Dimanche 1 janvier 2012 7 01 /01 /Jan /2012 10:43

(Chronique de Paris parue le 30 décembre 2011 dans le Quotidien d'Oran,) 

 

Absence de vision stratégique, aveuglement tactique, petits calculs électoraux, verbiage principiel : l'incident du vote sur la loi du génocide souligne par ses dérapages, l'impuissance agitée des gouvernants à faire face à une crise multiforme

 

 

Comment va se présenter la nouvelle année ? A cette traditionnelle question de fin d’année, - dans le registre convenu bilans et perspectives-, qui agrémente autant les discussions de bistros que les diners familiaux, la réponse est relativement unanime : « Ouh-la-la ! Ça craint ! Ça craint même un max !! ». La formulation de cette réaction dépend évidemment du milieu sociologique rencontré mais le contenu est, hélas, très homogène. On rencontre ainsi partout des mines consternées, des yeux qui se lèvent au ciel, des épaules qui se haussent pour s’effondrer tout aussitôt, ou dans un registre différent mais guère plus optimiste, de grands fous-rires nerveux...
Bien évidemment, il y a dans toute assemblée, quelques rares types courageux ou inconscients (on hésite) qui jouent la gamme du volontarisme : « ce n’est qu’une mauvaise passe », « notre potentiel économique ne demande qu’à se redéployer », « les politiques (sous-entendu, le parti pour lequel je vote) prennent conscience des enjeux », « chaque crise fait surgir de nouvelles solutions » ou dans une variante plus familière « à chaque chose, malheur est bon »... Mais, même chez ces personnes énergiques, motivées et bien intentionnées ou carrément farfelues qui tiennent de tels propos, on remarque toujours à un moment dans le feu d’une forte démonstration, dans la conviction des arguments, un regard qui vacille, une voix qui chevrote brusquement, bref, comme un éclair de doute existentiel.
Il est vrai que par définition, l’avenir n’est jamais tracé à l’avance et que des évènements aussi heureux qu’imprévus peuvent transformer le marasme actuel en lendemains radieux. Toutefois, le bilan de l’année 2011 nous montre aussi que des catastrophes aussi soudaines qu’inattendues peuvent encore obscurcir un horizon déjà bien sombre et inquiétant...

La mémoire sélective de l'Assemblée nationale

La difficile prévision d’évènements improbables est encore compliquée par l’invraisemblable accumulation de gaffes proférées ou commises par des pouvoirs étatiques, politiques ou financiers qui n’arrivent plus à maitriser un réel qui leur échappe un peu plus chaque jour. Situation d’autant plus complexe pour eux que les exécutifs des principaux pays vivent sous la pression d'échéances électorales prochaines et à risque. Comme le notait pour la France, Pierre-Yves Geoffard dans Libération, « la lutte contre la bêtise est un combat permanent. Et comme l’année à venir sera électorale, gageons que les occasions seront nombreuses de pourfendre les âneries proférées par les uns et les autres ».
Premier exemple donné par cet économiste ? L’invraisemblable affaire de la condamnation parlementaire de la Turquie. A la veille de Noël, une poignée de députés français mais qui représentaient l’essentiel de formations politiques ont dans une quasi-unanimité touchante (sauf le PC et quelques personnalités), voté une loi visant à pénaliser la négation du génocide arménien commis par l’empire ottoman en 1915. Comme beaucoup d’autres commentateurs, Pierre-Yves Geoffard s’interroge sur ce vote quasi unanime du Parlement français, d’une loi « qui interdit la négation de tout génocide, la liste de ceux-ci devant être elle-même définie par la loi ». Comment établir objectivement cette liste, pour quels pays et jusqu’à quand remonter dans le temps ? « Est-ce au Parlement de légiférer sur l’Histoire ? Ce n’est pas vraiment dans la tradition démocratique. Ce sont plutôt les régimes autoritaires qui veulent imposer une Histoire officielle, s’interroge de son côté Pascal Boniface de l’IRIS, le Parlement français est-il habilité à légiférer sur l’Histoire des autres pays ? Mais alors, pourquoi ne pas adopter une loi pénalisant la négation du génocide des amérindiens par l’empire espagnol ou des natifs américains par les États-Unis ? ».
Mélanger le travail parlementaire et le travail des historiens est toujours chose ardue, surtout dans une Europe qui a été à l’origine, lors du seul XX° siècle, de deux guerres mondiales particulièrement saignantes, et après 1945 seulement, de la décolonisation particulièrement difficile de plusieurs dizaines de pays illégalement occupés. Rappelons également que ce fut la Chambre issue du Front populaire de 1936 qui confia les pleins pouvoirs en 1940 au Maréchal Pétain et que les élus de la III°, IV° et V° République furent constamment d'ardents défenseurs de « l’Empire français ».
Il est indéniable que le pouvoir ottoman a bien réalisé un génocide (un concept postérieur aux faits, le néologisme fut inventé  en 1944) contre sa population arménienne. Il est peu compréhensible que la République turque et les différents gouvernements qui se sont succédé jusqu’à ce jour, ont toujours nié ces massacres. Mais la décision des parlementaires français fera-t-elle avancer ce débat historique dans la société turque ? On peut en douter d’autant qu’il n’a échappé à personne la dimension fortement électoraliste de l’initiative hexagonale, les députés les plus actifs dans ce débat ayant dans leur circonscription de nombreux électeurs parmi la communauté arménienne française (500 000 personnes environ en France).
Toujours est-il qu’au résultat de ce show parlementaire, s’est établi un grand froid entre Ankara et Paris. « En privilégiant leur intérêt électoral à court terme, les députés qui ont adopté ce texte ont méconnu l’intérêt national, commente Pascal Boniface, la Turquie est un pays émergent. Une puissance montante avec laquelle nous avons des intérêts, non seulement économiques mais aussi et surtout politiques et stratégiques. (Ces intérêts) sont durablement atteints par ce vote ». Embarrassé, Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères à tardivement jugé le vote, « inopportun ».
La réponse du gouvernement turc, en effet, ne s’est pas fait attendre. Menaces de sanctions économiques et diplomatiques, bien sûr, mais surtout, "le président français Sarkozy a commencé à rechercher des gains électoraux en utilisant la haine du musulman et du Turc, a déclaré Recep Tayyip Erdogan, Ce vote qui a eu lieu en France, une France où vivent environ cinq millions de musulmans, a clairement montré à quel point le racisme, la discrimination et l'islamophobie ont atteint des dimensions dangereuses en France et en Europe ». Le Premier ministre turc a accusé la France d'avoir commis « un génocide » en Algérie, « on estime que 15% de la population algérienne a été massacrée par les Français à partir de 1945. Il s'agit d'un génocide ». Réponse du berger à la bergère. Ce qui ne manquera pas d'accroître les tensions entre Alger et Paris, dans cette année de cinquantenaire de l'indépendance algérienne.


