compte aujourd’hui plus 1500 élus qui sont issus de la différence. Dans le département de la Seine St Denis, 43% des inscrits viennent des communautés de l’immigration, les Maghrébins en tête. Je m’adresse à l’ensemble des partis républicains et je tiendrai à l’automne 2011 des "Assises de la Banlieue". La communauté jugera alors les candidats sur leurs engagements concrets.

 

Propos recueillis par Pierre Morville

 

 Le poids du vote communautaire en France

 

D’où vient l'immigration ? A 34%, des autres pays de l’Union européenne, à 36% du Maghreb, à 14% d’Asie, à 11% d’Afrique noire. Mais les proportions ne sont pas les mêmes selon les régions, notamment en Ile de France et dans les grandes villes.

Combien y-a-t’il d’immigrés en France ? En 2010, on décomptait 5,1 millions d’immigrés. Mais une partie de ceux-ci ont acquis la nationalité française. En 2004 ainsi, sur les 5 millions d’immigrés recensés sur le trritoire, 2 millions avaient déjà été naturalisés.

Les Français d’origine étrangère. Les étrangers qui restent en France fondent des familles : on évalue a environ 5 millions, ces français de seconde génération. Comme la France a connu ses 1ères vagues fortes d’immigration au début du XX° siècle, on ne peut pas décompter les immigrés de 3ème, 4ème, 5ème génération… Plus de 20% de la population fait donc partie à divers titres de "communautés".

Sur le plan des religions, une étude de l’INED sortie très récemment révisait à la baisse le nombre des « musulmans déclarés » : 2,1 millions parmi les 18/50 ans. Mais si l’on compte les enfants et les personnes âgées, on doit facilement multiplier par deux ce même chiffre. Notons que l’Ined recense 11,5 millions de catholiques déclarés, 500 000 protestants, 150 000 bouddhistes et 125 000 juifs.

Comment votent les français d’origine étrangère ? L’organisme de sondage CSA avait au 1er tour de la présidentielle de 2002, réalisé un sondage à la sortie des urnes. Surprise ! Ces électeurs avaient voté exactement comme leurs concitoyens français de souche pour les scrutins se portant sur les petits candidats, ne se séparant que sur les leaders. Jacques Chirac, qui avait recueilli 30% des voix des électeurs en France, n’avait récolté que 15% des voix des électeurs provenant d’un pays de l’UE et seulement 12% des Français d’origine maghrébine. Jospin avait la faveur des anciens immigrés : il n’avait obtenu que 16% du scrutin national, réussissait à obtenir 18% des lecteurs d’origine UE et 29% du vote franco-maghrébin. Le Pen qui crée la surprise avec 17% des voix, ramassait 15% des votes des Français originaire de l’UE et même 7% des voix des franco-maghrébins !

 

Par pierremorville
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Jeudi 17 mars 2011 4 17 /03 /Mars /2011 14:09

(Chronique parue dans le Quotidien d'Oran du 17 mars 2011) 

Le mouvement démocratique arabe se heurte à des obstacles sérieux en Libye et dans le Golfe. Les grandes puissances privilégient la carte dangereuse du statu quo

 

A l’heure où ces lignes sont écrites, l’ampleur des catastrophes géologiques, climatiques et technologiques que subit le Japon n’est pas encore cerné. Après un tremblement de terre d’une magnitude exceptionnelle, un raz-de-marée, un « tsunami », expression d’origine japonaise (la vague dans le port), a entrainé un accident nucléaire d’une très grande gravité, se situant à mi-chemin entre l’accident de l’usine américaine de Three miles Island, en 1979  où le cœur du réacteur avait fondu en libérant des émissions radioactives dans l’atmosphère, et le drame ukrainien de Tchernobyl, en 1986, où le réacteur nucléaire avait explosé. La crise nucléaire engendrée par le séisme de Sendai se poursuivait hier : pannes du circuit de refroidissement de secours, libération de vapeurs contenant des substances radioactives, fusion du noyau, explosion des bâtiments de la centrale, injection d’eau de mer dans les réacteurs, dispersion des matières radioactives sur le Japon aujourd’hui, demain ailleurs,  irradiation des habitants… Plus de 100 000 personnes sont actuellement évacuées de la zone et le danger pousse de nombreux Japonais à fuir au sud du pays.

Cet accident majeur frappe le seul pays qui a connu une agression nucléaire militaire. « Le Japon vient d'être frappé par la pire catastrophe qu'il ait connu depuis 1945 », note Pascal Boniface de l’IFRI qui rend hommage au peuple japonais qui a fait « preuve d’un sens remarquable des responsabilités, d’une solidarité citoyenne d'une rare intensité. Pas de panique, de déchaînement de violence, de lutte entre les individus pour avoir accès aux biens devenus rares et manquants (…) la réaction des Japonais face à cette immense catastrophe force le respect et l'admiration ».

Cet épisode aura des effets sérieux sur une économie japonaise qui traverse déjà  depuis plusieurs années, une phase longue de faible croissance. Il affectera par rebonds une économie mondiale fragilisée par la crise financière ouverte à l’automne 2008. Les bourses ont toutes enregistrée des chutes sensibles. Ici et là dans le monde, se ravivent des oppositions au recours à l’énergie nucléaire, ce qui ne manquera pas d’accélérer, après une baisse temporaire du baril par anticipation d’une demande japonaise plus faible, une hausse à terme du prix des hydrocarbures, déjà avivé par les tensions récentes dans le monde arabe.

 

L’étau se resserre sur Benghazi

 

L’opinion publique mondiale a bien conscience que ce qui se passe actuellement au Japon concerne l’avenir et la sécurité  de l’humanité elle-même. Mais une émotion chasse l’autre et la sympathie qui s’était manifesté internationalement au mouvement démocratique qui s’empare du monde arabe se détourne au moment même où les évènements se précipitent, et non de façon positive. Deux zones de tensions se cristallisent dans les jours prochains.

Dans les pays du Golfe, « en raison des circonstances que traverse Bahreïn, le roi, Hamad Ben Issa Al-Khalifa, a proclamé l'état d'urgence pour une période de trois mois », indique un communiqué officiel. Le roi a chargé le commandant des forces armées de rétablir l'ordre en faisant appel à l'armée, aux forces de police, aux unités de la Garde nationale et "toute autre force, si cela s'avère nécessaire". Cette dernière mention fait évidemment référence aux unités saoudiennes et aux policiers des Émirats arabes unis déployés en début de semaine à Bahreïn, où une population majoritairement chiite réclame une « royauté constitutionnelle », à la famille régnante sunnite. La proximité de l’Iran, les enjeux pétroliers, la présence d’importantes bases militaires américaines, le contrôle de la zone stratégique du golfe d’Oman, et la crainte, de nouveau, d’une « contamination démocratique » expliquent l’intervention militaire d’une force commune aux pays du Conseil de Coopération du Golfe (Arabie saoudite, Bahreïn, Émirats arabes unis, Oman, Qatar et Koweït).

L’Iran a évidemment mal réagi : A Téhéran, le ministère iranien des Affaires étrangères a qualifié l'intervention de forces étrangères à Bahreïn « d’inacceptable »et estimé qu'elle « rendra la situation plus difficile » à résoudre : « L'entrée des troupes saoudiennes à Bahreïn ne fera que compliquer davantage la donne et transforme la crise intérieure bahreïnie en une crise régionale », a déclaré Hossein Amir Abdolahian, directeur du ministère iranioen des Affaires étrangères, recevant l'ambassadeur saoudien. Depuis le début de la crise à la mi-février, l'Iran a demandé au gouvernement bahreïni de répondre favorablement aux demandes constitutionnelles des manifestants. Une attitude qualifiée d’ingérence par le pouvoir royal.

En Libye, beaucoup d’observateurs avaient parié sur la chute rapide et inéluctable de Mouammar Kadhafi, prédisant, comme en Tunisie et en Egypte, une fuite honteuse du tyran sous les coups de boutoir d’un mouvement populaire massif et pacifique. C’était aller un peu vite et oublier que l’autocrate, qui n’avait aucune issue de secours, ne manquait pas de moyens financiers et militaires. Dans un pays désertique qui se prête peu à une guérilla de masse, la résistance ville par ville, d’une opposition faiblement armé s’avère impuissante contre de l’artillerie, des missiles, des avions et des chars. Inexorablement, les forces du régime progressent vers la ville de Benghazi, siège de la rébellion dans l'Est de Libye, après avoir reconquis de nouvelles villes à coups d'obus et de raids aériens, au moment où la question d'une aide militaire internationale reste au stade du débat byzantin.

 

Il est urgent de ne rien faire !

 

Mardi à Paris, les huit puissances les plus industrialisées (G8), faute de consensus, ont écarté l'option militaire pour ralentir en Libye les forces de Mouammar Kadhafi, se bornant à promettre pour cette semaine une nouvelle résolution à l'ONU sur des sanctions renforcées. Hillary Clinton présente, après avoir été la 1ère a soulevé l’hypothèse d’une intervention militaire, a clairement signifié que les États-Unis ne s’associerait à aucune initiative de ce type, refusant même de s’engager sur des livraisons d’armes.

Le G8, déjà bien peu efficace en matière de « gouvernance économique mondiale », regroupe, à l’exception de la Chine, les pays les plus riches : les États-Unis, la Russie, le Japon, le Canada, la France, la Grande-Bretagne, l'Italie et l'Allemagne. A part la France et l’Angleterre qui militaient pour l’organisation problématique d’une zone d’exclusion aérienne visant à clouer au sol l’aviation libyenne, les autres pays ont conclu après de longs débats qu’il était « urgent de ne rien faire ».

Certes, l’intervention militaire sous une quelconque forme comportait des risques sérieux d’escalades non contrôlées. Certes, les conditions requises à une possible intervention étaient nombreuses : «Si le besoin en est démontré, si le mandat juridique est clair et le soutien régional ferme, nous nous tenons prêts à apporter notre aide ». Le jeudi 10 mars dernier, le secrétaire général de l’Otan, Anders Fogh Rasmussen, avait clairement énuméré les trois conditions posées à une intervention militaire de l’Alliance atlantique en Libye au terme d’une réunion des ministres de la défense.