Changer de modèle

L’affaire turque a été pilotée de longue date par l’UMP et le Président Sarkozy. Depuis 2007, le président français s'est toujours vivement opposé à l'entrée de la Turquie dans l’Union européenne. Il est même intervenu de tout son poids pour que l'organisation de l'Euro de football 2016 ne soit pas confiée à la Turquie ! Sa conviction est que la Turquie, terre asiatique, ne peut faire partie de l’ensemble européen. On pourrait rappeler à Nicolas Sarkozy, la Guerre de Troie, Saint Paul et Constantinople mais il est vrai que le Président se méfie des historiens...
Une telle obstination est peu compréhensible de la part du chef de l’exécutif français qui veut mener une politique active au Proche-Orient et notamment aujourd’hui, en Syrie. Dans cette région et plus largement dans le monde arabo-musulman, comme dans la zone caucasienne, la Turquie, puissance émergente sur le plan économique, affiche des ambitions diplomatiques grandissantes.
Les commentateurs sont restés longtemps sur l’idée d’une Turquie fortement alignée sur les Etats-Unis, désireuse d’intégrer l’Europe et alliée d’Israël depuis le traité signé en 1996. Gérard Groc, chercheur au CNRS, rappelle la 1ère rupture avec cette image ancienne : l'opposition du parlement turc dès mars 2003, au passage des troupes américaines en quête d'un deuxième front par le nord contre Saddam Hussein. Depuis, Ankara a adopté une posture très critique avec l’allié israélien (condamnation de l’opération « Plomb durci » à Gaza, mission du navire Mavi Marmara et son issue tragique). Parallèlement, la Turquie a multiplié les initiatives diplomatiques inattendues : réconciliation avec la Syrie, médiation entre ce pays et Israël, bons offices entre l’Iran et les États-Unis, au Liban...
La surprise fut le soutien affiché par Ankara, avec le Brésil, au développement du nucléaire iranien en mai 2010, pour lequel, la Turquie osait un vote négatif au Conseil de Sécurité de l’Onu, le 9 juin 20110, en tant que membre temporaire.
« L'opinion publique arabe réagit, semble-t-il, à un parler fort, remarque Georges Groc, à une capacité d'initiative auparavant inusitée de la part de la Turquie et rare en cette période de mutisme des « grands », à propos du point « chaud » proche-oriental ».
La Turquie est consciente de son influence croissante. Lyrique, Reccep Erdogan saluait la victoire de son parti aux élections du 12 juin 2012 : « Croyez-moi, aujourd'hui Istanbul a remporté une victoire, mais c'est aussi une victoire pour Sarajevo, pour Izmir comme pour Beyrouth, une victoire pour Ankara comme pour Damas ; une victoire pour Diyarbakir comme pour Ramallah, Naplouse, Jénine, pour la Cisjordanie, pour Jérusalem et pour Gaza. Aujourd'hui, c'est la victoire de la Turquie et du Moyen-Orient, du Caucase et de l'Europe. Aujourd'hui, c'est la victoire de la démocratie, de la liberté, de la paix, de la justice et de la stabilité ... »
Il n’est pas sûr que cette emphase ne soit pas rapidement contredite par l’interaction d’évènements nouveaux, comme les rebonds négatifs ou positifs de la « révolution arabe » et le poids des rapports de force prégnants. Mais la Turquie comme le Brésil, n’hésite pas à sortir des schémas diplomatiques traditionnels. Une capacité qui manque terriblement aujourd’hui à l’Europe. Dans ses relations avec la zone méditerranéenne et moyen-orientale, la politique de l’Union européenne peut être principalement caractérisée par trois qualificatifs : division, attentisme, prise de risques inconsidérés. Au-delà de déclarations de principes, l’UE partage en réalité peu d’analyses communes sur le bon mode de relations avec ses grandes régions frontalières. En Irak comme en Afghanistan, malgré un discours officiel et atlantiste de soutien, beaucoup hésitèrent, à juste raison, à suivre la politique interventionniste américaine, d'autres le firent ; l’initiative française de l’Union pour la Méditerranée, qui fut une bonne idée, fut coulée rapidement, principalement par l’Allemagne et l’Angleterre. Il n’est pas sûr que Berlin et Paris partagent la même vision des relations à la Russie. Attentisme : aussi décontenancée que les États-Unis face au surgissement du Printemps arabe, l’Europe réagit beaucoup plus lentement que Washington, peinant encore à trouver des initiatives positives. Prise de risques : l’intervention en Libye, au parfum de canonnière, apparait au contraire comme une prise de risque sur l’avenir. La tentation d'une irruption très volontariste dans le complexe conflit syrien voit le jour...
Cette hésitation stratégique brouillonne et impuissante tient pour l’essentiel au caractère hybride de l’Union européenne. Innovation politique internationale majeure, L’UE reste difficile à se finaliser. Elle est bien davantage qu’une simple alliance économique bien que, même dans ce seul domaine, chaque pays veut rester en réalité souverain. Sur un plan plus politique, l’UE n’est pas une fédération de pays, à l’image des États-Unis ou de la Russie. Les peuples n'y sont pas prêts ou n'en veulent pas et le passage en force décrété par des "élites" serait une très mauvaise solution. En proposant l’idée d’une « confédération d’états souverains », Jacques Delors voyait certainement plus juste mais ne résolvait aucun problème. Il faudra donc mettre beaucoup plus d’imagination au pouvoir.

1er janvier 2012 : l’Euro a dix ans !

Le contexte économique général complique encore l’affaire. La combinaison d’une crise financière mondiale, d’une récession internationale et d’une crise européenne de la dette souveraine des états semble avoir saisi de surprise l’ensemble des exécutifs de l’UE. L'Euro fêtera le 1er janvier ses dix ans. Dans quel état ? Après une vingtaine de sommets et conférences internationales diverses depuis le début de la crise grecque, et l'annonce hebdomadaire d'un sauvetage définitif, les différents gouvernements européens qui se sont littéralement mis dans les mains de la finance internationale et des agences de notation, peinent à trouver une voie de sortie : ils doivent tout à la fois faire face à une montée des égoïsmes nationaux, aux pressions internationales loin d'être bienveillantes (l'heure est au "chacun pour soi", aussi bien du côté américain, chinois ou russe), à une austérité vécue comme seule solution mais porteuse de chômage massif et de vrais tensions sociales.
L’Europe, toutefois conserve trois atouts : c'est une forme qui reste originale d'alliance entre pays ; c'est la 1ère zone de richesse du monde ; sa classe politique peut redevenir intelligente. Car après tout, il n'y a pas de fatalité ni de difficulté insurmontable. Et chaque crise peut faire surgir des solutions originales... Oups !
Bonne année à tous !



Par pierremorville
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 7 décembre 2011 3 07 /12 /Déc /2011 18:51

 

(Chronique publiée dans le Quotidien d'Oran du 8 décembre 2011)
 
Le couple « Merckozy » sauve l’Europe chaque semaine et doit recommencer la semaine suivante !
 
Le scénario se répète à l’infini. Chaque semaine, voire dorénavant plusieurs fois par semaine, les (ir)responsables européens se réunissent en toute urgence, décident la mine grave, de mesures de plus en plus spectaculaires, annoncent l’air soulagé que la catastrophe est évitée de justesse grâce à une austérité qui empire à chaque fois. Patatras ! Le lendemain, voire dans les heures qui suivent, la réponse des « marchés » ne se fait pas attendre : nouvelles menaces des « agences de notation », dévissage des cours de bourse… Bref, la finance internationale ne croit aucunement aux solutions proposées et continue sa spéculation irresponsable.
Comme dans les feuilletons populaires, on prend chaque jour les mêmes acteurs, on trouve toujours une catastrophe supplémentaire (affaire de famille, problème de couples, conflits moraux, revers de fortune), ça finit bien, tout le monde pleure et on recommence le lendemain. La différence, c’est qu’ici, on n’est pas dans un soap opéra made in US, dans une novella brésilienne ou dans une sirupeuse et pleurnicheuse romance de la télévision égyptienne, on est dans la réalité dure. Et les téléspectateurs de cette tragi-comédie mondiale seront également les payeurs de l'incompétence des gouvernants et de la rapacité des « marchés ». Et ils paieront des larmes de sang.
 
Le couple « Merkozy » prend le pouvoir en Europe
 
Lundi, Sarkozy et Merckel se réunissaient à nouveau. On allait voir ce qu’on allait voir ! Le « couple Merckozy » ont pris une série de décisions pour les 27 pays européens qui se réuniront le 9 et 10 décembre. Et c’est Mme Angela Merckel qui porte la culotte : jeudi, si aucun accord n’est trouvé à 27, la France et l’Allemagne iront « à marche forcée » vers un traité avec les 17 pays qui ont adopté l’Euro. Finie l’unanimité qui permettait aux petits pays de se faire entendre : le texte pourra être approuvé par 85% des états. Ce nouveau traité rejette les Eurobonds qui marquaient la solidarité financière entre les membres de l’UE. En revanche, seront mis en place de sanctions automatiques pour les états qui ne respecteront pas la sacro-sainte obligation d’un déficit budgétaire qui ne devra pas être supérieure à 3% du PIB national. Mise en place également d’une Règle d’or, qui inscrira l’austérité et la rigueur dans les constitutions nationales ! Merckozy a réaffirmé son soutien ému à la Banque Centrale européenne, naturellement « indépendante » et concrètement impuissante, le tout sous l’Autorité de la Cour de justice de l’UE dont on se demande ce qu’elle vient faire là. Pour garantir la rigueur et l’austérité, les 27 pays sont convoqués tous les mois par le couple infernal.
Comme beaucoup, vous ne comprenez pas grand-chose au détail et surtout à l’efficacité de ces énièmes « mesures stratégiques décisives » ? Qu’importe. « Les yeux du monde entier sont tournés vers l'Europe », a déclaré à Berlin le secrétaire américain au Trésor Timothy Geithner, se disant toutefois « très encouragé par les événements des deux dernières semaines en Europe ». Il s'exprimait aux côtés du ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble, qui s'est dit « très confiant dans le fait que les décisions prises le 9 décembre » contribueront à « un retour de la confiance » des investisseurs. Les agences de notation n’ont toujours pas confiance. L’une d’entre elles, Standard and Poor’s a menacé de réviser à la baisse la note de la dette de 15 des 17 pays que compte la zone euro, dont l'Allemagne et la France, qui bénéficient actuellement de la meilleure possible, le fameux « Triple A ». Les marchés boursiers européens ont évidemment accusé le coup.
Curieusement, les trois agences de notation, véritables vautours du marché, ont repéré en bons charognards, le vice principal des mesures prises par l’Union européenne : elles sont là pour conseiller les ,préteurs internationaux et garantir leur meilleur profit. Les États européens sont endettés ? Il faut évidemment couper dans les budgets des États et notamment les dépenses sociales et de fonctionnement. Là, les agences de notation sont contentes, elles hoquettent même de bonheur. Mais l’inquiétude les saisit aussitôt. Si les pauvres ne consomment plus et que la récession s’installe, alors les recettes fiscales vont faire défaut et l’Europe ne pourra plus rembourser sa dette ! Horreur ! Malheur !
« En pliant dans l’urgence et sans réflexion aux demandes présupposées des « marchés », les États les renforcent, après avoir fait la démonstration en 2008 qu’ils viendraient à leur secours en dernier recours quelles que soient leur irrationalité et leur volatilité. Cela sans pour autant assurer la viabilité de leurs comptes publics », note Bastien Piget de l’IRIS qui s’en prend à juste raison à l’extrême volatilité et irresponsabilité des marchés financiers, l’incapacité des États à les contrôler et à les fiscaliser, et les limites des marges de manœuvres des États pour lutter contre les conséquences économiques et sociales de ces marchés. Quitte à sacrifier tout espoir de reprise de la croissance, les gouvernements européens renvoient la note à leurs seuls citoyens, jugés trop bien protégés dans l’actuelle phase de mondialisation.
 
Les riches toujours plus riches !
 
Comment expliquer une telle imbécillité dogmatique, une telle théorisation de l’impuissance avouée face au « rempart de l’Argent » ? Après tout, tout le monde ne peut pas être bête en même temps. Quatre facteurs peuvent expliquer en partie l’aveuglement actuel des gouvernants. Tout d’abord nos élites financières, économiques et politiques ont été formées dans les mêmes grandes écoles au lait des théories les plus outrancières du néolibéralisme économique. Les parcours professionnels font alterner des postes dans le privé, dans la haute fonction publique et dans les cabinets ministériels : un quart des patrons des plus grandes entreprises françaises ont appris leur métier de dirigeant d’entreprise au gouvernement ! La croyance naïve dans l’autorégulation nécessaire et spontanée des marchés, la foi militante que seul l’argent crée de l’argent, la conviction que les salariés sont comptablement des charges pour leurs entreprises et plus généralement, pour la société, sont de faux prédicats largement partagés par nos élites autoproclamées.
Sur le plan anthropologique, on pourrait rajouter un zeste de mauvais christianisme pour qui tout péché mérite sanction et tant qu’à punir, il vaut mieux cogner sur ceux qui y sont déjà depuis longtemps habitués. Mais dans le cas, les pauvres n’y suffiront plus et les classes moyennes plongeront également.
Dans un registre plus prosaïque, nos élites ont bénéficié largement des fruits du pillage général, avec de très grands enrichissements personnels : c’est le partage des prébendes. Les quelques lignes qui précèdent ont un furieux accent de dénonciation très « rétro », riches contre pauvres ?. Laissons parler le rapport présenté lundi par l’OCDE, l’Observatoire du développement et de la coopération économique, peu connu pour un gauchisme excessif. L'OCDE souligne l'augmentation des inégalités de revenus dans la plupart des pays industriels, augmentation liée d'abord aux écarts de salaires. La situation s’est, aggravée en Allemagne, en Italie, au Royaume-Uni, au Japon. Certes, la hausse n'est pas toujours comparable à celle enregistrée aux États-Unis : 1 % des ménages les plus aisés percevait 8 % du revenu global en 1980 ; il s'en arroge aujourd'hui près de 18 %. En 1980, le revenu des 10 % les plus riches représentait aux États-Unis 10 fois celui des 10 % les plus pauvres, 15 fois aujourd’hui.
Il faut partout freiner cet écart grandissant : « ce n'est même pas une question morale. C'est une question économique. » Le secrétaire général de l'OCDE, Angel Gurria, qui présentait lundi le deuxième rapport consacré aux inégalités, a insisté sur l'impact négatif de celles-ci sur la croissance, à travers le monde. Les inégalités provoquent le désespoir de nombreux jeunes, freinent la mobilité sociale, et par là même les performances économiques des pays où elles sont les plus élevées ; elles alimentent un sentiment antisystème, et contribuent à faire prospérer les idées protectionnistes.
 