L’écrasement possible et certainement sanglant de l’opposition libyenne démontre à l’évidence un besoin. Le mandat juridique clair est plus difficile à obtenir de l’ONU puisque dans le Conseil de Sécurité, la Chine et la Russie s’y oppose. Le « soutien régional ferme » se fait attendre car si la Ligue arabe soutient les zones d’exclusion aériennes, l’Union Africaine s’y oppose. Et les voisins immédiats, Algérie, Tunisie, Mali, Niger, Égypte campent sur un silence prudent.

L’initiative tempétueuse prise la semaine dernière par Nicolas Sarkozy répondait au moins à l’attente de l’opposition libyenne, présidé par Mustafa Abd al Jalil, ex-ministre de la justice de Kadhafi. Quelles qu’en soient les motivations, notamment de politique intérieure française, la prise de position du président français était courageuse. Mais « montée » de façon particulièrement maladroite ! En concertation avec Bernard-Henry Levy, éternel « nouveau philosophe » et apôtre enragé de « l’intervention humanitaire armée », Nicolas Sarkozy n’avait prévenu de sa volonté d’engagement militaire, ni son gouvernement, ni ses partenaires européens ! La tête d’Alain Juppé filmé, découvrant la nouvelle par une dépêche diplomatique lors d’un sommet européen devant justement traiter de la Libye, restera un must de l’histoire diplomatique ! Et l’Allemagne courroucée par les foucades de « l’incorrigible Français », martelait son opposition à une intervention militaire, par crainte officielle qu'un « tel développement ne devienne une guerre et n’affaiblisse le mouvement de démocratisation en Afrique du Nord ».

 

Ankara fâchée avec la liberté d’expression

 

On voit mal comment les canonnades des chars de Kadhafi vont renforcer le mouvement démocratique libyen ! Grandes déclarations vertueuses, vœux pieux, agitations impuissantes : qu’il s’agisse de réformer le système économique internationale, d’accompagner les mouvements démocratiques, d’apporter une aide d’urgence à un pays qui subit une catastrophe écologique, le G8 (et autres innobrables instances internationales) montre surtout des pays aussi vaniteux de leur puissance qu’incapables d’agir de concert.

Voilà donc le peuple abandonné seul et désarmé face aux chars de Kadhafi. Mais l’Histoire n’est jamais écrite à l’avance. Alain Juppé ouvrait l’hypothèse hier d’une intervention franco-arabe…

Il est curieux que la Turquie, puissance montante de la grande région, soit également adepte d’un statu quo qui en réalité, ouvre sûrement à tous les dérapages catastrophiques. Recep Tayyip Erdogan a réaffirmé son opposition à une intervention de l'Otan en Libye, estimant qu'une telle opération aurait des conséquences “dangereuses”. “Nous considérons qu'une intervention militaire de l'Otan contre la Libye ou un autre pays serait totalement non-profitable”. Le 1er Ministre turc s'est par ailleurs prononcé contre des sanctions contre le régime libyen, le 23 février, jugeant qu'elles feraient du tort à la population libyenne plus qu'à ses dirigeants. Recep Erdogan a même, bidouille politicienne,

 proposé à Mouammar Kadhafi de nommer lui-même un président jouissant d'un soutien populaire afin de mettre fin à la crise libyenne. Dans une interview à la chaîne Al Arabia, Erdogan ajoute s'attendre à voir le colonel libyen « prendre des mesures positives dans ce sens ». « Nous voulons un arrêt des combats de part et d'autre, à la fois dans l'est et l'ouest de la Libye », a ajouté le Premier ministre turc. « Guide de la révolution », Mouammar Kadhafi n'a en effet pas de poste officiel attribué mais il ne souhaite en aucun cas partagé son pouvoir réel.

Il est vrai que l’AKP, le parti majoritaire turc, n’est pas toujours très convaincu des vertus de la démocratie. Le gouvernement multiplie ces derniers temps procédures et  arrestations de journalistes. Début mars, 10 rédacteurs de différentes publications ont été arrêtés sous le prétexte fallacieux d’un « complot anti-gouvernemental ». L’association des journalistes turcs dénombre 60 de leurs confrères actuellement emprisonnés et 2000 qui ont fait l’objet de poursuites. Selon le mouvement arménien, certes un peu suspect de partialité, le bilan de M. Erdogan n’est pas dans le domaine des libertés constitutionnelles, très flatteur. Dans ses huit années de pouvoir, 232 partis et associations ont été interdits ou ont fait l’objet d’une procédure d’interdiction ; 627 organisations, partis politiques, agences de presse et associations culturelles dont les sièges ont été perquisitionnés ; 671 publications interdites ou censurées ; 2 498 personnes poursuivies en raison de leurs opinions ont été condamnées… Encore un effort, Recep, pour être républicain !

Par pierremorville
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