Le retour des méfiances nationales
 
Enfin, auto-persuadés sur le plan de la politique économique, nos élites regardent avec de plus en plus de circonspections les mécanismes démocratiques. « Le peuple n’y comprend rien : faisons son bonheur sans lui demander son avis ».
« Sur le plan politique, les appels en faveur d’un fédéralisme européen, d’un nouveau traité, d’un rôle renforcé pour la BCE, d’une capacité de contrôle accru de la Commission européenne sur le budget et les politiques des États membres sont aussi présentés comme autant de portes vers la sortie de crise ou de moyens d’en éviter une reproduction », remarque Bastien Piget , qui note toutefois que ces modifications constitutionnelles doivent faire l’objet de référendum ou de votes parlementaires. Hélas, dans le climat actuel ces votes parlementaires et a fortiori des référendums auraient des issues bien incertaines. Les présidents de l'UE et de la Commission européenne, l’un, Herman Van Rompuy, totalement inconnu, et l’autre, José Manuel Barroso, qui ne doit sa longue durée dans le poste à son incompétence gesticulatrice, ont présenté mardi deux options pour modifier le traité de l'UE afin de renforcer la discipline budgétaire de la zone euro, dont une, rapide, qui ne nécessiterait pas de ratification dans les différents pays. Tout le pouvoir aux experts !
« D’un point de vue démocratique, il y a une contradiction fondamentale à vouloir simultanément produire un saut qualitatif dans l’intégration européenne tout en refusant aux citoyens le droit de s’exprimer sur les décisions prises à l’échelle européenne. Il y a aussi un paradoxe à voir des acteurs européens comme le président de la Commission européenne José Manuel Barroso, dont la légitimité, la crédibilité et l’action depuis le début de la crise sont contestés jusqu’au cœur même des institutions européennes, s’emparer ces derniers jours de la crise comme d’une occasion de renforcer leurs prérogatives face aux autres institutions européennes ou aux États membres », conclut le chercheur de l’IRIS.
La situation actuelle, loin de nourrir la volonté d’une nouvelle étape, encore plus fédérale de l’Union européenne, institution depuis longtemps vécue comme très loin des citoyens européens, alimente plutôt des exigences démocratiques à la base, mélangées avec la conviction largement partagée parmi les populations, que les politiciens locaux sont plus aisément contrôlables que les eurocrates de Bruxelles : depuis le début de la crise grecque, neuf gouvernements ont connu des alternances et Nicolas Sarkozy comme Angela Merckel affrontent une élection décisive, l’an prochain.
Mais la méfiance va plus loin et les Européens commencent à se méfier les uns des autres. Les Européens du Nord sont convaincus que ceux du Sud sont des feignants. Au cours du sommet qui démarre demain, il est fort possible que les 25 pays européens s'exaspèrent en public des diktats du couple franco-allemand. En France même, on s’irrite de plus en plus de « l’arrogance allemande » et le rappel aux trois dernières guerres (1970, 1914, 1940) perce même dans quelques propos publics. Staard & Poor’s a placé lundi soir "sous surveillance négative" les notes de quinze pays de la zone euro, dont l'Allemagne, l'Autriche, la Finlande, la France, le Luxembourg et les Pays-Bas, qui bénéficient actuellement du triple A. Les  pays européens menacés par S&P, ne comprennent pas que l’Angleterre qui a, sur beaucoup de points les plus mauvais résultats, conserve son Triple A. Et les USA n’ont jamais vraiment apprécié l’Euro. Du coup, la théorie d’un vaste complot anglo-saxon contre la monnaie européenne refleurit. Il est vrai cette hypothèse n’est pas totalement surréaliste.
Par pierremorville
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Mercredi 30 novembre 2011 3 30 /11 /Nov /2011 18:21

 

(Chronique parue dans le Quotidien d'Oran du 1er décembre 2011) 
 
Bluff pour obtenir un durcissement des sanctions économiques ou prélude à une véritable opération militaire, Israël joue toujours sur les deux tableaux
 
Israël va-t-il bombarder l’Iran ? Les experts échafaudent des hypothèses multiples et contradictoires sur la possibilité, l’opportunité, la faisabilité et les modalités d’une telle éventuelle décision. Depuis la rentrée, les menaces se confirment. « L’avertissement du président israélien Shimon Perez selon laquelle une attaque contre l’Iran était de plus en plus vraisemblable ne pouvait ne pouvait qu’accélérer la crainte qu’une nouvelle guerre régionale soit proche » note Alain Dieckhoff du Ceri, bien que le 1er ministre Netanyahou et Barak, son ministre de la défense aient pris soin de préciser qu’aucune décision n’était encore prise. Selon Camille Grand, de la Fondation pour la recherche stratégique, « pour Israel, l’usage de la force reste pour l’heure la dernière option », qui devra répondre à plusieurs critères : « un effet concret sur le programme qui devra être significativement ce qui suppose des renseignements précis et une opération très exigeante (même si Israël ne se lancera pas dans une campagne aérienne de longue durée) ; un feu vert (ou orange) des Etats-Unis ; la certitude que la voie diplomatique est épuisée et surtout la conviction que l'Iran est sur le point de franchir un seuil critique. Ces conditions ne sont pas encore réunies et, selon cet expert, Israël souhaite, comme ses partenaires occidentaux, échapper à l'alternative entre "le bombardement de l'Iran et la bombe iranienne" selon la formule de Nicolas Sarkozy ».
Pour certains, le dernier rapport de l’AIEA établit de façon incontestable que l’Iran poursuit et accélère son programme du nucléaire militaire : le rapport pas encore adopté de l’agence établit, « pour la première fois de façon aussi nette, que l'Iran travaille sans relâche au développement de l'arme atomique », note Alain Dieckhoff.
 
Menaces après le 31 décembre ?
 
Propos contestés par Ahmad Salamatian, ancien secrétaire d’état iranien, en exil en France, pour qui il n’y a dans ce rapport « ni preuves, ni faits nouveaux ». Après 4000 inspections, « ce que l’on sait, c’est qu’il y a 4950 kilogrammes d’uranium enrichis à 3,5% et 75kg d’uranium enrichis à 20%. Avant que cet uranium soit suffisamment enrichi pour servir à un armement nucléaire, pour que celui-ci soit opérationnel, il y a des années encore. Présenter ce programme comme une menace immédiate, qu’il faut résoudre coûte que coûte, même au prix de plonger cette partie du monde dans une aventure imprévisible, est une folie ». L’ancien député d’Ispahan remarque que « la réflexion la plus sensée qui a été faite ces derniers jours est celle d’Alain Juppé qui a osé dire qu’une action militaire contre l’Iran serait « pire que le mal » et « nous entraînerait dans une spirale non maîtrisable ».
L’ex-responsable remarque toutefois que la « fenêtre de tir » pourrait être techniquement proche : « une date va être importante : celle du 31 décembre 2011 ». Il s’explique : « l’aviation israélienne peut déjà voler quand elle le désire au-dessus de la Syrie. Pour atteindre l’Iran, le problème est donc de passer au-dessus de l’Arabie saoudite, de la Turquie ou de l’Irak. L’espace aérien irakien est contrôlé par les Américains. Or, le 31 décembre, ce ne sera plus le cas alors que l’Irak n’a aucun moyen radar ou anti-aérien. Donc le champ sera libre ». L’Irak, comme le Liban ou L’Égypte sont défavorables à une telle opération. L’Arabie saoudite et les pays du Golfe, toujours inquiets de l’activisme iranien, savent bien qu’une attaque d’un pays musulman dans le contexte actuel, auraient des conséquences difficilement calculables dans le monde arabe. L’Union européenne et surtout les États-Unis partagent les mêmes préoccupations, se proposant de renforcer fortement les sanctions économiques. « Le bombardement ou la bombe » ? L’Iran, qui a fait du refus des pressions de l’IAEA, une quasi-clause d’indépendance nationale, ne renoncerait pas à ses objectifs après une attaque israélienne. Signe de la nervosité iranienne, l’ambassade de Grande-Bretagne a été mardi mise à sac à Téhéran ? Dans le climat actuel, une attaque israélienne serait donc plutôt, pourMahmoud Ahmadinejad , « le bombardement donc la bombe ».
Parmi les experts militaires israéliens eux-mêmes beaucoup mettent en doute l’efficacité réelle d’une telle opération, difficile à réaliser puisque les installations nucléaires iraniennes sont très dispersées et ils craignent les conséquences d’une attaque qui n’aurait aucun aval international et aux effets géopolitiques peu maîtrisables : « l’Iran est un pays immense qui a des frontières avec sept pays différents. Il a un pied sur la mer Caspienne (conflit du Caucase et d’Asie centrale), un pied dans le Golfe persique, une frontière avec le Pakistan et avec l’Afghanistan… Une guerre toucherait l’ensemble de la planète, en particulier à cause de la problématique pétrolière », pointe Ahmah Salamatian. « Il est difficile d'expliquer pourquoi un pays, Israël, qui dispose d'un arsenal nucléaire militaire (de 100 à 300 ogives nucléaires) s'arrogerait le droit d'attaquer un autre pays, l'Iran, signataire du Traité de non-prolifération (TNP), parce qu'il le soupçonne d'avoir l'intention de militariser son programme. L'argument qu'Israël n'a pas signé le TNP est peu recevable » remarquer de son côté, Gilles Coville de l’IRIS.
 
Obama circonspect mais bien timide
 
Reste que la décision se trouve à toujours à Tel-Aviv. La population israélienne, toujours convaincu de vivre dans un réduit entouré de pays hostiles.  Les menaces récurrentes proférées par le président Mahmoud Ahmadinejad à l'encontre d'Israël, donnent à cette menace une réalité très concrète. La société israélienne, loin de se réjouir du mouvement démocratique arabe, n’y voit que menaces supplémentaires, notamment avec la montée électorale avec les succès des formations islamistes en Tunisie, au Maroc et en Égypte. Netanyaou et les formations politiques qui le soutiennent considèrent eux que le réveil démocratique populaire arabe et le trouble créent comme la meilleure des raisons pour poursuivre une politique d’intransigeance aveugle sur la question palestinienne. Pis, certains stratèges à Tel-Aviv considèrent que le désordre actuel est une occasion historique pour qu’Israël frappe un grand coup dans la région moyen-orientale et marque ses frontières notamment avec la Syrie et le Liban, dans l’éventualité d’une chute de Bachar El Assad .
Ils sont hélas, servis par les incohérences et les atermoiements de la politique américaine. Si Washington, tout au moins dans son discours officiel, met en garde Israël contre toute intervention intempestive, les États-Unis ont livré à l’armée israélienne, 55, sombres GBU-28, capables de détruire souterrains, crédibilisant ainsi l’option militaire de l’état hébreu.

Les États-Unis n’auraient cependant aucun intérêt à de quelconques dérapages. Déjà embourbé en Irak, organisant très difficilement son futur retrait d’Afghanistan, Washington est confronté à une montée d’extrême tension avec le Pakistan. A quelques jours de l'ouverture de la Conférence de Bonn sur l'Afghanistan, le Pakistan a annoncé mardi qu'il n'y participera pas. La chancelière allemande Angela Merkel se dit très affligée par cette décision qui fait suite à la mort de 24 soldats pakistanais tués par un tir de l'Otan, le samedi 26 novembre 2011. Islamabad ne cesse de condamner la présence d’opérations militaires US sur son propre sol et la frappe « accidentelle » fait également suite au « Watergate » qui a éclaté il y a une dizaine de jours au Pakistan, indiquant des lézardes sérieuses dans le pouvoir pakistanais. Une lettre signée du président Asif Ali Zardari, demandait l'aide des Américains pour déjouer un coup d'État de l'armée pakistanaise !

 
Pendant la crise, le vandalisme continue
 
Karl Marx disait que la vocation ultime du capitalisme était de pourvoir marchandiser tout ce qui pouvait être encore gratuit comme l’air naturel ou la lumière du soleil. Mardi dernier, les députés français ont voté un dispositif législatif qui permet à l’industrie agroalimentaire de breveter le  « vivant » pour pouvoir en tirer un peu de pognon et surtout s’aliéner encore un peu plus les paysans français. Au centre de l’affaire, les semences. Le marché est largement dominé par quelques grandes firmes internationales, Bayer, Monsanto, Pioneer, Vilmorin ou Syngenta, avec un chiffre d’affaires annuel de 2,3 milliards d’euros, dont la moitié est réalisée par le leader français du secteur, Limagrain. Ces opérateurs économiques considèrent le vivant en général - ici les semences et les plants, sources de toute activité agricole - comme une banale marchandise qui malgré son caractère « naturel » a vocation à leur appartenir en propre. Mieux, le contrôle et la commercialisation des semences servent à maximiser les rendements et les profits tout en rendant « captifs » les clients : les agriculteurs. Jusqu’à présent en effet, les paysans français pouvaient acheter des semences à ses industriels tout en gardant la liberté de réensemencer leurs champs grâce aux graines produites. Mais à l’heure où le capitalisme international nous donne quotidiennement des signes avancés de sa grande folie, il n’était pas concevable qu’une telle liberté subsistât. Grâce à un intense lobbying, le texte voté instaure un « certificat d’obtention végétal », véritable dîme sur les semences. Les députés ont surtout accordé en catimini, la propriété industrielle d’une semence à une entreprise ! Dorénavant, la loi prévoit de considérer la reproduction de semences à la ferme, sans payer cette dîme moderne à leurs « propriétaires », comme une contrefaçon. La récolte pourra alors être saisie ! On propose que le gueux soit pendu.
« Les droits des agriculteurs de conserver, ressemer, échanger et vendre leurs semences sont reconnus par le Traité international sur les semences approuvées en 2005 par le Parlement français », proteste Anne-Charlotte Moÿ, du Réseau Semences paysannes. « Il a fallu 3,5 milliards d’années d’interactions du vivant pour engendrer la diversité génétique, rappelle l’écologiste Marie-Christine Blandin, les sociétés paysannes ont identifié, sélectionné, transporté, échangé durant quelques dizaines de milliers d’années. Ce bien commun naturel et culturel ne saurait être confisqué : il est patrimoine de l’humanité. Nul ne saurait se l’accaparer ! ». Mais si ! Le capitalisme est fou, sa voracité n’a pas de limites, si ce n’est celle des pires films de science-fiction.
 
Décès d’un très grand patron
 
Après avoir dit tant de mal de l’économie néolibérale, disons un peu de bien d’un « grand patron ». Guy Dejouany, décédé lundi à l'âge de 90 ans, fut pendant ses vingt ans à la tête de la Compagnie générale des eaux l'une des figures du capitalisme français et le bâtisseur, discret et secret, d'un empire tentaculaire allant de l'eau aux télécommunications. La « Compagnie » régnait en effet sur tous les services à la ville, de la distribution des eaux à l’éclairage public, des travaux publics à la voirie, du téléphone mobile à la télévision câblée, de Canal + à l’immobilier.
Surnommé le Sphinx, le Duc d’Anjou ou le Baron, Guy laissait une très forte impression à ceux qui avaient la chance de pouvoir l’approcher, par sa connaissance encyclopédique du monde industriel (et de la politique), la grande pertinence de ses choix stratégiques. Il ne fit qu’un mauvais choix, celui de son successeur, l’ex directeur de cabinet d’Edouard Balladur, « J6M », « Jean-Marie-Messier-moi-même-maître-du-monde », qui ruina l’empire en quelques années. Le groupe ne survivra pas au départ de Guy Dejouany et aux projets d'expansion dispendieux de JM. Messier. Son éclatement donnera cependant naissance à trois fleurons du capitalisme français d'aujourd'hui: Vinci (BTP), Veolia Environnement (services aux collectivités) et Vivendi (médias). Respect !
Par pierremorville
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 30 novembre 2011 3 30 /11 /Nov /2011 18:16

 

(Chronique parue dans le Quotidien d'Oran du 23 novembre 2011)
 
Les difficultés s’accumulent mais la lame de fond n’a pas épuisé ses effets
 
Une élection présidentielle se tiendra « avant la fin juin 2012 » en Egypte, a annoncé mardi 22 novembre le chef du conseil militaire au pouvoir, le maréchal Hussein Tantaoui. Les élections législatives se tiendront quant à elles conformément au calendrier prévu, à partir de lundi prochain, a-t-il ajouté. Il a par ailleurs assuré que l'armée était prête à organiser un référendum sur le transfert de pouvoir à une autorité civile.
Cette échéance présidentielle, faute de calendrier précis, pourrait n’intervenir en réalité en 2013. L'armée s'est engagée à remettre le pouvoir aux civils une fois élu un nouveau président.
L'armée est aussi prête à organiser « en cas de nécessité » un référendum sur le transfert de pouvoir « si le peuple le souhaite », a poursuivi le chef du Conseil suprême des forces armées (CSFA), « l'armée ne veut pas le pouvoir et met les intérêts du peuple au-delà de toute considération. Elle est tout à fait prête à remettre les responsabilités immédiatement, si le peuple le souhaite, à travers un référendum populaire ».
« Dégage! », continuent à scander à l'adresse du maréchal, les milliers de manifestants méfiants rassemblés à Tahrir, reprenant le slogan lancé à l'époque de la révolte contre l'ex-président.
Lundi, le CSFA avait reconnu pour la première fois depuis le début des violences que le pays était  « en crise ». Des affrontements ont également éclaté dans les villes d'Alexandrie et Port-Saïd (nord), Suez, Qena (centre), Assiout et Aswane (sud) ainsi que dans la province de Daqahliya, dans le delta du Nil.
Le sentiment de « surplace » prévaut un peu partout : la pression révolutionnaire impulsée à la surprise de tous à la fin de l’hiver et au printemps, tout d’abord en Tunisie puis dans le pays arabe le plus important, l’Egypte, pour gagner enfin de nombreux autres pays, semble marquer le pas, douchant les enthousiasmes et réveillant doutes et craintes dans le monde arabe.
 
Syrie : promesses de « réformes » entre deux bains de sang
 
Faut-il d’ailleurs parler de révolution arabe ? A juste raison, Didier Billion de l’institut de géopolitique IRIS fait remarquer qu’il n’y a eu de révolution stricto sensu qu’en Tunisie avec le départ, sous la pression de la rue, de Ben Ali. Le processus est aujourd’hui conforté par l’élection au suffrage universel d’une assemblée constituante qui aura pour tâche de donner de nouveaux fondements constitutionnels à la république tunisienne.
Dans le cas de l’Egypte, le terme de révolution est beaucoup plus ambigu : le mouvement populaire a bien chassé Hosni Moubarak mais l’armée qui l’a autorisé, est bien restée au centre de toute la machinerie économico-politique. Le bras-de-fer actuel au Caire, autour de la très symbolique place Tahrir, et à la veille des élections parlementaires, montre bien que les forces armées entendent garder durablement le contrôle du processus politique, ce qui est vivement contestée par une partie de l’opinion.
Le président du Yémen, Ali Abdallah Saleh, est arrivé hier en Arabie saoudite pour signer un accord sur le transfert de ses pouvoirs. En vertu d''un plan mis au point par les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG, organisation qui regroupe six pays de la région dont l'Arabie saoudite), le président Saleh doit transférer ses pouvoirs au vice-président, Abd-Rabbou Mansour Hadi, avant la tenue d'élections anticipées. Mais Saleh a reculé trois fois au dernier moment lorsqu'il devait signer des projets d'accord sur son retrait, qui visent à mettre un terme à des mois de contestation violente contre son régime
La résistance de la « société ancienne » face aux exigences de la « société nouvelle » est encore plus crûment constatée en Syrie avec l’insupportable répression de la contestation populaire par Bachar El-Assad qui alterne avec un parfait cynisme le rameau d’olivier, en promesse d’apaisement et le gourdin ensanglanté en réponse réelle. Rappelons-nous : le 16 mars derniers, les forces de sécurité dispersaient un  premier rassemblement silencieux place Marjeh, à Damas, où 150 manifestants brandissaient des photos de proches ou d'amis emprisonnés. Le 24 mars, Bachar al Assad ordonne la création d'une commission chargée de réfléchir aux moyens d'accroître le niveau de vie de la population syrienne et de supprimer les lois d'urgence en vigueur depuis 48 ans. Le 30 mars, Assad sort de son silence dans un discours au parlement retransmis par la télévision syrienne. Il promet de nouvelles réformes et jure l’apaisement. Le 22 avril, la répression s’emballe et fait une centaine de morts dans le pays. Les forces armées prennent le contrôle le 12 juin de la ville de Djisr al Choghour, des milliers d'habitants fuient en Turquie (où sera constitué le 15 septembre par l’opposition le Conseil national syrien –CNS). Dans son troisième discours depuis le début de la contestation, Assad promet à nouveau le 20 juin de poursuivre un dialogue national sur les réformes tout en aggravant la répression. Son intransigeance tient à la fois à une tradition familiale d’exercice brutal du pouvoir, aux pressions de son clan qui contrôle l’appareil d’état et les rouages financiers et aux très faibles possibilités réelles d’une « réconciliation nationale ». Enfin, très isolé, Assad peut encore compter sur le soutien de son allié iranien.
Le 2 novembre, la Syrie a accepté un plan préparé par la Ligue arabe qui prévoit le retrait des soldats des villes, la libération de prisonniers politiques et l'ouverture de discussions avec l'opposition. Le lendemain, l'opposition fait état de onze morts sous les balles des forces de sécurité à Homs. Aujourd’hui, Damas, suspendu de sa participation à la Ligue arabe, ne respecte pas, contrairement à sa promesse, le plan de sortie de crise présenté par la Ligue, qui prévoyait la fin des violences, le retrait des troupes des villes, la libération de milliers de détenus et l'envoi d'une mission d'observateurs arabes.  La répression de la contestation se poursuivra malgré les pressions internationales, affirme le président Bachar al Assad dans un entretien au Sunday Times, « la Syrie ne cédera pas ».
Le 8 novembre, le bilan de la répression dépassait les 3.500 morts selon le Haut-Commissariat aux droits de l'homme de l'Onu. La même commission a adopté mardi une résolution condamnant la répression sanglante des manifestations en Syrie, les pays européens espérant que le Conseil de sécurité lui emboîtera le pas.
 
Enigmatique « communauté internationale »
 
Il est peu probable que ce soit le cas. Barak Obama multiplie les appels à la démission de Bachar al Assad, il est peu probable que la Chine et la Russie lui emboîtent le pas. Moscou et Pékin ont été refroidis par l’affaire libyenne. Selon eux, la résolution 1973 (sur laquelle ils se sont abstenus) de l’Onu qui permettait une intervention militaire aérienne occidentale, a été interprétée de façon unilatérale et très excessive par les Etats-Unis, l’Angleterre et la France : cette résolution ne prévoyait à l’évidence ni le renversement de l’état libyen par la force ni a fortiori le lynchage physique de son dirigeant.
Les prises de positions de l’ONU, du l’Union européenne, de l’Otan, de la Ligue arabe reflètent néanmoins l’opinion de la communauté internationale. « Communauté internationale ? » Didier Billion reste quelque peu « dubitatif » sur ce concept et préfère voir l’expression de coalitions ponctuelles d’intérêts nationaux. La dimension pétrolière était évidemment au 1er rang des préoccupations de la coalition « humanitaire » américano-anglo-française.
Certes, les massacres répétés de populations civiles, le bâillonnement de toute voix contestataire, l’écrasement de toute demande démocratique émeuvent sincèrement les opinions publiques et vont même jusqu’à interpeller les froids appareils d’état. On sait bien par ailleurs que les mouvements socio-politiques qui se déroulent dans le monde arabe, s’ils ne constituent pas tous les prémisses de « révolution » nationale, sont bien l’expression d’une lame de fond démocratique qui verra ses effets se produire sur des années voire des décennies, avec ses inévitables avancées et reculs, ses conquêtes et ses défaites. Après tout, la révolution française de 1789 s’est achevée en réalité en 1848 avec le rétablissement (de surcroît, ponctuel) de la République.
« Comment, dans se contexte mouvant mais prometteur sur le long terme, s’interroge Thierry de Montbrial de l’IFRI, ne pas relever que le « printemps arabe », loin d'être vraiment perçu comme une chance dans les pays porteurs des valeurs de la démocratie et des droits de l'Homme, suscite autant d'inquiétudes que d'espoirs, comme si l'on redoutait surtout de perdre le contrôle face aux conséquences ultimes de cette nouvelle déstabilisation, à l'instar des Israéliens ou des Chrétiens d'Orient ? Comment ne pas déplorer aussi, au passage, le leadership décevant du président Obama en matière internationale - auquel le Prix Nobel de la paix avait été décerné l'an dernier en quelque sorte à crédit - ? ».
Loin du discours éclairé prononcé par Obama au Caire, les Etats-Unis tâtonnent au Moyen-Orient. Les USA traversent en effet une période de doute existentiel sur le destin particulier et exemplaire que s’accordait cette grande nation. Sur le plan économique, le modèle américain, largement basé sur l’endettement et la toute-puissance du dollar ne fonctionne plus. Démocrates et républicains s’écharpent à l’infini mais les outrances des uns et des autres révèlent surtout « l'incapacité prolongée de s'accorder sur une stratégie de réduction de la dette qui justifie la dégradation de la note souveraine de la première puissance économique mondiale ». Géant surarmé, les Etats-Unis multiplient les revers et les embourbements militaires. 
L’Europe, 1ère zone de richesse mondiale, multiplie les sommets où les Européens confessent leur impuissance et leurs divisions.
« La Chine a ses difficultés intérieures et l'on tremble à l'idée qu'elle pourrait se trouver confrontée à une crise économique et sociale sérieuse. Les conséquences régionales et mondiales en seraient dramatiques. Pékin donne la priorité à ses propres affaires. Les Chinois entendent participer - au rang qui leur revient - à la gouvernance monétaire internationale, par exemple, mais leur expérience historique ne les prédispose pas au leadership mondial et ils n'ont actuellement aucune prétention dans ce domaine. Ce qui est vrai pour la Chine l'est a fortiori pour d'autres Etats comme la Russie, l'Inde ou le Brésil », conclut Montbrial.
 
Califat et République
 
A la fin des années 80, Francis Fukuyama, voyait dans la victoire idéologique de l’Occident face à l’Union soviétique, la promesse d’une « fin de l’histoire » et l’entrée dans une ère consensuelle et apaisée, où régneraient la démocratie parlementaire et le marché. On en est loin ! Mais il avait raison sur un point, les difficultés nouvelles imposent à l’humanité des concepts nouveaux. La difficulté est que ces moteurs de transformation innovants naissent nécessairement dans des alambics anciens et que les discours de réformes modernes apparaissent par nécessité dans des formations politiques ou idéologiques traditionnelles. L’ancien et le nouveau, le vieux et le neuf sont inévitablement liés.
La « révolution arabe » a ainsi permis à la formation islamique Ennahdha de prendre démocratiquement le pouvoir en Tunisie. Lundi, les Frères musulmans gagneront peut-être les élections en Egypte. Ces formations devront avant toute chose restaurer des économies en difficulté dans un contexte de crise internationale difficile.
Le nouveau Premier ministre tunisien Hamadi Jebali s’est distingué il y a quelques jours en appelant de ses vœux un sixième califat, tout en rappelant que son mouvement se réclamait d’un « régime républicain et démocratique ». Compliqué. Rappelons-lui que le 5ème califat, ottoman, s’est achevé en 1924, avec l’avènement de la république laïque turque.

 

Par pierremorville
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 30 novembre 2011 3 30 /11 /Nov /2011 18:13
 (Chronique parue dans le Quotidien d'Oran du 9 novembre2011)
 
Sur fond de crise gravissime, le choc de deux personnalités, l’une étant aux affaires, l’autre, non
 
Sarkozy et Hollande sont, sous toutes probabilités, les finalistes de la présidentielle française en 2012. « Sous toutes probabilités »… sauf irruption massive et impromptue des électeurs de Marine le Pen dans le grand jeu institutionnel. Les sondages officiels créditent jusqu’à présent la candidate du Front national dans une fourchette de 15 à 18%, mais des chiffres officieux la hissent à 22/23%. L’incertitude est réelle et se nourrit surtout des craintes et des exaspérations liées à la gestion calamiteuse de la crise économique actuelle. Le bon peuple est fatigué de l’agitation stérile des gouvernants. Il constate que 21 sommets ( ! ) consacrés depuis quelques mois à la dette grecque, n’ont débouché sur aucune issue concrète de la crise chez les Hellènes. Les électeurs des 27 pays de l’Union européenne regardent hébétés, le spectacle des chamailleries des gouvernants et des bureaucrates de la BCE, qui ne sont d’accord que sur une seule chose : une cure d’austérité massive, uniquement supportée par les couches populaires et les classes moyennes. Ces dernières ont pourtant l’impression de n’être pour rien dans les dérives catastrophiques de la finance globalisée dont il faut réparer les excès de sa cupidité maladive à coup de milliards d’euros.
 
« L’indépendance » de la BCE
 
Populiste, cette description ? Ce n’est rien à côté de ce que l’on entend régulièrement dans les bureaux, les transports en commun et les bistros parisiens. Le citoyen est inquiet et en colère. Pis, il est persuadé et il n’a pas nécessairement tort, que le pire est à venir. De quoi nourrir des réactions extrêmes qui peuvent être positives quand elles débouchent sur des contestations d’un système à bout de souffle, comme la vague des « Indignés » qui manifestent dans toute l’Europe. Elles peuvent aussi nourrir des replis égoïstes ou xénophobes, avec comme seule et unique bannière « chacun pour soi ! ». Dans un récent sondage, 63% des Français sont défavorables à une aide financière à apporter à la Grèce, 89% pense que l’argent prêté ne reviendrait jamais. Un Autrichien sur deux et un Allemand sur trois souhaitent que la drachme grecque quitte l’euro !
Or, les Européens ne sont à l’évidence, pas au bout de leurs déconvenues. Il n’est rien sorti du laborieux sommet du G20 à Cannes et la très timide baisse des taux d’intérêts du crédit directeur dans la zone Euro, décidée par Mario Draghi, le nouveau patron de la Banque centrale européenne ( 1, 25% contre 1,5%) ne servira pas de rempart à la contagion de la crise des dettes souveraines en Europe. L’Espagne et l’Italie sont déjà en pleine ligne de mire, ces pays étant contraint d’emprunter sur les marchés internationaux à des taux d’intérêt aux alentours de 6%, alors que la France trouve des crédits à 3% et l’Allemagne à 1,5%.  Selon le journal allemand Die Welt, la France, l'Italie, la Commission européenne et les Etats-Unis, à Cannes souhaitaient que la BCE aille encore plus loin en s'inspirant de la Réserve fédérale américaine.
Agir comme la Fed reviendrait à acheter de la dette des Etats sur le marché primaire, c'est-à-dire dès son émission. Une éventualité que l'Allemagne a immédiatement refusée parce que cela reviendrait à créer de la monnaie, et donc à encourager l'inflation. Celle-ci est pourtant à un niveau historiquement bas en Europe.
La BCE achète bien depuis le printemps 2010 de la dette publique sur le marché secondaire, où circulent les titres déjà émis, pour tenter de freiner l'envolée des taux des pays en difficulté. Mais elle s'est toujours refusée à effectuer des achats de grande ampleur et attend désormais que le fonds de secours européen (FESF) prenne son relais dans ce domaine.
Pour le président de l'institution monétaire de Francfort, comme pour son prédécesseur Jean-Claude Trichet, il appartient aux gouvernements de se sortir eux-mêmes de cette mauvaise passe dont ils sont responsables en ayant creusé leurs déficits.
Les gouvernements ne doivent pas « compter sur une aide extérieure » mais sur « leur capacité à se réformer eux-mêmes » a déclaré Mario Draghi, ajoutant: « Personne ne peut nous obliger (à augmenter ces achats). Nous sommes indépendants ». Entre « l’indépendance » de la BCE et l’incapacité des gouvernants européens à trouver une quelconque solution, le seul point d’accord existant est l’instauration de  telles politiques de rigueur (celle de la France « sera la pire depuis 1945 » a promis le 1er ministre Fillon !), que la très grande majorité des économistes prévoient une rentrée dans une phase prolongée de récession. La zone Euro a envoyé se faire voir les électeurs grecs et leur prétendu référendum. Pourra-t-elle faire de mêmes avec les électeurs portugais, espagnols, italiens… ?
 
Une campagne à « tirs tendus »
 
Nicolas Sarkozy qui fait mine de sauver la planète, l’Europe et la France chaque semaine, devra quant à lui, annoncer les mauvaises nouvelles et les administrer à des Français mécontents tout en menant campagne pour se faire réélire. Une tâche malaisée comme en attestent continûment les sondages. Les derniers créditent François Hollande de 36% des scrutins au 1er tour contre 25% à Nicolas Sarkozy. L’avance est encore plus nette au second tour : 61% contre 39%. Certes, le président sortant a consolidé de 2ou 3 points ses scores antérieurs après son dernier road-show économico-médiatique mais l’écart est encore très important du fait de l’avance prise par le candidat du PS.
Tout cela annonce une campagne électorale qui ne sera pas à « fleurets mouchetés », comme dans ces duels où les adversaires prennent la précaution de mettre des bouchons à leurs armes pour éviter de se blesser. Les balles vont siffler et les coups bas seront légion.
Pour l’instant, les dérapages sont uniquement verbaux. En début de semaine, François Baroin, ministre de l'Economie a provoqué les virulentes protestations des députés socialistes à l'Assemblée, en affirmant que l'opposition de gauche avait remporté avec les élections législatives anticipées de 1997,  «  une victoire par effraction ». Le propos est surtout insignifiant mais il dénote la rogne et le désarroi qui s’est emparé les rangs de la droite. Le climat à l’UMP est encore alourdi d’innombrables « affaires » qui remontent à la surface judiciaire, où se mêlent gaillardement gros business et politicaillerie, barbouzeries et dérapages de l’appareil d’état.
Du côté de la gauche, on se remet difficilement des révélations sur les frasques de Dominique Strauss-Kahn à New-York. Paradoxalement, les hiérarques du Parti socialiste pousse rétrospectivement un ouf de soulagement à l’idée que ces révélations eut pu être mises sur la place publique non pas avant mais après les primaires où DSK était donné largement favori par les médias…
De ce point de vue, François Hollande, qui d’emblée s’est positionné comme candidat « normal », rassure. On ne craint pas de lui des débordements à la Strauss-Kahn et il contraste heureusement avec Nicolas Sarkozy dont l’incontestable dynamisme se transforme souvent en activisme compulsif. Le président sortant, conscient de cette image « d’agité du bocal », s’était imposé en début d’année une cure d’austérité médiatique, réduisant au minimum ses apparitions télévisuelles. Mais le naturel est revenu au galop, via la Lybie et la crise de l’Euro.
Au-delà de l’arrière-fond d’une possible récession mondiale et des aléas sondagiers reflétant une opinion déconcertée par la précipitation des évènements, le scrutin électoral sera, comme toujours, largement déterminée par les caractères de deux principaux protagonistes.
Nicolas Sarkozy a des atouts sérieux : il est le président sortant, ce qui peut rassurer en période de grande tempête. Il est à ce jour, le seul candidat possible pour la droite. C’est un manœuvrier redoutable qui dispose de l’appareil d’état et qui ne déteste pas les coups fourrés. Il peut faire preuve d’une énergie, d’initiatives hardies et d’une capacité de rebond sans pareil. C’est comme l’on dit en France pour résumer de telles qualités, du « vif-argent ». Il est en effet, très vif mais parfois aussi très colérique, et l’argent lui colle à la peau. Nicolas Sarkozy n’a jamais pu se détacher de son image bling-bling et les premières mesures qu’il prise en faveur des français les plus fortunés, font toujours tache sur son costume présidentiel.
François Hollande a remporté haut la main les élections primaires, alors qu’en début de campagne, il était largement devancé par DSK et Martine Aubry.  C’est un homme de synthèse et il sait se mettre à la portée des gens. Elu du département montagneux de la Corrèze, il fleure bon la France profonde dans un pays cocardier qui adore son monde rural. Il est drôle, affable et naturellement gentil mais attention, c’est un « faux mou » ! Bon économiste, il veut mettre à plat le système fiscal français, empilement byzantin dont certaines niches fiscales remontent à la royauté.
Mais la crise économico-monétaire  actuelle a une dimension planétaire et sa résolution éventuelle passera nécessairement par des bras-de-fer géopolitiques. C’est donc beaucoup sur les dossiers internationaux que ses détracteurs attendent François Hollande. Mais là aussi, il risque de surprendre…
 
Europe : multiplication des gazoducs
 
« La crise financière qui secoue actuellement l’Europe semble bien profiter à l’Algérie. Depuis quelques jours, les délégations européennes se succèdent dans le pays pour obtenir des marchés inclus dans le plan quinquennal 2010-2014 », nous apprend le journal « Manager »
En effet, précise le média, l’Algérie a mis sur la table 286 milliards de dollars d’investissements potentiels.  L’autre facteur qui attire les européens est la prospérité des banques algériennes.
Une très faible croissance sur la rive nord de la Méditerranée va néanmoins mettre un coup de frein aux importations et aux investissements européens. Aujourd’hui, l’Europe absorbe 2/3 des exportations de l’Algérie, constituées à 98% par le gaz et le pétrole. Qu’en sera-t-il demain ? Certes, la demande énergétique restera ferme mais le gaz algérien devra affronter une concurrence accrue , notamment du fait d’une politique agressive du géant russe Gazprom. La Russie représente aujourd’hui un tiers des importations européennes de gaz, devant la Norvège 30%, l’Algérie 15% et le Qatar 10%. D’ici 30 ans, il est probable, selon des experts, que la dépendance énergétique européenne à la Russie atteigne 50%.   
Le 8 novembre, le gazoduc Nord Stream, (51% pour Gazprom associés à des entreprises allemandes, néerlandaises et française) reliant sur 1224 kilomètres la Russie à l’Allemagne par la mer Baltique, a été mis en service, mettant ainsi fin au quasi-monopole de l’Ukraine dans l’approvisionnement de l’Europe en gaz russe.
Autre projet bilatéral sur le modèle de Nord Stream, italo-russe celui-là, South Stream, long de 3 600 kilomètres, doit relier la Russie à l’Italie en passant par la mer Noire, la Bulgarie, la Serbie, la Hongrie et la Slovénie. Ces deux gazoducs illustrent la volonté de la Russie, premier détenteur (avec quasiment un quart des réserves prouvées), deuxième producteur et premier exportateur mondial de gaz naturel, de faire du gaz, une carte maîtresse dans son ambition de restaurer son statut de grande puissance
Si Nord Stream et South Stream permettent de rendre l’UE moins vulnérable aux crises entre l’Ukraine et la Russie, ils ne font que renforcer sa double dépendance à Gazprom, en termes d’accès aux matières premières et aux infrastructures de transport.
Pour limiter cette vulnérabilité, note Delphine Lavergne, de l’IRIS,  la Commission européenne défend activement un 3ème projet  d’acheminement de gaz, Nabucco, en provenance du Caucase et d’Asie Centrale, en contournant la Russie. Le tracé prévoit de relier Bakou en Azerbaïdjan, sur la mer Caspienne, à Erzurum en Turquie en passant par la Géorgie puis d’arriver en Autriche en transitant par la Bulgarie, la Roumanie et la Hongrie.
Par pierremorville
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Présentation

Créer un Blog

Recherche

Calendrier

Janvier 2012
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30 31          
<< < > >>
 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés